‹ Les hérétique d'Italie (volume 2)Chapitre 13 sur 22 · ALLÉE · texte numérisé non relu

ALLÉE

« soucis du monde et des flots de cette mer, jamais ils « n'ont été plus tournés vers l'étude et la contemplation a de choses divines. J'espère pouvoir, par la grâce de ‘« Dieu, maintenant ou plus tard, retirer de ces exercices « plus de fruit pour moi et pour les autres qu'il ne m'a « été donné d’en produire par mes autres actions. »

Sadolet mourut à Rome le 18 octobre 1547.

D’autres beaux génies ornaient alors Modène. Nom-

. mons entre autres Hercule Rangone, d'abord évêque de

Rovigo, promu ensuite au siége de Modène, et au cardinalat (1530); Pierre Bertani, des frères prècheurs, employé dans des affaires fort délicates ; il devint évêque de Fano, et cardinal ; — Antoine Fiordibello, très-versé dans la littérature; il prit part à plusieurs ambassades et au concile de Trente. Attaché comme secrétaire au cardinal Pole, il prononça un discours de auctoritate Ecclesia devant Philippe II et la reine Marie, lorsque la religion catholique fut rétablie en Angleterre. Pamphile Sassi, autre Modénais, fut un prodige de mémoire. Un jour, un poëte à guitare avait récité devant lui des vers en l'honneur

Les Grillenzoni

d’un podestat. Sassi se leva, l'accusa d’être un plagiaire et de lui avoir volé ses vers, et, pour preuve, il lui récita ceux qu'il venait d’entendre. Grand fut le désappointement du pauvre improvisateur; enfin, tout s'expliqua, la mystificalion fut découverte. Chargé de missions auprès des princes et des grands, Sassi préférait au tumulte des cours la retraite et l'étude. Souvent, il lisait Dante et Pétrarque en les commentant à un nombreux auditoire. Nommons encore le fameux légiste César Castaldo, Camille Coccapani, Fulvio Rangone, le poëte Molza, et quelqu'un qui en vaut cent à lui seul, l’historien Sigonio.

Jean Grillenzoni les fréquentait assidùment. Elève dévoué de Pomponace, il recueillit ses lecons, en omettant les bouffonneries dontelles étaient souvent assaisonnées, « Je ne sais si jamais ville fut autant redevable à un sim- « ple citoyen, pour de nobles exemples et de patriotiques « actions, que Modène le fut à Jean Grillenzoni. Sa fs- « mille se composait de sept frères; Jean n’était ni l'aîné « ni le plus jeune, cinq avaient femme et enfants, et plu- « sieurs passaientpour être etétaienteneffet d'unehumeur « fière, bizarre, et peu sociable. Néanmoins l’autorité de « Jean Grillenzoni sur eux fut telle que, après la mort « de leur père survenue en 1518, tous continuèrent d'ha-

« biter la même maison. Les frères de Grillenzoni et

« leur famille respective y vécurent dans une concorde « qu'aucune parole acerbe ne vint altérer, jusqu’en 1551; « en cette année mourut Jean Grillenzoni: il était le lien « de cette famille; quand ce lien se brisa, les frères se « séparèrentets’en allèrent de part et d’autre. Les belles- « sœurs Grillenzoni avaient chacune leur servante; toutes « ces servantes s'occupaient du service de la maison, ap- « prêtaient le manger, faisaient la lessive et le reste.

e Chacune des belles-sœurs prenait à tour de rôle et pen- « dant une semaine, le gouvernement de la maison, don- « nait des ordres aux domestiques, veillait à la cuisson « du pain et à la lessive. Toute la famille mangeait dans « une vaste salle : une table était occupée par les sept « frères, les cinq femmes et les fils aînés; les plus jeunes, « au nombre de quarante-cinq ou de cinquante, mane geaient en même temps à une table moins haute, en « présence de leurs pères, de leurs mères et de leurs « oncles; ils étaient servis par leurs sœurs plus âgées. A e la table des anciens s’asseyaient aussi les hôtes, et il y « en avait toujours beaucoup, car la maison desGrillenzoni était comme une hôtellerie ouverte aux lettrés et aux personnes distinguées qui passaient par Modène. Beaucoup s’invitaient d'eux-mêmes, pour voir cet ordre et cette concorde; c'était pour eux une chose inouïe et merveilleuse. Pas un de ces sept frères qui fût oisif et désœuvré. L'un était médecin, l’autre juge, un troi- « sième pharmacien ; celui-ci faisait le commerce d’étof- « fes de laine, celui-là avait le soin de la maison; tel « s’occupait de la campagne, et tel autre était prêtre. Et « quoique la famille ne fût pas riche, grâce à l’ordre et « au bon gouvernement de la maison, l’on faisait face « à toute la dépense. »

À propos de Grillenzoni, et de ses travaux, je ne dois pas omettre que François Da Porto fut appelé par lui à Modène, pour enseigner la langue grecque. On ajoute que quand celui-ci dut passer à Ferrare, « Grillenzoni ordonna « que l’on fit chaque jour, dans sa maison, deux leçons, e l'une de latin, l’autre de grec, pour les plus avancés « des anciens disciples de Porto, et aussi pour quiconque e voudrait en profiter. Ainsi furent expliqués les ou-

Castelvetro.

« vrages les plus difficiles de la langue latine, entre au- « tres Pline tout entier, et les plus difficiles des auteurs « grecs. On lisait sans pompe de paroles, sans prologue; « on n’expliquait que les passages obscurs; chaque audi- « teur pouvait dire là-dessus librement sa pensée; on « jugeait ce qu'on avait lu, surtout quand c'était un poëte, « pour approuver ou pour blâmer. Cette appréciation « était fort utile aux jeunes gens, dont plusieurs sont de- « venus des hommesde mérite. On organisa aussi, pour « certaines époques de l’année, des soupers auxquels n’as- « sistaient qu’un certain nombre de personnes, capables « de se plier aux lois de ces réunions. Chaque membre de « cette société devait, à son tour, offrir un souper; tout « y était réglé et approuvé par tous : la quantité, la que- « lité des mets, la nature des divertissements, etc. À « chaque souper, on proposait un exercice de bel esprit; « par exemple chacun devait composer une épigramme grecque ou latine, un sonnet, un madrigal, sur un des « mets servis à table. Ou bien, on décidait quenul ne pour- « rait demander à boire que dans la langue dont le maf- « tre du festin s'était servi d’abord, et revenir aux façons « de parler que ce maitre ou d’autres eussent déjà employées. Ceux-là seuls seraient servis qui auraient « fait une demande. Chaque convive était tenu d’expli- « quer les énigmes concernant les quadrupèdes, les poissons, les oiseaux, ou ayant pour objet un mois, un saint, une famille de la ville. Ou bien encore, chacun « devait dire quelque historiette de la vie de Thomas du « Four,évéque de Gérapoli,et autres choses semblables. »

Nous avons emprunté ce récit à Louis Castelvetro, élégant écrivain et critique ingénieux. Castelvetro était né à Modène où il avait eu pour maître d’hébreu David,

” juif modénais, « philosophe et théologien non à dédai-

« gner; » le provençal lui fut enseigné par Jean-Marie Barbieri qui avait étudié en France les troubadours, et

qui voulait faire dériver l'italien de leur idiome. Gravina appelle Castelvetro « le Varron de la langue vul- 4 gaire ; » et peut-être Castelvetro a-t-il au point de vue de cette langue un mérite plus grand que Bembo. On voit qu'il connaissait les idiomes étrangers, et il montra que l'italien était, non point fils, mais frère du provençal.

Plus tard, il édita la Poétique d’Aristote; dans cette pu- . blication, on trouve une érudition suffisante, des réflexions ingénieuses, une critique sensée, et une liberté qui sait reprendre là où les commentateurs ne savent qu’ap- . plaudir. Il ose critiquer Virgile; il reproche à l’Alighieri la pédanterie de ses expressions scientifiques, inintelligibles au peuple; à l’Arioste, l’inexactitude historique et les plagiats ; il osa dire que l'Espagne et la France comptaient autant de grands poétes que l’Italie. Cette liberté de jugement scandalisa les humanistes.

La présence ou le souvenir de tels personnages devait Los, académiaiens vivifier les études à Modène. A défaut d’une académie proprement dite, une société de lettres s’y était constituée. A cette société appartenaient avec Castelvetro, Jean- Baptiste, François et Barthélemi Grillenzoni, déjà nomnés; don Jean Béretta, le médecin Nicolas Macella, le

docteur Philippe Valentini, Camille Molza, Gabriel Faloppio, alors empirique et depuis fameux anatomiste; Pellegrin Degli Erri, Frangois Camurana, Louis Del Monte et autres. J'ai déjà mentionné François Da Porto; pauvre et enfant, il avait quitté la Crète pour venir étudier d'abord à Padoue et ensuite à Venise; il resta en Italie et y enseigna le grec dans beaucoup de villes et à la

cour de la duchesse de Ferrare (1546). Ils se réunissaient dans l’épicerie des Grillenzoni, sur la place du marché aux œufs, près du palais de l’intendant ducal, et ils étaient si nombreux qu'ils encombraient quelquefois la voie publique. Quand venait l'heure de se séparer, ils s’acheminaient vers la Madone des Fossés, hors de la ville, pour y faire une petite prière avec le dessein de reprendre leurs entretiens. Dans ces réunions, on expliquait Dante, Pétrarque, les philosophes grecs. C'était alors la mode d’opposer la beauté et la limpidité du style classique à a barbarie scolastique ; l’occasion s’offrait d'elle-même de critiquer les écrivains ecclésiastiques, etde vanter lesdoc | trines des païens. On partait de là pour se divertir aux dépens des prédicateurs nouveaux venus, lesquels, à dire vrai, ne prétaient que trop à]la raillerie, En 1532, dans la cathédrale de Modène, frère François Filauro deCastrocaro, mineur observantin, lut un bref de Jésus-Christ, rédigé dans la forme des actes de la cour de Rome. Il commençait par la formule : Jesus-episcopus,etc., et il se terminait par : datum in paradiso terrestri, creationis mundi die sezio, pontificaiüs nostri anno eterno: il avait été ratifié et scellé le jour du vendredi saint, sur le mont Calvaire. Dans ce bref était approuvée et confirmée d’autorité divine la règle des mineurs observantins.

On s’en moquait au dehors, et parfois, dans l’église même, quelque académicien, quelque homme lettré se levait pour dire: « Trève de bouffonneries ! » ou bien: « Allons donc! cela n’est pas vrai;» et l’on forçait l’orateur à descendre de chaire. Les choses en vinrent à ce point, que les prédicateurs ne voulaient plus venir à Modène.

Dans tout cela on vit une adhésion aux hérésies. En 1536, Paul III enjoignit à l’évêque de rechercher et de

punir les coupables; en 1539, il envoya à Modène un inquisiteur avec mission de visiter les monastères suspects d'erreurs *.

Séraphin de Ferrare, augustin, préchait en 1537 l’avent dans la cathédrale ; il se plaignit que les erreurs luthériennes commençaient à se répandre, et il en donna pour preuve un petit livre qui venait d’être introduit dans la ville. Lui-méme l’avait remarqué dans l’appartement de Lucrèce Pico, veuve du comte Rangone ; l’ayant examiné de concert avec l’inquisiteur, il l’avait déféré au vicaire de l’évêque pour que l'on recherchât qui l’avait écrit, et qui l’avait introduit dans la ville. Le titre de ce livre était ainsi conçu : L'abrégé de la sainte Écriture et l’ordinaire des chrétiens. Démonstration de la vraie foi par laquelle nous sommes justifiés et de la vertu du baptême selon la doctrine de l'Évangile et des Apôtres; avcc une instruclion sur la manière de vivre dans chaque état selon l'évangile. Ce livre contenait trente chapitres, et portait à son frontispice l’image des apôtres S. Pierre et S. Paul. On n’y lisait aucun nom d’imprimeur ni d'auteur, mais il paraît que l’auteur était l’un des académiciens dont nous avons parlé; du moins, ils prirent la défense de l’œuvre *.

En février 1538, on faisait un repas de noces dans la maison du médecin Machella. Soudain se présentent trois hérauts sonnant de la trompette, comme s’il se fût agi d’une publication à faire. Deux hommes masqués montent sur une table et lisent, en le commentant, un écrit plein

(1) SPONDE, Ann. Eccl. ad annum.

(2) 11 apparaît par le procès de Morone que les membres de l'Académie avaient publié un livre ayant pour titre : De quelle manière les fils des chrétiens, au sortir de l'enfance, devraient étre instruits dans les choses de la religion.

Lisias Fileno.

baTa DISCOURS XI.

d’outrages contre le P. Séraphin; on lui reprochait d'svoir déclaré hérétique un livre que douze lettrés de Mudène étaient prêts à défendre. En même temps, ik injuriaient les dames dévouées aux religieux, et surtout Lucrèce Pico, qui pensait à introduire dans Modène l'eæsociation de la comtesse de Guastalla pour la perfection. C'était une association de dames à l'instar de celle qu'avait a blie à Milan la comtesse de Guastalla.

On découvrit que les hommes masqués étaient Antoine Bendinelli de Lucques ‘, espèce de bretteur qui avait 6 soldat sous Strozzi et sous Valori; venu ensuite à Lueques, en mendiant, il y avait enseigné la lecture etls grammaire. Lui et un autre furent arrêtés, et bientôt relâchés, parce que cette diffamation publique n'avait sk teint nommément personne. Quand le frère Séraphin revint l’année suivante pour occuper sa chaire, il la trouva ignoblement souillée ?.

Au contraire, on applaudissait dans les sermons ce qui semblait favoriser les doctrines nouvelles. Ainsi, en 1539, frère Antoine de la Catellina, mineur conventuel, fut prôné pour je ne sais quelles propositions ; épouvanté de ses hardiesses, il en fit une rétractation solennelle. Paul Ricci, Sicilien, mineur conventuel et professeur de théologie à Naples, déposa le froc, embrassa bon nombre de

(1) C'était un triste sire que ce Bendinelli. Charles Sigenio, qui de puis devint si fameux comme historien, avait été choisi comme sue cesseur de Da Porto à Modène, et composa une vie de Scipion l’Africais pour la dédier à Côme de Médicis, espérant ainsi obtenir une chainà Pise. Bendinelli, qui avait déjà publié des critiques contre certaines trae ductions de Sigonio, fit imprimer secrètement cette vie, et écoraifs ainsi Sigonio.

(2) Morone, dans son procès, raconte qu'un jour qu’il administrait la confirmation, « on afficha au dehors une outrageante caricature, où à était représenté en âne avec la mitre en tête et le pluviali. »

LE CARDINAL MORONE. h75

croyances nouvelles, et les répandit sous le nom de Li- . sias Fileno. Venu à Modène en 1540, il se mit à expliquer les Épitres de saint Paul dans le sens des novateurs. On” . accourait en foule pour l'entendre. La fureur des disputes - religieuses avait gagné non-seulement les savants, mais le le peuple ; dans les maisons, dans les boutiques, dans les églises, on citait à tout propos saint Paul, saint Matthieu, saint Jean, et autres docteurs, sans les avoir jamais con- : sultés. Le duc de Modène fit arrêter Fileno, et, bien que l'académie le prit sous son patronage, on le conduisit à Ferrare, on lui fit son procès, et il fut contraint à se ré- - tracter. Dans la chronique manuscrite d'Alexandre Tassoni l'Ancien, laquelle va de 1488 à 1562, nous lisons à la date de 1540 :

+ « Eodem anno venit quidem Philenus in civitate Mu- ‘e tina, et multi Mutinenses receperunt eum libenter, ‘« tanquam hominem litteratum et doctum in sanctis eScripturis. Et cœpit legere Epistolas Pauli, et docere « sanctam Scripturam occulte, id est solum eis quos scief «bat esse suos fautores, quia erat hæreticus ; et in civi- ; « tate Mutinæ erant multi sequentes suas opiniones etiam

= «-antequam venisset. Sed postquam venit, auctus est nu-

« merus, et primi confirmati ab ipso sunt. Et non solum eubicumque homines cujuscumque conditionis docti et în « indocti et ignari litterarum, sed et mulieres, ubicumque - «occasio dabatur, in plateis, in apothecis, in ecclesiis, de « fide et lege Christi disputabant ; et omnes promiscue « sacras Scripturas lacerabant allegantes Paulum, Mat- ‘« theum, Joannem, Apocalypsim, et omnes doctores quos «numquam viderunt. Et cum dictus zizaniæ semina:or « esset in villa Stagiæ cum aliquibus civibus Mutinæ sue « seci®, captus fuit a stipendiariis ducisHerculis Estensis,

« et missus in carcere in Castro Mutinæ ad instantiam Pe- « trum Inquisitionis, patrum Sancti Dominici. Et sic ex « minatus pluries, tandem quadam nocte duxerunt eum « Ferrariam, et illic diligenter inquisitus et examinatus, « tandem retractavit omnes opiniones hæreticas, sub- « dens se Ecclesia catholicæ ; etcondemnatus fuit ad per- « petuos carceres pro pœnitentia. Nec per hoc Mutinenses « sequaces harum hæresum sunt conversi. Sed in sua obs- « tinatione permanserunt, sed non omnes. Verum est quod, « propter metum, aliquantulum abstinuerunt se collo « quiis et disputationibus ‘publicis. Hæc sunt retractatio- « nes dicti Phileni, publice in civitate Ferrariæ factæ. » « Moi, Lisias Fileno, ailleurs Paul Ricci, Sicilien, per- « sonnellement traduit en jugement devant vous Mgr 0e- « tavien de Castello, évêque de Saint-Léon, suffragant « et vicaire du révérend cardinal Salviato, évêque de Fer-

« rare ; et devant vous, révérend frère Foscherara de Bo-

« logne, inquisiteur contre la perversité hérétique, spé- « cialement délégué par le Saint-Siége apostolique, les « mains sur les saints Évangiles, je jure que je me suis « trompé; je confesse de cœur et de bouche la foi quelt- « glise Romaine croit, confesse, prêche et observe; en « conséquence, j'abjure et renie toutes les hérésies, de « quelque nature qu’elles soient, que j'ai autrefois soute- « nues. Je confesse sous la foi du serment l’Église Ro- « maine, à laquelle tous les chrétiens doivent obéissancs, « surtout dans l'ordre spirituel, et que tous les chrétiens « sont tenus de respecter. De même je jure que l’homme « est doué du libre arbitre pour le bien comme pourle « mal, quoiqu'il ne puisse faire aucune action qui puisse « lui mériter la vie éternelle sans une grâce spéciale du « Saint-Esprit. Je jure que le purgatoire existe, de la ma-

LL Es den en > dé a marte -

LE CARDINAL MORONE. 477 « nière que l’Église Romaine l’enseigne. Jereconnais que « les âmes des saints et autres justes défunts qui sont sortis « de cette vie dans la paix du Seigneur, ont été reçues « dans le ciel pour y jouir des délices du paradis. Je con- « fesse que nous pouvons appeler à notre aide, comme « nos avocats et nos intercesseurs auprès de Dieu et du « Christ Sauveur, les saints et les saintes canonisés par « l'Église, dont les âmes sont dans le ciel. Je déclare que * la confession sacramentelle est de droit divin, et que « les chrétiens sont obligés, de nécessité de salut, de con- « fesser leurs péchés au prêtre ; qu'ils sont tenus à l'ob- « servance du carême et des autres jeûnes de précepte, « de la manière que la sainte Église l’ordonne. Je recon-

‘a nais que la messe est toute sainte, que les hommes et

«les femmes doivent l’entendre aux jours de précepte, . et qu'il y faut assister jusqu'à la fin, et non pas seule- « ment jusqu'après la lecture de l’évangile. C'est chose « licite, et quelquefois louable et bonne, que de faire des « vœux à Dieu et aux saints: ces vœux une fois consentis, « il faut les accomplir, à moins qu’ilsne soient commués

: « par le supérieur. C’est aussi chose louable que de réciter ‘ «l'office de la Madone, le Salve Regina Mater misericordia,

« etles autres òraisons approuvées par les saints Pontifes. « En conséquence, j’abjure et renie les hérésies condam- « nées par la sainte Église, lesquelles contrediraient ce «que je viens de confesser, et aussi tout autre hérésie. »

Par malheur pour la bonne cause, certains religieux d'ordres différents, emportés par des ambitions rivales, se disputaient entre eux du haut de la chaire, et se blâmaient l’un l’autre. Ordre avait été donné de ne laisser monter personne en chaire sans la permission du vicaire général, mais on ne s’y tint pas. Parmices orateurs, nom-

Disputes entre les moines.

mons Ochin. Le 28 février 1541, passant par Modène pour se rendre à Milan, il fut invité à prêcher dans la cathédrale ; une foule considérable y accourut, et l’académie le pria de rester pendant le carême, mais Ochin ne put accéder à ce désir.

L'événement capital à Modène était donc le prédicateor. Tenait-il un langage orthodoxe? On le sifflait. S’il s'écartait de l’enseignement catholique, on l’applaudissait, mais d’autresle dénonçaient, et il étaitforcé de se rétraeter. Par exemple, Jean Berettari Poliziano, Modénais, poëls distingué, précepteur dans la famille Molza, s’était donné aux études scripturaires; il expliquait les Épttres de saist Paul devant un auditoire nombreux, et disait que les prières latines ne pouvaient plaire à Dieu. Cité devant le saint-office, il ne comparut pas, et il fut condamné par contumace le 2 avril 1541. Il en appela à Rome; appuyé par le poéte modénais Molza qui demeurait chez le cardi nal Farnèse, il obtint une déclaration d’innocence. Toutefois sa cause ayant été examinée à nouveau, Poliziano dut rétracter quelques-unes de ses propositions.

Citons une lettre écrite à ce propos.

A l’illustrissime et excellentissime inonseigneur le duc dé

Ferrare.

Moden , le 18 avril 1549.

Votre Excellence n’ignore pas sans doute que, cette année, ss tient à Modène le chapitre des Frères de l’ordre de Saint-Augustin. A cette heure, ses séances ont commencé.

Tout le temps que dure dans notre ville le chapitre d’un ordre religicux, l'usage semble vouloir que la chaire de la cathédrale appartienne aux membres dont se tient le chapitre, afin que les religieux puissent y précher à leur gré. Les PP. de Saint-Augus tin ayant demandé cela, le révérend vicaire de monseigneur lé vêque, sollicité dans le même sens par les magnifiques conserveteurs de Modène, avait consenti à ce que l’on suivit l’usage ea

eette circonstance. La chaire était alors occupée par un moine dé-

chaussé, muni de l’approbation du vicaire épiscopal. Certaines

coaclusions lui furent remises de la part des religieux augustins;

des paroles furent échangées entre le déchaussé et l’augustin

porteur des commissions de son ordre. Ces altercations prove-

paient, semble-t-il, de certains traits de la prédication de ven-

dredidernier, qui avaient blessé les augustins. Rendusattentifs, les

augustins envoyèrent au sermon d’hier matin deux frères; ceux-ci

relevèrent deux passages que nous citerons plus loin, comme in-

œiminant leur ordre. Primo, en recommandant au peuple lesdits - -feères de Saint-Augustin, pour qu'il leur prétàt le secours de ses ©, @harités dans ce chapitre, il avait ajouté, qu’outre cette charité ‘ temporelle, il priait le peuple de leur en faire une autre toute spirituelle, c’est-à-dire de prier Dieu d’inspirer au cœur de ces frères le choix de prédicateurs et de confesseurs qui préchassent d'une façon plus catholique qu'ils ne l’avaient fait jusque-là. “#ecundo, qu’annongant au peuple le jubilé et l’indulgence plé- ‘Aière que Sa Sainteté avait accordés à ces pères à l’occasion de eur chapitre, elle avait dit : « Je crains bien qu'ils ne se rient de “Boi, qui leur fais annoncer une chose à laquelle ils ne croient ‘- pas. » Ces passages furent signalés auxautres frères par les deux &ugustins qui les avaient entendus, et quelques-uns d’entre eux, envoyés au nom de tout le chapitre, vinrent vers moi pour me dire œ que j'ai écrit plus haut à Votre Excellence, sur la coutume de donner la chaire du Dôme aux frères qui tiennent le chapitre, et sur la promesse déjà faite, au mépris de laquelle préchait encore un frère déchaussé. « C’est, ajoutaient-ils, nous montrer peu d’égards, de le laisser ainsi prêcher dans notre église. » Mais le chapitre sait très-bien que, dans son sermon d’hier matin, ledit avait, dans son sermon susdit, accusé et diffamé grandement tout leur ordre, qui en avait ressenti un incroyable déplaisir. Tous les frères se regardaient comme offensés, et ils étaient venus, eux, au ñom de tous, me dire : « Nous désirons faire justice des fausses calomnies qui ont été débitées contre nous, et pour cela nous voulons que ce matin même un de nos frères préche dans ladite chaire du Dôme sur l’injure qui a été prononcée contre nous dans cette même chaire. Si l’un de ces frères déchaussés s’obstinait à précher, nous voulons à notre tour leur envoyer nos frères pour lui répéter en face que tout ce qu’il avait dit de notre ordre était faux. » Ils se montraient en cette circonstance vivement offensés de cette injure atroce qu'ils ne pouvaient laisser passer de sang-

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