‹ Les hérétique d'ItalieChapitre 18 sur 26 · AR A R A A A A A A R = R A AR A · texte numérisé non relu

AR A R A A A A A A R = R A AR A

(1) Non vesiræ religionis dogmate probatum. De lampade combinatoria.

(2) Oratio valdictoria.

CLÉMENT VIII. — PHILOSOPHIE NOUVELLE, 545 pas grand chose pour qui a lu les panégyriques nauséabonds que Bruno a semés tout le long de son voyage. Pourtant la légende populaire dit qu'il avait fait à Wittemberg l'éloge du démon, et qu'il avait pactisé agéc lui. En effet il avait souvent parlé du démon avec une familjarité qui devait scandaliser, à une époque où tont le monde en avait peur. IÎ l’appelait un homme de bien; il le reconnaissait comme un habile, pour avoir montré à Jésus-Christ les royaumes de la terre, non pas du fond de l’antre de Trophonius, mais du sommet d’une montagne» et'il espérait qu’il y aurait pour les démons aussi chance de salut, car il est impossible que Dieu reste éternellement implacable, et qu’il n’y ait place pour eux dans un monde par< fait‘. Qui sait même si, par cet éloge du démon, il n’a pas voulu seulement faire un essai de subtilité dialectique et oratoire? On a tort de prétendre qu’il s’est fait luthérien, parce que dans l'Orafio consolatoria habila in illus. Academia Julia de Helmstædt, il dit avoir été ad reformationis ritus exhortatus.

. Effectivement, Giordano Bruno prêcha avec un zèle d’apôtre dans les diverses Universités et Cours d'Europe la théorie de Lulle, le système du monde selon Pythagore,

le panthéisme de l’école d’Élée, voilé sous des formes néo-platoniciennes. Tantôt applaudi, tantôt excommun$,

ne sachant pas se conformer aux doctrines légales, il est toujours en mouvement et en bataille avec ses rivaux, avec les calvinistes à Genève, où pourtant il ne resta que deux mois; avec les catholiques à Toulouse et à Paris. Toujours jaloux de la liberté de philosopher, il ne reconnaît dans cette sphère aucun point d'arrêt, et se laisse

' (1) BanTROLOMESS, J. Bruno, I, 161. | IN -—-35 0"

Doctrines de Giordano Bruno.

entrainer par un orgueil trop souvent ridicule'. Il se vantait d’avoir été banni de sa patrie pour ses honnétes propositions et ses étudesà la recherche de la vérité, études auxguelles il devait au contraire l'avantage d'être admis hez les étrangers au droit de cité; en Italie, il était exà la gueule vorace de la louve romaine ; à l'étranger, il était libre; dans sa patrie, il eût succombé aux violences des tyrans; ici il vit grâce à la justice et à la bienveillance d'excellents princes. Souvent il se plaint, ainsi que l'ont dû faire tous les Italiens, des persécutions et des jalousies de ses concitoyens. « IL fallait que je fasse un « esprit véritablement héroïque pour ne pas renoncer à « la lutte, pour ne pas me désespérer, et pour ne pas m’a- « vouer vaincu en face de ce rapide torrent de criminelles « impostures; voilà ce qu'ont déchainé contre moi l’envie « des ignorants, la persécution des sophistes, les diffa- « mations des malveillants, les murmures des valets, les « chuchotements des mercenaires, les contradictions des « domestiques, les soupcons des gens stupides, les chi- « canes des espions, le zèle des hypocrites, les haines des « barbares,iles furies de la plèbe, les fureurs populaires, « les lamentations de ceux que j'avais fustigés, et les « vociférations de ceux que j'avais châtiés. »

Au fond de cette doctrine, qui répond au caractère ontologique de la pensée italienne, on découvre que Bruno était un panthéiste : il faisait du monde un être animé par une intelligence partout présente, cause première non pas de la matière, mais de toutes les formes que la matière peut revêtir, formes vivantes dans toutes les choses, bien

qu'elles ne paraissent pas vivre.

(1) Voir son adresse à l’Académie d'Oxford.

Sa doctrine se révèle particulièrement dans la Cène des Cendres, et dans ses livres intitulés Causa, principio ed uno (La Cause, le principe et l’un) et Znffnilo, universo e mondi (l’Infini, l'univers et les mondes). La première réalité est une unité infinie, éternelle, assujettie au hultiple et au visible; une identité des contraires, une coïn- . cidence du tout, et hors de laquelle rien ne saurait exister. Dans l’unité se confondent le fini et l'infini, l'esprit et la matière; l'unité est Dieu, essence de toutes choses: entre l'unité minima et l'unité maxima il n'y a aucune différence. Dieu se fait tout, il est tout ce qui peut être, univers, mondes, monades, nombre, figure'; Dieu est la puissance de toutes les puissances, l’acte de tous les actes, la vie de toutes les vies, l’Ame de toutes les âmes, l'être de tout l'être. S'il se manifeste dans la pluralité c’est le monde, en sorte que le monde est Dieu, animal ‘saint, sacré, vénérable?, La nature, c'est Dieu se manifestant au dehors, et se repliant éternellement sur lui-même; en sorte que nature safuwran{ et nature cause nafuree, c'est tout un, et que toute chose renferme en elle la divinité 4 l’état latent, divinité qui peut se dilater dans une sphère infinie. Dans l'être, rien ne manque jamais : tout est bon en soi : la mort est une transformation : le mal n’est qu’une apparence.

Chercher comment se concilie le fini avec l'infini, l'idéal avec le réel, la liberté avec la nécessité, c'est à cela qu'il vise; le but qu'il se proposait et qu'il n'a pas at-

. (1) Monas tota mtima et extima tota!

Omnia substentans graditur super omnia, nempe Sola ipsa in toto, et totum consistit in ipsa.

(2) De immenso et innumerabili, lib. I, c. 13 Del principio, causa et uno. Dial. INI. Est animal sacrut, sancium et venerabile mundus. dé ”

teint, c'était de ne pas volatiliser la matière ou matérialiser l'esprit, mais de réaliser la nature, et de ne pas diviser par la raison ce qui est indivisible selon la nature et la vérité. L'acte le plus absolu et la puissance la plus absolue ne peuvent se comprendre que par le moyen d’une négation : aussi, pour connaître les mystères de la nature, est-il besoin de rechercher le plus et le moins, les oppositions et les contradictions, car la différence naît de l’unité et retourne à elle. En conséquence, pour conserver cette unité intime qui existe entre la nature et l’âme, Giordano Bruno élimine tout ce qu’il y avait de fini dans l’idée de l'infini; il fit abstraction des conceptions qui n'ont de rapport ni avec le temps, ni avec l'espace, ni avec le mouvement, ni avec le repos, sinon en tant que ces catégories de phénomènes se confondent dans l'univers et dans l’un. Et l’univers est ua, infini, immobile, parce qu'il n'a qu’une seule puissance absolue, un seul acte absolu, une seule âme pour le monde, une seule matière, une seule substance, qui est l’Étre très-haut et excellent, incompréhensible, indéterminable, sans limites ni fin, non susceptible de génération ni de destruction. Cet être n'est pas matière, puisqu'il n’a pas de forme déterminée; ce n'est pas une forme, puisqu'il ne constitue point une substance particulière; il n’est pas davantage un composé de parties, puisqu'il est à la fois tout et un. Dans l'univers tout est centre, et le centre est partout, et il n'est dans aucun point de la circonférence, et vice versd.

La substance première et suprême ne peut être perçue, mais on peut percevoir l'âme du monde que Bruno appelle l’ouvrier intérieur, et qui n’est autre chose que l’essence même de l'univers et de tout ce qui y est renfermé. Sa faculté première et réelle est l'intelligence pniverselle.

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