‹ Les hérétique d'Italie (volume 2)Chapitre 16 sur 22 · IT · texte numérisé non relu

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tances des gouverneurs, aux persécutions des méchants, et pour supporter l'indifférence de ceux à qui il avait fait du bien; par ces décrets qui coûtent peu à rendre, mais beaucoup à faire exécuter, il disciplina son Église, depuis les matières les plus importantes jusqu'aux moindres détails de sacristie. Une fois par an il recevait le gouverneur de Milan, et lui servait un repas composé uniquement d’un chapon bouilli, d’un rôti, d'une tourte de pâtisserie, et rien autre. Il avait des conférences trèsfréquentes avec son clergé: pour empêcher l’hérésie de pénétrer des confins de la Suisse en Italie, dans son zèle infatigable, il la parcourut en qualité de légat pontifical, y réchauffa le parti catholique et fonda à Milan un collége helvétique, destiné à préparer des apôtres et des curés pour ces populations. Nous verrons combien de luttes il eut avec son clergé, enorgueilli dé ses richesses, et.combien il eut de conflits de juridiction : aussi ke pape dut-il l’avertir qu'il faut souvent ne pas considérer les mesures en elles-mêmes, mais au point de vue de leur opportunité‘. Charles ne recevait point de bref du pape sans se découvrir, et cependant il fut toujours l’ami de Sirleto et de Morone. Ses lettres et celles qu'on lui adressait, à elles seules, composeraient une histoire du concile de Trente.

Mener ce concile à bonne fin, telle fut désormais sa principale affaire : il obtint du pape qu’il en fixàt la réouverture au 29 novembre 1560; mais les séances ne commencèrent qu'au 18 janvier 1562, pour finir le 3 déeembre de l’année suivante : le 26 janvier 1564 parué la bulle de confirmation. Tel fut ce concile, le plus célèbre

(1) Lettre du 16 septembre 1569.

Borromée, il raconte son entrevue avec l'électeur de Brandebourg.

« Sa Seigneurie illustrissime ouvrit le bref, lut la bulle, et puis elle me fit dire qu’elle en délibérerait et me donnerait sa réponse, ce qu’elle fit, en effet, le 24.

« Cette réponse fut très-longue, et cependant elle se bornait è accepter les compliments du souverain avec le respect qu’on lui devait, et à l’en remercier d’autant plus que, même en Hongrie, il l’avait trouvé on ne peut mieux conseillé et mieux disposé. Quant à lui, électeur, il avait toujours été dévoué à la paix, et je ne m'étais pas trompé en le donnant pour tel, parce qu’il avait toujours fait et faisait encore tous les efforts possibles pour la réaliser, nescire tamen an pax apud omnes gratiam ineat; ce dont il se plaignait d’autant moins, qu’il ne se proposait d’autre but que la paix de conscientia sua et verbum Dei : aussi il n’avait point accepté légèrement la confession d’Augsbourg, car il désirait ardemment pour tous les hommes et spécialement summo pontifici veram agnitionem Filii Dei. L’électeur s’expliqua ensuite sur la présente convocation du concile, et il dit que cette affaire ne le concernait pas seulement lui et les princes assemblés à Naumbourg, mais encore tous les princes etÉtats de la Confession d'Augsbourg ; qu’en conséquence, il ne pouvait répondre qu’après s'être concerté avec tous. Quant à lui, il déclarait vouloir faire tout son possible pour amener un accord, quoique, par l’expérience qu'il avait des dispositions des princes et de celles du parti, il y vit de grandes difficultés, ainsi qu’il me l’avait déjà clairement déclaré dans nos entretiens familiers. Il aimait en effet, ajoutait-il, me montrer la pleine sincérité dont j'usais envers lui; il tenait pour certain que non-seulement je prendrais tout ceci en bonne part, mais que je voudrais continuer avec lui les bonnes relations auxquelles il tenait beaucoup pour sa part, etc. Je répondis que Sa Seigneurie illustrissime ne se trompait pas quant au jugement qu’elle portait sur la grande bonté et la sincérité du pape, et que Sa Sainteté de son côté avait toujours ponsé que Se Seigneurie illustrissime avait un grand désir de la paix, ainsi qu’elle avait pu le reconnaître à propos des affaires de Hongrie. J'ajoutai ensuite : bien que la cause soit commune à Sa Seigneurie illustrissime et à beaucoup d’autres, ce caractère commun

n’empéche pas qu'elle ne touche grandement chacun en particu- |

lier, puisqu'il s’agit du salut de l’Ame, et elle touche d’autant plus

Sa lettre au cardinal Borromée.

deine nie unie ee SE palio pr la refuser à tous les autres, parce qu'ils netiennent pas, comme les docteurs d'Augsbourg, ecpressum verbum Dei. Mais ils prétendent eux aussi, lui disais-je, avoir verbum Dei! et ne voyez-vous pas

sur la terre un juge, tel que celui quenous voyons dans l'antique et perpétuelle forme du gouvernement de l'Eglise? Il ne me répondit pas alors : cependant je vis bien qu'il ne se æendait pas, et aujourd’hui il s'est fait assister de l'un de ses docteurs, On a mis de nouveau en avant que les autres sectes ne pouvaient réclamer leur admission, d'abord parce que leurs doctrines étaient fausses, et ensuite parce qu'elles wont point de controverses divectes touchant l'autorité de l'Eglise comme en a la Confession d'Augsbourg, qui cherche principalement à détruire les abus et à rétablir la pureté de l'Évangile. Je dis alors: Un tel raisonnement ne tend qu'à augmenter le caractère hérétique de chaque secte. Chacune d'elles avait déjà créé de grandes difficultés en accusant et combattant le Siége apostolique, elle allait encore réclamer droit de vote au concile, et ce pour faire constater un refus d'obéissance.

« Et à ce propos nous dissertàmes longtemps au sujet des calvinistes, de leurs progrès et des cérémonies qu’ils rejettent parmi celles que l'électeur aime et fait rigoureusement observer. Nous parlämes des règles admises dans l'Église, et de la: volonté que Sa Sainteté exprimait d'introduire des réformes 1à où. elles pouvaient être. nécessaires : il me parait certain que le prince sent en Jui une conscience troublée et des dispositions à la: résipiscence. Au moment où je prenais congé de lui pour aller en Lusace vers son frère, le marquis Jean, il m'a adressé en: soupirant,ces paroles textuelles : Profecto, reverendissime Domine; vos injecistis mihi multas et magnas cogitationes (1).»

Et le 4 mars de la même année :

« Sa Seigneurie illustrissime me pria avec instance de resier

leurs couvents à certains pauvres chartreux qui sont encore à Francfort-sur-l'Oder, et à qui on les avait enlevés. Sa Seigneurie me promit de s'arranger de façon à me satisfaire sur l’un et l’autre point, et elle consentit à ce que je m’abstinsse du

reste (J). »

Les conciles étaient composés d'hommes, et pour qui connaît les agitations des parlements modernes, surtout dans les pays où cette institution est de fraîche date, la manie de parler à tort et à travers, d’embrouiller les questions, d’ergoter sur les mots, de faire des motions, de proposer des amendements, de faire prévaloir l’habileté sur la raison, d’aspirer à la vaine popularité des applaudissements ou à la reconnaissance lucrative des grands, il est facile de supposer que les mêmes abus régnaient au concile de Trente, bien qu'il eût l’assistance du Saint-Esprit, et bien que ce fût une assemblée majestueuse et composée des catholiques les plus célèbres dans les lettres, dans la diplomatie et dans les voies de la sainteté. Aussi faut-il se rappeler la sentence évangélique : Quæcumque dixerint vobis, servate et facite : secundum vero opera illorum nolite facere*.

Nous avons vu quel nombre infini de disputes s’élevèrent au commencement : fallait-il célébrer le concile, où, et quand? Était-ce au pape ou à l’empereur à le convoquer ? quelsétaient ceux qui devaient y prendre part??

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