JULES III. —— MARCEL 11. — PAUL IV
au couvent de la Minerve, elle menaçait d'y mettre le
feu si tout aussitôt les dominicains - ne sortaient pas
de Rome, pour qu'ils ne pussent désormais se méler des
Opérations du saint-office. » L'historien continue à décrire les insultes faites à la statue du pape, et raconte commment la tête « fut roulée en bas de la rampe du Capîttole, devint ainsi le jouet de toute la populace, et fut æn butte aux outrages non-seulement des enfants et des férétiques, mais encore des juifs, ordinairement si üme cles; l’un de ces derniers la couvrit du bonret jaune que Paui leur avait ordonné de porter comme signe distioct è f. . Puis au lendemain de cette ignoble scène, la POP Jace rendit au Capitole un décret aux termes duque? on devait livrer au pillage et aux flammes le palais que Re pape avait habité étant cardinal, et abattre toutes les æ w-mes et les insignes de la famille Caratfa.
SC» n successeur voulut qu'on fit réparation de cette insulte= , et prescrivit que chaque année, au 17 janvier, le stenza € romain assistit à la grand’ messe dans l’église de Salta & -Eustache, obligation qui plus tard se changea en une offrande annuelle d'un calice d'argent et de quatre
der wes à l'église Sainte-Marie de la Minerve. Pie V fit
wsRsporter dans cette église le corps de ce pape, et iui tieva un magnitique monument aux frais au peupie, i ordonna de plus qu'à chaque anniversaire la con grègation du saint-oflice y tînt une chapelle cardipalice. La statue de ce pape fut aussi rétablie par Clément VIli avec l’inscription suivante : Paulo IV pontifici
(1) Ce fut à cette occasion que le pieux et savant dominicain Séraphino Cavalli de Brescia. 1ommé inquisiteur par Paul IV, courut le danger de perdre la vie. Gravement blesse par les emeulicrs, il arvint avec peine aàstetagper. Il assista au concile de Trente, fut supérieur général de son crére, en visita les diverse: provinces, et mourut en Espagne en 1531.
Jugement à
porter
sur
maæimo, scelerum vindici integerrimo, catholicæ fidei pro- Il est fort difficile de le juger au milieu d’actes si con-
tradictoires; pour nous, nous vénérons dans le pape la
Paul IY- dignité de Dieu qu'il représente, et non les caprices de
la volonté humaine, et nous n’avons pas la prétention de transformer les faits en droits. Certes ce pontife a eu un très-grand zèle pour la religion : aussi dans le conclave qui suivit, Jules Pogiano lut la harangue habituelle sur le pape qu’on devait élire : il s’y félicite que les honteuses dépravations aient cessé, et plaise à Dieu, ajoute-t-il, qu’on en perde le souvenir. « Louanges à vous, 6 cardinaux, si un si grand changement s’est effectué dans Rome et dans les provinces; grâce à vous, les excès de pouvoir et les impudicités ont trouvé un frein, ainsi que cette licence démesurée dans la ronduite et dans les discours; maintenant les hommes assistent à la messe, se confessent et fréquentent la communion; on respecte les jours de fête; la pompe des cérémonies solennelles remplit les temples augustes ; enfin les étrangers savent et proclament que cette cité, capitale de l'empire chrétien, est aussi la maftresse et le modèle des devoirs du chrétien. Et d’où vient ce retour, si ce n’est de la probité, de la continence, des autres vertus de l'âme et du génie qui ont resplendi sur la chaire suprême? »
(A) — Norîs, livre I, pag. 32. Aussi Gelido, ministre résident de ‘Toscane à Venise, écrit à Côme en 1556 : « Je ne me tairai pas dans ma correspondance sur le grand projet que le pape a proposé au roi de France, malgré ce qu’il peut contenir de fabuleux, parce qu'il fait le sujet de conversation des personnes notables. On dit que Sa Béatitude songe à créer un roi des Romains, qui ait sa résidence à Rome, et qu'après l’avoir couronné dans cette ville, elle lui donnera tout l’État de l’Église ; on prétend que ce roi sera le cardinal Caraffa; que le pape pense à faire un roi de Naples italien, et un duc de Milan aussi italien ; qu'à cette fin le roi (deFrance)a promis son concours, en offrant de renoncer volomtairement à toutes ses possessions en Italie ou aux droits qu’il ÿ Peut faire valoir, pourvu que l'empereur fasse de même par condescendance ou par contrainte. Qu'enfin, on assigne aux papes un revenu de 50 à 60 mille écus, avec lequel ils puissent se maintemir : ajoutant qu'il n'y a pas de meilleur moyen à employer pour que l'Italie et toute la république chrétienne soient en paix et et repos. » (Ce document se trouve dans l'Archivio Mediceo.)
C'était un des faux bruits qui se débitaient sous les loges de
Florence et dans les boutiques de Venise ; mais, d'une part, ceci P'Ouve que les papes conservèrent toujours l’idée de cette indé-
Pendance des différents princes italiens ; et de l’autre, ceci révèle
encore plus d’ignorance que de malignité chez ceux qui se préva-
Jent de semblables plaisanteries comme d’un projet sérieux du
Pape.
(B) — Au temps de Paul IV, le pape recevait de la daterie pour sa cour 6,000 scudi par mois. Aujourd'hui le pape en reçoit autant, mais pour l'année entière ; outre 4,000 écus annuels du palais apostolique pour la secrétairerie particulière, il reçoit de plus 1,000 écus pour son entretien et 300 autres pour l’ameublement et le vêtement. On doit y ajouter 6,000 écus pris sur les régies du sel et du tabac, et 10 à 15 mille provenant des taxes consisto-
riales. Voilà ce qui constitue la liste civile du pape. Lorsque les Français en 1798 voulurent engager Pie VI à renoncer à la souveraineté temporelle, ils lui offraient 300,000 livres par au. Napoléon fit une allocation de 100,000 livres par mois à Pie VII, qui ne les accepta pas davantage, pas plus qu'il n'accepta l'offre de deux millions de francs de rente et de la souveraineté d’Avignon.
Frà Bernardin Ochin.
Lorsqu'il y a bien des années, je gravissais pour la première fois la pente qui conduit à la cité de Sienne, pittoresquement assise sur les deux éperons de ses collines, je me reportais par la pensée au temps où, reconnue comme république indépendante en 1186 par Henri VI, avec droit de battre monnaie, de choisir librement ses consuls et son podestat et avec droit de juridiction sur tout le voisinage, elle croissait au milieu . des agitations fécondes qui développaient l’activité individuelle, la foi, le sens pratique, et jusqu’au sens de L'art. Elle a perdu ces libertés que notre siècle coursan blime ou dédaigne comme les vieillards redouterat. les ébats de la jeunesse. Sienne, devenue une ville #condaire d’une province secondaire, rappelle cependant à chaque pas d’autres temps, ou glorieux, ou au moins mémorables; grâce à sa position, elle est moins à contact avec la foule des passants et avec la multitude des ambitieux ou des hommes à projets : elle conserve un cachet d’antiquité bien en harmonie avec la courbisie de ses habitants, qui, soit dans leur caractère, soit dans leur prononciation, tiennent le milieu entre les
Tosca ns et les Romains, entre la race gracieuse et ja race üllante.
Sienne, cité des saints et des héretiques.
252 DISCOURS vil.
Après nos bouleversements, je retournai un jour à Sienne par le chemin de fer, et la contemplant du haut de ses bastions : « C’est la cité des hérétiques, » disais-je à un de ces patriotes à l’antique, qui ne s’effrayent point d’être raillés comme des dévôts de leur clocher par les apôtres aveugles d’une centralisation égalitaire. Et ce patriote, retournant ma phrase, ajoutait : « C'est la cité des saints : Sena vetus civitas Virginis, ainsi qu’elle a été appelée, du jour où le bienheureux Thomas Balzetti la fit consacrer à Marie, avant la bataille de l’Arbia; et notre vieux sceau offrait cette devise : SALVET VIRGO SENAM QUAM SIGNAT AMOENAM. La gloire de Marie éclate de toutes parts dans notre admirable cathédrale, à l’intérieur de laquelle on ne se lasserait jamais d'admirer les vastes proportions du plan (et cependant elle n’est que le transeps du temple projeté), la variété des dessins et la finesse exquise de l'exécution‘, par où elle l’emporte sur tous les monuments que peuvent offrir tant d’orgueilleuses capitales. Même en dehors de ce monument, tout à Sienne est plein de souvenirs de sainteté. Par quelque porte que vous entriez, des images de saints s’offriront à vos regards; sur l'une d'elles, on voit le couronnement de la Bienheureuse Vierge, ouvrage d’Ansano di Pietro; sur l’autre, l’admirable crèche de Sodoma. A chaque détour vous rencontrez,
(1) Sur la frise qui règne dans tout l'édifice, on voit la série des portraits des papes, et parmi eux se trouvait celui de la papesse Jeanne. Le cardinal Baronius en fit des remontrances au pape Ciément VIII, qui, par l’entremise de l’archevéque Tarugi, obtint du grand-duc un ordre daté du 9 août 1600, aux termes duquel on a modifié les traits féminins de ce portrait, pour le transformer en celui de saint Zacharie. Cette série de portraits contient diverses erreurs de hronologie, qui ont
‘ reconpues et corrigées dans celle en mosaïque qu’on est en train
ever à Rome, à la frise de la basilique de Saint-Paul.
FRA BERNARDIN OCHIN. 253
peints à fresques, les quatre anciens patrons de la ville, Ansano, Crescenzio, Victor, Savino; ajoutez-y le biemheureur André Gallerani, fondateur des frères de la Miséricorde, le bienheureux Ambroise Sansedoni, qui tenait un langage si ferme à Frédéric II; Joachim Pelacani et Antoine Patrizi, prodiges de charité pour les pauvres et d’amour pour Marie; le bienheureux Antoine, qui réforma les servites; le bienheureux Tomasuccio, qui institua les hiéronymites, et le bienheureux Jean Colombini. Ce dernier, dont la vie nous a été racontée dans l’un des écrits du treizième siècle les plus empreints de naïveté et d’onction, grâce à la patience de sa femme et à la lecture des légendes, était revenu d'une vie dissipée, et, de gonfalonier s'étant fait mendiant volontaire, fonda avec François Vincenti le nouvel ordre des jésuates (A); en même temps qu'il déterminait sa cousine Catherine à fonder une maison de religieuses jésuates dans la rue de Valpiatta. Le bienheureux Bernard Tolomei, docteur en droit civil et en droit canon, chevalier de l'empire, s'était retiré au désert avec Ambroise Piccolomini et Patrice Paträzi, pour fonder ensemble les olivétains de Sainte-Marie de Montoliveto, dans une lande où brille aujourd’hui une riante culture, comme dans son église d'admirables Peintures. Stéphane et Jacques, moines augustins de Lecceto, fondent les chanoines réguliers dits scopettini. Pierre Petroni, chartreux, à son lit de mort, envoya dire à Boccace de réparer les scandales de ses écrits. Et que pourrais-je dire de notre saint Bernardin? Lors de la peste, il prodigua ses soins aux pauvres, et se fit irer pour ses prédications et pour les fruits qu'il
en recueillit dans toute l’Italie. Une piété en quelque sorte de famille nous invite dans le quartier de l’Oca à
vénérer les souvenirs palpitants de sainte Catherine, la pieuse fille du teinturier Benincasa, qui, affligée de douloureuses infirmités et assaillie de tentations, retrempait son âme dans l'exercice de la prière et de la charité. Elle allait assister les malades et sucer leurs ulcères avec la même simplicité avec laquelle elle dictait aux Florentins la paix confiée à son arbitrage, ou bien écrivait au pape pour le presser de revenir d'Avignon à Rome, ou encore à Jean Aukwood pour l’exhorter à contenir ses bandes de mercenaires anglais. Douée de la grâce spéciale de convertir les pécheurs, elle éveilla le repentir dans l'âme de deux assassins déjà montés sur l’échafaud, et convertit toute la famille Tolomei; le pape dut envoyer dans cette ville trois dominicains spécialement chargés d'entendre les confessions de ceux qu’elle avait convertis. Promenez-vous dans ce quartier, et il vous semblera que la sainte soit morte d'hier, tant elle fait le sujet de la conversation générale; chacun en indique les traces; c’est à elle que les épouses, à elle que les mères adressent leurs vœux et apportent leurs offrandes. Il y a peu d'années, lorsque la grande duchesse de Toscane visitait le pays, les jeunes filles, qui sont trèshabiles dans l’art de faire des fleurs, lui offrirent un gracieux bouquet; cette princesse voulait en échange leur faire un riche cadeau, mais elles la prièrent de faire de préférence une offrande à leur sainte Catherine. Dans Ja chap.elle qui lui est dédiée vint en 1857 Pie 1X, au milieu des acclamations populaires, et il admit au baisement de pieds la conférence de Saint-Vincent de Paul. Cette ville a vu naître les papes Pie II, Pie III et Alexandre VII; et la contrée environnante, Jean I°, Boniface VI, Grégoire VII, Alexandre III et un très-grand nombre de car-
FRA BERNARDIN OCHIN. 255
din æux. C’est ici que les beaux-arts donnèrent peuttre les premiers signes de la renaissance avec Mino le ‘Turrita, Guido, Duccio di Buoninsegna et Simon lemanmi, comme aussi la poésie avec Folcalchieri. Nous ra érons encore aujourd'hui la madone qu’on porta à la atzaille de Monteaperti, où les Florentins « feignirent n æ-ouge les eaux de l’Arbia; » enfin le sentiment cathoig ume subsista encore dans notre peinture, même après we Rome et Florence l'eurent sacrifié à l’imitation dasssique. »
“Tel fut le langage que me tint ce bon Siennois : et pouxrtant cette ville a produit de fameux hérésiarques, tl= que les Socins et d’autres encore, dont nous parleroxns ailleurs.
Lorsqu’au système des gouvernements qui cherchent le bien-être eut succédé celui des gouvernements qui herchent la force, la Toscane, qui appartenait à la fiction guelfe, étant tombée au pouvoir des Médicis, Siemne mit sa liberté sous le patronage de Charles- Quint; ce prince l’ayant visitée en 1536, y laissa pour
gouverneur le Siennois Piccolomini. Mais les agitations et les troubles, signes avant-coureurs de la ruine d’un peuple, y étaient attisés par les émigrés florentins et par les Francais, jaloux de causer des ennuis au duc de Toscane et de l’empécher d'organiser le pays. On sait qu'il sensuivit une terrible guerre (1554) dans laquelle Sienne, défendue vainement par les Strozzi et par les Frangais, #t©comba sous les efforts réunis du duc et des Espagnols; *yant perdu cinquante mille hommes, elle tomba dans Un état de décadence irrémédiable, et vit son commerce et son agriculture entièrement ruinés.
Ces malheurs publics avaient encore produit un sur croît
B. Ochin.
Se ommencements.
d’irritation dans les esprits par suite de la diffusion des opinions nouvelles. Dès l’an 1537, le célèbre capucin Jean de Fano, qui préchait le caréme à Sienne avec tant de zèle et tant de succès qu’on le disait l’égal de saint Bernardin, entendit un prédicateur d’un autre ordre émettre des opinions contraires à la doctrine catholique ; il commença par l’avertir, et, comme ce dernier s’obstinait dans ses opinions, il l’accusa et le réfuta publiquement, si bien que ce moine jugea prudent de quitter cette pieuse cité‘.
Dominique Tommasino était un obscur eitoyen qui habitait la rue de l’Oca, d'où vint à son fils Bernardin le surnom d'Ochin. Ayant pris l'habit des frères de l’Observance, il sortit du couvent pour entreprendre l'étude de la médecine à Pérouse, où il se lia d’amitié avec Jules de Médicis, qui fut depuis Clément VII. Rentré dans son ordre, il y obtint des dignités, mais il en ambitionnait de plus élevées ; il espéra peut-être s’en faciliter l'accès en entrant chez les capucins, dont l'institution remontait à dix années seulement, et qui venaient d’étre introduits à Sienne. Il avait à soutenir des luttes contre la chair : « Je cherchais en vain, avoue-t-il, à mortifier mon « Corps par des jeùnes et par des prières. A la fin je « lus l’Écriture, et mes yeux s’ouvrirent à la lumière, «et le Christ me révéla trois grandes vérités : 1° que « le Seigneur en mourant sur la croix satisfit pleine- « ment à la justice du Père et mérita le ciel à ses élus ; « 2° que les vœux monastiques sont une invention hu- « maine; 3° que l’Église de Rome est abominable aux « yeux de Dieu. »
(1) Bovsnto, Ann. dei cappuccini, à l’année 1539.
FRA BERNARDIN OCHIN. 257 Voilà ce qu'il écrivit, et peut-être aussi ce qu'il ne pensa que plus tard; à ce moment, quoi qu'on le soupcon mit d'inconstance dans ses résolutions, il acquit si Il devient biex la réputation d’un excellent prédicateur, que Sadolet be le mettait sur la même ligne que les plus fameux ora- Pia teux-s de l’antiquité. L’évêque de Fossombrone écrivait à Ansa bal Caro: «Il y a peu de jours que j'entendis à Lucques frère Bernardin de Sienne; c’est vraiment un homme d'un mérite extraordinaire; il m’a tellement plu, que je lui ami adressé deux sonnets, dont je vous envoie l'un. » Cha x-les-Quint disait : « Il prèche avec tant d'esprit et donation qu'il ferait pleurer les rochers. >» Pierre Bembo, qui ne tarda pas à devenir cardinal, aimait peu les prédicateurs de ce temps; aussi disait-il en parlant d'eux : « À quoi bon irai-je écouter leurs sermom ? On n’entend jamais que le docteur Subtil disputant avec le docteur Angélique, et puis c'est toujours Aristote qui vient en tiers pour résoudre la que:tion proposée. » Or, le 6 avril 1536, il écrivait de Venise à la ° marquise de Pescara :
€ Quelques gentilshommes de cette ville m'ont prié d’intercéder près de Votre Seigneurie, afin qu'elle daignât déterminer notre révérend père frère Bernardin de Sienne, à accepter de venir précher le Carême prochain ici dans l'église des Saints Apôtres, pour l'honneur et la gloire de Notre-Seigneur Dieu. Tous les citoyens de Venise se promettent un plaisir infini de l’entendre prôcher. Ce sera pour moi une bonne fortune de pouvoir faire sa connaissance et d’écouter ses prédications. »
Et le 25 mars suivant :
« Je m’entretiens avec Votre Seigneurie, comme je me suis entretenu ce matin avec le révérend père irère Bernardin; je lui ai ouvert tout mon cœur et toutes mes pensées, comme je les aurais ouverts à Jésus-Christ, à qui j'estime que le frère doit
pu - 17
Ses austerites.
258 DISCOURS Vr.
être très-agréable et tr8e-sdér: dar, pour Moi, je ne VIS pas avoir jamais parlé avec un plus saint homme que lui. Aussi je ne veux pas manquer d’entendre ses sublimes, très-saintes et trèsutilés prédications : c’est ce qui m'a décidé à rester ici pendarit tout son séjour. »
Puis le 4 avril :
« Notre frère Bernardin (telle est désormais la mavière dont jé veut l’âppeler entre ndus deux) est dès è présent adoré dans cette ville. I h°y a pas urt Homme, pas une ferhnte qui dé le porte aux aues. Oh! quels mérites, oh! quels charmes, ch! quelle puissance de persuasion ! Je me propose de supplier Sa Sainteté de régler la vie de ce moine, de façon à ce qu’elle puisse contribaer plus longtemps à là gloïré de Dieu et au service dés Ames; car à mener l'existence aussi durs qu'il le fait, à wWy résistera pas. »
Enfin le 29 avril :
« J'envoie ci-incluses x Votre Seigneurie Illustrissinié les l'éttres de notre révérenà frère Bernardin, que ja? étendue aveg un plaisir isexprimable pendant ce temps trop court de présent Caréème. J'avoue que je n'ai jamais entendu précher ni plus utilement, ni plus sairitement que lui. Aussi je ne m'élonne pas que Votre Seigneurie l’aimie autant qu’Ellé le fait. I} parte Bien différemment et bien plus chrétiennement que tous les prédicateurs montés en chaire de mon temps! Il parle avec une charité plus vive, avec une enetion plus pénétrante, et il dit de meelleures et de plus utiles ehoses. Il plait à tout lé Monde au delà de ce qu'on peut imaginer. J'estime qu'il va, à son départ, émporter avec lui teus les cœurs de cette cité. Pour tous ces résultats nous avons d’immortelles actions de grâces à rendre à Votre Seigueurie, qui nous l’a prêté. »
Et fl avaît écrit au curé :
« N’oubliez pas, s’il le faut, de forcer frère Bernardin à faire usage de viande, car s'il ne suspend pas l’abstinence quadtagésimale, il ne pourra résister à la fatigue de la prédication. »
En effet Ochin s'était livré à ces pr.tiques excessives d’austérité, qui parfois conduisent une âme * un état de trop grande : ‘lice en elle-même. M chentinait riu-
FRA BERNARDIN OCHIN. 359 fiedÎs dins les montagnes à traver les roctiérs, dans les fie?ezé*, au milieu des rohces, la tête décôtiverte, etposé à ÉcSrütes les intempéries; il demandait l’aumônè dé porte en pport:; la nuit, il s'appuyait contre un arbré et s’y éridot*xrisit, bien que les seigneurs du lieu lui éussént pré- Pare l'hospitalité. Xn le voyant passer vétu d’uhe robe de Exure, avec one barbe longue, blanchie avant le temps, lé éteint et les joues creusées par les macérations, éÿænt l’aspéct d’un martyr, la foule s’agenouillait devant lüf, cédant instinctivement à l'admiration et au respect. 4 Pa tout où il allait, dit un contetnporain, la foule accou- Fit à sa féncontte, les églises ne suffisaient pàs à contenir les auditeurs : il arrivait toujours à pied, et perss re ne le vit jamais prendre une monture; s’il Jui falhit entrer dans les palais des princes, il ne changeait rien à Far rigueur de sa vie; jamais de vin, jimaîs plus d'un PE, et it laissait les lits de plume pour dormir sur le pavé fu #. L’infime Arétir lui-même, voulant à tont prix faire fteTet de lui, feignait l'homme converti, et écrivait au Me une lettre datée de Venise le 21 avril 1537, dans hell il lûi disait que Bernbo « avait donné mille ttiness au paradis, én transférant d'ici dans cette cité ca- Æibliqüe de Sienne frère Bernardin, ce religieux aussi humable que vertueux. » Ilajoutait : « Touché par les éclats dé Cette trompette que fait entendre le frère missiontre, j'ai cru devoir céder aux admonitions de sa révéréñée, qui a voulu que cette lettre me remplaçât aux
Pieds de Votre bienheureuse Sainteté, pour lui demander
Dar dot des injüres que j'ai faites à la cour pontificale
par la folie de mes écrits, bien que cependant tout ce que
(1) Graziani, De Vita Commendonis.
j'en ai dit par la parole ou par la plume ait été décidé là haut, afin que, s'il manquait encore quelque chose àla gloire de votre béatitude, la conversion de l’Arétin Y mit lecomble. »
Tandis qu’il préchait à Venise, « ville très-chlibre@» . théâtre du monde, marché de tout l'univers, reine de l’Adriatique, victorieuse de ses ennemis, la merveille de l'Italie, » Ochin y obtint la concession d’une chapelle # qu’il transforma en un couvent pour ses capucins. L'as semblée municipale. de Sienne, en date du 21 juin 15% ordonna ce qui suit: « Attendu que la présence da sus— dit frère Bernardin, qui a fait ce matin dans la grande» salle du conseil une prédication salutaire à tout le peuple. est avantageuse et très-utile au salut des Ames, et qu'il serait bon qu'il restàt quelques jours encore pour pré— cher à la cathédrale ou au palais; une députation cm— posée de quatre notables se rendra chez ledit frère poux” . faire en sorte qu'il ne parte pas de Sienne, et ceux-d am écriront au pape, s’il le faut. » Il précha de nouvesn,. en 1540, dans cette ville, où il introduisit la pioue» pratique des quarante heures, et Sienne fut ainsi lætroisième ville qui l’adopta; seulement au lieu. du très-saint Sacrement, on y exposait le Crucifix des Con fréries.
ite, Dans nos investigations faites sur place, nous avons
eoniriries L'OUVÉ de cette époque certaines pièces toutes em-
sile e. preintes de sentiments de piété, dont nous allons donner
quelque échantillon, sans nous laisser arrêter par la
peur d'être accusé d’une admiration de bigot pour les moines!. |
(1) Miscellanea di notizie di cose sanesi, Rocueil existant dans la
FRA BERNARDIN OCHIN. - 961
« Ce 17 septembre 1540. Notre prieur nous présente une lettre, adressée à notre Confrérie de Saint-Dominique, à propos des prédications que devait faire pendant l’Avent frère Bernardin Ochin, capucin‘; elle ne portait pas de signature, mais d’après ce qui a suivi, on pense qu'elle est bien émanée de lui, quoiqu'il n’y ait pas mis son nom: elle contient l'invitation de faire les prières des quarante heures dans toutes les Confréries de Sienne, et quarante heures par Confrérie ; ladite missive ft, par l’ordre de notre prieur, lue par Laurent, fils de | Bernardin, notre confrère, et voici sa teneur :
€ ÇSur l’enveloppe). A la Confrérie de Saint-Dominique, à Campo Regi. Très-chers frères en Jésus-Christ.
€ (Ommissis.) On prie votre charité de vouloir bien vous asso- Dévotion Gr avec beaucoup d’autres pour accomplir deux œuvres très- te Petames et très-saintes, dont la première consiste à ce que vous questa Was invitiez et avertissiez l’un l’autre, avec un saint amour, à | fire latrès-sainte pénitence avec une vraie contrition, une trèssobre confession et une satisfaction entière, en y joignant des ÆMQnes spirituelles et corporelles, des jeûnes réellement obsewés et la sainte oraison, pour méditer cette transformation de lime en son Christ bien-aimé; et, humblement prosternés devant ts pieds sacrés, lui exposer nos besoins spirituels particuliers et œux de tous nos frères, en encourageant et en aidant par la bnne volonté notre âme à se revêtir de ces vertus divines, la foi, espérance et la charité; en sorte que, familiarisés avec leur fannbeau, nous puissions fermement voir et tenir pour certain,
qu'au grand jour du jugement, ces mes étant réunies à ces corps,
œux-ei à leur tour se trouveront réunis avec les autres bienheu-
roux dans le royaume de Dieu.
« Et, comme pour faire oraison, il faut que l’âme recueillie
bibliothèque publique communale de Sienne, écrit de la main du père zagèle-Marie Carapelli, dominicain, au commencement du dix-huitième siècle, et contresigné A. V. 14 ac. 58. — Compagnia di San Domenico, al libro delle deliberazioni del 1540, a. f°. 6, faccia seconda.
(1) Vita di Paolo IV, manuscrite.
dans ses puissances s'élève jusqu'au ciel aux pieds de la Très- Sainte Trinité, ce qui ne peut s'opérer si le corps ne s'éloigne pas de la sphère agitée du monde, il est vrai aussi que pour atteindre ce but (ainsi que chacun peut le dire par sen sxpérisnce de sbple tien), on n’a pas encare dépouvert pi recongu jusqu'ici le moyen ie plus facile, non pastant de communiquer à chacun en particulier la méthode d’oraison, que de la démontrer à ceux (et ils sont nom breux) qui ne la connaissent point. Tel est l’objet de K'institaiess réperament ipgugyrée dans notre yille, c’est-à-dire les prié des quarante heures. C'est pourquoi, au nom de Dieu, on pr@ instarment votre charité, et même on lui demande en grâce d® vouloir bien, après toutefois avoir pris les susdites disposititti@ préparatoires dans vos âmes, dans l’ordre ci-dessous indiqué, 88 quand arrivera Je tour de voire oratoire, l’orner comme il #W& d'habitude, commander les personnes qui doivent faire la gare pendant le temps voulu, et placer dans ledit oratoire les confrères et d’autres personnes d'heure en heure, quel qu’en soit le nom bre, sans bruit ni confusion, pour qu'on y soit en prières sgns m— terruption pendant quarante heures. Lorsqu'on sera arrivé è lm dernière heure, vous irez avec ceux des frères que vous pouf rez réunir, en costume de flagellants, trouver la Confrérie qu vient après vous, laquelle enverra vers vous une députatioria de quelques membres, en calculant le temps qu’il faut poux” parcourir la distance qui la sépare de votre oratoire, et pone” que, quand vous arriverez à l’autre, les quarante heures splem®& achevées : après la récitation de quelques prières, commence”. l’autre oraison, et les adorateurs de la première heure rest vous retournerez à votre oratoire, où, attendant ceux de la det nière heure, vous réciterez tous ensemble quelques prières podi” terminer l’oraison. | « Dans l’ordre ci-dessous indiqué, le temps d’oraison pot
chaque Confrérie veuant à son tour, durera quarante jourt, ® l'imjtation des plus longues oraisons, dont on trouve la trace em lisant l’Ancien et le Nouveau Testament : elle commencera 1€ mardi, 19 octobre, le lendemain matin de la fête de saint Luc, à quatorze neures', et elle se continuera jusqu’au premier dimanche de l'Avent, à la mème heure; soit pendant quarant®
(1) On sait qu'en Italie l’usage ancien, qui subsiste encore en per dans le peuple, était de partager la journée en 24 heures dont le % de départ est le coucher du soleil, ou l’Ave Maria du soir, lequel, o
FRA BERNARDIN OCHIN. 263
jour, et l'oraison se fera vingt-quatre fois, ce qui en to:t donne use durée de neuf cent soixante heures.
æ Dans la dernière matinée, le premier dimanche de l’Avent, sous êtes invités à faire une procession qui aura lieu de la masère suivante : nous irons tous, en habit de flagellants, entendre lesermon; quand il sera terminé, la Coafrérie qui aura fait la dermaière l'oraison, accompagnant l'image de ce divin Crucifié
mous devons chercher à imprimer et à graver dans nos cœurs, vara aller, à travers les rues de la ville, suivie par les autres Confréries marchant avec ordre et sans autre insigne: on fera une halte, là où on le trouvera converable; puis elles retewsrmeront toutes ensemble à l’église cathédrale, où !a susdite Confrérie fera célébrer au maitre-autel, et par un prêtre dont ele se sera pourvu à l'avance. le saint sacrifice de la messe: œhai-ci, une fois achevé, et la bénédiction reçue, chacun retoursem chez soi, avec la ferme résolution de se dépouiller totalemat du vieil homme, et de se revêtir de l'homme nouveau, cet 2àdire du Christ béni.
e Ceci est la première grâce, comme vousie voyez, puisqu'elle et tout entière à votre avantage. Cherchez-la donc, et répondez à Jtaswas-Christ crucifié pour le prier de vous enflammer d'ardeur pere la seconde.
« Voici l'ordre des Confréries, qui a été pris uniquement pour hcommmodité de chacune; il ne reste plus qu'à faire savoir à la Cufrérie qui vient avant vous et à celle qui vient après, commett vous êtes disposés à faire cette oraison: qu'il y ait entre vos €mulation réciproque. et en vertu du très-précieut sang du Qrist, triomphez de toute espèce de tentations que l'ennemi du
gere bumain pourra't dresser devant vous.
« On vous donne dès maintenant ce règlemen!, afin que vous qu le temps de trouver les confrères, de les encourager à cette
@urre, et de les préparer à faire chacun respectivement son heure d'oraison.
«ie Au nom de Dieu, la Confrérie du Corpus Domini commescera le 19 octobre, mardi matin à la heures. et terminera le mercredi soir à 6 heures.
« + Mercredi soir à 6 heures succédera celle de saint Nicolas,
euspread du reste. varie suivant les saiscus. Ainsi le 19 octobre en Male. 14 à correspondent è 7 h. 45 m. du metin, puivant notre meubre de compter en France. (V. des Iraductsuri.)
qui passera la journée du jeudi en oraison, et finira sa gards 1e vendredi à 22 heures. » .
Suit letableau de la répartition des heures entre chega® confrérie.
« Le premier dimanche de l’Avent sera la clôture des quarant®”, heures et des quarante jours, à la louange et à la gloire de l® très-sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit.
« La seconde grâce. "non moins utile que la première, laquel® est apte à vous confirmer dans la carrière du bien où vous ven d'entrer, est celle-ci : il s’agirait que vos charités, sans que celis puisse soulever parmi elles la moindre opposition, voulusseafi bien envoyer d’après l’ordre ci-dessous transcrit, quand viendra. leur tour, quatre ou six confrères pour garder, pendant une nuit, les pauvres ma. ‘ades du grand hôpital. Ce ne serait pas seulemsst la nuit, mais bien aussi le jour qu’ils auraient besoin de la présence et des consolations de vos charités; car ces pauvres infirmes ne sont soignés que par des mercenaires, par des gens qui les regardent d’un œil sans pitié, et qui ne réfléchissent pas mème que ceux qui sont confiés à leurs soins sont affectés de maladies: de l’Ame et du corps.
« Oh! de quel bien vous serez l’occasion : d’abord pour vessmêmes, en apprenant de ces infirmes ce que vous êtes, et om bien en vain nous nous fatiguons en travaillant en dehors de les. voie de Dieu; ensuite pour ces pauvres infirmes, lorsque vous les consolerez, et que vous leur viendrez en aide avec compassica dans leurs peines et dans leurs souffrances.
« Il faudrait entrer dans de longs raisonnements, si nous voulions exposer les nombreux et excellents résultats qu’on peut attendre de cette œuvre; aussi nous les passerons sous silencs, persuadés que nous sommes que vous connaîtrez bien mieux l’œuvre en la pratiquant, que par tout ce que nous pourrions en dire.
« C’est pourquoi, au nom de Jésus-Christ crucifié, et à nouvesa, on prie votre charité, bien plus on lui commande par la vertu de son sang, d’accomplir et de réaliser la première et la seconde de ces grâces; et le Christ qui vous convie à ces grâces, agira aussi en vous et dans vos Ames, et vous donnera cette gràce en verta de laquelle vous pourrez opérer ce qu'il vous commande.
« Demeurez dans l’amour de Jésus-Christ, à qui avec le Père
FRA BERNARDIN OCHIN. 265
et avee le Saint-Esprit soient honneur, gloire et empire, toujours dans les siècles des siècles.
« Telle est la teneur de la présente lettre, ainsi que je l’ai dit, cescersant le nouveau mode d’oraison, récemment inventé par les révérends pères frères capucins, et par eux préché.
« Après la lecture de la présente lettre, on ne prit pas d’autre résolution ce matin-là parce qu’il était tard, mais on la réserva pour une autre séance. »
« Ce 3 octobre 1540.
« Le prieur ayant donné la faculté à chacun de parler pour le bien et l'avantage de la Confrérie, etc. Laurent de Bernardino le surveillant, ayant fait la révérence habituelle, proposa de prendre quatre personnes qui feraient tous les préparatifs et les dispositions nécessaires dans l’oratoire, pour que notre Confrérie pêt faire la nouvelle oraison des quarante heures, et, comme cela entraîne certains frais, de donner l’autorisation aux quatre susdits confrères de faire toutes les dépenses que réclamerait ladite cérémonie, et ainsi on résolut de aire ladite oraison..
« 1540, ce 1° novembre, à 22 heures.
< Après avoir décoré l’Oratoire d’un baldaquin et tendu l'église de tapisseries; après avoir disposé les ornements sacerdotaux, les confrères s'étant réunis vers la 21° heure s’avancèrent, vêtus en fiagellants, portant chacun un cierge, et se dirigèrent à la chapelle de Sainte-Catherine, è Fontebranda, pour chercher le Crucifiz, et revinrent ainsi processionnellement avec un grand nombre de torches à notre Oratoire, suivis de beaucoup de frères deladite Confrérie de Sainte-Catherine. Arrivés à notre Oratoire, piè avoir récité les prières prescrites et fait les invocations au Sant — Esprit, il y eut un court sermon de maitre Bernardin de Saint Dominique, dont le sujet fut une exhortation à la pratique de ladite oraison et des remerciments adressés à la Confrérie de Sante-Catherine, et à la multitude de personnes qui vinrent pour accomn pagner le Crucifix; puis on congédia tout le monde, sauf ceux qui voulaient rester à l’oraison; on ferma alors l’Oratoire, on 6teignit toutes les lamières, à l'exception d’une petite lanterne sur laquelle était gravée l'image de Jésus-Christ, on apporta la croix, et ainsi à la louange du Dieu tout-puissant, on commença ladite oraison. A chaque tour l’adorateur doit rester une heure em Prière; l’heure finie, d'autres personnes le remplacent, dans
266 DISCOURS YII.
l'ordre que les susdits frères ont établi, c’est-à dire (ici susvent les nms).
« Ainsi se termina, à la louanges du Dieu tout-puissant, ladite oraison avec le concours d'une grande aflluence de frères, ei de beaucoup d’aytres personnes en dehors de notre Gonfrérie, et de religieux venus à chaque heure; et, avant que la 13° heures ne fût sonnée, noys a]lâmes tous, vêtus en flagellants, avec des torches allumées accompagner le Crucifix à l’oratoire de Saint-André- Galleraui ; étant allés d’abord dans notre sacristie et audit oratoire de Saint-André pourvoir à son ornementation, nous chantAmes les litanies, entendimes un court sermon fait par notre recteur, puis nous revinmes à notre chapelles on chanta le Te Dewm, et ainsi prit fin ladite oraison, etc. »
« Ce 7 octobre 1540.
« Au nom de Jésus-Christ crueifié , le chapitre étant assemblé,
notre prieur présenta un billet émané du vicaire de l'archevêque, et dont suit la teneur :
« Au nom de Jésus-Christ,
« Le seigneur-vicaire de l'archevêque et les trois chanomes élus d'autre part pour faire partie de la commission des quarante heures, ainsi que le révérend père frère Bernardin Ochin, enjoignent à votre charité de vouloir bien, dans le but d'éviter la confusion, observer pour le premier dimanche de l'Avent les mesures ci-dessous transcrites :
« Et d’abord, à raison de la communion générale qui doit avoir lieu à la cathédrale, on prie ceux d’entre vous qui seraient là auparavant, d'aller se réconcilier où il leur plaira, parce que le
matin de la cérémonie cela serait impossible à beaucoup d'égards, etc., etc. »
« Ce 14 actobre 1540, f° 8.
Règlement % Au nom de Jésus-Christ crucifié, par notre père prieur fut
Pour présentée la présente lettre adressée à notre Confrérie, et par
quarante l’ordre du même prieur elle fut lue par Lorenzo di Rernardino,
heures. far surveillant. En voici la teneur : — A la Confrérie de saint Dominique, — Très-chers frères en Jésus-Christ crucifié.
« Ce n’est point à çeux qui commencent, mais à ceux qui per-
sévèrent qu'est réservéa la couronne , et ce résultat nous est
démontré par l’expérience : ai l'arbre qui a fructifié une fois en
È eve vr,
FRA BERNARDIN OCHIN. 267
restait là et ne produisait plus de fruits, ou bien si, après en avoir produit une fois de bons, il en produisait une autre fois de mauvis, on devrait le couper et le jeter au feu.
a Ti on serait de méme de vous, frères en Jésus-Christ, si. vyant combien le servise de Jésus-Christ Notre-Seigneur, Dieu dsioute einteté, est chose avantageuse, excellents st néce:saire,
: aprba nous avoir accordé la première et la plus grande grâce,
vas allie nous refuser la seconde, plus facile et qui n’est pas mins agréable au Christ Jésus notre Rédempteur, à savoir, la vite à ces pauvres malades, que dis-je la visite à Jésus-Christ a personne dans sa très-sainte maisog ds l’hôpital de Santa- Meria della Scala *, véritable échelle du paradis. Il conviendrait de traiter ce sujet d’une façon définitive et d'établir des règlements perpétuels, ce qui serait d'autant plus facile, avec la grâce &Jésos-Christ,qu’i! n’yaura dans estte œuvre ni fatigues ni peines, #eela parce qu’il ne peut y avoir ni fatigues ni peines quand on
- ri les intérêts de Jésus-Christ, que dis-je? ses propres intérêts.
« Mtablissons donc cet ordre : nous sommes vingt-deux confères; prenons l'engagement du visiter, une fois au moins tous bevwingi-deux jours (par deux, quatre ou six ensemble, comme il
à chaque Confrérie) cette pieuse maison, et de veiller une MS avec Jésus-Christ. En adoptant ce règlement, la garde pour daque Confrérie reviendra seize ou dix-sept fois par an : qu’on | donc dans claque Confrérie le recensement de ceux qui tin@ le plus aptes à ce service, et qu'on les divise en autant de Pompes, en sorte que chacun d'eux ait une garde au plus à faire cha gue année ou plus s'il lui platt.
& It quel serait celui qui, une fois par an, pour l'amour de Jame-Christ, ne voudrait se procurer cette consolation de veiller se nuit avec Jésus-Christ? Faisons-le donc, frères, faisons-le,
1 faisons-le. et ne doutons de rien, car pour Jésus-Christ nous
pouvons tout.
& Quant à vous, très-chers frères de la Confrérie de Baint-Domisique, au nom de Dieu, vous commencerez votre garde le mardi
: 39 novembre, et vous continuerez cette œuvre pisuse; aingi vous
ges à faire une garde chaque troisième mardi du mois, et puis atec la grâce de Dieu les autres Confréries continueront. s Voyez ci-dessous l'ordre pour toute l’année, eto. »
o 1. Scala, en italien, signifie échelle.
« Ce 17 janvier 1541 a nativiate
« Le chapitre étant assemblé, etc., le Père Prieur (Ochin) pré» senta la lettre suivante adressée à notre Confrérie :
« Grâces, louanges et honneur à Jésus-Christ, à jamais bisk-
« D’après les importants et merveilleux résultats qu'a produ l’oraison des quarante jours qui vient d’avoir lieu, on a pu dle” rement connaître et juger que l’ordre admirable qui a régné des cette circonstance n’a pas été le fait des hommes, mais qu'il visss® du Dispensateur de toute grâce, de la bonté et de la misériconia® de notre Sauveur.
« Tenez pour certain et croyez fermement que toute gr que tout don parfait vient d’en haut, de l’infinie bonté et charitif» de Dieu. C’est de sa part qu'aujourd'hui on vous présente un des spirituel des plus précieux, qui sera d'un si puissant secours... non-seulement à vous, tant que vous vivrez, mais encore à cstxqui viendront après vous, que toujours eux et vous en remsscierez Dieu.
« Ce don, le voici : que votre charité n’admette aucune cen— tradiction, qu’elle suive l'élan d’un cœur sincère et reconnaiasati,,, qu'elle soit ferme dans son espérance en Dieu; il faut que tissvous alliez à la délibération, non pour y voter au scrutin secret... mais à haute voix, non pour un temps déterminé, mais pour vous, pour vos successeurs, et après eux à perpétuité. Il faut que det” votre Oratoire (comme dans l'autre) se fasse quatre fois par ii l’oraison des quarante heures, selon le mode ci-dessous indiqui.
« La chose en elle-même est si honnête, si juste, si sainte et si divine, qu’il n’est pas nécessaire d’insister. Je tiens pour certain qu’il suffit de vous présenter une telle chose, pour que tous tros. vent qu’elle est mille ans à revenir cette heure que vous const crez à Dieu qui vous en a donné l’ordre.
« Avant qu'on vous dise autre chose, on prie votre charité d'observer avec soin l'avis ci-dessous rapporté, afin que l'ennemi ns sème point dans notre œuvre quelque trouble, ce à quoi il est toujours prét, et surtout contre la prière, car (disent les saints) il emploiera tous ses artifices pour vous en détourner.
« Et comme ce doit être la dernière fois qu’on vous entretient de ce sujet, ne vous fatiguez pas si l’on vous en écrit longuement.
« Qu'on instruise donc d'abord ceux qui l’ignorent, qu'ayant à consacrer à cet exercice un temps déterminé, on a choisi celui de
FRA BERNARDIN OCHIN. 269
quam ante heures et de quarante jours, parce que le nombre qua-
drag énaire a toujours ét4 entouré d’un très-grand mystère; et de
pia, nous devons prier non-seulement pendant ce temps détermim, mais toujours, parce que cette dévotion a lieu pour exciter & tTéveiller notre ferveur.
« On devra faire quatre fois par an l'oraison de quarante jours, en sorte que à quarante heures par fois, chaque Confrérie ait six jOurs et seize heures d’adoration par an.
«Afin que cette oraison produise son effet, qui est de faire monter notre âme jusqu’à Dieu par des sentiments de piété et d'humilité, il faut lui donner pour guide la sainte pénitence, c'est-à-dire lui inspirer un ferme propos de se purifier des péchés envers Dieu et envers le prochain, de faire une préparation magnifique de contrition vraie, une pleine confession et une entière satisfaction, puis enfin de communier spirituellement et sacramentellement. Il faut encore, outre le guide, ajouter à cette oraison deux ailes, c'est-à-dire le véritable jeûne et l’aumône spirituelle et corporelle : en suivant cette ligne de conduite, en nous repentant et en demandant pardon à Dieu de nos fautes, et en rendant grâces à sa bonté de tant de faveurs qu'elle nous a accordées, et qu’elle ne cesse pas d’une main prodigue et généreuse de répandre sur nous, nous pouvons toujours être assurés que sa majesté aura pour agréable et recevra nos prières, et nous fera la grâce de connaître le bien et de le posséder, de fuir le mal et d'agir toujours pour son honneur et pour sa gloire. (Suivent plusieurs règles particulières.)
« Les sermons, pour ne pas fatiguer les auditeurs, seront trèscourts et empreints d’onction, ayant toujours pour objet la prière; ils seront faits par des personnes ecclésiastiques et pour l'amour de Dieu; on recommande aux prédicateurs d'être courts, de s'abstenir de cérémonies, de remerciments, de verbiage, parce qu'il est très-important de ne point chercher, au lieu du zèle envers Dieu, les pompes mondaines et la vaine gloire.
«La fin des quarante jours étant venue, que la dernière Confrérie invite les autres; et, soit qu'elles viennent, soit qu'elles ne viennent pas, qu'on fasse une courte et dévote procession, qu'on entende la messe et qu’on communie ; que si on rencontre d'autres Confréries disposées à prendre part à la cérémonie, on les conduise dans quelque église, où, après un sermon solennel ou une prédication, on fera une bonne communion générale, et que chacun retourne à son oratoire en chantant le Te Deum : alors la
coffrérie qui marchait en téte de la procession prendra sa croif, et la portéra à son oratoire. Qu'on ne fasse point de décirations avec des étoffes de soie, des draps d’or, des tapisséries ou des guirlandes de feuillage, mais qu’au contraire on s'en tienne aux ornements simples qui inspirent la dévotion et l’amoùr de Dieu: qu’en un mot toute la préparation à la fête se fasse dans notre âme.
« On vous recommande de la part du Christ crucifié d’éviter toute contestation de préséance, d’ambition ou d'honneur, afin qu’il ne puisse pas naître le moindre scandale, et qu’en faisant la processiôn, on aille sans bannière et péle-méle. Et s’il arrivait qu’en invitant les autres Confréries, quelqu’une d’ell-s ou même toutes ne se rendissent pas à votre appel, ne vous en scandalisez pas, n’en restez pas moins calmes, et pensez que c’est la volonté de Dieu. Jusqu’à ce que les autres vous invitent, soyez les premiers, ethumiliez-vous, parce que, par la sainte humilité, on acquiert le paradis
« En somme, lorsque vous vous apercevez de quelque chose qui puisse produire une altération, coupez de suite Îa racine du mal ét qu’on n’en parle plus, qu’on n’y pense plus; prenez donc dès maintenant cette délibération à toujours de faire chacun de vos actions pour la gloire de Dieu, et ensuite faites-les en toute liberté et toute simplicité, ef vous verrez que vos affaires iront de mieux en mieux, et ne vous lassez point de la irès-sainte oraison qui doit produire des fruits très-agréables à Dieu et salutaires à nos mes.
« Une des choses nécessaires à un chrétien, que dis-je? la plus importante pour lui, est la prière, car ils sont rares ceux qui savent autre chose que remuer les lèvres; on ne sait point faire oraison, et à fortiori l'oraison mentale : aussi prie-t-on votre charité d’avertir quelquefois, et souvent même, nos frères de se fairé enseigner à cet égard par quelqu'un qui s’y entende, et en outre de se pourvoir de livres spirituels qui en traitent, et combien verront alors quel énorme préjudice leur a causé leur négligence ou leur ignorance, en les privant d’un moyen de salut si utile.
€ Au défaut de telle Confrérie, que les autres viennent la remplacer successivement, jusqu’à la fin des quarante jours. »
Suivent d’autres avertisseméntfs. Ensuite sont mentionnées sur le registre et a leurrangies finctio:istait s nous extraierons seulement la mention suivante :
FRA BERNARDIN ÔCHIN. 271
e Cè 20 pain 1542.
€ Où lut vn billet ehvoyé par la Confrérie de la Madone dite de af, dans léquel ellé racontait comment la Balia (la munit4) ét les conservateurs de la liberté de la ville de Sienne #i@nt décidé qu'on devait faire une oraison de quarante jours &hs lé but de supplier Dieu, au nom de son amour et de sa miséflérdé infinie, par les mérites de la passion que son Fils unique &éhdurés et du sang qu’il a répandu pour le salut du genre hu- Sri, dé vouloir bien modérer les ardeurs de sa juste colère prête À éclatér contre nous, et arrêter ces guerres aux proportions itesqu'es qu’on voit se préparer dans toute la chrétienté, et ce Méürvémient irrésistible qui pousse les Turcs contre les Chrétiens, sof opérer Ia division des princes chrétiens entre eux, et ces antres grands prodiges des tremblements de terre qui détruisent les ehageiles et les villas.
A cet éffet ils choisirent deux de leurs mettibrés pour Pubs aux Confréties, et celles-ci ayant envoyé chacone dita réprésentantsà l'hôpital, on décida, pour h gloire de Bou, de faire ladite ofaison daus l’oratoire de la Confrérie de la Madone de l'Hôpital, et cela pendant qüaränte res consécutifs de jour et de nuit.
| Aseez de détsils sur les prières des quafänte heures : ÆLPvons à un sujet dan intérét plus piquant, artt erreurs.
Boverio, Panzialiste des eapticins, ne trouve pas d’ex- Messstons trop fortes pour lover Ochirr.
« Doué de prudence, de sagacité, de bonnes mœurs, d’une haâéquisé par une longue expérience de toutes choses, d’une d'ésprit et d'une grandeur d'âme capables d'embrasser les
Min grandes entroprises, d’un extérieur si modeste et si honméts, gen reconnaissait en lui un rare caractère de vertu et de sainteté; irable prédicateur dont l’éloquen e gagnait les âmes, si bien, 2 rapprobationt vrianime daris le troisième chapitre de l'Ordre dtriver il fut élu général, ew 1538. I} admsaistra l'Ordre avec tant de xs, de prudence et de zèle pour l’observance des règles, et en mant lui-même l'exemple de toutes les vertus, queses frères s'ap- Manrvadisszient dé l’atectiori d'un tel Homme. Il fit la visite des divers
Iles:
nomme general
de
son ordres.
couvents. presque toujours à pied ; ses exbertations à la pauvreté à l'observance de la règie et autres vertus étaient d'une éloquence admirable, aussi la réputation qu'il s’acquit près des siens et au debors ne fit que croître ; il jouissait d'un grand crédit auprès des rois et des princes, qui l'employaient dans les circonstances les plus difficiles : le pape avait pour lui la plus grande estime ; il était tellement recherché, qu'il fallait recourir au pape pour l'avoir comme prédicateur ; les plus grandes églises ne suffisaient pas pour contenir la foule des auditeurs, si bien qu'il fallait y ajouter des portiques improvisés : plusieurs même, levant les tuiles de la toiture, se laïssaient glisser dans l'intérieur du temple pour l'entendre. Préchant à Pérouse en 1540, il calma les inimitiés quelque invétérées qu'elles fussent. A Naples, ayant recommandé du haut de la chaire je ne sais plus quelle œuvre pie, les aumônes recueillies montèrent à la somme de cinq mille sequins. »
A l'expiration de son triennat, poursuit l’annaliste dont la prolixité est fastidieuse, Ochin fut réélu, mais, après avoir longtemps refusé, il se laissa vaincre aux instances répétées qu'on lui fit. Pendant les huit années qu'il fut capucin, il ne donna jamais lieu au moindre soupçon d’hérésie.
Premières Cependant, sous ces apparences, il cachait un extrême d'ochin. orgueil, le désir de faire du bruit, la confiance en son propre jugement, et la tendance qu'il avait puisée dans les livres de Luther à trouver dans les saintes Écritures ce qui répondait à ses passions. On dit que, tandis qu’il préchait à Naples dans l’église Saint-Jean-le-Majeur en 1536, Valdès s’aboucha avec lui, et qu'ayant surexcité son imagination et son ambition, il le poussa à insulter Paul lII, parce que ce pape ne l’avait pas décoré de la pourpre. Le vice-roi Toledo, informé qu’Ochin semait dans le public des erreurs luthériennes, fit en sorte que le vicaire de l'archevêque éclaircit le fait; « mais comme il recélait en lui-même le venin de ses doctrines sous les apparences d’une vie austère, d'un vêtement
FRA BERNARDIN OCHIN. 273
très-grossier, et affectait de tonner contre les vices, il n'y eut alors qu'un petit nombre de personnes qui puren£ s'apercevoir de son astuce de renard. » Telles sont lés: expressions dont se sert le dominicain Uaracciolo, lequel poursuit ainsi :
æ Cependant il y eut bien quelques personnes qui la découtirent, etau nombre des premières, d’après ce que j'ai entendu dre à nos anciens, peuvent être cités nos vénérables Pères dton Gaétan et dom Jean; mais ils s’en aperçurent plus compléfement en 1539, lorsque Ochin, préchant dans la chaire de la ca- #édrals, débita beaucoup de propositions contraires au purgatire, aux indulgences, aux lois ecclésiastiques sur le jeûne, etc.; ce qu'il y avait de pire, c’est que parfois le moine impie avait œutume de présenter sous une forme interrogative ce que saint Augustin dit sous une forme négative, comme dans ce passage : Qué fecit te sine te, non salvabit te sine te? donnant par là à enten-
que la foi seule suffit, c’est-à-dire tout le contraire de ce qu'&mseigne saint Augustin, et que Dieu nous sauve sans que nous
Ons aucune œuvre pour coopérer à la sienne. On vit alors se Wpamdre, d'abord en écrits, puis ensuite sous la forme de livres iBbrimés, les doctrines de ces hommes considéris comme aufant. de prophètes, et déjà dans l’espace de peu d’années, non seulement les gens du peuple et les ignorants, mais encore beau- Gp de nobles seigneurs et de nobles dames, beaucoup de relifeux et de prêtres en étaient infectés; ils avaient entre eux des conferences et tenaient des conciliabules secrets, et se prétaient les US aux autres les écrits imbus de ces doctrines pestilentielles. ! »
À cette époque, Ochin montrait encore une piété prochable, et nous pouvons offrir au lecteur en moignage de la vérité de cette assertion, certaines de
#sS lettres que nous avons extraites des archives de sa natale.-
« Très-magnifiques seigneurs,
“ Je ne pense pas qu'il me soit difficile de vous convaincre que (J'irais très-volontiers pendant ce carême précher dans mu
(1) Vita di Paolo IV, manuscrite.
| il = 18
f n a n a fl\ÙAalraAaIA R A
bonne ville de Sienne, pour me conformer aux intentions exprimées dans la lettre de vos seigneureries : mais il me faut pour cela une condition, celle de n'en être pas empêché par ceux qui peuvent me commander. Vous pourrez vous autoriser de ma bonne volonté, en écrivant qu'il me serait très-doux de me rendre près de vous. pourvu que j'obtinsse l'agrément de Sa Sainteté. Ceci doit être transmis textuellement cu en substance au très-révérendissime monseigneur Ghinucci, et comme, en dehors du temps du Caréme, Sa Sainteté n'a pas coutume de me retenir, s’il semblait bon à vos seigneuries que je vinsse à Sienne dans le temps qui précède le Carême, elles n’ont qu’à m'indiquer l’époque, et je ne manquerai pas de m’y rendre, tout en ne cessant pas mes démarches pour tenter d'y venir pour le Carème, ce qui sera plus facile à obtenir, si je suis déjà tout porté; si je pouvais leur être utile en autre chose, qu'elles venillent bien user de moi, car l'affection toute spéciale que jé leur porte me rendra tout facile en Christ, par qui je vis et espère mourir. Je vous quitte en le suppliant de vous faire avancer par sa grâce dans toutes sortes de félicités. « De Rome, le 5 septembre 1540.
| « Frater Bernardinus sen. i « Très- magnifiques seigneurs, « Si je ne vous ai pas répondu plus tôt, c'est que je ne connaissais pas la décision de Sa Sainteté. Aujourd'hui que je sais qu'elle daigne m’accorder la permission d’aller chez vous pour l'Avent, je m'efforcerai d'arriver à Sienne aux environs de la Toussaint. Prions le Seigneur que ma venue ne soit pas stérile. I] ne me reste plus qu’à dire à vos seigneuries de me donner leurs ordres dans le cercle de ce que je puis faire pour elles, et il n’est pas de chose si difficile à exécuter que l'affection que j’ai pour elles ne me rende facile.
« Puisse le Seigneur vous conserver la santé et vous faire avancer dans sa grâce.
« De Rome, le 27 septembre 1540. »
« Très-magnifiques seigneurs, prieurs, gouverneurs et mes « très-révérés capitaines,
« Jeregrette infiniment, au nom de la vive affection et du cordial attachement que je porte et à vos seigneuries et à la partie, de ne pouvoir satisfaire è mes obligations, et à tout c:
FRA BERNARDIN OCHIN. 275
æ que vos scigueuries pourraient souhaiter de moi. Je n'aurais « cbties pas attendu qu'elles m'éussént fait tant d’instances de « tait préchet dans cette ville, car (quoique je sois indigne des & éloges qu'elles me donnent) je serais venu au premier signal; & rhaisil ya déjà plusieurs jours que je me trouve en proie à une æ grande douleur de dos, et à d’autres indispositions, qui, lors æ même qu'on me forcerait à venir, m’empécheraient absolue ment de prêcher. Aussi ai-je pour ce motif refusé même à bien « d'autres, et je suis resté ici occupé tant à soigner mon mal, qu’à 2 mettre en ordre mes papiers) c'est pourquoi vos seigneuries « daigneront m'excuser pour cet empêchement, en acceptant ce « que Dieu m'envoie pour me faire expier mes imperfections; e c'est en lui que repose ma bonne volonté vis-à-vis de tous; @ ptissét-il me faire obtenir la protection de vos seigneuries, et ® ainsi je termine en me recommandant à elles de tout cœur. « De notre monastère de Florence, le XII de novembre de € l'an MDXLI. »
« Très-magnifiques seigneurs,
€ L'amour de la patrie étant chose juste et sainte, et cela
# d'autant plus qu'il importe au bien universel et public, je re- € Connais que nous sommes d'autant plus obligés à aimer la ‘€ patrie, que nous sommes plus près de Dieu; aussi, en ma qua- "€ Hits de religieux, je ne suis pas affranchi de ce doux lien, mais tu contraire je m’y sens d'autant plus attaché, qu’il y a en moi € Plus de charité. En même temps que ie me félicitais de l'heutreux état de ma patrie, j'ai commencé à m'en glorifier; car y énténds dire d'elle tant de bien en Christ, que je désirerais Én'en réjouir de visu, comme j'ai éprouvé d'autres fois du cha- ‘€ Œrin en apprenant sur son compte des nouvelles différentes, et € Cela d’autant plus que votre missive m'exprime le désir de vos € seignouries et de la ville entière de me posséder, et Ja pensée * que je puis être pour vous et pour elle de quelque utilité. Mais * je suis ici à Vérone sur les instances de l’illustrissime gouver- “ nement de Venise, et j'ai reçu un bref de Sa Sainteté qui m’en- * joint de retourner à Venise, et d’y rester tant qu’elle n’en aura © Pas décidé autrement : ea sorte que je suis empêché, et qu’il € taat bien que non-seulement vous me regardiez comme excuse, ® aaais que de plus vous ayez pitié de moi, et cela d'autant mieux “© Que je serais plus satisfait d'aller vous trouver que de rester
« ici. Je prierai bien le Seigneur, pourvu que ce soit pour sa « gloire, qu’il nous fasse la grâce que Sa Sainteté tienne sa « promesse, et je vous assure que je viendrai à ma Sienne « chérie aussitôt que je le pourrai. Sur ce, je prie Dieu de vous « conserver et de vous faire avancer dans sa grâce et dans sa « paix.
« De Vérone, le 20 mai 1542'. »
ses En 1541 Ochin avait publié quelques-uns de ses serprédications mons, ce qui augmenta chez les Vénitiens le désir de l'entendre de nouveau. Le pape consentit : mais ayant
déjà conçu quelques doutes à son sujet, il donna l’or-
dre de le surveiller de près. En effet Ochin, préchant
en l'église des Saints-Apôtres, commença à propager des erreurs. Quelques personnes du moins l'en accusèrent,
et, comme le Saint-Office n’existait point encore à Venise,
le nonce du pape le fit appeler pour avoir de lui quelques éclaircissements; mais Ochin sut interpréter les points
douteux dans un sens favorable, et il disait à ce propos :
« Il est plus difficile de convaincre quelqu'un d’hérésie,
que de l’accuser d’avoir donné une obscure définition de thèses théologiques. » Ce même nonce avait fait l’année auparavant arrêter Jules Terenziano, théologien mila-
nais, qui préchait des hérésies : c’est à cet incident que parut faire allusion Ochin, lorsqu'il s’écria du haut de la chaire : « Que faisons-nous, è Vénitiens? Quelles machi-
« nations ourdissons-nous? O cité reine de la mer, si tu
« jettes en prison, si tu envoies aux galères ceux qui t’an-
(1) Dans ie journal des recettes et des dépenses, tenu par le trésorier de la construction du Dôme (la métropole de Sienne) de l’an 1540, au folio 122, sous la date du 28 janvier, on remarque « que la somme de 32 livres 04 fut payée à frère Bernardin, fils de Dominique Tommasini, ‘ht Ochin, qu’il les passa à l’ordre de Jean-Baptiste, entrepreneur, pour étre appliqués à la construction de cette église. »
FRA BERNARDIN OCHIN. 277
« nonc ent la vérité, comment la vérité se fera-t-elle jour? « 0h! jplût au Ciel qu’elle pùt s’annoncer librement ! com- « biera d'aveugles recouvreraient la vue! »
Sur ce, le nonce le suspendit, et envoya un rapport détaillé au Saint-Père; mais les Vénitiens, admirateurs de cè remarquable esprit, montrèrent tant de mécontentement, qu’au bout de trois jours il fut obligé de lui rendrela parole, et le moine en usa plus prudemment!. Ochin écrivait de Venise, le 10 février 1542, au marquis del Vasto :
e Illustrissime seigneur,
e Il n'y eut jamais, et il n’y aura même pas un capitaine plus € valeureux que le Christ. Car les autres remportent la victoire « avec l'aide de nombreux soldats, par la force des armes et de « Partillerie, bien souvent encore par des stratagèmes, des € ruses ou des coups de fortune; le Christ, lui, venant en ce
* monde, entreprit la guerre seul, tout seul, et dépourvu des € forces et faveurs de ce monde. Il était sur la croix, sans au- « tre wé@tement que la vérité, l'humilité, la patience, la charité « et les autres vertus divines qui sont de son essence, et par un élan d'amour, dans un seul combat, il a vaincu pour toujours RON pas les hommes du monde, mais les esprits infernaux, la MOrt, les viceset tous les ennemis de Dieu, et il a fait parmi les âmes plongées depuis tant de siècles déjà dans une si misérable servitude, les plus belles conquêtes qu'on ait jamais faites et Œua”on puisse jamais faire. Il est bien vrai qu'il y perdit la vie, rmais c’est ce qui rend plus admirables son triomphe et sa Eloire, Le Christ étant un si divin capitaine, Votre Excellence ne doit point rougir, mais bien au contraire se glorifier d'être du nom bre deses valeureux chevaliers, et cela surtout parce que les Palmes, les couronnes, les victoires, les trophées et les triomphes de ses soldats sont sans comparaison plus glorieux que ceux du mOn de. Que votre Excellence daigne se rappeler qu’avantd’avoir Eté inserito dans la milice de César, elle a été inscrite dans celle du Christ, au saint baptème; qu’elle n'oublie pas que manquer
(1) Bovrnio, Ann. des Capurins. tome I, page 411.
propage ses
errenrs.
« de parole au Christ est une conduite d'autant plus vile que \* « Christ l’emporte sur tous les autres maîtres en richesse, en d- « béralité, en puissance, en miséricorde, en sainteté, en justicæ « en inépuisable charité; et, de même qu'ils furent impiss, 406 « cris de la foule : Nous n'avons d'autre roi que César, de megino « elles furent divines, ces paroles du Christ: Rendez à César ce qual « est à César, mais qussi à D.ey ce qui est à Diou. Kt cela'ave « d'autant plus de raison, que loin de servir les intérêts de César, : « on leur est tout à faiten opposition toutes les fois qu'on insalt « Dieu, qui a sous son bon piaisir et sa dépendance les empirs « et les monarchies du monde. Ce que j'ai écrit, je l'ai fait nos « pas dans la pensée que Votre Excellence puisse ne pas avait « toujours l’oreille attentive à l'honneur de Dieu, ainsi que je « suis forcé de le croire et par vos vertus et par l'affection que « je vous porte : mais je vous vois placé dans les sphères élevés « du monde, là où les vents impétueux du respect humain sont sì « puissants! Il faut être bien parfait pour remporter la victoire. « Aussi l’entreprise convient-elle de tout point à la grandeur & « à la noblesse de votre Ame. Vos autres amis vanteront et célé- « breront vos victoires mondaines; pour moi, je n’entonnerai « hymne du triomphe qu’à l’heure où vous aurez remporté la « victoire sur vous-même, quand vous ne traiterez plus en idole « le respect humain, quand au contraire vous lui serez supérieur « par la grandeur d'âme, et que vous ne serez point l’esclave du « monde, mais vous en servirez pour la gloire de Dieu. »
Le Caréme étant fini, Ochin rassembla à Vérone plusieurs capucins de la province vénitienne, à qui il jnsinua ses erreurs, puis il se mit à commenter les Épitres de saint Paul. Parmi ceux qui se laissèrent séduire, fut frère Barthélemy Coni, gardien de ce couvent, lequel devint hérétique. Comme général des capucins, Ochin avait promis à frère Ange, de Sienne, de reconstruire son couvent avec un luxe en contradiction avec le vœu de pauvreté fait par ces religieux; aussi les dévots crurentils que ce qui lui arriva fut un châtiment que Dieu lui infligeait pour cet acte de vanité. Il est certain que les âmes pieuses étaient déjà effrayées à son sujet, et saint Gaétan
FRA BERNARDIN OCHIN. «fu
Tiene lui fit interdire la prédication dans Rome. Angélique Negri de Gallarate, femme d'un rare mérite, dont les lettres se lisaient dans les réfectoires, et que le marquis del Vasto voulait avoir dans ses conseils et à son lit de mort, en entendant Ochin précher à Vérone prédit qu'il tomberait dans l’hérésie. (B.)
En effet, celui-ci commenca à montrer du dégoùt pour l'oraison, pour l’office du cheeur et pour la messe, si bien que tout le monde en fut scandalisé : certains frères le réprimandèrent, entre autres frère Augustin de Sienne, qui lui dit en plaisantant : « Lorsque vous allez admiaistrer les sacrements sans la prière, vous ressemblez, à mes yeux, à un cavalier qui monterait à cheval sans étriers. Prenez garde de ne pas tember. » Uchin répondait qu'il ne cesse pas de prier, celui qui ne cesse pas de bien faire. Il se laissa ensuite tellement engager dans les affaires des princes, qu'il ne lui restait plus de temps pour dire l'office, et il demanda au pape d’en être dispensé. Il entretenait à la même époque des relations familières avec des hérétiques, en goùtait les ouvrages, et révait des innovations.
Le pape ne voulait pas croire qu'il se fut fourvoyé: avant pour lui les plus grands égards, il l’invita à venir à Rome; il avait même songé à le décorer de la pourpre. Ochin hésita longtemps entre renier ses doctrines et s'exposer à la mort en les soutenant. Giberti, le saint évêque de Vérone, où il se trouvait alors, l'engagea à aller à Bolugne consulter à cet effet le cardinal Contarini. Arrivé dans cette ville, il le trouva si ysravement malade, qu'il ne put en tirer que ces paroles : « Père, vous voyez à quel état je suis réduit : ayez pitié de moi: priez Dieu pour moi et faites bon vovaze. »
Ochin s’en alla à Florence pour visiter Pierre Marty? Vermigli, et celui-ci, qui était déjà bien avancé dans l'hérésie, le dissuada catégoriquement d’aller à Rome et turi recommanda bien de ne pas se mettre entre les mairs# du pape, mais tout au contraire de suivre le conseil dt Sauveur : « Si vous étes persécuté dans un pays, fuyeæ dans un autre. » Il s’en fut donc à Sienne pour saluer ses parents, et, se voyant ou se croyant en danger d'étres. arrêté, il reprit la route de Florence, et écrivit de cette
ville une lettre à la marquise de Pescara, pour lui fair part de ses anxiétés : e
« Ce n'est pas sans un grand ennui d’esprit que je me trouve: ici hors de Florence, venu avec l’intention d'aller à Rome où je suis mandé, bien que j’en aie été dissuadé par plusieurs, atten= du les procédés dont on use dans celieu-là, car l’alternative qui m'y attend serait, ou de renier le Christ, ou d’être crucifié; . le premier parti, je le repousse; le second, avec sa grâce je l'sccepterai, mais quand Lui il le voudra. Quant à marcher è la mort volontairement, je n’ai pas cette inspiration. Quand Dieu voudra, il saura me trouver partout. Le Christ m’a enseigné à fair plusieurs fois en Égypte et chez les Samaritains; il m’a ordonsé aussi, lorsque je ne serais pas reçu dans une ville, d'aller dass une autre. Après cela, qu’ai-je à faire désormais en Italie? Précher étant suspect, et prêcher le Christ sous le voile obscur du jargon reçu, n6 faudra-t-il pas même quelquefois blasphémer pour ms conformer aux exigences superstitieuses du monde? Et si j'écrivais, je ne pourrais pas éditer la moindre de mes œuvres. À ce point de vue et à beaucoup d’autres, je préfère m'en aller, et promptement; car je vois bien qu’on procède d’une manière qui me donne à penser qu’on voudrait enfin me faire renier le Christ ou me mettre à mort. Je crois que saint Paul, s’il était à ma place, ne prendrait pas d'autre parti... J'ai appris que le Farnèse dit que j'aiété mandé à Rome pour avoir préché des hérésies et des choses scandaleuses. Le théatin, Puccio ‘, et d’autres que je ne veux point nommer, d'après les avis qui me sont parvenus,
(1) Puccio Antoine-Florentin, évêque de Pistoie et cardinal.
FRA BERNARDIN OCHIN. 281
parlent de façon è faire croire que si j'avais crucifié le Christ, on ne ferait pas tant de bruit. Je ne suis pas tel qu'on doit me représenter à votre seigneurie, et quant à ma doctrine, on peut se renseigner près de ceux qui m'ont entendu : je n'ai jamais préché avec plus de réserve et de modération que cette année, et déjà, sans même m'avoir entendu, on me déclare publiquement hérétique. Je me réjouis de voir qu'on commence à mon occasion à réformer l'Église. Ces hommes redoutent jusqu’à un pauvre moine d'Ara-Cœli revêtu de notre robe, et déjà le chapitre a ordonné qu'on lui enlevât cette robe :c’est pourquoi, apprenant combien de bruits se sont élevés contre moi, je crois qu'il est prudent de céder devant de pareilles fureurs. D'autre part, songez si ce parti m'est pénible à prendre par toutes les considérations que vous savez. Vous pouvez vous figurer si j'éprouve de la répugnance à tout quitter, et surtout quand je songe à ce qu’on dira de moi. Le Christ a permis et a voulu qu'on me persécute ainsi, et cela en vue de quelque bonne fin. J'eusse par-dessus tout ét6 charmé d’avoir une conversation avec vous, et d'avoir votre avis et celui de monseigneur Pole, ou une lettre de chacun de vous. Priez le Seigneur pour moi. J'ai plus que jamais le désir d'être leur serviteur dans sa grâce. « Florence, 22 août 1542!,»
Ce fut alors qu'il se rendit chez Catherine Cibo, duchesse de Camerino, avec laquelle il entretenait aussi des relations d'amitié ; et ayant jeté le froc aux orties, il passa les Apennins en compagnie de trois autres moines. A Ferrare, il visita la duchesse Renée, qui le munit de lettres de recommandation pour Genève. Il avait pris pour compagnon un frère lai, nommé Mariano de Quinzano, qui, ayant été soldat, connaissait le français et l’allemand; celui-ci était si charitable, qu'on raconte de lui que, n’ayant plus rien autre à pouvoir donner, il dità un mendiant : « Il ne me reste que ce manteau, et encore il n'est pas à moi, en sorte que je ne puis te le donner;
(1) Manuscrit existant dans la bibliothèque de Sienne.
Fuite d'Ocbin.
mais si tu me le prends, je ne m'y opposerai pas. > L’ayant débouclé, il laissa le pauvre le lui enlever.
Ochin donna à entendre à frère Mariano que le zèle de Dieu l’entratnait à prèchér chez les hérétiques, et que pour pénétrer dans leur pays, il fallait déposer l’habit. Ce dernier part donc avec lui, ainsi que frère Ginepro et frère Francois; il va à Mantoue, à Aoste, et dit à l'Italie un adieu, que Beverini délaya dans son latin prolixe. Aussitôt que frère Mariano se fut aperçu de la fraude, il s’efforca, mais en vain, de le ramener dans la bonne voie : alors il le quitta et s’en retourna avec le sceau de l’ordre que lui avait remis le déserteur. Dans la préface aux « Sermons de Bernardin Ochin de Sienne, nouvellement réimprimés, revus et corrigés avec grand soin, » sans indication ni d'année ni de lieu‘, l’auteur répète ce qu'il a dit eux magistrats de sa patrie : « Si j’eusse pu précher en Italie le Christ, sinon nu et comme le Père nous l'a donné, et tel qu'on le devrait enseigner, du moins vétu et voilé en partie, comme je m'efforcais déjà de le montrer à bonne intention et par ménagement pour les esprits superstitieux, certes je ne serais point parti. Mais j'en étais arrivé à ce point, qu'il me fallait, en restant en Italie, me résoudre au silence, que dis-je, me montrer l’ennemi de l'Évangile ou mourir. Or, ne voulant pas renier le Christ, n'ayant pas reçu de révélation spéciale, et n'ayant pas de motif particulier d’aller volontairement au-devant de la mort, pour ne pas tenter Dieu, je résolus de partir, ainsi que me l’a enseigné le Christ et par sa doctrine et
(1) Le premier volume contient cinquante sermons sur différents . Sujets, tels que la justification, le mariage religieux, la confession, les indulgences, le purgatoire, le testament, etc. Le second traite de Dieu, et tout d’abord de la Foi, de l’Espérance et de la Charité,
FRA BERNARDIN OCHIN. 253
par son exemple, et comme l'ont fait aussi saint Paul et d’autres saints. Quand mon heure sera venue, Dieu saura me trouver partout. Je sais bien que si l’on considère au point de vue de la piété, de la sainteté et de la prudence ce que j'ai laissé en Italie, à combien de calomnies je me suis exposé, et jusqu’où je suis allé en ces derniers temps, on pourra être certain que ce départ ne m'a pas été sug-
géré par une prudence humaine et charnelle, ni même
par sensualité, comme j'espère dans le Christ que ma vie en fera foi.... Puis donc, ò mon Italie chérie, que je ne puis plus te précher de vive voix, je m’efforcerai d’écrire, et cela en langue vulgaire, pour me mettre à la
portée du grand nombre, et je penserai que le Christ l'a -Sfnsi voulu afin que je ne prenne plus en considération ‘que Ja vérité. » Dès qu’Ochin fut arrivé à Genève, £alvin en tressaillit de joie; aussi écrivit-il à Mélanch-
thon : « Nous avons ici frère Bernardin, ce fameux orateur, qui suo discessu non parum Italiam commovit. » On @rdonna aussitôt des prières pour mi dans toute l’Italie; Ghez les capucins on prit grand soin d’extirper le moindre Serme d'erreur qu'il aurait pu y laisser, et beaucoup de
‘ Faligieux qui en furent reconnus infectés abjurèrent ces
hérésies, Frère Jérôme de Melfi, vaillant prédicateur, Youlut rejoindre Ochin, mais peu après il périt dans un Imeendie. Frère Barthélemy de Coni fut emprisonné par Ordre de l’évêque, et comme il persistait dans l’hérésie, il fut mis à mort. Frère François de Calabre, vicaire de la Province de Milan, expia ses opinions hérétiques par une Pénitence très-rigoureuse.
Le pape, exaspéré par une lettre d’Ochin, voulait sup- Primer les capucins, comme si ceux-ci eussent adhéré à Sa doctrine et fussent imbus de ses erreurs: mais on l’en
Caraffa déplore l’apostasie d'Ochin.
dissuada par des motifs sur lesquels les historiens appartenant à cet ordre ont bâti un échafaudage de récits pompeux. Claude Tolomei, noble Siennois (C.), aussitôt après avoir appris l’apostasie d’Ochin, lui adressa de Rome, le 20 octobre 1542, une lettre qui a été imprimée et dans laquelle on voit manifestement quelle sensation avait produite cette désertion chez ce peuple qui l’admirait et l’estimait. Tolomei, après lui avoir développé toutes les raisons de demeurer dans le giron de l’Église, où réside uniquement la vérité, le suppliait du moins de rester tranquille et de ne pas lancer d’invectives contre l’Église catholique. Le cardinal Caraffa, qui depuis fut pape, déplorait cette apostasie dans les mêmes termes dont l'Écriture se sert pour déplorer la chute de l’ange Lucifer!.
« Nos oreilles retentissent encore de l'écho de tes magnifiques sermons sur les avantages de la continence, sur la dévotion aux choses sacrées, sur l’observance des jeûnes, sur les panégyriques des saints, sur les louanges des moines, sur la gloire de la pauvreté : tu es encore là présent à nos yeux, les pieds nus, mal
“vêtu, mal accoutré ; tu as encore froid, tu as soif, tu as faim, tu es
presque nu; tandis que maintenant, honteux apostat, ne souffrestu pas qu’on te voie assis à une table couverte de mets et de breuvages, au milieu des délicatesses de la vie, couché sur des lits moelleux et enveloppé de molles couvertures, dans des tavernes de bas étage au milieu des ivrognes, des incestueux, des blasphémateurs? Que sont devenues ces harangues éloquentes sur le mépris du monde, sur la béatitude que procurent les persécutions, sur la constance dans l’adversité? Qu’as-tu fait de cesinvectives aux traits si acérés que tu décochais contre la soif désordonnée des jouissances, contre la vanité des ambitions, contre les folies du mensonge ? Tout est confus, tout est en désarroi. Où es-tu toi-même, toi qui prêchais l’abstention du vol et qui voles aujour-
(1) Le langage tenu par ce pape est rapporté dans }’Histoire des Théatins, de Jean-Baptiste, évêque d’Acerra.
FRA BERNARDIN OCHIN. 285
d’hui, toi qui prèchais contre l’adultère, et qui commets l’adultàre? Maitre, tu détruis è cette heure tout l’édifice des doctrines queta enseignais auparavant. Qui donnera à mes yeux une source de larmes pour pleurer jour et nuit un soutien de l’Église ainsi brisé, un docteur des peuples ainsi aveug!é, un pasteur ainsi changé en loup? Qu’as-tu à voir avec les nations barbares? Quels rapports dois-tu avoir avec la nourrice étrangère, quels avec la marâtre, quels avec la courtisane qui tue son propre enfant, et cherche à séparer le fils vivant de sa véritable mère? Reconnais donc le sein qui t’allaitait, reconnais la voix de celle qui pleure, et qui crie : Reviens, 6 mon enfant chéri, comme la chèvre et le faon, sur la montagne des herbes adorantes. La verge du pasteur suprême sera douce pour toi; tu trouveras un père indulgent, pourvu que tu te montres un fils repentant. Laisse-toi toucher par le chœur des saints, par les prières de tes frères, par les larmes de tes enfants; ne déments pas les espérances et ne méprises pas les instances de ceux pour qui le Christ est mort... Tu n'es pas en butte aux persécutions de celle qui hait le péché, non pas le pécheur, de celle qui tend à chacun ses mamelles, qui ne ferme son sein à personne. L'Église ne peut pas persécuter le Christ en ta personne, toi qui t'es éloigné du Christ : ne te laisse pas dominer par les poursuites de l'ambition, accabler par le poids de ton iniquité, et tu n’auras aucun adversaire, aucun persécuteur; qu'il n’y ait qu’une seule et uniqne foi, et il n’y aura qu'une paix ; qu'il n’y ait qu'une seule confession dans l’Église, et un seul lien de charité. Chassons les veaux d’or, chassons le culte des hauts lieux; qu'il n’y ait pas Roboam et Jéroboam, Jérusalem et Samarie; qu'il n’y ait qu’un seul troupeau et un seul
pasteur. >
D'autres écrivirent encore à Ochin, et parmi eux l’inévitable Muzio, à qui l’hérésiarque répondit par la lettre suivante, que nous reproduisons presque intégralement :
« Bernardin Ochin de Sienne , à Muzio Justinopolitan S et P, Lettre dans laquelle il rend compte de son départ d'Italie. justificative « Tout jeune, j'étais sous l'empire de cette illusion qui à, règne encore chez ceux qui sont sous la domination impie de l’Antechrist, c'est-à-dire que je pensais que nous devions faire notre salut par nos propres œuvres, et que nous pouvions satisfaire par les jeûnes, les oraisons, les abstinences, les vigiles, et
autres œuvre; semblables, à l’expiation de nos péchés, et nous acquérir le paradis, toutefois avec le concours de la grâce de Diéu. |
« Ayänt donc le désir de faite mon salut, je réfléchis quel genre de vie je devais mener, et je cherchai à entrer dans des ordres foligieux qui fussent saints, Surtout dans ceux qui avaient été approuvés par l'Église romaine, laquellé, pensais-je, né peut sé tromper. La vie des frères de Saint-François, dits de l'Observancé, me paraissant la plus rude, la plus austère et la plus rigide, partant la plus parfaite et la plus conforme à celle du Christ, j'entrai dans leur ordre, et, bien que je n’y trouvasse pas ce que je m'étais imaginé, néanmoins ne voyant pas pour le momont de règle de vie meilleure, suivant en cela mon aveugle jugement, j'y demenrai aînsi jusqu’à l'apparition des frères capucins. Ayant reconnu la rigueur de leur vie, malgré la grande répugnance de ma sensualité et de ma prudence charnelle, je pris leur habit, et, croyant avoir trouvé ce que je cherchais, je me rappelle que je dis au Christ : e Seigneur, si maintenant je n°o- « père pas mon salut, je ne sais plus que faire.» Vois si j'étais un impie pharisien. Je puis dire avec saint Paul : (Gal. I) « Je faisais « des progrès dans lejudaisme, me signalänt au-dessus de beaucoup « d'autres de ma nation et de mon âge par une plus grande cone naissance de la lui, et par une ardeur démesurée pour la doctrine « et les traditions de mes pères. » Mais je demeurai peu de temps avec eux, car le Seigneur commença à m'ouvrir les yeux, et me fit voir entre autres choses trois points, à savoir : 1° que c’est le Christ qui a satisfait pour les péchés de ses élus et leur a mérité le paradis, et que lui seul est notre justification, 2° que les vœux prononcés dans les ordres religieux sont non-seulement sans valeur, mais impies ; 3° que l'Église romaine, bien qu’à l'extérieur elle resplendisse pour des yeux charnels, n’en est pas moins une abomination en face de Dieu. Or, le Seigneur m'ayant ainsi montré l'évidence de ees propositions, et ayant à leur appui le témoignage des saintes Ecritures, que dis-je, le témoignage du Saint-Esprit, dont l'opération est devenue ma loi, je tombai, des havteurs de la présomption où j'étais plongé, dans l’abime du désespoir pour ce qui est de mes œuvres et de mes forces, et je reconnus que sous le fantôme du bien j'avais toujours, comme Paul, persécuté le Christ, repoussé sa grâce et son Évangile, et que, plus j'avais déployé d'efforts dans la pratique des bonnes œuvres pour m'élancer vers Dieu, plus je m'en étais éloignt.
FRA BERNARDIN OCHIN. 287
C’est pourquoi je me trouvai dans une grande confusion; mais je xxedemeurai pas dans cet état, car le Christs'étant r6v616 à moi frese sa grâce, à l'exemple de saint Paul, je tombai à terre renvos par ma propre conflance, je soupirai après Dieu, et, plaçant em Jui mes espérances, je m'abandonnai en tout à sa direction, piece que de moi-même j'avais toujours fait fausse route. æ Bien qu’une foule de choses me vinssent à l'esprit, néanmoîns ff me semblait qu'aucun genre de vie n’était alors plus conveamie pour honorer Dieu que cet état où, avec un habit de maseamade et sous les dehors d'une sainteté tout extérieure, j'irais ges le monde préchant la grâce, l'Évangile, le Christ et son grand Mernisit. Je dis cela, attenda et considérant cette grande super- MS Eiox qui régnait et qui règne encore en Italie, et la situation où je xme trouvais moi-même. Ainsi je commencai l’exposition de la dbestrine, en vertu de laquelle nous sommes sauvés par Christ. E @st vrai que je vis les yeux des Italiens si faibles, que si je leur ‘mes découvert sans transition la grande lumière du Christ, Gesaterme ils étaient incapables de la supporter, je les eusse telle- Met exaspérés, que les scribes et les pharisiens, qui dominent ‘e maitres chez eux, m'auraient tué. Aussi je jugeai prudent de Se point leur découvrir la grande lumière de l'Évangile ainsi tout coup, mais peu à peu, pour me mettre à la portée de leur vue. Mesurant de même mon langage à leur courte intelen cette matière, je leur prêchais que nous sommes Mervée par la grâce et par le Christ, qu'il a satisfait la justice di- Vimeo pour nous, et qu'il nous a acquis le paradis. Il est vrai que }® me manifestais pas ouvertement mon opinion sur l'impiété du ès de FAnteGhrist, je ne disais point : « Il n’y a pas d'autres Mérites, d'autres satisfactions, d'autres indulgenees que celles de s mi d’autre purgatoire après cette vie; » je laissais tirer Éétembiabies conséquences à ceux à qui Dieu avait fait la grâce de sentir dans toute sa réalité le grand bienfait du Christ : je N'turzio pas 036 dire : « Vous êtes sous la domination impie de è Yiateehrist, qui réside à Rome; les mœurs de son Église, qui € est aussi la vôtre, sont très-corrompues, sans compter que votre « doctrine et vos ordres religieux ne le sont pas moins. Dans e tout cola, il n'y a qu'impiété, et la seuls vraie religion est e esile de Christ; vous êtes certaisement de vrais idolâtres, et, 4 om prenant les saints pour vos avocats, vous offensez Dieu, « Christ, sa mère, st tout le paradis. » Je ne pouvais développer ostensiblement de semblables vérités, mais je les tenais cachées
en attendant que Christ me manifestât ce qu'il voulait faire ds moi. Il est bien vrai qu’en secret je dévoilai la vérité à plusieurs; et parmi eux, les uns m’avaient interrogé pour me tenter, d'autres dans leurs propres intérêts, ettous cependant dévoilèrent au page et aux cardinaux quelle était ma foi, se montrant ainsi les adversaires des doctrines que préalablement ils avaient acceptées comme étant la vérité dans les entretiens particuliers qu'ils avaient eus avec moi. Il ne manqua pas non plus de gens qui, excités par l’envie et se servant aussi bien de la religion que ds la prédication, cherchèrent indirectement à faire pencher le plateau de la balance, en disant que je prôchais des hérésies, et leurs calomnies avaient des traits d’autant mieux empoisonnés, quej'é. tais dans une situation telle, que personne ne pouvait me jeter la
pierre, ni me surprendre en défaut dans mes paroles, et que, .
par la grande confiance dont je jouissais, j’eusse pu un joæ
provoquer quelque grande commotion en Italie à la plus légère:
occasion : surtout parce que chez les capucins il y en avait bezs-« coup, et particulièrement les plus grands prédicateurs, qui adbé raient è mes opinions, et qui multipliaient sans cesse le nombre de ceux que mes ennemis appellent hérétiques, parce Lans croient vraiment en Christ.
« Or, tu sais bien que l’Antechrist et ses premiers adhérents, craignant avec Hérode de ne pouvoir empêcher l’avénement da royaume de Christ, qui devait, ils le savaient bien, ruiner le lesf, comme lui étant tout à fait opposé, ont, d'accord avec Caïphs, tramé contre moi un complot de mort; et, à cet effet, six cardi» naux furent choisis et envoyés pour étouffer toute lumiàre, qui aurait pu mettre au jour leurs misérables petites fourberies. Mais” tenant j'ai été cité par l’Antechrist dans un accès de fur” extraordinaire, et j'ai reçu l’ordre de comparaitre de suite e# présence; mes ennemis ont fait en outre savoir partout, {# j'avais été cité comme hérétique, ainsi qu’ils me qualifiaient, .
« Me trouvant en cette passe, et après m'être conseillé am le Christ et de pieux amis, je me dis en moi-même : « Tu sla « que celui-ci, qui t'appelle, est l’Antechrist, à qui tu n’es pe
« tenu d’obéir. Celui-ci te persécute à mort, parce que tu préohes
« le Christ, la grâce, l'Évangile et ces mystères qui, en exaltast « le Fils de Dieu, détruisent son royaume ; aussi est-ce pour eux « une entreprise d’État. Tu peux donc être sûr qu'il te fera mos- « rir, ainsi que tu en as reçu l'avis et la certitude. »
« Un jour que je m'étais avancé davantage, je fus pris par
FRA BERNARDIN OCHIN. 289
douze hommes à cheval, qui, la veille de la fête de saint Barthélemi, entourèrent le monastère des capucins, situé en dehors de Sienne, pour me prendre, ainsi qu'il est de notoriété publique; et
Ne me trouvant pas, ils coururent du côté de Florence pour
mettre leur projet à exécution. Je me disais en moi-même : e Tu t'en vas au-devant de la mort sciemment et volontairement e sans espoir de la rendre utile, bien plus au grand scandale des
&ens pieux; tu vas tenter Dieu, en t'exposant à la mort sans une révélation spéciale, ou du moins sans que l'esprit t'y pousse : tu es homicide de toi-même; tu peux et tu dois fuir, à l’imita- Lion de saint Paul et des autres saints, que dis-je ? à l’imitation du Christ, ainsi du reste qu'il t'a enseigné de faire en pareil Cas par son exemple et par ses paroles, lorsqu'il dit : Si l'on vous æpersécute dans une ville, fuyez dans une autre. Si tu lui obéis en ænarchant à une mort certaine, tu fais au suprème degré acte de déférence et d'approbation envers Dieu, et tu montres à tout l'univers que tu le considères comme le vrai et légitime wicaire du Christ sur la terre, alors que tu sais bien qu'il èst TAntechrist; donc tu causes un grand scandale au monde, en même temps que tu offenses Dieu. Le Christ s'est servi de toi jusqu’à présent dans cette condition de vie et avec ce déguisement de l’habit monacal, afin que, inspirant ainsi moins de soupçon à la superstitieuse Italie, tu puisses lui précher la grâce, l'Évangile et le grand bienfait du Christ. Maintenant Dieu veut se servir de toi en une autre façon; il veut que tu écrives la vérité ouvertement, sans aucun respect humain, et, comme tu ne pourrais pas accomplir cette mission en restant en Italie, voilà pourquoi Dieu t'a amené à cette nécessité de la fuite. »
« En outre, je ne pouvais plus me taire en voyant ainsi, chaque jour et de nouveau, crucifier le Christ avec tant d'impiété sous %es apparences de la piété ; il fallait que je parlasse comme le sa-
vent ceux qui avaient avec moi des relations plus familières; il
fallait que je condamnasse non-seulement les mœurs, mais bien
Nus encore la doctrine impie du royaume de l’Antechrist, et je ne pouvais plus vivre au milieu de ces superstitions impies et diaboliques, de ces hypocrisies, de ces idolâtries, de ces ruses ou de ces trahisons qui perdaient les àmes. Tu sais très-bien que mon départ rencontrait une certaine répulsion dans le sentiment et la pradence de la chair, qui, si je l'eusse consultée, m’eût permis difficilement d'abandonner l'Italie, où j'avais des parents, des
‘ amis, un grand crédit, une réputation et un nom, et cela pou m’erposer sciemment aux calomnies et aux infamies du mond aveugle, que dis-je? de tant de pharisiens, qui étaient si rempli du venin de la jalousie, qu'ils en crevaient. Je voyais là mega fique occasion qu'ils avaient d’exhaler leurs ressentiments. Le prudence humaine me conseillait de mourir bien vite, plutôt tes de vivre ainsi sous le coup de l’infamie ; mais l'esprit répendsi, qu'il est d’un supréme honneur pour le chrétien de vims, pour le Christ et avec le Christ, infame aux yeux du monde J'étais encore touché du scandale qui pouvait en réeur, mais je compris que ce scandale ne pouvait naître que pari les pharisiens, de qui le Christ a dit que nous ne derkes pas nous inquiéter. Le Christ en effet a été et est encore un s8— dale pour le monde, et sa mort, qui fut pour les impies un sujtèes grand scandale, fut précisément pour les personnes pieuses tn sujet de grande éiification. Si pourtant, en allant à Rome, les m'eussent mis à mort, les pharisiens eussent 6t6 scandaliels ila cause de moi. Pourtant leur scandale n’eût pu être évité. Or, jb ne sais quelle serait la personne ayant de la sagacité d'enfils, même du simple bon sens, qui ne voie pas que j'ai parfaitsm@i fait de m'en aller, ne pouvant plus, en restant en Italie, me er vir de l'habit religieux, prêcher, porter secours à mes frères = Christ, que dis-je ? ne pouvant plus même vivre en sûreté, is que, en quittant le pays, je pouvais écrire et manifester la rit avec espoir de produire un résultat utile. Et quel est l'home sensé qui, dans une circonstance pureille, ne pouvant plus semis” le Christ, ne se serait éloigné du royaume de l’Antechrist ? Of rais-tu à l’Antechrist, s’il appelait pour t'enlever violemsestig vie, et cela lorsque tu aurais la faculté de te préserver per” l'honneur de Dieu, et pour travailler à l’exaltation de son royanss et à la confusion, à la honte, à la mort et à l’anéantissement de ostts fétide et ignoble courtisane d'Antechrist? Elle qui, pleine d'ime mondices en dedans, que dis-je? une abominalion aux yeua & Dieu (Ep. II aux Thess., v. 2}, est cependant appelée l'Église rar maine par le vulgaire aveugle, uniquement parce que, parte des couleurs mondaines, elle resplendit aux yeux des hommes charnels.
« Je sais bien que tu diras : Sil en était ainsi, tu aurais rai «son, mais il n’est pas vrai que nous soyons justifiés par la gràe «et par la foi du Christ, et non pas par nos œuvres, et que la «vœux de religion soient nuls et impies, ni même que celle ques
di ‘ FRA BERNARDIN OCHIN. 291 € appelle ici Église romaine soit la Babylone d’Antechrist; car, e si cela était, tu aurais très-bien fait en ce cas de t’en aller.» J'ai fonc tout éclairci : dans les vingt premiers sermons qui ont déjà Para, j'ai manifestement démontré la doctrine de la justification par Christ ; dans les vingt autres qui ont aussi paru, j'ai fait voir | Glairement comment les vœux prononcés par les religieux et par } les premiers membres de l’Antechrist sont nuls et impies, et qu'il ; 2} a pas au monde d’autre vraie religion que celle de Christ. On , Verra par les autres, qui sont maintenantsous presse, comment | gelle que vous regardez comme l'Église du Christ est la vraie Pabyione, dans laquelle celui qui occupe le premier rang est lui-
Même l'Antechrist, tandis que vous, vous en faites le vicaire du Christ. Ainsi donc ne m'attaque plus, ne critique plus mon départ . 80 pour de bonnes raisons, et, si tu le peux, attaque la doctrine que je vais soutenir avec la grâce de Christ. La vérité est si puissante que, lors même que tous les démons de l’enfer s’uni- | Paieotensemble pour écrire contre moi, ils seraient inévitablement pofondus. Vous êtes bien aveugles, bien stupides, bien insensés -# lien fous, car, si les saints ont eu le pressentiment de l’Ante- !"Eenist avant sa venue, et l'ont reconnu pour tel, vous qui l'avez ‘ @ut les yeux et à une époque où il se pose manifestement en ire de Christ avec une insigne impiété, vous ne le re- @0anaissez ni lui ni ses membres. Et bien que le Christ ait commencé à découvrir cet Antechrist, et qu'il l'ait révélé à fat de personnes et particulièrement aux plus nobles es- , les malheureux et impies pharisiens non-seulement * #8 l'ont pas en horteur alors qu'il est l'abomination en per- ; “mm, mais bien plus alors ils l’adorent comme Dieu sur la } porre après qu'ils l'ont exalté au-dessus de Dieu, ainsi que l’a ‘prédit saint Paul. Innombrables sont les erreurs que vous avez . @pprises à l’école impie de l’Antechrist, car sa doctrine est cot- . Fompue, fausse et diabolique, et vous n’avez pas d’autre bouclier Peur vous défendre que de dire : « Tels sont les etiseignements “que nous avons reçus de nos parents, des prélats et des membres « del’Antechrist. » Cette allégation peut-elle vous servir d'excuse aut yeux de Dieu ? c’est ce dont je vous laisse juges.
«Âbandonne abandonne doncles ténèbres d'Égypte, arrache-toi à Mntolérable servitude et à la tyrannie de Pharaon; ne te laisse pas séduite par l'éclat extérieur du royaume mondain d’Antechrist ; Své les yeux vers l’humble Christ étendu sur la croix, et prie-le de fouvrirles yeux et de te donner la lumière du vrai, car s’ilte faisait
cette grâce, tu ne condamnerais pas, que dis-je ? te approuverais le motif qui, dans cette circonstance, a déterminé mon départ.
« Or tu ne peux, en connaissance de cause, condamner mon changement d'opinions religieuses, si tout d’abord tu ne renverses par terre l’invincible et inattaquable vérité, qui est contenue dans les courts sermons qu’il nous a laissé méditer un peu, et avec l’âme pure, sincère et droite que je te connais, tu seras entrainé par la vérité. Pourquoi craindre de les lire, si, en bon chrétien que tu es, tu portes gravé dans ton cœur le témoignage de l’Esprit-Saint, et si tu es dans la vérité? cette vérité, quiresplendit plus on la discute et qui, plus on la met en parallèle de l'erreur
| son contraire, apparaît d’autant plus claire. Serais-tu par hasard
Sa lettre aux magistrats de Sienne
sur la Justification.
assez pou avisé pour que, étant, comme tu le crois, en possession de la lumière et des splendeurs de la foi, tu sois sûr d’être à l'abri de toute erreur? La flamme de la vérité n’est pas si petite qu’on ne puisse facilement la distinguer; mais si tu es dans les ténèbres, ainsi que tu en fais preuve, tu devrais d’autant plus chercher et ne pas fuir la lumière de la vérité, que tu en as plus besoin, afin que, uni aux autres frères élus du Christ et aux enfants de Dieu, nous rendions à notre excellent et divin Père toute louange, tout honneur et toute gloire, par Jésus-Christ Notre Seigneur. | « De Genève, le 7 avril MDXLIII. »
Ochin adressa aux signori composant la balia de sa ville natale une autre lettre imprimée, dans laquelle il ne se propose pas de faire l’exposé complet de sa doctrine et l’apologie de sa profession de foi, mais où il se borne à traiter le principe de la justification.
« De la foi vive, de la justification dépend tout le salut de la vraie Église du Christ et la ruine du règne de l’Antechrist. Et cependant, c’est à cause de ce principe que je suis persécuté; c'est parce que je crois, et confesse avec saint Paul (Rom., ch. vii) que les hommes, par l’effet du péché de notre premier père, sont devenus fils de la colère et de la damnation, véritablement morts et impuissants à se relever et à se réconcilier avec Dieu, mais que le Christ, auteur de notre justification, envoyé par son Père éternel, en assumant les péchés de ses élus et en s'offrant pour eux sur la croix, a satisfait pleinement pour eux
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et a apaisé la colère de Dieu : bien plus, les hommes adoptés comme fils de son Père éternel et devenus héritiers, se sont enrichis de tous les trésors divins et de toutes les grâces, et tout cela nous arrive par le Christ, par une pure grâce et miséricorde de Dieu, sans que nous l’ayons mérité cu que nous ayions fait aucune bonne œuvre qui soit digne en tout ou en partie d'une telle grâce. Ainsi, ce n’est point parce que les élus ouvrent les yeux et connaissent Dieu, parce qu’ils viennent à lui et opèrent pour sa gioire des œuvres saintes, ou parce qu'ils font effort pour en produire, que Dieu les reçoit à bras ouverts et en fait ses élus ; mais parce qu'il les a élus dans le Christ par un pur effet de sa grâce. N leur parle au dedans et les attire à lui, leur ouvre les yeux, eur donne la lumière, l'esprit et la grâce, et leur faitfaire de bonnes œuvres pour sa gloire; de cette façon, bien que l’impie =moit libre de faire ou de ne pas faire beaucoup d'œuvres humaines æt basses, néanmoins, tant qu'il n’est pas régénéré par le Christ, Xl est comme prisonnier et serf du péché, et par suite il ne peut produire rien de divin et d'élevé, parce qu'il n’a pas la liberté d'opérer, soit en totalité soit en partie, rien pour la gloire de Dieu. Et cela parce qu’il n’est nullement en sa puissance d’avoir l'esprit, la lumière surnaturelle, la foi, l’espérance et la charité, et les autres vertus nécessaires pour opérer quelque chose à la gloire de Dieu. Bien plus, l’impie tant qu'il est impie, lors même qu’il ferait tout ce qu’il pourrait, non-seulement n’arriverait pas à aimer de tout son cœur Dieu, et comme lui-même le prochain, fût-il son ennemi, mais encore n’observerait pas même la moindre partie de la loi divine de la façon où il y est obligé. Il est bien vrai qu’il ferait des œuvres extrinsèques, mais non à l'honneur de Dieu, comme il y est tenu : donc il ne pourrait satisfaire à l’expiation du moindre de ses péchés et à aucune de ses obligations, il ne mériterait de ia part de Dieu aucun bienfait, il ne se disposerait en aucune manière à la gràce divine ; bien plus dans toutes ses œuvres il pécherait, non pas pour les faire, mais pour ne les pas faire à la gloire de Dieu, comme il y est obligé. Il ne faut pas pour cela que l'impie s'abstienne d’aller entendre la parole de Dieu, de faire des aumônes, des oraisons et d’autres œuvres semblables. Certes, s'il ne les faisait pas, il pécherait bien davantage. Dieu veut qu'on passe par cette voie, et qu'on lui obéisse de façon à pouvoir reconnaître que toute grâce nous vient entièrement par le Christ, et en aucune façon par nous-mêmes. « Mais, depuis que nous avons été délivrés par le Christ du
péché, et que nous avons été régénérés par la foi, bien que nous ayons encore en nous les mauvaises concupiscences pour éprouver notre vertu, néanmoins nous avons un Cœur nouveau et tel que nous pouvons ne pas lui céder, ne pas lui obéir, et même lui résister. Dès lors, devenus véritablement libres, nous pouvons librement avec le Saint-Esprit faire des œuvres agréables à Dieu et qu’il puisse accepter, pour nous rendra un jour suivant leur mesure, non pas qu’en elles-mêmes elles soient dignes d’être récompensées, car les œuvres des justes eux-mêmes sont toujours imparfaites , elles ne sont point telles qu’elles devraient être pour être dignes de l’infinie bonté de Dieu'; mais parce que ces défauts ne peuvent nous étre imputés aujourd’hui que nous sommes déjà membres du Christ. Mais les justes seront récompensés selon leurs œuvres : ils auront d’autant mieux la lumière de la bonté de Dieu, qu’ils auron! fait de meilleures œuvres, et qu'ils auront, avec une foi plus forte, embrassé comme leur appartenant les trésors du Christ; quand ils en seront devenus maîtres, ils en jouiront avec un plus grand sentiment spirituel, et ils seront plus heureux, mais non pas certes par le mérite de leurs œuvres, mais par le mérite que le Christ a acquis à ces mêmes œuvres, et par un pur effet de la bonté et de la miséricorde de Dieu. Donc, bien que nous puissions satisfaire quelquefois aux devoirs et aux obligations que nous avons envers les hommes, et mériter à leurs yeux quelque faveur, néanmoins ces hommes ne peuvent en aucune façon satisfaire à la moindre des obligations et des devoirs qu'ils ont envers Dieu, et mériter à ses yeux la grâce la ‘plus minime; bien plus nos obligations croissent sans cesse, et, en dehors du Christ, toutes nos œuvres, mesurées à la balance de la divine justice, sont dignes de punition.
« Il est cependant vrai que, s’il nous était permis de nous glorifier de nos œuvres, je pourrais me glorifier bien plus que beaucoup d’autres, parce que, comme saint Paul, je faisais bien plus de progrès dans mon judaïsme que beaucoup d’autres de nos contemporains; mais à présent, à l'exemple du même saint Paul, je regarde comme étant une vile poussière toutes mes œuvres et tous mes mérites, et ja ne cherche rien autre chose que de posséder la Christ avec foi comme mien, et a être trouvé riche en lui, non pas de mes œuvres et de mes mérites, mais des siens.
« À l’égard de Dieu, je ne vois pas d'autres satisfactions que celles du Christ, ni d’autres indulgencrs que celles que nous avons par lui; et, je vois que les péchés des éius ne sont eflacés
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pleinement que dans le Christ. Que si Dieu parfois les châtie, ce n'est ni pour la satisfaction, ni pour l’expiation de leurs péchés, ou de la peine encourue à cause de ces péchés, puisqu’en Christ a été donnée suffisamment et surabondamment toute satisfaction ; mais c'est pour les faire sortir de leur sommeil, les humilier, les habituer à la pratique de toutes les vertus, et à persévérer dans leur exercice, en les rendant chaque jour plus parfaits. Je ne vois même d’autres trésors spirituels et d’autres mérites que ceux du Christ, ni d’autres grâces, d’autres bénédictions et d’autres justifications que les siennes ; aussi est-ce le comble de l’impiété que de souffrir ou d'opérer avec l'intention de satisfaire aux yeux de Dieu, aux péchés ou aux devoirs dont nous sommes redevables envers lui, ou encore avec l'idée d'acquérir des mérites aux yeux de Dieu. En effet, c’est dire que le Christ n'a pas satisfait en tout, et ne nous a pas mérité tous trésors et toute grâce, et qu’en conséquence nous sommes en partie sauvés par notre fait; c’est dimanuer la gloire du Christ, qu’on doit par son entremise rapporter tout enti:re à Dieu, sans en attribuer une partie à l’homme, qui n’ést digne que d'opprobre, de confusion, de vergogne et de
- blâme.
‘e Je crois aussi et je confesse qu'il n’y a jamais eu au monde et qu’il n’y aura jamais d'autre vraie, bonne et sainte religion que celle du Christ, laquelle consiste à croire fermement que nous sommes en tout point purifiés de nos péchés par le Christ, et par lui réconciliés avec le Père, justifiés, sanctifiés, adoptés comme enfants de Dieu, et faits ses très-riches et très-fortunés héritiers : et que celui qui croit ceci, est un chrétien d'autant meilleur et pieux, qu'il le croit d'une foi plus vive; que toutes les autres religions dans lesquelles les hommes cherchent, croient et pensent se justifier, expier leurs péchés et s'enrichir par euxmêmes en tout ou en partie, sont impies, et qu’elles le sont d'autant plus, qu'ils souffrent et travaillent dans ce but en ensevelissant pour ainsi dire le grand bienfait du Christ. Ce n’est pas à dire pour cela qu’ils doivent s’abstenir des bonnes œuvres : au contraire, rien n’est un meilleur stimulant et un secours plus efficace pour en produir: que cette foi vive, par laquelle nous croyons que nous sommes en tout sauvés par ce Christ, par un pur effet de la grâce et de la bonté de Dieu, et en aucune façon par la noblesse, par la dignité, la bonté ou la valeur de nos œuvres.
« Et de plus j'ajoute, qu'il nous est impossible par nous-mêmes
de faire une œuvre vraiment bonne, agréable à Dieu, et digne d'être agréée par lui, si nous n'avons pas cette foi vive; car, tandis que l’homme pense, au moins en partie, pouvoir satisfaire et mériter par lui-même, il n’opère jamais tout à fait À la gloire de Dieu, etil en est ainsi, parce que, ne comprenant pas le bienfait du Christ, en vertu duquel notre sanctification s’opère uniquement et en totalité par lui, il s’en tient toujours à l’amour-propre et à la confiance en lui-même ; donc il opère dans son propre intérêt.
« Mais lorsqu'il reconnaît en Christ l'immense bonté de Dieu, lorsqu'il est persuadé que son salut s'opère uniquement par ce Christ et par sa grâce, alors, n’ayant plus de motifs pour opérer par lui-même, et découvrant les sublimes horizons de la grande charité de Dieu en Christ, il est bien forcé d'opérer, non comme un esclave par crainte du châtiment ou par espoir d’une récompense, mais en enfant par l’élan de l’esprit et par le ressort de l’amour pour la gloire de Dieu : telles sont les œuvres qui lui sont agréables. Je crois encore et je confesse qu’il n'y a qu’une Église du Christ, universelle, sainte et catholique, c’est-à-dire la congrégation des élus et de ceux qui croient en tout être justifiés par Christ. Voilà celui qui ne peut tromper, dans les choses qui importent au salut, l’Esprit-Saint résidant au milieu des élus. Et s’il leur arrive parfois de tomber, ils ne périssent point pour cela, parce que le Christ est toujours avec eux, et y sera jusqu’à la consommation des siècles.
« Je crois en outreet je confesse, que tous les élus sont sauvés par le Christ et par pure grâce, et non par aucune de leurs@euvres, ni en tout nien partie; et croire ainsi est l’unique foi, par laquelle les vrais et bons chrétiens se distinguent de toutes les autres fausses croyances, religions et sectes. Bien plus, dans cette foi consiste tout l’abrégé du christianisme. Et de plus, je crois et je confesse, que tel est l’unique et vrai évangile de Dieu, promis par les prophètes dans l’Ancien Testament, prêché par le Christ, par saint Paul, par les apôtres et par les saints. Cette vérité se retrouve à chaque page dans les saintes Écritures, et en particulier dans les Épitres de saint Paul aux Romains et aux Galates. Telle est cette vérité évangélique pour laquelle le Christ fut crucifié, Étienne lapidé, et les prophètes de Dieu, les apôtres et les saints, persécutés, emprisonnés, flagellés et’ mis à mort. C'est pour cette vérité que je suis hors de l’Italie, persécuté à mort, que je suis regardé par les antichrétiens comme un excom-
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mianié, mais la cause est si juste, qu’elle m'excuse elle-même. Si jeme trompe sur cet article, ils se sont trompés avant moi, depuis ' lsoommencement du monde jusqu'à aujourd’hui, tous ceux qui ” ont 6t6 saints dans la vérité, et surtout les apôtres et en parti- ; @uaHer saint Paul; bien plus, le Christ luiméme; et ils méritent toes d’être excommuniés, réprouvés et maudits. Que dis-je ? si je se trompe en ceci, on devrait brûler les Évangiles, les Épitres de siiat Paul, et toutes les saintes Écritures, car l’évangile serait un . lire, la foi du Christ fausse, la religion impie, ce qui est impomible. Les saintes Écritures rendent témoignage de cette vért. BA éditez cette doctrine en vous humiliant de cœur en présence . & Dieu, et il vous donnera la lumière du vrai. Jai commencé, avec la grâce de Dieu je continuerai à publier dans des ouvtages sommaires et à la portée du vulgaire ces doctrines qui sui nécessaires au chrétien, afin que vous soyez inexcusables | sex yeux de Dieu. Vous m’objecterez peut-être que mes œuvres sat prohibées et que vous ne pouvez les lire. — Je réponds, | qe C’est un signe manifeste qu’elles donnent la lumière du vrai, étque c'est pour cela qu'ils ne voudraient pas les voir divulguées. Dies mes petits sermons, il n’y a pas autre chose en substance .@ les propos soutenus et les paroles textuelles contenues dans ‘lee saintes Écritures. Donc en les prohibant, ils prohibent pour ‘ 8 peuples la parole de Dieu. Voyez s'ils sont impies, et si on leur obéissance ; et d’autre part, dans les écoles publiques et du bant des chaires, ils laissent lire et prêcher des doctrines pro- , hérétiques et impies, pourvu qu’elles ne tarissent point l'ebu de leurs moulins. « La lumière de l’évangile n’est pas si faible, que si vous êtes F ds son orbite, vous ayez à redouter d’être trompés par moi, que dis-je? elle est si puissante que, suivant saint Paul, elle est i tniquement voilée pour ceux qui périssent, et si vous êtes dans les ténèbres, vous devez vous moquer de ceux qui vous interdisent la lumière. L'amour que j’ai pour la patrie n’est pas si faible, que je veuille la tromper, que dis-je? tromper les miens, moi-même et aussi le Christ. Si cependant j'étais seul à croire et À confesser le vrai évangile, et que vous n’eussies pas foi en moi, vous auriez une excuse apparente; mais ne voyez-vous pas que la plus grande partie des chrétiens ont ouvert les yeux à la vérité? et principalement les nobles, pieux et vraiment doctes esprits. Et si en Italie , en France et en Espagne on pouvait librement prêcher l'Évangile aussi bien qu’en
Allemagne, presque tous se rendraient à la vérité, tant elle est puissapte.
« Mais bien qu’on interdise la diffusion des livres chrétiens et la prédication de la pure parole de Dieu, etqu’en outre on punisse avec la dernière rigueur les confesseurs de l’évangile, ou ceux qui s’en montrent les partisans; néanmoins, plus ils sont persécutés, abreuvés d’injures, jetés en prison, condamnés au bûcher età mort, plus ils se multiplient. Si vous voyiez le nombre des chrétiens secrets qui sont en Italie, en France et dans les autres parties du monde, vous seriez stupéfaits. Si cetle œuvre n’était pas l’œuvre de Dieu, elle tomberait en dissolution, comme l’a dit jadis Gamaliel, mais elle va toujours croissant.
« Peut-être direz-vous que cette doctrine est nouvelle? Mais c’est la doctrine des prophètes, de Moïse, du Christ, des apôtres et de tous les saints; celle qui commença dès l’origine du monde, qui a duré jusqu’à aujourd’hui, et qui durera toujours. Il est vrai que pendant un temps elle a été ensevelie, et à ce point que, de nos jours, quand le Christ commença à nous verser un peu de sa lumière, on vit se vérifier ce qu’il a prédit dans son Évangile, par cette parole : Croyez-vous que lorsque viendra le Fils de l'homme, c'est-à-dire lorsqu’il viendra se manifester en esprit, il trouvera encore de la foi sur la terre? De même que la foudre et l'éclair qui viennent de l'Orient, apparaissent tout à coup à }’Occident, bien plus l’inondent de leur lumière, ainsi en est-il maïntenant de l’évangile. La doctrine nouvelle consiste dans les inventions de l'homme et les traditions diaboliques qu’on prêche dans le royaume de l’Antechrist en s’efforcant non pas de soumettre à la parole de Dieu la prudence charnelle et la sensualité des fidèles, mais de torturer les saintes Écritures comme on tire une corde avec le cabestan, en les dénaturant et en les corrompant, et de crucifier de nouveau le Christ, en abusant de son nom, de son Église et de la religion.
« Serait-ce par hasard une doctrine suspecte, de croire que notre salut s'opère uniquement par le Christ, et par l’effet d’une pure gràce et de la bonté de Dieu? Tout au contraire, cette doctrine est tellement sûre que, lors même qu’elle n’aurait pas en sa faveur le témoignage des saintes Écritures et celui de l’Esprit- Saint, sa clarté brille d’une manière absolue, parce qu’elle apparaît d'elle-même comme vraie, sainte et divine, et parce qu’elle réserve à Dieu toute gloire, et à l’homme l’ignominie, la confusion, et que sous ce double rapport, on ne peut ni dépasser les bornes,
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ni se tromper. Lorsque le Christ voulut prouver aux Hébreux, qui calom niaient sa doctrine, qu’elle était vraie, sainte et divine, il n'employa pas d'autre démonstration que celle-ci, à savoir : qu’elle attribuzuit toute la gloire à Dieu. La doctrine de l’Antechrist doit vous &tre suspecte, précisément parce qu’elle exalte l'homme en abaiss ant le Christ. L'homme n'est pas autre chose qu’un ver de terre impie et venineux, et qui pour son salut a voulu avoir le Christ pour compagnon. Est-ce que par hasard on ne nous a pas prédit que l’Antechrist doit venir, et que son royaume doit sucoder è l'empire romain, ainsi que Paul l’a écrit; que ce sera Fhomme de péché, l’enfant de la perdition, qui s’assiéra dans le temple de Dieu, et se montrera au monde comme s’il était Dieu? Bien plus, c'est pour ce motif qu’on l'appelle l’Antechrist, parce quil se placera en avant du Christ, et se fera adorer à sa place, ens’&levant au-dessus de Dieu, et il sera son ennemi implacable, alors que l’iniquité débordera de tous côtés, et que l’abomination elennême s'installera jusque dans le lieu saint.
« Dites-moi, n’avons-nous pas vu toutes ces prédictions se aliser sous la tyrannic papiste? Il a encore été prédit non-seulsnemt que leurs œuvres seront des œuvres de Satan, mais que leur doctrine sera une doctrine diabolique, et ils disent cependant qu'ils ne peuvent pas se tromper. Paul dit que l’homme animal Rentend rien aux choses de l’esprit, et quoiqu’ils soient des home es charnels et impies au suprême degré, il ne leur suffit pas di > avoir la présomption de juger, de contrôler et de condamner les Choses divines et spirituclles ; mais ils prétendent encore, en marChant à tâtons, qu’on les croie sur parole, lorsqu'ils vous assrent qu'ils ne peuvent se tromper.
sl a été aussi prédit qu'il y aura alors de telles tribulations,
qu'on n’en a jamais vu de semblables, et qui iraient jusqu’à séduire et tromper le monde par des signes, des miracles et des prodiges menteurs et faux ; en sorte que, si ces jours n'étaient pas abrégés, chacun se damnerait, même les élus s'il était possible; mais Dieu abrégera ces calamités par rapport à eux. Il a été aussi prédit que l’Église doit se réformer: mais ne voussemble-t-il pas qu'elle ait autant besoin de réfurmes dans sa doctrine que dans ses moines ?
« Nous avons aussi commencé à voir se vérifier ce que jadis Paul avait prédit, à savoir que le Christ tuerait l’Antechrist, non pas avec les forces humaines, mais avec le souffle de sa bouche, c’est-à-dire avec sa parole, et qu’il détruirait et anéantirait son
royaume en se montrant dans tout l'idéal de la splendeur de som esprit, et en illuminant de sa propre lumière ses élus. Dites-moi, ne s’apergoit-on pas déjà que son royaume a commencé à dé. , cliner? Voit-on la vérité là où était naguère le crédit, la réputa= tion, la majesté, le respect, l’obéissance, l’autorité, la puissance, et jusqu'à la tyrannie sur les consciences, tous ces moyens qui servaient aux papes à tromper le monde et qu'ils possédaient y a vingt-cinq ans? Qu’est devenue cette affluence de peuples qui
‘ accouraient à Rome, où il y a de si beaux revenus et de si forts recettes ? Déjà le monde se moque de leurs indulgences, de les jubilés, de leurs absolutions, de leurs bénédictions, de les censures et malédictions, et si une seule étincelle a produit depuis si peu de temps une si grande lumière de vérité, quel résultt, croyez-vous, produiront tant de torches allumées? Le monde 1 vit peut-être jamais, depuis le temps des apôtres jusqu'en nôtre, de si brillants génies, il ne vit pas non plus les saintes Éaitures aussi bien commentées qu’elles le sont aujourd'hui; c'e bien l'œuvre de Dieu, qui veut toujours que ses entrepris tournent à sa gloire.
« Il triomphera donc, mais avec le sang des martyrs, qui ce sans cesse dans les différentes parties du monde, et l’on verra se» réaliser la prédiction du Christ, que son évangile serait pric@& dans tout l'univers : alors viendra la fin. Ne voyez-vous pas que l’Antechrist n’a plus pour adorateurs que certains hommes chants et intéressés, et des gens voués à la réprobation ? Et si le peugl® hébreu, s'étant refusé de croire au Christ lors de son incarnatite, n’a pas trouvé excuse devant Dieu pour avoir dit, comme m8 prélats le disent également, qu'il n’est pas le Messie, mais a séducteur, et qu’eux ne peuvent se tromper, devons-nous leu donner créance? ne devons-nous pas avoir à cœur d’être plus sages que tous les autres? si notre synagogue, si notre Église, l'ont répudié, sommes-nous tenus de les imiter nous aussi? Ils ne seront pas davantage excusables ceux qui maintenant n’acceptent pas le Christ, qui se montre en esprit, et il ne leur servira de rien de dire, ainsi que plusieurs disent : Nous voulons croire comme nos pères nous ont enseigné, et régler nos croyances sur celles que nous avons trouvées en vigueur chez le prochain ; notre Église et nos prélats ne peuvent se tromper ; ainsi nous ne voulons pas en savoir plus qu'eux. Que dis-je? ils seront d'autant moins excusables, que maintenant le Christ apparaît sous un jour plus éclatant, et qu'il y a maintenant dans diverses parties du monde tant
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d’églises, tant de peuples et de nobles intelligences qui ont reçu l’6vangile; et l'Église de l’Antechrist étant devenue dans sa doc-
,trine et dans ses mœurs plus corrompue que ne le fut jamais la synagogue des Hébreux, est-il possible que vous ne vous apercevies pas que leur fausse religion est pleine d'inventions humaines, d’hypocrisies, de superstitions, d’idolâtries et d’abominations? Oh! quetu serais heureuse, Sienne ma ville chérie, quelle somme de félicités il y aurait pour toi, si tu te purgeais de ces ridicules pbarisaïques, de ces dégoûtantes superstitions, de ces égarements funestes, insensés et impies, si tu pouvais te débarrasser du culte de ceux qui semblent être tes saints patrons, et qui sont aux yeux de Dieu l’abomination personnifiée, et si tu embrassaisla parole de Dieu et son évangile comme l’ont prèchée le Christ, les apôtres et ceux qui l'ont imité en vérité! Ne veux-tu pas faire quelque démonstration en faveur du Christ, toi qui es dotée d’un si grand nombre de nobles intelli er. veux-tu par hasard être la dernière à connaître le Christ. Ouvre, ouvre donc désormaisles yeux à la vérité, afin que reconnaissant dans le Fils de Dieu toute ta justification, ta sagesse, ton salut et ta paix, et vivant pour Dieu toujours heureux, tu lui rendes toute louange, tout honneur et toute gloire par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen :. »
Plus d’une fois déjà nous avons nommé Caterino Politi, Caterino de Sienne, un des plus ardents controversistes de son temps, qui avait la manie de trouver des hérésies, au point de signaler à la faculté de Paris comme suspectes plusieurs propositions dans l'ouvrage du cardinal De Vio. Jentacula, hoc est præclarissima plurimarum notabilium sententiarum novi Testamenti liberalis expositio. Par contre, lorsqu'il fut question de nommer Caterino évêque, Barthélemy Spina, maître du sacré palais, produisit cin-
(1) Cette lettre d’Ochin fut traduite en francais et imprimée sans indication de lieu, sous ce titre : Epistre aux magnifiques signeurs de Siene par B. Ochin du dit lieu, auxquels il rend raison de sa foy et doctrine. Avec une épistre à Mutio Justinopolitan, par laquel il rend aussi raison de son département d'Italie, et du changement de son état, translatée de la langue italienne. Super omnia vincit veritas, 1544, in-8°.
Sa lettre contre Ochin.
quante propositions, extraites de ses ouvrages, en les donnant comme entachées d’hérésie : mais Caterino s’en défendit. Ceci soit dit pour prouver combien était com mune alors l'accusation d’hérésie!.
Vous pouvez penser si un tel homme épargna Ochin. Caterino, en nous racontant sa propre vie, dit qu'après le premier livre adversus impia ac valdè pestifera M. Lutheri dogmata, tacui multis annis, cum jam scriberent plurimi in hereticos Germania, donec venerunt qui, suppresso nomine, libellos lutheranam doctrinam continentes, in vulgus sparserunt. Quo tempore fratrem B. Ochinum, impium illum apostatam, dudum Italie concionatorem, suis coloribus parvo libello depinxi, ut nosceretur crudelis hypocrita, et simplicium animarum mactator, el libellum composui quem nuncupaviSpeculum hæreticorum contra Bernardinum Ochinum, primo editum Roma 1542. Ensuite en 1544, il publia en italien la Riprovazione della dottrina di Bernardino Ochino e d'alcune conclusioni luterane?. Lui-même, le 5 janvier 1543, écrivait de Rome aux magistrats composant le gouvernement de Sienne :
« Magnifiques et très-honorables magistrats ; ayant eu par hasard entre les mains une lettre que Bernardin Ochin a envoyée à vos seigneuries et à toute Ja ville, lettre qu'il a fait imprimer à Genève, et découvrant en elle un véritable poison que l’auteur vous présente pour tuer vos âmes, moi, excité par des personnes religieuses et par le zèle pour la foi, non moins que par les devoirs
(1) Pazzi écrit que Caterino, déjà vieux, fut aperçu plusieurs fois, au couvent de la Minerve de Rome, versant des larmes : et comme on lui en demandait la cause, il répondait qu’il était chagrin d'avoir écrit avec tant d'acrimonie contre certains Pères, et comme on lui suggérait que de la même main qui avait frappé il pouvait guérir, il donnait pour toute réponse son silence et des larmes.
(2) Réfutation de la doctrine d’Ochin, et de quelques conclusions luthériennes.
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que j'ai à remplir envers ma patrie en matière spirituelle, devoirs qui découlent de ma profession, j'ai composé un petit traité assez court pour réfuter cette épitre, et la doctrine pestilentielle qu’elle renferme ; puis je l’ai adressé à vos seigneuries et à toute la cité, après l’avoir au préalable dédié à l'archevêque, afin que, si Sienne a un fils selon la chair quilui offre le poison sous les trompeuses apparences de la flatterie, il ne lui en manque pas un autre qui le lui découvre en lui opposant les vérités du salut, et qui la fasse tenir sur ses gardes, parce qu'il s'agit ici du véritable fondement de la vie éternelle. Je me permettrai de vous rappeler les promesses qui ont été faites dans la dernière réforme au chapitre premier, c'est-à-dire celle ayant trait à la vigilance à apporter pour préserver la ville des hérésies. Si vous suivez cet avis, je puis espérer que la miséricorde de Dieu descendra sur votre ville, et si vous ne le suivez pas, je vous annonce d'horribles épreuves en ce monde, et ensuite la damnation éternelle. Puisse cette manifestation m'être tout à la fois un témoignage et une excuse devant Dieu, qu'en ce qui me touche, je n’ai pas failli au devoir de vous annoncer cette vérité! Puisse le Seigneur vous délivrer de ces maux! Veuillez prendre votre temps pour vous faire lire le petit traité, et vous connaîtrez la vérité, car rien n’est plus facile pour celui qui ne voudra pas s’aveugler lui-même.
« Il ne me reste plusqu'à vous rappeler la justice, en vous exhortant à calmer vos passions, à viser tout d'abord à honorer Dieu et à l’apaiser par une vraie pénitence dans des temps aussi calamiteux et qui ont attiré les foudres de la colère du Tout-Puissant. »
Puis le 7 mars 1544, il écrit de nouveau :
« J'envoie à vos seigneuries le petit livre, composé en langue vulgaire et déjà imprimé, contre la doctrine pestilentielle de Berrardin Ochin, avec le vif désir que vous montriez votre vigilance, ainsi que c’est votre devoir, à l'endroit de cette maudite peste spirituelle; vos précautions doivent être plus minutieuses encore que contre la peste corporelle, car cette peste spirituelle a pour conséquence la mort éternelle. Je prie le Seigneur dans ces temps d’affreuses calamités de vous faire échapper, ainsi que toute la ville, aux périls et aux épreuves qui sont suspendus sur vos têtes; et je ne doute point que sa miséricorde ne vous en fasse la grâce, si on se préparait à la recevoir, d'abord en craignant Dieu et en lui rendant le culte qui lui est dû, et ensuite en observant la justice sans considération d'intérêt privé et sans acception de partis,
Autres réfutations d'Ochin.
car telles sont les causes de la ruine des royaumes et des cités. Je n’ai rien autre à vous mander. »
Au catalogue delle Carte Cerviniane, faisant partie des Archives de Florence, liasse XXVIII, je trouve mentionnée une lettre d’Aonio Paleario, et une autre de la marquise de Pescara, qui toutes deux concernent Ochin. Mais aujourd’hui on ne les trouve plus; elles eurent, comme tant d’autres, le sort d’avoir été volées ces années dernières. Des personnes de science et de renom ont pris part à ces larcins honteux, et on a poussé si loin l'impudence qu’un négociant de Paris offrait publiquement aux amateurs de leur vendre un autographe quelconque parmi ceux qui se conservent dans ces archives.
J'ai trouvé à la Bibliothèque Magliabecchiana, (Manuscrits, classe XXXIV, n° 2), la réponse en latin de don Basilio de Lapis, moine cistercien, à une lettre d’Ochin. Après avoir épuisé tous les moyens pour toucher son cœur et l’amener à ne pas nuire à tant de chères brebis qui l'avaient suivi dans la vérité, le moine en arrive à réfuter directement la doctrine de l’hérétique sur le mariage des prêtres, sur la suprématie du pape, sur le sang du Christ considéré comme le moyen unique d’expiation; sur le libre arbitre, sur le culte des images, les jeûnes, les jours fériés ; sur la distinction entre les prêtres et les laïcs et sur la confession.
Puis il l’avertit que c’est folie de prétendre que toutes les constitutions de l’Église sont mauvaises, puisque toute société fait des lois pour sa propre amélioration, et qu’aucune n’en fait exprès de mauvaises : arrivé à ce point, il lui rappelle que les auteurs de ces lois ont souffert le martyre. Il finit par une pathétique exhortation, que voici : 4d pacis terminum et Domini hereditatem pervenire non potes,
FRA BERNARDIN OCHIN. 305 quando pacem Domini cum tuo furore corrumpis; quando et nos filii tui non a te, sed tu a nobis continuo recessisti, non
‘’mitatem conservasti, non verbum Domini tenuisti; sed quid | ira? finem dabimus et Dominum rogabimus ul te ac nos.... dirigat in semitis suis et porrigat gressus nostros în viam , «pois, et ie ipsum nobiscumin unitate Ecclesia et vinculo pacis dmvertat, et in sinu suo te recipiat atque conservet. * Ochin fonda à Genève la première Église italienne! et ‘ Y publia divers opuscules, entre autres Cento apologhi?, livre où il se montre si acharné, que Sleidan lui-même, l'historien et le panégyriste de la réforme, en avait honte. Cependant sa longue lettre, remplie d’injures contre Paul III, écrite dans le style d'amplification alors .@usage et auquel nous réhabituent malheureusement ‘ile nos jours les vils champions de la presse, cette lettre, «on conserve à la Bibliothèque Laurentienne de Flofoce, est encore plus ignoble. Ce pape ayant prohibé ses @vrrages, Ochin l'attaque, non pas, dit-il, qu’il espère @triger un vieillard octogénaire : son seul but est de . montrer au monde que Paul n'est pas un vrai pontife, mais bien une créature du diable. Il relève toutes les parties de sa vie, depuis l’époque où, étant tout jeune en- A4, il aurait empoisonné sa mère, et serait parvenu à #8 soustraire au procès. Suit le récit d’attentats à la pu-
(1) Dans les manuscrits de la Compagnie des pasteurs à Genève, soua
Je fitre : « Spectacles, professeurs, recteurs et ministres des églises
étrangères qui sont dans la ville, » on lit à la page 182 : « Église ita-
Nenne. Cette église fut établie en 1542, octobre... Bernardin de Servas,
. qui avait été religieux, prèche à la chapelle du cardinal (d'Ostie) tous les dimanches. » Assurément on doit lire : « Bernardin de Senis. »
(2) Apologues dans lesquels on met à découvert les abus, superstions, erreurs, idolâtries et impiétés de la synagogue du pape, et spécislement celles de ses prêtres, moines et frères, 1554. C'est l’œuvre la plus rare d'Ochin ; elle se compose uniquement du livre premier, tandis que la traduction allemande en a cinq.
Ses doctrines.
deur et d’aetes d’impudicité commis sur des personnes expressément nommées. Il lui attribue plusieurs assassinats, disant qu'il savait toujours se soustraire aux chétiments mérités, et même plus tard faire exécuter, ou ‘incarcérer, ou bannir ses propres complices. Son élection, ajoute-t-il, fut le résultat d’un honteux trafic. Tout se traita ensuite par la simonie, par la corruption des cardinaux, par la vente des emplois, la vente de l’impunité pour les attentats contre les mœurs, et par le trafic de la justice. Le gouvernement de ce pape ne pouvait être pire. Il lui reproche .les fautes et la fin de Pierre-Louis, et d’avoir laissé peindre dans une chapelle papale le jugement de Michel-Ange, qui conviendrait tout au plus dans une taverne. ll accuse surtout ce pape d’astrologie et de nécromancie, et il s'étend longuement sur ce point pour montrer comme la raison divine et la raison humaine défendent de faire intervenir les démons dans nos opérations, ainsi qu'avait coutume de le faire Paul III. Et il prétend que ce dernier a réussi à se faire nommer pape au moyen d'un pacte avec le démon; qu’ainsi son élection n’a pas été légitime; par conséquent les princes sont invités à le déposer. (D)
Cependant Ochin fut un philosophe et un dialeeticien des plus distingués. Il enseignait qu’on ne peut arriver au vrai par la raison, mais qu’on a absolument besoin de l'autorité divine. Comme l'Écriture sainte ne suffit pas si une lumière infaillible n’aide à l’interpréter, e comme il avait répudié l’autoritéde l’Église, il fut contraint de recourir au mysticisme et à l’inspiration immédiate. La raison naturelle qui n’a pas été purifiée par la foi, dit-il, est frénétique et insensée; demandez-vous donc comment elle pourrait être pour nous une règle et un
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aide dans le domaine du surnaturel, et comment sa ‘Philosophie erronée pourrait servir de fondement à la écologie, et d'échelle pour monter jusqu’à elle. Si la ‘tison humaine n'était pas frénétique, quoiqu’elle n’ait qu'une faible lueur des choses créées, cependant elle #en servirait, non-seulement pour s'élever à la con- } nalssance de Dieu, mais encore plus pour reconnafire : #7ee Socrate, non-seulement qu'elle ne sait rien, mais ‘ de plus qu'elle ne peut rien faire sans la grâce divine. An contraire elle est si orgueilleuse, qu’en même temps Quelle rabaissait, qu’elle étouffait, et qu’elle persécutait We Gbrist, l’évangile, la grâce et la foi, elle a toujours eggalté l'homme charnel, son intelligence et ses forces. Hde plus elle est frénétique et tenace à ce point que foi ne la guérit pas; elle n’accepte comme vrai que 5e -que bon lui semble, et on ne peut lui faire com- “Peadre une vérité, si elle ne l’a au préalable passée au ‘euset de sa vaine science et si elle ne l’a trouvée con- Wieme à son aveugle jugement. La philosophie se tient dance dans les basses régions; elle rampe dans la vallée :‘@becure des sentin.ents; elle ne peut lever la tête vers domaine du sublime et du surnaturel, pour lequel elle ‘stout à fait aveugle‘.
€: « On pourrait rencontrer une personne possédant par -@aur les saintes Ecritures et leur interprétation, et les ‘SiBprenant humainement par la seule force du génie { dpuné à l’homme, et qui cependant serait dépourvu de toute Hi} de tout esprit et de toute vraie lumière de Dieu. Aussi @ons-nous besoin d’un esprit et d’une lumière surnatu-
‘ (9) La seconda parte delle Prodiche di messer Bernardino Ochino senese. Predica III.
rels, et il faut que Dieu daigne ouvrir notre entendement, et nous fasse pénétrer divinement le sens des saintes Écritures. Nous ne devons donc pas les regarder comme notre dernière fin, notre guide et notre maîtresse suprêmes, mais comme des moyens et des auxiliaires qui servent à la foi, à l’esprit et à la vraie connaissance de Dieu, et cela bien plus que les créatures. En outre, dans l’Église de Dieu, nous avons besoin en dernière analyse pour asseoir notre certitude, pour nous instruire et nous affermir dans les vérités divines, révélées et surnaturelles, de recourir au témoignage intime de l’Esprit- Saint, sans lequel il est impossible de discerner les écritures qui sont saintes et proviennent de Dieu de celles qui ne le sont pas!. »
Mais Ochin, qui n’avait pas refusé son adhésion à l'Église universelle, pouvait-il se plier aux opinions individuelles de Calvin? Il ne tarda pas en effet à se trouver en désaccord avec celui-ci, en sorte qu'à Genève il fut excommunié et persécuté. Il se remit donc en route, à pied, comme toujours, accompagné de sa femme, allant à la recherche de la vérité, et de gens qui permettraient de la dire. Ce fut à Bâle, là où s'était rassemblé un des derniers conciles, là où s'étaient réfugiés Erasme et Hutten dégoùtés des excès, là où Frobenimprimait des pamphlets si violents, qu’Ochin se rendit pour y publier ses sermons. Ayant été demandé à Augsbourg en qualité de prédicateur aux appointements de deux cents florins par an, il attira une grande foule d’auditeurs, jusqu'à l’époque de invasion de Charles-Quint, qui lui laissa à peine le temps de prendre la fuite avec Stancari de Mantoue.
(1) La seconda parte delle Prediche di messer Bernardino Ochinr senese. Predica IV.
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A Strasbourg, il retrouva son vieil ami et compatriote Pierre Martyre Vermigli, dont nous parlerons bientôt, et étant de là passé avec lui en Angleterre, il précha aux réfugiés italiens‘, mais la tolérance ayant cessé à la mort d’Edouard VI, il retourna en Suisse, où il fut investi de la charge de pasteur par les émigrés de Locarno, qui avaient obtenu du sénat de Zurich une église et l’usage de leur langue maternelle.
Bientôt il est accusé d’avoir des opinions antitrinitaires et d'admettre la polygamie; on le force à faire une profession de foi, et il jure qu’il veut vivre et mourir dans la confession de Zwingle. Mais à peine a-t-il prononcé ce serment qu'il en a regret, monte en chaire et se met à attaquer certains dogmes admis par cet hérésiarque, et dans ses Labyrinthes il nie presque toutes les vérités chrétiennes. Aussi fut-il banni de la Suisse, et il ne put même obtenir de retarder son départ jusqu’au printemps, en sorte qu’à l’âge de 76 ans, au cœur de l'hiver, il lui fallut avec ses quatre enfants reprendre le chemin de l'exil, du côté de la Pologne.
La première fois qu'il prêcha aux frères italiens à Cracovie : « Gardez-vous bien, mes frères, de vous tromper, disait-il; vous êtes venu voir aujourd’hui un véritable apôtre de Jésus-Christ. J'ai souffert plus de peines et plus de fatigues pour le nom et pour la gloire du Christ, et pour manifester la vérité des mystères de lareligion qu'un homme n’en peut souffrir naturellement, et qu'aucun des
(1) Il succédait au polonais Jean Lasco. L'Église était dédiée à sainte Cécile, et il y avait comme prédicateur le florentin Michel-Ange Fiorio, qui était peu goûté. Ochin pourrait bien étre l'auteur du petit livre rarissime, intitulé : la Forma delle pubbliche orationi lequali si fanno nelle chiese dé pellegrini in Inghilterra.
Ses Trente dialogues
Il soutient la polygamie.
apôtres n’en a jamais souffert. Et si Dieu‘ ne ma point donné comme à eux la grâce de faire des miracles, voes n’en devez pas pour cela moins croire à ma doctrise qu’à la leur, parce que nous l'avons tous également rt= . çue du même Dieu; et croyez-moi, c'est un assez gran miracle que j'aie pu souffrir ce que j'ai souffert, » (F} Voilà jusqu'où pouvait le mener l'orgueil!
Ce fut un des plus beaux triomphes de l’Église am moyen âge que d’avoir défendu le principe de l’indisto lubilité du mariage contre la lubricité des princes Mais déjà Luther, pour s’attirer les bonnes grâces dt landgrave de Hesse, avait approuvé la bigamie; mainte— nant Ochin, dans le xxi° de ses Trente dialogues, soutient qu’un mari, qui a une femme stérile, maladive, insup— portable, doit d'abord implorer de Dieu la continence; e que si, après avoir demandé cette grâce avec foi, il n'a pm l'obtenir, il peut sans pêcher suivre son instinct; st chant alors sans aucun doute que cet instinct vient‘ Dieu, il pourra prendre une seconde femme sans di vorces” avec la première. (F) *
En cette occasion il montra une basse condescendante® envers Sigismond, roi de Pologne, qui avait grande envie»” de convoler à un nouvel hymen Ochin s’attira ainsi l’indignation d’un grand nombre de catholiques, et sun tout celle du cardinal Osio, grand défenseur du royaume de Hongrie. ll en écrivit à ce roi pour le dissuader d'un tel projet, en lui montrant quel préjudice en sortirait pour tout le pays. « Je ne crois pas qu'il y ait eu dans notre siècle une plus grande peste d’hérétique que cet impie Bernardin Ochin, qui alla jusqu’à remettre en doute l’existence de Dieu et sa providence. On dit que dans notre patrie on prête l'oreille aux conseils de ce scélérat; mais
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sì jamais nos compatriotes avaient pu les suivre, les élèments eux-mêmes se révolteraient contre nous; certes ils ne pourraient supporter un crime si horrible *. » Le protestant Bullinger, lui aussi, déclamait contre Ochin, s’étonnant qu'un vieillard, et qui plus est un ministre de l’Église, écrivit de telles énormités. Ochin dans ses Dialogues avait, disait-il, fait son propre portrait, afin que ceux qui jusqu'alors ne l’avaient pas connu pussent le connaitre : « Il est bien avancé dans la science de la perdition, ingrat envers le sénat et les ministres, impie, plein de malice, pour ne pas dire un affreux imposteur. >
Ochin de son côté se plaignait de lui: « Je ne m’imaginais pas, dit-il, que Bullinger fût pape à Zurich, et qu'on dut obéir non-seulement à ses ordres, mais encore à ses exhortations, en un mot qu'il fùt plus maître que le sénat. » Théodore de Bèze aussi le poursuivait de ses invectives : « Ochin est un scélérat, un libertin, un fauteur des ariens, un blasphémateur du Christ et de son Église. » Aussi fut-il repoussé à Bäle et à Mulhouse; il alla se cacher en Moravie, où, après avoir perdu de la peste deux filles et un garçon, il mourut en 1564.
Tout autre est le récit détaillé que nous fait Boverio ; Ochin, selon lui, serait mort à Genève, après s'être confessé à un prêtre catholique, et après s'être rétracté en présence de tous ceux qui le visitaient. Irrités de cette conduite, les magistrats de Genève auraient ordonné que s'il y persistait, on le mit à mort, ainsi du reste qu'il arriva, puisqu'il fut poignardé. A l’appui de ces faits
(1) Rescivs, Vita Hosii, lib. III, cap. 6. Osio écrivit un livre intitulé : De Haæresibus nostri temporis.
très-invraisemblables, l’annaliste produit plusieurs &moignages, mais peu concluants. Il fait grand cas dece que Théodore de Bèze, dans le livre intitulé Vera ims— gines virorum illustrium impietate et doctrina, que labore Deus usus est, his extremis temporibus, ad veram rel gionem instaurandam ex diversis christianitatis regionibusli” ‘ (Genève, 1531), dit : Petrus Martir (Vermigli) in era suo ex Italia habuit socium Bernardinum Ochinum, monte chum magni nominis apud Italos, et auctorem ordinis Capu— cinorum (?) qui in fine se ostendit esse iniquum hypocritam, atque habuit alios qui omnino aliter se gesserunt.
Boverio prétend que de Bèze, le qualifiant d’hypocrite, a voulu dire qu’Ochin a fini en catholique. (G) Mais cha | cun comprend qu’il est ici fait allusion aux opinions antitrinitaires du moine, au sujet desquelles les dissidents” échangent entre eux des injures, non moins violents que celles qu’ils lançaient contre les catholiques. (H) ‘
(A) — L'ordre des jésuates, confondu à tort par quelques-uns avec celui des jésuites, fut cause qu'on déversa l’injure contre certains noms; Guillaume Libri la prodigua à l'illustre mathématicien Cavalieri, qu'il aurait sans doute porté aux nues s'il se fût aperçu que ce dernier était jésuate et non jésuite. C’est ainsi qu'on écrit l’histoire. Le milanais Paul Morigia, qui fut général des jésuates, donne l’histoire des hommes illustres de cet ordre, et compte jusqu’à soixante de ses membres morts en odeur de saint-t6. A Milan, nous avons vu de nos jours, sous le nom de Società del biscottino, être l'objet de tous les outrages du beau monde comme des bénédictions de ceux qui souffraient, une réunion de personnes pieuses qui visitaient les hôpitaux, et portaient aux malades quelques douceurs. On appelait pour le même motif Pères de Peau-de-vie les jésuates, qui fabriquaient cette liqueur et en donnaient aux malades pour les réconforter.
(B) — En 1542, Alexandre Piccolomini de Sienne publiait à Venise l’Instituzione dell” uomo nobile, ouvrage dans lequel au livre I, ch. vir, il avance ce qui suit : « Bien qu'il s’en trouvera quelques-uns qui, pour mieux servir Dieu, s’abstiendront des liens du mariage, ils ne seront pas pour cela dispensés d’observer la loi qui nous prescrit d’aider le prochain ; bien loin de là, ils seront beaucoup plus tenus que les autres à l’observer, car c’est leur affaire de chercher constamment d’aider au salut d’un tel ou d’une telle en enseignant à faire les bonnes œuvres et tout à la fois en donnant l'exemple : c’est ce que fait entr’autres aujourd'hui le saint homme frère Bernardin Ochin de Sienne, en cela beaucoup plus prudent et sage que ne se montrent ceux qui, en tant qu’ennemis de tous les autres et amourachés seulement de leur propre personne, s'en vont vivre comme des reclus dans les cloîtres, ou qui, dispersés à travers les forêts touffues, croient par là imiter Jean-Baptiste ; oubliant ainsi que ce grand saint ne se
lassait pas de précher constamment et de montrer au prochain ie chemin du ciel.
(C) — Tolomei écrivait à frère Caterino Politi, qu'à locession d’une maladie, il avait étudié les principes de la religion chrétienne, et qu’il avait reconnu que « la tradition de l'esprit. apostolique, passant dans l’Église du Christ de main en main sus interruption de temps et sans l'écriture, est une des garanties les plus solides et les mieux fondées que cette Église doit noess enseigner en droite ligne la vraie religion. » Les hérétiquess
sachant combien cet esprit apostolique mine leur édifice, s’atta— quent à lui ; aussi avait-il l'intention d'écrire sur ce sujet, Naiss ayant appris que dans le saint Concile, on avait rendu un déce# qui fixait ce point de la tradition, il le priait de le lui faire com-— naître, « afin (dit-il) que je puisse me nourrir l'esprit d'un nouvel aliment spirituel et divin. » Tolomei lui demande, em outre, quelque ouvrage de sa plume, qui (ajoute-t-il) « produirs= en moi quelque fruit d’une foi plus vive et d’une charité piume ardente. » (Lettere di XIII nomini illustri, pag. 385.)
(D) — On y joint une note qui défend d’en laisser prendres copie. Même sans cela, je ne l’eusse pas reproduite, tant c'est une œuvre abjecte. Je crois voir une allusion à cette lettre dans le passage suivant des Légations di Averardo Serristori (Firenze 1853, page 88). « Certains prédicateurs à Zurich ont fait impi mer un libelle fameux contre Sa Sainteté, dans lequel l’auten 2 blame sa conduite et ses mœurs, ainsi que celles des papistes = aussi les cinq cantons catholiques gémissent de cette pubi— cation. »
Crispino, libraire, écrivain et disciple de Calvin, édita un 08— vrage intitulé : l’Estat de l'Eglise avec les discours des temps depui les apôtres jusques au présent, 1581, petit in-8°, livre où lo trouve toutes ces diatribes contre le pape Paul III; l’auteur va jusqu'à affirmer que ce pape entretenait 45,000 mignons; qu'il était astrologue, sorcier, devin, etc.
(E) — Voir la page 134 Della Vita del cardinale Commendone, par Monseigneur Graziani, ouvrage si estimé, qu'il a été trs duit en français par le célèbre Fléchier.
Commendon joua un grand rôle en Pologne, et en fit chasser les hérétiques italiens. On a de lui, composé du temps qu’il était évêque de Zante, c’est-à-dire vers 1539, un discorso sulla Corte di Roma (Discours sur la cour de Rome) que nous ne croyons pas avoir été imprimé, où il énumère un grand nombre d’abus et
suggère des remèdes d une efficacité douteuse. Et d’abord, il n’admet pas qu'on puisse corriger la puissance papale en lui imposant des limites, ce qui humainement ne se peut faire. « Une certaine sensualité (poursuit-il) a engendré dans l’Eglise de nombreux défauts, qui, en se continuant tou'ours de la même manière, l'ont mise dans le triste état où elle se trouve, en sorte qu'elle ne peut accomp'ir son office sous un double point de vue : au point de vue de son rôle politique, en ce qui touche la prudence du gouvernement, et au point de vue chrétien. en ce qui touche aux devoirs qui incombent à tout l’ordre ecclésiastique. La première infruction a lieu lorsqu'elle change la prudence en astuce, et lorsqu'elle torture la raison dans l'intérêt des passions. Aussi les pontifes, étant des hommes. et ayant devant leurs yeux des exemples si enracinés de népotisme, il peut arriver facilement qu'ayant, eux aussi, cédé aux liens du sang, ils s'égarent sans s’en apercevoir, en suivant l'exemple de leurs devanciers. En outre, elle pèche encore en ce qui concerne le gouvernement, et cela non par malice, mais par une négligence dont elle n'a pas conscience. Elle est comme une personne qui. sans autre but qu'une vie joyeuse, au lendemain du jcur où elie a ri cueilli un héritage considérable et inespéré, consent à en abandonner une partie pour ne pas entrer en contestations, et à dépenser l’autre en prodigalites, parce qu’il ne lui sembie pas qu’eile donne du sien; parfois elle s'imagine faire un gain, lorsque par là elle croit obtenir la faveur des princes.
« Mais pour nous en tevir à ce qui regarde essentiellement et proprement l’Égìise, nous par:erons du second défaut, qui a trait aux obligations inhérentes au ministère sacerdotal. Ce défaut provient tant des moyens que birn souvent on emplo:e pour obtenir ces offices et ces dignités, que de» habitudes de vie qui règnent aujourd'hui. à la cour. Et d'abord, reconnaissant d'une manière évidente la séparation qui existe entre l'utilité des revenus et la charge ecclésiastique en elle-même, entre l'honneur dont elle investit le tituisire et le. charges quel e lui impose, on a vu naitre et prendre racine en bea::coup d'esprits cette funeste opinion, que le pouvoir politique ne convient pas à l'Église. Et pourtant ne voit-on pas que Dieu, notre Seigneur, n'a pas donné d'autres juges ni d'autres maîtres à son peuple que les prêtres. et qu'il a manifesté son grand déplaisir lorsque ce dernier a demandé des rois; et cela, vien que les fils de Samuel, qui ienaient alors les rônes du pouvoir, fussent devenus injustes. Il
en est d’autres enfin qui se scandalisent de ce que l'Église ait des revenus et des richesses, disant que c’est un nouvel usage, introduit par l’avarice des prêtres, en contradiction avec les usages de la primitive et sainte Église. Quant à cette opinion, laissant de côté le jugement que portent ainsi témérairement et sans aucune autorité ces personnes, pour moi, j’ai toujours été fortement étonné, comme dans les autres propositions, de l’inconcevable hardiesse et du peu de vergogne que d’autres ont, en affirmant ce qu’ils ne savent pas. On trouve la preuve du contraire, en lisant sur cette matière le décret du pape et martyr Urbain I, qui, il y a déjà plus de 1300 ans, exposait l’usage de la primitive Église, consistant à vendre tout ce qui lui était donné, et à le distribuer aux pauvres ; puis, comment peu après, pour améliorer sa position, cet usage fut transformé pour faire place à l’autorisation de conserver les biens en nature et d’en distribuer seulement les revenus; tel est l'usage qu’Urbain I ordonne qu’on suive. En outre, bien avant le pontificat d’Urbain, on peut lire dans les décrets de Pie I des règlements en ce qui concerne l’usage lui-même de la possession des biens immeubles; on y traite cette matière comme une chose fort ancienne, en- sorte qu'il est évident que cet usage remonte jusqu’au temps des apôtres. Toutefois, par suite de l'ignorance ou de la perversité de certains hommes, on ne fait plus de distinction entre la chose en ellemême et l’abus qu’on a pu en faire. Bien plus, la distribution gratuite établie par Urbain ayant cessé, il ya déjà bon nombre d’années qu’on ne laisse plus par testament à l’Église, ni villes, ni châteaux, ni fermes ni maisons ; mais ces libéralités sont prohibées dans certains pays par la loi; comme par exemple en Angleterre, où cette prohibition existait déjà bien des années avant sa rupture avec le siége apostolique. Désormais, dans chaque province l'Église a perdu une grande partie des biens qu’elle possédait, et de plus l’obéissance ; on a vu s’allumer chez des personnes peu conformes à ce genre de vie, un coupable désir de posséder des bénéfices, et en même temps chez les princes temporels une volonté bien arrêtée de pouvoir en disposer, et cela malgré le décret de Simplicius I, qui vivait il y a déjà 1084 ans, malgré celui de Grégoire VII au concile de Latran et celui d’Urbain II. En effet, les biens ecclésiastiques ayant fini par être traités comme les biens temporels, d’une part les princes les considèrent comme leur appartenant, quant aux bons princes, on ne saurait leur trouver une meilleure excuse que celle d’avoir 616 trompés
Par certaines personnes à qui ils ont donné leur confiance; quant aux mauvais princes, ils sont entraînés par la soif de posséder, et Per une sorte de rage commune à tous leurs pareils d'usurper toute espèce de juridiction. — Je ne dis pas qu’on ne fait pas sur ces Iiens tous les contrats qu’on fait sur les biens temporels, car een qui possèdent les bénéfices ne veulent pas les considérer au- : trerzra ent que comme des biens propres; je ne prétends pas dire q'zls remplissent leurs devoirs, et qu’ils opèrent une bonne et loyan Re répartition des revenus; bien au contraire, je prétends que œtte Cour sert de refuge à ceux qui, gonflés d’orgueil et d’espé- * FRS, et ne pouvant se renfermer dans les lits de leur patrie, pare is à des fleuves qui rompent leurs digues, font irruption danss cette république, afin de pouvoir se frayer un chemin, d'occuper des postes et de parvenir à des positions de fortune magniflqu es. Et si cette ville était vraiment une ville, et non pas une imnraæense colonie d'étrangers, semblable à un marché ou à we diète, avec un flux continuel, sans lien de parenté, on y + Fox æit naître et se propager nécessairement les séditions et les tarra waltes qui y sont nés et se sont propagés dans toutes les répu- "bi es, qui, avec la facilité de communiquer entre elles, ont, e0ane un vent perpétuel, maintenu allumé le flambeau de l’amn BiiOn. Mais en ce qui concerne l’Église, par la forme extérieure Qua Jui est propre, il n’est pas douteux qu’une commune partici- Pition de toute la chrétienté ne soit juste, utile et nécessaire. un sage emploi, elle la conserve et la développe, mais lorsque lesmge dégénère en abus, elle l’affaiblit et la ruine, et cela An que, outre les autres réswtats, elle nous amène quantité RO mmes indignes pour chercher des distinctions, des honneurs 6 «es richesses, dont l’usage, une fois qu'on les a obtenus, me nous l’avons rapporté ci-dessus, est nécessairement en ‘ RByportavec les moyens etla disposition d'esprit qu'on a mis en SU wre pour les acquérir. »
Dansle même discours il aborde la question de la recrudes- Ras du paganisme à cette époque. « De même que dans la pé- @ qui précède la peste, on sent l'air s’altérer et que les li- | ‘elesse corrompent, de même à cette heure on découvre une #rLe de paganisme et dans les opinions et dans les mœurs, et € «quien donne un symptôme vraisemblable, c’est lorsqu'on con- “dre quels honneurs on rend à la mémoire de ceux qui furent, plutôt des monstres que des scélérats à face humaine, et ne ment cette réputation semble se refaire. On va si loin dans
cette voie, qu'aux enfants qu'on baptise on donne plus volontiers des noms palens que des noms chrétiens; il en est même qui abandonnent les noms qu'ils avaient reçus, se débantisent s'il est permis de parler ainsi, pour prendre de nouveaux noms et des noms palens. C’est à des faits d’une telle gravité, lorsqu'ils furent découverts, que le pape d'alors (1471) Paul II opposa la digue de son autorité, non sans faire appel au grand mystère du jugement de Dieu; de tels actes sont en effet comme les signes avant-coureurs, d’après lesquels les nautoniers prévoient les futures tempêtes; ces faits sont aussi d'une plus grande importance que les démonstrations les plus explicites des événements les plus graves, car, dans les petites choses où l’on ne craint pas d’être puni, on n'a pul souci des aperçus, et l’on voit facilement la secrète inclination de l’homme vers les vices. »
(F) Telipoligamus. Quid vero mihi das consilii ?
Ochinus. Ut plures uxores non ducas, sed Deum ores ut tibi continentem esse det.
Telipoligamus Quid si nec donum mihi, nec ad se petendum fidem dabit?
Ochinus. Tum si id feceris ad quod te Deus impellet, dummodo divinum esse instinctum exploratum habeas, non peccabis. Si quidem in obediendo Deo errari non potest.
(B. OcHini Senensis Dialogi XXX in duos libros divisi.)
(G) Le susdit Graziani, dans la vie du cardinal Commendon, où il expose bien des faits concernant Ochin, dit aulivre II chap. 1x, ce qui suit : « Ochinus Polonia excessit, ac omnibus extorris ac profugus, cum in vili Moravia pago a vetere amico hospitio esset acceptus, ibi senio fessus cum uxore ac duabus filiatus, filioque una peste interiit. » Le même Graziani attribue le mérite d’Ochin bien plutôt à la diction qu’au fond même de ses sermons. Fuit vir non ineruditus, quamquam majori multo verborum quam rerum doctrina excultus, sed patrio sermone (nam latinas literas vix didicerat) in eo quod sciret adeo comptus, ornatusque et copiosus, ut mirum in modum captos specie ac nitore orationis teneret audientium animos. Nam hominum nostrorum plerique coneiones, que, more antiquitus tradito, de divinis rebus in templis habentur, frequentant celebrantque, non tam quidem quo mentem præceptis cœlesti doctrina haustis instruant ad religionem, ad pietalem excitent, quam quod ducuntur orantis ingenio, et genere illo speciose et cmnibu: undique luminilus om-
nibus, undique floribus exornatæ atque expolitæ orationis delectantur. Cæterum inde nihilo meliores effecti, plane iidem abeunt, qui venerant. « Et il poursuit en décrivantles artifices de la fausse éloquence des prédicateurs. (Pag. 126.)
(H) Sandio, dans la B:bliothèque Antitrinitairienne donne le catalogue de toutes les œuvres d’Ochin. Nous rappellerons, outre les susdits sermons publ:és en tro:s volumes à Zurich 1555, in-4e, sans date, le Dialogo del purgatorio, 1555; Sposizione sull’ epistola ai Galati: Hiposta alle false calumnie e impie bestemmie di F. A. Caterino, 1546; Prediche, Novene. Laberinto del libero o ver servo arbitria * prescienza, predestinazione e libertà divina, e del modo d'uscirne. Bâle, sans date, traduit aussi en latin. On a prétendu à tort que la traduction latine de ses Trenta Dialoghi était l’œuvre du célèbre Castalion. Les sept premiers furent imprimés à Venise en 1542-43, sous ce titre: Dialoghi VII del reverendo padre frate Bernardino Ochino senese generale, de’ frati Cappucini; et voici les ar-uments qui y sont traités :
1. Du modede s’éprendre d'amour pour Dieu : entre la duchesse et Bernardin.
2. Du mode dedevenir heureux : entre la duchesse de Camerino et Bernardin.
3. En quoi consiste le bon gourernement de soi-méme, entre le Maître et le Disciple.