Dialngue du larron en croix, entre un homme et une femme
5. Dialogue de la prompte conversion, entre le Christ et l’âme.
6. Dialogue du pélerinage pour aller en paradis, entre l'ange gardien et les Ames qui expient leurs péchés en purgatoire.
7. Dialogue de la divine profession, entre un homme et une femme.
Ces dialogues furent ensuite tous publiés à Bâle en 1563 par Pierre Perna. Le XXVIII traite quo pacto tractandi sunt hæretici, et établit en principe qu’on doit les punir de mort.
Pierre Martyr Vermigli.
Un certain Vermigli, de Florence, ayant vu mourir Heureur débuts tous ses enfants, fit vœu, s’il en conservait un, de le con- Vermigii. sacrer à saint Pierre martyr. Il donna en effet ce nom à un enfant mâle qui lui naquit à la Notre- Dame de septembre de l’an 1500, et qui survécut.
Maria Fumantina, la tendre mère de cet enfant, cultiva de bonne heure ses talents, et lui enseigna le latin qu’elle connaissait au point de traduire Térence. Aucune dépense ne fut épargnée pour l'éducation de l'enfant : confié à la direction de Marcello Vergilio, secrétaire de la république florentine, il eut d'excellents condisciples tels que Francois Médici, Alexandre Capponi, Ange et Pandolphe Stufa, François-Raphaël Ricci, et le trèsillustre humaniste Pierre Vettori. A seize ans, il chercha dans le cloître des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Fiesole un refuge contre la corruption du siècle, tandis que sa sœur Felicité entrait chez les religieuses de Saint-Pierre martyr. La douleur qu’en éprouva leur père ne fut pas toutefois sans consolation, car c’était un dévot de frère Savonarole, et en mourant il avait légué une partie de ses biens à l’hôpital des Étrangers pour le soulagement des pauvres. Pierre Martyr trouva dans le séjour de Fiesole de grandes facilités pour ses études :
il consacrait surtout son ardente attention à l’étude des saintes Écritures, et en apprenait par cœur de long: passages, desquels par la suite il s'aida puissamme: Trois ans après, il passa au couvent de Saint-Jean de Vétl; dara, près Padoue, atin de pouvoir fréquenter l'unité sité de cette ville, où il étudia pendant huit è les divers systèmes de philosophie et de théologie. A | si comme la philosophie d'Aristote y était en vogue, @ "5 que la traduction latine de cet auteur ne le satistaissk pas, il s’appliqua assidoment à l'étude du grec:# avait en même temps pour lui enseigner la héolegl deux professeurs dominicains et un érémitain. A visé six ans il se mit à précher : les augustins d’ étaient choisis pour précher les stations de l' et de carême, tandis que les sermons ordinaires de née étaient réservés aux dominicains. Il fit son premi essai à Brescia, puis il précha successivement à Romagf Bologne, à Venise, à Mantoue, à Bergame, à Pise, à Com Monferrato, sans compter qu'ilexpliquait l’Ecriture sais: dans différents couvents de son Ordre à Padoue, à M: venne, à Bologne et à Verceil, où il se lia d’amitié ant: Benoît Cusano de cette même ville, savant hellénists @ traducteur d'Homère, qui nous a donné des détsfà circonstanciés sur ses travaux assidus. s.
Dès son enfance la dévotion de son père pour Sava 1!
role l’avait vivement attaché à ce moine, dont iladmi l’intrépidité dans les prédications et dans les sou si Lui-méme dans ses prédications employait la méthoff scolastique; il lisait les Pères, et ne les trouvant pasd'æ: cord entre eux, il s’attacha à l’Ancien et au Nouv: Testament, et pour les mieux comprendre, il apprit l'hé-breu d'Isaac, médecin israélite. Chargé de la direction de
tbbaye de Spolète, il montra une grande aptitude pour
Wafftires et une grande prudence, chercha à corriger
Micoup d’irrégularités qu'il avait découvertes dans les
vents et les monastères, ainsi qu'à réconcilier les
Métis qui divisaient la ville.
Vilyant ensuite été choisi comme prévôt au couvent de ì-Pierre ad aram de Naples, là vinrent à tomber entre Mains les commentaires de Bucer sur l’Évangile et
à ples Psaumes, imprimés en 1527, et traduits en italien
pus le pseudonyme d’Arezzo Felino; puis le traité de
Mügle sur La vraie et la fausse religion, et d'autres ouvra-
À des réformés. Il se passionna pour leur étude ; il en
i l'objet de ses méditations en compagnie de Cusano
M pozte Flaminio; il s'en éprit encore plus lorsqu'il
; Bi lié avec des amis deValdès. Déjà plongé dans l’étude
Méfausses doctrines, il commença en1541, dans l’église
Mrt-Pierre, à commenter les Épitres aux Corinthiens,
Me un telconcours d’auditeurs, que quiconque n’assistait
i’ ces sermons était réputé mauvais chrétien. Il prit
Bfotir pour texte les versets tirés de la première, des-
Piles théologiens avaientcoutume de se servir pourap-
AY la croyance au purgatoire : « Le jour du Seigneur
Mi evnnaitre les œuvres de chacun; le feu prouvera quelle
, Fit l'œuvre de chacun : celui dont l'œuvre bròlera
Mità le cnâtiment, et il ne sera sauvé que comme un
Mae qui se sauve d'une maison qui brûle, en passant
a % feu*. » Les auditeurs attendaient la parénèse habi-
Nile sur les Ames qui doivent passer par le purgatoire,
ME il la remplaga par une exposition nouvelle qui avait
war but de prouver que ces paroles doivent s’entendre
n) Saint Paul, 1° Epitre aux Corinthibns, ch, rm, v. 13, 14 et 05.
devient suspect érésie.
* dans un sens emblématique, et signifier l'entière destruction de l'erreur, et il soutint cette thèse avec une grande autorité. Les prêtres, et surtout lès théatins, le dénoncèrent, et en conséquence le vice-roi Toledo lui interdit à l'avenir la prédication : mais Pierre Martyr, soutenu par ses frères et par des personnes notables, refusa d'obéir, fit appel au pape, obtint de la continuer comme auparavant, et c’est ainsi que se répandit cette semence d’hérésie qui devait germer plus tard.
Toutefois, avant d’avoir accompli son triennat, des fièvres pernicieuses étant venues à éclater dans sa résidence, fièvres auxquelles succomba Cusano, Pierre Martyr fut obligé de changer d’air. Choisi alors pour être visiteur général de son Ordre en Italie, il eut la facilité de remédier à de nombreux abus, prenant au besoin conseil du cardinal Gonzaga, protecteur de cet Ordre, et il chassa les contumaces ; un des plus obstinés fut envoyé en exil perpétuel dans l’ile de Diomède *.
Établi comme prieur à San Frediano de Lucques (1541), il fit moins mystère de ses opinions, et se mit presque à en tenir école. Afin que la jeunesse fût bien instruite, il fit venir pour enseigner le latin Paul Lazise, fameux aristotélicien de Vérone; pour le grec, Celso Martinengo; et pour l’hébreu, Emmanuel Tranellio de Ferrare. Il encourageait les jeunes gens à bien faire attention s’il expliquait correctement les Epîtres de saint Paulet certains psaumes. C'est ainsi qu’il gagna aux nouvelles croyances dix-huit moines, qui les répandirent peu à peu dans les environs, tandis qu'il les préchait à la cathédrale de Lucques.
(1) Les Iles de Diomède, aujourd’hui Iles Tremiti, dans l’Adriatique, vis-à-ws l’embouchure du Tiferne. (N. des traducteurs.)
Le cardinal Contarini, au retour du colloque de Ratisbonne, vint, accompagné du mattre du sacré palais, pour Offrir ses hommages au pape Paul III, qui s’était rendu
àLucques à une entrevue avec Gharles-Quint; et là, il s'entretint avec Pierre Martyr sur les discussions religieuses, telles qu'il venait de les connaître en Allemagne, ce qui confirma le moine florentin dans ses opinions (A). Néanmoins, pendant le séjour du pape à Lucques, Martyr ne fut troublé en rien. Mais bientôt à Rome il commença à courir des bruits sur son compte, et l’évêque Barthélemy Guidiccioni écrivit aux membres de la Signoria de Lacques, pour se plaindre de la tolérance accordée dans cette ville aux nouvelles erreurs; c’est qu’en effet elles étaient prêchées même ouvertement par don Costantino, prieur de Frégonara.
Quant à Pierre Martyr, il n'en est pas fait mention dans cette lettre, peut-étre par égard pour ses nombreux amis. Mais la crainte dont il fut saisi, surtout lorsqu'il eut été cité à comparaître devant un chapitre général de son Ordre, tenu à Gênes, le détermina à prendre ses précautions, et secrètement aidé par Christophe Brenta, praticien lucquois, il partit suivi de Lazise, de Trebellio, et de Jules Terenziano de Plaisance, qui resta toujours son fidèle compagnon. De Pise, il écrivit au cardinal Pole et à ses amis de Lucques une lettre dans laquelle il leur exposait ses opinions sur les égarements de l'Église romaine. A Florence, il persuada Ochin de l’imiter, et le précéda de deux jours dans son départ; prenant la route de Bologne, Ferrare et Vérone, villes où il fut accueilli avec faveur par les adhérents à la nouvelle doctrine, il traversa les Alpes Rhétiques et arriva à Zurich en 1542.
Pullinger, Pellican, Rodolphe Gualter et Bibliander l’accueillirent comme un frère; il passa ensuite à Bâle, puis à Strasbourg‘, d’où le 6 janvier 1543 il adressait une lettre à sa chère Église de Lucques. -
Dans l'espace de cinq ans qu’il demeura dans cette ville, il fit paraître d’abord le Catéchisme, ou exposition du symbole apostolique (Bâle, 1546), puis divers ouvrages sur le Nouveau et l'Ancien Testament, sans compter qu'i faisait sur ce sujet des conférences publiques. Sa méthode consistait à donner en premier lieu le sens littéral de chaque verset, puis il en tirait les preuves et les enseignements pratiques, confrontant chaque passage avec les précédents, éclairant les uns par les autres, et cela toujours avec une méthode sévère et simple. Il abordait ensuite les opinions des Pères sur les points en discussion, et excitait l’admiration de ses auditeurs par la clarté et la précision de son exposé, qualités qu'il devait sans doute à l’étude d’Aristote, et à raison desquelles on le réputait supérieur à Bucer. On regardait son latin comme pur et élégant, bien que trop concis; il ne manquait pas de mouvements pathétiques chaque fois qu’il avait àexhorter son auditoire au repentir, ou à décrire la joie qu’on goûte dans le service de Dieu. Il recherchait avec un soin extrême la précision dans ses paroles lorsqu'il traitait de la justification, de la prédestination et de la sainte cène.
Pierre Martyr ne perdait pas de vue ce qui se passait en Italie et surtout à Lucques; il souffrait de voir que beaucoup de ses compatriotes renonçaient par suite de
(1) Florimond de Remond composa, à l’adresse de Vermigli, certains chapitres grotesques (Histoire de la naissance de l’hérésie, Paris, 1610, livre III, chap. V), où, entre autres, il dit qu’à Bâle et à Zurich il était tenu pour un agent secret du pape.
la terreur aux nouveaux enseignements, et il écrivait à Bollinger : « Je te supplie de prier pour cette malheu- FFouse Italie, car tant qu'elle ne se sera pas convertie au Christ, elle ne trouvera pas la tin de ses maux.» -. À adressa encore aux Lucquois une circulaire pour es exhorter à persévérer dans la foi, leur rappelant que, #ible encore, il avait recueilli près d'eux, comme sur des ‘ plantes vivaces, les premiers germes de la science évangé- , que. « Mais comment retenir mes larmes quand je vois , « la délicieux jardin de mes frères lucquois dévasté ainsi «Par l'orage, en sorte qu’on dirait qu’il n’ait jamais reçu « la bonne semence, et que la céleste rosée du Saint- « Esprit ne l’ait jamais arrosé? O mes chers frères en « Christ, qui donc jamais a troublé ainsi votre esprit, « Qui a changé ainsi votre cœur? Que ne suis-je encore * parmi vous, et que ne puis-je pleurer avec vous et me e lamenter du grand malheur qui vous frappe! Que si . «le danger vous effraye, il vous reste, comme disent . € Quelques-uns, l'expédient des faibles, que je qualifie . “moi de moyen prudent, la fuite. Voyez les Lucquois « qui ont émigré; ils sont encore de fidèles champions * du Christ, et leur désir est d’aplanir avec leur sang la è woie à l'évangile en Italie. Mais combien de temps cette € @spérance restera-t-elle étouffée! » Puis il les exhorte ila pénitence et à la prière, et les encourage en leur BoOntrant l'exemple de tant de leurs frères devenus Re wtyrs de la vérité; eux aussi, leur dit-il, eussent sans doute préféré rester en Italie avec leurs amis, avec leurs COtarapatriotes, et jouir en paix des héritages de leurs Pères : mais le Christ leur a fait la grâce d’être supérieurs
CA > Manuscrit du 3 juillet 1555.
au monde, de préférer à toutes choses la paix de la consciente, de ne pas se séparer du Seigneur, et de rendre témoignage de la vérité de son évangile!.
Ne pouvant pas, à cause de la langue, exercer le ministère dans l’Église d’Alsace, il vivait en commun avec les réfugiés italiens, surtout avec les moines qui, à son exemple, avaient abandonné les couvents, et continuaient à mener une vie modeste et sobre. Il épousa Catherine Dammartin de Metz, renommée par sa modestie, ses manières affables et son affection conjugale.
Lorsqu’en Allemagne les protestants de la Ligue de Smalkalde eurent été défaits par Charles-Quint, Edouard VI en Angleterre se déclara leur protecteur : c'est alors que l’archevéque Cranmer, fameux chef de parti, appela dans ce pays Pierre Martyr et Ochin en 1547. Pierre Martyr s’y rendit en compagnie de son ami Jules Terenziano, et l'archevêque lui assigna une pension en qualité de professeur royal de théologie à l’Université d’Oxford, en même temps qu’il donnait à Ochin un canonicat à Cantorbéry, sans obligation de résidence. Pierre Martyr fit en sorte qu'oninvitât à y venir Bucer, qui se plaignait de ne pouvoir plus annoncer la divine parole en Allemagne et qui vint en effet en Angleterre avec l'hébraïsant Paul Fazio en avril 1549. Il fut chargé de commenter l’Ancien Testament, et Pierre Martyr le Nouveau. Celui-ci, magnifiquement rétribué, commentait les Épîtres aux Corinthiens comme étant riches d'enseignements, et fortopportunes (disait-il) pour opposer la simplicité et la pureté de la primitive
(1) Cette lettre fut traduite en latin par Duno de Locarno, ainsi que celle intitulée : De la fuite dans la persécution, où il dissipait les doutes de ceux qui sa faisaient scrupule de fuir du lieu où Dieu les avait placés. Elles sont insérées dans les Loci communes.
PIRRRE MARTYR VERMIGLI. 329 Église aux vanités de l’Église romaine. Par là, il dégoûtait les populations, quidans ce pays restaient encore attachées à cette Église : il les dégoûtait aussi en professant la doctrine qu'il avait déjà enseignée en Italie, à savoir, quela sainte cène n’est plus qu’une simple commémoration. On commença donc à le désapprouver, et on souleva autour de lui une telle rumeur, que l’autorité dût intervenir. Pierre Martyr savait cependant par amour de la paix se résigner à denombreuses modifications dans sa doctrine. Pendant un temps ses opinions se rencontrèrent avec celles de Bucer, qui flottait entre Zwingle et Luther surla présence réelle et sur le mérite des œuvres; cette situation produisit chez les fidèles une telle confusion, qu'ils ne savaient plus à qui s’en rapporter. Lorsque Martyr fit imprimer à Francfort son Commentaire sur les Epîtres aux Corinthiens, il laissa à Bullinger le soin de corriger ses expressions sur ce sujet, ne tenant pas tant (disait-il) à son opinion personnelle, qu’à en établir une dans l’Église. Il proposait de soutenir une dispute à Oxford, à condition que les adversaires suivissent pour le combattre la même méthode que lui; mais Richard Smith, leur chef, avant le jour fixé pour la lutte, sortit du pays. Les délégués du roi assistèrent à la dispute sur la transsubstantiation et la présence réelle, que Pierre Martyr soutint pendant quatre jours contre les théologiens du pape qui les défendaient : après quoi le grand chancelier de l’Université le déclara vainqueur, un véritable Pierre par la constance, un véritable martyr par les nombreux témoignages qu'il avait fournis à l’appui de la vérité (B).
L’abolition des couvents en Angleterre avait augmenté les souffrances des pauvres qui, s'étant soulevés partout, demandaient le rétablissement du catholicisme ; ils s’a-
vançaient même avec un air menaçant vers la ville d’Oxford, et un de ceux qu'on désignait à la vengeance publique était Pierre Martyr, contre lequel retentissaient des cris de mort.
L'autorité eut grand peine à le protéger : ses leçons furent suspendues, et se sentant lui-même peu en sûreté dans sa propre demeure, il fut conduit à Londres sous bonne escorte. Le roi l’accueillit favorablement à Richmond, lui promit le premier canonicat vacant dans l’église du Christ,”et le lui donna en effet : et dans cette situa» tion devenue plus calme, Martyr se remit à ses travaux.
L'histoire de la réforme en Angleterre est remplie du nom de Pierre Martyr, dont l’archevêque Cranmer lui aussi mit fort souvent à contribution les services‘; mais il reconnaissait qu'on y avait laissé se perpétuer d’immenses abus, et que le bien y était plutôt à l'état d'expectative que d’actualité ; il se plaint de ce que le peuple répugne à l'instruction, parce qu’à défaut de lumières il est secrètement affermi dans ses erreurs par les papistes. Cependant lesinsultes ne cessaient pas de pleuvoircontre lui, non moins que les diatribes ?, mais d’un autre côté il se voyait révéré par d’éminents personnages, et il fut reçu docteur par l’Université d Oxford, en sorte qu'il put vaquer à ses études dans une position d'aisance très-satisfaisante. Il écrivit sur la liturgie anglaise, laquelle fut
(i) Un discours de ce prélat adressé aux révoltés de Devonshire se trouve dans la Bibliothèque dite du Corpus-Christi, à Cambridge, avec la note : Hic sermo prius descriptus latine a Petro Martyre.
(2) Entre autres : Diatribe de hominis justificatione, edita Oronia in Anglia, anno 1550, adversus P. M. Vermelium, olim cartusianum în Italia, nunc apostatam in Anglia, acerrimum improborum dogmatum assertorem, sed impceritum et impudentem cum primis, per RICARDUM SMITHŒUM anglum. Lovanii, 1550.
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établie en quarante-deux articles, et qui se rapproche de le liturgie génevoise ; il censura le Livre de prières, parce qu'on y voyait encore des supplications adressées à Marie et aux saints".
Ses disputes sur l'Eucharistie continuaient aussi, et il
n’était pas toujours ferme dans la même croyance.
Sur ces entrefaites, le roi Édouard étant venu à mourir et Marie Ja Catholique ayant restauré en Angleterre le culte de ses ancêtres et les croyances du peuple, les réfugiés comprirent que ce n’était plus pour eux un pays à habiter. Pierre Martyr était à peine rétabli d'une grave maladie, lorsqu'il fut affligé par la mort de sa femme. Elle fut ensevelie dans la cathédrale d'Oxford, près du tombeau de sainte Fridesvida : les catholiques ayant re- | pris ‘la prépondérance, le corps fut exhumé, puis réinté- ; - ré au temps d’Elisabeth , et placé dans un même tom- Dea avec les reliques de cette sainte. On récita à l’occasion un discours qui concluait par ces paroles: « Ici re-
se la religion avec la superstition. » — Pierre Martyr
ut gardé à vue dans sa maison, mais ayant allégué qu'il avait été appelé en Angleterre par le roi défunt, et u'il avait en vain demandé à s’en aller, il n’eut pas à ‘sapporter d’autres vexations. Il assista Cranmer chert à prouver que le Livre de prières ne contenait rien
‘dè contraire à l'Église catholique.
(1) Dans ia maison du chapitre de l'église du Christ, on trouve dans + ts écrits mentionné le nom de Vermigli, et dans l’un on lit: ‘@ F@trus Martyr Vermilius florentinus, magnus ille et re et nomine pm secundus post mortem Haynesii in hac 1 præbends præben- + 1551, et regis Eduardi VI, 4; januarii 20. Cum aliquandiu putheologiæ lectioni, ut cum summo Protestantium applausu, ita «99 sine summa pontificiorum indiguatione incubuisset, dedit Eduards VI hanc præbendam, ut susceptum munus majori cum alacritate obret.
: à Strasbourg.
Il passa ensuite non sans dangers sur le continent, et arriva à Strasbourg en compagnie deson fidèle Giulio, le 30 octobre 1558. Calvin, informé aussitôt par lui de tout ce qu’il avait accompli en Angleterre, fit des instances pour qu'il dirigeât à Genève l’Église italienne, mais Martyr l’engagea vivement à laisser à cette place Celso Martinengo, homme honnête, docte et grave. A Strasbourg, le sénat lui confia la mission de commenter les saintes Écritures à l’école de Saint Thomas, tandis que de son côté Jérôme Zanchi, qui lui avait succédé lorsqu'il était passé en Angleterre,commentait le livre d’Aristote intitulé De Natura. Les nombreux réfugiés de Lucques auraient bien souhaité l’avoir pour leur ministre, mais voici ce qu’il leur répondit le 8 mars 1555 : « Avec quel plaisir je « rendrais encore service à mes Italiens ! à l’exemple de « Paul qui précha le salut aux Juifs, moi aussi je n’aurais « pas de plus vif désir que celui de convertir mes com- « patriotes. Mais le consistoire d’ici ne le veut pas; et « j'ai tant d'obligations aux Strasbourgeois, que je ne « peax les quitter, sans compter que l’Église francaise « me presse fort de rester ici. »
Les deux Italiens cependant avaient de fortes contradictions à essuyer de la part des luthériens à cause de leurs opinions sur la cène. Les magistrats avaient voulu qu'ils se conformassent aux croyances du pays, ainsi qu'aux conditions qui avaient été posées pour la paix de religion; mais quelque convaincu que fùt Pierre Martyr qu’on devait tolérer toutes les opinions particulières, pourvu qu’elles ne se missent pas en dehors de la révélation divine, il ne crut pas pouvoir faire taire sa conscience à ce point. Cependant il reçut volontiers l’appel que lui fit le sénat de Zurich de succéder à
l'illustre Conrad Pellican, comme professeur de la langue sacrée. Bullinger lui écrivait pour l’encourager à accepter ce poste: «Il serait trop long d’énumérer « les raisons qui doivent te déterminer. La première, « c'est qu’il est évident que ton élection vient de Dieu. « La seconde, c’est que tu retournes avec tes collègues « et dans la société d'hommes qui t’aiment, et qui sont « ennemis des disputes. Ici tu trouveras ton vieil ami et « frère Ochin, etune Église italienne telle que l’Allemagne « n’en possède pas de semblable. Tu es à proximité de « l'Italie, et tu peux y faire pénétrer tes croyances. Ici, au « milieu des incommodités de la vieillesse, tu trou- « veras la paix et le calme. » Et il ajoute encore d’autres motifs qui eurent beaucoup de puissance sur Vermigli.
En conséquence il brisa les liens qui l’attachaient à une son départ cité qui pendant longtempsavait été le théâtre de son acti- Strasbourg. vité et où il laissa une mémoire honorée, surtout parmi à Zurich. les réfugiés anglais et italiens. Son discours d’adieu excita une émotion générale, et, quelques années après, Wigand Orth, professeur de Marbourg, écrivait à Zanchi: «Il me « semble encore voir les larmes que professeurs et étudiants versèrent à son départ; beaucoup considéraient cette école comme plongée dans l’abtme depuis le . jour où s'était éteint ce brillant flambeau. C'est qu’en vérité ce fut une grande faute que de laisser partir un tel homme, un théologien tel que l’Allemagne actuelle n’en possède pas un pareil‘. » | Et Bullinger écrivit à Jean Travers de Zug: « Pellican étant mort dans la pleine et sincère confession de la
(1) Eptstola Zanchii, 13 juillet 1561.
« foi, on appela pour le remplacer Pierre Martyr, qui
« vint chez nous le mois passé, et fut accueilli avec des
« marques d’allégresse publique. Maintenant deux per— « sonnes incomparables professent alternativemeit » « Théodore Bibliander et Pierre Martyr : célui-ci expose less « livres historiques, celui-là explique les prophètes ; ton == « deux avec une rare connaissance des langues et unéhæ — « bileté consommée dans la science des Écritures; tou « deux éloquents et très-exercés dans toutes les branches « de l’art et de la science morale, si bien qu'ils méri—— « tent les plus grands éloges. «
Dans son discours d'ouverture, Pierre Martyr déroula # l’histoire de sa propre vie; il racontait quelles luttes 22 lui fallut soutenir en Italie pour arriver à la connaissan= de la vérité, et comment ce qui était destiné à l'opprims=2Æ" servit au contraire à le fortifier dans la foi, par l'aide d l’Esprit-Saint: il montrait enfin comment les innombra — bles docteurs de Paris, de Louvain, de Salamanque, 4 Bologne et de Padoue enseignaient tout le contraire delæ= vraie théologie, telle qu'on l'explique en Suisse.
A Zurich, il commentait les livres de Samuel, et avai
eux buts principaux : justifier les évangéliques contræ® leurs adversaires romains, et montrer le légitime gou= vernement de l'Église. Que les protestants eussent rompussl l'unité de l’Eglise, et amené un schisme plus profond ef plus déplorable que les précédents, il le nie, puisqu'il nes” peut y avoir d'union, si ce n’est dans la parole du Chris dégagée de la parole humaine ; et il ajoute que les évan— géliques ont demandé, eux aussi, un concile, mais danslequel on eût admis les protestants, ce qu'ils n'ont pu — obtenir.
Après la mort de Celso Martinengo, les Raliens et.sur-
lima mt les Lucquois réfugiés à Genève, réclamaient pour leur pasteur Pierre Martyr, et Calvin l’engageait à se rendre à leurs désirs, attendu qu’à Zurich il y avait beauco wap de théologiens et fort peu à Genève, ville qui cependan mat en avait tant besoin pour contenir les opinions am @itrinitaires qui s'y glissaient de toutes parts. «Mutre les longues disputes avec les -luthériens relativææ ment à la-cène, Pierre Martyr en eut d’autres avec Benz sur l’ubiquité, avec Bibliander sur le libre arbitre» : les nombreux écrits qui traitent de ces sujets se tre» uvent renfermés dans ses Loci communes. Il combattait aus =s:i les erreurs des unitaires de Pologne; pourtant son es gr» rit de conciliation lui occasionna des ennuis, parcè qua ”il laissait croire que ses tendances se rapprochaient de = théories anti-évangéliques d’Ochin et de Biandrata. l’est ce qui lui faisait écrire à Calvin, au mois de juin 1558, que les agitations de l’Église italienne de Genève ne lui laissaient de repos ni jour ni nuit; que Biandrata, } Yénu exprès pour le voir, avait cherché à lul faire i embrasser ses erreurs; que, dans ses entretiens avec lui, | Î s'était aperçu qu'il n’admettait qu'une personne dans | la mature divine, et qu’à ses yeux le Père et le Fils ne for- Maient qu’une seule essence, en sorte qu’on en venait à la Piuralité des Dieux : bien plus, Gribaldi l'affirmait e termes non équivoques. Pierre Martyr fit de grands . ‘forts pour ramener Biandrata à l’unité de l'Église, et “hour le décider à souscrire en toute simplicité et sincérité d'âme la formule adoptée, mais ce dernier persé- YÉra dans sa doctrine et s’en alla à Chiavenna accompa- AEG d'un certain Jean Paul, piémontais, ainsi que nous Verrons. | Après la mort de Marie, et lorsque la reine Élisabeth,
Son rôle au colloque
e Poissy.
en lui succédant, eut réintégré le protestantisme en Angleterre, Vermigli recevait sans cesse des lettres, écrites même par des évêques et des membres des universités,
qui au nom de la reine lui demandaient des avis en ma-
tière de foi, de rites,de vêtements, de cérémonies.Comme dans un pays si attaché aux usages précédents, qu’on n’avait pu le séparer de Rome qu'au moyen de décrets émanés du souverain, la reine n’osait pas tout détruire, on conserva la croix, les cierges, les ornements: quant à Pierre Martyr, sans doute à cause de son esprit de conciliation, il ne faisait pas mine de s’y opposer. On le rappela dans l'Île, mais il ne put se résoudre à y retourner, de peur d’avoir à y soutenir de nouvelles luttes, alors qu'il n’aspirait plus qu’au repos. Néanmoins il consentit à assister Théodore de Bèze au colloque de Poissy, où il s'agissait d'établir une seule confession de foi pour tout le royaume de France.
A ce colloque de Poissy, Pierre Martyr* parla italien, et réussit, non pas è faire changer les catholiques de religion, mais à amener les protestants à croire que dans la sainte cène, nous recevons réellement, par la vertu et la puissance de Dieu, le corps et le sang du Christ. Comme il s'ingéniait toujours à opérer
desrapprochements, il changeait le mot transsubstantiation en celui de consubstantiation, et cherchait à dissiper dans l'esprit de la reine l'effet produit par les rumeurs alarmantes qu’on avait répandues sur ses croyances; il avait vécu (disait-il) dans différents pays, mais en cherchant toujours à faire régner la paix et la
(1) At noster Martyr, tum primum loqui ezorsus italico sermone ut
a regina intelligi posset, rem totam ab ovo usque ad mala explicavit et vel invitos ad rem ipsam descendere coegit. (Ep. ad Calvinum, 159.)
concorde, en obéissant aux lois, mais sans pour cela renier de ses propres croyances.
Cette reine était Catherine de Médicis, sa concitoyenne. Appelé par son ordre, il s'agenouilla en sa présence comme c'était la coutume : celle-ci fit taire pour lui son orgueil habituel, et lui parla longuement en italien. Martyr l’exhorta à prendre courage et à professer la religion véritable, ce qui protiterait non-seulement à la France, mais à toute la chrétienté: ajoutant que Dieu pouvait accomplir son œuvre même sans le concours des princes, mais que cependant il voulait leur offrir ce moyen d'accomplir leur devoir. Catherine répondit qu'elle aussi avait le désir qu'on connut la vérité, que c’est dans ce but qu'elle les avait rassemblés, et pour recevoir les conseils qu'on pourrait lui donner sur la manière d'avoir la paix sans blesser les adversaires. Difficile entreprise que celle de suggérer un expédient qui pùt plaire aux protestants et ne pas blesser les catholiques! Vermigli, pas plus que d'autres, ne le connaissait, aussi répondait-il: « J'ignore « si pareil expédient existe, mais existàt-il, je compte- « rais peu sur la bonne volonté de nos adversaires. « D'ailleurs, le Christ n’a-t-il point dit qu'il n'était pas « venu apporter la paix, mais bien la guerre. Que « Votre Majesté embrasse la vraie religion, et elle n’aura pas de plus fidèles sujets que les protes- « tants.»
CATHERINE : « Je ne saurais le croire, car les huguepots viennent de reprendre les armes. »
MARTIR: « Il suffirait que Votre Majesté se décidât à « ouvrir la voie à la vérité, pour que Dieu envoyàt de « suite la paix. »
CATHERINE : « Si tu ne crois pas que l'Église puisse être 11 — 22
« réformée par les prélats, donne-moi ton avis sur la s0- « lution de cette difficulté. »
MARTYR:«Accordez aux protestants la liberté de reli- « gion, et la vérité se manifestera d’elle-méme ; il ne « sara plus besoin de colloques ou de disputes. »
Ainsi la conversation continuait sur les généralités: pourtant Catherine croyait qu’on pourrait faire adopter par les catholiques la confession d’Augsbourg, mais Pierre Martyr était convaincu qu'on ne pourrait jamais faire accepter par Rome, pour base de l'unité, cette confession qui avait été condamnée comme un monument d'hérésie.
La conférence se continua avec le grand chancelier de l'Hôpital, puis avec le roi de Navarre, qui voulut entendre de la bouche de Vermigli les détails de sa fuite d'Italie et de ses succès postérieurs. Mais Pierre Martyr ne s'illusionnait pas, et dans la relation qu'il fit à Bullinger de ces faits ‘, il qualitiait d’aveugle la reine, si elle espérait opérer des réformes avec le consentement des prélats ; il accusait le roi de Navarre d’indifférence, parce qu’il allait encore à la messe.
Catholiques et protestants eurent bien à dire sur cette conférence, les uns affirmant que l’astucieuse Italienne avait gagné Pierre Martyr, les autres que c'était lui qui avait converti la reine ; craintes et espérances également mal fondées, parce qu’il était trop prudent pour se mettre à la disposition de Catherine, et parce que celle-ci
(1) 12 septembre. Loci communes, page 1139. Le cardinal Commendon écrivait à Borromée : « Frère Martyr a continuellement ses entrées franches chez la reine, et bien que je ‘ne doute point de la prudence de Sa Majesté, je redoute néanmoins que ces entretiens ne portent grand préjudice à la cause, en ayant pour résultat d’effray r les catholiques, et d’enhardir les hérétiques. »
PIERRE MARTYR VERMIGLI. 339 était trop impérieuse pour se laisser dominer par des motifs religieux.
De retour à Zurich, Pierre Martyr se mit au lit pour ne se plus relever. Dans cette maladie, assisté de Bullinger, il s’occupait toujours de matières spirituelles, et s’efforçait jusque dans le délire de réfuter l’ubiquité de Brenz!.
Pierre Martyr rendit le dernier soupir le 12 novembre 1562; on lui fit des funérailles solennelles, où éclata l’affection qu'il avait inspiré (C). Wolfang Haller écrivait à Zanchi : « Martyr n'était pas seulement une lumière et « une colonne pour notre Eglise, mais pour toute la « communion des fidèles; la prudence, les connaissances, « la dignité, l’affabilité étaient chez lui si grandes, que « tout le monde l’admirait et l’aimait. Qui pourrait être « assez privé de sens pour ne pas déplorer du fond du « cœur la perte d'un tel homme? » Sa mort fut le sujet d’élégies composées en vers latins et grecs par Josias Simler, Conrad Gesner, le médecin qui lui donna les derniers soins, Rodolphe Gualter, Wolfang Musculo, Jean et Wolfang Haller, de Bèze, l'évêque anglais Parkhurst et d’autres encore; nous passons sous silence les expressions de condoléances dont sont remplies les lettres d’alors, principalement celles de Bèze, et méme les lettres
(1) Les réformés objectaient aux luthériens que le corps du Christ ne peut se trouver dans l’Eucharistie, parce qu'il est assis à la droite de Dieu le Père. Luther et ses adhérents, pour éluder l'objection, répondirent que le Rédempteur est présent partout, même comme homme: opinion qui plus tard fut soutenue par Jean Brenz, et admise dans le symbole luthérien, au livre de la Concorde. L'opinion de ces ubiquitaires se rapprochait de celle des anciens eutychiens, qui prétendaient que l’immensité aussi bien que la divinité du Christ était partout, même dans l'enfer. La plus grande partie des luthériens sont ubiquitaires (Voir Johann Brenz, nach gedruckten und ungedruckten Quellen, von J. BartMmanNn und K. JAGER, 1841.)
de catholiques, qui ne cachaient pas leur chagrin de ce qu’un tel homme eût déserté leur cause (D). Martyr avait épousé en secondes noces Catherine Merenda, appartenant à une famille de marchands de Brescia, émigrés pour cause de religion: il eut d'elle deux fils qui ne vécurent point, et une fille posthume nommée Marie, qui épousa pour son malheur Paul Zanin, réfugié italien. Enfin sa veuve convola avec Louis Ronco, négociant de Locarno.
Vermigli avait revu à Zurich toutes ses œuvres précédentes, et tout particulièrement le commentaire de l'Epitre aux Romains. Le plus divergent de ses ouvrages, au point de vue de la doctrine catholique, est son livre sur la Cène, écrit en Angleterre pour réfuter Etienne Gardiner, et qu'il avait fait imprimer sous le pseudonyme d'Antoine Costanzo. Beaucoup d'œuvres inédites furent remises par Terenziano à Simler, qui les publia: parmi elles on remarque surtout les commentaires sur le premier, le second et une partie du troisième livre de l’Ethique d’Aristote. Ces ouvrages et d’autres ont été traduits en différentes langues; ils sont réputés par plusieurs critiques comme égaux, et même par certains autres comme supérieurs aux Institutions de Calvin. Une médaille en argent sur laquelle est gravé son portrait fut frappée à Zurich par des amis d'Angleterre. Josias Simler dédia à l’évêque Jowel une vie de ce réformateur qu'il avait composée, et qui est le fondement de tout ce qu'on sait de lui (E). Il n'eut pas (dit son biographe) le feu de Farel, il ne contribua pas autant que Luther, Calvin et Bullinger à former l'Eglise, mais sa modération ne l'empécha pas de sacrifier toute sa personne à l’évangile, et par son éminente supériorité il développa l’enseignement
D. ae: Où
PIERRE MARTYR VERMIGLI. 341 et l'interprétation des Ecritures. On est aussi d'accord que dans la dogmatique et dans l’exégèse il a rendu, pendant longtemps, de grands services aux Églises réformées detoutes les contrées de l'Europe.
(A) — On trouve à la bibliothèque Vaticane, sans nom d’auteur, une note des personnes qu’on serait convenu d’envoyer pour accompagner le cardinal Contarini dans sa légation d'Allemagne, en 1540. Ce sont le général des conventuels, le maitre du sacré palais, Cortese, Pierre Ortiz, Flaminio et Pierre Martyr. Quant à Cortese, outre sa science théologique, on loue son style élégant en latin, qualité qu’on apprécie aussi chez Flaminio, « bon poéte et bon orateur, savant en grec, qui pendant de nombreuses années s’était adonné è l’Écriture sainte et à l'étude des docteurs anciens, et qu’on estimait si fort pour son commentaire sur certains psaumes. » On y vante Ortiz comme un nomme très-versé dans la controverse, mais qui poussait l’exagération si loin que partout il voyait des hérésies. L'anonyme ajoute : « je ne connais pas Pierre Martyr, mais Contarini, au rapport de Flaminio, dit des merveilles de la doctrine théologique de celui-ci, de sa connaissance du grec et du latin, et de ce qu'il savait d’hébreu, qualités fort à considérer, car les luthériens font plus de cas des langues que d’autre chose. » (Monumenta Vaticana CLXXXIV.)
(B) — Nous avons effleuré en passant, à la page 196 du présent volume, note G, la question des affinités, non pas seulement dogmatiques, mais encore rituelles de l'Église auglicane avec la nôtre. Qu'il nous suffise ici de signaler comment dans son Eirenikon, qui maintenant fait tant de bruit, le D" Pusey enseigne que, «prenant pour base les paroles de Jésus-Christ, Ceci est mon corps, ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance ; quiconque mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle, l'Église anglicane croit que le corps et le sang de Jésus-Christ, créateur et rédempteur du monde, Dieu et homme, indivisiblement unis en une seule personne, sont donnés, pris, mangés et reçus par les fidèles
sous la forme visible du pain et du vin, dans la cène, que pour ce motif on appelle la communion au corps et au sang du Christ ; qu’elle croit donc que l’eucharistie n’est pas le signe d’un corps absent, et que ceux qui y participent reçoivent non pas une simple figure, une ombre, un signe du corps du Christ, mais proprement la réalité. »
Le révérend Bowier, dans un discours prononcé en 1866 à Birmingham à la réunion des congrégations, a démontré comment la très-docte Angleterre, qui taxe Rome d'ignorance, lui avait emprunté le calendrier réformé et les lois sur le mariage, et comment elle avait reproduit les règles établies par le concile de Trente pour la certification des mariages.
(C) — Locorum communium Theologicorum, Tomi tres, Basilea, 1580, 81, 83.
Voici, outre les commentaires sur beaucoup de livres sacrés, les principaux ouvrages de Pierre Martyr.
Una semplice dichiaratione sopra gli XII articoli delle fede cristiana. Nella inclita città di Basilca, l'an 1544. Traduit en latin sous le titre Symboli erpositio.
Defensio doctrina veteris et apostolica de S.Eucharistia, Zurich,
Dialogus de utraque in Christo natura, 156
Tractatio de sacramento Eucharistiæ, habita in celeberrima unicersilate Oxoniensi, Londres 1540, plusieurs fois réimprimé.
De votis monasticis et calibatu sucerdotum.
Defensio sui contra R. Smithei duos libellos de calibatu sacerdo: tum, 1559.
Aristotelis ethicæ cum in illis sacra Scriptura collatz, 1555.
In librum Samuelis comment. Zurich, 1564.
In librum Judicum comment. Zurich, 1565.
Preces ex psalmis Davidis desumptæ.
An Deus sit causa et auctor peccati ?
An missa sit sacrificium ?
Oratio de utilitate et dignitate sacri ministerii.
Oratio de morte et resurrectione Christi.
Adhortatio ad cenam Domini mysticam.
Epistolx due ad Ecclesias polonicas, J.-C. evangelium ampleras, de negotio stancariano, et mediatore Dei et hominum J.-C., an hic secundum humanam naiuram dumiaxat, an secundum ulramque mediator sit. Zurich, 1561.
Loci communes sacrarum litterarum, Zurich, 1563; édités en-
suite è Genève en 1626, précédé de l’Oraison funèbre de l’auteur par Simler.
Precum ex psalmis libellus, ouvrage posthume comme les suivants.
De libero arbitrio. — De prædestinatione. Zurich, 1587.
Epitome defensionis adversus stephanum Gardinerum.
Confessio de cena Domini exibita senatui argentoratensi.
Sententia de prosentia corporis Christi in Eucharistia, proposits ‘én colloquio Passiaco.
Epistolæ de causa Eucharistiæ, ad virum quemdam magni ne minis.
Epistolæ partim theologicæ, partim familiares.
La bibliothèque de Genève conserve divers traités de Pierre Martyr, entre autres un qui a pour titre : € On demande si nou qui fuisons profession de la religion réformée, nous avons bien fall de nous séparer de l'Église romaine. » Beaucoup de ses œuvresft-, rent traduites en anglais et en d’autres langues.
(D) — Vergerio écrivait au duc Albert le 12 décembre 1502: Diem obiit suum D. Petrus Martyr italus, propter evangelium era, vir doctissimus : vin fuit similis. Théodore de Bèze lui fit cette épitaphe :
Tuscia me pepulit, Germania et Anglia fovit, Martyr, quem extinctum nunc tegit Helvetia,
Dicere qua si vera volent, re et nomine, dicent : Hic fidus Christi, credite, Martyr erat.
Utque iste taceant, satis hoc tua scripta loquentur : Pins satis hoc Italis exprobrat exilium.
(E) — Le docteur C. Schmidt, professeur de théologie à Str bourg, dans le recueil des Vies et œuvres choisies des pères # fondateurs de l'Église réformée, publia celle de Pierre Mar (Eberfeld, 1850), et dans la préface il dit que c’est une ds personnalités les plus remarquables du temps de la Réforme, cf il avait étendu son activité à l'Italie, à Strasbourg, à l’Angleterte, à Zurich, à la France et jusqu'à la Pologne; qu'il en était pet qui eussent autant fait que lui pour la fondation et la consolida» tion de l’église réformée. Il s’est servi de plusieurs de ses lettres, en partie publiées, en partie manuscrites existant à Gotha, à
Zofingen, à Genève, et surtout dans le recueil de Simler à Zurich.
Hérétiques à Ferrare. — La duchesse Renée. — Olympia Morata.
Louise de Savoie, étantrestée veuve de Charlesd'Orléans Prétendue duc d’Angoulème à l’âge de vingt-deux ans, se retira de x. jee Je savoie, la cour avec ses enfants Marguerite et François, jusqu’à ce que ce dernier devint roi. Elle fut accusée d’avarice, et d’avoir laissé perdre le Milanais en s’appropriant l'argent destiné à payer les troupes. Elle eut un penchant marqué pour le connétable de Bourbon, célèbre par sa trahison, mais elle fit preuve de sens et d’impartialité pendant la captivité du roi après la bataille de Pavie. Elle écrivit un journal de 1501 à 1522, dans lequel les protestants ont prétendu trouver des sentiments conformes aux leurs’. Mais en quoi consistent-ils? Dans la résignation à la volonté de Dieu, dans la croyance qu’il est l’auteur de tous les biens qui nous arrivent et en d’autres pensées qui sont communes à tous les chrétiens. Elle écrivait dans ce même journal à l’année 1522 ce qui suit: « Mon fils et moi, par la grâce de Dieu, nous commençons à connaître les hypocrites, les blancs, les noirs, hommes de toute espèce de couleurs; Dieu veuille, dans sa clémence et sa bonté infinie, nous en préserver et nous tenir en garde contre eux ; car si Jésus-Christ n’est pas un imposteur,