LE FR
Pallavicino Sforza.
de mots fit fortune, et Rome est restée sous le poids de cette tentative d’assassinat, probablement de la même manière qu'aujourd'hui, dans les assassinats fréquents des champions du catholicisme, nous voulons voir la main des Protestants. Le fait de s'être réfugié chez le nonce a pu n'être inspiré que par l'idée de profiter de l’immunité dont jouissait lamaison des ambassadeurs; et pourtant il résulte des dépositions des gondoliers que cela est faux. Les assassins se vantaient d’avoir de l'argent à discrétion : mais ils se trouvèrent bientôt après dans la misère, puis ils furent arrêtés, et où? sur les terres du papé. Poma, Parrasio, le prêtre Michel Vida, moururent dans les prisons pontificales de Civita Vecchia; un autre fut décapité à Pérouse, ville des États du pape. Comment expliquer cette conduite contradictoire? C'est ce que peuvent se demander ceux qui présupposent le délit, et s’obstinent dans ces conjectures quelque absurdes qu’elles soient. Le pape déplore-t-il hautement cet événement? On en rejette la faute sur le cardinal Borghèse, ou, à défaut de tout autre, sur les Jésuites, ces éternels boucs émissaires ”.
Rome pensait à repousser d’une manière bien différente les attaques de frà Paolo : elle confia au jésuite romain Pallavicino Sforza (1607-1667) la mission d’écrire une autrehistoire du Concile de Trente. Un grand nombre d’écrivains avaient déjà réfuté frà Paolo : parmi eux distinguons Bernardin Florio, archevêque de Zara. A l’aide de ses huitvolumes, constamment appuyés sur les documents,
(1) D'après les documents exhumés naguère par Rawdon Brown dans le Venitian Calendar, sir Henri Wolf, ambassadeur d'Angleterre, racontait au doge Donato que le meurtrier de frà Paolo était un Écossais qui fréquentait l'ambassade anglaise, et se faisait appeler Giovanni Fiorentino, fils de Paul.
il convainquait Sarpi d’infidélité dans la manière de s’en servir et d'’exposer les questions et les décisions ; mais son travail était à peine fini, que ce prélat mourut; il est resté inédit à la bibliothèque de Trente. Quant à Pallavicini, on lui ouvrit les archives les plus riches du monde, celles de Rome; et, àla différence de frà Paolo, il ne manque jamais d'indiquer la nature des documents et les titres : il catalogue 361 erreurs de fait commises par Sarpi, outre un grand nombre d’autres réfutées, dit-il, chemin faisant.
L'ouvrage de frà Paolo est la première histoire qui se soit appliquée systématiquement à dénigrer tous les faits, en les amoncelant sans les peser. Il distingue toujours la vérité de la probité, d’où il suit que, suivant lui, tout n’est que bassesses, hypocrisies, intrigues et finesses. Pallavi- cini, au contraire, trace des portraits pleins de noblesse, cite des résistances généreuses, des convictions entrainantes, et de fermes opinions : il élève ainsi les âmes et éclaire les intelligences. Mais. Sarpi a les mouvements vifs et légers de celui qui attaque k-qui frappe; l’autre, réduit à parer continuellement les Coups, ennuie par la réfutation répétée des opinions de l'ennemi.
Sarpi déploie bien peu d'art dans sa composition : ayant adopté l’ordre chronologique, il s'interrompt souvent, et coupera une discussion par le milieu pour dire l'entrée de tel ambassadeur et l'accueil qui lui a été fait, pour raconter qu’on a célébré telle fête, qu'on a expédié tel courrier; mille circonstances, la mort de Guise, celle du cardinal Seriprando ou bien encore de frà Pierre Soto lui fournissent l’occasion de digressions qu’il jette sans apprét au milieu du récit. Il avait conscience que son livre serait ennuyeux, et que bientôt il serait oublié comme les autres ouvrages de ce genre, tant à cause du défaut de forme que
166 DISCOURS III, par la nature du sujet (livre III); mais, ne songeant ni à la perpétuité, ni même à la durée, il lui suffisait que son écrit profitàt à quelques-uns. Toutefois, avec ce style à bâtons rompus, quoique sa grammaire soit très-incorrecte, avec cette pointe d'esprit qui anime la matière morte, avec cette méchanceté mordante qu’éveillent les mauvais instincts, avec tout cela, il fait sourire ct captive le lecteur qui ne peut s'empêcher de continuer une fois qu'il a commencé. Pallavicini appartient à l’école qu’on a dite école des Jésuites : sa phrase est alambiquée, sa parole prétentieuse : il travaille sa diction comme un homme qui espère vivre par le style : il déclara d'ailleurs qu'être membre de l’académie de la Crusca le flatterait autant que de devenir cardinal. Dès lors, l’art se fait perpétuellement sentir; il enveloppe sa pensée dans la phrase, et sa recherche de l'harmonie le fait parfois tomber dans l'obscurité, souvent dans l'indéterminé : sa manière de faire prouve une fois de plus combien l'élégance est au-dessous du naturel. Ni l'un ni l’autre n’ont d’ailleurs l’impartialité de l'historien ; il est pénible pour ceux qui cherchent la vérité de se trouver obligés de recourir à deux sources suspectes, péchant chacune par un excès contraire. Les papes prohibèrent-l'histoire de Sarpi; les Vénitiens, celle de Pallavicini. Ce dernier, toutefois, ne dissimule pas les actions blamables dela Cour pontificale, et il répondit à quelqu’un qui lui en faisait un reproche : « L’historien n’est pas un « panégyriste; et, lorsqu’il est ménager de louanges, « il fait plus que n'importe quel panégyriste *. »
(1) Lettre du 2 mars 1658 à Jean-Luc Durazzo. « Quiconque lira l'histoire très-exacte de Pallavicini, étonné de la liberté des Pères du Concile, sera tenté de l'appeler de la licence; mais telle est la solidité de sa force organique, que l'Église ne craint pas les remontrances. »
L'historien le plus vanté de la moderne Allemagne, le protestant Ranke, a confronté les assertions de Pallavicini avec les documents qu’il invoque, et toujours il l’a trouvé d’une exactitude scrupuleuse, bien qu’il ait commis quelques méprises, et que, comme il arriva dans toute polémique, il ait dépassé les bornes pour tout excuser, par la raison que frà Paolo accusait tout : lorsqu'il ne peut nier, il affaiblit; il passe sous silence par-ci par-là quelques objections, quelques documents. Ranke conclut que les princes doivent de souveraines actions de gràces à Sarpi, qui a fortifié leur absolutisme, comme il a mis aux mains des ennemis du catholicisme des armes d’autant
plus meurtrières, qu'elles ont été affilées par un catholique, par un moine.
L’exemple de frà Paolo nous montre combien le dogme
et ses applications dans le monde sont intimement liés; combien s’illusionnent ceux qui combattent aveuglément l'Église en protestant de leur respect pos elle. Frà Paolo est resté le coryphée du parti anti-ecclésiastique, non point tant à cause de son acharnement, qu’à cause de l’art avec lequel il Pa dissimulé, et a fait servir son habit de moine et son titre de théologien à aiguiser les armes les plus dangereuses contre l'Église catholique ; si même, comme l’assure Pallavicini, ses enseignements n’ont pas été une semence d’athéisme et n'ont pas ébranlé la certitude de toute religion!.
Monseigneur Fontanini le donne comme le type de l’hypocrite, attendu que le caractère sacerdotal et l'apparence régulière de sa conduite « ne lui servirent qu'à...
TAPPARELLI, Essai théorique de Droit naturel, D. CXXVII (en italien).
De Maistre disait qu’on ne doit aux papes que la vérité. (1) Vie d'Alexandre VII.
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« gagner dans l'opinion le titre d'homme de bien, avec « le dessein occulte de pouvoir semer sûrement ses doc- « trines, sans faire soupçonner qu’elles s’éloignaient de la « vraie croyance ». Mais si Fontanini, animé du zèle de la religion, peut paraître trop hostile à frà Paolo, quel- ‘ qu’un, que sa haine du catholicisme pousse à l’admirer, disait dernièrement que le moine de Venise élait resté dans l'Église ‘comme un croyant, uniquement pour l'espionner, pour surprendre ses actes et les dénoncer au monde".
Mission déplorable, il faut l'avouer !
(1) Quinet, les Rérolutions d'Halie.
(A) « Et si lesdits doge et sénat, trois jours après l'expiration des 24 jours, supportent avec une âme endurcie, ce qu'à Dieu ne plaise, le poids de ladite excommunication, aggravant la sentence,
dès maintenant, comme nous le ferons alors, nous soumettons * à l’interdit ecclésiastique la ville de Venise et les autres villes, les
jugeant et les déclarant toutes mises en interdit; pendant sa durée , dans ladite ville de Venise et dans toutes les autres cités, terres, châteatx et lieux quelconques de l’État, dans les églises, lieux et oratoires religieux, même privés, et dans les chapelles domestiques, on ne pourra célébrer des messes solennelles et non solennelles et autres offices divins, excepté dans les cas permis par les lois canoniques, et alors seulement dans l'église et non ailleurs, ou en tenant toutefois les portes closes, sans
sonner les cloches et en excluant absolument les'excommuniés*
et les interdits; et ne pourront en aucune manière quelconque pa ho indults ou priviléges apostoliques, accordés ou à ac-
we dans l'avenir, en particulier ou en général, à toutes églisés. tant régulières que séculières, alors même qu’elles seraient exemptes et releveraient immédiatement du saint-siége, quand bien mème elles seraient de jure patronato , par fondation, dotation ou par privilége apostolique des même doge et sénat...
« En outre de cela, nous privons et déclarons privés les susdits doge, et sénat de tous les fiefs et biens ecclésiastiques, si quelqu'un d’eux en possède, à un titre quelconque, de l’Église romaine, de nos égliges ou autres; de plus, nous les dépouillons de tous les priviléges et indults tant généraux que particuliers dont ils ont pu être gratifiés en quelque manière que ‘ce soit par les souverains pontifes nos prédécesseurs , tels que de procéder en Certains cas et pour certains délits contre les clercs, et de connaitre de leurs causes dans certaines formes. Néanmoins, si les-
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dits doge et sénat persistent plus longuement avec opiniâtreté dans leur désobéissance, nous nous réservons, à nous etaux pontifes romains nos successeurs, nommément et spécialement , la faculté d'aggraver plusieurs fois les censures ‘et les peines ecclésiastiques contre eux et leurs adhérents, et contre ceux qui dans les choses susdites les. aideront ou les favoriseront de quelque manière que ce soit, de leurs conseils où de leur appui, dé déclarer d'autres peines contre lesdits doge et sénat, de procéder suivant les dispositions des saints canons, et d'appliquer tous autres remèdes opportuns ; et cela nonobstant les constitutions et ordonnances apostoliques, les privilèges, indults et lettres apostoliques adressées aux dits doge et sénat , à qui quece soit d’entre eux, soit en général, soit en particulier, spécialement ceux de ces priviléges et indults qui disposeraient qu'ils ne peuvent être interdits, suspendus ou excommuniés en vertu de lettres apostoliques dans lesquelles ne serait pas cité mot à mot cet indult, et autrement, sous quelque teneur et forme, avec quelque clause que ce soit dérogeant aux dérogatoires eux-mêmes et autres plus efficaces et insolites, et tous autresdécrets quelconques et surtout la faculté d'absoudre dans les cas réservés à nous et au saint-siége, faculté que de quelque manière que ce soit l'un quelconque de ‘nos «prédécesseurs, ou même nous, vu le saintsiége aurait concédée, confirmée où approuvée, en opposition avec les choses susdites. »
(B) Nous tirons tous ces détails des mémoires cités. Voir encore Blicke in die Zustände Venedigs zu Anfang des XVII Jahrhunderts, dans les Historische politische Baltter für das katolische Deutschland, Munich; 1843 ; et les Mémoires historiques et littéraires de la Société allemande de Kônigsberg, G. Mounicre, Versuche zu Anfang des XVII Jahrhunderts, ete., c'est-à-dire, Tentatives faites au commencement du dix-septiéme siècle pour introduire lu Réforme à Venise, avec deux lettres encore inédites de Jean Diodati pour éclairer l'histoire et le caractère de frà Paolo. Ces lettres, qui parlent d’un séjour de Diodati à Venise en septembre 1608, ont été publiées par un de ses descendants, professeur à Genève,
En 1863, M. Eugène de Buddé a publié, dans la Semaine religieuse de Genève’, une Bréve Relation de moïlfvoyage à Venise en septembre 1608, de Jean Diodati. Il avait été engagé à faire le voyage par ses amis de ce pays-là, par l'ambassadeur d'Angleterre en particulier, et par un certain Biondi qui lui écrivait le 41 avril 1608 : « Si Votre Seigneurie est disposée à venir à Venise, je vous en prie et je vous y exhorte. Cette résolution sera une
consolation pour vous, un puissant encouragement pour votre âme, et produira des fruits pour quelques-uns et pour la gloire de Dieu... Attendez-vous à quelque danger. Dites que vous allez toute autre part qu’à Venise. Si Rome le savait, il pourrait en résulter de l'embarras et du bruit : car je puis vous dire que le Pape reçoit de partout ses informations. Pénétrez-vous du désir d'accomplir une œuvre aussi sublime. Si vous le faites, j'espère que les semences jetèes par vous produiront un arbre si grand que : tous pourront se reposer à son ombre. »
Diodati s’y rendit en grand secret, aussitôt après avoir terminé la traduction de la Bible et en avoir envoyé quelques exemplaires. Un Français, nommé Papillon, qui fréquentait beaucoup les maisons patriciennes, avait eu de grandes espérances d'établir une assemblée dans quelqu’une d’elles, sans qu’on lui en eût fait cependant ni confidence ni promesse. Frà Paolo était « la première roue instrumentale de cette sainte affaire », mais il ne voulait pas se déclarer, pas plus que les nombreux gentilshommes qui dépendaient tout à fait de lui, « se contentant de jeter dans leurs âmes quelques semences de vérité par des avis familiers et par les sermons de son disciple Fulgenzio, et de saper secrètement la doctrine et l'autorité du pape, ce en quoi il a été entièrement utile ». Les autres, qui avaient le désir d'établir une Église, perdaient confiänce en voyant frà Paolo si bien dissimuler. Diodati loue l'immense savoir de frà Paolo : « Mais ce grand et incomparable savoir est détrempé en une si scrupuleuse prudence et si peu échauffé et aiguisé de ferveur d'esprit, quoique accompagné d'une vie trèsintègre et tout exemplaire, que je ne le juge pas capable de donner le coup de pétard et de faire l'ouverture. » Frà Fulgenzio a plus de zèle, moins de crainte et moins de scrupules politiques; plus de force de corps, plus de faconde et plus de jeunesse, une grande réputation comme prédicateur, mais il est refroidi par la tiédeur de frà Paolo. Il fait néanmoins beaucoup par ses discours, par ses avis, par ses impatiences.
Frà Paolo lui avoua plusieurs fois qu’il se faisait illusion à luimême, mais la nécessité le forgait; autrement il lui faudrait s’expatrier, et ainsi seraient détruites toutes les espérances, ainsi serait relevé le courige des nobles, ennemis du bien. Il donnait trois raisons de son inactivité: 1° Dieu ne lui avait pas donné une nature suffisamment ardente pour une telle entreprise; 2° les Italiens n'ont pas d'inclination pour ces choses célestes, et l'on n’y peut arriver que lentement; 3° la République lui ayant confié ses affaires les plus scabreuses il avait en main le moyen
de saper l'autorité du pape, de préparer les cœurs, et de rendre favorables au bon parti les délibérations du conseil.
Cependant Diodati ne désespérait pas, d’abord parce qu'il vit ‘un certain nombre de personnes éclairées sur beaucoup de points et dégoùtées de la papauté, à telles enseignes que le dernier jubilé avait été célébré par le dixième de la noblesse seulement; ensuite, à cause de la grande liberté qui existe de parler et de lire de bons livres, partant à justifier et à louer le parti : les bibles, on se les arrache des mains, l'Inquisition est enchaïnée. Le roi de France s'étant plaint à l'ambassadeur de Venise à Paris, que l'on laisst circuler plus de 2,000 Nouveaux-Testaments de fabrication huguenote, celui-ci répondit qu'il n’en savait rien, mais qu'en tout cas Venise est une ville libre, où toute espèce de livres est vendue indistinctement. En troisième lieu, l'ambition de Rome voudrait recouvrer en-deçà des monts ce qu'elle a perdu au delà; maintenant, au lieu de recevoir de partout des trésors qui enrichissaient l'Italie, la papauté doit épuiser celle-ci par des exactions. Venise cherche à l'empêcher, et au besoin elle pressure les ecclésiastiques qui ont sucé le sang; de là de perpétuels mécontentements et des froissements avec le pape.
Pour réussir, il faut composer des livres appropriés, et principalement des opuscules. A cette fin, lui, Diodati, s’est mis à traduire en vers des satires italiennes. Il faut en outre envoyer dans de bonnes maisons des marchands flamands qui là apprendront la langue et pourront dévenir bons religionnaires. Troisièmement, trouver des personnes savantes, prudentes et mùres, et leur donner des honoraires pour qu’elles guettentles circonstances favorables. En quatrième lieu, il faut arriver à ce que les États de Flandre demandent à avoir un Bazar comme les Allemands, et à y exercer leur culte en langue française. Il est aussi nécessaire que quelque prince allemand entretienne des agents à Venise, et que chacun de ceux-ci ait à sa disposition quelque docte personnage à consulter et qui pourrait donner aux Vénitiens eux-mêmes des conseils dans leurs querelles avec le pape.
Tout cela est exposé dans une lettre du 4 avril 1608 à Du Plessis, où il lui recommande expressément le secret. Il avait été, à ce qu’il ajoute, engagé à ‘cela par l'ambassadeur anglais qui, avec frà Paolo et frà Fulgenzio, avait formé le projet d'ériger une église secrète, d'y employer le missel corrigé, et en attendant de répandre la vérité dans les esprits : on rencontre fréquemment à Venise le désir de connaître la raison de ce que l'on croit et la liberté d'en suivre les moyens particuliers, c’est-à-dire le vouloir et le pou-
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voir. « Frà Paolo préche publiquement les fondements principaux et généraux de la vérité : ce carème-ci il a ébranlé beaucoup d’àmes; il est en grande faveur, mais il agit avec prudence pour n’être pas découvert, et ainsi il prépare les esprits par ses maximes irréfragables.
« Un gentilhomme vénitien, qui a connu la vérité en France, m'a écrit que le désir d’instruction se trouve chez beaucoup, et chez tous l'animosité contre la tyrannie de Rome sur les personnes. » '
Un Monsieur Danquoy de Couvrelles écrivait en 1609 d’autres particularités sur Venise.
« Je voudrais que vous entendissiez le franc parler de frà Paolo et de frà Fulgenzio, qui ne désirent rien tant que de voir achever par d’autres l’œuvre qu'ils ont ébauchée. »
Nous avons parlé de la Bible de Diodati à la note I du Discours VI, t. III, p. 342. .
Si les académiciens actuels de la Crusca l’ont rangée au nombre des classiques italiens, ce fut pour’ condescendre aux idées courantes. Ayant vécu à Genève, n'ayant que peu voyagé en Italie, habitué à parler et à écrire la langue francaise dans laquelle il traduisit l’histoire de frà Paolo, il ne pouvait employer que la langue littéraire, avec des affectations et des archaismes; au contraire Martini, archevêque de Florence, employa la langue vivante et populaire. Dans les notes, Diodati offre des interprétations de culs a nistes ou de docteurs protestants, tandis que monseigneur Martini cite les interprétations des Saints Pères, ne faisant presque autre chose que les traduire en les expliquant.
(C) Les lettres de Sarpi ont été publiées à Genève avec la date de Vérone, 1673, et à la fin de la Storia arcana di frà Paolo. Elles sont adressées à Jérôme Groslot, seigneur de l'Isle et ami de Casaubon; au médecin Pierre Asselineau; à François Castrino, huguenot ; à Jacques Gillot, chapelain et conseiller au parlement de Paris. Gregorio Leti, dans la vie de Cromwell, s'en attribue la publication. Certains critiques en ont contesté l’authenticité ; d’autres les ont supposées interpolées. Cette dernière assertion ne pourrait se prouver qu'avec des détails plus précis; examen fait des raisons contraires, je les crois authentiques; et j'incline fortement vers ce dernier parti à cause du passage de la lettre du fameux Bayle à Sondré, 24 septembre 1671 : « Frà Paolo a été un des plus grands hommes de son e temps. On a imprimé ici ses lettres ; mais on croit qu’on en ar- « rétera l'impression, à ‘cause que messieurs de Rome y ver-
« roient qu'il entretenoit commerce avec ceux de notre reli- « gion.... et qu'ainsi ils récuseroient son témoignage touchant « l’histoire du Concile que nous leur opposons. Ce fut une des « raisons qui obligèrent M. Dallez à s’opposer à l'impression de « ces mèmes lettres; quoiqu’au reste il eût beaucoup de passion a pour la gloire de frà Paul, qu'il avait autrefois connu très- « particulièrement à Venise, lorsqu'il y conduisit les petits-ne- « veux de monsieur Duplessis-Mornay. »
Je ne] crois pas authentiques les Lettere scelte inedite imprimées à Capolago en 1847, attendu que le style abonde en tropes, eta une tout autre allure que celui de frà Paolo’; ou plutôt elles sont de plusieurs mains. Une autre édition des Letfere di frà Paolo Sarpi a été faite en 1863, à Florence, 2 vol. in-16, par F. L. Polidori, sans distinction entre les lettres authentiques et les autres, avec préface de Philippe Perfetti qui se plaint que « les ennemis de la liberté religieuse accusent frà Paolo d'avoir enseigné à dépouiller l'Église de sa liberté, en donnant à l'État une autorité illégitime et arbitraire sur elle ». IL est assez difficile de concilier les deux membres de cette proposition. ll fait volontiers Y'éloge-de son style ironique et dit : « Il ne ressemble pas à Luther; ce n’est pas un homme de mysticisme et de sentiment; en lui la raison est ferme et tétragone; il ne ressemble pas davantage à Calvin; il lui manque l'audace du paradoxe et la fureur de la nouveauté ; enfin son esprit ne s’arrêtait pas à cette critique minutieuse qui a donné naissance au Socinianisme. En somme, il n'avait pas l’étoffe pour faire un hérésiarque; il n’aurait pas été capable d'entraîner les foules; mais, dans les conseils des sages, il était inappréciable... Il était aussi difficile à Sarpi d’être un autre Luther, qu'à Luther d’aspirer à la pourpre cardinalice. »
(D.) Le fait de cette dénonciation est vivement contesté par Voltaire et par Daru, comme une bassesse indigne de Henri IV; cependant les mémoires de Mornay ne laissent pas de doute à cet égard. — En outre, dans le procès d'Antoine Foscarini, soupçonné, lui aussi, d'opinions hérétiques, figure une lettre de Pierre Contarini, ambassadeur de Venise en France (1615) :jil y écrit qu’il a entendu dire au nonce du pape, que, « de son vivant, le feu roi avait des relations continuelles avec Genève; qu'il avait été avisé par ce moyen de l'apparition de quelques lettres (il ne me dit pas si elles venaient de Venise ou de Foscarini) écrites pour y faire venir (à Venise) un ministre huguenot : de quoi le roi avisa immédiatement la République par l'ambassadeur