CALANDRINI, famille originaire de Sarzane, commença à de
venir illustre à Rome et ailleurs au temps du pontificat de Nicolas V, qui tait fils d’Andreola Calandrini. Celle-ci avait eu en premières noces d’un Calandrini deux fils nommés Pierre et Philippe. Ce dernier fut promu au cardinalat et déclaré noble originaire de - Facques, par décret du 12 décembre 1447. Jean Mathieu Calan- ‘drini, fils de Pierre, fut fait, lui aussi, noble Lucquois le 22 janvier 1456; il était sénateur de Rome et docteur en droit. Philippe, son fils posthume, épousa Catherine fille de Benoit Bonvisi ; il fut ancien de la république de Lucques et plusieurs fois ambassadeur : il mourut en 1554. Il eut un fils nommé Julien, qui aban-
« fr 342 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS VI. pi
donna la foi catholique et se retira en France, où il mourut, en
1573; il avait épousé Catherine fille d’Augustin Balbani. Jean,
son fils’, après avoir erré à travers l’Allemagne, se réfugia à Londres, et laissa deux fils, Jean-Louis et Philippe. Le premier s’éta-
blit à Genève, le second s’en fut à Londres, mais en sa qualité de
partisan de Charles Ie", il dut se retirer à Amsterdam, où il fut élu
directeur général du commerce de Batavia et des Indes orientales. Il donna le jour à Théodore, qui se retira en France et se convertit à la religion catholique. Des fils de ce dernier, Philippe. et Theodore, le premier entra chez les Jésuites, le second “après avoir pendant plusicurs années servi dans l’armée française, retourna à Lucques en 1697, et fut réintégré par le conseil dans lés
honneurs et nommé colonel.
Par décret du 16 décembre 1605 fut mis à l'Index le Trattato delle heresie et delle Schisme che sono nate nella Chiesa di Dio, et dei rimedj che si deono usare contro!di quelle, par Scipion CALANDRIN.
5. A la famille Minutoli appartient un autre Vincent, professeur de grec, qui abandonna l’académie de Genève pour aller exercer les fonctions de ministre dans les Pays-Bas. Mais, ayant donné du scandale, il fut en 1668 exclu de la Cène et déposé par le synode de Flessingue ; il fit pénitence, et fut réintégré dans sa dignité. Son fils Joachim, étudiant en théologie, fut aussi chassé pour cause de scandale; alors il se mit en rapport avec les catholiques, et vint à Lucques, où il obtint une pension ; puis, étantrevenu en Savoie en 1714, le curé Pontverre, célèbre par ses relations avec: J.-J.-Rousseau, l'engagea à publier un libelle intitulé Motifs de la conversion de Minutoli, où il fait usage pour attaquer les pasteurs de Genève de bons mots et d’une fine ironie à propos des mœurs et des prèches : enfin il fit beaucoup de bruit dans ce temps-là.
(1) C'est ainsi que parfois Diodati rencontrant le mot xpes6brepos ne traduit pas en italien par les mots preti o sacerdoti, mais par anziani, collegio degli anziani. Quand Paul et Barnabé ordonnent des prètres par l'imposition des mains (xetporovnoxvtes «tot rpea@utépous xat” exy Arolav), il traduit par ces motsitaliens « gli ordinarono per ciascuna chiesa per voti communi degli anziani » (ils les ordonnèrent pour chaque église par les vœux communs des anciens). Saint Pierre recommande aux fidèles, nemo vestrum patiatur ut homicida, aut fur, aut alietorum appetitor (Ep. I, 4, 15), ou bien, suivant le texte grec, &Motprerlororos, c'est-à-dire n°cspionnez pas les faits d'autrui; et Diodati met « 0 facendo tl vescovo sopragli stranteri » (ou ne faites pas l’évèque sur les étrangers), tant il est plein d’antipathie pourles évêques. Ev xposwrw yptotov(II Ep.
ad Corinth. 2, 10) c'est-à-dire fa persona Christi, il traduit par « în cospetto di Cristo » (cn présence du Christ), et cela pour ne pas faire un apôtre vicaire du Christ. Tapiôootç, qui veut dire trudition, est par lui traduit, enseignement, yasisux, yrazia par « dono, don »; Aoyos, verbo, par « parola ».
La Vulgate, aux Actes des Apôtres, III, 1, dit que « Pierre ct Jean montaient au temple à la peuviùme heure de la prière » : ou sait que les Hébreux faisaient plusieurs fois par jour la prière, et
: que l'Église, à leur imitation, introduisit les neuf heures dans son
ôffice. Ne voulant pas approuver cet usage, Luther avait altere ce passage, et, d'après lui, Diodati traduisit : « Il montait au temple Ala neuvième heure, qui est l'heure de la prière. » Mgr. Martini, dans sa traduction italienne de la Bible, suit en général la Vulgate, mais parfois il s'en est écarté, par exemple
dans le Nouveau-Testament, parce qu'il connaissait le grec. Dans
les rares notes qu'il y a joint, il n’est pas toujours vrtho@oxe, conforme à l'original. |
Parmi ses auditeurs et ses adhérents, on remarque Francois Caserta, qui entraîna lui-même le marquis Caracciolo; Benoît Gusano de Verceil, Jean Montalcino, « grand lecteur des épitres de saint Paul‘, » et Laurent Romano, Sicilien.
Le gouvernement fit cesser les conventicules, même avant la mort de Valdès, arrivée en 1540. Cette même année, Carnesecchi avait déjà lu le livre De! Benefizio di Cristo, qui probablement était encore manuscrit, et qui, certainement imprimé en 1343, à Venise, se répandit à profusion dans le royaume de Naples. On défendit alors différents livres dont l’impression avait d'abord été ouvertement permise, par exemple le Bienfait du Christ, et le Sommaire de l'Ecriture, œuvre de Mélanchthon, qui furent brûlés sur la place de l’Archevêché après un discours du dominicain Ambroise de Bagnoli. Castaldo, à qui nous devons ce détail, assure que depuis lors personne ne garda ostensiblement ces ouvrages, et qu’on fut plus réservé et plus modeste en parlant de la sainte Écriture. Une nouvelle pragmatique de 1545 sur la censure des livres et sur la suppression de certaines académies mit fin à la recherche et à l'étude des questions délicates.
Le marquis Nicolas Antoine Caracciolo de Naples servit sous le prince d'Orange au siége de Florence; il remplit diverses missions près l’empereur Charles Quint, auquel il avait rendu d'importants services lors de l'occupation française de 1528, circonstances auxquelles il dut d’être en scriptis, et conversatione Johannis Valdesii J. P. hispani, ex Germania illuc delati, atque lufheranismo imbuti, corruptior factus, una cum
ipso, spiritu et conatu rem agens, clam cœlum quemdam tam virorum
quam fœminarum, prima etiam nobilitutis collegerunt, quibus ipse concionabalur.
(1) CASTALDO, chap. V.
grande faveur près de ce monarque, qui en fit un des six conseillers du vice-roi de Naples. Il épousa une princesse Carafa : celle-ci étant morte à la suite de ses premières couches, il concentra toute son affection sur Galéas, le fils qui lui restait, et lui fitépouser Vittoria, l’héritière du duc de Nocera; de cette union naquirent quatre fils et deux filles.
Galéas fut nommé chambellan et chevalier de la clé d'or de l'Empire : ses manières courtoises captivèrent tout le monde. IL fréquentait avec François Caserta les réunions tenues sous forme de conférences dans la maison de Valdès, notant les divergences entre la doctrine évangélique et lesusages de Rome, ce qu'il fit bien davantage après avoir entendu Pierre Martyr commenter l’épitre aux Corinthiens. Ce dernier disait : « Si quelqu'un voit à distance un certain nombre de personnes se mouvoir, tourner et retourner sur elles-mèmes de divers côtés, il lui semble voir une foule d’insensés. Mais si en s'approchant d’elles le spec» tateur entend la mélodie qui inspire et règle leurs mouvements, alorsnon-seulementil commence comprendre leur action, inais il s'identifie si bien avec cette scène, que luimême veut se mêler aux danseurs. Il en est de même lors-
que nous voyons quelqu’un changer de manière de vivre, ” et agiren contradiction avec les habitudes dela société. D'a
bord nous le tenons pour un insensé ou un extravagant, mais un examen plus attentif de sa conduite et de ses principes ne tarde pas à nous convaincre que cet homme les con-
forme à la parole de Dieu et aux inspirations de l'Esprit- " —
Saint. Le mobile de ses actions est révélé, etles spectateurs en sont tellement pénétrés qu'eux-mêmes renoncent aux plaisirs trompeurs du monde, reviennent avec un désir sincère à des pensées de sanctification, et se trouvent
d'accord avec.les personnes qu'ils blAmaient autrefois. »
Caracciolo prit bien vite la résolution de se tourner du côté de la vie de l'esprit, mais l'exécution de ce projet rencontrait des obstacles. Son grade, le poste qu'il occupait à la cour, sa vie publique l’exposaient aux regards de tous, et son changement de religion aurait excité une sur- ‘prise générale chez les personnes qui ne pouvaient comprendre l'efficacité de la parole de Dieu. Bien d’autres obstacles pouvaient l’arrêter. Son père, Nicolas-Antoine, fondait sur lui de magnifiques espérances pour la gloire de sa famille : adonné aux pratiques catholiques non moins qu'à la cour, il avait en horreur ces nouveautés impies, etils’ingénia pour trouver le moyen d’en détourner son fils. Sa femme avait de la peine à reconnaître son brillant mari dans le pensif Galéas, et l'accusait de refroidissement sensible à son égard. La cour elle-même ne tarda pas à prendre des mesures pour extirper les hérétiques. L'Inquisition commença à poursuivre les novateurs, et entre autres Caserta, ami de Caracciolo, qui mourut sur l’échafaud. Le royaume de Naples était infesté d’Ariens et d’Anabaptistes « qui, selon son biographe, voyant que Galéas n’avait pas encore acquis la pleine connaissance des Écritures, » n’épargnèrent rien pour lui enseigner leurs déplorables erreurs. Mais il conversait tous les jours avec les disciples de Valdès, « qui à Naples étaient fort nombreux, et qui n'avaient point encore dans les voies de la vérité chrétienne dépassé la pleine intelligence de l'article sur la justification, et la protestation contre certains abus du papisme : d’ailleurs ils fréquentaient les églises, enten-
(1) Voir page 158, t. II, LES GÉRÉTIQUES D'ITALIE et le Concile de Trente, pour les félicitations que Flaminio lui faisait à ce sujet.
daient la messe, et participaient aux idolâtries ordinaires. » Caracciolo suivit pendant quelque temps leurs lecons, et se serait certainement perdu à cette école comme tant d’autres, qui, arrêtés par un motif de religion et manquant de la base fondamentale, se retractèrent, ainsi qu'il arriva pour Caserta, le premier instrument de la conversion du marquis napolitain.
En sa qualité de chambellan, Caracciolo devait souvent voyager en Allemagne; il trouvait dans ce pays dé nombreuses occasionsd’entendredes protestants, et particulièrement au scin de la Diète de Ratisbonne (1542), où l’on attaqua la suprématie du pape, et où l’on soutint le mariage des prêtres, la communion sous les deux espèces et autres points analogues. Il en revenait toujours mieux affermi dans la doctrine de la justification, et il le fut bien davantage après avoir vu à Strasbourg Pierre Martyr. De retour à Naples, il exhorta ses amis à sc séparer de l'Église de Rome : comme il les vit faiblement disposés à suivre ses avis, il étouffa en lui les affections de famille, et, se recommandant souvent à Dicu (ses amis nous ont transmis une prière qui, disent-ils, était la sienne), il quitta Naples gp mois de mars 1551, âgé alors de trente-cinq ans, cmpornt avec lui deux mille ducats. Plusieurs de ses adhérents avaicnt promis de l'accompagner, mais ils ne le suivirent pas au-delà des frontières d'Italie. Il resta à la cour d'Augsbourg jusqu’à ce que Charles Quint l’eût mis hors la loi; alors il passa à Genève, où arrivèrent peu après Lactance Ragnoni, de Sienne, qu’il avait connu à Naples. Il se lia avec Calvin ct les autres chefs de la Réforme, et on peut se figurer avec quel plaisir ceux-ci firent une acquisition aussi importante pour leur parti.
On apprit à Naples cette fuite avec une profonde dou-
Su fuite chez les protestants.
Tentatives
leur : la famille de Caracciolo se regarda comme déshonorée; l'Inquisition fit des enquêtes sur la conduite de ses amis; son père n'épargna aucune démarche pour le faire revenir ; il supplia l'empereur de le relever de la ,
-.* disgrâce encourue, et il lui envoya un sauf-conduit de Ve-
nise, en lui ordonnant, au nom de l'autorité paternelle, de rentrer. En effet, le père et le fils se rencontrèrent à Vérone le 29 avril 1553; mais, quelle que fùt l'influence de l'affection et de l'autorité paternelles, Galéas ne se laissa pas fléchir.
Plus tard, lorsque Carafa, son grand-oncle, devint pape, Nicolas-Antoine obtint de lui que Galéas pùt rester sur le territoire vénitien, sans abandonner ses praliques religieuses, et il lui envoya un passe-port pour venir à Mantoue. Galéas y arriva en effet le 15 juin 1558, et eut à subir un nouvel assaut de la tendresse paternelle. « On ne vous demande rien qui répugne à votre religion, lui disaiton; revenez à cette Italie, votrebien aimée patrie; obéissez à votre père en un point qui ne blesse point votre conscience ; demeurez encore avec votre femme, avec Vos enfants, comme il convient à votre naissance. » Mais Galéas réfléchit qu’il lui faudrait vivre sous la dépendance du pape, : à côté de l’Inquisition, et il préféra les oignons d'Égypte & la manne du désert. Le père, trompé dans son espoir, s'en retourna à Naples par la route de Rome, et Galéas l’accompagna autant que pouvait le lui permettre le saufconduit, c’est-à-dire dans tout le territoire vénitien. A cette occasion, il visita la duchesse de Ferrare ; puis, traversant la Valteline, il rentra à Genève, où ses amis rendirent grâces à Dieu de son retour.
Vittoria, sa femme, ne pouvait se résigner à son isolement; aussi lui adressait-elle de pressantes lettres et d’in-
ho, È HÉRÉTIQUES A NAPLES. ©. SI cessants messages pour le faire rentrer dans sa patrie. À la
fin, elle se contenta de demander à le voir; elle lui pro- > r°
posa une entrevue dans quelque port vénitien, assez rapproché du royaume. Le choix se fixa sur Lésina, située NOTE la côte de Déimatie, ville séparée de Vico, son fief pater nel, seulement par la largeur de la mer Adriatique. Gas léas s’y rendit ponctuellement pour l’attendre, mais elle
ke
manqua au rendez-vous, s’excusant par de bonnes gpisons, . $
et lui envoya seulement ses deux fils Nicolas-Antofne et, Charles. Soit affection pour sa femme, soit espérance «de la convertir et de l'emmener avec lui, Galéas résolut d'aller la rejoindre. Il était devenu citoyen de Coire, concession qu'on faisait difficilement à qui n'y habitait pes (A), ce qui lui permit de se rendre en toute sécurité à Vico, où il trouva toute sa famille.
Autant fat grand le premier transport de joie causé par le plaisir de La réunion, autant fut vif le désespoir que Caracciolo éprouva de ne pas réussir à entraîner à ses opipions sa femme, fidèle à la religion de ses ancêtres, et résolue à ne pas habiter un pays où cette religion est proscrite, bien décidée aussi à se séparer de lui s’il persistait dansl’hérésie.Laissons l’imaginationse peindre cette scène, où les sentiments inspirés par l'affection de famille et par l'amour de la patrie se montraient dans leur vivacité malgré l'opposition des sentiments religieux, et où l'on voyait en lutte deux convictions bien fermes. Le cœur également brisé chez celui qui restait et chez celui qui partait ; mari et femme se séparèrent pour toujours.
Galéas Caracciolo fit un second voyage à Lésina, passa rapidement à Venise, où il trouva une lettre de Calvin, à qui son retour tardif inspirait des soupçons, et
qui le pressait de revenir, persuadé qu'aux affections du II — 23
& LI à %
354 ca DISCOURS VII.
cœur il préférerait l'accomplissement de la volonté du Sei-
gneur. « Votre voyage à Vico (écrit-il) m'avait mis dans
« une grande anxiété; que n'aurais-je point fait pour
« l'empêcher ? Mais le Seigneur vous a donné de nouvelles
.« forces pour résister aux insinuations monéaines. Votre
a absence paraît très-pénible à vos nouveaux compatrio-
« tes. » Il continue sa lettre en lui racontant comment il
avait dû citer devant le consistoire Georges Biandrata, Syl-
vestre et Jean-Paul; et combien de scandales avaient surgi
de ses dissentiments avec ceux-ci ct Valentin Gentile,
qui répandaient cà et là des erreurs conformes à celles de
Servet; que Gentile avait été emprisonné, et que le jeune
Nicolas Gallo, de Sardaigne, avait répudié les doctrines
fausses qu'on l’accusait de professer. Calvin terminait sa
lettre en l’engageant à revenir promptement, parce qu'il espérait avec son aide rétablir la paix (10 juillet 1558.)
Destaccueiti Caracciolo fut donc accueilli à Genève avec de grandes
ses rapports démonstrations. Peu après son retour, il consulta Calvin, avec Calvin. . , . . A °
Pierre Martyr et Zanchi pour savoir si, attendu l’obstina-
tion de sa femme, il pouvait la répudier. Les docteurs hé-
sitèrent beaucoup : ils discutèrent ensemble sur ce passage
de la première épitre aux Corinthiens (chap. vu, v. 12) Siua
chrétien a épousé une femme idoldire, laquelle consente de
demeurer arec lui, qu'il ne la quitte pas ; et nonobstant d'au-
tres passages de l'Écriture, où il estdit Que l'homme ne se-
pare pas ce que Dieu a uni, le passage de saint Mathieu
ch. xx, v. 29, l'emporta : Quiconque aura quitté pour mon
nom sa maison, ses frères, ses SŒUrS, son père, sa Mère, sa
jemme. seser ‘aints. ses lerres. recevra le centupie arec la vie
eternclie. Us décidèrent donc que c'était le cas pour Carac-
cielo d'abandonner sa femme : aussi celui-ci épousa-t-il.
le {0 janvier 1560, Anne Frémerv, venue de Rouen à Ge-