EPITAPHE DE SA FEMME
Vix, vix undecies repararat cornua Pheebe, Conspicitur tristi funus in urbe novum.
Anna suum conjux lacrymis venerata maritum, Indomito tandem victa dolore cadit.
Mla sui cernens properantia tempora Lethi, Dixit, tunc demum funere læta suo :
Quam nunc grata venis, quam nunc tua jussa libenter, Mors, sequor, ad sedes nam vehor æthereas, Hic ubi certa quies concessa laboribus, aura, O conjux, tecum jam meliore fruar.
Pectore quem toto conceperat illa dolorem Sola superveniens vincere mors potuit.
Th. Heiger a lu à la société d'histoire et d'archéologie de Genève, le 23 mai 1854, une note sur Caracciolo, dans laquelle ilrapporte les lettres qu'on lui adressa et d'autres témoignages. On y voit que sa seconde femme mourut dans cette ville, à l’âge de 64 ans, le 27 avril 1587, après avoir institué pour ses héritiers l'hopital, le collége, la boursè française et italienne, et laissé des legs à De Bèse, Pompée Diodata, G. Colladon, etc.
(C.) Voici un passage que j'ai trouvé aux Archives des Médicis (Correspondance de Naples). On a voulu l’attribuer à une personne qui accompagna Ascagne Caracciolo dans cette expéditions cette lettre porte la date de Montalto, 11 juin 1562 :
« On sait qu’Ascagne, par l’ordre du vice-roi, avait été forcé de pertir en poste pour la Calabre le 29 du mois dernier, aux frais de ces deux villages de luthériens qui s'étaient bâtis au loin dans la campagne, sous le nom de Saint-Sixte et de La Guardia. Sa seigneurie rencontra à Cosenza, le premier de ce mois, le marquis de Buccianico, son beau-frère, qui était prêt, avec plus de six cents fantassins et cent cavaliers, à sortir pour aller de nouveau dans la campagne; il était disposé à la faire battre en tous sens et à piller ces maudites gens. Il partit donc le 5 pour la Guardia, et arrivé là, on nomma des commissaires; puis il envoya des auditeurs avec des hommes armés, chargés de parcourir les terres circonvoisines et d’arrèter ces luthériens. Ils ont mis tant de diligence à accomplir leur mission, qu'ils ont surpris la plus grande partie de cesgens; et beaucoup d'autres, tant hommes que femmes, étant venus se présenter, le nombre des arrétés dépasse quatorze cents. Aujourd'hui, jour de la Fète-Dieu, il a réuni toutes ces femmes en troupe, et les a fait conduire en prison, ici, à Montalto, où elles se trouvent à présent. C'est vraiment pitié de les entendre crier, sanglotter et demander miséricorde, disant qu'elles ont été trompées par le diable; et elles ajoutent beaucoup d'autres paroles qui excitent la pitié. Néanmoins le seigneur marquis et Ascagne ont ce matin, avant leur départ de La Guardia, rdonné de
livrer aux flammes toutes les maisons, après avoir préalablement fait démanteler ce bourg et couper toutes les vignes. Il reste maintenant à procéder au jugement des dissidents : et, quels qu'aient été les pourparlers qu'ils ont eus avec les auditeurs du Saint-Office et avec frère Valerio, inquisiteur de ce district, il sera terrible; car on entend faire conduire nombre de ces hommes et aussi de ces femmes jusqu’en Calabre et même jusqu'aux frontières d'Italie, et les faire pendre ainsi sur toute la route de place en place. Certes, si Dieu dans sa miséricorde ne touche pas le cœur de Sa Sainteté et celui du vice-roi en faveur de ces pauvres opprimés, le gouverneur marquis de Buccianico et Ascagne leur feront subir un châtiment exemplaire, à moins que tous deux ne viennent à recevoir de nouveaux ordres émanés de ceux qui ont droit de leur commander...
« Aujourd'hui, on a prescrit de soumettre cent vieilles femmes à la question et à latorture, puis ensuite de les envoyer au supplice, et cela pour égaliser les parts, et qu'on puisse dire qu'il y a eu autant d'hommes que de femmes condamnés à mort. Il y ena parmi ces hérétiques de si obstinés, qu'ils ne veulent ni voir un crucifix, ni confésser leur faute; et alors sont brülés vifs.
« À la première sortie que fit le marquis, il ordonna d'incendier le bourg de Saint-Sixte, et d'arrêter en même temps certains hommes de La Guardia, qui s'étaient trouvés à la mort de Castagnete, et il les fit pendre etjeter du haut des tours au nombre de soixante : ainsi j'espère qu'avant huit jours on aura mis ordre à cette affaire, et qu'après l'avoir terminée les inquisiteurs partiront pour Naples..
« Le nombre des hérétiques pris en Calabre est de 1600, qui tous ont été condamnés, mais jusqu’à présent celui des exécutés n'est que de 88. Ces hérctiques proviennent des montagnes d’Angrogna dans la principauté de Savoic; aussi les appelle-t-on ici les gens d’outre-monts; ils observaient, paraît-il, la maxime crescite, comme plusieurs d'entre eux l’ont avoué. Il y a encore dans ce royaume quatre autres villages situés dans différentes provinces; on ne dit point cependant qu’on s'y soit mal conduit. Les habitants sont gens simples et ignorants, des hommes venus du dehors, des bouviers, des travailleurs des champs, qui, à l’approche de la mort, sont revenus fort bien à la religion et à l’obéissance de l'Église romaine. »
Siméon Florillo, ministre évangélique à Chiavenna, dans une lettre du 21 août 1560 décrivait la même exécution à Guillaume Grattarola, médecin à Bâle : « Je n'ai pas d'autres nouvelles à te
mander, que la copie de lettres écrites de Montalto, le 11 juin 1560, qui ont été imprimées à Rome et à Venise. Elles traitent du massacre commis en Calabre, dans deux villages situés à huit mille de Cosenza, Saint-Sixte et La Guardia, qui ont été détruits et dont huit cents habitants ont été mis à mort, si ce n’est pas mille, ainsi qu'écrit de Rome le 21 juin un des serviteurs d’Ascagne Caracciolo. J'ai connu ces gens d'origine vaudoise, d’une conduite exemplaire et d'une foi meilleure encore; car, avant mon départ de Genève, nous envoyàmes dans ces villages, et sur leurs instances, deux ministres ct deux maitres d'école. Les ministres ont été martyrisés l’an passé; l'un à Rome, et il avait nom Jean-Louis Pasquale de Coni; l’autre à Messine, Jacques Borello : tous deux étaient Piémontais. Cette année, le reste des hommes pieux a subi le même sort : aussi j'espère que leur mort sera pour l'Italie une bonne semence qui fera germer des fruits précieux et abondants. »
Cette lettre, traduite en latin, est rapportée par Jean Fox dans le Martyrologe, part. II, fol. 337, Bâle, 1563. On y voit que les lettres des archives des Médicis ne sont pas des rapports officiels d'un résident toscan, mais bien des documents qui, selon la coutume du temps, sont insérés dans certaine correspondance, des copies d’imprimés qui sont dépourvues de toute authenticité, avec la fausse date de Rome pour leur donner plus de crédit. Ce sont évidemment des œuvres de parti, qui portent l'empreinte des exagcrations propres à ce genre d'écrits.
Antitrinitaires. — Les Socins. — Biandrata.
Les dissidents d’Italie ne devaient point s’arrèter dans la voie de l’hérésie. Non-seulement ils contribuèrent à étendre ailleurs la Réforme, mais ils en déduisirent de plus rigoureuses conséquences, et, à la doctrine anthropologique, fond de toutes les hérésies d'Occident, ils substituèrent la christologie telle qu’elle existe en Orient; au déisme épicurien, le déisme rationnel.
Luther, en bouleversant les règlements et les rites catholiques, et en brisant la tradition, avait conservé un grand nombre de dogmes, la hiérarchie ainsi que le principe fondamental de l’autorité, mais sous le joug du pouvoir temporel. Dès l'instant où il avait rejeté l'ex- Communication, il ne pouvait plus maintenir que par l’épée cette unité de foi qu’il venait de rompre; mais s’il ne réussit que trop à ébranler la hiérarchie ecclésiastique,
Plusieurs fois on pùt espérer une réconciliation. Calvin tint peu à ces constitutions officielles, maisilse lança dans la tritique, niant sans détours l’Église dans lesens mystique, et la faisant disparaître devant l'individu, de façon à Greuser un abime entre la divinité et ses adorateurs. Cependant, comme ses prédécesseurs, il conserva certains dogmes et soutint la divinité du Christ; la Bible en tant que révélation paraissait encore le port de salut
La Trinité.
contre les doutes de l’intelligence et les tempêtes du cœur. Ce furent des Italiens qui consommèrent la double dissolution de la discipline et de la hiérarchie, en répudiant les vérités fondamentales ; au nom de l'autorité illimitée de la raison, ils s’attaquèrent à l’idée ellemême, à l’ontologie chrétienne, pour y substituer le nominalisme et le sensualisme, masqués de rationnalisme, qui n'étaient tempérés que par ces rudiments ou simulacres imaginaires que les doctes paicns avaient sauvés du naufrage des vérités primitives. N’allez pas croire que ce fussent desgens d'église; c’étaient au contrairedes jurisconsultes et des médecins, qui, ne trouvant pas dans la Bible le dogme de la Trinité, le répudièrent à la manière desantiques Ariens, en niant la divinité du Christ, la consubstantialité du Verbe et autres inventions des sophistes grecs ( ainsi qu'ils le disaient). Quel besoin avait Dieu de faire tant de circuits pour nous sauver? Il suffisait d’un acte de sa volonté, et nos péchés étaient remis. Quant à notre instruction, il suffisait des doctrines et des exemples d’un homme rempli de l’Esprit-Saint, sans qu’il fût Dieu. Le Christ est celui qui éleva l'humanité au plus haut de— gré du progrès religieux.
Peut-être Ochin'et d’autres réformés, probablement aus la Société de Vicence, dont nous parlerons plus tard, doataient-ils de ce dogme. A cette société appartenait Jean Valentin Gentile, fils du médecin Mathieu Gentile de Cosenza, qui, pour suivre les doctrines nouvelles, s’était expatrié. Valentin, qui avait enseigné à Genève, s’exprimail ainsi dans un livre dédié au roi de Pologne : « Trinité est un mot que vous ne lirez jamais dans la sainte Écriture ou dans les symboles catholiques, pas plus que ces expressions tout à fait humaines d’ipovcwv, personne, essence,
ANTITRINITAIRES. — LES SOCINS. — BIANDRATA. 381
Aypostase. Il ya un Dieu seul et unique, lui seul est aòsb, c'est lui qui répand dans le Christ son fils sa pro- ° pre divinité, Christ est son image : c’est le symbole de la gloire du Père; il est Dieu, mais non par lui-même; il en est de ainsi de l'Esprit-Saint qui est la puissance divine mise en action. Père, Fils, Esprit-Saint sont distincts de personne, d'essence et de degré. Calvin adore une quaternité au lieu d'une trinité, car il enseigne que, l’hypostese étant une fois écartée il reste toujours la divinité, et que chaque personne est vraiment Dieu : d’où il suit qu'il ya quatre Dieux'. »
Comme cette prétendue contradiction de la trinité avec l'anité, devenue la base de la dogmatique de Mahomet, embarrasse les esprits simples, nous rappellerons que l'unité pure n’est pas adéquate à Dieu. Quand on dit un, on se demandequ'est-ce que cetun, qu'est-ce qu’une chose une ? On répond : un Dieu; etc’estdéjà quelque chose de plus que la simple unité; c’est l'unité avec des éléments réels, comme il en faut à un êlre vivant et agissant, tandis que l'unité est une abstraction, qui n’a de réalité que dans l’esprit de celui qui la conçoit; c'estune chose négative, morte. Dieu n’est pas une abstraction, une généralisation, un théorème de l'esprit humain; il est au contraire un Dieu vivant et véritable, qui existe par lui-même et en lui même; unétre indépendant, autonome. Vivre, c’est opérer; vivre éternellement, c’est opérer éternellement ; aussi les théologiensappellent-ils Dieu actus purissimus. L'acte a pour conditions essentielles un principe, un moyen, une fin. C'est pourquoi l’unité en tant qu'être moral, agissant dans l'éternité, doit réunir en elle les trois rapports de prin-
(1) Jean GaBEABL, Calvin à Genève, p. 232-235.-LADERCHI, Continuetion de Baroniw, p. 202.
cipe, de moyen, de fin, qui ne sont autres que ceux que la théologie chrétienne appelle Père, Fils et Saint-Esprit. Ces trois rapports sont indispensables pour concevoir l’unité comme Dieu vivant et véritable; partant, la conception fondamentale du Dieu en trois personnes est ‘essentielle à l’idée du Dieu un. Ici, on ne trouve pas l’idée absurde de l’un qui fait trois, et on n’infirme pas l’idée de l’unité, puisque celle de la trinjté implique non pas l'existence de trois Dieux, mais un triple rapport dans l'essence intime d’un Dieu unique, en vertu duquel il est un Dieu réel et vivant; Dieu est, passez-moi l'expression, le contenu vivant de son unité, sans lequel contenu il ne serait qu’une abstraction vide.
Calvin poursuivit de ;ses invectives Valentin Gentile comme un homme ignare qui vous présente à boire l’eau trouble qu’il a puisée à la citerne bourbeuse de Servet!', et qui veut persuader à ceux qui ont le goùt corrompu que c'est une douce liqueur et un breuvage ‘salutaire. Néanmoins l'antitrinitarisme se répandait en Suisse et dans les
(1) C'est ici l’occasion de faire remarquer que Michel Servet, en rééditant en 1535 à Lyon la géographie de Ptolémée, est peut-être le seul de ses contemporains qui ait accusé Améric Vespucci d'avoir usurpé la gloire de Colomb. « Colomb (dit-il) découvrit dans un nouveau voyage le continent et beaucoup d'iles dont les Espagnols. sont aujourd'hui absolument les maîtres. Ceux qui donnent le nom d'Amérique à ce continent sont donc complétement dans l'erreur, puisqu'Améric Vespucci n’y aborda que longtemps après Colomb, et qu’il s'y rendit non pas avec les Espagnols, mais avec les Portugais pour y faire le commerce ». Humboldt a prouvé combien est peu fondés l'accusation dirigée contre Vespucci d’avoir surpassé l’illustre Génois ; on sait d’ailleurs qu'Améric fit son voyage en 1499 avec Hocheda et pour le compte de l'Espagne, non en qualité de négociant, mais peut-être en qualité d'astronome. Ce qu'il y a de curieux, c'est que l'édition de Servet contient le planisphère de 1522, dans lequel Je nouveau monde est désigné sous le nom d'Amérique. s
Grisons, et Lyon avait des poétes qui exposaient en vers les doctrines de Valentin. Aussi, pour éviter qu’au moins à Genève l’uniformité ne fût compromise, Calvin rédigea un formulaire que les membres de l'Église italienne établie dans cette ville devaient s'engager par serment à jurer, formulaire qui contenait la définition la plus orthodoxe de ce mystère et la promesse de ne pas l’attaquer ni directement ni indirectement. Cinq Italiens y apposèrent leur signature, sept refusèrent d’y adhérer; parmi eux André Ossellani, Marc Pizzi, et Valentin, qui pourtant n’étant pas disposé à mourir comme Servet, finit plus tard par l'admettre, ce qui ne l’empêcha pas peu après d’enseigner ses doctrines fantaisistes, et de dire : « Je confesse « que le Dieu d'Israël, que les saintes Écritures nous pro- « posent comme le seul vrai Dieu, et, qui selon de vains « sophistes, n’a pu avoir un fils, est le père de Notre Sei- « gneur Jésus-Christ; je reconnais que ce même Jésus- « Christ, envoyé par lui, en tant qu'il est le verbe, est le vrai et naturel fils du Dieu saint, le père tout-puissant!. »
Calvin fit jeter Valentin en prison comme parjure et hérétique; celui-ci pendant cetemps priait Dieu d'éclairer ses juges et composait des apologies, ce qui n’empéchait pas Calvin de lui adresser le reproche suivant : « Ton dernier « écrit nous a clairement démontré que tu as l'esprit dé- « pravé, rempli d'un orgucil insupportable et d’une na- « ture venimeuse ; qu’enfin tu es un hérétique obstiné. « Répète tant que tu voudras que tu reconnais Christ « pour vrai Dieu : si son père seul est Dieu, il est le Dieu « d'Israël, et alors tu le rejettes ouvertement du lieu où tu « places le Père seul. »
(1) Opuscules de Calvin, pag. 1991, 1923, etc.
Valentin fit une rétractation complète; cependant, voici les termes de ‘la sentence rendue contre lui par ses juges : « La malice et la méchanceté que tu as déployées « t'ont mérité d'être exterminé d'entre les humains « comme séducteur, hérétique et schismatique, cepen- « dant, comme tu es venu à résipiscence, nous le con- « damnons à venir en chemise, pieds nus, tète découverte, « un petit cierge à la main, t'agenouiller devant nous pour « nous demander pardon à nous cet à la justice, pour « maudire tes écrits, et nous t'ordonnons de les jeler au « feu de ta propre main, comme remplis de mensonges « pernicieux. » Le 2 septembre 1588, Valentin parcourut en cet accoutrement les carrefours, faisant amende honorable, et jura qu'il ne sortirait pas de Ja ville : mais dès qu'il le put il s'enfuit en Savoie près du médecin Mathieu Gribaldi, où allèrent le rejoindre Paul Alciat et Biandrata'. A peine avait-il passé la frontière, que la vérité lui apparut encore sous la forme d’une élincelle, et lui révéla que le seul père de la parole était le Dieu d'Israël. Le bailli de Gex l'ayant obligé à faire une profession de sa foi, il feignit de considérer cette obligation comme un ordre exprès, et la fit imprimer avec une dédicace au bailli, qui pour cela devint suspect. Valentin alla prècher ses doctrines en France et en Pologne, d'où il sortit pour se retirer en Moravie et à Vienne, lorsque Charles IX, en 1566, bannit les professeurs des nouvelles doctrines. Calvin, son grand adversaire, étant venu à mourir, il crut pouvoir retourner impunément en Suisse ; mais, poursuivi comme ayant rompu son ban, il fut arrêté le 41 juin 1366, et, après un procès en règle, décapité à Berne. En marchant
(1) HOORNBEECA, Apparatus adv. Socin., pag. 24.
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au supplice, on l'entendit prononcer ces paroles : « Les « autres ont donné leur sang pour le Fils; moi, je suis le « premier qui aurai l'honneur de le verser r pour la su- « prême gloire du Père.»
Jean-Paul Alciat, de Milan, qui mourutà Dantzick, écrivit d'Austerlitz, en 1564 et 1565, deux lettres à Grégoire Paoli, pour défendre la doctrine unitaire; ces lettres lui ont valu de la part de De Bèze la qualification « d'homme en délire, d'homme vertigineux» ; et dela part de Calvin, celle « d'esprit non-seulement stupide etinsensé, mais frénétique jusqu’à la rage * ». L'abbé Léonard, Nicolas Paruta, Jules de Trévise, François de Rovigo, Jacques de Chiari et François Negri appartiennent à la même école. Alciat, Ochin et
Alciat de Milan.
et Gribaldi.
Biandrata furent au nombre des dix-sept théologiens que
le waivode Radzivil employa à la traduction de la Bible (Biblia swiela, tho iest Fsiegi starego y nowego sakonu, etc., 1563 ).
Mathieu Gribaldi, surnommé Moffa de Chieri, célèbre juriste, professa en France et en Espagne; appelé plus tard à Padoue, en 1548, avec un traitement de 800, puis de 4100 florins, il y acquit une telle renommée, que la salle ne suffisait plus à contenir ses auditeurs. Il dissimulait à grand'peine ses opinions très-favorables aux novateurs; aussi le soupçonna-t-on d'être l’auteur du livre imprimé,
(1) Sertorius Quattromani est l’auteur d'une Epistola ad Celsum Mollium, rapportée par Léonard Nicodème, Addizioni alla Biblioteca Napolitana, où il présente Gentile comme Napolitain, et Calvin comme l’auteur de l'histoire de son supplice. Quattromani se trompe. Cette histoire est de Benoît Arezio. Au synode de Pinczow, le 4 novembre 1562, Gentile avait fait cette profession de foi : Deum creavisse in latitudine aternitatis spiritum quemdam excellentissimum, qui postea in plenitudine temporis incarnatus est.
(2) Voir BavLE, Dictionnaire critique.
Pacio de Vicence,
ainsi que nous l’avons dit, à Bâle en 4550, livre où était racontée la mort de Francois Spiera; il prit la fuite. Ses anciens élèves le présentèrent à Calvin; celui-ci, le soupçonnant infecté de l’hérésie unitaire, pour laquelle il faisait alors poursuivre Servet, refusa de le recevoir, et ne consentit pas davantage à avoir avec lui un colloque, dans la crainte qu'il ne parlàt en faveur des doctrines incriminées. Plus tard, après le supplice de Servet, Calvin invita Gribaldi à une conférence, à laquelle celui-ci se rendit, mais l’intolérant hérésiarque, ayant refusé de lui tendre la main, et voulant le forcer de faire une profession de foi, l'invité crut prudent de passer à Tubingue, etensuite à Berne; mais ayant été aussi poursuivi dans cette retraite par Calvin comme antitrinitaire, il eut beau se rétracter, il dut quitter cette ville : quant à l'opinion qu'il se serait fait catholique avant de mourir, elle ne paraît pas fondée!. |
Il eut pour disciple le chevalier Jules Pacio de Vicence (1550-1635 ), prodige d’érudition dès son enfance. S'étant enfui à Genève avec d’autres compatriotes, il y épousa une jeune personne de l’émigration lucquoise; il obtint ensuite une chaire de droit à Genève, et successivement à Heidelberg, à Sedan, à Nîmes : les universités de France et d'Italie se le disputaient à l’envi, à cause de ses ouvrages de droit et de philosophie, maintenant tombés dans l'oubli. A Montpellier, il eut pour disciple le fameux Peiresc, qui
(1) Baye, su mot Gribaldi. = GERDES, pag. 276; NicERON, Mém. des hommes illustres, tome XLI, pag. 235.
Voici la liste des ceuvres de Gribaldi :
De methodo ac ralione studendi in jure civili libri tres, Lyon, 1544.
Recentiores Jurisconsulti singuli, singulis distichis comprehensi.
Commentarius ad legem Falcidiom. Pavie, 1548.
Epistola in mortem F. Spieræ. 1554.
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fit beaucoup d’efforts pour le ramener au catholicisme, en même temps qu'il lui obtenait une chaire bien rétribuée. Au bout de plusieurs années il abjura de fait: il alla alors enseigner le droit civil à Padoue, puis obtint dé retourner à Valence, où il mourut. H nous a laissé dans une élégie latine l’abrégé de sa vie.
Au nombre des partisans les plus résolus des doctrines antitrinitaires furent Darius Socin, de Sienne, et ses frères, Albéric qui professa la jurisprudence à Oxford (1608), avec une rare élégance et une grande érudition', et Scipion, qui fit des cours à Heidelberg et ailleurs, et qui traduisit en latin dès leur apparition les deux premiers chants de la Jérusalem délivrée.
Lelio Socin était encore à la fleur de l’âge en 1546, lorsqu’il fut reçu membre de l'académie de Vicence, où se tenaient des conférences qui avaient pour but de nier le Christ. Pour mieux saisir le sens de la Bible, il étudia le grec, l’hébreu et l'arabe : puis, voyant qu'il. y avait danger à manifester dans sa patrie des croyances nouvelles, il en sortit, et pendant quatre années voyagea en France, en Angleterre, dans les Pays-Bas, en Allemagne, et en Pologne : en dernier lieu, il alla se fixer à Zurich. Comme les premiers réformés avaient en horreur les doctrines unitaires, Lelio eut l’habileté de les dissimus
ler de façon à passer pour un des leurs, et à devenir l’ami
de Mélanchthon et de plusieurs autres chefs de sectes religieuses. faïsait à Calvin cette question : « Maître, quid d'un chrétien qui a épousé une catholique ? » Et Calvin répondait : « Iì n’est pas permis à un chrétien de s’unir à
(1) Hopy, De Bibl. textibus originalibus, pag. 552, dit qu’Albéric
Socin publia un livre intitulé De latinétate veteris Bibliorum versionis male accusata.
Lelio Socin.
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« une femme qui a abandonné le Christ.Maintenant tous les « papistes sont dans ce cas : papiste et musulman, c'est « tout un *. »
MaisCalvin, quiavait pressenti les dissentiments que devait engendrer une pareille situation, lui écrivait en 1542 : « Ce que je vous ai déjà dit autrefois, maintenant je vous « le répète sérieusement; si vous ne corrigez ce prurit « d’investigation, craignez d'avoir à lutter contre de très- « graves obstacles. » Lelio se tint pour averti, et le supplice de Servet lui apprit à dissimuler, ce à quoi il dut de continuer à être bien vu par des personnes d'opinions fort différentes. Nous avons une lettre de Pierre-Paul Vergerio datée de Vicosoprano le 20 juin 1552, adressée à Pellican, où il dit entre autres choses : « Notre ami Lelio est resté « avec moi pendant trois semaines : puis ils’en estallé chez « son père, mais, à ma connaissance, à travers combien de « périls. Dieu veuille l'en délivrer! » Bullinger, toujours conciliant, lui fit bon accueil, mais Jules de Milan écrivait « de Poschiavo à ce dernier le novembre 1555 : « Tu me « dis que Lelio, qui nous est suspect, et qui est considéré « ouvertement par beaucoup de vertueux frères comme « un anabaptiste, l’a fait une bonne confession, et a sousc crit à la saine doctrine qu’a toujours enseignée l'Église € catholique, et tu m’engages vivement à le considérer « comme purgé de toutsoupcon. Je t'embrasse pour le zèle « que tu montres à la maison de Dieu, car ton autorité ec- « clésiastique est parmi nous d’un tel poids, que ce qui te « satisfait nous satisfait également : je ferai donc en. « sorte que nos églises regardent Lelio comme leur frère, « bien que la tache dont il est souillé à leurs yeux ne s'ef-
(1) Lettre du 7 décembre 1553.
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« face pas facilement. Néanmoins, je prie le Seigneur d’accorder à Lelio la grâce de bien croire ce qu'il t’a con- « fessé. Je ne voulais pas t'en dire d'avantage; mais, pour « ta gouverne, je dois te raconter que Lelio a été complice « de Camille Renato, à ce point, qu'après av@r abandonné « la vérité catholique, il n’a pas rougi de sé faire passer pour anabaptiste à Chiavenna, à Genève et dans d'autres « lieux : je crois que tu reconnais chez Camille l’esprit « d’astuce et de ruse, qui se manifeste chaque jour davan- « tage ; tu ne peux croire combien ce serpent est flexible et avec quels détours il nous échappera si l'on n’y « met pas bon ordre. Mais à quoi bon parler de Camille, « si tous les anabaptistes sont si perfides qu'ils n'aient aucun scrupule de souffler le chaud et le froid". » Lelio s’ouvrait à quelques personnes, surtout aux émigrés italiens, età ses parents demeurant à Sienne. Dégoûté de l'intolérance de Calvin, il écrivit De hæreticis quo jure, quove fructu coercendi sunt gladio vel igne, dialogus inter Calvinum et Vaticanum , opuscule sans nom d'auteur ni d’imprimeur, mais portant le millésime de 4554? : puis en Pologne il professa ouvertement les doctrines antitrinitaires auxquelles il convertit Francois Lismanin, confesseur de la reine Bona Sforza. dl Sigismond I, roi de Pologne, avait fait preuve de dévotion envers les papes, spécialement envers Léon X, en gffppliant ce dernier de rétablir la concorde entre les prinèes’ pour repousser les Tartares, les Moscovites et les Turcs,
(1) OTT. Annal. Anab., p. 120, FUESSLIN, Æpis. Reform., n° LXXII
(2) Ce dialogue fut imprimé en Belgique. Sandro, dans la Bibho- : theca Antitrinitariorum, le confond avec un autre intitulé De hereticis an sint persequendi? imprimé à Strasbourg en 1610, et qu'on attribue à Sébastien Chateillon.
qui inquiétaient son royaume. Pour s'opposer aux progrès de la Réforme, il défendit aux jeunes gens de fréquenter les universités d'Allemagne, et déclara incapables ceux qui adhéreraient à l’hérésie ; mais ce qui favorisa sa diffusion, ce furent l’aggion de Stancari de Mantoue et l’exemple du marquis de Brandebourg. Ce dernier, grand maître de l'ordre Teutonique après avoir apostasié, fonda cette monarchie qui aujourd’hui sous le nom de royaume de Prusse menace d’envahir toute l’Allemagne. Paul II envoya à la cour de Sigismond Jean-Ange Medici, le futur pape Pie IV, en qualité de commissaire de l’armée pontificale chargée . de combattre les Turcs et les Luthériens. Les Polonais, par reconnaissance pour ce grand roi, lui avaient permis de désigner comme son successeur son fils Sigismond-Auguste I, qu’il avait eu de Bona Sforza. Ce dernier prince, pour ne pas s’aliéner les seigneurs, adhéra aux nouvelles doctrines, qui avaient été propagées principalement à Dantzick, en Livonie et dans plusieurs palatinats; et on ne tarda pas à obtenir que dans les pacta convenia offerts au roi, fut insérée une clause qui assurait la tolérance aux Hussites, aux Luthériens, aux Sacramentaires, aux Calvinstes, aux Anabaptistes, aux Ariens, aux Sociniens, aux Antitrinitaires, aux Trithéistes et aux Unitaires.
Socin avait été recommandé à Sigismond-Auguste par Mélanchthon, en sorte que le bon accueil qu'il avait recu du roi et des gentilshommes polonais et les lettres de recommandation obtenues pour le duc de Florence et pour le doge de Venise lui permirent d'aller recueillir la succession de son père (4559), qu’on lui contestait à raison de ses relations avec les hérétiques. A cette époque sa famille fut dispersée, comme nous le dirons
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plus tard; en conséquence il retourna en Suisse, ci mourut à Zurich, au mois de mai 1562. Il avait composé en 1561 une paraphrase du chapitre Ide saint Jean, toute empreinte d'arianisme :.
Fauste Socin, neveu et disciple de Lelio, niquit à Sienne, le 5 décembre 1539 : bel écrivain, parleur facile, distingué dans ses manières, il étudia la jurisprudence et ensuite les sciences à Lyon. Ayant appris la mort de son oncle, il courut en Pologne pour rassembler les livres du défunt, et y fut accueilli comme un prophète destiné à mettre la dernière main à la doctrine arienne. Pour le moment, il retourna dans sa patrie, et pendant douze ans remplit à la cour de Florence d'honorables emplois : puis, lorsque
ses parents furent persécutés, il transféra sa résidence à
Bâle, en 1874, malgré les instances du grand-duc, qui cherchait à l’en dissuader. Il se mit à étudier la théologie, et la ramena à un sens tout opposé à celui qu’on lui donnait ordinairement ; il publia des œuvresanonymes, par exemple le traité de Jesu Servatore ; mais, ayant eu une querelle avec François Pucci, en 1378, il dutquitter Bale. Fauste futalors appelé en Transylvanie et en Pologne, où l’hérésie antitrinitaireavait prisracine; et comme Sigismond-Auguste avait accordéla liberté de conscience à tous ceux quis'étaient séparés du papisme, les Unitaires, qui ailleurs étaient envoyés au bûcher, purent y faire profession publique de leurs doctrines : ils ne tardèrent pas, grâce à Grégoire Pauli, à former à Cracovie une congrégation distincte, ayant son collége, son imprimerie et son synode annuel : ils con-
(1) Quant à ceux qui prétendent que la Franc-Maconnerie a été inventée à Venise par Lelio Socin en 1546, nous pouvons leur opposer une circulaire publiée par les Francs-Maçons dès l'année 1535, circulaire dont nous reparlerons plus tard. |
Fauste Socin,
Biaudrata.
Troubles en Pologne.
tinuèrent à y prospérer jusqu'à l’an 1658, date de leur expulsion.
Il y avait scission chez les Unitaires eux-mêmes. Parmi eux figurait Georges Biandrata, issu d'une illustre famille de Saluces, docteur de l’université de Montpellier, puis decelledePavie, qui écrivitsur l’art des accouchements et sur les maladies de femme les meilleurs traités qu'on eût composés jusqu'alors, et cela sans connaître ni le commentaire de Bérenger, ni les œuvres de Paré. Appelé à donner ses soins à Jean Zapoly, waivode de Transylvanie, il le mit à même d’épouser Isabelle, fille de Bona Sforza, reine de Pologne, à laquelle il rendit de très-grands services ainsi qu'à l’enfant né de cette union peu avant la. mort de son père. Il ne paraît pas juste de compter Biandrata au nombre des émigrés de Vicence', attendu qu’en 1853 nous le trouvons fort paisiblement établi à Mestre : de cette ville il s'enfuit, paraît-il, à Genève, où, écoutant les leçons de Calvin, il fatiguait le maître par ses questions incessantes : un jour il paraissait satisfait de ses réponses, le lendemain il revenait à la charge. Aussi, Calvin indigné « de sa conduite, lui dit : Ton visage me laisse entrevoir le « monstre plein de finesse que tu tiens caché au fond du cœur », et plusieurs fois il lui fit de durs reproches, pour qu’il se corrigeàt de la perfidie, des fourberies et des intrigues tortueuses qui le fatiguaient ?.
Biandrata soumettait aussi ses objections à Celso Martinengo, ministre de l'Église italienne, sans en tirer
(1) Bayle corrige un grand nombre d'erreurs commises par Varillas et par Maimbourg à propos de Biandrata, mais il en commit lui-méme beaucoup d'autres. Voir MALACARNE, Comm. delle opere e delle vicende di Giorgio Biandrata ; Padoue, 1814.
(2) Cau.vini, Æp. CCCXXII.
ANTITRINITAIRES. —— LES SOCINS. — BIANDRATA. 393 plus de satisfaction. Calvin lui avait promis d'oublier
| sa faute; mais Biandrata, pendant qu’il assistait à une
de ses lecons, vit entrer un sbire de la république : il lui vint à l’esprit qu'on voulait le faire arrêter; il feignit un saignement de nez, s’enfuit à Zurich, puis devint chef d’une église établie par Nicolas Olesnieski, seigneur de Pinsk. Lorsque plus tard Sigismond-Auguste, ouvrit la Pologne aux hérétiques, Biandrata vint à Cracovie, assista à deux synodes, et collabora avec Stancari à la version polonaise de la Bible sous la protection de Nicolas Radziwil, grand chancelier de Lithuanie. Devenu doyen des églises qui dépendaient de Cracovie, il soutint de vives controverses, fut considéré par les Antitrinitaires comme un chef de file, et devint archiâtre et conseiller intime du roi. Radziwil le députa au synode de Xians avec des lettres de recommandation et un présent de six cents éeus, ainsi qu’au synode de Pinsk, où il exposa une confession de
. . foi qui parut orthodoxe, parce qu'il y professait la croyance
à Dieu un, aux trois hypostases distinctes, à la divinité éternelle, à la génération du Christ et à la procession du Saint-Esprit. Cependant Calvin lui avait fait une mauvaise réputation, et il écrivit plusieurs lettres aux fidèles de Pologne pour les inviter à chasser Biandrata : nu//us est apud alias gentes : vos admiramini non secus atque angelum e colo delapsum. Vestras delicias minime vobis invideo*. Il va même jusqu'à lui reprocher, sans trop de fondement, un style barbare.
Troublé par les persécutions acharnées de Calvin, Biandrata émigra en 1563 en Transylvanie, où l’invitait à se retirer le prince Jean Sigismond; il devint archiâtre et
(1) CaLvini Ep. CCCXXI.
conseiller intime d’Étienne et de Christophe Bathori, et ce fut à lui que Socin dédia sa seconde réplique à Volano.
En 1566, il soutint en présence de toute la cour une discussion publique, avec l’aide de Francois David; mais ce dernier le dépassa bientòt dans ses conclusions, non-
seulement en niant que le Christ fût Dicu, mais en prétendant qu’on ne devait pas l'adorer; aussi Biandrata se brouilla-t-il avec lui. Déjà la Pologne était envahie par une infinité de sectes; pour remédier à cet état de choses, Biandrata fit venir Fauste Socin. Celui-ci ne tarda pas à se facher avec lui; il avoue que Biandrata avait rendu beaucoup de services à leurs Églises, mais que, pour se mettre dans les bonnes gràces du roi Sigismond-Auguste, nonseulement il ralentit le cours de ses faveurs vis-à-vis des Unitaires, mais encore qu'il caressa les Jésuites. Tant est vieille la mode de décerner l'épithète de jésuite à quiconques’écarte des opinions courantes, fût-cemême un antitriritaire ! De fait, il sembla qu'il ne se fût pas totalement séparé du catholicisme, puisque la cour de Pologne l’employa dans diverses nonciatures. Ses adversaires l’accusèrent d’avarice ; ils prétendirent qu'il était mort d’indigestion, ou étouffé par son neveu Bernardin, circonstance dans laquelle Socin voit « un juste châtiment de Dieu, qui use d'une grande sévérité contre ceux qui abandonnent sa cause pour des intérêts humains ».
. Graziani, dans la vie du cardinal Commendou, a fait une peinture vivante des bouleversements survenus en Pologne par suite des discordes qui éclatèrent entre le roi Sigismond-Auguste et Bona Sforza, sa mère, et de l’introduction des opinions hétérodoxes. Ex Germania, Gallia, Italia corruptores aderant, ac prohibente nemine, et inanis-
FR
ANTITRINITAIRES. — LES SOCINS. — BIANDRATA. 395 sime quoque diclis applaudente, sua quisque somnia vendilurus, cœlus emulantium studia profligate doctrinæ habebant, et licencia lingue grassabantur. Eodem Bernardinus Ochinus confugerat, et præter cæleros magno concursu el assensu audiebatur, etc.
Commendon écrivant au cardinal Borromée le 6 juillet 1564, après lui avoir analysé le livre de Sarniscki, ajoute : « Monseigneur de Warmie fut avisé hier de la Pos- « nanie que dans ce pays on avait su par les lettres de « l’archiduc de Cracovie que frère Bernardin Ochin était « venu à Cracovie, qu'il avait ouvertement fréquenté les « Trinilaires, et qu’en outre il y avait apporté je ne sais
quel autre dogme de polygamie ».
Et de Parzow, le 28 février 1865 : | - « Les hérétiques de ceroyaume se voyant si divisés entre « eux, et voulant essayer, s’il est possible, de ne former « tous qu'une seule secte, pour s’unir ensemble contre « les catholiques, ont tenu hier et aujourd’hui, dans les « demeures des trois principaux chefs, troisconventicules « de Confessionistes, de Sacramentaires et de Trinitaires, « et ont résolu de rechercher s’il n’y aurait pas quelque « moyen de s’accorder avec les autres. J'ai appris d’un « des leurs, qui vacille quelque peu dans ses opinions, « et qui a l'habitude de venir parfois chez moi, que l'été « dernier ces Trinitaires avaient résolu de tenir un conci- « liabule en Pologne : c’est dans ce but qu'étaient ve- « nus de Transylvanie à Cracovie Biandrata, de Moravie, « Alciat, Statorio (Stancari?) et Gentile, et d'Allemagne, « Ochin; mais ee projet fut arrêté dans son exécution par les édits de la police, et les susdits hérétiques furent contraints de s'enfuir hors du royaume, à l'exception « d’Ochin, qui fut hébergé secrètement, jusqu’à ce qu’en-
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« fin, étant sorti lui-mème du royaume, il alla mourir en « Silésic. » | Le cardinal Osio, lui aussi, dans une lettre datée de Cologne en 1584 écrivit à Nicolas-Christophe Radziwil sur le nombre infini des sectes qui pullulaient en Pologne : Fortasse non ignoras in dubium nunc revocari (quod eliam apud . ethnicos facere capilale fuit) num sit Deus qui rerum humanarum aliqua cura tangatur. Ausus est hanc quæstionem tractare B. Ochinus; unus omnium impurissimus hærelicus, qui simul et inimicum et defensorem agit : qui plurimis etiam blasphemiis scatentes de sancita Trinitate dialogos edidit, quos patri tuo dicare veritus non est. Vides igilur ad quod exitremæ barathrum impietatis ventum sit postea quam ab unitatis cathedra discessum est. Doctrines Fauste Socin, qui était passé en Pologne en 1879, avaitap-
de Fauste portéun nouvel élementde confusion parmi les nombreuses
na sectes de ce pays, en mettant au jour un nouveau symbole tiré des papiers de son oncle, symbole qui différait sur des points essentiels de celui des Unitaires polonais. D'après ses nombreux écrits, Luther et Calvin avaient bien mérité de la religion, mais cependant leurs mérites ne devaient pas satisfaire, puisqu'il fallait selon lui débarrasser la foi de tout dogme qui surpasse la raison. La Bible est d’origine divine, et l’on doit entendre dans le sens littéral les passages qui se rapportent au Christ; lequel, unique d’essence comme de personne, est seulement inférieur à Dieu pour la majesté et la puissance qu'il a acquises par la mort, par l'obéissance et par la résurrection. Conçu par l’opération du Saint-Esprit, ct conséquemment appelé Fils de Dieu, avant d’assumer en sa personne le ministère de maître des hommes, il fut ravi au trône de Diéu, où il reçut les enseignements qu'il
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donna, et qui, puisés à cette source, sont là sublimes.
En récompense de son obéissance, il fut après sa mort élevé à la dignité divine, avec pouvoir sur toutes les choses terrestres et célestes. Nous pouvons donc recourir à lui avec confiance, et nous devons l’adorer comme Dieu. En cela la doctrine de Fauste Socin était en contradiction avec celle des Unitaires transylvaniens : en fait, on lit dans le catéchisme de Rakow : « N'est pas digne du « nom de chrétien quiconque ne rend pas à Jésus-Christ « des honneurs divins. »
De cette manière on créait un Dieu subalterne, à qui dans un temps donné le Dieu suprême devait céder le gouvernement du monde ‘. Christ n’est plus le verbe incarné, le Dieu révélé aux hommes pour les conduire sur le chemin du ciel, la raison métaphysique du monde, la source inépuisable de la vertu; il n’opère plus directement sur l’homme, qui se conduit alors par ses propres ” forces. L'homme a été mortel avant la chute; autrement Christ, en abolissant le péché, l'aurait soustrait à la . mort; lacoulpe originelle n’est pas transmissible. L'homme possède si bien le libre arbitre, que l'omniscience divine n’embrasse pas les actions humaines, la doctrine de la prédestination détruit toute espèce de foi. La justification n’est plus qu’un acte juridique, en vertu duquel l’homme est déclaré juste, parce que tel le constituent ses œuvres faites en obéissance des divins préceptes. Christ n’a pas satisfait pour les péchés des hommes, parce que Dieu les leur avait pardonnés avant lui :sa Grâce n'existe pas, autrement la morale courrait risque de
(1) C’esten ce point que consiste la différegge Entre les Unitaires et les Ariens ; ceux-ci faisaient le Christ créé, maia avant toutes choses; selon eux, le monde avait été créé et était gouverné par lui.
ne plus exister : le baptème d’eau est uniquement un acte qui rappelle l'initiation; c’est une cérémonie comme la Cène. L'Esprit Saint est la force et la vertu du Très-haut. L'homme arrive par lui-même à discerner le bien et le mal, et il puise dans l'instruction l’idée de Dieu et des choses divines. On dit l’homme fait à l'image de Dieu en ‘tant qu’il a l’empire sur les animaux, conception la plus abjecte qu'on ait jamais appliquée à la ressemblance entre Dieu et la plus noble créature, et qui n’explique pas du tout comment l’homme, aussitôt que Dieu s’est manifesté à lui, devient iminédiatement capable d'en comprendre l'existence. L'idée religieuse est toujours chez Socin une idée secondaire et acquise; il donne la primauté à l’idée morale, à laquelle celle-ci doit être subordonnée; en sorte qu’on ne conservera aucun passage des livres sacrés qui puisse être en contradiction avec notre intelligence *.
Socin fut donc un véritable hérésiarque, un hérésiarque
(1) Cependant Warburton, malgré son ignorance de la théologie catholique et le mépris qu’il en faisait, disait que Dieu, en créant l'homme à son image, avait voulu indiquer par là qu'il était doué de la faculté de raisonner.
(2) Telle est la doctrine qu’on peut déduire de ses écrits : mais Fauste: professait pour les Ecritures une entière soumission. Nihil in iis scriptis legi quod non verissimum sit... Prastat, mi frater, mihi crede, cum in aliquem Scriptura locum incidimus, qui nobis falsam sententiam continere videatur, una cum Augustino in hac parte ignoranliam nostram fateri, quam eum, si alioquin indubitatus plane sit, in dubium revocere. Epist. III, ad Matth. Rudei. Naturellement un des passages que les Unitaires attaquent le plus vivement est celui de saint Jean, I, V, 7 : Tres sunt quitestimonium perhibent in colo : Pater, Verbum et Spiritus: et hi tres unum sunt. Et comme ce verset, surtout après l'édition du Nouveau Testament d’Augustin Scholz, a été mis en doute même par certains ca@dffiques, son authenticité a été démontrée par le Père J.-B. Franzelin, yiefesseur au collège Romain dans son traite De Deo trino secundum personas.
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bien caractérisé, puisque, en proclamant les droits dela raison, il n’a respecté aucune limite. Luther et les autres avaient sécularisé la religion, lui sécularise Dieu; s’il n’osa pas bannir ouvertement le supra-sensible, il nia tous les dogmes, il conduisit à l’incrédulité, et fut le père du rationalisme qui est l’hérésie de notre temps.
Fauste Socin enseignait même des erreurs sociales : en exagérant la doctrine de la mansuétude évangélique et celle du pardon, il niait non-seulement la légitimité de la guerre, mais encore celle de toute autorité répressive. Celui qui avait dénoncé une injustice ou une violence exercée à son préjudice commettait un acte de vengeance, répugnant à la généreuse pratique de la morale chrétienne; car Christ, dans le sermon surla montagne, dit: « Vous « avez appris qu'il a été écrit : œil pour œil, dent pour « dent. Et moi je vous dis : Ne résistez point à la violence; « et si quelqu'un vous frappe à la joue droite, tendez- « lui aussi l’autre. »
Cette doctrine fut soutenue par ses disciples, qui en étendirent les conséquences jusqu’à nier le droit pénal, et principalement la peine de mort. Ils s’appuyaient sur un passage célèbre de Lactance, qui rejette et la guerre et la dénonciation des délits ‘ : Ostorod, théologien des plus renommés dans cettesecte, s'appuyant sur le Nouveau Testament, proclama que le magistrat chrétien commet un péché en envoyant au supplice les malfaiteurs. Schmalz fit de plus cette réflexion, que le supplice du coupable peut amener la perte de son âme: Weigel répandit cet enseignement dans des instructions populaires, et tous les docteurs de cette secte se mirent è aftaquer la légiti-