‹ Les hérétique d'ItalieChapitre 12 sur 26 · L.go · texte numérisé non relu

L.go

(1) Div. Inst., lib. VI, cap. 20.

fi.

mité de la peine de mort. Le Christa pardonné à la femme adultère et a blâmé saint Pierre de s'être servi de son épée, et saint Paul a dit que les Chrétiens ne devaient pas employer d'autres armes que les armes spirituelles, jamais le glaive ni la potence :.

Sans parler des théologiens catholiques, ces maximes furent combattues par Benoît Carpzov, fameux jurisconsulte de Wittemberg (1595-1666), qui, dans la Practica criminalis, soutient que le châtiment est nécessaire pour préserver la société, et qui réfute les Sociniens, en citant les nombreux passages de la Bible où le dernier supplice est commandé ou infligé par de saints personnages. Le Nouveau Testament ne contient rien de pareil : il y est ordonné d’obéir aux puissances ; mais il suffit que la peine de mort soit édictée dans tant de lois humaines pour qu'elle soit légitime (A).

Isabelle de Médicis et le grand-duc son frère avaient toujours empêché que les biens de Fauste Socin fussent saisis par l’Inquisition, à la seule condition qu’il ne mettrait pas son nom en tête de ses livres, qui parurent en effet sous le voile de l'anonyme, ou avec l’anagramme de Felix Turpio Urbevetanus. André Wissovatius, son neveu, publia les œuvres de son oncle dans la Bibliotheca fratrum Polonorum, 1636, en 6 volumes in-folio. En 1627 on avait déjà publié à Cracovie Prælectiones theologicæ Fausti Soccini, senensis.

Fauste eut à essuyer de sérieuses contradictions à propos de ses doctrines. Protégé par quelques grands personnages, il épousa Agnès, jeune fille de bonne famille, qu’il perdit en 1587, Ses adversaires excitèrent contre lui le

(1) An pœnas capitales facinorosis omnibus irrogare liceat magistratui christiano?

ANTITRINITAIRES. —— LES SOCINS. — BIANDRATA. 401

peuple de Varsovie, qui le traîna dans les rues de la ville, il échappa à grand” peine à ces mauvais traitements, et se retira dans un obscur village, où il mourut, le 3 mars 1604. On lui fit cette épitaphe :

Tota licet Babylon destrurit tecta Lutherus, Calvinus muros, sed fondamenta Soccinus.

En fait, la Réforme n'était parvenue qu’à arracher les âmes au pape pour les donner soit à un roi, soit à un consistoire, soit à un pasteur. Le Socinianisme seul im- . planta l’autonomie de la raison; c'est de lui que sortent Descartes, Spinoza, Bayle, Hume, Kant, Lessing, Hégel, Bauer, Feuerbach. Strauss et ses adeptes, en niant le Christ positif et en y substituant un Christ idéal, ne firent qu’ajouter au plan socinien l'élaboration scientifique, laquelle est le propre de l’âge moderne : les blasphèmes arcadiques de Renan et les propos de carrefour de Bianchi- Giovini et d’autres Italiens n'ont pas d’autre origine. Ce sont eux qui ont supprimé d’un seul coup la question suprême, la clé de voûte de l’histoire, celles de la vie, de la mort, de l'avenir, l'intelligence du monde mystérieux.

Les Sociniens, comme les disciples de Luther, se proclamaient les restaurateurs du christianisme primitif, par cela seul qu'ils prenaient la sainte Écriture pour unique règle de foi et pour mesure de leurs actions. Luther, en éliminant de la Bible ce qui n'était pas de son goût, conserva les dogmes dela Trinité, du péché originel, de l’incarnation et de la divinité du Christ, le baptême et une sorte d’eucharistie. Socin supprima tout. Le Luthéranisme avait donné la prépondérance à l'élément di-

vin, le Socinianisme à l'élément humain; Luthériens et HI — 26

Parallèle entre les

cstant Per les Sociniens.

Réformés exagérèrent le dogme du péché héréditaire, les Sociniens ne le reconnurent pas.

Suivant les uns, Dieu seul opère la justification, et l'homme reste un être entièrement passif; suivant les autres, l’homme seul est agissant, il s'élève el se perfectionne de lui-même, sans que Dieu fasse autre chose que de lui révéler sa doctrine. Pour les Protestants, le divin Sauveur

“est venu sur la terre afin de nous racheter par son sacrifice; pour les Sociniens, c'est un homme qui a été envoyé sur la terre afin de donner aux hommes une nouvelle doctrine, et de leur montrer en sa personne le modèle à imiter. Les Protestants, se fiant entièrement en la Grâce, méprisent la raison : les Sociniens proclainent que la raison et ses droits sont.au-dessus de tout mystère, et qu’elle est seule compétente pour éclaircir les nuages épais qui enveloppent les saintes Écritures. Les Protestants (dit Gioberti ) ont puisé dans les ouvrages des païens les accessoires et l'éloquence : les Sociniens en ont renouvelé substantiellement les tendances, l'esprit et les doctrines. En rejctant le supra-intelligible idéal et révélé, ils obscurcissent l'intelligible à de force logique, ils lui enlèvent cette pureté et cette perfection qui surabondent dans les préceptes évangéliques; ils réduisent la sagesse du Christ aux étroites proportions de celle de Socrate et de Platon : à l’idée lumineuse et pleine d'harmonie de la chrétienté catholique, ils substituent l'idée boiteuse et nébuleuse de la philosophie paienne. Ils conservent seulement en apparence les vérités supra-rationnelles de la révélation pour établir une harmonie apparente entre l’aristocratie socinienne et la multitude, et pour former une doctrine exotérique à l'usage exclusif du vulgaire.

À Sienne, où la famille des Socins s'était illustrée dès les

ANTITRINITAIRES. = LES SOCINS. =— BIANDRATA. 403

temps les plus reculés par les charges que ses membres avalent remplies, ainsi que par leur savoir, nous avons recherché soigneusement quelques souvenirs d’eux, mais il n'en reste presque qu’aucun. On dit seulement que la villa de Scopeto appartenait à cette famille; il y a peu d’années encore, on y voyait un grand arbre à l’abri duquel, selon la tradition, les religionnaires tenaient leurs assemblées ; aussi fut-il abattu par l’ordre de la pieuse dame à qui il appartenait. Nous avons pu extraire de la bibliothèque communale quelques lettres de Socin, que, faute de mieux, nous rapportons ici : on y reconnaîtra une sorte d’argot convenu. |

« Très-cher Materiale ‘. Il n’y a pas plus de cinq jours « que je reçus par une même personne trois de tes lettres « portant les dates des 2, 18 et 23 mars, auxquelles je ne « ferai pas une aussi ample réponse que tu la voudrais et « que je la désirerais, parce que j’ai encore beaucoup de « lettres à écrire, et que le temps que j'ai à y consacrer est « très-court. J'y répondrai par ordre en commencant par « la première, sans te dire combien la réception de tes « lettres m'a consolé, et presque fait revenir à la vie. Je « te crois, cher Materiale, lorsque tu me fais le récit de a tout ce que lu as souffert à cause de moi, par suite de « l'ignorance où tu étais des lieux que j'habitais ct de a l’état où je me trouvais : ces pensées et ces discours dont j'étais l'objet et dont tu me fais part ne m'apprennent rien de nouveau, parce que tu m'as donné trop « de preuves de la grande affection que tu me portes.

LS

(1) C'est le surnom qui, à l’Académie de Sienne, appartenait à Jéròme Bargagli, comme ceux de Frastagliato (le Découpé) à Fauste Socin, de Focoso (l’Ardent) à Jules Spanocchi, d’Aftonito (l'Étonné) a Lelio Marretti.

Tu as bien pu, d'après mes autres lettres, te représenter que je n’ai pas été moins en peine de toi et de ce que tu étais devenu. Les vicissitudes par lesquelles tu es passé, et que tu me décrivais dans tes lettres, nonseulement sont toujours présentes à mon esprit, mais il semble que le souvenir en soil encore plus vivant en moi depuis que les préoccupations et les soucis que tu as eus à mon sujet par mes lettres sont, on peut le dire, entièrement dissipés; et alors même que se serait produit l'événement qui te faisait douter de ton amour pour moi, ce qui eût pu arriver de plus fâcheux aurait été la perte de la vie corporelle. Si au contraire je voyais se réaliser l'événement qui me ferait douter de l'immense affection que je te porte, le résultat pour loi serait la perte d’une vie spirituelle ct éternelle, et pour moi une douleur sans mesure, incessante, pendant le reste de mes jours. Si jamais j'ai désiré ètre auprès de toi, si jamais j'ai ressenti combien t'est préjudiciable notre éloignement, c'est en ce moment, oui c'est en ce moment. Jour infortuné celui dont le 2° anniversaire se renouvelle aujourd’hui même, où j'ai été obligé de me séparer de toi! Mais puisque je reviendrai sur ce sujet, je veux dans ma réponse continuer à suivre l'ordre de tes lettres. — Ma seconde, qui renfermait des compositions de mon cru, doit l'être parvenue à l'heure qu'il est : je te les adresserai cependant de nouveau. Il me déplatt que tu aies abandonné ces études qui te fournissaient l’occasion de me poser des questions : je crains fort que tu ne me reviennes transformé en légiste pur; ce serait, ma foi, dépasser la mesure. Je crois ce que tu m'as dit de Messer Ascanio, de Viterbe, à savoir qu'il m'aime beaucoup, encore que je ne sache pas ce qui

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