AMIS SERRES
« ducteurs s’affublant du nom de théologiens; vous ne « devrez pas éprouver de difficulté pour obtenir qu’ils « soient remis au Saint-Office, abandonnés par la Répu- « blique, et privés des revenus qu'on leur a constitués au « grand scandale du monde entier. »
L'année qui suivit la publication de l’Hisfoire du Concile de Trente, on envoyait à Venise réconciliée "un nonce apostolique, dans les instructions duquel nous lisons (4° janvier 162) : « Il sera possible, paraît-il, de soumettre à « la Sainte-Inquisition la personne du Servite frà Paolo que « Votre Seigneurie connaît parfaitement. Je ne vous par- « lerai pas de tout le mal qu'il fait, ni des doctrines per- « verses qu'il répand, ni des conseils pernicieux qu'il « donne, conseils d’autant plus coupables et méchants, qu'il « les couvre du manteau de son hypocrisie et des fausses « apparences de sa bonté mal jugée; mais vous savez à « quoi vous en tenir. Cependant je vous dirai brièvement
- « que notre saint-père n’a pas négligé d'en dire ce qu'il
« fallait aux ambassadeurs, qui, sur ce sujet comme « sur celui du Saint-Office, ont détourné la question, et « rendu vaines les exhortations paternelles de Sa Sainteté « (0), non pas en résistant, mais en niant le mal. Quant à < frà Paolo, ils ont néanmoins répondu qu'il n'avait pas « leur estime, qu’il ne jouissait d’aucune espèce de crédit « auprès de la République, mais qu'il vivait à Venise dans « la retraite, et ne donnait aucune prise au soupçon et à « la jalousie; or on sait publiquement tout le contraire. « Votre Seigneurie pourra toutefois observer de près ses « démarches, et m'en faire la relation la plus vraie qu’il « sera possible; Sa Sainteté verra alors à continuer ses
. « instances ou à recourir à tout autre remède. Votre Sei-
« gneurie pourra nous faire plus tard les propositions qui
« offrent le plus de chances de succès, au moins pour « arriver à lui faire quitter Venise, et à le faire retirer dans «un endroit où il vivrait sans bruit, après s'être ré- « concilié avec l’Église. Somme toute, il n’y a pas « grand’chose à espérer de lui, et c’est de Dieu qu'il faut « attendre le remède ; il est d’ailleurs si avancé en âge, « qu'il ne peut être loin de sa fin: tout ce qu’il y a à crain- « dre, c’est qu’il ne laisse derrière lui des disciples et des « écrils, et que, mort, il ne continue à être un danger « pour la République. »
A une ‘époque où l'assassinat politique était universellement pratiqué et loué, à une époque où frà Paolo lui-même écrit : « Telles sontles mœurs de notre pays, que
.« ceux qui se trouvent au degré où je suis ne peuvent « perdre la grâce des gouvernants sans perdre la vie‘, » est-il étonnant qu’il se soit trouvé quelqu'un pour attenter à sa vie? La tentative, fut, dit-on, cinq fois renouvelée; il obtint, pour cela, de se faire accompagner dans la ville par un frère, le fusil au bras; autre détail qui caractérise l'époque. Mais, une fois, il fut frappé par des assassins. Le principal était un certain Poma, négociant failli, qui croyait tous les moyens bons pour sauver la religion et qui écrivait à un ami : « Il n’est pas au monde d'homme « chrétien qui n’aurait fait comme moi, et, avec le temps, « Dieu le prouvera; » il voulait faire imprimer « qu’il « n’avait agi sur le conseil de personne, mais pour le ser- « vice de Dieu. » Après le coup, frà Fulgenzio raconte que les meurtriers se réfugièrent dans la maison du nonce, et l’on veut qu'après avoirreçu la blessure, frà Paolo se soit écrié : « Je connais le style de la cour de Rome. » Le jeu
(1) Lettre CIC de l'édition de Florence.
Sou assassinat.