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froid sans se déshonorer. Je savais que si je n’intervenais pas au milieu de ces esprits enflammés, il pouvait facilement naître de cette querelle une sédition et de grands désordres qui ne se seraient pas bornésaux seuls frères; si tout avait dû se passer entre moines, jeny m’enserais pas préoccupé ; mais par égard pourles habitants du pays qui auraient pu prendre parti, ceux-ci pour une opinion, ceur-là pour une autre, et connaissant surtout combien il s’y trouve de têtes vives et chaudes, il me parut donc de mon devoir de mettre tous mes soins à étouffer la querelle. Je leur répondis : « Quast à tout ce que vous me rapportez de ce qui a été prèché par cs frère à la charge de votreordre,je n'en sais absolumentrien,n'ayast point assisté au sermon et n’en ayant entendu parler par pet. sonne. Mais, fidèle au devoir de ma charge, je ne dois pas laisse s'étendre les contestations et les discordes, je dois les étouffer et conserver la paix et l’union dans la ville. » J'ajoutai qu'il convenait beaucoup mieux à de bons religieux de traiter une semblsble affaire à l'amiable et en petit comité, que de récriminer et de disputer publiquement; qu’enfin, puisqu'ils n’étaient pas d'æcord entre eux, je défendais à l’un et à l’autre de précher ar Dôme.
Ils me répondirent qu'ils étaient prêts À s’expliquer en ma présence avec ledit moine, et que, s’il rétractait ce qu’il avait dit à la charge de leur ordre, ils s’estimeraient satisfaits et mettrais la chose en oubli. Ils insistèrent près de moi pour que je le fisse appeler, ce que je ne crus pas devoir faire à l’improviste ; je fis d’abordappelerle révérend gardien des moinesobservantins; il vis accompagné d’un autre frère qui dit avoir assisté à cette prédica tion, et quand je lui eus communiqué la plainte des frères ds Saint-Augustin, et que je l’eus exhorté à faire en sorte que l'affaire s'arrangeàt, il répondit que tout était nouveau pour lui dans cette affaire, parce qu'il n’avait point assisté à ce sermon, et que si le prédicateur avait dit quelque chose de blessant pour les asgustins, il y avait été provoqué par un démenti du frère qui lui avait porté les conclusions. |
Le frère qui était avec le gardien et qui disait avoir assisté as sermon affirmait que le prédicateur n’avait point dit ces choses comme les frères de Saint-Augustin les présentaient. Les augus tins répondaient qu'ils avaient déjà interrogé plusieurs personses qui assistaient au sermon, et dont la déposition était conforme à leur récit; et que, si le frère observantin avait été injurié par quelqu'un d’entre eux, il devait s’en plaindre en secret aux supé-
rieurs, qui n'auraient pas omis d’agir en conséquence; et non pas blâmer publiquement tout un Ordre, et en donner une mauvaise épinion aux auditeurs : d’autant plus que, comme disait le procureur général des augustins qui était présent à cet entretien, quelques mois auparavant, des prélats députés par le pape avaient rendu un décret qui défendait à tous les religieux de précher en .&haire contre les autres Ordres, mais que, si quelque religieux était tombé dans des erreurs ou des doutes sur la foi, on dût le
- dénoncer aux susdits députés. Enfin, de l'avis du gardien, on . «nvoya quérir le frère observantin, que l'on dit être un nommé fr. François Farino de Montferrat; et dès qu'il fut arrivé, les au-
. gustins commencèrent à répéter ce qu’il avait dit à leur charge, “39 plaignant des calomnies, demandant qu'il les niât ou qu'il les . aétractAt; qu’autrement ils s’en plaindraient devant un juge plus compétent et ne se tairaient pas sur ce qu’ils avaient à dire. Le ;. prédicateur, avec beaucoup de patience et toute la défétence pos- *‘slble, commença à répondre : que ses adversaires mentaient, en >; Qui imputant ce qu'il n’avait pas dit. Il ajoutait, quant au premier Édyiet qu’il avait dit seulement que le peuple priât Dieu d’inspirer à ces frères délire des prédicateurs et des confesseurs qui pré- ‘’ùhassent et confessassent catholiquement, et qu'il n’avait point it qu’ils ne l’avaient point fait jusque-là. Quant au second grief, ‘ fl consistait à avoir dit que si tous les augustins étaient comme quelques-uns d'entre eux, on l’aurait pris pour un moqueur, en prôchant pour eux ce qu'ils ne croyaient pas. Sur le premier point, les augustins se déclaraient satisfaits, quoique, disaient-ils, nous eussions pu prouver le contraire ; car enfin il s’était rétracté; sur le second point, ils s’en plaignaient en quelque manière qu'il Peût dit, ajoutant que parmi eux ils n’en connaissaient pas un seul qui ne pensAt pas catholiquement, mais qu'ils se jugeaient tous de très-fidèles chrétiens. Sur quoi l’observantin se prit à mommer certain frère Jules de Saint-Augustin, qui avait été, disait-il, poursuivi à cause d’incrédulité; à quoi les augustins répondaient que frère Jules n’était pasjdes leurs, mais des convenfusils. Le prédicateur, voyant que les augustins prenaient sa réponse pour une rétractation, commença à se fâcher et à dire : qu’il ne se rétractait pas, que ce qu'il avait dit était bien dit; que ses adversaires se gardassent bien de se vanter de l'avoir fait rétracter, car il n’entendait pas le faire, et que, quoiqu'il ne fût là que de passage et qu’il fût pressé de partir, il vouiait cependant précher encore ce matin, afin que les augustins ne dissent pas
qu’il s'était enfui, et ilse prit même à accuser un des augustins qui a prêché ici ce carème, d’avoir mis en doute le purgatoire, comme on le lui avait dit.
L'augustin répondit qu’il n'avait pas même nommé le toire dans ses sermons, que tout ce qu’il avait prêché était la vraie doctrine chrétienne, qu’il était très-disposé à le soutenir, et que, quand on lui aurait prouvé qu'il avait mal parlé, il se serait rétracté de sa propre bouche, mais qu'il ne le croyait pas. Cette discussion ayant ainsi duré presque jusqu’au soir, sans qu'on &t pu venir à un accord, quoique les augustins parlassent très-pokment et avec beaucoup de douceur, l’observantin les traitant derement et en se fâchant, je leur déclarai vertement que je ne voulais pas qu’ils missent la ville en &moi par leurs discordes et leurs divergences. C’est pourquoi, s’ils ne s'accordaient pas, qu'ils ne pensassent ni les uns niles autres à prêcher ce matin à la cathédrale, car il ne me paraissait pas convenable qu'ils l’eussent fait en se séparant ainsi de chez moi. Sachant qu'ils se seraient rendus chez le vicaire, j'agis de telle manière auprès de celui<i, qu’il décida l’observantin à ne pas prêcher ce matin, comme e effet il ne l’a pas fait, ni les augustins non plus.
Je n’omettrai pas de rapporter que l’observantin dit aussi cs mot : « Il y a eu de vos frères quise sont vantés que monseignser Augustin, qui a prêché l’avent à Ferrare, a fait fuir Dom Callixte. » A quoi les augustins répondirent que c’étaient là des paroles impertinentes, et que les augustins n’avaient pas pu dire ces choses, qui ne les regardaient pas, car monseigneur Augustin n’était pas des leurs, mais un bien conventuel.
J'ai voulu faire connaître tout cela à Votre Excellence, parce que cela me paraissait de quelque importance ; mais je n'ai fait que rapporter la substance de tant de choses que l’on a dites de part et d’autre, et j’espère que par cette lettre vous serez au courant de tout.
La lettre ci-jointe est la réponse à celle que Votre Excellence écrivit ces jours derniers au très-illustre duc de Mantoue contre Guido del Fante, et elle a eu son effet. J'espère que Son Excel lence, par des lettres patentes données aux adversaires de Guido, ordonne qu’en quelque lieu de son État qu’on le trouvera, ses officiers devront le faire arrêter et emprisonner, et afin que celay