‹ Les hérétique d'Italie (volume 3)Chapitre 13 sur 24 · I LIAN · texte numérisé non relu

I LIAN

« grène ». Quant aux gens du nonce, s'ils liennent de tels © propos hors de son palais, « on en fera expédier un; « l'auteur du meurtre ne sera pas poursuivi, et il sera crié

« parla ville qu'il a été tué par notre ordre et pour le mo-

« tif ci-dessus. »

En 1603 le nonce se plaignit tout haut que l’ambassadeur d’Angleterre fit prècher publiquement dans sa maison : ces prédications, il est vrai, avaient lieu'en anglais, mais il était possible qu'il voulôt bientôt en avoir en italien. La Signoria répondit qu'ayant affaire à un roi aussi puissant que celui d'Angleterre, et dont l'amitié était précieuse, on ne pouvait défendre au ministre de ce monarque l'exercice de son culte propre; qu’on le prierait cependant de n’y pas admettre d'étrangers ?.

Un religieux publie à Orsinovi un libelle contre un magistrat vénitien; celui-ci le fait arrêter, et lui arrache des mains le très-saint sacrement, dont il s'était armé pour se protéger. Un prêtre des Marches ayant été condamné, la Signoria demanda au patriarche de le dégrader. Comme celui-ci hésitait, quelques membres du Conseil proposèrent de lui en donner l'ordre formel; d’autres ajoutèrent que de cette manière on était exposé, pour l'avenir, à suspendre le cours de la justice et qu’il fallait en conséquence envoyer ce prêtre au ‘supplice sans la dégradation. La Signoria fait encore incarcérer Scipion Saraceno, chanoine de Vicence, et l'abbé Brandolino de Narvesa dans le Trévisan, tous deux. accusés de crimes infàmes; elle renouvelle l’ancien décret défendant aux ecclésiastiques d'acquérir des biens immeubles et leur ordonnant de vendre ceux qu'ils recevraient par tes-

(1) Statuti dell’ Inquisizione di Stato. Supplemento, I, ert. 3. (2) Wicqueronr, l'Ambassadéur, page 446.

tament, interdisant enfin de fonder de nouvelles églises sans le consentement du sénat. |

Paul V, jadis cardinal Camille Borghèse, s’indigna de tant d’envahissements. Élevé au pontificat sans aucune espèce d’intrigues, il se crut élu par le Saint-Esprit pour ré-

primer les hu miliations infligées au Saint-Siége. D’une vertu sévère, il employait douze mille écus par an en aumônes et en dots: il en consacra 160,000 à l'érection du magnifique temple de Saint-André della Valle; il fit de nom- Dreux dons à N.-D. de Lorette et à plusieurs autres églises et sanctuaires. Il décidait les affaires par lui-même, au lieu d’en référer au consistoire ; il insista pour que les évéques résidassent ; il voulait établir une congrégation destinée à étudier les moyens d'étendre l'autorité ecclésiastique et de mortifier la présomption des gouvernements daiques, et souvent on l’entendait dire : « Il ne peut exister de véritable piété sans une entière soumission à l’autorité spirituelle. » Il lutta en faveur de ce pouvoir, nonseulement avec Malte, la Savoie, le sénat de Milan, les gouvernements de Lucques et de Gênes, mais.avec la France et l'Espagne, et toujours il eut le dessus,

IL était depuis quelque temps brouillé avec le doge de Venise pour des questions de dîme, de franchises, de commerce, de guerre contre les Turcs. Il voyait d’un mauvais œil cette puissance si attentive à exclure les ecclésiastiques de tout maniement d’affaires, à ne pas entretenir de pensionnaires à Rome, à lever des impôts même sur les biens ecclésiastiques, sous prétexte que ceux-ci formaient le tiers du ternitoire entier, et à vouloir juger les prêtres même pour les délits communs. Et, usant longtemps à l'avance d’une épithète que Frédéric de Prusse devait appliquer à Joseph IF, le pape disait à Contarini : « Mon-

Paul V,

7 41 €" à nt

« sieur l'ambassadeur, j'apprends avec un très-grand dé- « plaisir que messieurs les chefs des Dix veulent devenir « sacristains, puisqu'ils commandent aux curés de fermer « les portes des églises à l’Ave Maria, et de ne pas sonner « les cloches à certaines heures. »

Ce prétexte d’immixtion flagrante dans la’ juridiction spirituelle, dont nous avons parlé, s'étant produit, Paul V écrivit au doge en des termes menaçants. N'ayant pas été écoulé, il réunit un consistoire dans lequel quarante-un cardinaux (un seul, qui était Vénitien, fit exception) furent d'accord qu’on ne pouvait pousser la tolérance plus loin : en conséquence, le pape lança des monitoires le 25 décembre 1603, puis l’excommunication : celle-ci était formulée avec une sévérité qui n'était plus dans les mœurs (A). La Signoria s'en montra affligée; mais elle ne changea pas de conduite. Elle pouvait facilement tout raccommoder en livrant au For ecclésiastique l’un des deux inculpés; mais elle se laissa dominer par l’amour-propre et par cette démangeaison de braver l'autorité supérieure. S'armant des mesquineries propres à ceux qui font la guerre aux prêtres, elle cria gare à ceux « qui laisseraient publier le monitoire », imposa aux ecclésiastiques de continuer la célébration de l'office public et l'administration des sacrements. De là toute une petite guerre de taquineries : les évêques de Brescia et de Trévise, le patriarche d'Udine, sont menacés de la confiscation et de pis encore ; l'archidiacre Benaglio et l'abbé Tasso sont assignés ; on punit les prêtres et les religieux d’Orzinovi et Lana, archiprètre de la cathédrale de Brescia, parce qu'ils se refusent à obéir; on oblige à assister à l'office divin linquisiteur de Brescia qui s'en ‘excusait sur ses nombreuses occupations; et, comme il résiste, on l’exile : on

relâche le prieur des Dominicains, mais seulement après qu’il a promis d'obéir au gouvernement; on donne l’ordre d'arrêter les commissaires apostoliques; on se plaint de la résistance des religieux de Rodengo appuyée par les recteurs de Vérone; on adresse des éloges à ceux de Bergame, qui ont donné ordre aux gendarmes et aux soldats corses d'empêcher les curés de quitter les localités soumises pour le spirituel à l'archevêque de Milan; on suggère au comte de Martinengo, général de cavalerie, d'aller, sous prétexte de chasse, faire rentrer ces curés dans l’obéissance; on oblige les recteurs de faire venir à /a sourdine, et deux ou trois à la fois, tous les confesseurs pour savoir leur opinion en matière d’interdit, et pour punir à leur guise les récalcitrants; ordre de surveiller les religieuses en correspondance avec Rome ou qui n’allaient pas à la messe'. Au vicaire de l’évèque de Padoue, qui avait répondu qu’il ferait ce que l’Esprit-Saint lui inspirerait, le podestat répliqua : « L'Esprit-Saint a inspiré « aux Dix de faire pendre tous les récalcitrants. »

On bannit les Jésuites, les Théatins et les Capucins, qui se croyaient obligés d’obéir au pape plutôt qu'au prinee séculier : ils quittèrent l’État en procession avec un crucifix au cou et un petit ciérge. à la main?. Il fut défendu,

(1) Paolo Quinto £ la Répubblica Veneta. Giornale quotidiano, Vee nise, 1859, C'est un extrait, fait peut-être pour un usage de chancellerie, des événements de ce temps-là, bien plus qu'un registre tenu jour par jour par un témoin des faits, comme semble li indiquer le titre. D passe sous silence ce qui ne cadre pas avec ses visées, ainsi que l’attestent les notes par lesquelles l'éditeur Cornet a tâché de combler les vides. Ni dans le journal, ni dans les suppléments, il n’est question des tentatives d'apostasie dont nous parlerons.

(2) Galilée écrit de Venise le 11 mai 1606.: « Hier soir on a renvoyé les pères Jésuites sur deux barques qui ‘devaient les conduire hors de l'État. Ils sont tous partis avec un crucifix attaché au cou

sous peine d’exil et de galères, d'écrire aux Jésuites ou de recevoir des lettres d'eux, comme aussi de laïsser ses enfants dans leurs colléges.

Quelle bizarrerie, si nous allions rencontrer sous des usages différents plus d'un rapport avec notre époque, en racontant les dissensions suscitées dans les différents pays et au sein des familles par la question de savoir s’il fallait, oui ou non, obéir aux papes ! Dans les couvents, des religieuses écrivent secrètement à Rome; des religieux tirent au sort à qui devra publier les bulles de l'interdit; d’autres vont dans l'ombre encourager à la résistance; tel sonne les cloches malgré la défense , et tel autre fait célébrer les piques*, Toutefois la Signoria, mieux élevée

et avec un petit cierge allumé à la main; hier, après déjeûner, on les a enfermés dans Jeur maison, et on a placé deux archers à lenr porte, afin que personne ne pàt ni entrer dans leur couvent ni en sortir. Je crois qu'ils sont également partis de Padoue et de tout le reste de l'État, au grand regret de béaucoup de dames, leurs pénitentes. »

Toutes les lettres des résidents de ce temps-là parlent cu de sa: tires, ou de prédications, ou de discours des Jésuites contre la République ; il n'est question que de leurs efforts pour établir une université à Goritz ou à Raguse, ou bien encore à Castiglione délle Stiviere ; céla dura jusqu'au moment où parùrent l'édit dacal du 14: juin 1606 qui les expulsait de l'État, celui du 18 août qui défendait aux Vénitiens de confier leurs enfants aux Jésuites, et celui du 16 mars 1612 qui interdisait toute correspondance avec ‘eux.

(1) Dans une chronique citée par Cicogna, Inscriptions, tome V, pag. 556, on Lit à l'année 1606 : « On a découvert ces jours derniers que les révérendes religieuses de Saint-Bernard de Murano, excitées par leur chapelain, observeut l'interdit du pape ; elles n’entendent pas la messe, ne se confessent pas, ne commu nient pas. Ledit révérend leur a montré la bulle d'un jubilé que le pape a accordé à quiconque observera l’interdit, ‘et n’entendra pas la messe, leur promettant un paradis de délices, suivant leur manière de voir... Elles ont été endoctrinées par les procureurs de leur monastére, par les sénateurs leurs parents, et même parle vicaire de leur évêque ; mais, comme on n'a pu les faire se désister de leur opinion, on envoya immédiatement,

TJ

et plus adroite que certains gouvernements fiers d’un prétendu progrès, ne souffrit pas qu’on insultât la religion, ni qu'on foulât aux pieds l'autorité, base de toute organisation politique. Un Servite s’étant permis, du haut de la chaire, des paroles acerbes contre le pape, jusqu’au point de dire que Paul était devenu Saul, il fut désapprouvé par elle.

Des thèses, ‘des apologies, des consultations furent La querele écrites pour et contre parles juristes réputés les meil- °°" leurs *, et particulièrement par le célèbre Menocchio, président du sénat de Milan; le plus grand nombre soutenait que les gouvernements avaient le droit d'examiner les motifs des excommunications et des ordonnances pontificales. Nous savons ce qu’en pensaient les libertins par Grégoire Leti, qui écrit dans la vie de Sixte-Quint : « Les religieux vénitiens ont si fort à cœur « la réputation de leur République que, pour la servir, ils « renonceraient presque à Dieu, pour ne pas parler du * pape et de la religion : je pense que tous les autres re-

« ligieut en doivent faire autant pour le service de-leur « pririce, en dépit des nombreux et scandaleux exemples è contraires. »-

«Le temps rêvé par Jules II darait encore, ce temps où L°onn’envoyait d’'éxcommunication que sur la pointe des Rances : aussi le pape armait-il; la République armait de Son edté;etl'Europeentière prit part à la querelle, car dans

er ordre du sénat; les capitaines du Conseil des Dix pour les en- Termer dens leur couvent, fixant les portes et les fenêtres avec de bons Cadeénss, sous peine de la vie à quiconque s’approcherait du monastère Ou viendrait à leur secours, et les tenant sous bonne garde. » - (4) Réoueil des derits sortis des presses de Venise, de Rome et autres Æücux, à propes de l'interdit. Coire, Paolo Marcello, 1607 ( en ita- Rien).

la

toute l'Europe il se trouvait des personnes intéressées à l’une ou à l’autre cause. L'Espagne qui, attentive à établir sa domination en Italie , voyait d'un mauvais œil cette République la lui disputer; l'Espagne soufflait sur le feu; elle refusa de recevoir l'ambassadeur. de Venise parce qu'il était exeommunié. Le duc d'Ossuna disait à Paul V qu'il ne fallait plus compter les Vénitiens pour.des chrétiens, puisqu'ils avaient souvent conclu des traités avec les Turcs, expulsé les Jésuites, résisté au pape, pactisé avec les héréliques de France et de Hollande. D'autre part, Henri IV poussait les Vénitiens à exciter des troubles dans les possessions espagnoles. Ils avaient en outre pour eux l'Angleterre, la Hollande, le comte de Nassau, les Grisons, ennemis des papes et poussés par les prédicants, qui espéraient trouver au milieu de ces dissensions une. occasion d'implanter la Réforme en Italie, c'est-à-dire au cœur du catholicisme".

La franchise commerciale, en vertu de laquelle les Arméniens, les Tures, les Juifs étaient également les bienvenus, favorisait à Venise l'indifférence religieuse. L'auteur du Discorso aristocratico sopra il governo. dei Signori Veneziani assure que, lorsqu'un Luthérien ou un Calviniste venait à mourir, on permettait de l’enterrer dans l'église, et les curés ne faisaient à ce sujet aucune diffi

(1) Les Vénitiens s’éfforcèrent d'attirer à leur parti la république dé Gênes, qui, en effet, avait alors maille à partir: avec le Saint-Siége et plus encore avec l'Espagne : mais cette république répondit par une lettre que nous avons trouvée naguère à Ja Bibliothèque Marucelliana de Florence, code G. LXXIII. Elle y montrait le respect qu'on doit à l'Église et à Rome, déclarant qu'elle est bien satisfaite d'avoir révoqué les ordennances qu'elle avait rendues contre les oratoires, et qu'elle déplorait de voir les Vénitiens risquer d'allumer en Italie une

guerre qui les forcerait à prendre à leur service des ennemis de la religion (28 juillet 1606).

Culté. Il ajoute néanmoins : « Je n’ai jamais connu aucun « Vénitien disciple de Calvin, de Luther ou autres; mais «jen ai connu beaucoup qui l’étaient d’Épicure et de « Cremonini, naguère professeur de la première chaire « de philosophie à Padoue, qui assure que notre âme « provient de la puissance de la semence, comme celle « des autres brutes, et que, conséquemment, elle est mor- « telle. Cette doctrine abominable a pour partisans les « personnages les plus recommandables de la cité et en « particulier plusieurs de ceux qui ont part au gouverne- « ment. »

La prohibition des livres ruinait les nombreuses imprimeries qui florissaient à Venise. Les idées démocratiques, répandues par l’école des Jésuites, troublaient l’aristocratie dominante, qui tenait en conséquence pour l’absolutisme des princes et favorisait les Protestants contre les Catholiques.

Nous rencontrons sur nos pas, comme champion de erì paolo lodieux césarisme, Paul Sarpi, religieux servite, un ses doctrides grands esprits de son temps, même dans le domaine ‘** des sciences positives. Théologien de la République, il

fut conduit dans cette querelle, à examiner les titres des

papes, à diminuer par des raisonnements et par des autorités leur ingérence dans les affaires civiles, et à soutenir, contre les doctrines démocratiques des Jésuites, que le pourvoir des princes vient immédiatement de Dieu et ne r-æ!lève de personne; quele. pape n’a pas le droit d'examiner Sx les actions d’un gouvernement sont coupables ou non, puisque cela conduirait à des recherches incompatibles æ wec l'autorité souveraine. Quoiqu'il écrivit par ordre et € conformément aux vues du gouvernement ‘ », il en vint

€) Grisellini, dans la .vie ou plutôt dans l’apologie de frà Paolo, dit

à se passionner pour son sujet, au point que la haine du Saint-Siége fut désormais son caractère distinctif. I] publia alors” la Consolation de l'Esprit dans la tranquillité de la conscience, tirée de la bonne manière de vivre en la cité de Venise au temps du prétendu interdit du pape Paul V. Ni y pose les questions suivantes : 4° Le pape et l'Église ont-ils le pouvoir d’excommunier? 2° Quelles sont les personnes sujettes à l'excommunication, et quels sont les motifs de l'appliquer? .3° Peut-on en appeler de l'excommunication? 4 Le pape est-il au-dessus du concile ? 5° Le prince légitime peut-il être privé de ses États pour excommunication? 6° Encourt-on justement l’excommunication pour avoir gêné la liberté ecclésiastique? 7° En quoi consiste cette liberté, et s'étend-elle seulement à l'Église ou même aux personnes qui la composent ? 8° La possession des choses temporelles appartenant à l'Église est-elle de droit divin? 9° Une république ou un, prince libre peuvent-ils être privés de leurs États pour cause d’excommunication ? 10° Le prince séculier peut-il légitimement exiger les dimes et légitiment ordonner ce qui intéresse la république quant aux biens et quant aux personnes ecclésiastiques ?14° A-t-il par lui-même le pouvoir de juger les ecclésiastiques ? 12° Jusqu'où va l’infaillibilité du pape ?

Il répondait, en somme, que le pouvoir du pape se borne à veiller aux intérêts publics de l'Église : le chré-

« qu'après son élection comme consulteur, il ne mit jamais la main à aucun ouvrage sans avoir pour motif l'intérêt public, c’est-à-dire la défense du souverain droit du gouvernement, ou la démonstration de la sainteté de ses ordonnances », page 78. Il dit encore à propos de plusieurs de ses autres ouvrages : « Il fut entrepris par notre auteur, en vue du bien public, » page 101 et passim.

(1) On n’est pas bien sûr que cet ouvrage soit de lui.

tien , non-seulement ne lui doit pas une aveugle obéissance, mais encore il pèche s’il la lui accorde, et il doit examiner si le commandement est convenable, légitime, obligatoire; lorsque le- pape fulmine des excommunications et des interdits à des titres qui sont injustes et nuls, on n’a pas à en tenir compte, attendu que c’est un abus d'autorité; l’excommunication est inique et sacrilége lorsqu'elle est lancée contre la multitude; elle ne peut subsister si elle n’a pour motif un péché préalablement menacé d'excommunication. Le Concile de Trente, ce feu Saint-Elme qui a brillé au sein des plus violentes tempêtes de l’Église, prescrit une souveraine circonspection pour l’infliger, mais il se trompe, lorsqu'il veut que celui qui reste sous le poids de l’excommunication pendant une année soit livré à l’Inquisition comme suspect d’hérésie ; il se trompe encore, lorsqu'il défend an agistrat séculier d'empêcher l’évêque de la publier : les immunités ecclésiastiques ne sont pas de droit divin. L'Église grecque, toujours pauvre, a été affligée de moins de scandales que l'Église latine. Il y a un pacte entre le peuple et les ministres de l’Église, pour que ceux-ci administrent le pain de la parole et les sacrements, et que celui-là fournisse le pain du corps. Les papes n’ont pas toujours eu le pouvoir temporel, ni même la préémi- . nence spirituelle , et ce n’est qu’en favorisant des princes usurpateurs qu’ils les ont usurpés. Pendant que tout s’alanguit, à travers les siècles, dans le domaine des choses temporelles, la monarchie ecclésiastique accroît son pouvoir; mais elle ne gagne ni en sainteté, ni en considération. Les princes ne dépendent que de Dieu : le Christ ne pouvait transmettre à son vicaire le pouvoir temporel qu’il n’a jamais exercé. Le pape n'a aucune autorité sur

les princes, il ne peut les punir temporellement, annuler les lois qu'ils portent, ou les dépouiller de leurs États. Les ecclésiastiques au contraire n'ont rien qui échappe au pouvoir séculier, et le prince exerce sur leurs personnes et sur leurs biens la même autorité qu'à l'égard de ses autres sujets.

Attaquer Rome n'était rien moins que de l'héroisme dans une république toujours sourde aux réclamations de la Curie, et frà Paolo Sarpi, qui bravait le pontife, se courbait platement devant Philippe II. Il voulait persuader à ce monarque qu'il soumettrait à ses lois l'Europe et l'Afrique, qu'il ferait de Paris un village; il se montrait le très-humble valet des nobles de son pays; et c'est en les flattant, en s’abandonnant au courant des opinions intéressées qu'il usurpait les honneurs du courage. Ce qu'étaient ses sentiments en fait de liberté, nous l’apprenons par certaines conslitutions qu'il avait révées pouf son Ordre : il n'hésite pas, dans ces constitutions, à recourir à la torture elle-même; il conseille à la République des mesures tyranniques, dont voici des échantillons : exclure les débats de la procédure *; tenir bien bas sous le joug les nobles pauvres; écraser les colonies du Levant; limer bec et ongles aux Grecs ainsi qu'à des bêtes féroces, les humilier souvent, leur enlever les occasions de s'aguerrir, les gouverner par la famine et le bâton, et réserver l'humanité pour d'autres circonstances; s'appliquer, dans les provinces d'Italie, à dépouiller les villes de leurs privilèges, faire que les habitants s’appauvrissent et que leurs biens soient achetés par des Vénitiens; perdre ceux qui dans les conseils munici-

(1) Opinions de frà Paolo sur la manière dont il faut gouverner la République pour qu'elle soit toujours souveraine, etc. (enitolien). y

paux font de l'opposition, si on ne peut les gagner à prix d'argent; s’il s'y trouve quelque meneur, l’exterminer sous un prétexte ou sous un autre, sans respect pour la justice ordinaire, et tenir le poison pour moins odieux et plus profitable que non pas le bourreau. Il propose une loi de rigueur contre la presse, « attendu que depuis quel- « ques années il paraît incessamment un tas de livres « qui enseignent que Dieu n’a pas établi d'autre gouver- « nement que celui de l'Église; que le pouvoir sécu- « lier est une chose profane, une tyrannie, et comme une espèce de persécution que Dieu a permise contre les bons; que le peuple n’est pas obligé en conscience d’obéir aux lois séculières, ni de payer la gabelle et de participer aux charges publiques, il suffit que l’on parvienne à n’être pas découvert; que les impôts et les contributions sont en grande partie injustes et que les princes qui les lèvent sur les peuples sont excommuniés : en”somme, les principaux magistrats sont représentés anx yeux des sujets comme des impies, des excommuniés et des hommes d’iniquité; et s’il est nécessaire de les contenir par la force, en conscience tout'est permis pour se soustraire à leur sujétion. » Un autre religieux, frà Fulgenzio Manfredi, Mineur, prèchait contre les Jésuites et les Capucins. S’étant rendu à Rome muni d’un sauf-conduit, il fut reçu avec beaucoup de bienveillance et absous; mais, ayant été arrêté à l’improviste par le Saint-Office, on trouva chez lui des livres défendus, des écrits hétérodoxes et une correspondance secrète avec le roi d'Angleterre : il fut pendu et ensuitebrùlé. |

Sarpi avait pour second frà Fulgenzio Micanzio de Passirano, près Brescia : il préchait avec une liberté telle

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Frà Fulgenzio Micanzio.

que le médecin Pierre Asselineau d'Orléans, fixé à Venise et fort mêlé à toutes ces luttes, put dire : « M'est avis « que Dieu a suscité pour l'Italie un autre Mélanchthon « ou un autre Luther*. » Il prêcha la station du caréme de 1609, « avec liberté, vérité et grand concours de peu- « ple etde noblesse, en dépit du nonce et de ses remon- « trances, » ainsi que l’écrivait Duplessis-Mornay.

A chacun des écrits qui, à l’occasion de l’interdit, se publiaient contre Rome, les Protestants jubilaient : Melchior Goldast, Gaspard Waser, Michel Lingelsheim, Pierre Pappo, adressaient des félicitations aux auteurs, les faisaient traduire et répandre. Scaliger lui-même écrivait : « Monsieur Charles Harlay de Dolot m'a dit qu’il avait « porté les livres de Calvin à plusieurs seigneurs de Ve- « nise, où beaucoup de personnes connaissent déjà nos « écrits. » On faisait grand bruit de la prophétie de Luther dans l'exposition du Psaume XI : « L'Évangile sera « reçu à Venise, et les pauvres chrétiens opprimés se* « sustenteront et se nourriront librement, afin que l'É- « glise se multiplie. »

Il suffit d’avoir vécu pendant ces dernières années pour savoir combien les controverses avec Rome ou la haine d’un pape enhardissent et poussent à rompre avec l'Église. Il ne manquait pas à Venise d'hommes auxquels souriait un pareil résultat : tel était Octave Menino de San- Vito, juriste distingué et poëte latin, qui écriviténormément à propos de l’interdit et engageait Casaubon à en faire autant; Antoine Querini auteur de l’Avis pernicieux ; l'érudit Dominique Molino; Alexandre Malipiero, « homme « d'une piété sans enthousiasme et sans superstitions ,

(1) Mémoires de Duplessis-Mornay. X, 292.

= qui avait l'habitude d’accompagner tous les soirs Sarpi, « auquel il portait un amour et une vénération. singu- « lière, sentiments d'ailleurs réciproques entre eux. » Ajoutons don Giovanni Marsilio, jésuite napolitain apostat, qui, réfugié à Venise, continuait à dire la messe, quoique suspendu par le pape. « Hier est mort don Giovanni Mar- « silio, écrivait de Venise le 18 février 1612 frà Paolo. « Les médecins disent qu’il est mort empoisonné; mais, < n’en sachant rien, je n’en dis pas davantage pour le « moment; quelques prêtres se sont à la vérité employés « pour lui faire rétracter ses écrits; il est demeuré «ferme, disant -qu’il avait écrit pour la vérité, et qu’il «:voulait-mourir dans cette foi, Monsieur Asselineau l’a æ visité un grand. nombré de fois; il pourra donner plu- .-« sieurs détails sur sa maladie; quant.à moi, je n’ai «: pu; nije n’ai voulu, pour diverses raisons, aller au fond ai e cette affaire. Je crois que; n'était la raison d'État, « plusieurs quitteraient cette sentine de Rome pour s’é- « Lever sur la hauteur de la Réforme ; mais tel craint une « : Chose, tel en craint. une autre. Dieu ne paraît jouir que «: Re la plus petite partie des pensées .des hommes. Je « Ssais que vous -m'entendez, sans que j'aille plus loin. » ‘© Kes personnages que nous venons de nommer et avec grentatives xx Léonard Donato, ‘les trois Contarini, Nicolas, Pierre et Diodati. Yatques, Léonard Mocenigo et d’autres encore se ren- | contraient chez André Morosini, où ils discutaient le sujet alors : controversé ‘de l'autorité princière et de l’autorité di pape, en ennemis des exagérations de Rome comme

(1) Fa Fuzcenzro. li faut voir, au livre IV de la Littérature vénitienne de Foscarini, combien de nobles vénitiens, outre les moines et les prélits, cultivaient les sciences sacrées et l’histoire ecclésiastique et écrivaiant sur ces matières. L | sn

de la domination espagnole. Tout ce conventicule était soutenu et encouragé par l'ambassadeur d'Angleterre, et par son chapelain le fameux Bedell, qui traduisit de frà Paolo l'histoire de l'Interdit et celle de l'Inquisition ets’efforçait d'introduire la Réforme à Venise. Il continua ses menées même après qué la République se fut raccommodée avec le pape. Le nonce Ubaldini informait, en novembre 1608, le cardinal Borghèse que deux prédicants génevois étaient partis pour Venise, sûrs d’être bien accueillis paï quelques nobles, mais qu'ensuite ils avaient reçu ordre de retourner sur leurs pas.

Jean Diodati, que nous avons dit descendre de réfugiés lucquois, député de l'Église de Genève au Synode de Dordrecht en 1618, et choisi, quoique étranger, pour rédiger les délibérations de cette assemblée, avait fait la traduction de l'Histoire du Concile de Trente de frà Paolo. En l’informant des nouvelles ci-dessus, Bedell ajoutait : Ecclesiæ venelæ reformationem speramws ; il l’exhortait à venir à Venise, où son ambassadeur et frà Paolo l’attendaient avec impatience. Ce fut à cette occasion que Diodati publia sa version italienne de la Bible. Il écrivait : « Je ne suis pas sans espérance d'en faire entrer et cir- « culer quelques exemplaires à Venise, où la superstition « a déjà éprouvé une brèche par laquelle est entrée la « liberté, que Dieu sanctifiera pour le bien de sa vérité, « quand il sera temps. » Et quelques mois après : «J'en ai « déjà expédié quelques exemplaires à Venise et j'espère « en expédier bientôt un nombre plus considérable. D'a- « près le conseil de l'ambassadeur d'Angleterre à Venise, « je fais maintenant imprimer le Nouveau-Testament à « part, dans un petit format très-élégant, pour qu'il aide « aux commencements aventureux que la main de Dieu a

« manifestés. Le moins qu’il en puisse résulter sera.de les

« servir par la plume; car il faudra entreprendre une autre

« chose plus importante et plus éclatante : de beaux pro-

« jets ont été formés, et le temps cst proche de les mettre à

« exécution, comme je l'espère en Notre-Seigneur. »

Duplessis-Mornay, surnommé le pape des Calvinistes français, avait fait le Mystère d'Iniquité, et l’Institution, usage et doctrine du très-saint sacrement de l'Eucharistie dans l'Église ancienne; comment, quand et par quels degrés la messe s'est introduite à sa place (la Rochelle, 1898); ouvrage où les catholiques relevèrent 400 citations fausses, Qui amenèrent la tenue à Fontainebleau le 4 mai 1600 d’une conférence restée célèbre, à la suite de laquelle il fit réimprimer son livre à Saumur avec moins d’inexac- &itudes (1604). Il s'était mis en tête de convertir Venise, et <’est à leflue Diodati rendait compte comment depuis jeux ans il s'y était employé. A l'entendre, il résultait «les lettres écrites de Venise que le pays était renouvelé; on y parlait librement; on remarquait surtout, pour la jiberté de leurs discours, frà Paolo, frà Fulgenzio, Bedell, æu point qu'on se croirait être à Genève; la mauvaise hu- 7 sééfeur contre le pape ne faisait que s’accrottre, et les trois quarts des nobles avaient déjà ouvertles yeux à la vérité. De Liquez, compagnon de Diodati, ajoutait : « Frà « Paolo m’assure que, dans le peuple, il connaît plus de « douze ou quinze mille personnes qui, à la première oc-

« casion, se tourneraient contre l’Église romaine. Ce sont

« ceux qui de père en fils ont hérité de la vraie connais-

« sance de Dieu, ou les restes des anciens Vaudois. Au

« sein de la noblesse, un grand nombre ont connu la

« vérité, mais ne veulent pas être nommés, tant qh’une

« occasion favorable de se déclarer ne se sera pas pré-

«.sentée, Et la preuve, c’est que frà, Paolo, quoique ex- «.communié ', a reçu du sénat ordre de continuer à célé- « brer la messe. » Il ajoute. que les prétres ayant exigé qu'avant. de recevoir, l'absolution, leurs pénitents promissent d'obéir au pape dans le cas d'un nouvel interdit, le gouvernement les a arrêtés «et mis en lieu « où depuis ne s’en. est oui. nouvelles ; tellement que; de- « puis l’ac cord, ils ont plus fait mourir de prêtres et autres « ecclésiastiques qu'ils n'avaient fait, en.cent ans aupa- « rayant. » De; son côté Link, émissaire de l’Électeur palatin, dont ‘on lit la relation dans les Archives historiques du professeur Lebret, parle. de; plus de mille personnes disposées, à embrasser la Réforme, parmi lesquelles trois cents. patriciens distingués; on aurait donc eu trois cents votes dans le grand conseil qui rarement était composé, de plus de six cents membres#$ion ajoutait ceux qui voteraient sous l'influence des premiers, on pouvait facilement. obtenir la majorité, et. conséquemment atteindre l'objet,de leurs désirs,

Avec quelle assurance tout cela est raconté! Or, loin

de trouver une telle résolution dans les procès-verbaux, on n’en trouve pas même Ja proposition. Et comment

cela eût-il été possible? A Venise tout était catholique; son origine, son;patron, ses fètes nationales, ses beauxarts. Les solennités chrétiennes y étaient célébrées. avec éclat; l’Inquisition contre l’hérésie:y.existait de toute antiquité; la politique était entée sur la religion par. suite

(1) Dans, leprécieux, recueil de; documents, vénitiens. d'Emmanue! Cicogna, nous avons vu un placard, qui certainement, avait été affiché 3 une muraille, et qui porte l'excommutication de frà Paolo dans Tes termes-habituels. Le certificat d'affichage est du. 5 janvier

de la croisade continuelle contre les infidèles: presque tout le monde faisait partie des confréries, dans lesquelles souvent l’homme du peuple se trouvait non-seulement 1’6gal, mais.le supérieur du gentilhomme et du sénateur. Qu'on nous dise aussi, si c'était pour un culte à l’agonie qu’on élevait tant d’églises somptueuses. Dans le grand tableau où Paul Véronèse a peint la bataille de Lépante è la salle du Grand Conseil, toute la composition est dominée par l’image de la foi ayec cette légende : « Fides nunquam derelicia fundamentum Reipublicæ. » Là où l'esprit public était intimement identifié au catholicisme, comment un gouvernement éminemment conservateur pouvait-il songer à la plus radicale des révolutions ? IL nous a passé sous les yeux un grand nombre d'actes à propos de l’interdit : dans tous, nous avons rencontré, à côté d’un dépit franchemegg, ayoué, la soumission chrétienne et le désir de la réconciliation. | Diodati lui-même, qui fit le voyage de Venise en 1608, n'ytrouva pas, bien s’en faut, ce qu’il s'était promis : néaymoins il ne perdait pas l'espoir; ces deux moines faisaient des merveilles, .mais le respect pour les religieux était encore trop enraciné (B). Il ajoute que frà Paolo ne vent pas se dévoiler, alléguant que de cette manière il pourrait mieux saper secrètement la doctrine et autorité papale, en quoi il a extrémement profité. Quant à frà Micanzio, sans doute il aurait effectué quelque notable exploit, s'il n'élait continuellement contre-pesé par la lenteur du père Paul. Ailleurs il avoue qu’il « a découvert à fond le « sentiment de frà Paolo, et qu’il ne croit pas qu’une pro- « fession explicite soit nécessaire, puisque Dieu voit le « cœur et la bonne volonté ». L’apostat De Dominis écrivait aussi à Jacques I°° d'Angleterre que Sarpi « n'en-

Serpi arostasinti?

tendait pas parler avec plaisir de l’abaissement excessif de l'Église romaine, quoiqu'il eût horreur de ceux qui en défendaient les abus comme de saintes institutions ».

Mais Sarpi embrassa-t-il la confession protestante? Outre son histoire, ses actions et ses lettres font beaucoup douter de ‘sa foi (C). Nicolas Vignerio ayant publié une dissertation contre Baronius, Philippe Canaye, ambassadeur de France à Venise et ami de frà Paolo, écrivait à M. de Caumartin que la Signoria de Venise s’estimait offensée par cet ouvrage qui rangeait leur gouvernement parmi ceux qui s'étaient séparés de l'Église. Frà Paolo, lui, applaudit, et peut-être coopéra à cet ouvrage de Vignerio et à l'exposition de l’Apocalypse par le mème auteur qui personnifie l’antechrist dans le pape. On croit encore que c’est frà Paolo qui fournit les matériaux du pamphlet anglais d'Édouin Sandis sur l'état de la religion en Occident, au dire duquel il n'y aurait que superstitions et inepties dans la piété des catholiques et surtout des Italiens. Hugues Grotius faisait un grand éloge de ce livre et écrivait à son sujet : Sandis quæ habuit scripsit ipse, sed ea ex colloquiis viri maæimi fratris Pauli didicerat. Item ad quedam capita notas addidit, jam egregias in defæcando lectorum judicio!.

Lorsqu'il était ambassadeur en Suisse, Grotius eut entre les mains et transcrivit pour plusieurs de ses amis ce passage d’une lettre du 42 mai 1609, adressée par Sarpi à Gillot, chanoine de la Sainte Chapelle de Paris, qui écrivit sur le Concile de Trente et sur les libertés gallicanes : Si quam:libertatem in Italia aut retinemus aut usurpamus, totam Franciæ debemus. Vos et dominationi resi-

(1) Ep. 358; p. 865.

VENISE EN INTERDIT. — FRA PAOLO SARPI. 144 stere docuistis et illius arcana patefecistis. Majores nostri pro valiis habebantur olim, cum Germania, Anglia et nobilissima alia regna servirent : ipsique servitutis instrumenta Juere. Postquam, excusso jugo, illa ad libertatem aspirant, dota vis dominationis in nos conversa est. Nos quid hiscere ausi fuissemus contra ea quae majores nostri probaverant, nisi vos subvenissetis? Sed ulinam omnino subsidiis vestris uti possemus*!

Lorsque Priuli, ambassadeur de Venise, quitta la France, un grand nombre de livres hérétiques furent emballés par François Biondi, son secrétaire, qui passa plus tard avec De Dominis en Angleterre où il apostasia. Ce Priuli eut pour successeur comme ambassadeur à Paris cet Antoine Foscarini, qu’une erreur judiciaire conduisit sur l’échafaud, et qui était fort lié avec les Huguenots. Il céda son poste au chevalier Giustiniani, que frà Paolo qualifie de papiste, ajoutant que pour ce motif il convient de se servir de celui de Turin, si on veut faire quelque bien en faveur de la religion *?.

Or le résident à Turin, Grégoire Barbarigo, était tout entier dévoué à frà Paolo qui le regardait « comme une « des âmes les plus tranquilles qu’ait produites non pas « seulement Venise, mais l’Italie ». Barbarigo fut ensuite envoyé en Angleterre où il mourut : on le remplaça par Gussoni, avec qui frà Paolo recommandait à Groslot de ne communiquer « pour les choses de l’Évangile, qu’autant qu’elles auraient quelque connexion avec celles de l’État et du gouvernement ». Et c’est constam-

ment dans cette même balance que frà Paolo pèse les di- ‘vers ambassadeurs. |

(4) Ep. 574.

(2) Lettre du 13 septembre 1611.

Espéqaners Ceux qui se flaltaient de convertir Venise au protestannéforme. tisme durent voir un symptôme favorable dans ses intelligences avec les révoltés des Pays-Bas et dans l'admission de leur ambassadeur*; mais ce n'était là qu’un expédient politique, dicté par la haine pour l'Espagne. Ils espéraient aussi qu'Henri IV, à cause de son inimitié avec la maison d'Autriche, y favoriserait les innovations ; mais, quelles que fussent ses croyances religieuses; le Navarrais, à l'instar de tous les rois de son temps, estimait que le gouvernement a le droit d'intervenir dans les pratiques religieuses de ses sujets; et dans l’édit dé Nantes, dont on lui fait un mérite si considérable, dans cet édit mème il n'accordait pas la liberté de tous les cultes, mais uniquement la liberté du culte calviniste. Contre toute attente, il communiqua à la Signoria de Venise une lettre de Diodati qui exposait clairement à Durand, pasteur à Paris, tout ce qui s'était tramé à Venise; il nommait les principaux de la cité comme donnant la main à tous ces projets, affirmait que sous peu ses travaux et ceux de frà Fulgenzio se-

(1) Duplessis-Mornay, auquel l'ambassadeur de Hollande avait demandé des recommandations, lui écrivait le 3 octobre 1609 : « Pour adresse, je ne vous la puis donner meilleure qu'au vénérable père. Paolo, directeur des meilleures affaires. auquel, avec le zèle de Dieu, vous trouverez une grande prudence conjoincte; mais il faut l'exciter à ce que l'une enfin emporte l'autre. Vous avez aussi le père Fulgenzio, qui n’est que feu; précheur admirable. » Mémoires, 393. Bayle, à l'article Aarsens, rapporte qu'en recevant l'ambassadeur de Mollande, frà Paolo lui dit qu'il avait grand plaisir à voir le représenfant d'une république qui tenait le pape pour étre l'antechrist. Ce fait-fut admis par Pallavicino dans la 1" édition de son Histoire du Concile; mais il disparut des suivantes ; signe qu'il le reconnut faux. Victor Siri dit avoir trouvé dans les archives de France de nombreuses traces de la faveur accordée par Sarpi aux Huguenots, principalement dans les registres du nonce Ubaldini, très-attentif à éventer leurs trames, et qui chercha à se procurer les originaux des lettres pour le convaincre d'hérésie devant le sénat vénitien.

2raient couronnés de succès, et que, si le pape s’obstinait, Venise romprait définitivement avec l’Église catholique, rupture déjà désirée par le doge et par quelques sénateurs. Cette dénonciation directe (D.) force la Signoria à veiller et à prendre des mesures. Les Papalins ont le dessus ; Sarpi se décourage et gémit. « C’est à ne pas croire x tout le mal que cette lettre a fait. Si la guerre écla- « tait en Italie’, ce serait un grand bonheur pour la re- « ligion; aussi le pape lacraint-il; l’Inquisition disparaîtra « etl’Evangile se répandra’. » Il se plaint que les occasions « en soient perdues, voire mème mortes et ensevelies. « Dieu seul peut les ressusciter; s’il lui plat ainsi, j'ai des « matériaux accumulés et tout prêts suivant les besoins ?. » Gomme tous les brouillons, frà Paolo désirait donc la guerre et faisait appel aux étrangers, tantôt à Henri « de qui seul nous pouvait venir le salut »; tantôt à Sully, tantôt «u roi d'Angleterre, tantôt à d’autres ennemis de l'Espagne. HI déplore que le pape procède avec douceur, ce qui in- «line les hommes politiques vers la paix, alors surtout que Les Turcs menagaient; et « je ne vois d'autre moyen pour « conserver et maintenir le peu qui reste que dans l’ar- «x rivée de nombreux agents des princes réformés et « surtout des Grisons qui célébreraient les offices en ita- « lien *. Il est impossible de vaincre l'Espagne autrement

(1) Lettre XLIV, à M. de L'Isle.

(2) Lettre LX au même. Voir aussi les Mémoires de Mornay, X, 386, 390, 443, 456, 546; et Le Courayer, dans la vie de frà Paolo, qui précède sa traduction del’Histoire du Concile de Trente, page 66.

(3) Lettre LI, 12 octobre 1610. Quelques jours avant l’assassinat de Henri IV, Sarpi écrivait: Nulli dubium quin, sicut Ecclesia verbo formata est, ita verbo rite reformetur. Attamen, sicut magni morbi per contrarios curantur, sic in bello spes, nam extremorum morborum extrema remedia. Hoc mihi crede e propinquo res videnti. Non aliunde nostra salus provenire potest. OEuvres de frà Paolo, VI, 79. Dans la

Venise

se réconcilie avec Rome.

« qu'en invoquant contre elle des motifs de religion, et « ces motifs ne se présenteront qu'en introduisant les « Réformés en Italie. Si le roi de France savait faire, ce « serait facile à Turin et ici. La République négocie une « ligue avec les Grisons; de cette manière, on pourrait « faire quelque chose, si l'on demandait le libre exercice « de la religion à Venise ‘. » Mornay lui reprochait son découragement, ajoutant qu'en marchant de ce pas boiteux, il mourrait-avant de voir son œuvre accomplie (E).

Dans cet état de choses et avec de pareilles dispositions d’esprit, la querelle avec le pape pouvait s’envenimer. Les Protestants en jubilaient, et Casaubon seréjouissait d'avoir été invité par l’ambassadeur Priuli à visiter Venise, où il connaîtrait magnum Paulum, quem Deus necessario tempore ad magnum opus fortissimum athletam excitasset ; il invitait Joseph Scaliger et Scipion Gentile à se réjouir qu'il se fût élevé au milieu de Venise un si vaillant adversaire des sophistes, pour mettre à nu les paralogismes avec lesquels ils trompent le monde (F.). Mais les hommes positifs voyaient autrement; et le grand Sully, tout

Lettre LI, déplorant la mort de Sully, il dit qu'il l’aimait « à cause de son ferme attachement à sa religion ». Au sujet de Jacques 1°, il écrit : « Si le roi d'Angleterre n'était pas docteur, on pourrait espérer quelque bien, et ce serait un bon commencement. » Lettre LAXXVIIIL

(1) Lettre LKXXVIII, 29 mars 1612, adressée à Groslot. Voir sur tout cela, Storia arcana della vita di frà Paolo Sarpi, scritta da M. Giusto FONTANINI, e documenti relativi. Venise, 1803. C'est une œuvre posthume que l'éditeur, l’archiprétre Ferrario, annonce ainsi: « Qui que tu sois, lecteur, qui entreprends de lire ce livre , il me suffit que tu aies l'amour et le zèle de la religion, que tu sois fidèle et dévoué aux gouvernements. Si tu es bon catholique et bon citoyen, le livre te plaira : il fait tomber un grand masque, il dévoile un grand imposteur, il fait connaître un impie forcené, etc. » Ce ton caractérise assez la pièce.

VENISE EN INTERDIT, —= FRA PAOLO SARPI. 145 huguenot qu'il était, déplorait que Sarpi travaillit à amoindrir l’autorité du pape chez les Vénitiens qui, au premier signe donné par eux de leur volonté d’apostasier, auraient vu accourir à leur secours les Turcs, leg Grecs, les Évangéliques, les Protestants de tous les payé" rallumant un incendie pareil à celui du temps de Léon X et de Clément VII. En conséquence, il se concertait avec les cardinaux de Joyeuse et de Perrone pour empêcher de tels germes de se développer en Italie, et pour remettre Venise d'accord avec le pape.

Un pareil danger alarmait les âmes pieuses?. Bellarmin laissa de côté les controverses avec les hérétiques pour réfuter les libelles des sepé théologiens vénitiens. Outre les arguments mis au service de l’autorité papale par lui et par Baronius (G.), Rome avait une armée dont elle menacait Venise, à telles enseignes que l’empereur, les rois d'Espagne et de France, les ducs de Savoie et de Florence durent s’interposer pour rétablir la paix. En avril 1609, un nonce du pape fut envoyé avec les instructions les plus modérées : on abrogea tous les actes ayant lésé quelque intérêt; on rétablit sans bruit tous les religieux, les Jésuites exceptés; Venise ne fut obligée à aucun acte d’humiliation, à aucune espèce de rétractation, à la seule condition d’user de tempéraments. Le doge Léonard Donato annonçait à tous les ecclésiastiques que « avec la grâce de Dieu on a trouvé un « moyen par lequel Sa Sainteté a pu s'assurer de la sin-

(1) Mémoires de Sully, tome III, page 27.

(2) « Tout Rome parlait de l'interdit et de la protestation des Vénitiens, auxquels on donnait tort... Le cardinal Valier en est mort, à ce que l’on dit, decrève-cœur, en quelques heures. » Espozisione di Roma,

aux archives des Frari.

146 DISCOURS Ill,

« cérité de notre âme, de la droiture de nos aétions, et « de la vénération que nous n’avons; cessé de professer « pour le Saint-Siége, en. faisant disparaître la cause des «désaccords présents : nous avons toujours, désiré et « tâché de procurer la bonne intelligence et l'union avec « le Saint-Siége dont nous sommes les fils dévoués et très « soumis; aussi sommes-nous heureux d’avoir vu se réa- « liser cet équitable. désir». Il rétractait en conséquence la protestation qu'il avait faite contre l’interdit. Les deux prisonniers, Saraceno et l'abbé de Nervèse, furent remis à l'ambassadeur de France, le cardinal de Joyeuse, qui avait reçu la mission de s'interposer et qui assurait qu'Henri IV lui avait toujours écrit de conseiller aux Vénitiens dei se tenir bien avec le pape (H.).

Le pape à son tour reçut courtoisement l'ambassadeur Contarino, lui disant « que de la bonne intelligence entre « le Saint-Siége et la République dépend la conservation « de la liberté en Italie; qu’il ne:voulait pas se souvenir « du passé, mais nova sint omnia et vetera recedant » (1).

IL n’aurait pas été dans l'ordre naturel qu'à l'irritation violente eût suecédé tout à coup la cordialité. Venise, quoiqu'on pùt lui dire dans le sens contraire, savait quelle était la vaincue; le pape ne pouvait oublier Ja manière dont. on lui-avait résisté : toutefois on fit abnégation des: susceptibilités de l'amour-propre,.ce qui aplanit toutes les difficultés, Le roi théologastre, Jacques. [+ d'Angleterre, venait de publier. dans le, sens hérétique l'Apologia pro juramento fidelitatis, qu'il adressa à toutes les cours : celles d’Espagne et de Savoie refusèrent de la recevoir; le duc de Toscane la. fit brûler; les Vénitiens, eux, décidèrent qu’elle leur serait présentée par l'ambassadeur en plein Sénat, et que le doge; la re-

cevrait comme un témoignage de la bienveillance royale, puis qu’on la remettrait à l’archichancelier à l’effet de la faire enfermer sous clef. Le nonce apostolique Gessi présenta au Sénat la censure prononcée contre ce livre, et demanda qu'il fût prohibé; le Sénat lui exposa ce qui avait été fait, et donna verbalement au chef de l'imprimerie l'ordre de ne pas le vendre. L’ambassadeur d’Angleterre en fut si fort choqué, qu'il fallut dépécher tout exprès François Contarini en Angleterre, qui s’en expliqua de manière à obtenir pour la prudence des Vénitiens les éloges du monarque :anglais!.

Avec l’apaisement de cette querelle, les espérances d'apostasie s’évanouirent. Frà Paolo se modéra, tout en ne changeant pas de sentiments. Il continua à être l'ennemi à outrance des Jésuites : il n’est sorte de mal qu’il ne dise d’eux en toute occasion; il ne négligea rien pour les faire exclure d’abord, et pour empêcher leur rentrée sur le territoire de la République; il se procurait avec un soin jaloux tous les livres publiés contre eux. « Il n’est pas « d'entreprise plus importante (écrivait-il) que de ruiner « le crédit des Jésuites. Eux vaincus, Rome est prise; sans « eux, la religion se réforme d'elle-même. » « Il est cer-

- (1) Monosini, Histoire, Liv. XVIII, page 699. En 1657 fut légalement reconnue une communauté -évangélique de la confession d’Augsbourg, exempte de la juridiction du Saint-Office avec des droits qui durèrent autant que la République, et furent confirmés par les gouvernements successifs. Elle eut sa première chapelle dans le bazar des juifs : après 1812, elle exerça librement son culte dans le local qui avait été l'école dé l’Ange Gardien aux Saints Apôtres. C'est là qu'est établi l'érdre presbytéral. Le prédicateur ou pasteur, qui relève du consistoire de Vienne, est élu à la majorité des voix ; on élit de la même manière les anciens qui président à l’administration de l'Église, du culte et des aumònes. Il est pourvu aux dépenses par un impôt sur les chefs de famille.

Caractère

de frà Paolo son esprit anti-ecclé.

siastique.

« tain (ajoute-til) qu'ils absoudraient le diable lui- « mème de tous ses méfaits, s'il voulait se mettre « avec eux; ils se vantent de devenir. bientôt aussi in- « fluents à Constantinople qu'en Flandre *. » Il écrivait encore à M. de l'Isle : « J'ai toujours admiré la « politique des Jésuites, surtout ‘en ce qui concerne le « secret. N'est-ce pas étonnant que, leurs institutions « étant imprimées, on ne puisse pas en avoir un seul « exemplaire? Jè'ne parle pas des règles imprimées à « Lyon; ce sont des balivernes , mais de leurs lois de « gouvernement, qu'ils tiennent si secrètes. On exelut, et « il sort chaque jour de leur compagnie de nombreux « mécontents, sans que par aucun on soit arrivé à décou- « vrir leurs artifices. Il n'y a pas au monde une réunion « de personnes qui tendent en si grand nombre vers un « même but, qui soient conduites avec autant d'habileté « et déploient à l’action autant de zèle, autant d'aue dace.»

Le bon sens, s'il n'avait été aveuglé par la passion, aurait dû conclure que ces règles secrètes n'existaient pas; toutefois le vulgaire voulait qu'elles existassent. Mais, quoiqu’on les ait fait imprimer sous le nom de Monita secreta, Vacharnement de la haine n’enlevait pas à Sarpi la lumière de la raison jusqu’au point de lui faire méconnaître l'absurdité de ce libelle. « Je l'ai parcouru, et il m'a paru con- « tenir des choses si exorbitantes, que j'en suis encoreà « douter de son authenticité ; les hommes sont bien scélé- « rats, certes, mais je ne puis admettre:que tous ces cri- « mes aient été tolérés dans: le monde. A coup sûr, en « Italie, nous n'avons pas idée de ces choses; peut-être

(1) Lettre LXV, 5 juillet 1641, et LV, XI et XII à M. de l'Isle.

« ailleurs est-on plus méchant; mais ce serait à la honte « de la nation italienne, qui ne le cède à aucune autre. » Il fallait toute la dégradation de la raison humaine pour que ce pamphlet fût accepté par nos contemporains, réimprimé par eux, et servi en pâture à l'Italie qui a perdu l'habitude de penser *.

Ceux donc pour qui l'Église et les Jésuites sont’ tout un ne peuvent voir dans frà Paolo qu'un tison d’enfer; mais on peut encore voir en lui le patriote exalté, ennemi de l'Espagne et par”conséquent des Jésuites, qu'il croyait incarnés à cette puissance, tandis qu’il avait bonne opinion des Protestants, parce que dans les guerres d’alors ils contre-balançaient la maison d'Autriche. A l'égard de la Cour de Rome, qu’en toute occasion il faut bien distinguer de l'Église, frà Paolo professait une hostilité envenimée par l’amour-propre. Toujours d’une extrême violence à l'endroit de ses prétentions (J), il applaudissait aux libertés gallicanes, « et si nous avons, ou si nous reven- « diquons en Italie un brin de liberté, toute la gloire

(1) On suppose que les :Monita. secreta ont été écrits par Scioppius ; mais ilest plus probable qu'ils sont de Jérôme Zaorowski, Polonais, expulsé de la Société en 1611; ils sont certainement antérieurs à l'année 1613, époque à laquelle le père Jacques Gretzer en publia une réfutation. Le satirique Scotti, dans la Monarchia Solipsorum, qui est le libelle le plus outrageant écrit contre les Jésuites, ne mentionne pas les Monita secreta : et pourtant, au chapitre X, iltraite des Leges Solipsorum, et il dit que ces lois in quinquagena volumina ingentia excreere, abitura in infinita, nisi moderalio interest. Continent autem varia decreta, tum ad universam monarchiam spectantia , lum monarcharum (c'està-dire les prévôts généraux) singularia rescripta, admirandarum plena industriarum et praceptionum circa singula genera rerum, snumerum personarum, et que sub generibus sunt singularum. Les points fondamentaux sont ceux-ci : 1° il faut vénérer le prévòt général plus que toute autre personne; 2° il faut s’efforcer de lui soumettre l’univers entier.

« enestà la France: c'est vous, Français, qui nous avezap- « pris à résister à une puissance sans frein..., à conquérir « ce grand point que le pouvoir souverain d'établir la disci- « pline ecclésiastique réside dans le prince... et à fixer à « l'Église des règles pour le bon usage de son autorité”. » Celale menait droit à l’absolutisme ; il avance en effet que « si le prince se laisse enlever quelque chose, il faut à l'ins- « tarft même le dépouillerde son autorité. » Il combat Bel- Jarmin et Baronius, plaisante sur les miracles, tandis qu'il applaudit les Huguenots. L'existence de Rome lui paraît « tenir à un fil très-mince, c’est-à-dire à la paix de I « talie... Croyez moi, une fois la guerre en Italie, que le « pape vainque ou qu'il soit vaincu, peu importe, la « chose est jugée (K). »

Mais de là à l’apostasie, il y a encore une grande distance. La réforme qu'il désirait consistait dansla discipline plus que dans les dogmes, car est-il probable qu'il ait jamais osé espérer dé provoquer pour les dogmes l’aversion d'un gouvernément si ‘positif et si ennemi des’ changements? Juriste dans le sens antique du mot, point paradoxal comme Calvin, point subtil comme Socin, il'ne pouvait devenir hérésiarque; car il considérait la religion comme inviolable dans son essence, pourvu qu’elle n’ait aucune part au gouvernement de l’État. Ses détracteurs (L) et ses panégyristes (M) se trompent donc également, et les uns et les autres sont nombreux. Au lieu de voir en lui un luthérien ou un calviniste, nous pourrions le qualifier de rationaliste, car c'est sa propre raison plus que toute autorité qu'il adore, sa raison lancée à la poursuite de la

(1) Voir la Lettre LXIX de l'édition Lemonnier ; mais elle ne nous paraît pas authentique.

vérité, mais obstinée à ne pas la voir là où elle se trouve. On ne peut rien enlever de leur valeur aux fragments de correspondance que nous avons cités, à moins qu’on ne veuille les expliquer par les circonstances politiques, par sa faiblesse qui lui faisait caresser les opinions de ses adulateurs, comme lorsqu'il appelait l’Église meretriæ, bestia babylonica, et lui appliquait d’autres epr thètes de ce genre.

Il faut avouer toutefois qu’il lui porta de terribles coups, des coups homicides, avec son Histoire du.Concile de Trente. Dès son enfance, il dut entendre parler, par ceux qui y avaient pris part, de ce fait capital dans l’Église. À Mantoue, il vécut dans l'intimité de Camille Olivo, secrétaire du cardinal Gonzague, un des présidents du synode; à Venise, il fut le familier des ambassadeurs

des princes. Or, comme il lui parut que les histoires déjà imprimées, jusqu’à celle de Jean Sleidan, par lui préférée à toutes, ne-faisaient pas suffisamment comnaître l’ Iliade cle notre siècle, il se propose de racqmter « les causes et les intrigues d’une réunion ecclésiastique qui, pendant vingt-deux ans, pour divers motifs et par divers moyens, désirée et avancée par les uns, empêchée et différée par les autres, dans l’espace de dix-huit ans, tantôt réunie et tantôt dissoute, a toujours été célébrée

et avec des résultats tout contraires à ta fois aux desseins de ceux qui l'avaient convoquée, et aux craintes « de ceux qui avaient tout fait pour la troubler; exemple «x qui, ramenant nos pensées vers Dieu, doit nous mettre en <« défiance contre la prudence humaine. En effet, désiré et « assemblé par des hommes pieux pour réunir l'Église qui <« commençait à se diviser, ce Concile a si bien affermi

AAARRARA

pour des fins différentes, s’est achevée sous une forme

« le schisme et si fort aigri les partis, que ceux-ci sont « désormais irréconciliables. Instrument de réforme « pour la discipline ecclésiastique entre les mains des « princes, il a causé les plus grands désordres qui se « soient vus depuis qu'existe le nom chrétien; objet « d'espoir pour les évêques, qui pensaient reconquérir « ainsi l'autorité épiscopale passée en grande partie dans « les mains du pontife romain, il leur a fait perdre le peu « qui leur enrestait, et les a réduits à une plus dure « servitude. Au contraire, craint et redouté par la Cour de < Rome qui croyait y voir un moyen efficace de mettre « un frein à sa puissance exorbitante, parvenue: peu à « peu, d’humble qu'elle était en principe, à un excès « illimité, il l'a tellement raffermie sur: la partie du « monde qui lui est restée soumise, que jamais elle n'a « été aussi profondément enracinée. »

Sarpi travailla à son ouvrage avec une patiente application. Comme: cela se. pratiquait alors, il maraudait à son aisechezles historiens qui l'avaient précédé, Paul Jove, Guichardin, De Thou, Adriani : souvent aussi il ne fait quetraduire Sleidan, très-hostile à Rome; cependant il les compléta par quelques documents.et à l'aide des relations des légats vénitiens ; il releva les faits par des observations personnelles; mais; ne voyant que le côté extérieurdes choses, il parodie l’histoire de la plus auguste assemblée qu'on ait jamais vue. Il veut réduire aux proporlions d’une intrigue la décision de choses supérieures, et la faire dépendre d'une manœuvre, d'un rhume, d’un bon mot, d’un discours éloquent, d'une fournée de cardinaux, de la prononciation étrange de certains prélats, de l'habileté des présidents à étouffer les questions ou à les renvoyer, tout comme cela arriverait dans un parlement moderne,

eu lieu de faire remonter cette décision au Saint-Esprit, mi, suivant une de ses expressions sacriléges, « voyagedità .

—n valise de Rome à Trente. » ’

Il n’adopta pas plus un symbole protestant dans son ouvrage que dane: sa - vie : cependant il s’éloigne du dognié catholique, en voulant l'interprétation personnelle des saintes Écritures, en rejetant les livres deutérocanoniques, en dépréciant la Vulgate, en séparant l’exégèse de la doctrine patristique. Relativement au péché originel, à la grâce, à la justification et autres dogmes, il copie à la lettre le protestant Martin Chemnitz, un des théologiens les plus acharnés contre le Concile.

Non-seulement les polémistes, mais encore les annotateurs les ‘plus bienveillants appartenant à son école, l'ont convairicu d’erreurs grossières, sans. parler de cette fiction systématique de longs discours qui n’ont jamais été prononcés, ou l'ont été par des personnes toutes différentes de celles dans la bouche desquelles il les place. Ce procédé de rhétoricien, déplacé dans les his-

loires profanes, est quelque chose d’inqualifiable dans une discussion sur des points de foi. Or, un des nomde frà Paolo, c’est précisément de ne rien lui, mais de faire dire par d’autres ce qui Serait Une hérésie manifeste, ou de l’exposer comme une doctrine qui n’est ni approuvée ni condamnée, ou bien encore de la réfuter par des raisonnements qui ne font que l’établir davantage.

Parmi tant de diatribes violentes, il conservait un Calme apparent, comme s’il n’eût fait que rapporter des faits, citer des documents : avec ses airs d’impartialité, il captivait les simples, masquait son ignorance et ses Gontradictions, pendant qu'il disposait tout, non pas pour

éclaircir la vérité, mais pour produire de l'effet, allant jusqu'à altérer les documents pour les faire servir à son opposition systématique et aux intérêts politiques de son pays.

A combien de subtilités n’a-t-il pas recours pour interpréter les intentions, et c’est toujours d’une manière défavorable , toutes les fois qu'il s’agit. des Catholiques ! Brùle-t-on en France les Protestants? « Il prend en pitié « ces infortunés qui n'étaient ‘coupables d'aucan autre « crime que de celui du zèle de la gloire de Dieu et dusalut « de leur âme. » (liv. V.) Vient-il à parler de l'Index? lì conclut par ces mots: « On n’a jamais trouvé de plus « beau secret pour faire servir la religion à rendre les « hommes fous » (liv. VI), et pour agrandir l'autorité de la cour romaine en les privant de l'instruction, avec laquelle ils se défendraient contre les usurpations. Il ramène toujours le dogme et la discipline à l'Église primitive, dans laquelle seule il veut reconnaître le vrai christianisme, condamnant comme des intrusions humaines toutes les institutions dont la vitalité est la source perpétuelle. 11 veut donc, comme aux premiers siècles, que l’Église soit soumise à la direction territoriale, quoiqu'à cette époque les rapports de l'Église avec. l'État, soit juif, soit païen, différassent absolument de ce qu'ils sont devenus par suite de son complet développement. Aussi ne considère-t-il ni en historien ni en-ecclésiastique la hiérarchie, la juridiction spirituelle, la primauté du pape, la scolastique, le monachisme, etc., etc. La hiérarchie n’a été consolidée que. par l'ambition des. Papes, par l'ignorance et la faiblesse des Princes : encore n’a-t-elle valu aux peuples qu'oppression et tyrannie; au lieu de favoriser, pendant le Moyen-

ge, la science, l’art et l'humanité, le clergé ne se servait “Que pour son avantage des colléges et des écoles. En come battant avec opiniâtreté les prétentions de la Cour de Rome, il ne s’apergut pas que leur renouvellement était l'expression - dé. la restauration religieuse commencée. | Marc-Antoine de Dominis, qu’à cause de sa naissance en De Dominis : Dalmatie alors possesssion de Venise nous comptons de Republica . . . . . Christiana.

parmi les Italiens au méme titre que Vergerio, étudia à Lorette au collége des Illyriens, puis à Padoue. A vingt ans il entra chez les Jésuites de Vérone, professa la rhétori- - que et la philosophie à Brescia, les mathématiques à Pa- ‘* doue; mais, repris plusieurs fois pour son insubordination et son orgueil, il quitta la Compagnie. Sur la proposition de Rodolphe. I, Clément VIII lenomma évêque de Segna en Dalmatie (4596) ; Paul V, en le transférant à l’archevèché de Spalatro, fit de lui le primat de la Dalmatie et de la Croatie. Soit qu’il ne se crût pas suffisamment vénéré de ses suffragants, soit qu’il fàt querelleur par nature, irait mécontent, et prétendaitramener le clergé à la simpficité. des apôtres. Il écrivit contre Paul. V pour la défense des Vénitiens:: ayant: exprimé ‘dans cet écrit: des opinions hétéredbkes, ‘il renonca à l’épiscopat, passa en Vénétie, de là chez les Grisons, puis à Heidelberg, et enfin à Londres, où Jacques 1°" lui conféra deriches bénéfices et le créa doyen de Windsor. H affichait la prétention de travailler à concilier entre elles les diverses sectes chrétiennes; mais, enréalité, ilcherchait la liberté des éludes etdescroyances. C’esten Angleterre qu'il compil&ses deux volumes de Republica Christiana. La République ecclésiastique comprend la monarchie du Pontife, l’aristocratie des évêques, la démocratie de tous les fidèles, dopt chacun, s’il le mérite,

peut devenir évêque‘. Les hétérodoxes ont ‘altéré cette doctrine, et un des plus audacieux a 6té De Dominis; qui dans l'Église romaine admet une primauté d’honneur et non de juridiction. D'après lui, tous les évêques ont une égale plénitude d'autorité et de juridiction; mais ni le pape ni les évêques n’ont le pouvoir explicite sans l’universalité des fidèles : démocratie tellement exagérée, que, pour constituer un concile, il faudrait la présence de tous les croyants.

Selon lui, les apôtres ‘furent égaux: Pierre n’était pas leur prince; il ne leur a été conféré que le premier ministère de la foi chrétienne pour propager l’Évangile comme ministres et non comme puissance; pendant la vie du Christ, l'Église n’exista pas, et il n’en a jamais eu l'administration, parce qu'il n'était que le chef de l'Église invisible: les apôtres n’ont eu aucun pouvoir,'ils n’ont exercé qu’un ministère; Pierre a reçu les clés, non pas proprement et formellement, mais ‘en parabole, ce quidfait qu'il est la figure de l'Église; les apôtres seuls sont les pasteurs du Christ, et non des agneaux; Pierre seul s'est chargé de paître les brebis israélites;mquiconque avait été fait évêque par les apôtres acquérait aussitôt la même puissance apostolique nniverselle dans l'Église ; les métropolitains, les primats, les patriarches ne sont pas de droit divin, et la suprématie des Églises d’Alexandrie, d’Antioche , de Rome, vient uniquement de l’importance de ces villes.

L'Église romaine n'est la tête que d’un petit nombre d’églises, et les! autres ne«doivent pas jen appeler è elle;

(1) Cest la définition de Bellarmin de Romano Pontifice, 1,3. Voir T. II, note 1, Dise. XIII p. 628.

VENISE EN INTERDIT. — FRA PAOLO SARPI. 157 les cardinaux n’ont aucune espèce de prérogative sur personne; le Pape n'est pas le suecesseur, de Pierre. Il y a une différence essentielle entre les évêques et les prêtres : tout évêque est « monarque dans son diocèse », et sa puissance, de la même nature que celle des apôtres, ne dépend pas du Pape, mais est égale à la sienne; ils peuvent aller d’une église à l’autre, et ne sont, de droit divin, attachés à aucune; ni le Pape ni les évêques n’ont l'esprit, c'est-àdire le pouvoir explicite, sansd'universalité des fidèles !. Les peuples ont un droit intrinsèque dans l'élection des évèques, et ceux-ci ont le droit d'élire leurs successeurs. Dieu n’a voulu engager son concours direct pour aucun sacrement; l'Ordre n’est pas .un véritable sacrement et l'Église ne peut y attacher le vœu de continence. L’institution des moinesne répond à aucun besoin public, et leur état n’est pas distinct de celui des laïques. °

De nombreux écrivains réfutèrent De Dominis, entre autres Dominique Gravina, Dominicain; Philippe Fabro, Mineur; Zacharie Boverio, Capucin; Dominique Veneto, évêque de Verceil *. La Sorbonne d'abord, et l'Inquisition romaine ensuite, condamnèrent ses éerits.

Soit repentir, soit inconstance naturelle, De Dominis monte un jour en ehaire et rétracte; puis il fit imprimer sa rétractation, avouant qu'il avait été poussé par des colères et des rivalités; il en perdit entièrement son crédit. Il adressa aux évêques catholiques sa défense et une

(1) De Republica Ecclesiastica, L. I, c. vin, n. 13,et c. x, p. 42; lib. II, c. 19°, n° 9.

(2)Nous mentionnerons pour la bizarrerie du titre DamtsL Lomerus, Sorez primus, oras chartarum primi libri de Republica Ecclesiastica archiepiscopi Spalatensis corrodens, Leonardus Marius Coloniensis, in muscipula capius.

Il édite enAngleter

l'œuvre de frà Paolo.

déclaration * dans laquelle il reconnaît n'avoir vu parmi les Protestants au lieu de réforme que des abominations; lesremords et l'horreur du crime, dit-il, sont rares là où a été abolie la confession; les Catholiques sont peu pacifiques et pécheurs, mais ils conservent au moins le fondement unique que les Protestants ont perdu, c'est-àdire, Jésus-Christ et l'Église une. Il écrivit à Grégoire XV, qui avait été son élève: « J'ai erré comme une brebis « égarée; très-saint père eherchez-moi, puisque je n'ai pas « oublié les commandements de Dieu et de l'Église. » Il rentra en Italie, et abjura devant le consistoire des cardinaux pour recouvrer son évêché. Mais le nouveau Pape Urbain VIII, ayant acquis la certitude qu'il entretenait des correspondances avec des personnes suspectes, et que son repentir n'était pas sincère, le fit enfermer comme inconstant et relaps au Châtean Saint-Ange, où il mourut le 8 octobre 1695, à l’âge de 77 ans. Comme son procès n'était pas; terminé, ses dépouilles furent déposées en terre sainte; mais sa correspondance ayant parfaitement prouvé qu'il avait des intelligences avec les hérétiques anglais et allemands, et qu'il soutenaitune hérésie d’origine trèsancienne et très-lenace, à savoir que l’on peut se sauver dans toutes les sectes chrétiennes, son cadavre fut bràlé avec son livre de Republica Christiana (N). . Pendant son séjour en Angleterre, De Dominis fit imprimer l’œuvre de frà Paolo Sarpi, sous le titre de : Histoire du Concile de Trente, de Pierre Soave Polano, dans la-

(1) M. A. De Dominis archiepis. Spalatensis, sui reditus ex Anglia consilium exponit. Cet écrit a été publié plus tard par le père Zaccaria dans le recueil des rétractations sous le titre de Tasorimi EvPisTint, De doctis catholicis viris qui cl. Justino Febronio tn scriptis suis retractandis ab anno 1580 laudabili exemplo preiverunt. Rome, 1791.

equelle an découvre les artifices de la Cour de Rome pour emæécher que la vérité des dogmes fut établie et la réforme de da papauté et de l'Église mise en question. « Ill'avait dédiée « à Jacques [°", roi de la Grande-Bretagne, enlui disant que, « lorsqu'il avait quitté l'Italie pour se réfugier sous l’au- « guste manteau de sa clémence, » il avait recueilli &verses compositions des esprits les plus élevés de ce noble pays, et qui pourraient lui être agréables en sa qualité de défenseur de la véritable foi c@tholique. « Il ne manque « pas enItalie (ajoute-t-il) d’esprits vifs, libres en Dieu, et « ayant secoué avec courage le joug de leur misérable ser-

« vitude; leur regard netet limpide aperçoit parfaitement « lesobstacles par lesquels on embarrasse les choses saintes

« dela religion; ilsn’apercoivent que troples fraudes et les

« ruses par lesquelles, pour maintenir sa grandeur tem-

« porelle, la Cour de Rome opprime la vraie @sctrine

« chrétienne, dorme comme articles de foi des faussetés

« et des mensonges, et se sert pour opprimer l'Église,

« pour la fouler aux pieds comme une esclave, des armes

« qui n’ont été données à celte même Église que pour «. servir à sa défense et combattre les hérésies et les abus. » Il continue en exprimant son étonnement qu’une pareille histoire du Goncile « soit sortie.des mains d’une personne « née tt élevée dans l’obéissance du pontife romain ». Il ‘Loue de son érudition, de: son jugement, de la rectitude de ses intentions, l’auteur qui, « tout en s’indignant « des insultes ..et des. avanies infligées à l’Église ro- « maine, détestait ceux qui défendaient ses abus comme æ de saintes institutions. + Il compare ce livre à un Moïse Sauvé des eaux, auxquelles l’auteur le vouait par égard pour . La papauté; ce Moïse aiderait les peuples à se délivrer de Pharaon qui «avec les chaînesforgées par le Conciledéréglé

« ettrompeur, les tient dans une cruelle servitude. » Puis, mentant effrontément, il raconte les mesures qu'auraient prises les papes pour détruire ou dissimuler tous les documents relatifs au Concile.

Soit sincérité, soit plutôt fourberie pour se garer d'une mauvaise affaire, frà Paolo Sarpi se montre affligé de-cette publication, et frà Fulgenzio s’en plaignait ences termes à De Dominis (de Venise, 41 novembre 4619):

« Très-révérend seigrieur. Je donne ce titre à votre « révérendissime seigneurie, parce que, tout en vous « rangeant au nombre des Protestants, votre âme a conservé le caractère sacerdotal et jépiscopal, dont vous ne pourrez jamais vous dépouiller. Mon père Paul se plaint beaucoup de la liberté que vous avez prise detirer une copie deson manuscrit de l'Histoire du Concile*de Trente, qu'il gardait avec tant de jalousie et qu'il vous avait prètée seulement pour lire. Vous avez abusé de son obligeance, non-seulement en la faisant imprimer sans sa permission, mais en lui donnant ce titre très-impropre, et en la faisant précéder de cettedédicace terrible et scandaleuse, etcela dansun motifd'intérèt, etnon point pourlagloire de son modeste auteur. Ce n’est pas là le moyen de se rendre recommandable; et certes, ni mon père Paul, ni moi, nous ne l'aurions cru ; pas meme, lorsque nous avons appris votre désertion de l'Église. de Spalatro, pas même lorsque nous avons lu cette apologie scandaleuse que vous avez « fait répandre dans toute l'Europe, de votre conduite et « de vos erreurs. Priant le Seigneur de vous éclairer, je « me déclare, etc. »

Nous laissons le lecteur juge du ton de cette lettre : ce qu’ily a de certain, c'est que l’autographe de cette his-

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