P. CARDINALIS PARISIENS
B. CarpixALIS GUIDICIONUS.
Archivio Mediceo, cartella 3717.
(E.) « Ilustrissime maitre. J'ai reçu avec le même plaisir que d'ordinaire les lettres de V. E. jointes à la copie de celles qui vous ont été adressées par le commissaire de Pise concernant le frère Cilio de Turin, sur lequel j'ai déjà appelé votre attention. Que V. E. n’aille pas croire que tout ce que j'ai écrit à ce sujet, je l’aie fait sans motif ; il me semblait voir se nouer une intrigue qui me rappelait celle de frère Jérôme au temps du magnifique Pierre de Médicis, intrigue dont je me souviens parfaitement bien. Mais je pense que par la gràce de Dieu nous en sommes à peu près sortis, par les bons soins de frère Bernardin de Sienne, général des Capucins, qui se sera enfin aperçu que ce qui reluit n'est pas toujours de l'or. Si V. E. veut bien m'en croire, c'est l’affection que je lui porte qui me fait lui dire qu'elle doit, tout autant que nous autres prélats, se méfier des hérétiques, car ce sont eux qui mènent la foule envers et contre toutes les puissances, etc.
« Pérouse, le xvi septembre 1542. -
« Cardinal De Pucci. »
Archivio Medicco, liasse n° 5717.
(F.) « S. S., pleine de confiance dans les sentiments chrétiens et les bonnes intentions de V. Ex., persuadée que les ordres qu'elle m'a chargé de vous communiquer ne seront pas mal accueillis par. elle et que vous y donnerez immédiatement la suite qu'ils méritent, m'a prié de vous dire avec quelle peine elle a appris la nouvelle du récent retour à Pise d’un détestable esprit qui a nom Celio Curione de Turin. Il a publiquement, et en différents licux, fait profession du luthéranisme, et dernièrement se trouvant à Lucques, où il s'est montré tel, il en a été chassé, et s'est refugié à Pise, où en se donnant pour maitre d'école, il a enseigné les erreurs de cette secte et de cette maudite hérésie. C& DE ant d’une haute importance, ainsi que vous pouvez dans votfé prudence en juger, appelle un prompt remède; c'est pourquoi sa Béatitude vous prie instamment, au nom des devoirs que vous confère votre charge, d'envoy er de suite l’ordre à votre officier à à Pise de le faire incarcérer et mettre sous bonne garde, jusqu’à ce que son iniquité ait été démasquée et châtiée pour l'exemple des autres, etc.
« De Rome, le 26 août 1552.
« Le cardinal FARNESE. »
Archivio Mediceo, cartella 3717.
-(G.) On voit à Florence, dans la nef méridionale de l’église Sainte-Marie-Majeure, la chapelle des Carnesecchi, avec les armoiries de la famille, qui consistent en trois bandes d'or placées au-dessus d’une tour également d'or : d’un côté sont les armes des Gapponi, de l’autre celles des Velluti, qui rappellent l'alliance de ees deux familles avec les Carnesecchi. La chapelle du Saint-Sa-
crement , sise dans la nef septentrionale de cette église, eut pour fondateur Bernard Carnesecchi, en 1449; il y existe en outre une atre chapelle appartenant à la même famille : çà et là sur le pavé de l’église on rencontre plusieurs pierres sépulcrales des Carnesecchi.
On: trouve la correspondance de Carnesecchi avec Granvelle dns les manuscrits de la bibliothèque Magliabecchiana, classe VIII, bi : on y trouve aussi les lettres de Vergerio écrites en 4534 en réponse à celles qui sont conservées à la bibliothèque Vaticane, Nunfiafura Germanie, vol. IV.
(1H). J'ai appris, par lettres de M. Marc-Antoine Flaminio, que V. S. a eu une fièvre très-violente qui l’a conduite presque aux portes du tombeau, et qu’elle n’a pas encore cessé de garder le lit, bien qu'elle soit hors de danger. J'en ai éprouvé, comme je le
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devais, une véritahle peine. Considérant en moi-même quelle modération V. S. apporte en toutes choses, et quelle grande régularité elle observe dans sa manière de vivre, je ne saurais trouver d'autre cause aux nombreuses infirmités dont elle souffre, que son tempérament par trop sensible, qu’annonce bien du reste son cœur, presque divin. De même que les Romains conservaient avec grand soin une statue qui, disait-on, leur était tombée du ciel, de mème Dieu devrait bien conserver les jours de V. S., jours si précicux pour tant de personnes; assurément il le fera, pour ne pas laisser ainsi s’éteindre prématurément un des plus brillants astres de wertu qui aient éclairé jusqu'ici la Toscane. Que Votre Seigneuffie s'attache donc avec l’aide de Dicu à rétablir sa santé ct à vivre avec la gaieté habituelle que je lui connaissais, quand nous Ctions à Naples. Puissions-nous y être maintenant en aussi bonne compagnie! Il me semble voir V.S. soupirer de toutson cœur vers ce pays, et souvent je crois l'entendre prononcer le nom de Chiaja et celui de la délicieuse colline du Pausilippe. Avouons-le aussi, monseigneur, on ne peut nicr la vérité; Florence est un bien belle ville, et intérieurement et dans ses environs ; néanmoins, il y a dans les charmes de Naples, dans sa position, dans ses rivages enchanteurs, dans cet éternel printemps qui l'entoure une marque visible de supériorité en sa faveur ; autour de cette ville, il semble que la nature domine en reine, et sous son empire
tout prend un gracieux aspect, là tout est riant et gai. Maintenant, -
si vous étiez aux fenêtres de la tour que nous célébrions tant, lorsque vous jetiez un coup d'œil sur ces délicieux jardins, ou lorsque vous promeniez votre regard sur le vaste golfe de cette riante mer, mille génies puissants viendraient en foule se présenter à votre mémoire. Je me rappelle qu'avant votre départ vous me dites à plusieurs reprises que vous vouliez revenir à Na— ples; plus d'une fois aussi vous m'invitâtes à y venir. Plût au cie que nous pussions y retourner! Mais à quoi bon? qu'irions nous y faire maintenant, puisque le seigneur Valdès est mort? Ce fut une grande perte que ce trépas pour nous et pour le monde; ear le seigneur Valdès était un homme rare entre tous en Europe, et les écrits qu'il a laissés sur les Épitres de saint Paul et sur les Psaumes de David le prouvent pleinement. Valdès était incontestablement par ses actes, par ses paroles et par ses conseils, un homme accompli. Il savait gouverner par une toute petite partie de son âme son corps fréle et épuisé par la maigreur ; quant au reste de cette àme et à sa pure intelligence, on eùt dit qu'elles s'étaient échappées de la prison du corps; aussi restait-il sans cesse
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en extase, ravi qu'il était par la contemplation des vérités et des choses divines. Maître Marc-Antoine partage mon chagrin, lui qui, plus que tout autre, avait pour Valdès de l'amitié et de l’admiration. Il me semble, monsieur, que lorsque tant de qualités, tant de connaissances et de vertus sont unies dans une âme, elles font la guerre au corps, et s'efforcent le plus vite possible de s'élancer ensemble avec l'âme vers la demeure d'où elle est descendue. Pour moi cependant, je ne suis pas fàché d'avoir quelques vertus, et comme je craindrais qu'elles ne se révoltàssent et me laissàssent sur la tetre comme un niais, je voudrais vivre encore, si je le pouvais : j'exhorte Votre Seigneurie à faire de même, et je lui baise la main. Puisse Notre-Seigneur lui accorder des jours heureux, et tels qu'elle les désire!
(1.) Bruccioli écrivit à Cosme I°" :
Mustrissime et Eccellentissime Duc.
« J'aireçu, il ya peu d'heures, une lettre de V. E. et ayant pris connaissance de son contenu, je ne suis pas peu affligé de voir la méchanceté des hommes, qui sont toujours prêts à médire du prochain et à lui faire peu de bien, comme cela, paraît-il, m'est arrivé près de V. E. de la part de certaine méchante langue. Mais comme, après tout, j'ai bien autre chose à faire qu’à me plaindre, je vais vous exposer ce qui m'arrive actuellement. Vous n'ignorez pas qu'il y a une amende de cinquante écus d'or et deux ans de bannissement de la ville de Venise pour quiconque imprime quelque ouvrage sans avoir obtenu au préalable le permis. Or donc, pendant mon absence, un de mes préposés à l’imprimerie, fit imprimer sans avoir demandé le permis, une ceuvre suspecte. La chose étant venue à se savoir, tous les volumes de cet ouvrage dont je n'étais pas l’auteur, et pendant que je n’étais pas à Venise, ont été saisis et ensuite brùlés; c’est ainsi que j'encourus la peine par la faute d'autrui. Cependant, après avoir bien pris connaiesance de l'affaire, on m'a remis la peine des deux ans de banrissement, mais à condition que je payerais la dite amende, qui se moste à soixante-dix ducats : quant à la question de savoir si cet ouvrage est de ma composition et si je suis suspect d’hérésie, je teus envoie la preuve du contraire, signée par le père inquisitonp qui a assisté à tout ce procès; certes j’eusse obtenu la remise de J'amende si le produit n'était destiné à des œuvres piea. Aucun des ouvrages qui portent mon nom n’a encore été ni inquiété, ni attaqué, ni condamné, ainsi du reste que peut l’attester le secrétaire de V. E., à qui je les ai montrés, et il est évident pour tous qu’ils se vendent chez tous les libraires. En ou-
tre, si j'avais été signalé comme hérétique, je ne pourrais demeurer non-seulement à Venise, mais pas même dans le terri toire de la république, et tous mes ouvrages eussent été condamnés, tandis qu'aucun ne l’a été, et. que tous sont très bien notés. Il n’y a ici aucun gentilhomme qui ne soit aux regrets de la disgràce qui m'est arrivée, disgràce qui m'a causé un grand préjudice... Et je n'ai jamais rencontré un homme, füt-il même moine, qui ait eu la hardiesse en ma présence d'y mordre... Et s'il est quelqu'un qui dans les possessions de V. S. ose condamner quelque passage dans mes livres sur l’Écriture Sainte, je suis toujours prèt à prouver qu’il n’entend rien en fait d'Écriture Sainte et de piété chrétienne, et que c'est un méchant homme, un ignorant, soit qu'il veuille traiter l'argument par correspondance, ou de vive voix en présence de V. E.
« Quant à mander par écrit à votre Exc. des avis utiles à la conservation de ses États, je ne puis pour le moment, vu le peu de temps que j'ai pour écrire, lui donner satisfaction, comme je”pourrai le faire dans l’avenir... (Ici Bruccioli donne quelques avis, puis il termine en baisant les illustres mains de sa Seigneurie. )
« De Venise, 20 avril 1549. »
Quant à la quatrième œuvre que, dans mon épitre dédicatoire du livre, je vous disais avoir entreprise pour V. E., j'avais de bons motifs pour me réserver d'en parler ici, attendu sa grande importance et sa valeur, car c’est là que je vous donne des avis sur toutes les choses qui peuvent intéresser votre État, non-seulement pour le passé et pour le présent, mais encore pour l'avenir. L'avantage que présente mon livre sur ceux de mes devanciers est celui-ci : considérant que tous les écrivains qui ont voulu établir des règles pour bien gouverner un État ont assigné au prince des préceptes et des conseils, communs à tous les genres de gouverricment à la tête desquels il pourrait être placé, à tous les lieux et à tous les pays où il pourrait se trouver; mais aucun de ces écrivains que j'aie jamais connu, ou lus, n'ayant, dans les bons conseils qu'il avait dictés au prince pour la conservation de son État, tenu compte de la qualité de ces citoyens, de leur caractère, des factions du dedans et du dehors, des conditions de ses sujets, des dispositions dont ils sont animés envers leur prince, ou même de celles qui les porteraient à vouloir un changement de gouvernement, ayant négligé aussi de s'inquiéter du degré de confiance que le prince pourrait avoir, en cas de dangers, dans la fidélité de ses sujets : puis, d'autre part, ces écrivains comptant pour rien
la qualité des potentats en ce qui concerne, etc..... (ici se place la division de son œuvre). Cet ouvrage doit être uniquement pour V. E. comme un miroir dans lequel elle se verrait non-seulement elle-mème, mais ses concitoyens grands et petits, bannis et mécontents, et toute la puissance et l'humeur des princes et des gouvernements avec lesquels V. E. pourrait avoir jamais quelque : chose à démèler ; et elle y verrait non-seulement les visages, mais les âmes, les forces et les pensées. Mais comme cet ouvrage doit être uniquement composé pour vous, voyant combien est mince la faveur dont je jouis près de vous, quoique mon attachement et mon respect et les services rendus en méritassent davantage, j'ai cessé de le continuer, laissant seulement à entendre à V. E. qu’elle perd dans cet ouvrage que je devais achever l’un des travaux les plus utiles qu'on ait pu jamais concevoir dans son intérét.....
« De Venise, le 8 juin 1549 ».
Le 29 juin, Bruccioli revient encore à demander des secours :
« Lorsque j'écrivis pour la première fois à V. E. je la suppliai, vu la pénurie où Je me trouve, de vouloir me faire un peu de bien, ou pour l'amour de Dieu, ou pour les services que je lui ai déjà rendus dans des temps périlleux, ou pour ceux que je me promets de lui rendre encore. La réponse fut que je devais d’abord me justifier du reproche d'hérésie, ce que je fis, et cependant je n'ai rien recu. Eh! qui pourrait dire que celui qui demande au prince « la faveur de quelques écus », et qui ne l’obtient pas, quelles que soient les promesses qu'il lui fasse, seit en grand crédit près de lui? Certes, si je savais avoir les moyens de vivre pendant deux ou trois mois que durera l'achèvement de cet ouvrage, et qu'il faudra pour le recopier, je l’eusse fait sans commencer par rien demander. Mais, n’ayant pas d'autre capital que le temps, je dois l'employer de manière à pouvoir gagner la subsistance de ma famille...... »
Il poursuit en insistant sur l'utilité de cet ouvrage, et en demandant bassement l’aumòne. Plus tard, à la date du 4 août 1554, il avertit M. Ange Dovizio de Bibiena, secrétaire du duc, des manœuvres de Pierre Strozzi avec Cavalcanti et autres réfugiés, pour faire la guerre à Sienne; le 18 août, il l’informe de la marche et des projets des exilés, et continue à demander pour lui.
Une autre lettre, du 25 août, est du mème style. A la date du 28 août 1554, nous avons trouvé cet extrait :
Brucciolo voudrait savoir si V. E. entend oui ou non le prendre è son service, et comment elle entend étre servie?
Le duc écrivit de sa main :
« Qu'il serve, puisqu'il le veut, de toute façon. »
Le premier septembre, Bruccioli lui adresse des félicitations pour les victoires de Sienne, et lui promet de faire un discours par lequel il montrera au monde que Cosme est le plus juste des princes, qu'il est orné de toutes les vertus, etc. ; il donne des renseignements sur les Strozzi et sur ceux à qui il donne de l'argent ; il dit que l’ambassadeur de France est parti : « et si j’eusse eu la possibilité, et que je n’eusse pas eu le devoir de faire des leçons, je saisissais ‘ l’occasion d’aller avec lui jusqu’à Ferrare, où chemin faisant j’eusse appris bien des choses en détail. De semblables occasions se rencontrent souvent, qu'il serait bon de ne pas laisser échapper et dont il faudrait profiter avec empressement ; c'est ce que je ferai quand vous voudrez. Par le prochain courrier, je vous aviserai d'une affaire dont vous pourricz avec le temps tirer un utile parti dans votre intérêt. »
Pourtant, pas plus tard qu’hier, un de ces historiens charlatans qui ont maintenant la vogue, comptait Bruccioli parmi les martyrs de la bonne cause, uniquement parce que ses œuvres ont été mises à l’Index.
Hérôtiques de Sienne. — Aonio Paleario.
Après la prise de Sienne, le duc de Toscane dut aviser à Siennois toute espèce de moyens pour y étouffer les tentatives ee d'une nouvelle insurrection : il y supprima les académies des Rozzi et des Intronati; il emprisonna des citoyens, en bannit d’autres, triste nécessité à laquelle est forcé de recourir quiconque veut enchaîner un peuple.
Plus tard, nous parlerons séparément des Sociniens. — Nous avons déja noté les prédications faites à Sienne par Ochin. Nofri Camajani, capitaine de justice au nom du duc, s’apercut des semences de protestantisme qu’on y répandait, et en fit avertir Cosme. Puis, le 15 septembre 1559, il lui écrivait : |
« Je n'ai pas voulu manquer de donner avis à V. E. Ill. « de ce qui m'avait été raconté par plusieurs personnes « sur une certaine semence d'hérésie qui, paraît-il, s'est « répandue dans cette ville depuis un mois, et jen donnai « un avis sommaire, d'après ce qui me fut rapporté alors « par les dites personnes. Depuis, elles ont pu me fournir « une liste composée de plusieurs individus, en partie « nobles, en partie appartenant à la classe des artisans et « des plébéiens qui doivent faire profession plus manifeste « des nouvelles doctrines, laquelle liste sera jointe à la « présente. Je me suis attaché plus particulièrement à ce
qu’on a vu ou entendu dire de leurs coupables manœuvres. On rapporte qu’on les a vus dans les églises entendre seulement l’évangile, puis tourner le dos au saint sacrement, faisant des gestes et des signes de dédain pour les cérémonies ordinaires de culte divin, et se moquer du purgatoire dans leurs discours. On raconte même que l’un d’eux, se trouvant un matin au sermon d’unreligieux théatin ou d’un moine réformé, qui, entre autres choses, traitait du purgatoire, se mit tout à coup à éclater de rire, disant qu'il ne voulait pas rester plus longtemps à entendre de pareilles balivernes, sans compter qu’il parlait avec peu de respect du siége apostolique. Mais comme d'ordinaire ces dispositions ne s'accusent que par de faibles signes, ainsi la loi se contente de faibles indices pour autoriser leur poursuite : Le seigneur G. (Inquisiteur, Gouverneur ?) m’a dit qu'on en a déjà parlé à S. S., et que je lui procurasse la liste même que j'avais dressée; puis que, s’il plaft à V. E. ou àS. S., on pourra procéder de la façon qui leur paraîtra la plus opportune. (Omissis.).
a Listes des nobles : — les deux fils de M. Maria Sozini, c'est-à-dire Charles et Camille. Fausto, frère de M. Alexandre Sozino. Savola F. de M. Levio Pecci, et mème on n'est pas sûr de lui. Marc-Antoine Cinuzi (A.)
Nicolas Spanocchi. M. Francesco Buoniusegni.
« Liste des petites gens : Mess. Paolo, maréchal près du pont. M. Hippolyte, maréchal à Pantaneto. François, libraire à la Boucherie (B.). Nicolas, à la barbe rousse, corroyeur. L’horloger qui règle l'horloge de la place. M. César Sarto, demeurant vis-à-vis la fontaine de la place '. »
(1) Archivio di Firenze, Carteggio di Cosimo, série 143.
. Nous avons fait, mais en vain, tous nos éfforts pour suivre celte race, à l'exception d'une lettre que nous avons trouvée, adressée de Rome, le 33 juillet 1560, au duc, et que voici :
« Très-illustre et très-excellent prince,
« Comme, d'une part, il est constant pour nous que € certaines hérésies pullulent présentement dans vos « États, et principalement dans la ville de Sienne; « qu'elles se développent de joùr en jour, et que si « l'on ne prend pas promptement des mesurés proe pres à les arrêter, nous craignons fort qu’il n'arrive æ Chez vous ce qui est arrivé dans beaucoup d’en- « droits de le chrétienté, à savoir qu'il n'en résulte la « perte de beaucoup d’âmes, outre céellés qui sont déjà « en danger; si la main du Dieu tout puissant n’y pourvoit; «et, d'autre part, désirant, ainsi qu’il appartient à notre « vigilance, pourvoir autant qu’il sera possible à un pareil « état de choses par l'intermédiaire de V. E. (et grâce au « noble et pieux zèle que nous .avons toujours trouvé « en vous pour la sainte foi catholique et pour le saint- « siége, nous espérons bien que V. Ex. partagera nos « sentiments et nous secondera dans cette entreprise ), « nous avons donné l’ordre de vous envoyer une personne « vertueuse et capable de remplir une mission si utile. « Nous espérons bien qu'avec l’aide de Dieu N. S., et « grâce à votre bon concours, elle pourra pourvoir au « salut de ceux de ses sujets qui sont infectés d’hérésie, « et qui sans ces mesures de prévoyance non seulement « se nuiraient fort à eux-mêmes, mais encore nuiraient « à bien d'autres. Et comme nous désirons mettre le plus « tôt possible cette mesure à exécution, nous priens V. E.
« de vouloir bien nous aviser de ses convenances et des « moyens qui lui agréeraient le plus dans cette affaire, « nous recommandant toujours à ses bonnes grâces. « De V. E. Ser.
Card. De Carpi.
Card. Puteo.
Card. Alexandrin.
Card. d’Aracceli ‘.
Le duc répondit qu'il se glorifiait d’être le persécuteur des adversaires du Christ; mais que, dans son amour pour la justice, et comme il arrivait souvent que les accusations d'hérésies étaient soulevées pour satisfaire des passions privées, ou dans l'intention de nuire au prochain, il désirait qu'on lui fournit des renseignements plus précis sur cette affaire, et qu’alors il aviserait au remède, sans que leurs Eminences s’en donnassent la peine. D'autre part?, nous avons trouvé une lettre du nonce, qui réclame au duc qu'on lui livre Cornelio Sozzini, pour l'envoyer à l’Inquisition de Rome.
dique Les deux lettres suivantes adressées au grand-duc se rapportent au même fait :
« Ill. et Exc. Maître,
« Je ne cesse et ne cesserai jamais de faire avec toute « la dextérité possible, même dans les maisons habitées « par des suspects, toutes les recherches nécessaires pour a découvrir la retraite des hérétiques. Elle pourrait être « beaucoup plus mystérieuse, maintenant que certains « esprits persistent à croire que ces hérétique sont re-
| (1) Arohirio di Firenze, Carteggio di Cosimo, série 155. (2) Ibi@0im, série 161.
« tombés dans quelques-unes de leurs fausses opinions « d'autrefois, opinions qu’ils avaient déjà abandonnées. « C'est pourquoi j'apprends par l'Inquisiteur que quelques- « uns d'entre eux sont allés vous trouver pour vous de- « mander pardon, et l'ont obtenu, surtout aprèsla capture « de M. Achille Benvoglienti' et celle d'un certain « M. Aonio (Paleario), qui fut, il y a longtemps, arrèté « à Rome : il fut autrefois pédagogue chez les Belanti, et « sema la peste de son hérésie chez tous ceux qu’il fré- « quentait. Parmi les empestés appartenant à cette ville « était un nommé M. Mino de Celsi, qui, il y a peu de « jours, l’a quittée et a été vu à Bologne. Bien que l’on « pense qu'il faille attribuer le motif de sa fuite à l’exis- «.tence des nombreuses dettes dont il était réellement « chargé, et dont il a laissé en partant mémoire à sa 1e femme, en lui disant en outre que telle était hien la cause « de son départ, néanmoins il ne manque pas d’autres « personnes qui supposent qu'il puisse bien être parti à
« raison de l'arrestation dudit M. Aonio et à cause des
« relations qu'il avait eues avec lui, et qu’enfin il se puisse
« qu'il soit passé à Genève. En conséquence, si je venais
« à connaître le lieu où il s’est arrêté, lui ou tout autre des « susnommés, j'en informerais tout aussitôt V. E. Ill. que « je prie d’agréer mes respectueuses salutations ».
« Sienne, le dernier jour de juillet 1569.
« De V. E. Ill. le très-dévoué serviteur, « Frédéric des Comtes Montcaguto *. »
« Mon sérénissime maître,
« Je supplie V. A. de vouloir bien me faire savoir . i je dois laisser abjurer un jour de fête dans la ca-
Ca Archivio di Firenze, Carteggio di Cosimo, série 161.
C2) la., id., id., id., série 212 à 977. l HI — 18
Pd
thédrale de cette ville M. Achille Benvoglienti, qui, ainsi que je l'ai appris, a déjà fait son abjuration à Rome, d’où il est revenu ici il y a peu de jours d’après l’ordre du Saint-Office de l’Inquisition. Car, bien que l’Inquisiteur, revenu icì ce matin de Florence, m'ait montré lettre et commission dudit Office, et m’ait dit qu’il en avait obtenu la permission de V. A., j'ai cru néanmoins, pour plus de sécurité, devoir lui demander son consentement et attendre ses ordres. Je désire aussi en recevoir relativement à la dernière résolution à adopter dans l'affaire des hommes de la Balia à Isola contre les moines de Saint-Eugène, qui, bien que je les eusse priés et fait prier avec instances, mais seulement en mon nom, par les avocats et par leurs procureurs, | n’ont pu consentir à aucune trêve{ce dont je ne m'étonne pas, car ce sont des moines et des moines aisés), et ils font toute espèce de diligence pour obtenir l'exécution des sentences. Sans doute, j'aurais pu la leur concéder, d'après la teneur du dernier rescrit de V. A. ; mais, dans la crainte de me tromper, elle voudra bien m’excuser, si je recours de nouveau à la manifestation de ses ordres. En attendant, je lui souhaite toute espèce de félicités et de satisfactions, et je lui présente mes très-
« humbles respecits.
« Sienne, le14 avril 1570.
« De V. A. le très fidèle serviteur, « Frédéric, des comtes Monteaguto'. »
Dans le procès decet Achille Benvoglienti, le Saint-Office
fit arrêter cinq sorcières, qui, convaincues d’avoir renié
(1) Archivio di Firenze, Carteggio di Cosimo, série 217 à 73.
HÉRÉTIQUES DE SIENNE. 275 la foi, renoncé au baptême et égorgé dix huit jeunes enfants, furent condamnées au bûcher. Le grand-duc permit l'exécution de la sentence. Dans les archives de Florence existe l’interrogatoire qu’on fit subir à Benvoglienti sur les matières religieuses, et Monteaguto en l’envoyantà Cosme le fait suivre de renseignements relatifs à ce procès!.
Pendant longtemps, on crut que Mino Celsi était un nom de guerre, sous lequel se cachaient Lelio, ou Faustus Socin, ou Castalio. Mais ce Mino Celsi exista réellement: il était natif de Sienne, d’où il s’enfuit en 1569, et vécut pendant trois ans chez les Grisons, dont il nous a laissé une peinture qui n’est rien moins que flatteuse. Il passa ensuite à Bâle, et chercha toujours à faire la paix entre les
.g dissidents : ce fut un des trois personnages qui, seuls “parmi les protestants, désapprouvèrent le supplice infligé
à Servet. Mino n'attaque pas le droit de punir un individu pour des opinions hétérodoxes, mais il voudrait que la punition en ce cas fût, soit une amende, soit l'exil, mais jamais la mort.
Au mois de septembre 1360, Pero Gelido, que nous avons ci-dessus mentionné, écrivait de Venise au grand duc * :
« Il y a huit jours qu'est arrivé dans cette ville un cer- « tain Nicolas Spanocchi, citoyen de Sienne, qui est venu « de but en blanc me trouver, et qui, après un court pré-
(1) Id., ibid., série 206 et 214.
(a) Voir Ceusus Minus Senensis, Disputatio in hereticis coercendis quatenus progredi liceat, ubi nominatim eos ullimo supplicio affici nom debere aperte demonstratur. Christlingæ, 1577. En 1584, cet ou-
‘vrage fut réimprimé avec deux lettres de Théodore de Bèze et d'André
Dudicio sur le méme sujet, mais portant un avis contraire. (3) Archivio della Segreteria vecchia, n° 3101 et suivants.
276 DISCOURS v.
mR
ambule fort bien tourné (car c’est un homme lettré et un esprit cultivé), s'est ouvert à moi comme ayant toujours été dévoué à la maison royale des Médicis . .. Par suite des calomnies de ses ennemis, il est poursuivi plus qu’il ne l’a mérité pour cause de religion, fait qu’il assure être à la parfaite connaissance de V. A. Puis il m’a raconté qu'étant un des magistrats qui composent la dalia de Sienne et un des quatre élus chargés de recevoir Son Altesse à l'entrée solennelle qu'elle devait faire dans cette ville, il s’acheminait en Toscane, lorsqu'il rencontra en route une personne qui lui annonça l’emprisonnement d’un certain Lelio Socin et de ses deux neveux; qu'effrayé, en apprenant cette nouvelle, il avait résolu de rebrousser chemin, et de s'arrêter en un lieu où il pourrait être un peu
plus en sûreté. .... Et, bien que, d’après ce qu'il a‘
oui dire, il blame la conduite qu’a tenue Lelio, il aurait préféré qu’on l’eût laissé en liberté, et qu'on l’eùt fait partir de vos États, pour éviter ce triste accident è la ville de Sienne, au moment même de l'entrée de Votre Altesse, ajoutant que ce mode de procéder eût été aussi préférable pour empécher une pareille semence de germer dans ce pays. Pour moi, assurément,
« j'ai éprouvé un vif déplaisir de voir que Votre Altesse fùt
dans la nécessité de mettre la faux dans ce champ de blé, et certes je comptais au nombre des plus belles grâces qu'elle ait reçues du Seigneur Dieu celle d’avoir pu jusqu’à présent se dispenser de recourir à de semblables persécutions, car l'expérience m'a fait voir les résultats qu'elles ont produits dansles autres pays. Maintenant, pour en revenir au fait de Spanocchi, il dit qu'il n'a pas fui le jugement, mais les juges, et qu'il ne veut
dr
« pas, à l’âge de soixante-douze ans où il est arrivé, avoir « à vivre péniblement ou à mourir dans une prison; « qu’enfin il supplie instamment Votre Altesse de vouloir « bien le prendre sous sa protection. ....»
Le juif Sixte de Sienne, qui s’était converti de bonne heure à la foi catholique, prit l’habit de mineur conventuel, et professa pour Caterino le respect d’un disciple envers son maître. Lui-mème nous raconte qu’il apprit à son école la doctrine des deux prédestinations : l’une, résultant d'un décret inéluctable de la Divinité, l’autre, conditionnelle, et qu’il la prêcha de vingt à trente ans dans les principales villes d'Italie, « comme étant merveilleusement propre à émouvoir certaines natures d’esprits endurcis, que quelques hérétiques de nos jours avaient remplis de désespoir, en leur inculquant la théorie absolue de la prédestination ». Ses prédications eurent, ainsi qu'il le dit, un grand succès parmi ses auditeurs, et produisirent le meilleur effet sur les âmes profondément troublées. Puis, ayant su combien cette doctrine rencontrait d'oppositions, il cessa de l’enseigner, mais n'en fut pas moins, à raison de ses erreurs, traduit devant le Saint- Office. Frère Michel Ghislieri, prenant en compassion la jeunesse et la science de l'accusé, entreprit de le convertir, et, malgré l’amour-propre que celui-ci mettait à ne point renoncer à ses propres opinions, il parvint à le remettre dans la bonne voie. Ayant obtenu pour lui le pardon de Jules III, il le fit entrer chez les dominicains, où il fut chargé fort à propos de prècher et de convertir les juifs qui s'étaient établis en grand nombre à Crémone, d’où ils propageaient les livres de leur secte ‘.
(1) Thulmudicos hebreorum libros, impiæ ac prodigiosa doctrine,
Aonio Paleario.
Ses études.
Sixte mit à part les œuvres utiles, telles que le Thalmud et autres, et jeta au feu celles qui ne pouvaient servir à rien: il en fit de mème pour tous ses écrits, À l'exception de la Bibliotheca sancta, ouvrage dans lequel il avait traité des livres saints, de leurs interprètes, et des erreurs qui en découlèrent. Il mourut à Gênes à l’âge de 49 ans, en 1569.
Cette même année, l'Inquisition établit à Sienne une confrérie de Croisés, principalement destinée à servir d’auxiliaires au Saint-Office, mais elle rencontra une trèsvive opposition dans le pays; et si, dès le commencement, le gouverneur comte deMontaguto ne l'avait pas combattue, il y eut cependant un grand nombre de citoyens qui signalèrent au prince le danger qu'il courait dans un pays récemment conquis, en tolérant qu’une société d'hommes s’y fondàt indépendante de l'autorité séculière, et grâce à laquelle l'Inquisition n’aurait plus eu besoin de s'appuyer sur la force publique. Le grand-duc donna aussitôt l'ordre de la dissoudre, et en écrivit à Rome, qui promit de la faire disparaître peu à peu, de peur qu’en la supprimant tout à coup, l’inquisition ne recùt de ce fait une sorte de déshonneur.
Maître Antoine della Paglia, né vers 1500 de Mathieu et de Claire Gianarilla, à Véroli, ville épiscopale située à l'extrémité de la campagne de Rome, avait, selon la coutume d'alors, latinisé son nom, en le changeant en celui d’Aonio Paleario. Il étudia à Pérouse, ensuite à Sienne (1530), « ville magnifique et agréablement située, « mais gâtée par l'esprit de parti et par d’éternelles fac- « tions, qui font que les seigneurs vivent à la campagne,
quos Judæi ex omni ferme Italia in cam urbem tanquam in commune judaice nationis asilum convererant.
« et qu'ainsi les neuf Muses en sont bannies : mais les gi habitants ont une grande pénétration d’esprit et une « grande vigueur de pensée; les jeunes gens ont une « académie, où ils récitent souvent des discours composés — « dans la langue maternelle, » usage qui, selon lui, est blâmable, parce qu’il les éloigne de l’étude du latin et du grec (C.). Il alla, aux frais du Romain Cincio Frigipani, à Padoue, où il entendit chez Benoît Lampridius lire les harangues de Démosthène. De retour à Sienne, il défendit avec distinction Antoine Bellanti, accusé de malversations et de complot; mais ses adversaires retournèrent l’accusation contre lui, ce qui lui fournit l’occasion de faire preuve de son éloquence. Le sénat de Sienne le choisit pour enseigner publiquement les lettres grecques et latines, puis la philosophie. Ce fut là qu’il s'initia aux doctrines d’Ochin qu’il propagea ensuite à Colle dans le Val d’Elsa, où il avait des propriétés, et aussi à San Geminiano. Il composa un poëme en trois chants sur l’immortalité de l’âme, mélange de sacré et de profane, où il invoque Aristote pour lui servir de guide dans sa scabreuse investigation. Il dédia son poëme à Ferdi- - nand, roi des Romains. Les critiques ont comparé Antoine della Paglia à Vida, à Sannazar; Vossius lui a donné les épithètes de divin et d'immortel. Il envoya une édition incorrecte de son potme au cardinal Sadolet, son maître, en le priant d'engager l’imprimeur Griphe à en faire une meilleure. Sadolet en effet ne manqua pas de le recommander chaudement. Ce livre, suivant lui, avait un parfum de Lucrèce; tout y était exprimé selon les règles de la plus pure latinité, et respirait un tact exquis, une exactitude scrupuleuse : Multaque præterea ubique nitentia ingenti et vetustatis luminibus, et, quod ego pluris
quam reliqua omnia facio, christiana mens, integra castaque religio, erga Deum ipsum honos, pietas, studium, in eo libup vel maxime non solum docere mentes errantium, sed etiam animos incendere ad amorem puræ religionis possuni.
Sadolet en outre écrivait à l’auteur qu’il n’avait point lu d'œuvre de ce temps qui lui plût davantage que son poëme, et il ajoutait : « De même que la sérénité et la « constance empreintes sur le visage d’un homme sont « les signes caractéristiques d’une âme droite et d’un esprit « intègre, ainsi la piété singulière envers Dieu, telle « qu'elle se manifeste dans tes écrits, nous force à faire « le plus grand cas de ta personne, de tous les senti- « ments de ton Ame et de ton excellente doctrine '. »
À Rome, Aonio eut pour intimes Mauro d'Arcano et le poéte Berni : ses vers y étaient lus avec charme dans l'Académie des Vignerons et au milieu des festins privés, comme ce banquet que donna en 1531 Mussetola, traducteur de Lucrèce, où l’on ne but d'autre vin que celui récolté dans la vigne de Pontanus à Naples.
De retour à Sienne, Paleario espéra un moment y devenir professeur, mais il fut traversé dans ses desseins. Il eut à soutenir des disputes opiniâtres avec un adversaire qu'il nomme Maco Blaterone, et contre qui Pierre Arétin déchatna aussi sa colère. Aonio avait fixé sa résidence à Ceciniano et à Colle, où, à l’âge de trentequatre ans, il épousa Marie Guidotti avec six cents florins de dot : il eut de ce mariage deux fils et deux filles. Il se plaisait à disputer sur l’Ame, ce qui lui donna maille à partir avec quelques philosophes, venus exprès pour le trouver à Colle; mais les zélateurs de la foi pro-
(1) SavoLEti Ep., 25, lib. V.
fitèrent de ce fait pour l’atcuser, cherchant à lui aliéner le peuple et le duc par tous les moyens auxquels ont recours les envieux, sans en excepter même l’infamie. Leurs machinations, les diatribes furibondes, les imputations calomnieuses, l’indignation, l’amour-propre, la mortification, exaspérèrent Paleario contre ses ennemis; et ses correspondances ‘, celles surtout qu'il échangea avec Lelio Bellanti et Pterigi Gallo, nous dévoilent à la fois les intrigues de ses adversaires ct l'agitation à laquelle lui-même était en proie.
Tout cela peut avoir exaspéré les esprits et les avoir préparés aux persécutions qui lui coûtèrent si cher. Il se sentait appelé à un poste plus élevé que ne l'était celui de professeur de latin et de grec? : il recourait, en vue d’en obtenir proteclion ou défense, à son archevêque Bandini et à Sadolet; et, bien plus affligé des malheurs publics que des siens (car à cette époque les Turcs étaient déjà débarqués et menaçaient Orbetello et Sienne), il se plaint d’avoir été obligé d'abandonner sa patrie et tout ce qui lui était cher.
Sadolet finit par s’apercevoir des opinions hétérodoxes
(t) Lazzari a trouvé vingt-cinq lettres d’Aonio Paleario dans la bibtiotbéque des Jésuites. — A. Palearii Miscellaneorum ex mss. lib., bibilethece collegii romani. Roma, 1757. Voir aussi Jon. Günzrrr, Leben des A. Palearius, Hambourg, 1805 ; The Life and Times of Aonio Paleario, or a history of the Italian reformers in the sixteenth century : &llustrated by original letters and unedited documents. London, 1860, deux volumes, par Madame Young.
-. (2)Moriar si me non angunt putidissimæ interpretationes meæ sive greta sire lalinæ. Semper judicavi sordidum et obscurum iis, quorum ‘ngenio aliquid fieri potest illustrius, si interpretandis scriptis aliorum leumiles ac demissi quasi servitia ancillentur. Sed cum mihi res domi esset angusta, uxor lauta, liberi splendidi, et propterea magnos sumptus facerem, mancipavi propeme studiis iis a quibus semper ab horrui. Epist. 4, libri IV.
L’auteur
Del Benefizio di Cristo.
282 DISCOURS YV.
de Paleario, et l’en avertit; maïs celui-ci n'en tint aucun compte, et continua à les manifester publiquement, Il attira surtout l'attention sur sa personne, en attaquant un certain ecclésiastique, qui, fort assidu à se prosterner-devant les reliques des saints, ne payait pas ses dettes. « Colta dit que, s’il me laisse la vie, il ne restera plus « aucune trace de religion à Sienne. Et pourquoi? parce « que, quand celui qui me demandait quel était le « premier fondement sur lequel les hommes devaient ap- « puyer leur salut , je répondis, sur Christ; et, comme on « me demandait quel était le second , je répondis : Christ; « et quel était le troisième, et moi encore de répondre : « Christ. »
On y sent l’idée qui a été développée dans le Traité du bienfait de la mort du Christ, dont nous avons parlé ‘.
Nous vimes alors quel intérêt avait excité ce livre, qui d'abord fut considéré comme une œuvre de piété, et réimprimé à la suite d’autres traités pieux, dans lédition mise à l'index par Sixte-Quint sous le titre suivant : « Traité très-utile du Bienfait du Christ, « suivi des mystères du rosaire, et de l’indulgence és « articulo mortis accordée par le pape Adrien VI aux « chapelets bénits ». Nous en avons fait l'analyse, et nous avons dit que, l’auteur ne s'étant pas déclaré, on l'attribua à diverses personnes, par exemple à Valdès, qu'on a en effet copié en beaucoup de parties, puis au cardinal Contarini, à Flaminio, et à d’autres. Le cardinal Morone avoue que, ce livre a fait son admiration et qu'il l’a propagé; dans le cours du procès qu’on lui fit, un domini-
(1) Voir le Discours III de notre tome Il, les Hérétiques d'Italie et le Concile de Trente, page 99 et suiv. , |
HÉRÉTIQUES DE SIENNE. 283 cain dépose qu'il a vu codivre en manuscrit à Vérone; qu’il fut envoyé à un chanoine nommé Pellegrini, qui le donna à l’évêque, lequel, l'ayant jugé bon et utile, le présenta au cardinal; mais celui-ci, ayant découvert combien la vérité y avait été alterée, fut peiné de le voir peu de temps après imprimé ct répandu.
Pierre-Paul Vergerio, en commentant l’Index des livres prohibés fait par monseigneur Della Casa, dit que bien des personnes pensent qu'il n’y a eu à notre époque, au moins en italien, aucun écrit aussi plein d’onction, de piété, de simplicité, et aussi propre à instruire même les gens les plus rustres et les plus bornés surtout sur l’article de la justification. Et il ajoute : « Mais j'ai encore « à dire quelque chose sur ce Bienfait du Christ. Il est « un certain muine, qui n’en veut entendre parler en « aucune manière : dans l'espoir d'obtenir du pape un « bénéfice, il a lancé des invectives contre le { bénéfice) « du Christ crucifié Cependant un autre homme « de talent et d'esprit a entrepris de le défendre; « il a composé un livre écrit avec une douce charité, et « l'a remis à un cardinal qui a la réputation de savoir « reconnaître les erreurs de l'Église et de goûter toute la « suavité de l'Évangile. Certes, Son Éminence est douée « de beaucoup de vertus excellentes : mais je serais tout « porté à croire que (si ce cardinal ne laisse pas publier « maintenant l'apologie de ce bon livre qu’il a entre « les mains et s'il ne se hasarde pas à dire qu’il est « bon) la réputation dont il jouit est usurpée, et qu'il « n'ya pas en lui autant d’esprit que bien desgensont cru « en voir. Ila coutume de dire qu'il faut être prudent, « attendre l’occasion et le temps opportun. Voilà qui est « bien dit; mais ne seraient-ce point l'occasion et le
284 DISCOURS v.
temps opportun, mainterttent que tant de gens cherchent de tant de manières à éteindre et à enfouir le bienfait et la gloire de Christ? Quand lui plaira-t-il donc de se déclarer et de se faire connaître comme son soldat, s’il ne le fait maintenant que son Christ est si combattu, si persécuté, si affligé ? Allons! nous ‘verrons bien ce que va faire ce cardinal. Que Dieu lui donne la hardiesse d’avouer son opinion! Il serait bien temps en vérité que ce cardinal eùt à se prononcer, lui et toute son école.
« J’ajouterai, quant à ce petit livre, que deux personnes ont travaillé à le composer : l’une l’a commencé, l'autre l’a terminé et limé, et toutes deux sont en Italie, parfaitement connues et choyées par les premiers dignitaires de la cour de Rome; ‘et cependant leur livre a été condamné comme hérétique. Nous allons voir s'ils pourront souffrir et dévorer l’injure qui a été faite en plein visage à leur Père céleste, ou s'ils aimeront mieux dissimuler leur affront et jouir en paix des avantages et des douceurs attachés à leurs tonsures. » En rhéteur et en sophiste, Vergerio veut confondre le tire du livre avec le bienfait du Christ, comme si ce livre était condamné par les censeurs. Enfin il conclut ainsi : « Or, pour ce qui est de ce livre, écoutez : de deux « choses l'une, ou il est bon ou il est impie. Sil est « bon, pourquoi l’avoir condamné? S’il est impie, pour- « quoi en avoir d'abord laissé vendre quarante mille « exemplaires? car, depuis six ans, je sais positivement « qu'ilen a été imprimé et vendu ce nombre dans la seule « ville de ‘Venise. Pourquoi avoir laissé circuler une « telle dose de poison pour les âmes, du moins comme « ils l’entendent?
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