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« Voici ce qui nous étonne : ces gens, après tant de « supplicationset de reproches, devraient se faire chaque « année plus humbles, mieux reconnaitre les erreurs, « les superstitions, les ténèbres dans lesquelles ils ont « voulu tenir plongées les pauvres âmes, les apaiser, s’at- « tirer leur bienveillance et les habituer à trouver « leurs satisfaclions dans tout ce qui procure la gloire de « Dieu. Lis voient que ces âmes désirent se reposer e sur la doctrine de l'Évangile; eux au contraire ont « pris le parti de s’enorgueillir chaque jour davanta- « ge, d’abaissèr et de tyranniser le pauvre peuple, et « de lui cacher tout ce qui pourrait lui donner quel- « que lumière sur le salut. Qui ne sait que le peuple « finira par se moquer des indulgences, des jubilés, et de « toutes les autres inventions et imaginations des hommes, « inventions qui pendant longtemps ont dù faire croire « qu'on pouvait obtenir la rémission des péchés, lors- « qu’ilsauront la grâce d'arriver, par une foi vive, à con- « naître le grand bienfait que leur a fait le Père céleste, « en leur donnant son fils bien-aimé pour répandre son « sang et mourir sur la croix? » |
On a supposé que les deux écrivains qui, d'après l’assertion de Vergerio, ont participé à la rédaction de cc livre étaient Flaminio et Paleario. Vergerio dit en outre que le cardinal Pole contribua à le répandre d'accord avec Flaminio, Priuli et autres disciples de la même école, qui l’envoyèrent à un libraire hérétique ou suspect, pour en vendre le plus d'exemplaires qu'il pourrait, et même les donner gratuitement, sous la promesse qu'ils seraient remboursés.
Le moine détracteur de l’œuvre en question, auquel fait allusion Vergerio, est Ambroise Caterino, que nous avons
plusieurs fois cité, et qui, entre autres écrits innombrables de polémique, a publié un « Abrégé des erreurs et fourberies luthériennes, contenues dans un petit livre anonyme, intitulé, Trattato utilissimo del beneficio di Cristo crocifisso (Roma, 1544)». Il fait suite à l'ouvrage qui a pour titre Resoluzione sommaria contro il sommario della Scrittura, traduzione di Melanctone.
Antoine Caracciolo, dans sa vie mannscrite de Paul IV, nous apprend qu'à Trévise on trouva « un pédant nommé maître Angelo » qui avait habité à Venise, et qui envoyait de Zurich le livre pestiféré du Bienfait du Christ, ouvrage qui, selon lui, avait été composé par un bénédictin de San Severino, Sicilien et disciple de Valdès. Caracciolo nous apprend en outre que cet ouvrage aurait été revu par Flaminio, « lui aussi fortement infecté d’hérésie ».
Ranke, qui, pas plus que nous, ne peut se décider à attribuer cet opuscule à Paleario, se range de l’avis de Caracciolo. Dans le procès de Morone, divers individus interrogés sur ce livre ont répondu qu'ils en ignoraient l’auteur. Un libraire vénitien, qui en a débité une grande quantité d'exemplaires, a dit : « Je ne saurais vous dire qui l’a composé, ni de quel côté il est venu... Je sais qu'on le vendait dans toute l'Italie, et qu'en maint endroit tous les catholiques le lisaient. » Morone lui-même assure qu’alors l'auteur en était parfaitement connu. Un témoin répond : « J'ai entendu dire, je ne sais par qui, « que l’auteur était un religieux bénédictin noir, ami de « Valdès, lequel religieux je ne connais ni de nom ni au- « trement, ct qu’ensuile Flaminio l'avait revu et arrangé « à sa manière, puis donné à l'impression. » Dans le procès de Carnesecchi, on le fait clairement passer pour
HÉRÉTIQUES DE SIENNE. 287 l'œuvre d'un bénédictin nommé Benoît de Mantoue, qui le composa au pied de l'Etna, et qui ensuite le donna à Flaminio pour le limer. Malgré toutes ces eonjectures, je suis tenté d’y voir une traduction, parce que, d’une part, il me paraît par trop différent des travaux du même genre faits par des Italiens, et que de l’autre j'y trouve un cachet bien marqué de style toscan. Assurément le style en est plus simple que celui qu'employait Paleario dans ses écrits, qui du reste sont tous en latin; cependant, ce qui pourrait faire attribuer le livre du Bien/ait du Christ à Paleario, c’est la doctrine qu'il professait lui-même sur la justification par le Christ, conforme en tout point à celle de ce livre, ainsi que la défense qu'il présenta dans sa propre cause :.
Ausfî Paleario s’était-il attiré par ses ouvrages et par ses opinions une multitude d’ennemis, à la tête desquels était Othon Melio Cotta, que nous avons cilé et dont le nom est peut-êtrel’anagramme d’Orlando Mariscotti : sur trois cents accusateurs qui se présentèrent , douze seulement s’offrirent de témoigner contre lui; et il se défendit devant le sénat de Sienne , en prononçant une pompeuse harangue latine, toute hérissée de rhétorique? . Mais cette harangue, bien loin de le disculper, confirmerait les accusations dirigées contre lui : il y dit que, pouravoir denoncé deux monstres de religieux, il s’est attiré les inimitiés de toute la gent capuchonnée, qui, semblable à des porcs, seruent sur celui qui en a frappé un. « J'avais parlé de cette république,
(1) Gaétan Melzi, dans son Dizionario di opere anonime e pseudonime (Milan, 1859), dit que « le seul écrivain qui dans l’espacs de deux sièclesait vu ce livre rarissime fat Rœderer. Il n'y a pas de doute que l’auteur en soit le célèbre et infortuné Aonio Paleario, etc. ».
La traduction latine est attribuée à François Pucci.
(2) Oratio III pro se ipso ad patres conscri os reip. senensis.
Défense de Paleario.
antérieure à la création du monde, décrétée par Dieu, et dont Christ est le chef, l’auteur et l’unique modérateur; quant à ce qui est de la loi abrogée et du très-pesant joug de la servitude, nous en avons traité seulement dans la mesure que comporte la misère des temps, dans lesquels il n’est pas sans danger de manifester l'objet de ses désirs. Il y a des hommes cruels, endurcis et coupables, en présence de qui il n’est pas même possible de louer pleinement le Père, et le Christ auteur de notre salut; on m'a même accusé d'avoir écrit cette année un traité en langue toscane, destiné à faire voir combien de bienfaits nous viennent de sa mort. Je disais donc que Celui, en qui réside la divinité (in quo divinitas inesset), ayant répandu son sang avec un si généreux ‘amour pour notre salut, nous ne devions pas douter de la vo- Jonté céleste, mais bien au contraire nous reposer en toute sécurité et quiétude sur lui : j'affirmais, sur la foi d’autorités très-anciennes et parfaitement sûres, que les maux étaient finis, que toute tache était effacée pour tous ceux qui, ramenés en esprit vers le Christ cruciflé, s'abandonneraient en toute confiance à ses promesses, et placeraient toutes leurs espérances en celui-là seul qui ne trompe jamais. Eh bien, ces propositions parurent si abominables à ces douze, je ne dis pas hommes, mais bêtes féroces, qu’ils jugèrent leur auteur digne du bûcher. Si je devais un jour subir cette peine pour avoir rendu ce témoignage, certes je me considérerais comme le plus heureux des mortels, car, au temps ou nous vivons, un vrai chrétien ne peut mourir dans son lit. Qu'on nous accuse donc, qu'on nous jelte en prison, qu’on nous torture, qu'on nous
< étrangle, qu'on nous donne aux bêtes féroces, nous sup- « porterons tout, pourvu que de nos souffrances la vé- « rité sorte triomphante. Si nous n’avions pas foi dans le « futur concile où les papes, César ct les rois ont convo- « qué un très-grand nombre de délégués de toutes les « nations, ce serait à désespérer pour nous de voir la fin « de tant de troubles; que le glaive de l’Inquisition, sus- « pendu sur la tête de quiconque écrit, tombe de la main « de ceux qui, même pour des fautes très-légères, veulent « faire de cruelles blessures. Ce sont eux qui ont arrêté « mon pieux etintègre ami Sadolet; eux, les ignorants, « qui ont accusé Bernardin Ochin, cet homme d'une vie « si austère et si admirable, et qui, voyant que vous ne « vous apprétiez pas à le défendre, jugea bon de s’en- « fuir tout seul, et d’errer dans des contrées éloignées « dé notre chère Étrurie. »
Ici, Paleario se met à prodiguer des éloges au fugitif, puis il arrive à réfuter les accusations qu'on lui a intentées. « Vous dites que je partage les opinions des théo- « logiens allemands. Mais, en Allemagne, il y en a d’ex- « cellents. Sans doute vous voulez parler d'OEcolampade, « d'Érasme, de Mélanchthon, de Luther, de Poméranus, « de Bucer et des autres suspects d’hérésie? Il n’y a pas « chez nous un théologien assez stupide pour ne pas « comprendre qu'il y ait chez eux beaucoup de choses « très-louables et empruntées aux saints Pères, aux com- « mentaires des Grecs et des Latins plus estimés, à tel « point que, en accusant ces hommes, on accuse en « méme temps Origène, Chrysostome, Cyrille, Irénée, Hilaire, Augustin, Jérôme. Quant à la conduite des Allemands, je suis loin de l’approuver en tout: je
les loue d’avoir ressuscité les bonnes lettres latines, III — 19
Ses vicissitudes.
« d'avoir remis en lumière les études théologiques, qui « étaient reléguées dans les ténèbres, d'avoir découvert « et fait imprimer des livres latins, grecs et chaldéens, « et enfin d’avoir assigné des honoraires convenables aux « professeurs. Puis vinrent des discordes intestines, des « émeutes populaires, des guerres qui, au point de vue « de la charité fraternelle, m'ont causé, à moi, une « immense doulcur. Quel est l'homme qui ne louerait « pas les causes, et qui ne blâmerait pas les effets ? »
En résumé, Paleario déclare ne pas partager entière- : ment les opinions des hérétiques d'Allemagne; mais il réclame le droit d'emprunter aux documents anciens, à l'Écriturc et aux Saints Pères ses propres croyances : puis, sans se reconnaître l’auteur de l’opuscule du Bien/ait du Christ, il soutient absolument les mêmes doctrines. Cependant nous n'avons pas découvert que sa conduite lui eût attiré d'autre vexation que celle d’être renvoyé de Sienne. C'est alors qu’il passa à Lucques, muni de lettres de recommandation de Sadolet et de Bembo, qui l’engageaient à être plus circonspect. En 1546, on lui confia la chaire d'éloquence de cette ville : il y fut chargé de missions publiques, et en outre de prononcer chaque année deux discours pour des occasions solennelles. Nous les poxédons, et ce sont de purs morceaux oratoires, où ne percent aucuns dissentiments religieux. Objet tout d’abord de l'admiration publique, puis, supplanté par Bandinelli dans un concours, Paleerio, irrité de cet échec, quitta Lucques, où il demeurait depuis dix ans.
En sa qualité de partisan dévoué de la faction impériale, il crut être mieux traité à Milan, où il fut choisi par le sénat comme successeur de Majoragio à la chaire d'éloquence. Il y arriva le 27 octobre 1855, et écri-
vit à ses enfants une lettre pour leur raconter l'accueil bienveillant qui lui avait été fait, ajoutant qu'il avait prononcé son discours d’ouverture le 29 du même mois dans l'église de Santa Maria della Scala, en présence du sénat, du gouverneur, des préteurs, du collége des jurisconsaltes, des philosophes et d’une foule de peuple. Le lendemain, il fut accompagné au gymnase par les principaux membres du sénat. Il termine en exhortant ses enfants à étudier, car il n’a pas de quoi leur venir en aide, sa solde étant déjà insuffisante pour lui seul. En effet, nous avons trouvé une requête qu'il adressait aux décurions milanais, dans laquelle il leur exposait qu’il vivait fort modestement n'ayant qu'une servante, après avoir, par amour pour cette cité, abandonné son pays natal et renoncé à un bon traitement. Les magistrats de Milan, prenant en considération sa grande science, les avantages que les jeunes gens pourraient recueillir de ses leçons, ainsi que l’honneur qui en rejaillirait sur la ville elle-même, lui accordèrent au . mois d'avril 1558 une allocation suffisante pour l'entretien de six personnes. Paleario fut chargé de prononcer un autre discours, losqu’on pensait que l’empereur Ferdinand, Philippe d'Espagne et Henri de France s’assembleraient | à Milan pour traiter de la paix; discours où il fait l'éloge de la paix, et où il développe les espérances fondées sur le concile et sur l’entrevue des souverains avec le pape. On a aussi de lui des lettres à des princes régnants, qui contiennent de grands éloges à l'adresse des empereurs d'Autriche, et prouvent l’espoir qu'il avait mis en eux pour le maintien de la paix et la croisade contre les Turcs. Paleario resta sept années à Milan. Parmi les thèmes qu’il proposait à ses élèves, on en remarque deux : l'un pour combattre, l’autre pour défendre la loi agraire. Nous
possédons imprimée la thèse avec le canevas tracé par lui ainsi que les deux plaidoyers écrits par Louis de Rho et Charles de Sauli, le premier tenant pour Tibérius Gracchus le second pour Marc-Antoine (Milan, 1867). Il fit aussi un plaidoyer contre Lucius Muréna, dont le latin, suivant d'Olivet, ne peut étre distingué de celui de Cicéron. Paleario composa tous ses ouvrages en latin, se proposant par là de ramener le goùt classique : aussi sentent-ils tous le paganisme qui dominait alors dans les écoles; il n’est pas jusqu'à l'épitaphe de sa femme, où il ne mêle le Christ avec les champs Élysées'. Mais c'est en vain que dans tous ses écrits nous avons cherché à suivre les évolutions de son esprit vers les idées nouvelles; nous n'y avons pas trouvé davantage le moindre indice de ses rapports avec les protestants. Nous savons bien qu'il écrivit l’Actio in pontifices romanos el eorum asseclas en 1542, alors qu'il s'agissait de rassembler le concile de Trente; mais cette œuvre ne fut publiée que vingt-six ans après sa mort el
cinquante ans après qu'il l'eut composée.
« Dansla volumineuse correspondance que j’ai échan- « gée ces dernières années avec les Suisses et les Alle- « mands (dit-il à peu près dans cet ouvrage) on peut voir « clairement mes espérances, mes sentiments et mes « projets. Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, « m'est témoin que, depuis bien longtemps déjà, j'ai sou- « haité voir les princes chrétiens-présider une assemblée « composte de personnes d'une haute piété et d’une grande
(1) Ni mihi spem Christus faceret; quem vita secuta est, Non possem abrupto vivere conjugio.
Ille mihi te olim-redituram in luminis oras Pollicitus, dalci pascit amore animum.
Interee Aonium venientem cursibus ad te . Exspecta campis, uxor, in Elvsiis.
science, en présence desquelles il me serait permis de témoigner de mes pieuses intentions, tout disposé que je suis à répandre même mon sang pour Jésus-Christ. Mais, vovant d’une part ces princes occupés de bien d’autres choses, et, de l’autre, sentant ma fin approcher, j'ai écrit ma confession de foi et l'acte d'accusation
‘ contre les papes, afin que, si la mort venait à me sur-
prendre, ils pussent être utiles à mes frères. Je dépose cet écrit entre les mains d'hommes pieux et fidèles, pour qu'ils le conservent jusqu’à la réunion d’un concile vraiment général, libre, saint, solennel, pour la réalisation duquel j'adresse les plus ardentes supplications au Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais, tant que cet événement ne s’accomplira pas, je défends que ce mémoire soit publié. | « Si l'aurore de ce jour tant désiré vient à luire, si les peuples, obéissant à l'Évangile, peuvent enfin se concerter pour la paix publique et pour l’union de l'Église, c'est alors qu'il leur sera permis d'obtenir de l’empereur, des rois et des princes chrétiens qu’ils forcent le pape à acquiescer à un concile, à l'occasion duquel pourraient avoir lieu des réunions publiques et libres, composées de personnes apparlenant à toutes les nations chrétiennes, et pouvant parler librement par l’intermédiaire de leurs orateurs, en présence des seigneurs et des délégués des cités. Si donc dans ces assemblées on est parvenu à laisser se produire équitablement toutes les opinions; si, par la seule parole de Dieu, on a fait justice des abus, si on a fait disparaitre les controverses religieuses et régénéré les Églises, en sorte qu’ellesne forment plus qu'un seul corps; alors seulement, Ô vous qui êtes mes dépositaires, vous consignerez cel
« écrit tel quel aux représentants des Églises de Suisse et « d'Allemagne, qui sont les défenseurs du saint Évangile ; « vous le présenterez au concile général, libre, saint, s0- « lennel, comme la confession de foi d’un homme pieux, « lequel en mourant n'avait pas de raison pour mentir « au Christ. C'est alors que vous lancerez là cette confession de foi et cet acte d'accusation comme un coup de « tonnerre, qui abattra l’Antechrist. O mes frères, je « vous en supplie, ne leur laissez pas beaucoup de temps « pour vous répondre; cet infâme doit être confondu sur « le coup, en plein concile, et en présence des illustres « princes. Alors vous lirez et relirez ma confession de « foi ensemble avec l'acte d'accusation; faites que le tout « soit discuté et examiné avec soin, et ainsi l’Église de « Dieu sera purgée. »
Paleario poursuit en développant une vingtaine d’articles de foi, dont chacun contient la profession d'un dogme protestant, et le dernier une invective contre les déréglements des prélats.
Il commence son réquisitoire par la description des souffrances auxquelles s'expose quiconque se sépare de sa patrie, de sa famille, de ses chères habitudes pour pouvoir professer l'Évangile; puis il développe les chefs d’accusation ci-dessus relatés. Le plus grand embarras qu'il rencontre provient de l’antiquité de la tradition sur un grand nombre de vérités catholiques. Mais il prétend que, déjà du temps des Apôtres, aux vrais croyants s’en étaient mélés de faux, qui obscurcissaient la lumière
“ * apportée en ce monde par le Christ, et que par eux
s'étaient introduits dans l’Église des dogmes contraires à l'Évangile, et certaines cérémonies qui peu'à peu nous éloignent du Christ, ainsi que les innombrables prescriptions
Hé
contre lesquelles avaient déjà tonné Pierre et Paul, le purgatoire el les invocations aux saints. Le style de ce pamphlet est bien loin de cette élégance artificieuse, dont Paleario s’était servi ailleurs : il en fait du reste lui-même l’aveu. (D.)
Il écrivit d'autres lettres aux hérésiarques de son temps, lettres qui en 1566 étaient citées et colportées en tous lieux par Barthélemy Orello. Dans l’une d'elles, adressée « à Luther, Mélanchthon, Calvin, Butzer, et à tous les Suisses et Allemands qui invoquent Jésus-Christ », il les dissuade d'accepter la convocation du concile, telle qu’elle était faite, mais il les engage à chercher à la faire modifier : puis il les met en garde contre la vive ardeur que montre le pape pour le convoquer : Pontifex qui, id ætalis, non satis firma est valetudine, ne noclurnum quidem lempus sibi ad quietem relinquit; magnam copiam consultorum habet, quibuscum ad mullam noctem sermonem producit; inferdum autem jurisperilos, aut usu rerum probatos, aut astutos homines, addite autem si vullis improbos, consulit..... advocat, orat atque obsecrat ut in communem curam incumbant'. Ayant appris l'arrestation de Carnesecchi, il songea à mettre à l'abri de l’Inquisition son Réquisitoire contre les papes, et, par l’intermédiaire d’Orello, il fit savoir à Théodore Zuinger, médecin de Bâle, ce qui s'était passé : celui-ci le remercie de la confidence, le félicite de la bonne volonté qu’il a d’être utile à la cause de Dieu, mais ajoute qu’il eût mieux fait de confier son œuvre à quelque maître en théologie, par exemple à Sulcer ou à Coccelus, car dans leurs mains elle eût été en toute sécurité. uu.”
Aonio écrivit ensuite au sénat de Milan qu’il était pour- ss condam-
(1) Ap. ScroELRORN.
nation et sa mort.
suivi par le père inquisiteur à raison d’un discours latin, écrit trente-cinq ans auparavant, que, par conséquent , il se voyait obligé de se séparer des jeunes gens, pour l’instruction desquels il avait été appelé deToscane. Pressé maintenant par des lettres nouvelles de l’inquisiteur, lui enjoignant de sc présenter à Rome, il répond qu’il dépend du sénat, et qu’il ne peut, sans son consentement, disposer de sa personne. Quoique vieux et d’une santé débile, il ne se refuse pas à ce long voyage, mais il n'a pas d'argent pour le faire et pour acquitter tout d’abord les dettes qu'il a contractées; puis il lui faudrait avoir de quoi vivre à Rome, jusqu’à ce qu'il ait dissipé l'acusation injuste qui pèse sur sa personne. |
Nous ne savons pas si le sénat milanais lui accorda ce qu'il demandait; le fait est qu'il alla demeurer à Faenza, qui pourtant était une ville appartenant au pape. Mais, en 1566, sous le pontificat de Pie V, frère Ange de Crémone, inquisiteur, alla arréter Paleario, le conduisit à Rome, et l’enferma dans la prison de Tordinona. Les chefs d’accusation relevés à sa charge peuvent se réduire à quatre, savoir : il niait le purgatoire; il blAmait les inhumations dans l’intérieur des églises, disant qu’il était préférable de les faire en dehors des murs; il mettait en dérision la vie et les costumes monastiques; enfin, il attribuait la justification exclusivement à la foi en la miséricorde de Dieu, qui pardonne par les mérites du Christ.
Le père Laderchi donne, comme la principale accusation qu'on portal contre lui, le fait d’avoir publié un livre où il avait adroitement distillé le venin de l’hérésie; venin qu'il s'était tellement assimilé qu'on le retrouve dans une harangue écrite par lui aux pères de la république de Sienne; et il ajoute qu'il tint le langage
suivant aux cardinaux du Saint-Office : « Puisque Vos « Éminences ont contre moi tant de bonnes raisons pour « me condamner, il est inutile qu’elles prennent plus long- « temps la peine de me convaincre, ou qu'elles conti- « nuent à me causer de plus longs ennuis. Je suis ferme- « ment résolu de conformer ma conduite aux préceptes « que saint Paul résume en ces termes : Christ a souffert e pour nous, et nous a laissé un exemple à suivre; il n'avait « fait aucun mal, on ne trouva jamais le mensonge sur ses « lèvres; accablé d'injures, il se tut ; en prote à la souffrance, e fl n’eul aucune menace pour ses bourreaux, mais il se con- « fia lui-même à Celui qui juge avec justice. En avant donc « dans votre jugement, proféroz la sentence contre Aonio; « donnez ainsi satisfaction à ses adversaires, ct accom- « plissez votre mandat. »
Après un long emprisonnement, il fut condamné à être étranglé, puis à être brûlé.
Est-il vrai qu’à l’article de la mort, il se repentit? On a extrait des mémoires appartenant à la Confraternità de la Misericordiadi san Giovanni Decollato de’ Fiorentini di Roma une annotation faite par ceux qui assistèrent à ses derniers moments, de laquelle il résulterait que Paleario s'est repenti , car, y est-il dit, « s'étant confessé et ayant fait pénitence, il demanda pardon au Seigneur, à sa gloricuse Mère et à toute la cour céleste, voulant (disait-il ) mourir en bon chrétien, et croyant tout ce que croit la sainte Église romaine : ainsi fut mis à mort et ensuite brûlé ledit Paleario, le 8 juillet 1570 ».
(1) Voir le mémoire publié par ScaoxLaonn, ainsi que les lettres du 3 et du 5 juillet 1570 qui le suivent. Laderchi a donc commis une erreur de date lorsqu'il donne Paleario comme mort le 1° octobre 1569; il avait été arrété en 1568.
Ses lettres pathétiques.
Voici en quels termes il écrivait à sa famille dans ses
derniers jours :
« Ma très-chère épouse : — Je ne voudrais pas que tu regardasses comme un déplaisir ce qui est mon plaisir, ni comme un mal ce qui pour moi est un bien. L'heure
est venue où je dois de cette vie passer à mon Seigneur
et père, à Dieu. J'y vais avec autant d’allégresse que sil s'agissait des noces du fils du grand roi, et, cette grâce, j ai toujours prié le Seigneur mon Dieu de me l’accorder au nom de sa bonté et de sa libéralité infinies. Ainsi donc, mon épouse chérie, que la volonté de Dieu et ma satisfaction vous donnent du courage; veillez à la famille
consternée qui me survivra: faitos cn sorte de l’élever et de la conserver dans la crainte de Dieu, et de lui servir à la fois et de mère et de père. Quant à moi, j'étais déjà âgé de soixante-dix ans, vicux et bon à rien : mes enfants devront dorénavant s’efforcer de vivre honorablement du prix de leurs sueurs.et de leurs vertus. Que le Père et Notre-Seigneur Jésus-Christ soient avec votre esprit. | « De Rome, le Ill juillet 1370.
« Ton mari, Aonio Paleario. »
« Mes chers fils Lampride et Fedre : — Ces Messieurs, qui ont été d’une humanité extrême jusqu’à la fin, ne veulent pas en manquer encore, et me permettent de vous écrire. Il plaît à Dieu de m'appeler à lui par le moyen que vous apprendrez, et qui vous paraîtra dur et cruel, mais, si vous y réfléchissez bien, comme, après tout, je n'ai pas de plus grande satisfaction, de plus grand plaisir, que celui de me conformer à la volonté de Dieu, vous devrez, vous aussi, en être satisfaits.
BÉREÉTIQUES DE SIENNE. 299 « Je vous laisse pour tout patrimoine la vertu, l’activité, et ce peu de biens que vous avez. Je ne vous laisse point de dettes, il ne manque pas de gens qui demandent quelque- « fois, tandis qu’ils devraient rendre. Vous avez été émancipés il y a plus de dix-huit ans, donc vous n'êtes pas « tenus de payer mes dettes. Si on venait à vous les réclamer, recourez à S. E. le duc, qui ne permettra pas « qu'on vous fasse subir une injustice. J’ai remis à Lam- « pride le compte des recettes et des dépenses. Il y a la dot de votre mère, et une somme destinée à établir votre petite sœur, ainsi que Dieu vous en fera la grâce. « Saluez de ma part Aspasie et sœur Aonilla, mes filles « chéries dans le Seigneur. Mon heure dernière approche. Puisse l'esprit de Dieu vous consoler et vous maintenir « dans sa grâce !
« Votre père, Aonio Paleario. »!
IL n’y a pas dans ces lettres l’ombre d’un repentir : aussi Laderchi, l’inflexible continuateur des Annales de Baronius, écrit : « Lorsqu'on vit que ce fils de Bélial persistait dans « son obstination, et qu'on ne pouvait par aucun moyen « le ramener des ténèbres de l’erreur à la lumière de la « vérité, il fut livré aux flammes qu'il méritait, afin que,
(1) Paleario eut sept enfants : deux garçons et trois filles seulement lui survécurent. Aspasie avait été, en 1557, mariée à Fulvio della Rena avec 1200 florins de dot; Aonilla était entrée au couvent de Sainte- Catherine de Colle; Sophonisbe avait été mariée à Claude Porzii, et il se peut qu'elle fût déjà morte; la jeune sœur dont il est question ia s'appelait, paraît-il, Aganippe. Quant è Fedre Paleario, nous avons su, par un manuscrit de la bibliothèque de Sienne, qu'il eut une fille nommée Sophonishbe, belle comme le soleil, de qui, lorsqu'elle vint à Florence, le grand-duc fut tellement émerveillé qu'il la fit élever à ses frais et lui procura un bon établissement.
300 DISCOURS v.
« après avoir souffert ici-bas des tourments passagers, « il se trouvât plongé dans les flammes éternelles. »
Ses œuvres ont été recueillies par ses nombreux amis (E), ct furent plusieurs fois réimprimées à l'étranger, où elles furent présentées aux uns comme un modèle de bonne latinité, et aux autres comme un modèle de profonde connaissance des saintes Écritures, de foi intègre et d’un zèle tolérant.
Paleario avait eu pour ami Latino Latini de Viterbe (1513-93), célèbre jurisconsulte, un des trente-cinq qui furent chargés de corriger le Corpus juris canonici. Lorsqu'Antonio changea son nom en celui d’Aonio, Latini crut qu’il avait agi ainsi pour retrancher le T, qui a la forme d'une croix; et, il composa sur ce sujet, qui tout au plus pouvait faire l’objet d’une plaisanterie, la barbare épigramme que voici :
Musis amicus factus olim Antonius Crucem putavit nomine
Si ferret ingens se patraturum scelus Nullo abluendum flumine ;
Velut profana tinctus unda, vatibus Probrum futurum se ratus,
Aonius ergo fit repente, atque ambulat Novo superbus nomine.
Nescitque cana, lustra post decem, miser Ætate confectus, gravem
Crucemque, laqueumque simul, et rogum horridum Tandem repositum regia
In urbe, tanti sceleris et pœæœnas luat Reputatus ut sacer cinis.
Adoucissons-en l’aigreur par une autre épigramme toute à sa louange, composée par Jean-Matihieu Toscano, son disciple, qui inséra plusieurs poésies de son maître
dans le Peplus Ilaliæ, sive Carmina illustrium poetarum stalorum (Paris, 1877):
Aonio Aonides grajos prompsere lepores Et quascumque vetus protulit Hellas apes.
Aonio Latiæ tinxerunt melle Camænæ Verba ligata modis, verba soluta modis.
Que nec longa dies, nec (que scelerata cremasti Aonii corpus) perdere flamma potest.
Les opinions protestantes ont tenté de reparaître en Toscane vers l'année 1840, et elles ont eu pour principaux apòtres Pierre et Louis Guicciardini, qui pour cela furent quelque peu inquiétés, mais de la facon douce dont on usait alors dans ce pays. A Colle, où Paleario avait eu des propriétés, les frères Guicciardini découvrirent et mirent en honneur une pierre portant l'inscription d'Aonia Aganippe, et ils ont imaginé qu’elle avait été placée là par Aonio lui-même, près d’une source dont il parle dans une lettre adressée par lui à Pterigi Gallo; c'est ainsi que ces nouveaux coryphées du protestantisme entendaient honorer « l'illustre et infortuné poëte, philosophe lettré et martyr de la foi ».
A ce titre, Aonio a reçu de nos jours des témoignages d’admiration et des honneurs, surtout de la part des Allemands et des Anglais : mais néanmoins ils disent qu'il différa des autres protestants, en ce qu’il considérait le mariage comme un sacrement, et qu'il croyait illicite de prêter serment en justice pour quelque cause que ce fût.
(A) M". Grotanelli, bibliothécaire de Sienne, qui nous a beaucoup aidé dans les recherches que nous eùmes à faire dans cette ville, publia en 1866 une Canzone a santa Caterina da Siena di Marcantonio Cinuzzi, et signala le nom de cet auteur comme ayant été indiqué pour la première fois par moi dans les Spigolature degli archivj toscani. Sa canzone prouverait qu'il était meilleur catholique que bon poéte; etlorsque, dans une ode spirituelle, il chante :
/ Dunquede' miei gran falli Pentito e tristo, in tua pietà confido...
(Donc de mes graves fautes je suis repentant et triste, mais confiant en ta pitié.) On ne peut trouver autre chose dans ces vers que l’accent de tout chrétien. On ne voit pas qu'il ait été poursuivi pour cause d'hérésie, si ce n’est par une note placée à la fin de ladite canzone à sainte Catherine, note d'où il appert qu'elle fut composée en 1583, après que l'auteur eut subi une longue détention.
(B) En 1546, on imprima à Sienne la description de la fète qui eut lieu à l’occasion de la Madone d'août, et, la première édition étant devenue très-rare, on en fit une seconde en 1582, à Sienne, alla Loggia del papa; elle portait cette dédicace « alla nobilissima et honorata madonna Gentile Fantucci ». Après le mot Fine, on lit : « Vostro servitore Cecchino, librajo ». Le personnage dont il est ici question devrait être Francesco, auteur et libraire, qui fit partie de la compagnie des Rozzi sous le nom de Bonaccio, comme on lit au livre des délibérations de cette société, à la bibliothèque de Sienne (vol. II, p. 47), où on lit aussi : « Ce jour 4 septembre « 1547, on vota pour la nomination d’un lecteur; les votes se por- « tèrent sur Materiale, Confuso et Bonaccio; la majorité fut ac- « quise à Bonaccio. »
(C) De semblables réunions existèrent sans interruption à
Sienne, tant que la bienveillante affabilité dans les mœurs n’eut pas fait place à la moderne hydrophobie : nos pères avaient conservé le souvenir de la pharmacie de Jean Olmi, bon chimiste et graveur distingué. Elle était située aux Loges du pape, où sc réunissaient des hommes qui faisaient l'honneur de Sienne, et où Victor Alfieri lui-mème déposait la fierté de son caractère.
Parmi les lettres de félicitation adressées à Jérôme Gigli pour son Vocabolario Cateriniano, il en est une d'Antoine Pizzicagigli de Reggio, fondateur de l'Académie degli Artificiosi, datée de Rome le 30 juin 1719, où il loue « la doctrine évangélique de la pieuse Vierge, qui fut certainement une colonne de feu allumée par Dieu au ciel de la sainte Église pour illuminer les erreurs de ce siècle pervers et schismatique, et qui fut aussi une colonne de nuéc pour distiller la manne de son élocution pleine de saveur sur l’éloquence vulgaire, en se servant du très-doux dialecte de Sienne... » Et, un peu plus loin, Pizzicagigli ajoute qu'on peut « dire, de chacune des maisons particulières de Sienne, que c’est une académie du beau langage et un aréopage de la bonne vie chrétienne, ainsi qu’on peut s’en convaincre par la quantité de serviteurs de Dieu à qui cette ville a donné le jour, et dont l'illustration (dit le célèbre cardinal Frédéric Borromée) fait remarquer entre tous les autres votre bienhcureux pays, de la mème manière que la Voie lactée , si chargée d'étoiles, laisse pour ainsi dire dans les ténèbres toutes les autres parties du ciel. »
On possède une lettre de la vénérable veuve Brigitte, qui avait été mariée à Nicolas Baldinotti de Pistoie, lettre adressée aux pieuses dames hospitalières de Santa-Maria-Nuova de Florence, et qu’on trouve dans plusieurs manuscrits du quinzième siècle, où on lit, entre autres passages, le suivant :
« Oh! quelle inestimable et douce joie vous goùteriez si, en soi- « gnant les plaies repoussantes des malades, vous pensiez que le « Christ Jésus voulut être tout couvert de plaies pour racheter « nos péchés! C'était cette suavité infinie que ressentait la bien- « heureuse Catherine de Sienne, lorsque, étant au chevet d’une « femme atteinte de la lèpre, et s’apercevant que la sensualité « lui inspirait ùn peu d'aversion, assaillie par la flamme du divin « amour, elle ne se contenta plus de laver la plaie avec ses mains, « mais, y appliquant ses lèvres, elle se mit à la lécher. O admi- « rable et pieuse transformation opérée par la puissance de l'a- « mour divin ! O Dieu, qui, pour guérir la plaie infecte de la créa- « ture, avez permis qu’elle approchât la bouche de votre côté « sacré! etc. »
304 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS v.
Manzoni, dans sa Morale cattolica, fait l'éloge d'un acte semblable attribué à la comtesse Arconati.
(D) Quoniam mei testimoni similitudinem non in verborum volubilitate sed in re ipsa positam arbitror, missa nunc faciam dicendi ornamenta, que in alia causa fortasse me delectassent ; in ea quae Christi est, qui istis adjumentis non eget, minime delectant. Quod eo facio libentius ne quis putet me glorie umbram querere, aut aliud quid præter gloriam Christi, qui per apostolum monet ne quis nos fallat sublimitate orationis. Tenue itaque atque humile dicendi genus sequar, et libenter profecto lingua vulgari et patria de his agerem, quominus viderentur haec elaborata et inquisita industria, nisi apud eos sermo esset, quorum nonnulli italice nesciunt, latine omnes sciunt, etc.
L. Desanctis (Turin, 1861) la traduisit en italien, mais il fit en en sorte de « mitiger quelque peu ce style apre et parfois injuricux, qui n’est plus en harmonie avec la civilisation de notre époque », laquelle, comme chacun sait, n'est point avare en fait d’injures. .
(E) Nous avons vu à la bibliothèque de Sienne trois lettres autographes de Paleario ( Miscellanee, B, X, 8); deux d'entre elles sont celles qui ont été imprimées, adressées à sa femme et à ses enfants Lampride et Fedre ; la troisième, datée de Lucquesle 9 no vembre 1552, adressée à « Nicolas Savolini, étudiant à Pise », dans laquelle il signe « père Aonio Paleario », et où il lui écrit qu'il a parlé à l’évèque pour le faire ordonner prêtre. Il ne nous parait pas utile de la publier. Dans le manuscrit H, X, 15, Miscellanea poetica, A. C. 64, existent « Rime varie alle sacre e santi ombre del Bongino, accompagnées d'une préface d’Aonio Paleario, dédiée « alla molto magnifica et virtuosa madonna Aurelia! Bellanti conmadre osservandissima ». Parmi les nombreuses poésies, on trouve deux canzones et trois sonnets qui sont l'œuvre de Paleario.
Il y a aussi à ladite bibliothèque ( Miscell., C. VII, 12) « Memorie per servire alla vita di Aonio Paleario, recueillis par Carlo Girolamo, et dédiés à Antoine Compagnoni ». Parmi ces mémoires est la copie d'une lettre dudit Paleario au cardinal Cervini, qui depuis fut pape; malgré son peu d'originalité, nous la transcrivons ci-contre.
« Très-révérendissime et très-honoré monseigneur,
« J'ai reçu la très-affable lettre de Votre Seigneurie révérendissime , et je n’attendais pas moins de votre affabilité et de votre générosité, que cum ætate et dignitate accrevit simul. Quant à ce que vous me dites, qu'il faut opérer in evidentem utilitatem , je ne vous eusse pas fait d'autre proposition ; bien plus, si le boisseau
du pays vaut V florins, j'offrais d'en donner VII; s’il vaut VII, d’en donner X; et cela, tant parce qu'il s'agit de biens d’Eglise, que pour l'honneur de votre seigneurie révérendissime, lequel depuis longtemps je mets bien avant mon intérêt personnel. On pourra acheter d'un certain Cecchino, membre de la’ Collégiale, autant d'autres terres qu'il en faut parmi celles qui sont à vendre dans le voisinage de la ferme de Covie, et il ne sera pas difficile de faire le remploi pour le plus grand bien et avantage de l'abbaye.
«Je remercie votre seigneurie révérendissime de l’expédition qu'elle me promet gratis, ce sera un nouveau bienfait que je tiendrai d'elle à ajouter à tous ceux qui déjà me constituent son obligé. Que Dieu le père de Notre Seigneur Jésus-Christ veuille me conserver votre éminence bien plus que ma propre vie.
« De Menzano, le XXIX août MDXLIIL.
« De V. S. R.
« Le très-respectueux serviteur, « Aonio Paleario. »
Nous avons vu aussi à la bibliothèque Ambrosienne de Milan,
* diverses lettres, mème autographes dePaleario :illoue les Milanais
et les décurions de ce que, mème dans les temps de disette, ils
ne l’ont laissé manquer de rien : ailleurs il se plaint à l'historien
bien connu Michel Bruto, de ce que celui-ci ait imprimé une lettre de lui sans l’en avoir prévenu.
Dans son procès, qui figure à la Bibliothèque Magliabecchiana de Florence, au manuscrit portant le n° 393, on trouve en feuilles imprimées son plaidoyer prononcé au sénat de Sienne.
IConcetti di Aonio Paleario per imparare insieme la grammatica e la lingua di Cicerone, etc., ont été imprimés à Venise en 1567, par Francois Franceschini; mais en réalité l'ouvrage est de Lazzaro Bonamici, et il n'y a de Paleario que le Supplemento de’ concetti della linqua latina. |
Les hérétiques de Lucques.
La critique appliquée aux choses de religion avait entraîné aussi l’aristocratique Lucques à des mesures de rigueur.Non moinsreligieuse que ses sœurs, cette charmante ville comptait au treizième siècle cinquante-huit églises, et il yenavait cinq cent vingt-six dans son diocèse, assez étendu. Comme les autres communes d'Italie, celle de Lucques avait publié des édits contre les hérétiques et contre les Patarins (A) : plus tard, en 1595, elle avait prohibé les livres de Luther et ceux des Luthériens, avec injonction à quiconque en possédait de les lui consigner. Mais Pierre Martyr, Ochin, Aonio Paleario, qui séjournèrent à Lucques soit comme prédicateurs, soit comme professeurs, y avaient fait de nombreux prosélytes. L’aristocratie, qui dominait en ce pays, ou ne s’en apercevait pas, ou se taisait pour ne pas envenimer les passions, alors qu'étaient encoresi récentslesoulèvement démocratique des Straccioni (Gueux) et les tentatives parricides de messire Pierre Fatinelli (B), et lorsqu'on devait plutôt trembler au sujet des ambitions mal dissimulées de Cosme de Toscane. Nulle part nous n'avons trouvé d'indication relative aux projets qu'on aurait eus de tenir le Concile à Lucques; mais, parmi les papiers des Médicis existant aux Archives de Florence ', il nous est tombé entre les mains une note de
(1) Série 4015.
1545, qui énumère les motifs pour lesquels les Lucquois déclinaient cet honneur, et que voici :
4° Parce qu'ils eussent été entraînés à de sérieuses dépenses pour se prémunir contre les dangers qui en pouvaient résulter ; 2° parce que le commerce, qui fait vivre les habitants, eût été troublé; 3° parce qu'ayant à peine de quoi vivre pendant trois mois, ils auraient eu trop à faire de procurer des vivres à tant de monde; 4° parce qu'il eût été difficile de trouver chez eux assez de logements ; 3° parce que les prélats n'ayant pas de femmes ne seraient pas accueillis volontiers par la population: 6° parce que le pays ne verrait pas d’un bon œil une telle assemblée, et que, partant, il en résulterait des malédictions plutôt que des bénédictions.
Au mois de septembre 1541 Charles-Quint, de retour de la diète de Ratisbonne et en route pour sa trop fameuse expédition d'Alger, invita Paul III ‘à venir à Lucques pour se concerter avec lui au sujet du Concile. Le pape s’y rendit accompagné de seize cardinaux, de vingt-quatre prélats, et des ambassadeurs du roi des Romains, de ceux de France, de Portugal, de Florence et de Ferrare. La suite se composait en outre du grand maître des chevaliers de Rhodes avec dix-huit chevaliers, de cent cinquante soldats à cheval et de deux cents fantassins.
‘ Il s’efforça de détourner Charles-Quint de l'expédition,
Alexandre Guidiccioni.
qui, comme tout le monde le sait, eut un si triste résultat, et blama les concessions qu’il avait dû faire aux Luthériens à Ratisbonne. Pendant cette entrevue des souverains à Lucques, on n’inquiéta point les dissidents qui y demeuraient, et parmi lesquels était Pierre Vermigli.
Paul III chérissait beaucoup l’illustre Barthélemy Gui-
diccioni de Lucques, et lui fit accepter des emplois, des dignités, même le cardinalat et divers évêchés, entre autres celui de Lucques, dont il se démit bientôt en faveur de son neveu Alexandre. Celui-ci, qui avait fait preuve de beaucoup de zèle à propos du Concile de Trente, composa une grande quantité d’ouvrag es de droit ; et lorsqu'il mourut, le pape, qui n’entreprenait jamais rien sans le consulter, dit que nul n’eût été plus capable de lui succéder soit par la vertu, soit par la pureté des mœurs, soit par la science. Or voici ce que Guidiccioni écrivait de Rome, en 1542, aux magistrats de son pays : « Ici, nous avons appris de di- « vers côtés combien se sont multipliées dans notre ville « de Lucques les erreurs pestilentielles de la secte luthé- « rienne, antérieurement condamnée; erreurs, qui, bien « qu'on les ait crues assoupies, ne se sont réveillées de « leur léthargie que plus fortes et plus vigoureuses... Jus- « qu’à présent, on avait pu croire qu’elles n’avaient causé « de ravage que chez quelques pédants et quelques fem- « mes; mais, à entendre parler des conventicules tels « qu'ils ont lieu à Saint-Augustin, à voir les doctrines « qu'on enseigne et qu'on imprime, sans qu'il soit pris « aucunes mesures par les dépositaires de l’autorité soit « ecclésiastique, soit civile, sans même que personne « cherche à les provoquer, on ne peut avoir d’autre pen- « sée, si ce n’est que tout se passe ainsi avec la partici- « pation et le consentement de ceux qui gouvernent. « C'est pourquoi je prie de nouveau vos seigneuries de « vouloir bien prendre les mesures qui seront néces- « saires, afin que la ville de Lucques ne tarde pas à être « en aussi bonne odeur qu’elle est aujourd'hui suspecte « d'infection pour le mal qu'on y a répandu et qu'on y « répand encore. Aussi, celui qui au nom du saint-siége
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apostolique chasserait deleur couvent ces moines, depuis si longtemps déjà les auteurs et les fauteurs de ces erreurs pestilentielles, pour mettre à leur place d’autres religieux capables de produire de bons fruits et qui en même temps châtieraient quelques adeptes de la secte, celui-là, dis-je, apporterait peut-être le meilleur remède au mal...
« En attendant, il serait bon que vos seigneuries, en vertu de leur autorité, ordonnassent au vicaire de l’évèque de faire arrêter ce Célio (il s’agit ici de Curione) qui habite chez messire Nicolas Arnolfini; Célio qui, dit-on, a traduit en langue vulgaire quelques ouvrages de Martin Luther pour donner cet aliment même aux faibles femmes de notre ville, et qui a pu faire à son gré imprimer les préceptes de cet hérésiarque ; sans compter que de Venise et de Ferrare on a appris sur son compte de plus tristes nouvelles encore. Ainsi, il n'y a pas de temps à perdre avec ces religieux de Saint-Augustin, et surtout pour arrèter le vicaire, qui, d’après ce qu’on sait de bonne source, a plusieurs fois donné la communion à un certain nombre de nos concitoyens, en leur faisant croire qu'ils font cet acte uniquement en mémoire de la passion du Christ, et non pas avec la croyanee que dans l’hostie soit son vrai et sacré corps. Vous pourrez à votre choix, après toutefois les avoir mis sous bonne garde, ou les envoyer à Rome, ou bien faire publier par un manifeste que vous les retenez prisonniers sur les instances de sa Béatitude, afin que tout le monde sache que vos seigneuries sont bien résolues à faire leurs preuves, et à rester, à l'exemple de nos ancêtres, de bons et fidèles catholiques, et des enfants soumis au saint-siége apostolique.
« Ce matin, après le départ de l'ambassadeur, dans la « congrégalion composée des révérendissimes membres « de la commission pour les hérésies et erreurs luthé- « riennes, en présence de Notre Seigneur (le pape), on a « donné lecture de huit propositions luthériennes et non « catholiques de don Constantin, prieur de Fregonara, qui « ont tellement affligé Sa Sainteté ainsi que les révéren- « dissimes députés, qu’ils m'ont chargé d’écrire à Vos Sei- « gneuries de le faire incarcérer, d’en donner avis, ou « de l’envoyer à Rome avec l’autre frère de saint Au- « gustin. Aussi, je m'adresse à vous pour que vous veuilliez « bien agir avec célérité; vous effacerez ainsi le mauvais « renom que s'est acquis notre ville, vous montrerez « que de telleserreurs vous sont odieuses, et vous ferez une « chose agréable à Dieu. »
Le sénat envoya une députation pour se disculper : il ordonna en même temps au gonfalonier et aux anciens d'assister plus souvent aux offices religieux : il consentit en outre à l'arrestation de quelques individus suspects, entre autres du prieur de Frégonara, qui put s'enfuir à temps, et de l'anonyme augustin, que ses adhérents firent échapper de prison.
Si nous nous en rapportons au témoignage de Beverini, le tardif narrateur des Annales Lucquoises, Louis Balbani, séjournant à Bruxelles pour affaires, put, par l’entremise du grand chancelier Granvelle, entendre, sans être vu, un entretien entre l’empereur, le nonce apostolique et l’orateur du duc de Toscane, dans lequel ils se plaignaient de ce que la république de Lucques fomentait l’hérésie, en sorte que, disaient-ils, si celle-ci ne se corrigeait pas bientôt, il faudrait la placer sous la dépendance de Cosme. Balbani serait accouru, selon Beverini, annoncer ce fait
au sénat de sa patrie, et les sénateurs, qui se sentaient en faute, se seraient enfuis tout effrayés du sort qui les menaçait. |
Ce récit, que Beverini donnecomme une tradition orale, n’est appuyé sur aucun document authentique. Néanmoins Pierre Martyr Vermigli, dans l’épitre apologétique qu'il adressait à ses frères lucquois concernant sa fuite, se félicitait de l'augmentation du nombre des croyants à Lucques. Peut-être l’avait-on exagéré tant à la cour de Rome qui désirait y établir l’Inquisition, qu'à Florence, dont lesouverain cherchait un prétexte pour mettre la main sur cette république objet de ses convoitises, laquelle, pour écarter les périls qui la menaçaient, songea à déployer une rigueur exorbitante. Le conseil général de la dite république publia un édit portant la date du 15 mai 1545, ainsi conçu : « Ayant tout lieu de croire qu’il y a certains « individus téméraires, qui, bien qu’ils n'aient aucune in- « telligence des Saintes Écritures et des sacrés canons, « osent s'immiscer dans le domaine de la religion chré- « tienne, et se hasardent à en parler ainsi en libres pen- « seurs comme s'ils étaient de vaillants théologiens; crai- « gnant, en outre que, dans le cours de leurs entretiens, « il ne leur échappe quelque propos, ou entendu par « d’autres qui leur ressemblent, ou suggéré par leurs « convictions diaboliques, lequel s’écarte de la vérité « et tienne de l’hérésie, et qu’ils ne lisent aussi de petits li- « vres sans nom d'auteur, contenant des choses héréti- « ques et scandaleuses; d’où il pourrait facilement ar- « river que non-seulement ils tomberaient dans quelque « erreur, mais qu'ils y feraient encore tomber d'au- « tres, » condamne à l’amende les auteurs de ces sortes de discours, et même aux galères en cas de récidive; ab-
sout les dénonciateurs; ordonne, sous peine de confiscation; qu'on lui consigne les livres hérétiques, défend d'entretenir toute espèce de correspondance avec les hérétiques, et notamment avec Ochin et don Pierre Martyr; finalement décide qu’il sera nommé chaque année trois citoyens pour veiller sur les infractions au présent édit. Toutes ces dispositions ne devaient s'appliquer qu'à l'avenir; quant au passé, toute recherche était interdite. Le pape consentit, approuva tout, et décerna des éloges aux magistrats pour le zèle par eux déployé en cette circonstance ‘.
La fameuse conspiration de François Burlamacchi accrut encore lessoupcons. Associant, comme il arrive souvent, les aspirations libérales en politique aux sentiments religieux, ce personnage avait rêvé de ressusciter les républiques toscanes tombées, pour les opposer à la tyrannie de Cosme, en les unissant à celles de Sienne et de Lucques, sa patrie, qui étaient encore debout. Dans son rêve, on eût à la fois ramené l'Église à la pauvreté apostolique, en enlevant au clergé ses biens et au papeson domaine temporel, pour le soumettre à la suzeraineté de l’Empire. Nommé chef de la milice des campagnes et des contingents de la montagne, Burlamacchi croyait que ces forces suffiraient pour prendre d'assaut Pise et y proclamer la liberté, et de là marcher sur Florence. Ne mesurant pas les moyens d’exécution au résultat qu'il se proposait, il avait mis sa confiance dans un petit nombre de personnes partageant ses vues et ayant accepté les doctrines hétérodoxes (1546).
(1) Dans la liste des livres probibés annexée à ce décret, on cite Ocainvs, De confessione. Vita nuora, Quedam simplex declaratio PETRI Mantyris VermiLit FLOR. Et libri dicti P. Martyris et B. Ochini post eorum lapsum ab unitate sancte matris Ecclesia.
Burlamacchi.
Mais les sénateurs eux-mêmes, qu'il croyait lui être favorables, en ayant ‘eu vent, l’arrêtèrent et le firent mettre à la torture, puis le livrèrent à un commissaire impérial, qui le transféra à Milan, où il eut la tête tranchée, le 14 février 1548.
Burlamacchi, dans sa défense, n’avait cherché à démontrer à ses juges qu’une seule chose, c’est que toutes ses entreprises avaient cu pour but de rendre service à l’empereur.
Comme on lui demandait quel bien il entendait procurer à Sa Majesté par cette union, il répondit :
« Dans le cas où mon entreprise de ne faire qu’un seul « État de toute la Toscane eût réussi, j'avais le projet soit « de me rendre ensuite vers l’empereur, soit de lui envoyer « un délégué, soit de lui écrire, pour le prier de venir « dans ce pays, afin d'y réformer les nombreux abus qui existent dans l'Église, et afin de ramener l'unité dans les croyances, aujourd’hui si diverses, dont elle souffre. L'empereur pouvait, ce me semble, obtenir ce résullat, en relirant pour l'avenir les revenus aux bénéficiaires, tout en laissant la jouissance aux titulaires actuels, sauf après leur mort à appliquer ces revenus soit au trésor public, soit au soulagement des pauvres, selon qu’il lui eût paru meilleur. Par là il eût contenté les Allemands, qui ne désiraient pas autre chose, les eût fait rentrer sous son obéissance, après quoi il les eût engagés à prendre la route de Rome, et ainsi secondé par eux et par les peuples de la Toscane, il se serait fait proclamer empereur des Romains, ce qui avec le susdit aide eût d'autant plus facilement réussi, qu'il avait là tout près le royaume de Naples et un parti à lui dans Rome (C). »
La)
Pi
gr
= Cai
ES
mR
Burlamacchi songeait donc à expulser d'Italie les papes pour y implanter les empereurs d'Allemagne.
L'an 1549, on apprit tout à coup que le Saint-Office, ayant été informé qu'on avait introduit à Lucques une grande quantité de livres luthériens, envoyait en qualité d’inquisiteur dans cette ville le prieur des Dominicains de San-Romano. Les sénateurs et le peuple, effrayés de la création de ce tribunal d'exception, envoyèrent à Rome leurs réclamations par l’intermédiaire du cardinal évêque, et obtinrent qu'on confiât la juridiction du Saint-Office au vicaire de l'évêque, assisté du Gouvernement, sans immixtion aucune de magistrats étrangers. Pour faire preuve de zèle, le gouvernement de Lucques, à la date du 24 septembre 1549, révisait la loi contre les herétiques, en confirmait les dispositions, et étendait même l'application des pénalités qu’elle contenait à quiconque publiait un livre lraitant de matières religieuses, sans l'approbation préalable du vicaire de l’évêque. Le nouveau statut contre les hérétiques obligeait chaque habitant de la république à se confesser et à communier ; en carême, il portait interdiction d’abattre d’autre bétail que des chevreaux, des veaux ou des moutons, et de débiter d’autre viande; il défendait à tous sans exception de prendre comme gens de service des personnes sorlies d'un couvent : il y avait pour toute infraction à ces dispositions des sanctions pénales, ct même des encouragements aux dénonciateurs. Aussi, le nouvel évèque Alexandre Guidiccioni rencontra-t-il dans l’exercice de sa juridiction de fréquentes oppositions, qui entrainèrent contre lui des plaintes sur la négligence qu’il apportait dans sa mission de surveiller les hérétiques : on lui reprocha même de les laisser si bicn se multiplier, que désormais l’au-
Inquisition lucquoise
contre les héréti-
ques.
torité apostolique seule pourrait suffire à les anéantir. L'empereur lui-même fit des remontrances à ce sujet, et le Saint-Office, dans les procès qu'il suivait à Rome, trouvait continuellement impliqués quelques Lucquois qui entretenaient des correspondances avec les exilés, en sorte que l'Inquisition fut rétablie à Lucques. Dans cette circonstance, les sénateurs envoyèrent au pape Jacques Arnolfini pour l'assurer de la sincérité des croyances des membres du gouvernement; ils lui promettaient de veiller dorénavant avec plus de soin sur l’hérésie et d’en punir les fauteurs, le priant de ne pas bouleverser la république par l'introduction de cette autorité insolite (D).
On réussit en effet à écarter le péril; mais, pour extirper la malheureuse semence de l’hérésie, on institua en 1545 l'uffizio di religione, avec mission de surveiller les nouveautés en matière de croyances, institution dont les actes existent aux Archives de Lucques. On établit pareillement un uffizio dell’ onestà, et un autre della bestemmia ( biasphème ) qui avait mission de procéder même contre les joueurs.
Sur l’ordre du Saint-Office, l’évêque publia un édit invitant tous les fidèles égarés à confesser dans le délai de trois mois leurs erreurs devant témoins, et à demander l’absolution : passé ce délai, on procéderait contre les réfractaires en vertu de l’autorité apostolique, c'est-à-dire par devant un tribunal d'exception. Cette espèce de pardon solennel, cette procédure exceptionnelle déplurent souverainement : il semblait que le bref du Saint-Office contribuât à étendre l’hérésie, en lui donnant plus de publicité ; aussi Paul IV fit suspendre l'exécution de l’édit, et chargea l’évêque d'entendre en secret les confessions (1555). Mais, en présence de cerevirement, comme il yavait
à craindre de voir mettre à exécution les mesures qui jusqu’alors étaient restées comminatoires, beaucoup de citoyens prirent le parti d'émigrer. D'abord on vit Guillaume Balbani, Frangois Cattani, Jeròme Liena, qui en 4842 avait été condamné à l'amende pour avoir favorisé l’évasion d’un moine augustin suspect d'hérésie; ils furent suivis dans leur exil par Christophe Trenta, Vincent Met, Philippe Rustici, qui traduisit à Genève la Bible (1362), Jacques Spiafame, évêque de Nevers; le docteur Nicolas Liena, très-versé dans les affaires publiques; Pierre Perna, qui , devenu plus tard imprimeur à Bâle, multiplia surtout les éditions des auteurs réformés, et eut pour correcteur Mino Celsi, de Sienne; enfin le médecin Simon Simoni. Des familles entières allèrent rejoindre par essaims les exilés, témoins les Liena, les Jova, les Trenta, les Balbani, les Calandrini, les Cattani, les Minutoli, les Buonvisi, les Burlamacchi, les Diodati, les Sbarra, les Saladini, les Cenami, qui donnèrent à la Suisse d’utiles citoyens, et à la république des lettres des personnages illustres. (E.)
Ces émigrés , condamnés comme hérétiques, avaient eu leurs biens confisqués, imais plutôt pour la forme, car on leur avait laissé tout le temps nécessaire pour mettre leur fortune à couvert. Le terme de la rétractation étant expiré, Paul IV avait invoqué l'appui du bras séculier, pour faire traduire les récalcitrants devant le Saint-Office; et en effet trois citoyens furent arrêtés. Les sénateurs rendirent leur évèque responsable de cette mesure rigoureuse : celui-ci, dégoûté des oppositions qu'il rencontrait dans l’exercice de sa juridiction, saisissait toutes les occasions possibles pour faire jouer un triste rôle à sa patrie. A Rome, on intenta des poursuites contre six émigrés de
Lucques, et on brûla leurs effigies; quant au gouvernement lucquois, il s'empressa de les déclarer rebelles et de saisir leurs biens, avant que l’Inquisition y mît la main. Michel Diodati, cité à Rome par l'Inquisition, renonca au poste d’ancien qu'il occupait pour aller de suite se disculper, mais il n'y parvint qu’au bout de deux ans. En 1558, on prohibait tout entrelien ou correspondance avec les personnes déclarées hérétiques, ou qui étaient contumax sur les citations du Saint-Office.
Le sénat de Lucques accepta les décrets du Concile de Trente et la bulle sur la presse : il obligea les aubergistes à donner la liste de tous les étrangers suspects de mauvaises doctrines : il exclut des charges publiques les descendants jusqu'au deuxième degré de ceux qui avaient été déclarés hérétiqués. Cette conduite valut à la république l’insigne faveur de recevoir du Pape Pie V, par l'entremise du prince Colonna, la rose d'or bénite, présent que les souverains pontifes ont coutume d’accorder aux grands princes en signe d'affection. Les Lucquois n'étaient que trop intéressés à se montrer catholiques zélés; Cosme en effet, désirant les ranger sous son obéissance et annexer leur pays, les dénoncait comme hérétiques de la pire espèce : aussi tous ceux que réclamait le Saint-Office étaient-ils consignés à ce tribunal ou contraints sous d'énormes cautions à se présenter devant lui. De temps en temps on essayait à nouveau d'établir l’Inquisition, et ce n’était pas petite affaire que de chercher à écarter les tentatives faites dans ce but : on allait même jusqu'à laisser poursuivre des magistrats ainsi que des personnes jouissant d’une grande estime.
Un certain Laurent Del Fabbro mit tout en œuvre pour démontrer la nécessité de l'établissement de l’Inquisi-
tion, et il réunit dans ce but des dépositions émanées d'hommes dela basse classe. Le gouvernement, s’en étant aperçu, lui fit un procès et l’envoya à Rome. Après de longues investigations, Del Fabbro fut absous, et le sénat, secondant les sentiments de haine que le peuple nourrissait contre lui, essaya de l’exiler, sous le prétexte qu'il cherchait à transférer hors de sa patrie l'industrie de la laine : mais le Saint-Office, s'étant aperçu que ce n'était qu'un prétexte mis en avant pour tirer vengeance de lui, prit sa défense.
Néanmoins, chaque fois qu'un inquisiteur arrivait sur le territoire de Lucques, on le tenait tellement isolé, qu'il était bientôt obligé de quitter la place : les Jésuites cher-
chèrent aussi à se faire appeler pour diriger l'éducation ‘
des jeunes gens appartenant à la noblesse, maïs sénat déclara qu’il ne pouvait les recevoir sans faire courir à la république un danger manifeste.
En 1561, pour obéir aux recommandations faites par les cardinaux inquisiteurs, on redoubla de précautions à la frontière, afin d'empêcher l'introduction des livres prohibés; en conséquence on permit aux autorités d'ouvrir les dépèches et les valises provenant des pays d’outre-monts. Lorsque Pie IV craignit que les nombreux Lucquois qui voyageaient en Suisse, dans le Brabant et en France ne contractassent la souillure de l’hérésie, le sénat défendit aux nationaux de s’établir dans ces contrées ( 20 janvier 1562 ); ceux d’entre eux qui habitaient Lyon devaient tous ensemble recevoir la communion le jour de Pâques: quiconque hébergeait un étranger, et lui voyait faire des actes ou l'entendait tenir des propos peu catholiques, était obligé de le dénoncer : quant à ceux reconnus hérétiques par l’État, on leur défendait de s’arrèter en Italie, en Es-
Nouvelles poursuites.
pagne, en France, en Flandre et dans le Brabant, « lieux « où nos nationaux sont habitués à converser, à demeurer « el à entreprendre de grandes affaires commerciales: « que si on les y trouve, quiconque les tuera aura droit. « par chaque exécution à la somme de trente écus d’or, « qui lui seront payés sur les fonds de la commune : s’il « était parmi les bannis, il aura la liberté de rentrer : au « cas contraire, il aura la faculté de faire gracier un autre « banni. » (F.)
Ce décret dans son ensemble valut à la commune de Lucques des éloges dela part de Pie IV et de saint Charles, et fut proposé ailleurs comme un modèle à suivre : mais, par bonheur, nous avons tout lieu de croire qu'il ne fut pas appliqué ‘dans toute sa rigueur, car nous savons que, même après sa publication beaucoup d’hérétiques restèrent dans celte ville, y entretinrent des correspondances avec les exilés, et continuèrent à recevoir des ouvrages protestants. Aussi, saint Charles, dans une lettre du 13 décembre 1563 adressée aux Anciens de Lucques, où il leur rappelait les mesures prises, disait être parfaitement informé que leurs concitoyens et les sujets de la république établis en France, et surtout ceux fixés à Lyon, y tenaient une conduite déplorable, et vivaient comme dés gens fort suspects en matière de foi : partant, il exhortait les susdits Anciens à surveiller de plus près l'exécution des ordres antérieurs.
En effet plusieurs émigrés lucquois, qui étaient venus de Genève à Lyon pour prendre part aux agitalions religieuses de cette ville, firent grand bruit à l’occasion de ces décrets, et en appelèrent à la protection du roi sous lequel ils vivaient. Par suite, la reine Catherine et Charles IX se plaiguirent à la république de Lucques de l'injustice de ces
actes, et envoyèrent au gouverneur de Lyon l’ordre d'empêcher qu'on fit aux citoyens lucquois aucune violence. Le sénat de Lucques écrivit des lettres justificatives à la Cour de France et aux sénats de Genève et de Berne. Catherine lui répondit qu'elle n'avait pas voulu empècher la justice
#% d'avoir son cours, qu'elle n’avait écrit les lettres de doléance que pour se soustraire aux importunités des religionnaires, qui lui avaient exposé l’état des choses sous un aspect différent. Les seigneurs lucquois s’enhardirent de cette protection , et un registre spécial des arrêts rendus contre les hérétiques à la date de 4570 contientles noms de nouveaux exilés, tels que Godfroy fils de Barthélemy Cenami, Nicolas Franciditi, Joseph Cardoni, Sauveur dell’ Orafo, Antoine, frère de Michelange Liena, Gaspard et Flaminie Cattani, Céser fils de Vincent Mei, Benoît fils de Philippe Calandrini, Michel fils de François Burlamacchi, Joseph Jova, Laurent Alb, Venturini, Marc fils de Clément de Rimini. Leurs noms étaient inscrits sur une affiche exposée aux regards de tous, afin que personne n’ignorât l'obligation où il était d'éviter toute correspondance avec eux, et s'ils me se rendaienl pas au premier appel, leurs bicns étaient confisqués.
Un autre évèque du nom d'Alexandre Guidiccioni avait succédé à son homonyme : violent dans ses procédés avec les réformés et en lutte continuelle avec le Gouvernc-
- ment, il molesta quelques hétérodoxes allemands qui s'étaient établis à Lucques pour y faire le commerce; il se plaignait des enquêteurs spéciaux en matière de religion, comme s'ils eussent apporté de la négligence à faire exécuter les règlements qui avaient valu à la République leséloges de Pie IV; de plus, il prônait l'Inquisition comme
un remède nécessaire (1603) : sa conduite amena tant de III — 21
conflits, que le Gouvernement le déclara ennemi de la ville. Paul V parut seconder les vues de l'évêque en voulant retirer au Gouvernement l'examen des livres prohibés et certaines attributions lui appartenant en vertu des lois qu'avait approuvées Pie IV, et il trouvait étrange qu’une
cité d’où étaient sortis tant d'hérétiques repoussàt ce tri- @
bunal qu'avaient accepté et Venise et Gênes. Cependant le sénat parvint encore à calmer le pape, en lui promettant qu'aussitôt que les enquêteurs spéciaux auraient découvert quelque infraction, il en donnerait avis à l’ordinaire pour que celui-ci y mît bon ordre.
Le cardinal Jules Spinola, évèque de Lucques, adressa encore en 1679 une lettre aux familles lucquoises demeurant à Genève, pour les exhorter à revenir dans leur patrie et à rentrer dans le giron de l'Église romaine. Francois Turrettini, professeur de théologie, lui répondit pour justifier l'émigration qui avait eu lieu unsiècle auparavant : « Nous pouvons assurer sa Grandeur (disait-il) que s'il « s'agissait de toute autre chose, celle nous eût trouvés tout « préts à l'écouter, mais en un point aussi important que « celui-ci, qui regarde la conscience, laquelle dépend uni- « quement de Dieu, elle ne trouvera pas étrange qu'étant « persuadé de la vérité que nous professons, nous ne « puissions prêter l’orcille aux exhortations qu’elle nous « adresse pour abandonner nos croyances, quelles que « soient les considérations qu'elle nous présente à ce su- « jet ». Turrettini ajoute que ses coréligionnaires eussent voulu garder le secret sur les démarches de l'évèque; mais comme elles étaient venues à la connaissance du publie, et comme le bruit avait couru qu'ils étaient disposés à changer de religion, ils se trouvaient forcés de publier leur réponse. Cette réponse à l'évêque de Lucques porte les
signatures de F. Turrettini, B. Calandrini, F. Burlamacchi, G. Diodati. M. Micheli , V. Minutoli (F. bis.)
Jean Antoine Pelligatti (Annali di Zucca, manuscrit existant aux Archives d'État, tome II, part. II, pag. 121) écrit . « Si dès le principe la touchante invitation adressée
% « p@irle cardinal-évèque aux familles d'origine lucquoises « résidant à Genève rencontra chez ces émigrés un « accueil peu favorable, néanmoins elle ne fut pas tout « à fait sans résultat, puisque, avec le temps tou- « chés par la grâce divine, quelques membres des no-
+ « bles et antiques familles des Calandrini et des Minutoli,
ÿ” « reconnaissant les erreurs de leurs ancêtres, abjurè- « rent l’hérésie, et, faisant acte d’ohéissance envers la « sainte Église, revinrent dans leur patrie. Le sénat, « voyant qu'ils y manquaient du nécessaire, parce que « leurs biens avaient été dévolus au fisc à l'époque de la « fuite des premiers apostats, et satisfait du retour à la « foi de ces concitoyens, les pourvut non-seulement des « secours opportuns pour mener une existence conve- « nable, mais encore les réintégra dans les dignités qu'ils « avaient jadis perdues, dont ils ont maintenant ct auront « désormais la jouissance ».
Aux mèmes Archives (Alti del Consiglio Generale, registro 160, cart. 55), on trouve, à la date du 18 mars 1681, mention de la lecture faite en conscil général d'un mémoireémané du burcau des secrétaires d'État, oùl'on exposait que le cardinal Spinola, évêque de Lucques, avait, dès l’année 1679, adressé une lettre aux descendants des famailles lucquoises réfugiées à Genève et hérétiques, lettre à laquelle jusqu'ici il n’avait été fait aucune réponse: « mais « ce jourd'hui (est-il dit dans le mémoire) sont com- « parus devant nous les respectables citoyens Octave et
« Nicolas Diodati, Barthélemy et Altilius Arnolfini, Octave « Manzi et François-Marcel Burlamacchi, qui nous ont « présenté chacun un livre imprimé à Genève, intitulé « Lettre de l’éminentissime cardinal Spinola, évéque de « Lucques, aux originaires de Lucques demeurant à Genève,
« avec les considérations faites à ce sujet. Et en même . temps, ils nous ont exhibé les lettres qui ontété envoyées -
« à chacun d'eux avec le dit livre par les susdits habi- « tants de Genève..... Celle découverte opérée, nous avons tout d’abord fait force diligences pour rechercher « par quel moyen lesdits livres avaient été introduits dans « la ville, et nous sommes parvenus à savoir qu’un né- « gociant de Livourne, calviniste et correspondant desdits « Genevois, les avait consignés sous la forme de paquets, « cachctés chacun par trois cachets, à un batelier de « Pise, portant à l'extérieur l'adresse des nobles citoyens « destinataires. Nous n'avons pu encore citer devant nous « ce batelier, quelles que soient les diligences que nous « ayons apportées à le faire rechercher dans le seul but « d’avoir le nombre précis desdits paquets, car nous com- « mençons à soupconner que leur nombre a pu s'élever « à sept, ct six seulement nous ont été présentés. »
Les secrétaires d'État racontent qu'il leur parut bon de consigner les susdits livres à l'évêque , lequel (dit le mémoire précité) a accueilli avec une extréme satisfaction ce temoignage de religieuse piélé qui lui a permis de supprimer un poison si pernicieux, nous assurant qu'il en écrirait à Notre Seigneur (au pape), pour que la République en ait l'honneur et les profils. Le mémoire se termine ainsi : « Les secrétaires considéreraient comme vraiment digne « de la grande piété de l’excellentissime conseil, de « son respect constant ct de son dévouement envers la
te
« safnte Église, de donner un témoignage public de son « indignation : le conseil devrait, selon nous, faire brûler « lesdits livres par l’exécutcur des hautes œuvres après « avoir retiré les feuilles sur lesquelles a été imprimée « la lettre de Son Éminepce. Par là, de même qu'on ma- « nifesterait au monde combien a déplu ici la conduite « des dits originaires de Lucques qui ont publié le dit livre, «“et la répulsion que chacun a éprouvée pour leur invi- « tation, ainsi on fera connaître que, pas plus en pu- « blic qu'en particulier, on ne veut en aucune façon «. entrer en pourparlers avec des personnes en dehors « de la société des vrais fidèles et de l’obéissance envers « le saint-siége. On verra que si les membres de ce Con- « seil agissent ainsi, c'est pour se confirmer toujours « davantage dans les sentiments de nos ancêtres qui « se sont attiré de si grands éloges de la part du pape « Pie IV, de sainte mémoire, pour les décrets portés à « cette époque. »
Le gonfalonier ajoute que le septième exemplaire ayant été consigné peu d’instants auparavant, tous ces livres, en exécution d’un décret du grand conseil en date du même jour, ont été brülés publiquement par le bourreau sur la place de Saint-Michel.
En 1713, Clément XI reprocha au gonfalonier et auxanciens de Lucques d’avoir publié un règlement contraire à la juridiction ecclésiastique et à l'autorité de la sainte In-
‘ quisition, règlement qui portait qu'on devait s'en tenir
apx prescriptions que Paul V avait éditées dans son bref @u 43 octobre 1606.
Parmi les fugitifs, nous avons nommé Simon Simoni. ‘ Natif non de Lucques, mais de Vagl., dans le pays de
Garfagnana, il étudia la médecine, et, après avoir em-
LD
Simon Simoni.
en 4588 Marcel Squarcialupo publia & Cracovie un pamphlet ayantpour titre : Simonis Simoni lucencis, primum romani, fum calvinici, deinde lutherani, denuo romani, semper autem athei, summa religio, où il le compare àl'Arétin. Sélon lui, Simoni aurait enseigné que les générateurs de toutes choses sont le del et la terre; que la chaleur du ciel règle, prévoit el dispose toutes choses; et, à l'appui de cgtte assertion, il cite ui symbole de foi que Simoni aurait faft imprimer à Vilna.
I se vantait d’avoir des syllogismes qui cussent em-
» barrpssé même saint Paul : les Protestants le regardest, après Mélanchthon, comme le restaurateur de la science parmi eux: d’autres le croient victime de la ca- Jomnie de ses ennemis, à qui il fait allusion dans son livre intitulé, Balais avec lesquels on balaye les excréments des calomnies, des mensonges, des erreurs, 1589 !. Il écrivit beaucoup d'ouvrages de médecine, entre autres une réfutation de l'avocat Nicolas Buccella, chirurgien italien, anabaptiste en Pologne, sur le compte de qui nous ne savons absolument rien, si non qu'il avait attaqué les précédents écrits de Simoni.
Parmi les descendants des émigrés lucquois ont brillé ;. és d’uncertainlustre Frédéric Burlamacchietle fameuxlégiste luCauoi. Gian Giacomo; Jean Louis Calandrini; Jacques, Barthelemy et François-Gratien Micheli; Jean-LouisSaladini. A la famille Minutoli, illustrée par d'insignes personnages, prin-
æ Cipalement par des prélats et des jurisconsultes, appartenait aussi Vincent fils de Paolino et de Laure Cenami, qui, S'étant fixé à Genève en 1594 et ayantembrassé la religion
À DI {1) C’est la traduction littérale du titre italien que voici : Scope con le quali si scopano gli escrementi delle calunnie, delle bugie, degli errori, 1589. Note des traducteurs.
volumes à Leuwarde,
si tant de nations européennes
LES HÉRÉTIQUES DE LUCQUES. 829 et possédant de beaux génies, ne produisent rien de remarquable, la faute en est au Saint-Office, ou à des lois comme celles de l’Inquisition, qui émoussent toute la vigueur des intelligences, attendu que nul ne veut provoquer de mouvement littéraire, et chercher les vérités ou publier ses propres découvertes, alors que, au lieu de louanges, on ne doit attendre que des reproches, le déshonneur au licu d’applaudissements, des peines et des supplices au lieu de récompenses.
Ludovic Maratori, cet auteur aussi pieux que savant, qui mérita d’être surnommé le père de l’histoire d'Italie, entreprit de réfuter ces assertions dans le livre De ingeniorum moderatione in religionis negotio. Il y démontre que chez les catholiques on a pleine liberté de discuter sur tout ce qui n’attaque pas la foi et les mœurs, ainsi que les opinions en fait de sciences, lettres, arts, par exemple la théorie de Copernic, et que le droit de publier la vérité reste intact. Mais pour défendre cette vérité il recommande qu’on use de la justice, de la prudence, de la charité, jamais de calomnies; il faut savoir tempérer les paroles mordantes; se comporter avec modération, {ant que l'intérêt de la foi n’est pas en jeu; et n’imputer des erreurs à personne qui ne soient bien vérifiées. Muratori voudrait aussi la même prudence chez les censeurs qui revoient les livres avant l'impression; il leur recommande de ne pas froisser l’amour-propre des écrivains, car avec ce système on ne fait que les exaspérer; d'éviter dans leur mission la susceptibilité de leurs opinions personnelles, comme l’obstination à trouver partout des erreurs et à interpréter à mal les intentions.
Parmi les membres de la famille Diodati, outre Charles et Alexandre, Jean se fit une grande réputation grâce à la
Dernicrement, on a voulu faire de Burlamacchi « le premier * martyr de l’unità italienne et le premier champion de la guerre contre le pape. » Son procès, qu'on a réimprimé tout récemment, a subi des mutilations dans ce sens, ainsi que nous l’avous vérifié en le confrontant avec l'original. Par exemple, dans ce procès, placé en appendice aux récits historiques de Tommasi, dans l'Archivio Storico, après les mots de la page 157, pour réformer l’Église. en lui enlevant ses revenus, on lit dans l’original, en luissant jouir ceux qui en étaient en possession actuellement, ct en appliquant ces revenus aprés leur mort soit au trésor public, suit au soulagement des pauvres, selon que l'empereur l'eùt jugé préférable. Et à la mème page, après ces mots, ils ne désiraient rien autre, on lit : Burlamacchi aurait engagé l'empereur à prendre le chemin de Rome, avec l'aide des Allemands et de la Toscane, pour se faire proclämer empereur de Rome, parce qu'il mg lui paruissait pas convenable de se faire appeler empereur des Romains, alors qu'il ne commandait pas à ce peuple. En outre Burlamacchi ajoutuit qu'il eùt facilement réussi duns cette entreprise avec la susdite aide, d'autant plus qu'il avait là tout prés le royaume de Naples et un parti à lui dans Rome. Que, puisque Dieu n'a pas permis que l’entreprise eùt lieu de cette manicre, il ne devra pas manquer d’un autre expédient pour le fuire aboutir è ce résultat. (R. Archivio Luechese. — Cause delegate, série n° 11.) Bien entendu Minutoli ne fait pas mention de cette dernière partie, qui figure à l'original, parce qu'il cùt été tout à fait mal séant pour un protomartyr de l’unité italienne de vouloir livrer sa patrie à l'empereur d'Allemagne.
(B} Tous les historiens modernes de Lucques, et plus spécialement le marquis Mazzarosa, se sont occupés de ces faits, bien que toutefois ils aient ignoré ou omis beaucoup de choses. Nous devons au jeune érudit Jean Sforza, qui a pris pour nous la peine
. +de fouiller dans les riches archives de Lucques, les détails suivants extraits de l'Histoire de Lucques, par Josern CiviraLi, cituyen luc-
æ.. quois, histoire manuscrite :
ET Le cardinal Guidiccioni, qui était furt attaché à sa patrie, avertit la ville de Lucques, par des lettres pleines d'affection, que Sa Sainteté et toute la cour romaine la considéraient comme luthérienne et hérètique, et il exhortait par suite ses concitoyens a abandonner les fausses opinions au cas où ils y seraient portés, et à vivre en bons chrétiens et bons catholiques, comme l'avaient toujours fait leurs ancètres. Plusieurs personnes ayant écrit en ce sens à des citoyens d'une manière privée, on résolut, pour purger la république de Lucques de cette mauvaise réputation,
Luni
la liste des Lucquois condamnés, avec la date sous laquelle figure dr nom, dans les fastes de la réforme, comme hérétiques et ° elles.
1358. 27 septembre: Balbani Guillaume, Cattani François, Liena Jéròme et Nicolas, Trenta Christophe, Mei Vincent.
1564. 29 août. Guidiccioni Louis.
1566. 2 juillet. Arnolfini Paul, Balbani Nicolas. 1567. 26 août. Minutoli Paolino.
1367. 4 novembre. Calandrini Julien.
1567. 17 novembre. Del Venoso Régule, Rustici Philippe, Ca- . landrini Scipion , Civitali Masseo , Delle Favole Louis, Bartolomei Vénant, Simoni Simon.
1567. 2 décembre. Jova Joseph.
1568. 3 mars. Diodati Charles et Pompée.
1570. 28 février. Cenani Joseph, Franciotti Nicolas, Cardoni Joseph, Dall’Orafo Salvatore, Liena Antoine, Cattani Gaspard, Mei César, Calandrini Benoît et Philippe, Burlamac-
‘ chi Michel, Jova Joseph (serait-ce le même que ci-dessus ?), Venturini Laurent, Di Rimini Marc.
1578. 28 fevrier. Turrettini Francois.
1580. 20 juin. Calandrini Jean et César, Balbani Manfre
| et Henri, Perne Pierre.
1597. 31 octobre. Minutoli Vincent fils de Paolino.
Gaberel ajoute à cette liste les Micheli. Il raconte que le père du p»me-emier Micheli qui s'exila était gonfalonier de Lucques, et que @& - dans son testament il laissa un témoignage @e sa foi et de son CCpurage chrétien, puisqu'au lieu d'invoquer, selon l'usage, la San done et les saints , il écrivit ceci : « Je remets mon Ame entre
mains du Dieu tout-puissant , pour qu’elle soit rachetée par le Précieux sang du Christ. Je prie le Seigneur de me recevoir au Bœmbre de ses élus, non pas pour mes mérites, mais par le pur de sa grâce. » Si le notaire (ajoute Gaberel) qui reçut cet Re, l'avait dénoncé au saint office, le chef de la famille Micheli ht confirmé par l’effusion de son sang cette courageuse confes- > fon de foi. » (Tome I, pag. 484.)
Que M. Gaberel se rassure : des milliers de catholiques, alors ‘rame aujourd’hui, répètent cette formule, sansavoir pour cela
faire preuve de courage ou sans courir le moindre risque du martyre. Le n
(F.) RayxaLpi, ad annum 1562. vis.
Voici un décret du 10 avril 1562 rendu en matière de religion :
« Afin que le magnifique seigneur gonfalonier et les deux magnifiques seigneurs, préposés ou à préposer à la surveillance des matières de religion, puissent d'une part veiller avec plus d'attention et de diligence à la charge qui leur incombe quant à la religion, et exécuter les ordres et les mesures de précaution qui leur ont été prescrits par le magnifique conseil, avons décrété et décrétons que le pouvoir exécutif de la république ait la faculté pendant les six mois qui sutvront de dépensef cent écus par mois, et enjoignons au caissier spécial des revemus publics de leur faire passer de temps en temps et à toute réquisition de leur part les àcomptes dont ils pourraient avoir besoin.
« Le pouvoir exécutif sera tenu ct devra avec toutes les diligences possibles chercher et trouver tous ceux qui ont été déclarés hérétiques par le saint office de l'Inquisition, ou qui, cités devant lui, sont restés contumax aux termes des dispositions contenues en la loi de 1558, et exécuter contre eux les prescriptions que la dite loi impose.
« En outre, ledit pouvoir exécutif scra tenu de rechercher avec toutes les diligences possibles et de retrouver tous ceux qui, dans la ville de Genève aussi bien qu'ailleurs, ont eu, ont ou auront à l'avenir pratique ou commerce avec les hérétiques déclarésrebelles par le magnifique conseil, et en outre tous ceux qui appartenant soit à notre ville et à son territoire, soit à quelque partie du monde que ce soit, ont en quelque façon contrevenu ou contreviendront aux statuts, décrets ou ordonnances rendus par le magnifique conseil en matière de religion : tous ces décrets devront être appliqués par ledit pouvoir exécutif, sous peine d'une amende de cent écus au profit de la commune, laquelle amende sera cncourue $pso jure et ipso facto sans autre déclaration, et les magnifiques sei- gneurs devront condamner les réfractaires aux peines édictées en les dits statuts et ordonnances : la condamnation une fois rendue , ils devront en envoyer l'expédition aux archives publiques, chaque fois que la contravention sera de son ressort.
« Le dit pouvoir exécutif sera aussi tenu, sous la même peine, chaque fois qu'on fera une proposition intéressant la religion, de rendre compte aux magnifiques seigneurs de toutes les mesures qu'il aura prises, exécutées ou concertées jusqu'à ce jour, et les magnifiques seigneurs devront les soumettre et en donner lecture
au magnifique conseil, quand ils feront la dite proposition sur la religion, afin qu’ils puissent prendre sur icelle les résolutions qui lui paraitront convenables.
« Le dit magnifique conscil devra en outre nommer une autre commission composée de trois citoyens pour veiller à l’administration des biens confisqués appartenant aux hérétiques par lui déclarés rebelles, et cette commission sera élue pour deux années consécutives avec les mêmes pouvoirs, attribution et charge qui ont déjà été donnés à celle précédemment élue pour veiller aux biens desdits hérétiques déclarés rebelles ; cette commission sera tenue sous peine de cent écus d'amende de faire son rapport, etc. Et comme plusieurs auront été condamnés antérieurement à la proposition qui doit être présentée à la prochaine réunion des magnifiques seigneurs touchant les affaires de religion, les mesures que l'ancienne commission aura prises ou mises à exécution jusqu’à ce jour devront faire l'objet d'un rapport de la part des magnifiques seigneurs, qui sera soumis et lu en entier au magnifique conseil, lorsqu'ils feront ladite proposition.
« Le pouyoir exécutif sera tenu encore, sous les peines sus-énoncées, et avant l'époque où devra être faite la proposition sur la religion, de faire un rapport par écrit à la prochaine assemblée aux magnifiques seigneurs sur tous ceux qui en matière de religion ont depuis un an fait de fausses dénonciations, c'est-à-dire sur ceux qui n'ont pu justifier la source d'où provenaient les imputations qu'ils ont faites, lequel rapport les magnifiques seigneurs devront soumettre et lire en entier au susdit magnifique conseil.
« La même obligation incombera au susdit pouvoir exécutif, dirant le temps de ses fonctions, et à ceux qui lui succéderont : de temps à autre, et chaque fois qu'ils trouveront dans les procès pour cause de religion qu'il y a eu une calomnie rapportée aux magnifiques seigneurs, ils devront, ainsi qu'il est dit ci-dessus, soumettre le rapport du magnifique conseil et en donner lecture à la séance où ils feront la proposition concernant la religion. »
.(G.) La lettre est du 21 février 1681, et se trouve à la bibliothèque Magliabecchiana, classe XXXVII, n° 159, des manuscrits. - «Bayle, à l'article Jules III, cite une Lectura super canonem de consecratione du D' Gérard Busdrago de Lucques, évèque de Napoli de Romanie et suffragant de l'évèque de Padoue, imprimée à Wittemberg, en 1543.
Parmi les Italiens réfugiés à Genève était la famille Lombardi, qui eut pour chef César Lombardi, dont le testament nous a été conscrvé et a été publié par Gaberel, au tome I°" des Piéces justificati-
È Son fils Jean-Alphonse, comme un p “possédait une grande clarté, et une ch cution; on disait de lui : « 11 semble qu'il cependant, à la sortie de l'église, il se passé*un ce
ehe
“ que les personnes sérieuses aient fini d'analyser les idées qui se pressent en foule dans les sermons de ce prédicateur ». Son sujet de prédilection était la charité dans la conduite avec la tolérance dans les opinions.
2. Lirna, famille chassée en 1308 par le peuple, parce qu'elle était riche et puissante. Nicolas Liena fut choisi pour aller à la rencontre du pape Paul I lorsqu'il vint à Lucques en 1558, puis fut envoyé comme ambassadeur près de Charles Quint à l'effet d'apaiser les différents survenus entre cet empereur et les Florentins dans la question de Pietrasanta.
3. Les Jova ou Guiova quittèrent Lucques en 1312, avec cent quatre-vingts familles guelfes, puis revinrent en 1334, et prètèrent serment de fidélité au roi Jean de Bohème, qui fut seigneur de Lucques. En 1384, Nicolas Jova partagea avec Mathieu Gigli l'honneur d'une ambassade près la république de Florence, pour ‘concerter l'établissement d'une ligue entre cette dernière république et les villes de Sienne, Pérouse et Pise. Paul Jova, franciscain, fut disciple de frà Francesco de Savone, devenu plus tard pape sous le nom de Sixte IV; il introduisit les Mineurs Observantins à Lucques, fut gardien de leur couvent et vicaire provincial de l’ordre. C'était un théologien des plus érudits : il mourut en
Joseph Jova,. dont nous avons trouvé la condamnation à la date de 1570, était un littérateur en relation avec les lettrés les plus distingués de son temps, et était membre de l’Académie des Vignajuoli (vignerons), qui se réunissait à Rome chez Hubert Strozzi, de Mantoue. Il fit partie des courtisans de Giberti, puis de Vittoria Colonna. On a une lettre que lui adressa le cardinal Bentivoglio, qui traite uniquement de littérature, ainsi que celle qu'il écrivit à Vittoria Colonna. Mais la lettre du 1°" août 1562 d'Annibal Caro présente Jova comme étant déjà suspect en matière de foi.