‹ Les hérétique d'ItalieChapitre 4 sur 26 · PI · texte numérisé non relu

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topa,

universelle, tandis que le moyen âge, qui s'entendait bien peuen matière de tolérance, en fit autant qu'il put un être méchant, tourmenté et même ridicule. » Voilà ce qu'écrit Renan, qui, aprèsavoir enlevé au Christ sa divine auréole, dit que, par respect pour la céleste étincelle partout où elle apparaît, il ne voudrait pas prononcer une sentence d'exclusion, de peur d'envelopper dans cette condamnation un atome de beauté! C'est une falsification de l’histoire à joindre à tant d'autres du même auteur, puisque le féroce moyen âge étendait sa compassion jusqu'aux damnés; il assignait un jour de relâche à Judas lui-même; il reconnaissait à l’ange du mal les traces de la plus belle créature de Dieu, il le faisait respectueux devant l'innocence, soumis devant les saints , et il ne lui refusait même pas l’espérance de la rédemption.

Du reste, comment avoir le courage de vilipender le passé, quand on voit tant de crédulité dans l’âge présent, qui, sur des faits d’une certitude qui vaut à peu près celle d'autrefois fonde des théories nouvelles? Combien peu de personnes sontcapables de revenir par la pensée à ces temps si différents du nôtre! Mais, grâce à Dieu, pour expliquer ces vieilles croyances, il suffit d'observer quelques faits qui appartiennent à ce siècle où nous vivons, et nous reconnattrons tous les défauts, toutes les errcurs, tous les crimes du moyen âge : aucun ne manque, ils ont seulement pris la nuance de l'heure présente.

Les hommes ont besoin d'adorer et d'obéir; s'ils n’adorent pas Dieu, s'ils ne lui obéissent point à lui, le souverain bien, ils portent leur adoration au diable qui souffle le mal. De là l’ardeur de celui-ci à nous éloigner de Dicu et de son Christ, parce qu’alors nous allons à lui. Voilà où tendent les trois erreurs capitales de notre temps, le panthéisme,

Hi — ti

On adore le démon.

162 e DISCOURS II.

le matérialisme, le rationalisme. Si tout est Dieu, il n’y a plus d’incarnation; même conclusion, si tout est matière ou s’il faut exclure tout mystère qui dépasse les limites de la raison. Nous retournons ainsi au fatalisme et à la servitude des temps antérieurs au Christ : et renverser son

trône, c’est relever celui de Satan.

Spiritisme.

Tout d’abord, on s’est borné à nier le Christ; bientôt après on est arrivé au culte de son ennemi, en vertu du besoin que nous éprouvons de manifester notre vénération intérieure par le culte extérieur : on a vu renaître les évo cations, les prodiges, les oracles de l'âge paien, dans ce qu’on appelle le spiritisme.

Ce fut après Îles révolutions de 1848 qu’on annonça les étranges phénomènes des tables tournantes, c’est-à-dire des mouvements divers imprimés par de simples attouche ments. D'abord, on ne voulut y voir qu’une opération purement mécanique, puis on découvrit une intelligence et enfin un esprit comme moteur. On supposa que cet esprit était un reflet de l'intelligence des assistants ou de celle du médium, nom que prirent les personnes qui produisaient comme à volonté ces phénomènes; mais plus tard on obtint des mouvements indépendants de Ja pensée et des connaissances des assistants, et même en contradiction avec leurs idées, leur volonté, leurs désirs. Il fallut alors reconnaître un être invisible, et pour s’en convaincre, il devint nécessaire d'entrer en conversation avec lui; on obtint ce résultat en convenant de certains mouvements qui signifieraient oui ou non, ou en se servant des lettres de l’alphabet : et c’est ainsi que les tables tournantes devinrent des tables parlantes.

Les réponses indiquaient qu’on avait affaire à des esprits du monde.invisible..

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Pour remédier à lalenteur du procédé, on appliqua aux pieds d’une table un crayon qui écrivait; puis on découvrit que l’esprit agissant sur un corps pouvait aussi mouvoir immédiatement le bras d’un homme, eton eut des médiums écrivant, qui, sous l'impulsion des esprits, tracaient involontairement des paroles. Quand on est arrivé à ce point, il n'y a plus delimites : on vit paraître des médiums évocateurs, et des médiums guérisseurs. Les premiers obtiennent l'apparition des spectres, des phosphorescences , des sons articulés, des écritures spontanées, l’arrêt spontané de toutes les pendules d’une maison, l’insensibilité de tout le corps ou de quelques membres. Les autres guérissent , non point en transmettant leur propre fluide comme les magnétiseurs, mais le fluide plus pur envoyé par les esprits.

Vers 1855, toute l'Amérique civilisée et l'Europe furent remplies de cette communication de l’homine avec des êtres immatériels, intelligents et mal définis. Les faits les moins naturels furent attestés par des témoins oculaires, rapportés par les feuilles publiques, reproduits à volonté, discutés, classés, commentés de toutes parts; on voulait voir M. Home; on étudiaitles théories deM. Allan Kardec; les phénomènesse produisaient dans des lieuxsi divers, devant tant de témoins, ct avec de telles circonstances qu’on ne pouvait plus les nier. Désormais, impossible de les considérer comme de simples effets mécaniques ou physiques et encore moins comme des tours dejongleurs; et le rire des sceptiques, les phrases conventionnelles des doctrinaires ne suffisaient plus pour infirmer les faits: on se laissa donc persuader de l'intervention des esprits.

D’Angleterre et de France le spiritisme passa en Italie, surtout après la guerre de 59: ileut ses chaires et ses assemblées, où onle pratiqua et où on l’enseigna. Les évocations

se font au moyen de prières mentales, qu'on appelle élévations à Dieu : on obtient des guérisons miraculeuses; les adeptes croient à l’obsession des esprits mauvais, dont les bons peuvent délivrer : les apôtres se montrent sous la forme moderne des journalistes, et les livres de spiritisme sont recherchés avec la même avidité que les romans. Dans les derniers ouvrages ayant pour objet de soutenir et de propager le spiritisme, on proclame comme ses précurseurs dans l'antiquité, les oracles, les pythonisses, les génies, et dans le moyen âge les sorciers et les magiciens. C'est donc un retour aux croyances antiques si décriées touchant les oracles et les pythonisses : aussi l'apôtre du spiritisme n'hésite pas à l'appeler une résurrection de l’antiquité '. Les croyants furent aussi nombreux que ceux qui les tournaient en ridicule, et même, la première fureur passée, beaucoup restèrent fidèles à cette croyance. Ces esprits seraient donc ou des âmes et de bons anges, ou bien des diables. Mais les premiers ne sont pas à la disposition de l'homme pécheur, d'autant plus que Dieu prohibeles évocations 3; quiconque y obéit est un rebelle à sa puissance. Ce ne peuvent être non plus les âmes des damnés, sur lesquelles l’homme ne peut rien. D’illustres évèques ont conclu que ce sont des esprits mauvais qui nous tentent, et qui cherchent les moyens de nous tromper *.

(1) Actan Kanpec. Le Spirilisme à sa plus simple expression. — Le livre des Esprits, etc. Voir aussi la Rerue spirite.

(2) Non inveniatur in te.... qui querat a morluis veritatem. Deut.

(3) Le chevalier Des Mousseau a publié, entre autres livres sur la magie et sur le spiritisme, Mœurs et pratiques des Démons (Paris, 1866), et plusieurs évéqueslui adressèrent à ce sujet leurs félicitations, affirmant qu'on ne pouvait attribuer à d'autres qu'aux démons les faits du

spiritisme moderne. Voyez aussi Bizovarn, Des rapports de l'homme avec le démon; Paris, Gaumo, 1953-64, 6 vol. in-8°........

Nous ne traitons cette matière qu’incidemment pour donner l’explication et la raison des hérésies démoniaques du XVI° siècle, qui naguère provoquaient les moqueries et les imprécations des esprits forts. Nier le surnaturel satanique conduit à nier le surnaturel divin ; les saints pères ont attribué aux démons beaucoup de phénomènes qui sont en dehors de la nature, et ce n’est pas sans raison que les théologiens d'aujourd'hui recourent à leur autorité pour expliquer les faits du spiritisme. On a dit de lui qu'il avait converti des âmes, en réveillant la croyance qu'il existe quelque chose en dehors de la matière; mais il en a perdu bien davantage , en enseignant non-seulement des absurdités, mais de véritables erreurs, tantôt la transmigration des âmes, tantôt la non éternité des peines, tantôt l'indifférence pour tous les cultes ; maintenant, comme au moyen âge, on y puise des motifs de foi, des motifs d’impiété : quelques-uns prétendent démontrer par le spiritisme l'existence desâmes et d’uneseconde vie, les autres font proclamer par ces esprits que le Christ n’est pas Dieu. Et on fait professer de pareilles doctrines par David, par saint Thomas, par saint Paul, par saint Jean l'Évangéliste, par Dante, par La Mennais, par le curéd’Ars. On prétend que c'est une espèce de seconderévélation, qui changera lesreligions et nous en apportera une nouvelle, laquelle en résumé ne pourrait être autre que le culte du démon.

Ces opinions dans les siècles passés furent combattues avec les armes d’une époque qui avait la foi, et qui appliquait tout à l’affaire suprème du salut éternel. Aujourd’hui elles le sont avec les armes d’un temps qui ne croit mème plus dux vérités positives, et qui, n’ayant d’idée arrêtée sur rien, délaisse la croyance d’hier pourée jeter aujourd'hui dans une autre, que demain il se hâtera d'oublier. Le ré-

sultat le plus général est la négation du christianisme ; la charité est annoncée comme l’unique moyen de salut : delà vient l'indifférence pour les croyances et les pratiques; delà vient l’accroissement rapide des cas de folie et de suicide ; la propagande du mépris pour le catholicisme et la haine contre Rome, et après l’idolàtrie pour le dieu du beau, puis pour le dieu de la liberté, on en est venu à vénérer le dieu du mal, qui, vaincu sur le Calvaire, ne se voyant plus désormais enchaîné par le christianisme , arrive à se faire adorer à la place de l’Esprit-Saint :.

(1) Traité du Saint-Esprit; par M. Gauue; Paris, 1864, 2 vol.

(A.) Striges, ut ait Verrius, Greci otpryas appellant, a quo maleficis mulieribus nomen inditum est; quas volaticas etiam vocant. Festus. — Et PLINE : Fabulosum arbitror de strigibus, ubera eas infantium labris immulgere; et ailleurs : Post sepulturam visorum quoque exempla sunt. — ArtLée, Métam. 5 : Scelestarum strigarum nequitia. PETRONE, Fragm. 63. Cum puerum mater misella plangeret, subito strigæ cœperunt...… Strigæ puerum involaverunt stramenticium. Lucane, au liv. VI, décrit les pactes avec les diables et les sorcelleries, comme pourrait le faire un écrivain du XVe siècle :

Quis labor hic superis cantus herbasque sequendi, Spernendique timor? Cujus commercia pacti Obstrictos habuere Deos?

An habent hæc carmina certum Imperiosa Deum, qui mundum cogere quidquid Cogitur ipse potest? i

Et Serents Samonicus (cap. 59) :

Præterca si forte premit strix atra puellos Virosa immulgens exertis ubera labris, Allia præcepit Titini sententia necti.

î Festus conserva deux vers comme préservatifs, mais très-incorrects; Dachery les corrige ainsi :

Ztplyy” aronturerv voxtivéuav, otelyya t'éabv, "Qiviv vovuuor, drvropéus, rl vis Nav.

La sorcière éloigna les mangeurs de nuit, lg sale sorcière, oiscau funèbre, s’enfuit sur les vaisseaux rapides.

Les + des anciens attestant l'existence des arts magiques,

sont reproduits par DeLRIO, savant jésuite d'Anvers, dans ses Disquisitiones magice, lib. II, qu. 9 et passim., ouvrage traduit en francais par A Duchesne, 1611.

(B.) Frère Jéròme Armenini, qui dut exister jusque vers l’an 1520, a laissé un Volumen adversus Tiberium Russilianum Sextum calabrum de artis astrologicæ fulsitate. Ce Calabrais soutenait aussi que le déluge universel devait avoir été causé ‘par une conjonction naturelle d’astres; aussi fut-il combattu par Armenini, qui refuta de mème d’autres auteurs lesquels soutenaient que le Christ avait été conçu non pas dans le sein de Marie, mais près de son

#œur par trois gouttes de sang. Voir Scriptores ordinis Predicatorum.

Le cardinal Cajétan a laissé un traité intitulé : Utrum liceat maleficium solvere opera malefici parati utendo ; Milan, mars 1500.

Frà Paolo Sarpi, dans sa XXIX° lettre al signor Dell’ Isola, écrit : « Je ne puis en aucune manière pénétrer la pensée de ceux qui « disent : Dieu a prédit et a voulu ceci, et qui pourtant font tout « ce qu'ils peuvent pour empêcher l'accomplissement de ses pré- « dictions ou de sa volonté. Mais quant à l'astrologie judiciaire, « il faudrait en parler avec un Romain, car cette science est « beaucoup plus de mode dans leur capitale que dans la nôtre. « Quelle que soit la multiplicité des abus qui règnent chez nous, « celui-ci n’a jamais pu y prendre racine : le vrai motif en est « qu'ici on ne s'élève qu’en passant par la filière ordinaire, et « que personne ne peut nourrir d'espérances hors de proportion « avec sa condition, ou sans avoir l’âge requis. A Rome, au con- « traire, où vous voyez aujourd'hui au premier rang celui qui « était hier encore au dernier, l'art divinatoire est en grande fa- « veur. »

(C.) La bibliothèque Magliabecchiana a hérité de la bibliothèque Palatine (mss. CCCCVIII) d'un manuscrit du XVIe siècle (Palermo, n. 583), intitulé : Pratica del procedere nelle cause del Sant Uffizio, ayant pour auteur Thomas Fransone, consulteur du Saint-Office de Gènes. Entre autres choses on lit ceci : « Sous le nom de devins, on comprend à la fois les sorcières et les magiciens qui exercent des maléfices sur les personnes de différentes manières, soit en provoquant l'@mour, soit en causant la mort, et particulièrement en jetant des sorts sur les enfants au berceau (page 40).

En cette matière, il n’y a.que très-peu de règles, pour ne pas dire aucune de bieh précise : le plus souvent on s'arréète à des indices très-indirects#par exemple à une menace b” cellàci :

je t'en ferai repentir, tu me le payeras, ou sur des indices plus sérieux, par exemple sur certains aliments pris par des personnes qui depuis sent devenues malades. Aussi dans l'instruction demande-t-on l’avis motivé d'un médecin pour établir que la maladie n'est pas naturelle ou du moins qu'il y a doute à cet égard; et encore l'avis d'un exorciste expérimenté et sagace, parce qu'il en est beaucoup qui attribuent aux maléfices toute espèce de maladie, et cela soit par défaut de pratique, soit pour en tirer profit. Il arrive même que ces personnes n'ayant pas été réellement victimes d'un maléfice, grâce à l'humeur mélancolique qu'on a entretenue chez elles, et grâce à d'autres manœuvres coupables, tombent sous le coup de véritables maléfices (pag. 43).

Les sortilèges et les charmes les plus connus parmi ceux qu'on pratiquait alors à Gènes, étaient : « Ceux qui par le moyen de caractères, de paroles inconnues n'ayant aucun sens dans quelque langage que ce soit, ou par abus des sacrements, des choses sacramentelles et bénites, par des paroles de la sainte Écriture, par des fumigations, par l’oblation de son propre sang ou de celui de certains animaux, par des actes religieux accomplis en l'honneur du démon ou une évocation adressée à lui-mème, procurent soit l'amour, soit la mort d’une personne, ou font trouver des trésors, ou conservent la monnaie de telle façon, que quelque partie qu'on en dépense, elle se retrouve tout entière dans la bourse, ou font obtenir des dignités, acquérir de la science, enfin atteindre d'autres résultats. » — « Ces sorciers ont ordinairement des écritures en certains caractères, des appareils magiques, du parchemin vierge, des clavicules de Salomon, l’Al-Madel, le Centum Regum, l’Art notoire, celui de saint Paul, les livres de Cornelius Agrippa, ceux de Pierre d’Abano, l'Opus mathematicum, des instruments de magie, l'épée recouverte de caractères n.

Voici les maléfices amoureux ct homicides. « On exerce les maléfices d'amour souvent par les moyens qu'employent les sorciers, savoir les petits cierges, les caractères, ou bien en jetant le sel dans le feu, ou en jetant des fèves bénites, en abusant des paroles de la consécration, en les écrivant sur des amulettes, en faisant une poudre de certaines herbgs qu'on bénissait ensuite et avec laquelle on touchait la personne aimée, et en s@servant d’aimant consacré avec les cérémonies du baptème, enfin d’hostics. »

Le plus souvent ils préparent les maléfices sur des comestibles : ils écrivent des paroles inconnues ou certaigs caractères sur des fruits; ils mèlent certaine poudre avec les aliments; ils forment

des statues qu'ils percent avec des aiguilles, et qu'ils font ensuite fondre au feu en prononçant sur elles certaines paroles tendant à embraser la personne dont elles sont l'effigie; en faisant certains paquets d'herbes, de cheveux, de rognures d'ongles ou d'autres choses provenant de la personne à ensorceler, et sur lesquels on murmure des paroles inintelligibles, ou des invocations aux démons, puis en enterrant ces paquets dans quelque endroit de la maison de la personne, principalement sur le seuil de la porte où elle passe d'ordinaire. Pour conclure, ces choses, qui par ellesmêmes n'ont pas la vertu de produire un tel effet, grâce au concours explicite ou implicite du démon, produisent le résul-

| tat désiré (pag. 39). |

A la page 34, il est dit « que le démon n'est pas réellement

“obligé à observer les pactes, mais qu'il feint de l'être » ; et « pour

moi, j'ai la croyance que le diable ne peut forcer la volonté humaine, mais qu'il peut troubler l'imagination » (pag. 38), et cependant s'il n’a pas pouvoir sur la volonté, il a pouvoir sur la vie, et « on voit bien souvent des personnes qui se consument sans qu'on y trouve remède, sans que le médecin en découvre la cause, et il n’y a là autre chose qu'un maléfice mortel ourdi par la haine (page 42) ».

Telles personnes sont dénoncées pour avoir mangé de la viande les jours défendus, mais le Saint-Office apporte beaucoup de prudence dans ses poursuites, parce que bien souvent il arrive que ces. personnes étaient malades ou convalescentes, ou avaient une dispense, ou bien, si elles ne l'avaient pas, pouvaient invoquer comme excuse leur indisposition ou la nécessité.

(D.) Dans son épistolaire imprimé à Milan en 1857, à la page #19, saint Charles écrit à Jean Fontana : « J'apprends avec la peine la plus vive ce qui se passe dans les Trois Vallées, au sujet de ce nécromancien qui fait profession de découvrir les sorciers et les sorcières de ce pays par d’autres moyens que les voies juridiques. Il ne me paraît pas moins digne de châtiment que les sorciers eux-mêmes, lui qui marche par les voies de la nécromancie et autres défenducs aux chrétiens. Aussi, j'en écris aux seigneurs de la Vallée, et je donne ordre au visiteur Bedra de se rendre au plus vie sur les lieux avec des instructions pour faire révoquer ct châtier ce mécréant. » Suit l’ordre au visiteur.

On lit aussi dans la vie du cardinal Borromée, à la date de 1608 : « Certaines gens gobstinent encore à employer des moyens superstiticux pour détruire l'effet des philtres, mais op ne peut

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obtenir de témoignage pour les éléments d'une poursuite. On admet des chirurgiens, des médecins et des maîtres d'école sans leur demander une profession de foi catholique, et quand nous exigeons qu'ils le fassent, le für séculier dit qu'il suffit de leur faire jurer de ne point faire ce qui est défendu et de ne point user de moyens diaboliques, et avec cela on admet des vagabonds. » Tout ceci se rapporte aux Trois Vallées du diocèse de Milan, qui appartiennent à la Suisse.

Le 49 juillet 1675, Torriano, évèque de Côme, écrivait à un

prètre du territoire de Bormio qu'on avait trouvé là quamplures .

tam viros quam fœminas variis sortilegiis infestos, fascinationibus incumbere et vere strigas esse, ante in tenera œtate prehensa. Aussi

dans les quatre années suivantes on jugea de ce chef trente-

cinq personnes, dont plusieurs furent bannies.

(E.) Ripamonti, Historia Mediolanensis (de Milan), déc. IV, lib. V. pag. 300. — OLtROoccni, Nota ad vitam sancti Caroli, p. 684-914.

Dans les archives de la curie de Milan, on trouve divers procès contre les hérétiques et les sorciers; nous y avons distingué la « Relation de ce qu’a fait saint Charles dans sa visite aux Grisons ». (Instructiones pro iis qui in missionibus contra hereticos versantur) ; les « Doutes présentés par le prévot de Biasca ». En voici un : « On « a fait le procès à ceux qui ctaient soupçonnés de pratiques « diaboliques, ct le notaire a dit qu'il avait envoyé la procédure « à Milan, et l'affaire cn est restée là : aussi le mal va-t-il crois- « sant, au grand scandale du prochain ». En voici un autre : « Il « ya ici des marchands qui n'observent pas la défense d'aller « dans les pays infectés d'hérésie sans permission, et les seigneurs « temporels (les Suisses) les défendent, parce qu'eux font de « même. Il est vrai qu'ils observent le précepte de ne pas as- « sister au prèche des hérétiques et la prohibition de traiter avec « eux de questions religieuses. » J'ai cité d’autres faits dans mon Histoire de la Ville et du diocèse de Côme, livre VII.

(F.) — Le procès existe dans la Bibliothèque ambroisienne, sous la lettre R. 109, in-fol.

Du reste les jongleurs habiles ne manquaient pas, et Hortensius Landi (Comm. delle cose notabili e mostruose in Italia) dit : « À Venise, un certain Sicilien écrivait sur un miroir d'acier, et ce qu'il . écrivait dessus, il le faisait, par voie de réflexion, lire dans la lune.... Il faisait apparaître une table chargée des mets les plus délicats, et il faisait ensuite tout s'évanouir comme en fumée. Il placait un morceau de papier d’une espèce incoftmue jusque-là, sur

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lequel étaient écrites certaines paroles, ou bien une serrure, ct incontinent il ouvrait la porte la mieux fermée. Il arrachait avec ses dents le plus gros clou. Il convertissait en or le cuivre, le fer, le plomb, et tout autre métal en le saupoudrant d’une certaine poudre qu'on n’a pas vue depuis. Devant moi et trois autres personnes, il a fait parler une tête de mort. |

(G.) — Cosme Baroncelli, diplomate toscan, ennemi declaré de - Concini, raconte à ses fils sa mission et la fin du maréchal.

« Le cadavre de Concini fut jeté dans le fossé du palais où l'on urine; enlevé de là par ordre du roi, il fut porté par quatre goujats sur une échelle improviste en civière et inhumé au cimetière. Le peuple de Paris, quand il apprit sa mort, se souleva et courut furieux à la fosse, la fouilla et traina le cadavre par les rues de la ville; puis on le pendit au Pont-Neuf et on lui coupa les parties sexuelles en prononcant des paroles qu'il vaut mieux taire que répéter. Il fut ensuite descendu et encore traîné par la ville jusqu'à ce qu’enfin on le pendit de nouveau par un pied. Le peuple accourut en foule pour lui couper, qui une oreille, qui le nez, qui un doigt, qui lui arracher les yeux; il fut littéralement inis en pièces et l'on s'estimait heureux d'en avoir un lambeau. scrit de la Magliabachianna, ch. XXIV, page 65.)

(H.) Jeanne d'Entremont, d'une maison puissante de Savoie, devenue veuve, voulut épouser l’amiral de Coligny. Quand celui-ci eut été tué à Paris, dans la nuit de la Saint-Barthélemy, elle se réfugia au château de Châtillon, en Savoie, en suppliant le duc Emmanuel Philibert de la protéger, elle et ses enfants (1572). Celui-ci y consentit non sans peine, et la fit enfermer au château de Nice, pour qu'elle fit profession de catholicisme; mais on découvrit qu'elle correspondait avec les protestants d'Allemagne et qu'elle songeait à fuir. Quand elle eut juré de ne point fuir, de ne point abjurer le catholicisme, de ne point chercher sans la permission du duc un mari pour sa fille, héritière de fiefs très-considérables, elle fut non-seulement laissée en liberté, mais peut-être aimée d'Emmanuel Philibert. Lui mort, quand vint le moment de marier sa fille avec don Amédée, fils naturel du duc, le bruit courut et on soupconna que Jeanne avait des engagements avec les Hu-

guenots et qu'elle avait jeté un sort au duc, et elle fut mise en .

prison. Le cas était de la compétence des tribunaux séculiers; mais le Saint-Siége l'accusa aussi d'hérésie, et prétendit qu'on devait la renvoyer dévant l'évêque de Turin et devant le nonce.

. Après avoir langui longtemps en prison, elle y mourut, en décembre 1599.

L’accusation de sorcellerie fut intentée sur la déclaration orale d'une possédée. Le cardinal d'Ossat en parle beaucoup dans ses lettres de 1597 : il s'employa pour la sauver, en montrant qu'on ne devait ajouter foi au diable, père du mensonge qui certainement n'eût pas voulu dénoncer ses propres adeptes. Vers le mème temps, on crut s'apercevoir que le duc de Savoie n'aspirait qu'à s'emparer de ses biens pour servir de partage à un de tant de petits louveteaux qui se nourrissent au pié de ces monts (sic). C'était une allusion aux nombreux enfants naturels du duc.

(I.) — Lettere del presidente Gian Rinaldo Carli al Signor G. Tartarotti ‘intorno all'origine e falsità della duttrina dei maghi e delle streghe. — Marrer, Arte magica dileguata, Vérone, 1750. On fit cette même année à Venise une réponse : Osservazione sopra l'opuscolo Arte magica dileguata, ouvrage d'un prétre de l’vratoire (père Luziato), pour démontrer qu'avant ct depuis le Christ il y eut toujours des magiciens et des sorcières, à l'appui de quoi sont cités certains passages des Pères qui semblent admettre la sorcelleric. Barthélemy Melchiorri, dans une Dissertazione epistolare sopra gli omicidii che diconsi commessi con sortilegi, s'accorde avec Tartarotti pour nier l’existence des sorcières et pour admettre celle des magiciens, et il y enseigne comment les juges peuvent reconnaitre sùrement les coupables pour ne point rendre de sentences injustes. L'archiprètre Antoine Florio, de Vérone, réfuta le père Luziato dans un livre publié à Trente, en 1750, où fut aussi éditée une réfutation de Francois Staidelio, conventuel, sous le titre de Ars magica adserta, et l'année suivante à Vérone un anonyme faisait imprimer la réplique à cette réponse sous ce titre : Ars magica distrutta, attribuée à un docteur prétre de Vérone. Un autre anonyme fit contre Tartarotti le Animadrerzioni critiche (Venise, 1751), divisée en 76 réflexions, où il soutient la magie. L'opinion contraire fut soutenue la mème année à Rome dans une Disertazione de Constantin Grimaldi, « où il recherche quelles sont les opérations qui dépendent de la magie diabolique, et celles qui dérivent de la magie artificielle et naturelle, et quelles précautions sont à observer dans la tàche scabreuse de les reconnaître. » Puis à Venise parut l’Arte magica dimostrata de Barthélemy Preati, Vicentin, qui soutient « que le voyage des sorcières au sabbat est vrai et réel»; ct encore « Apologia del congresso notturno delle lamie, qui est la reponse de G.Tartarotti à l'Arte

magica dileguata de M. S. Maffei, et aussi la refutation de l’asesseur B. Milchivrre. » Puis encore, en 1792, on imprima à Venise méme Philippi Maria Renazzi De sortilegio et magia liber singularis, livre qui contient les discussions, les lois et les procédures relatives à cette matière.

Saint Pie V. 1566-72.

Après la grande réforme catholique, enfantée par le Concile de Trente, la physionomie extérieure de l'Église | Change d'aspect: on y constate une grande sévérité dans

- les mœurs, des études plus sévères, une discipline respece. Un gentilhomme allemand, entendant toujours dé- ‘ Clamer contre la dépravation de Rome, avait voulu venir s'en assurer de ses propres yeux, et en 1566 il écrivait à un prince que, loin d'avoir trouvé celte ville telle qu'on la dépeignait, il avait vu ses habitants adonnés aux pratiques pieuses, observateurs rigoureux de la loi du Carème, adonnés à la communion fréquente, et assidus à la visite des églises : la semaine sainte, ajoutait-il, les Romains dormaient par terre, et les jours de vigile et de jeûne, ilss’ingéniaient à trouver de nouvelles pratiques de pénitence pour acquérir les biens spirituels. Il continue sa lettre par la description des émouvantes solennités que le pape accomplit le jeudi saint; il parle des cxcommunications lues à haute voix en présence du peuple, qui les écoute avec un respectueux silence, des détonations du canon qui les suivent, image pour lui du terrible jugement dernier. De longues files de pénitents se donnant la discipline arrivaient à Saint-Pierre, où on leur montrait la lance de Longin et la sainte Face au milicu des sanglots, des cris et des prières.

Meurs de Rome à cette époque.

Je n’accepte pas pleinement ces éloges; notre chroniqueur voit partout la sainteté, mais d'autres ne voient que la scélératesse, c'est affaire d'appréciation individuelle. En 1563 vovagcait en Italie Philippe Camerarius, illustre savant d’Allemagne, qui décrit son voyage jour par jour, s'arrètunt plus spécialement à la partie matérielle. Il médit du royaume, et cite ce proverbe : « Le pays de Naples est un délicieux paradis, mais habité par des diables » , et il s'étonne que le roi d'Espagne ne retire que peu ou point de ressources d'une contrée si fertile, et qu’il doive dépenser des trésors pour contenir ses sujets et repousser les Turcs. Il décrit les phénomènes du tarentisme * : il

raconte que souvent à la porte d’une ville les voyageurs";

étaient obligés de déposer leurs armes et leurs pistolets, sauf à les reprendre à la sortie; il ne devine pas quelle peut être la raison de ce procédé, surtout lorsqu'il y a des auberges où l'on court de plus grands dangers que dans aucune de celles de la Lombardie et de la Toscane. A Rome, il chante la même antienne élégiaque sur la décadence des mœurs contemporaines comparées à celles de l'antiquité; mais ce sont surtout les hommes qui lui paraissent déchus, et pour la plupart tout à fait ignorants dans les lettres. a Il y a certes des poëtes, des philosophes, des orateurs, « mais ils sont tels que vous ne voudriez pas les entendre : « on appelle poëtes certains charlatans qui chantent dans « les rues des vers lascifs ; philosophes, des gens qui at- « tribuent tout à la nature, ou qui s'abandonnent aux vo- « luptés; orateurs, ceux qui n'ont jamais lu Cicéron ni DC-

(1) Maladie fort commune autrefois dans la Pouille, qui consiste en une passion exagérée pour la danse, et que l'on croyait occasionnée par la piqûre de la tarentule, espèce de grosse araignée se trouvant principalement aux environs de Tarente. (Note des Traducteurs.)

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SAINT PIE V. ‘à 477

« mosthènes, mais qui ont tant bien que mal fait une ou « deux harangues. » A son départ, Camerarius fut arrêté par ordre de l’Inquisition, et jeté dans une prison, où était depuis unan Pompée de Monti, baron napolitain, coupable de meurtres et d’incendies , mais alors accusé d’hérésie. Camerarius avoua qu'il était lutbérien; aussi les inquisiteurs cherchèrent-ils à l’attirer à l’Église catholique : si le dominicain frère Ange le vexait, le jésuite Canisius lui procurait des adoucissements et des livres, et le docteur Stampa de Milan avait pour lui toute espèce d’égards. Il s'échappa grâce à Cencio son geôlier, qui, dit-il, le sauva des embùches et du poison; et un inconnu lui offrit de l’argent pour son retour. Voilà ce qu’on lit dans une Relatio vera et solida qu'il écrivit lui-même, afin de prouver comment Dieu se sert de moyens inespérés pour sauver ses élus des mains de leurs ennemis et les délivrer des calomnies. Camerarius avait eu pour inquisiteur Ghislieri, ce qui explique pourquoi il s’est déchatné contre lui avec tant de rage.

Peu de temps après, le célèbre moraliste Montaigne arrivait lui aussi à Rome, qu’il a appelée « la senle ville commune et universelle, la ville imétropolitaine de toutes les nations chrétiennes, où l'Espagnol et le Français, chacun est chez soi ». On fouilla avec grand soin ses malles, spécialement à cause des livres qu'elles contenaient, et on lui retint ceux qui étaient suspects pour les visiter; mais on les fui rendit « attendu qu'il ne s’y trouva nul livre défendu. Toutefois aucuns seigneurs de là luy disoient, quand il s'en fût trouvé, qu'il en fùt esté quitte pour la perte deslivres. » Montaigne trouvait à Rome moins

de cloches que dans certain village de France; pour lui, pas

d'images dans les rues; les églises sont moins belles que

dans le reste de l'Italie et qu’en France; les habitations y HI — 12

sont peu sùres, aussi celui qui avait de l'argent le confiait à des banquiers. Un prédicateur fut arrêté pour avoir déclamé vaguement contre le luxe des prêtres. En carnaval, on faisait à Rome des courses tantôt d'enfants, tantôt de vieillards nus, tantôt de juifs, de chevaux, d’ânes, de buffles, Le petit peuple est beaucoup plus dévot qu’en France; il n'en est pas de même des courtisans et des riches. Les visionnaires et les possédés du malin esprit y abondent. À la procession de la sainte Face, on alluma peut-être douze mille torches; des files de pénitents se flagellaient, tandis que d’autres accouraient pour les réconforter avec du vin et des dragées, et pour laver avec du vin les extrémités des étrivières souillées de sang. Les classes inférieures, elles aussi, tiennent du seigneur jusque dans la manière de demander l’aumône, et l’un de ces mendiants lui avait dit : « Faites-moi l’aumône pour le bien de votre âme.» Il y a beaucoup de courtisanes, dit encore Montaigne, et elles faisaient payer même leur conversation. Lorette regorgeait de dévots, et était remplie d’exvotos et de miracles.

Le président Misson fit, lui aussi, un voyage en Italie, et il ne tarit pas en railleries et en invectives contre les superstitions romaines; mais il en avait bien peu le droit, lui l’auteur du Thédtre sacré des Cévennes, qui est rempli de miracles en l'honneur des protestants massacrés. Jacob Soranzo écrivait en 1865 au sénat de Venise sur la pauvreté des cardinaux, laquelle dérive de deux causes, La première vient de ce qu’on n'avait plus le moyen de leur donner de riches bénéfices, comme cela avait lieu alors que l'Angleterre, l'Allemagne et d'autres provinces importantes obéissaient au saint-siége, et qu'on pouvait pourvoir chaque cardinal de trois ou quatre bénéfices et évêchés ;

la seconde, parce que le nombre des cardinaux était monté à soixante-quinze, nombre qu'on n’a plus vu depuis. En outre, il n’y a plus de prince pour leur faire des présents ou les investir de bénéfices, ainsi qu’avaient coutume de faire Charles-Quint et la cour de France : changement qu'on peut attribuer au peu d'influence laissé aux papes. Ce fat le motif pour lequel les cardinaux se détachèrent, au moins en public, de toute espèce de plaisirs; on ne les vit plus comme auparavant ni se masquer, ni courir à cheval ou en carrosse de gala : à peine sortaient-ils seuls et en voitures fermées. Plus de banquets, plus de jeux, plus de parties de chasse, plus de livrées; tout autre luxe a cessé.

La papauté, cependant, par son côté temporel, fut encore le point de mire des ambitions d'illustres familles ; et quelquefois dans le souverain pontife, on vitsurtout apparaître le prince national, tout occupé à restituer à la tiare son éclat par des manéges diplomatiques, et déployant une certaine habileté pour louvoyer au milieu de situations fort délicates.

Si le népotisme ne cessa pas complétement, il se transforma : les papes avaient coutume de garder près d’eux un neveu cardinal et un neveu laïc, pourvus l’un et l'autre de dignités et de richesses, mais non pas d’autorité réelle, comme la possèdent les ministres dans les pays constitutionnels. Benoît, fils du cardinal Accolti, fut soupconné d’avoir puisé à Genève de la haine contre les papes et des idées républicaines; sous cette inspiration, il ourdit à Rome, avec quelques jeunes gens de la noblesse, une conjuration pour assassiner Pie IV, qui devait, disait-on, avoir pour successeur ce pape angélique, que certains esprits avaient rêvé plusieurs fois au moyen âge. Les con-

Transtorma-

Éleotion de Pie V.

Ses vertus.

jurés prétendaient être en communication avec les esprits célestes, et se préparaient à un semblable attentat par la confession et la communion. Le complot échoua; les conjurés furent découverts, et ils subirent, sans cesser d'avoir le sourire sur les lèvres, un épouvantable supplice, affirmant qu'ils étaient consolés par les anges.

Pie IV, assisté à son lit de mort, par saint Charles et par saint Philippe de Néri, eut pour successeur Michel Ghislieri, surnommé le cardinal Alexandrin, qui prit le nom de Pie V. Nous avons déjà vu combien il était chaud partisan de l’Inquisition, et la persécution qu’il endura à Côme à cause de cela-même fut pour lui l’origine de ses grandeurs *. Il composa divers ouvrages pour être distribués principalement à Crémone, à Vicence, à Modène, à Faenza, à San-Genezio et en Calabre. Malgré cette sévérité, il fut cependant loué pour sa douceur, comparativement à saint Bernardin : Davalos, gouverneur de Milan, le choisit pour son confesseur. Devenu cardinal, il n’avait pas plus de trente personnes à son service, ce qui étonnait ses contemporains. Les papes eurent pour lui beaucoup d'égards, bien qu’il fût pour eux un franc contradicteur. Lorsque Pie IV voulut donner la pourpre à Ferdinand De Medici et à Frédéric Gonzague qui étaient alors tout jeunes, le cardinal Ghislieri lui fit une vive opposition, el lui allégua les réformes décrétées par le Concile, en vertu desquelles .on ne devait élever à cette haute dignité que des personnes qui en fussent dignes. Lorsqu'ils eurent été élus contre son avis, il dit à ses nouveaux collègues lors de la visite ordinaire de remerciments : « Je ne les accepte point, parce que j'ai combattu votre élection par devoir de conscience. »

(1) Voir plus haut, page 59.

Le choix fort inattendu de Ghislieri déplaisait donc à un grand nombre de personnes, tant parce qu’il était une créature des Caraffa, qu'à cause de la rigidité notoire de son caractère; mais il avait dit : « Nous ferons en sorte que les Romains regrettent plus notre mort que notre élection‘. » Pour la fête de l'exaltation du nouveau pape, on avait coutume de jeter de l'argent à la populace; pour remplacer cette inconvenante prodigalité, Pie V fit distribuer la même somme à des pauvres honteux; quant aux mille sequins qu'on gaspillait en réceptions d’ambassadeurs, il les envoya aux couvents les plus pauvres; et comme plusieurs lui reprochaient cette manière d'agir, il s'écria : « Certes, Dieu ne me la reprochera pas. » Il fit, selon la coutume, des présents aux cardinaux, mais en même temps il les pria de lui prèter l'appui de leurs conseils et une coopération: effective pour réformer l'Église, reconnaissant que les désastres qu'elle avait subis provenaient des mauvais exemples du clergé.

On doit considérer comme mémorable sa constitution du 25 mars 1567, qui défend dans les termes les plus formels et les plus précis de céder ou d’aliéner n'importe quelle ville ou village du domaine papal, de dare in feudum,

(1) Serristori, ambassadeur de Toscane, allant faire sa visite au nouveau pape, ne savait pas s’il devait se féliciter ou se lamenter avec lui de la charge qui venait de lui échoir. Pie V, ayant deviné son embarres, lui dit : « qu'il était plus raisonnable d'avoir pitié de lui; qu'il eût refusé la tiare s’il n’eût pas craint de la voir sur la tête du cardinal Morone ou de quelque autre sujet, et cela au grand préjudice du ssint-siége » (Lég. de Serristori, p. 422). Serristori répliqua que le graud-duc, son maître, avait eu la même crainte, ce qui lui avait fait donner l'ordre de faire exclure des candidats à la tiare les cardinaux Ferrara, Farnèse et Morone; ce dernier, par le même motif qu'avait eu sa sainteté, les autres parce qu'ils n'étaient guère dévoués aux intéréts du saint-siége.

gubernium, vicariatum, ducatum aut quemvis alium titulum perpetuum vel ad tertiam generationem seu ad vitam aut alias. Il exigea que cette constitution fût souscrite par tous les cardinaux, et jurée par chacun de ses successeurs, comme de fait cette pratique se continue. Cette constitution valut au saint-siége la restitution de beaucoup de possessions et lui en fit perdre d’autres, qui avaient été une pierre de scandale pour les hérétiques dans un pays où même des abbés et des évêques aliénaient et donnaient en fief des biens du clergé. Pie V n'avait pas de famille à enrichir, pas d’ambitions propres à satisfaire, point de sujets de jalousie contre des princes étrangers. Il ne céda qu'à de vives instances en conférant la pourpre à un de ses arrière-neveux, religieux d’un grand mérite : il en racheta un autre à de bonnes conditions des mains des pirates, au pouvoir desquels il était tombé; puis, l'ayant ait voir à Rome en costume d'esclave, il lui fit présent d’un cheval et de cent écus. Au contraire, il fut prodigue envers les pauvres, surtout pendant une épidémie qui éclata à éette époque. Persuadé que la papauté faisait courir un grand danger au salut de l'âme, il avait pour maxime que « Celui qui veut gouverner les autres doit commencer par se gouverner lui-même ». Il restreignit les dépenses de la cour, et vécut en cénobite; il n’éprouvait de satisfaction que dans le strict accomplissement de ses devoirs, et dans la ferveur de la méditation et de l’adoration, dont il ne sortait que les yeux baignés de larmes.

L’ambassadeur vénitien Paul Tiepolo, au mois d'août 1566, assista à un souper de ce pape, et il écrit : « Ila mangé quatre prunes cuites au sucre, quatre houchées de fleurs de bourrache qu'il avait lui-mème assaisonnées en salade; un potage aux herbes; deux seules bouchées

d’une fortaja ou plat de légumes cuits à l’eau, sans huile ni saindoux ; cinq crabes cuits au vin, et pour dessert trois bouchées de poire ou de pêche en compote; ce fut tout le souper; on ne servit aucun autre mets sur la table. Il but deux fois, mais pas plus qu’un autre n’cùt bu en une scule fois. »

Ce genre de perfection produit chez l’homme une grande confiance en sa propre volonté et une grande ténacité pour dompter celle d'autrui. « Dans les affaires de religion, écrivait le même ambassadeur, le pape croit en savoir plus que les autres, et n'avoir pas besoin de conseil; quand une fois il a pris une résolution dans une bonne intention, il ne s’en départ plus; il n'y a ni raison d'État, ni cause quelconque qui puisse l’en détourner; il laisserait plutôt périr le monde que de changer d'opinion; il y a plus, disait un cardinal : « Lorsqu'il s'était arrêté à certaines opinions, il eût été homme, pour les soutenir, à attaquer seul une armée entière marchant contre lui, espérant que, vu sa bonne intention, Dieu devait lui venir en aide. »

Pie V voulait la justice, et même jusqu’à l’excès : il la voulait éclatante, exemplaire; aussi fit-il agir l’Inquisition avec toutes ses rigucurs, comme il arrive lorsqu'une opinion s'incarne dans une personne. Jamais il n’eut recours à la ruse, jamais au mensonge; s’il accucillait mal les donneurs de conseils, c'est que le plus souvent il les croyait ou trompeurs ou intéressés. Inaccessible aux passions humaines, dès que le sentiment du devoir s’y faisait jour, il ne regardait plus à qui il s'adressait; aussi les cardinaux étaient-ils obligés de lui rappeler qu’il n'avait pas affaire à des anges. Il prétendait maintenir dans toute sa vigueur

(1) Dépêche du 16 février 1566.

Sa sévérité,

la bulle Zn Cona Domini; conséquemment il refusait aux princes le droit d'imposer de nouvelles charges à leurs sujets; et comme les temps et les têtes couronnées ne se prétaient plus à de telles prétentions, il eut à affronter de sérieuses oppositions. Il imposait des règles de discipline aussi rigoureuses que si on eût été aux premiers temps du christianisme : défense aux médecins de visiter trois fois un malade sans qu'il se confessât; le profanateur du dimanche devait pour sa punition se tenir debout devant les portes de l’église, les mains liées derrière le dos; en cas de récidive, on devait le fouetter en place publique; à la troisième fois, il était condamné à avoir la langue percée et aux galères. Il avait expulsé les courtisanes; quelqu'un lui dit que c'était un mal nécessaire à Rome : « Eh bien, « à vous de rester avec ces misérables, pour moi je choi- « sirai une autre ville. » Mais, ayant reconnu que le remède avait produit des résultats pires que le mal, il les confina dans un quartier unique. Il réprima le luxe de l’habillement; il permit aux seuls étrangers d’habiter dans les auberges, et défendit aux curés de s'éloigner de leurs paroisses ; il remit en vigueur les règles des couvents, et restreignit la clôture des religieuses; il se montra très-parcimonieux en matière de dispenses ct d’indulgences; secondé par des évèques remplis de zèle, il améliora notablement l'Église d'Italie, et publia un nouveau missel et un nouveau bréviaire; il voulait, en un mot, changer le Vatican fastueux, belliqueux et lettré en un Vatican chrétien, estimant que les abus une fois corrigés la rébellion protestante n'aurait plus aucune raison d’être.

nl répartit entre les séminaires de la Lombardie les clercs de la Suisse, et il était d'avis qu'il convenait non-seulement d'y recevoir les fils de catholiques, mais aussi un

certain nombre de ceux dont les parents avaient abandonné la vraie foi, parce qu'il ne faut pas désespérer, disait-il, que les fils élevés avec soin ne puissent un jour aider à la conversion de leurs parents et des étrangers". »

Pie V, par l'intermédiaire du cardinal Commendon et de saint Charles, fitexercer de rigoureuses poursuites contre les hérétiques découverts à Mantoue, et on vit beaucoup d’abjurations qui ne furent pas pures de ces supplices que la libre Amérique, aujourd'hui encore, inflige aux nègres, mais que, précisément avec la haute idée que nous nous faisons de la sainteté de l’Église, nous ne cessons de déplorer.

Quelquefois cependant les rigueurs étaient provoquées par les hérétiques eux-mêmes, qui se livraient à des profanations. Sousle règne d’Élisabeth, un Anglais, à Rome, avait lancétroispierres contrela Madone-des-Monts; un autre, dans l'église dite Sainte-Marie-du-Peuple, avait arraché le missel au clerc, pendant que celui-ci le transportait du côté de l'épître à celui de l’évangile, et l’avait lancé sur le calice, puis avait pris au corps le célébrant, et l'avait renversé par terre, en s'écriant : « Quand donc finiront ces idolâtries ? » Un autre, dans la basilique même de Saint- Pierre, au moment où le prêtre allait élever l'hostie, la lui

avait arrachée des mains, et avait répandu le calice par

terre : aussi, attaqué par les assistants, le malheureux fut maltraité et livré à l’Inquisition. ll confessa qu'il était venu en Italie avec d'autres de ses compatriotes pour commettre de pareils actes, fut condamné au bûcher et subit sa peine « avec tant de fermeté, qu’il a beaucoup fait parler de lui?.»

(1) Lettre du 18 mai 1566.

(2) Correspondance de l'ambassadeur vénitien, 29 juillet 1581.

186 DISCOURS If.

Les correspondances ‘des résidents vénitiens font sans cesse mention de procès dirigés contre des simoniaques, des adultères et autres pécheurs ; ils écrivaient de Rome, le 25 septembre 1568 : « Dans un pays de la Marche, nommé « Amandola, les exilés auxquels, dit-on, se sont joints « plusieurs défroqués, après y être entrés, commirent de « grands excès ; ils incendièrent les églises, renversèrent « par terre et brisèrent les statues, et ne respectèrent au- « cune des choses sacrées. Aussi assure-t-on que sa sain- « teté est dans l'intention de prendre des mesures vis-à- « vis ce village non moins que pour San-Genese, autre « village voisin, parce qu’elle a su que dans ces deux pays il y a beaucoup d’hérétiques. Mais il n’est pas de ville dans les États de l’Église qui ait une plus mauvaise réputation en fait d'hérésie que Faenza : aussi, sa sain- « teté a-t-elle pu dire, après s'être un peu mieux rensei- « gnée, qu'elle avait résolu de la détruire de fond en com- « ble, mais seulement après en avoir chassé tous les « habitants, et après avoir préparé pour eux une nouvelle « colonie; c’est ainsi que, ces jours derniers, on a amené « ici plusieurs citoyens de cette ville aux frais de l’Inqui- « sition. » |

Ces défroqués étaient des moines échappés de leur couvent; mais dans cette même correspondance on parle aussi des Amadéistes, franciscains fort dépravés que le pape supprima et remplaca par les mineurs de la stricte observance; et dans beaucoup d’endroits, surtout dans le Brescian, à Iseo, à Erbusco, à Quinzano, ils résistèrent en armes, pour repousser de leurs couvents les Observantins.

Le pape insista près des Vénitiens pour la réforme de la discipline ecclésiastique, et, outre les règlements sur les mœurs, il recommanda aux envoyés chargés. de la pour-

suite des blasphémateurs de punir ceux qui parleraient sans respect de l'autorité pontificale et de l’Église, de ne rien passer aux nobles, pas même les transgressions légères ou le soupçon en matière d’hérésie, et de ne laisser personne au sénat parler avec inconvenance de la sainte Église. Il demanda qu’on fit arrêter Guido Zanetti de Fano et qu’on le lui consignât : les sénateurs exprimèrent le désir qu’on fit son procès à Venise, mais le pape objecta que le délit d’hérésie est de la pure compétence de l'Église qui n’a pas de limites de territoire, et que, ne voulant pas ou ne pouvant pas avoir une force armée à lui, il invoquait le bras séculier. Le duc Octave Farnèse ayant consenti à arrêter et à livrer Jean Galéas Sanseverino de Parme, dont le procès était dirigé par saint Charles, Pie V lui en fit de très-grandes félicitations, dans la prévision qu'il serait plus tard un champion de la foi. Par contre, Guillaume Gonzague de Mantoue, s'étant refusé à envoyer à Rome quelques hérétiques, Bzovio raconte que le pape alla jusqu’à le menacer, pour le cas où il souffrirait dans ses États un pareil nid d'hérésies, de lui déclarer la guerre; et ileût mis cette menace à exécution sans l'intervention des princes d'Italie. De son temps la chrétienté courait de sérieux dangers par suite de l'approche des Turcs qui s'avancaient menaçants. Soliman le Grand avait enlevé l’île de Chio aux Génois; il avait dévasté les côtes de l’Adriatique, de la mer Jonienne et de la Méditerranée, en sorte que Pie IV avait dû fortifier Ancòne, Civita-Vecchia et Rome elle-même : le corsaire Dragut était débarqué à Naples, Kilig-Ali à Nice; Sélim Il sommait la république de Venise de lui céder l'île de Chypre. Les galères de ces nouveaux envahisseurs étaient conduites par des Italiens, enlevés de vive force sur le littoral. Les protestants favorisaient les Turcs, si bien

Contre les huguenots

et contre les iufidèles.

que, cédant à la crainte que ceux-ci lui inspiraient, le pape persécutait ceux-là ; et l’on assistait au spectacle d’une société dont l’autorité suprême était en péril, autorité qu'il fallait sauver par tous les moyens possibles, comme en temps de peste ou de siége.

Voilà pourquoi Pie V pritune si grande part aux guerres civiles suscitées par la Réforme en France, et dont nous aurons occasion de parler. Ayant appris les malheurs qu’elles causaient, il ordonna un deuil général dans Rome : lui-même se mit à la tête d'une procession qui allait visiter différentes églises, priant et prèchant pour le salut de ce pays, et faisant réciter cette oraison : «O Dieu miséri- « cordieux, toi qui ne te souviens plus des iniquités du « pécheur converti, jette un regard sur tes églises pro- « fanées par la main des infidèles; vois la consternation « qui désole ton troupeau chéri; souviens-toi de la posté- « ritéque tu as acquise par l’effusion de ton précieux sang; « viens dans ta sollicitude visiter la vigne que ta droite a « plantée et que le barbare sanglier cherche à exterminer ; « protége par ta puissance les vignerons qui la cultivent « contre la rage des dévastateurs; accorde-leur la victoire, « et daigne par ta vertu rendre plus forts ceux qui la cul- « tivent avec zèle. » (A).

Pie V était donc bien loin, comme on le prétend, de pousser aux assassinats. Dans une lettre du 95 juin 1566, adressée à Charles IX, il lui rappelle combien il importe à la tranquillité de la France d'extirper les hérésies, puisque sous ce prétexte on répand l’agitation dans le pays eton y appelle les étrangers. Il sait, dit-il, qu’il en est qui conseillent au roi d'éteindre peu à peu le foyer de l’hérésie en usant de tolérance et de dissimulation. « Nous n’aimons « pas plus que vous à recourir aux moyens téméraires :

nous voulons que vous usiez de prudence, de patience et de modération : nous n’ignorons pas combien il est difficile de faire revenir de leurs erreurs ceux qui se sont écartés de la foi catholique; nous croyons qu’il faut une grande longanimité, eu égard aux temps présents; mais nous sommes aussi d’avis qu'il faut appliquer sans retard un remède qui ait la vertu la plus efficace pour guérirle mal. Et quel est ce remède, me demandez-vous? Si vous ne voulez pas obliger tous vos sujets à recevoir les décrets da Concile de Trente, faites-les du moins observer par les catholiques, ct surtout en ce qui concerne le régime disciplinaire de l'Église et la réforme morale du clergé. Bien loin d'offenser ceux qui sont éloignés de la religion catholique, cette mesure vous procurera leur approbation : car les mœurs dépravées du clergé déplaisent tellement à tous, que les vices des prêtres et ceux des autres personnes ecclésiastiques ont été la cause principale des nombreuses hérésies dont nous sommes témoins. Les prédicants hérétiques n’ont pas trouvé de plus puissant moyen pour répandre le poison de leur doctrine que de châtier et de discréditer le clergé à raison de ses vices, et de le faire tomber dans le mépris et la haine : voilà le dard dont se sont principalement servis les dissidents pour attaquer la vérité de la foi catholique. Et en vérité le vulgaire ignorant fait bien moins attention aux doctrines qu’enseignent les prêtres, qu'à la manière dont ils vivent ; les exemples plus que les paroles le touchent. Les mauvaises mœurs dlent toute confiance aux discours. Que peut-on imaginer de plus indigne que de voir ceux qui devraient donner l'exemple d’une vie chaste, honnéte, pieuse, offrir le spectacle d’une vie honteuse, déshonnéte et criminelle ? Si donc, mon

« très-cher fils, vous voulez éteindre dans votre royaume « le foyer de l’hérésie, il faut en arracher les vices; il faut, « par votre sollicitude et vos exhortations, encourager les « évêques à résider dans leur diocèse et à veiller avec « plus de soin au salut des Ames. Que chacun d’eux réforme « son clergé; plus de concubines; répression des vices; « qu'on restaure la vie sacerdotale. Lorsque dans l'ordre « ecclésiastique on aura corrigé tout ce qui est nécessaire, « les laïcs à leur tour deviendront meilleurs ; on Ôtera aux « fauteurs de l'hérésie tout prétexte à introduire des nou- « veautés; enfin ceux qui ont été distraits des voies droites « de la foi non moins par les vices des ecclésiastiques que « par la fraude des hérétiques ouvriront les yeux. »

On le voit, il y a tout autre chose dans cette lettre que le conseil de massacrer les hérétiques; pourtant personne ne nie que Rome ait fêté l’horrible massacre dit de la Saint- Barthélemy ; mais, remarquons-le bien, on croyait que ce coup d'État avait prévenu la perte des catholiques concerlée par les huguenots; on n'en connaissait pas d’ailleurs l'étendue ; quand on l’a connue, le pape Grégoire XIII répondit à ceux qui se félicitaient de ce massacre en sa présence : « Oh! qui peut m'’assurer que parmi les coupables n'aient pas péri des innocents! » Du reste, Pie V envoya au duc d’Albe, qui poursuivait les hérétiques en Flandre, le chapeau et l’estoc bénis; pour combattre l’Angleterre, l'adversaire acharnée du saint-siége sous le règne d’Élisabeth, il avait permis de faire ressource de tous les biens de l'Église, sans en excepter les calices et les croix; il proposait même d'aller cn personne diriger l'expédition. Son siècle et sa position le portaient à de pareilles conceptions. Il se voyait précédé par deux cent vingt-neuf papes que le vœu populaire et l’Esprit-Saintavaient faits chefs de

la chrétienté, tandis que, novateurs de la veille, sans mis-

-sion ni miracles, les protestants voulaient rompre l’unité

sainte et glorieuse du catholicisme. Ces papes avaient sauvé la civilisation en réunissant tous les chrétiens pour combattre l’Islam : à cette heure, les Turcs, redevenus menaçants, étaient prêls à fondre sur l'Europe, et au même moment les royaumes chrétiens se déchiraient entre eux.

Dans sa dépêche du 15 avril 1570, l'ambassadeur véni-

tien déjà nommé s'exprime ainsi : « Pistoggia, un des pré-

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dicateurs célèbres de l’ordre des capucins, ayant du crédit près du pape, qui l'a regardé aussi comme un homme très-vertueux et comme un bon catholique, à son récent retour à Rome, fut présenté à sa sainteté. Après lui avoir baisé la mule et lui avoir rendu compte de ses efforts dans les pays qu'il avait évangélisés, Pistoggia dit qu’en présence de sa sainteté il se sentait poussé à crier toujours misericordia, misericordia, en pensant à tant d'àmes qui allaient à la perdition, qui tombaient au pouvoir des infidèles et aux mains des chiens. ll ajoute que sa sainteté étant le vicaire du Christ sur la terre, c'était à elle qu’il appartenait de veiller au salut de ces âmes, dont il lui serait demandé compte par Dieu, pour n’avoir pas usé envers clles de miséricorde; qu'elle était prompte à faire justice, et que tous les jours elle faisait pendre ou écarteler tantôt l'un, tantôt l'autre; mais qu'elle devait aussi se rappeler que pour un passage de l’Écriture où Dieu est appelé le Dieu de la justice, il y en a dix autres qui le nomment le Dieu de la miséricorde; que par conséquent, si elle voulait imiter Dieu, comme c'est son devoir, elle devrait avoir plus de sollicitude pour aider, soutenir et défendre les âmes qui vont à la perdition par suite de la puissance des Turcs, que pour châtier au nom

Bataille de :

Lépante.

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