OBSERVATION XIX
(FIESSINGER, in Journ. de Méd. et Chir. Prat., 1930) Î J Î ne
Vers le 8 décembre 1929, je vis en ville avec le Docteur Salanier, M. L.. dont l’histoire est celle d'une Fièvre Typhoïde. Il est couché depuis le 25 novembre avec une température qui oscille entre 38°5 et 59°5. Anorexie, langue saburrale, mdis pas. de grosse rate. L'examen des poumons reste négatif; d’ailleuxs notre malade ne tousse pas. Aucun signe spécial du côté du foie: pas de douleur spontanée ; le foie déborde à peine le rebord costal et n’est pas douloureux. Il était bien apparu, fin novembre et commencement décembre, une violente douleur, mais passagère, de l’épaule droite. Mais à cette époque, rien ne pouvait faire penser à un Abcès du Foie. Le 23 décembre, je demandai au Docteur Salanier de m'envoyer ce malade à la Maison Dubois. Il se cachectise et maigrit à vue d’œil, sa fièvre continue à osciller entre 38° et 39°. A Dubois, l’hémoculture, la séroréaction typhique et mélitococcique restent négatives, la température descend vers 38°, mais l’amaigrissement est si rapide que
idée d’une Tuberculose aiguë commence à s’imposer à nous.
C’est alors qu’un matin deux crachats chocolat dans le crachoir fixent notre attention.Ce malade ne toussait pas jusqu'alors. Les deux crachats ont été précédés d’une violente \douleur à la base du thorax. À la radioscopie, on trouve à la base droite, en dehors, une ombre arrondie qui siège au niveau de la plèvre;
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le diaphragme ne peut être suivi entre cette ombre pleuro- pulmo-
naire..et le foie. Nouvelle petite vomique le 3 janvier, accom-
pagnée d’une douleur dans lhypochondre droit. On pense alors à un Abcès du Foie ouvert dans les bronches. On commence, le ré janvier, un traitement par deux injections de 0,04 cg. de Chlorhyürate d'émétine. Le 9, la température tombe définitivement à 37°. La douleur a disparu, la toux aussi ; le malade
se sent guéri et complète ultérieurement sa eUPRPon en repre- nant les kilos perdus.
C’est alors que nous découvrons qu en 1918, notre AR a
été en contact prolongé avec des Annamites, et que depuis 3 ans son métier l’oblige à visiter des bateaux M coloniale
au Havre et à Dunkerque. A plusieurs! reprises, epuis 6 mois, il avait eu des crises de diarrhée sans température.
RAS) 1 Fa. A | ; 4e was à 3) \ | SIMULATION DE TUBERCULOSE AIGUE ' ct
je 1 OBSERVATION XX (Escnracu, in Bull. ct Mém. Soc. Méd. Hôp. Paris, 1922)
Ch... 22 ans, rentre en France après 18 mois de service mili- .
taire au Maroc, le 30 janvier 1921. Il à séjourné surtout dans les
villes, mais a fait colonne, à plusieurs reprises, fatiguant beau-
coup, sans aucune indisposition.
À peine rapatrié, il est pris de pas le 14 février. Il se sent
oppressé, perd ses forces. Examiné le 214 il présente une tempé- rature de 39°, un pouls à 80, une langue saburrale, de ka consti-
pation. Aucun signe fonctionnel, toux où douleur. Ni gros foie, ni grosse rate, ni taches rosées. Urines sans albumine. Rien au cœur, ni aux poumons. Aucun antécédent comme paludique, dysentérique ou syphilitique. Le teint est bronzé comme celui d’un colonial africain. L'aspect est celui d’un embarras gastrique fébrile. WE iL ï \
PAS jours suivants, sans autre modification de l’état, une légère. submatité accompagnée de diminution du murmure vésiculaire se constate a la base pulmonaire gauche. Puis le malade accuse une douleur imprécise à l'épaule droite, à cheval sur les fosses sus et sous-épineuses, impossible à délimiter, car elle n’est
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réveillée ni par les mouvements ni par la pression ; elle n’apparaît guère que par la respiration profonde. Pas de modifications respiratoires apparentes à ce niveau.
4 mars : la fièvre continue entre 38°2 et 39° ; une seule fois, un matin, elle est descéndue à 37°8 ; le pouls reste entre 76 et 80. L’intestin a été dégagé par des te La langue, d’abord saburrale, s’est dépouillée ; ellé est dépapillée, lisse, vernissée. La rate est toujours inaccessible, ‘le foie ne déborde pas les fausses côtes. Le jeune homme s’amaigrit et se cachectise, déprimé par des sueurs profuses. Malgré l’invraisemblance d’une Fièvre Typhoïde, devant la persistance de la fièvre en plateau, la lenteur relative du pouls, l’absence de tout élément .de localisation, on pratique un séro-diagnostic : il est négatif ae le Bacille d’Eberth et les Para-typhiques.
Le foyer de congestion pleuro-pulmonaire de la base gauche se dissipe ; le point d’endolorissement de lépaule droïte se maintient sans apparition d’aueun signe physique. Le 14 mars, une matité nette avec diminution des vibrations et du murmure vésiculaire est perçue à la base droite contre la colonne vertébrale, donnant l'impression d’une pleurésie imminente. Puis la région juxta-vertébrale se dégage, les mêmes phénomènes se propagent dans la région sous-axillaire droite, mais aucun épanchement n'apparait.
Un nouveau foyer éclate dans la fosse sous-épineuse gauche, avec diminution de la sonorité et du murmure vésiculaire.
Jamais de toux ni d’expectoration. Pas d’autre signe fonctionnel que la douleur de l'épaule droite à la respiration profonde. La température se tient entre 38°6 et 39°; ses rares chutes à 38° sont sans lendemain. Même à 39°, le pouls ne dépasse pas 86 pulsations.
Bien que le malade ait été autorisé à s’alimenter, il en est incapable, la digestion de toute nourriture autre que lie lait lui donnant des accès de chaleur avec sueurs profuses qui l’épuisent. Il maigrit de jour en jour, devient squelettique ; le teint terreux, la langue lisse, il dépérit rapidement.
Jusqu'ici aucun des foyers pleuro-pulmonaires n’a abouti. Ils se dessinent, s’amorcent, puis tournent court sans apparition de souffle ni de râles. Par contre, la défervescence n’arrive pas ;
dès que la courbe thermique accuse une descente, elle remonte aussitôt avec l'apparition d’un nouveau foyer. Cependant, à la base droite et à l’épaule gauche, où les foyers de congestion
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pleuro-pulmonaire ont été les plus marqués, l’obscurité respi- ; ratoire fait place à des bruissements bumides, surtout inspira-
toires, rappelant les râles crépitants de l’engouement pneumo- … . : nique, mais plus gros.
, Ÿ ra” be. Cette modification détacpauren fait redouter un début de V EE. ramollissement et semble confirmer le diagnostic porté par D ni. - exclusion de Typho-bacillose qui évoluerait. vers la Granulie A pulmonaire. L'absence de dyspnée et de cyanose, malgré l’exis- " tence de signes pulmonaires, l’inconsistance du diagnostic peu étayé laissent, malgré tout, l'espoir de voir apparaître un nou-
veau symptôme qui donne une raison moins fatale à cette , cachexie progressive. ‘
+ Le 30 mars, le foie, objet de la plus grande surveillance en — raison du séjour au Maroc, à cause aussi des phénomènes pleuroë pulmonaires de la base droite, paraît avoir augmenfé de volume.
Il ne déborde pas les fausses ‘côtes, mais sa matité s’est un peu étendue par en haut ; il mesure 11 em. sur la ligne mamelon-:, naire ; il n’est pas sensible au palper sous-costal.
Dans l’hypothèse possible d’une Hépatite Amibienne, malgré les manifestations répétées du poumon gauche, l'injection de Chlorhydrate d’émétine est décidée : 0,04 cg. sont injectés quotidiennement. Le lendemain de la première injection, la tempé- Le rature du matin est à 38° et celle du soir à 38°1. La courbe ne + 4 remonte plus et descend en 5 jours à 37° d’une façon définitive.
L’état général s'améliore aussitôt, la langue devient humide et
rétrouve ses papilles, l'appétit revient, le teint se ‘recolore. La 41 douleur de l'épaule droite disparaît. Le foie se rétracte. Le ARE malade se lève 10 jours après la première injection et sort 5 110 jours après. à |
DE { pra Questionné de près, il se rappelle avoir été atteint, en juil- or: ‘1070 let 1920, d’une diarrhée avec épreintes et selles subinirantes : Ur” non sanguinolentes pour lesquelles il resta 8 jours en observa- ÿ 6 ‘tion à l’infirmerie et dont il ne se ressentit plus par la suite. +
, Fin avril: après deux séries de 6 injections de 0,04 cg. À …__ d’émétine, ingestion de pâte d’ipéca et de pilules d’arsénobenzol, À n le jeune homme, engraissé, a recouvré toutes ses forces. Le foie, ; ne revenu sans doute à ses dimensions normales, est petit; la. î limite supérieure de la matité est au mamelon, mais la limite É inférieure ne descend pas au rebord thoracique ; il mesure
6 cm. sur la ligne mamélonnaire. Le pouls est à 68 le matin, - 70 le soir. La respiration est normale dans le poumon gauche ;
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il subsiste quelques frottements pleuraux à la base droite et dans la région sous-axillaire droite.
Fin mai: l’état est le même, la santé parfaite. Un examen radioscopique ne fournit aucun renseignement utile.
Un an après, la guérison s’est maintenue.