G. OLranits. De vita et factis Vanini, Jena
FUnRMANN, Leben des Vanini, Leipsig, 1800.
Eire Vaisse, Lucilio Vanini, sa vie, sa doctrine, sa mort, aux Mémoires de l’Académie de Toulouse.
Œutres philosophiques de Vanini, traduites pour la premiére fois par RousseLor, Paris, 1842.
Italiens en Suisse et dans les Villes Libres. — Là Mesolcina. Genève.
La Suisse était redevable dé sa civilisation aux moines qui la peuplèrent de couvents et de sanctuaires, autour desquels se développèrent plusieurs villages qui prirent le nom de divers saints, ainsi que les villes de Saint-Gall, Appenzell (Abatis cella), Glaris ( Ecclesia Ilarii), Feldkirch, Einsiedeln, etc. Ses soldats allaient prendre du service dans les États de l'Église, ce qui fit que Jules II surnomma les Suisses « les Défenseurs de la liberté ecclésiastique » et leur donna en récompense l’estoc et le chapeau bénits, qui furent placés à Zurich; deux étendards, qu’on déposa dans la chapelle de la Madone d’Einsiedeln , et à chaque canton une enseigne représentant un des mystères de la passion : pour la porter, on désigna un porte-enseigne qui marchait au premier rang dans les jours de bataille.
Ce fut en qualité de chapelain de ces soldats qu'était venu en Italie le curé Zwingle, qui prècha la Réforme en même temps que Luther. Plus logique que celui-ci, il nia plus carrément les dogmes catholiques, et ses ouvrages furent lus davantage, parce qu’il écrivait en latin. Luther le combattit, et tous les cantons prirent parti ou pour lui, ou contre lui : Fribourg, qui avait été admis dans la Ligue Helvélique, en 1481, avec Soleure, fit alliance avec Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwald et Zug : les confédérés,
grande peste dans l'Église contre l'Église. » C'est là qu'il fit imprimer en 4536 ses Institutions chrétiennes, où, è l'imitation des Vaudois, il soutenait que dans la Cène il n'y, a pas de présence réelle et locale du corps et du sang du . Christ; qu’il ne doit y avoir dans l'Église ni chef visible, ni hiérarchie, ni évêques, ni prêtres, ni messes ou fêtes, ou images, ou crucifix, ou bénédictions ou invocations de saints, ni rien de ce qui peut, en arrivant à l’Ame par l’intermédiaire des sens, l’élever au moyen des choses visibles jusqu’au Dieu invisible. |
On établit à Bâle une Église italienne, dont Jean Toniola a conservé la mémoire:.
A Surib. A Zurich, qui, dans l’île de Ufnau au milieu du lac, possède le tombeau d'Ulrich de Hutten, Charlemagne avait fondé une école que Zwingle ressuscita, et d'où sortirent les fameux Conrad Gessner, Gaspard: Wolf, Josias Simler, Henri Bullinger. Nous verrons beaucoup de réformés italiens y chercher un refuge. C’est là que s'était retiré Jacoh Aconzio, célèbre jurisconsulte de Trente, qui, dans son livre De Methodo, sive recta investigandarum tradendarumque scientiarum ratione (Basilea, 1558), avait renoncé à la dialectique ordinaire, et proposé une nouvelle méthode pour arriver à la vérité, en décomposant et recomposant plusieurs fois la question, et en l’examinant sous ses divers aspects, puis en passant du connu à l’inconnu. Il dédia à Élisabeth, reine d’Angleterre, dont il recut è diverses reprises des marques d’estime, son De Sfratagematibus Satana în religionis negotio, Bâle 1565, livre alors très-vanté et traduit dans différentes langues, et où il s'applique à réduire
(1) Jo. Tonioi.æ Cetus italici qui Basilea colligitur. Basiles, 1611. Nous avons encore de Toniola Basilea sepulta, retecta, continuata, hoc est tem urbis quam agri basileensis monumenta sepulchralia.
à un très-petit nombre les dogmes essentiels du christianisme, dans le but d'amener les sectes à une tolérance
gr
Re: Aconzio avait vécu dans l'intimité avec le Romain | François Betti, qui écrivit au marquis de Pescara, au service de qui il était, une lettre « dans laquelle il explique à son excellence les motifs qui l'ont déterminé à quitter son service » (Zurich, 1557). Fils du régisseur du marquis, il était en "grande faveur près de ce dernier et en voie d'avancement, quand il se sentit transporté per l'amour de la divine foi. Il peint tout au long les luttes qu'il eut à soutemir avec les sentiments de respect et d'attachement qu'il professait envers ses supérieurs et ses parents. Il déclare hautement qu'il ne veut pas entamer la discussion sur des matières théologiques qu'il ne connaît pas. Il sait qu’en Italie on regarde les Luthériens comme des Turcs, mais il affirme que ceux qui sont ainsi appelés par leurs ennemis n'ont d'autre. aspiration que celle d'être chrétiens, et il se met alors à développer les principaux articles de leur foi, surtout en ce qui concerne la satisfaction du Christ pour nous : il n'admet que deux sacrements, et dans la Cène il ne voit qu'une solennelle commémoration de la passion et de la mort de notre Sauveur, instituée par lui-même. A ses yeux, le mariage n'est pointun sacrement, mais les magistrats ont été établis par Dieu, et conséquemment il faut les respecter et leur obéir. C’est à lui que Muzio lança en plein visage les Mentite Bettiniane (les mensonges Bettiniens). Plusieurs personnes entreprirent de le ramener au bercail; mais il continua à résider à Zurich, à Strasbourg et ailleurs : en 1587, étant déjà fort avancé en âge, il publia à Bâle la traduction de
Galen.
‘On a trouvé récemment dans la bibliothèque de Zurich des traités d’Ochin, de Scipion Calandrino et d'autres auteurs, découvertes dont nous avons tiré parti pour no travail, "+
agtrasbourg. Strasbourg, capitale de l’Alsace, ville libre, c'est-à-dire
Zanchi. —impériale, était fameuse par sa cathédrale, meryeille du
style gothique, comme Saint-Pierre de Rome l'est du
style de la renaissance; elle l'était aussi à cause de son
immense commerce de livres et des continuelles disputes
théologiques qui s’agitaient dans son sein. Calvinistes
et Luthériens, Zwingliens et Anabaptistes, tour à tour
applaudis et tour à tour expulsés, y avaient importé cha-
cun leurs dogmes:. Cette ville avait chassé l'évêque et
le chapitre en 1529, et avait abjuré le catholicisme, dont
le culte y fut plus tard rétabli en 1681, lorsqu'elle fit sa soumission à Louis XIV. |
Parmi les Italiens qui étaient venus se réfugier dans sès murs, citons Zanchi, chanoine de Bergame, moins acharné contre le catholicisme que les prédicants de Strasbourg. Invité à dîner par le recteur Jean Sturm, il rencontra chez lui Marbach, Herlin, Dasypodio, et Sapido : la conversation étant tombée sur le pape, Marbach soutint qu'il n’y avait aucun espoir qu'il connût jamais la vérité, ea sorte qu'on ne devait plus prier pour lui. Zanchi répliqua qu'on devait cesser de prier uniquement pour ceux qui avaient notoirement péché contre l'Esprit-Saint; qu’on ne
(1) En 1860, on a publié à Paris Mathieu Zell, le premier pasteur évangélique de Strasbourg (1477-1548) et sa femme Catherine Schutz, étude biographique et historique par Eanesr Leur; — Et à Eberfeld, en allemand, Capiton et Butzer, réformateurs de Strasbourg, d’après leurs lettres inédites, leurs écrits imprimés et autres sources contemporaines, par J.-G. Baum.
pouvait pas dire cela du pape, en tant que pape, et que jusqu'à ce qu’on eût acquis la certitude qu’il avait commis ce péché, il était du devoir de tout chrétien de prier pour ‘lui. Marbach et ceux qui, comme lui, tenaient pour article de foi que le pape était un enfant de perdition et même l’Antechrist, furent scandalisés des paroles de Zanchi.
Parmi les disciples de Zanchi à Strasbourg, nous trouvons Jean-Ange Odone, savant vénitien, ami d’Hortensius Landi, et qui dès 4534 était en- correspondance avec Bullinger. .
Une partie:de la Suisse est tout è fait on à moitié italienne; nous vouions parler des: pays qui maintenant forment le canton du Tessin et une partie de celui des Grisons. Il y a dans ce dernier. einq vallées où l’on parle l'italien; ce sont la Calanca et la Mesolcina ou val de la Moesa, qui se prolongent dans le canton du Tessin ; le Munsterthal, ‘près de la haute montagne du Stelvio, formé par le bassin du fleuve Ram, qui se jette dans l’Adige, a maintenant trois paroisses protestantes, dont la principale, celle de Monastero, qui donne son nom à la vallée, et une abbaye jadis maftresse du pays et dont on attribue la fondation à Charlemagne; enfin, le val Bregaglia ou de la Mera, qui aboutit à Chiavenna, et celui de Poschiavo, qui se termine dans la Valteline, à la Madone de Th'ano. Les Grisons devinrent ensuite maîtres de la Valteline, et nous aurons occasion d’en parler plus en détail.
La partie qui présentement appartient au canton du Tessin, et qui s'étend dés cimes du Saint-Gothard et du Saint-Bernardin jusqu’au lac-de Lugano et au lac Majeur, avait été prise au duché de Milan et assujettie par les Suisses. Les trois cantons primitifs d'Uri, de Schwitz, d'Unterwald avaient occupé les bailliages de Bellinzone, de
Dans le Tessin.
Les beilliages suisses.
608 DISCOURS ZII.
Blenio et de Riviera, qui s'étendent entre le lac Majeur et les sommots du Saint-Gothard; tous les douze cantons ensemble possédèrent les bailliages de Lugano, Locarno, Mendrisio, Valmaggia, autour des lacs Ceresio et Verbano.
Les cantons de qui relevaient ces bailliages cisalpins envoyaient pour les gouverner des baillis nommés pour deux ans; ces fonctionnaires achetant leurs charges à beaux deniers se remboursaient du prix d'achat en vendant la justice; et, selon queles cantons ou lesbaillisétaient catholiques ou protestants, ils persécutaient ou favorisaient les apostats. Ceux-ci furent particulièrement favorisés par Jacob Werdmuller, chaud partisan de la doctrine évangélique. Les soldats qui sortirent de l'intérieur de la Suisse à l’occasion de la guerre de Musso contre Jacques Médici, ne propagèrent pas tant les doctrines nouvelles que le mépris des anciennes : parmi eux un carme, du nom: de Bal- | thasar Fontana, expliquait les épitres de saint Paul, et du camp écrivait aux Églises suisses, aux fidèles de Jésus-Christ, pour leur recommander de songer au Lazare de l'Évangile, qui désirait se nourrir des miettes tombées de la table du Seigneur; et pour que, touchés de ses larmes et de ses supplications, ils lui envoyassent « les « œuvres du divin Zwingle, de l’illustre Luther, de l'ingé- . « nieux Mélanchthon, du zélé OEcolampade » : il les priait en outre de faire tous leurs efforts pour que « notre « chère Lombardie, esclave de Babylone, pùt acquérir « cette liberté que l'Évangile donne à tous. »
Jean Orelli de Locarno, familier et commensal perpétuel de Jean Galéas Sforza, eut des relations avec Savonarole et autres croyanis exaltés, et introduisit dans sa famille l'habitude d’argumenter sur les questions religieuses. Son fils Louis servit sous le connétable de Bourbon au
siége de Rome, y fréquenta un grand nombre de Luthériens, particulièrement Freundsperg, et rapporta du fameux sac de la ville éternelle dix-huit mille sept cent
+‘ quatre-vingt onze sequins, vingt-sept livres d'or fondu,
cent quinze livres d'argent, douze vases d’or, quarante- -
huit vases dorés, trente et un d'argent, neuf de cristal, et une bourse remplie d’anneaux. L'autre fils d’Orelli, François, servit aussi sous Charles Quint, et tous deux, | avec leur père, favorisèrent à Locarno les doctrines nou- - Le médecin Jean de Muralt, leur compatriote, envoyé par le duc Sforza à Genève, y connut Servet et quelques émigrés d'Italie; il se pénétra de leurs idées, et les apporta dans sa patrie, où il les communiqua aux Orelli et à quelques Italiens émigrés, au nombre desquels étaient le comte Martinengo de Brescia, Guarniero Castiglioni de Castiglione de Varèse, un Camozzi, un Visconti. Tous les émigrés trouvaient l'hospitalité près des Orelli, et quelques-uns d’entre eux obtinrent le droit de posséder ainsi que le droit de cité. Un apothicaire, qui reliait aussi des livres, eut quelques ouvrages dans le sens protestant, et commença à en parler avec des personnes respectables : puis un nommé Piotta enseigna ouvertement l'hétérodoxie et divulgua les écrits de Servet. ‘ Parmi les réfugiés italiens qui, attirés par la proximité, par le climat, par la langue, et aussi par les mœurs conformes à celles de l’Italie, se fixèrent dans les bailliages, on remarguait au premier rang le prêtre Jean Beccaria, noble milanais, qui eut des propriétés à Locarno et y obtint ‘droit de cité. Il avait connu à Rome Ochin, Carnesecchi, Vermigli; à son retour à Locarno en 1534, il y répandit
les maximes de ces hérétiques sous le couvert d'une école
Jean de Muralt,
Jean Beccaria.
6419 DISCOURS XII. . a
de littérature : bien plus, l’archiprétre, qui.n'avait. conçu aucun soupcon sur ses doctrines, l’invita à faire, quelques sermons, qui eurent un grand succès. Beccaria.se Jia d'a- mitié avec la famille Orelli, avec Jean et Martin,de Mural avec Louis Ronco, et augmenta le nombre des.progélytes dela Réforme, surtout en 1540, au retour d'un voyage qu'il fit en France. Il fut secondé dans cette œuvre.de prosélytisme par Benoît de Locarno, célèbre prédicateue. de l’ordre des Mineurs conventuels, par Cornélius de Nicasia, du même ordre, arrivé de Sicile en 1546, et par le Jaailli protestant Joachim Baldi de Glaris. Mais ge desnies eut pour successeur, en 1548, le catholique Nicolas Wirg, qui empêcha la propagation des doctrines bétérodozes, . et prescrivit l’observation exacte des fêtes, des.jegnes el autres pratiques ecclésiastiques; il voulut aussi plus tard qu’on organisât une controverse publique. Lefaeft 440, se présentèrent pour la discussion, au nom le l'&gdise chrétienne de Locarno, Beccaria, le juriscongulte Martin de Muralt, le médecin Thadée Duni, Louis Ronea, et And Jérôme Camuzzi : leurs contradicteurs-i.fuwent d'anchiprètre Galéas de Muralt, le chapelain de. la Madone del Sasso, le dominicain frère Laurent, et l’archiprètre Morosini de Lugano. Au milieu d’un grand.conçours de peuple, pendant quatre heures, on argumenta sur le texte évangélique Tu es Pelrus el super hanc peiram adificabo ecclesiam, puis sur la confession auriculaire, sur. le mérite des bonnes œuvres; le commissaire qui présidait l'assemblée, indigné des réponses ambiguës, finit par ordonner l'arrestation de Beccaria. Mais trente jeunes gens de son parti l’arrachèrent de vive force des mains. de ceux qui le conduisaient en prison ; aussi crut-il prudent de se réfugier dans la Mesolcinaggallée italienne soumise
aux Grisons. Là, s'étant marié, il se fit le précepteur des enfants italiens que leurs familles voulaient faire élever dans les principes de la Réforme.
A Locarno, les discussions publiques encouragèrent les novateurs. Cette ville entendit les prédications de Léonard Bodetto, ex-franciscain de Crémone, qui épousa audit Locarno Catherine Appiani, avec laquelle il s'appliqua à faire école; d’autres prédicants y furent appelés de Chiavenna..
La proximité de Locarno troublait le sommeil du page et celui du roi d'Espagne, alors duc de Milan. Aussi saint Charles Borromée, qui déjà avait fondé le séminaire helvétique à Milan pour préparer des desservants à ces pays, ayant pénétré en Suisse comme légat pontifical, y exerça une juridiction rigoureuse sur les sorciers et les hérétiques. Cédant à ses instances, les Cantons catholiques mirent un frein à la propagation de l’hérésie en Italie, et, malgré l'opposition des Cantons réformés, rendirent de sévères édits de prohibition, et infligèrent une amende de dix écus à celui qui tiendrait chez lui des livres et des écrits contre la foi catholique; ils menaçaient de la peine capitale quiconque blasphémerait les choses saintes, et , à l’occasion de la fête de Pâques de l’année 1554, enjoignaient à toute personne de s'approcher effectivement et oralement des sacrements de pénitence et d’eucharistie; quant à celui qui mourait sans sacrements, il était privé de la sépulture ecclésiastique. Les novateurs ne se désistèrent pas pour cela : ils tenaient leurs assemblées de préférence chez les Muralt, les Duno, les Orelli et chez le beau-frère de celte dernière famille, Francois Belld de Gavirate; ils demandèrent à avoir un pasteur reconnu et une ge particulière. Antoine Mario
612 DISCOURS XII. | Besozzi écrivait à Bullinger qu’en 1354, en présence des syndics venus de Bellinzone, on baptisa des enfants selon le rit hétérodoxe, et on prècha publiquement dans l’église:
Rauchlin de Zurich ayant été envoyé comme commis-
saire, l'audace des protestants devint plus grande : aussi une liste dressée au mois de juillet 14354 compte-t-elle quatre-vingt-six familles réformées, composées de cent trente=cing membres, outre les enfants, les timides et les domestiques qui n'y figurent pas. Orelli, Muralt et Duno se rendirent à Zurich pour demander la protection des Cantons réformés; ils donnèrent leur formule de profession de foi, aux termes de laquelle ils acceptaient le Credo, faisaient du Christ notre unique médiateur, et reconnaissaient deux sacrements, le baptème qu'on devait conférer sans les cérémonies du culte catholique romain, et la cène, dans laquelle le corps du Christ est à la fois une nourriture et un breuvage.
. Mais, sur les instances des Cantons catholiques, le syndicaf, sétant réuni à Locarno, décréta que les novateurs devraient abjurer, sous peine de la confiscation des biens et mûane sous peine de mort. Ceux-ci en appelèrent à la diète générale, qui remit le jugement à titre de compromis aux Cantons mixtes d’Appenzell et de Glaris, lesquels décidèrent que les Réforinés devraient revenir à la foi de leurs ancêtres, ou émigrer avec tout leur avoir.
Le 4°" janvier 1333 la population de Locarno fut convoquée au palais du Commissaire pour lui annoncer cette sentence, et exhorter les apostats à revenir à l’antique foi. Mais à la fin de février on vit défiler processionnellement, cn présence des représentants des sept Cantons catholiques, les dissidents, tous en habits de fête, tenant leurs enfants par la main, ct déclarant solennellement
qu'ils resteraient fidèles à leur croyance. Ils étaient au nombre de cent vingt-cinq, sans compter quelques absents et les enfants (A) : en conséquence, on leur intima l'ordre d’avoir à s'expatrier pour le 3 mars suivant.
‘’Octavien Ripetta, évêque de Terracine, nonce apostolique, étant va à Locarno pour complimenter au nom du Saint-Père les ambassadeurs suisses, ne laissa échapper aucun moyen de convertir les hérétiques, mais il eut peu de succès; les femmes elles-mêmes, telles que Barbara Muralt, Catherine Rosalina, Lucie Belld, Claire Toma, voulurent discuter avec lui. On prétend qu'il insista pour qu'on infligeàt aux dissidents de sévères châtiments; il obtint la condamnation à mort contre le cordonnier Nicolas Greco, coupable de blasphèmes, et l’arrestation des plus opiniâtres. Barbara Muralt devait être du nombre; mais sa maison contiguë au lac, avait été construite à l’époque des factions: de manière à ce qu'on pùt s'échapper par une porte dérobée. La force arinée y ayant pénétré, Barbara se leva du lit, et demanda à aller s'habiller; pendant ce temps-là, elle prit la fuite. Les autres dissidents furent sommés d'abandonner leur patrie, avec leurs familles etleursbiens. - Ayant pris congé de leurs amis, de leurs parents et mème de leurs femmes, cent soixante-treize personnes de tout âge passèrent le 3 mars le Saint-Bernard, et s’arrétèrent quelque temps à Rovereto dans la Mesolcina, jusqu'à ce qu’elles eussent pris des arrangements avec les Suisses. Les Grisons leur offrirent.un libre asile, qui fut accepté par Besozzi, Leonard Bodetto, Jean Antoine Viscardi et leurs familles. Le plus grand nombre alla s'établir à Zurich, {am hilares, tam leti ac si ad nuptias aut festum aliquod properarent au dire de Duno. Ce citoyen de Locarno se fit remarquer dans cette ville comme un
habile médecin; il y jouit de l’amitié du fameux naturaliste Gessner, publia plusieurs ouvrages, et traduisit en latin quelques traités d’Ochin et de Stancario.
D'autres vinrent les rejoindre en cet endroit, quand le sénat de Milan, informé que quelques sujets suisses, bannis de Locarno pour cause de religion, avaient été forcés de venir habiter sur le territoire milanais, ordonna qu'ils dussent le quitter dans les trois jours, sous peine de mort.
Les habitants de Zurich donnèrent une part de leurs aumôûnes publiques aux pauvres émigrés ; ils autorisèrent l'établissement d’une église italienne dans le temple de saint Pierre, avec un pasteur spécial, lequel fut Jean Beccaria; il dut promettre de se conformer aux rites et aux dogmes reçus dans le canton, et prêter serment d’obéissance au magistrat et au synode. Ils lui assignèrent une provision de cinquante sequins, cent quinze brente de vin', dix-huit boisseaux de grain et deux d’avoine. Pour subvenir à ces dépenses, on envoyait de Berne deux mille cinquante neuf florins, de Bale cent soixante, de Bienne trente-trois et demi, et de Lausanne d’autres subventions.
Ces émigrés italiens s'étaient rendus ridicules à la po: pulation de Zurich, tant par leur manière de se vêtir que par leur langage et leur genre de vie. Puis la zizanie ne tarda pas à éclater entre Beccaria et Bullinger, ce qui fit donner au premier sa démission de pasteur. Il cut pour successeur Ochin, qui au bout de peu de temps, fut chassé de Zurich comme hérétique. Antoine-Marie
(1) Brenta est une espèce de tonneau portatif, qui sert à transvaser le vin, et qui dans certains pays est une mesure adoptée pour ce liquide, variant de 75 litres 552 à Milan, et à Fribourg de 30 litres seulement. ( N. des Traducteurs.)
Besozzi; lui bussi, fut jeté en prison en 1864 pour avoir énoncé des dogmes contraires à ceux qui prévalaient dans le Cariton. A dater de cette époque, les Locarnais n’eurent plus leur ministre à eux, el durent payer la dime sur toutes les hérédités, malgré les capitulations antérieures.
On donna le nom de faubourg des Italiens au quartier de la ville où s'était fixée la communauté de Locarno à Zurich; Louis Ronco fut chargé d’en tenir les registres. A Locarno, il fut un temps où personne ne voulait acheter la‘soie récoltéé sur les fermes appartenant à des hérétiques : aussi François Orelli en envoya une grande quantité à son frère Louis, au lieu d'argent. Celui-ci ouvrit un magasin de soies à Zurich, et y introduisit des métiers et des étoffes qu'on n'y avait pas vus auparavant : telle fut l’origine de la prospérité de cette industrie et des plantations de mùriers. Les familles des Duni, des Orelli, des Muralt, des Pestalozzi, donnèrent à Zurich des hommes qui ont bien mérité de la science et de l’humanité.
L’hérésie ne fut pas sans: infecter la circonscription paroissiale de Locarno, car en 1580 le pape sentit le besoin d'en confier lasurveillance particulière à Speziano, évêque de Novare. Saint Charles voulait y bâtir un séminaire , et renonca simplement à ce projet parce que Barthélemy Papio d’Ascona laissa un legs de vingt-cinq mille écus d’or qui placés en actions sur un Mont de Rome, en rapportaient douze cents par an, avec la destination spéciale d'ériger à Ascona un collége pour y élever quelques enfants pauvres du pays. Ce collége fut en 1582 placé par lui sous la protection de Grégoire XIII, qui nomma saint Charles son représentant ad hoc'.
(1) Je trouve dans les annales de Grégoire XIII, publiées par le P. Theiner, qu'au congrès des seigneurs suisses tenu à Lugano en
Le protestantisme
Mesolcina.
Dans le val de la Mesolcina, où le protestantisme avait été répandu par Jean Fabricius Montano, chef de toute l’église rhétique, Beccaria avait déployé une grande activité pour y établir la foi nouvelle. Après y avoir fait nn court séjour, il était passé, ainsi que nous l'avons dit, à Zurich, avec les émigrés de Locarno; mais lorsque ceux-ci eurent pris pour chef Ochin, il retourna à Mesocco sous le nom de Kanesgen. Les catholiques de cette vallée mirent tout en œuvre pour le contrecarrer; aussi écrivait-il à Rullinger : « L'état des affaires religieuses est ici tolérable, « grâce à Dieu, bien que les papistes ne cessent de fo- « menter des troubles. Je ne crois pas cependant avoir « rien à craindre, car je me confie dans la protection de « celui sans la volonté de qui un cheveu ne tombe pas de « notre téle. Quant aux vertueux évangéliques, j'ai recu « d'eux l'accueil le plus gracieux. Parmi ceux qui se « sont fait remarquer en me comblant de prévenances, « est le seigneur Antoine Sonvico, consul élu, qui, fidèle « à vos exhortations, s'occupe à propager l'évangile de « Jésus-Christ. Aussi, que Dieu veuille bénir ses efforts! Je « le prie de recommander à Dieu ma personne et mon « Église. Jusqu'ici lenombre des adversaires de l'Évangile « est beaucoup plus considérable que celui de ses fidèles, « quoiqu'on puisse plutôt ranger les premiers au nombre « des athées que des adeptes d’une religion quelconque. « Mais la puissance de Dieu est assez grande pour ouvrir « leurs cœurs. — Mesocco, 17 mai 1559. »
1584 l’archiprétre de Saint-Laurent suppliait ce pape d'accorder aux prêtres du pays de célébrer deux messes dans les endroits de difficile accès, ainsi qu'ils en avaient déjà obtenu la concession des évêques de Côme, concession qui venait de leur étre retirée per Bonomo, visiteur du diocèse.
Jean-Antoine Viscato, dit 7/ Trontano, à cause de sa patrie, s'était fixé à Rovereto et y avait fondé une Église. Les catholiques s'en émurent très-fort, et les cinq cantons, craignant la propagation de l’hérésie, et appréhendant de voir les émigrés de Locarno s'encourager de ce fait pour ranimer leur parti, firent de chaudes instances- près du gouvernement des Grisons pour faire rendre contre eux un décret de bannissement. Le parti contraire l'emporta, et au mois d'avril 1360, Beccaria fut officiellement autorisé à rester en qualité de pasteur à Mesocco, et à instruire les enfants. Le nombre des personnes qui renoncèrent à assister à la messe pour aller | entendre lc prèche dans des maisons particulières prit ainsi de notables proportions; les dissidents prétendirent ensuite à la possession de deux sur cinq églises qui existaient dans la vallée, et ils les obtinrent de la Diète. Mais les cinq Cantons insistèrent à ce point, qu'on laissa aux communes de la Mesolcina la liberté de garder ou de renvoyer Beccaria : dans les réunions assemblées pour délibérer sur cette affaire, l'opinion du renvoi prévalut ; sculement, on laissa aux dissidents la faculté d’élire un autre ministre. Beccaria s’en fut alors à Chiavenna, et il écrivait . de cette ville à Fabricius Montano : « Après une longue et. « sérieuse querelle avec ces ennemis du Christ, le parti « qui demandait mon renvoi prévalut, à condition ceè, pendant que les frères pourraient avoir un autre pré-
« dicant... A te dire vrai, voyant dans quel état se trou-
« vaient nos affaires et la noire ingratitude de la plupart, je me félicite que Dieu m’ait offert l'occasion de m'en aller, avant que le besoin et la misère m'y eussent con- « traint. Après la mort du généreux Antoine et de son « frère le commissaire, cette Église restait tellement dé-
Saint Charles.
envoyé en mission dans
ce pays.
« pourvue d'hommeset de ressources, que c’est à peine s’il « y avait de quoi fournir à l'entretien du pasteur... Je re- « garde donc comme une grâce du Seigneur de m'avoir a tiré de cette situation misérable et du milieu de cette lie « populaire... Ma femme depuis six mois déjà est à Lo- « carno, où elle a été forcée de se rendre pour rétablir « sa santé ruinée : elle reviendra dans peu, pour dire « adieu à cette population si dévouée » (15 novembre 1561). Pourtant Beccaria revit de lemps en temps Mesocco, jusqu’à ce qu’il en eut été chassé de vive force, sur les instances de saint Charles, en 1571.
Ce grand saint, affligé des progrès de l’hérésie dans des pays contigus à son diocèse, se rendit à Rome en 1582, et se fit nommer visiteur apostolique pour les pays suisses et grisons, même ceux ressortissant de la juridiction de l'ordinaire de Côme. Il n’est pas d'autorité à laquelle il n'eut recours dans cette légation; aux rois d'Espagne et d'Angleterre, à l’empereur Rodolphe, aux Cantons catholiques, à l’évêque de Coire, au duc de Savoie, aux Vénitiens. C'était l'époque où, en France et en Angleterre, les inimitiés entre catholiques et protestants étaient dans toute leur effervescence : à Paris, la victoire était à la Ligue, qui chassa le roi, et qui avait l’appui de l'Espagne; c'était par l’entremise de cette puissance que le duc de Savoie espérait à cette occasion recouvrer la possession de @enève et des pays que lui avaient enlevés les Bernois; et de fait H fit une tentative en ce sens, mais il ne put empècher les Suisses de faire alliance avec la France, alliance à laquelle accédèrent les Grisons, au grand déplaisir des catholiques. Aussi Borromée, écrivant à Castelli, évêque de Rimini, nonce apostolique en France, afin d'obtenir du roi Henri sûreté et liberté pour lui et pour ses prêtres,
« Faites en sorte (lui disait-il) que les Grisons ne se « doutent pas que j'y vais en qualité de légat du pape; le « nom seul ferait échouer complétement cette mission. Qu'on parle de mon voyage comme d’un voyage privé; sous ce prétexte, sans amoindrir les résultats de ma mission, je consolerai ces populations. D'ailleurs les catholiques désirent me voir, et les hérétiques euxmêmes ont pour moi des marques de déférence et d’attachement; c’est ce qui me fait espérer que je ne serai point entravé : ma seule crainte, c’est que les émigrés « d'Italie ne gâtent tout. Ces gens là sont une vraie sen- « tine de vices, et non-seulement des hérétiques, mais « beaucoup d’entre eux sont des apostats et des gens per- « dus; qu’à peine sauront-ils qu’il s’agit de défendre la re- « ligion catholique et verront-ils fructifier les premiers « germes de la bonne semence, que dans la crainte d’être « exterminés, ils auront des accès de fureur et mettront le « feu parmi les chefs pour me susciter des retards et m’em- « pêcher d'obtenir aucun succès...... Il faudrait surtout « veiller à alléger le joug intolérable que les hérétiques « font peser sur les catholiques d’en deçà des Alpes. « Car lorsque les élections amènent au pouvoir des ma- « gistrats hérétiques, quand bien même ils n’agiraient « pas avec une violence manifeste contre les catholiques, néanmoins ils se montrent désireux de détruire la re- « ligion; ils donnent de détestables exemples comme « d’abominables ministres du diable qu'ils sont, sans « laisser la liberté de se procurer ou de garder de bons « et vertueux prétres, qui acheminent les âmes sur les « sentiers du salut : ils défendent aux prétres étrangers, « quoiqu'exemplaires, de se rendre dans ce pays, tandis « qu'ils accordent pleine liberté d’y demeurer aux sujets
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620 DISCOURS XII. da
« impics et perdus. Puisque le roi a tant d’empire près « des Grisons, il serait utile, sans laisser entrevoir qu’il « en est prié par moi, qu'il s’employät dans cette affaire. « Par.exemple, votre seigneurie pourrait suggérer à Henri: « un-scrupule qui le ‘pousserait lui et les Grisons à agir
« én.ce sens : je veux dire en montrant-les dangers qu'il « y aurait à ce qu'un si grand nombre de ‘personnes ,* « accablées sous le poids de calamités et fatiguées du « joug qui pèse sur elles, ourdissent quelque conspira-' « tion et levassent l’étendard de la rébellion!. » |: ©
- Accompagné du franciscain François Panigarola et du jésuite Achille Gagliardo, Borromée reprit-le cours de sa visite, et fut de nouveau à Lugano, puis à Tesserete, où il trouva de grandes consolations dans la piété des habitants ; sur cinq cents personnes qui se confessèrent, pas une n’eut à s'accuser d'un péché mortel?; ensuite par Bellinzona, il se rendit à Rovereto dans la Mesolcina.
- IL trouva dans cette vallée beaucoup de disciples de Vergerio et de Pierre Marty: Vermigli; en fait de catholiques (écrivait-il au cardinal Sabello), il n’y en a plus que de nom, car ils n’en ont ni les mœurs ni les croyances. Les novateurs Trontano et Kanesgen { pseudonyme de Beccaria) avaient habité cette vallée; peu auparavant y était mort Ludovic Besozio, disciple de Trontano, ‘et qui valut mieux que son maître : la Mesolcina était ex contact presque continuel avec les habitants de la vallée du Rhin, déjà toute calviniste. On y remarquait, pour leur haine envers les catholiques , ‘Francois Lucino, qui
(1) Ep. apud OLrroccni, note ad vitam sancti Caroli , lib. VII, c. 4.
(2) Compertum est nullum ferme ex quingentis et amplius, qui labes apud nos suas deposuerunt, lethalis culpæ reum fuisse auditum. Lettre du P. Gagliardo, à qui nous empruntons la description de ce voyage.
depuis trente années s’y était fixé, puis un fils de Trontano', et deux ou trois autres, « dont les femmes sont de vrais monstres d’enfer'». Les affaires religieuses étaiént alors dirigées par un moine, déserteur de son ordre et de la religion, qui trafnait avec lui une vilaine femme et quatre enfants qu'il en avait eus: les autres prêtres ne valaient guère mieux. Borromée ramena les esprits par sa douceur, par l’Inquisition, par les enseignements ct les largesses qu'il répandit autour de lui : aussi Dieu récompensait ses fatigues. SETTE
Le respect que nous portons à ce grand saint ne nous empèchera pas de raconter qu’il crut découvrir dans cette vallée un très-grand nombre de sorcières. Il leur fit faire uh procès, et il y en éut au moins cent trente qui abjurèrent : celles qui ne voulurent pas faire amende honorable furent condamnées; on en brûla d’abord quatre, puis quatre autres, puis trois, enfin plusieurs autres. Le prévôt du pays Dominique Quattrino avait été vu par onze témoins au milieu du sabbat avec les démons, conduisant des danses obscènes, revêtu des ornements sacrés comme pour célébrer la messe, et portant le saint chrème? : aussi fut-il condamné au bûcher. | ,
Il scrait absolument inutile que j'ajoutasse un mot pour déplorer que ces personnes instruites ct pieuses se fussent laissées prendre, elles aussi, aux délires du siècle. Néanmoins, je ne passerai pas sous silence que les Grisons Glevèrent des plaintes et des protestations contre les em-
(41) Samuel, fils de Trontano, et un nommé Brocca , avec toute sa famille, se firent catholiques en 1584, comme nous l’avons relevé dans les manuscrits de Borromée.
(2) Voyez OLrROccHI, note ad vilam sancli Caroli, 684-694. Ripa- MONTI, Hist. Patr., Dec. IV, lib. V, et ci-dessus, page 149.
piètements de juridiction de Borromée, mais nous n’avons trouvé aucune trace de doléance pour procédures «contre les sorcières, tant elles paraissaient conformes à l’esprit du temps'. Borromée remplaca dans la Mesolcina le curé, mis à mort par Jean Pierre Stoppano, auteur du Tractatus de idolatria et magia, lequel fut depuis mis à l’Index. Plus tard le saint s'en fut dans le val Calanca, où il reconnut cinquante familles tombées dans l’hérésie et vingt-deux sorcières. Par le Lukmanier, il se rendit à l’abbaye de Dissentis pour confirmer dans la foi l'abbé Castelberg, peut-être le seul homme remarquable qui dans la Rhétie prit à cœur la restauration du satholicisme dans le sens du concile de Trente.
Un personnage aussi célèbre que saint Charles, qui s’avancait à bannière déployée, suivi d’une foule d’ecclésiastiques de haut mérite et de grand savoir ; à la rencontre de qui venaient solennellement les autorités; qui, à l’Hospice, dormit sur la paille; qui présida à la translation des reliques des saints Sigisbert et Placide, dut laisser une vive
(1) Tobie Eglino parle avec une grande douleur des gestes de Borromée dans la Mesolcina, et dit que dans cette vallée un moine, qui y disait la messe depuis trois ans, annonça qu’il allait embrasser la religion évangélique. Il raconte qu'il fut longtemps à Rome au service du cardinal Aracæli génois, lequel, sur le point de mourir, se repentit d'avoir beaucoup écrit contre l'Évangile, et annonça sa confiance dans la miséricorde de Dieu; il ajoute qu'il eut avec ce cardinal de longs entretiens sur la justification et sur le purgatoire, qu'il réprouva avec lui les opinions papistiques, ce qui lui fit croire qu’il allait sortir de ces ténèbres. Venu à Milan, il poussa un loir dans le tabernacle, afin que cet animal rongeât les saintes espèces, se promettant ainsi de railler les moines qui croyaient que c'était Dieu. Par suite il courut risque de la vie; mais avec l'aide de certains Cré- monais ses amis, il échappa, et s'enfuit dans la Mesolcina, etc. — La lettre, datée du 9 juin 1571, se trouve dans HottINGER, Helv. Kirch. Gesch., tom. III, page 900.
impression dans l’esprit de ces populations. Il avait le dessein de se diriger sur Coire, et, à son retour, de visiter Chiavenna ct la Valteline. Pour obtenir la permis- . sion d’y pénétrer, il envoya Bernardin Mora au Beytag des Grisons; mais les prédicants allaient partout semant des soupçons sur son compte; ils rappelaient qu'il était le neveu de ce Jean-Jacques Medeghino, dont le nom était resté un épouvantail chez les Rhètes, depuis les sanglantes guerres qu’il était venu apporter sur les rives du lac de Côme et dans la Valteline. Voyez (disaient-ils) tout ce qu’il a fait dans le val Mesolcina, où à peine a-t-il mis le pied, que, s’établissant dans un lieu fortifié, il y installe un inquisiteur, et finit par y faire tout à sa guise; puis quels soupçons n'éveillerait pas chez nos alliés les Français l’arrivée du cardinal, tout inféodé à l'Espagne! Ces rumeurs trouvèrent créance; les prédicants, non contents d'obtenir son exclusion, poussèrent leurs coreligionnaires du val Pregalia à maltraiter les missionnaires qu'il y avait envoyés, et à les faire mettre en accusation?. A cette nouvelle, le cardinal Borromée rebroussa chemin, et alla par Giornico et le Saint-Gothard à Bellinzona*. ll trouva une
(1) Giussano, Vita di san Carlo.
(2) Ces missionnaires étaient Adorno, Grattarola et Boverio. Grattarola décrit dans une lettre le procès qu'on lui fit dans une hôtellerie, en présence de quinze juges revétus du collier d'or, qui, à la fin, ayant à lui infliger une amende, se contentérent de lui faire payer à souper. |
(3) Le passage du Saint-Gothard était alors un des plus formidables de la chaîne alpestre ; néanmoins, dès l’année 1374 l'abbé du monastère de Dissentis y avait établi un petit hospice. Dans son voyage, saint Charles résolut de le remplacer par une construction solide; mais il fut surpris par la mort avant d'avoir exécuté ce projet, et Frédéric Borromée y plaça en 1602 un prêtre dans une maison qu'il fit bâtir à ceteffet. Ce ne fut qu'en 1683 que l’hospice fut érigé par l’archevéque Visconti, qui y mit deux capucins pour assister les voyageurs.