PA
da
nève pour cause de religion. Ce ne fut pas un mariage d’inclination, mais une union basée sur une conformité de sentiments; les époux vécurent simplement et paisiblement à Genève ; la femme allait faire les achats, et rapportait elle-même à la maison les provisions; quant au mari, il refusait de prendre le titre de marquis, el se contentait de son simple nom. Cependant, dans chaque cérémonie offi cielle il avait un poste d'honneur, et il était considéré tout autant que s’il eût été en possession des titres et de la fortune de son père : chaque étranger de passage tenait à Bonneur de lui faire visite ou de l’inviter à venir chez lui; on peut citer entre autres Francois et Alphonse d’Este, le prince de Salerne, et Octave Farnèse, due de Parme. Il savait rendre la conversation charmante par le récit de ses aventures, de ses voyages en Allemagne, et d’anccdotes sur la cour de Charles-Quint. Il se plaisait pourtant davantage à parler des choses divines. A Genève, il songea à établir une Église pour les réfugiés italiens , à laquelle il préposa comme pasteur Celso Martinengo, qu'il plaça sous la protection des magistrats de la cité. Calvin lui dédia la seconde édition de ses Commentaires sur les épîtres aux Corinthiens ; cette dédicace contenait ce qui suit : « Quoiè que vous ne recherchiez pas, selon la coutume du « monde, les applaudissements des hommes, content d’a- « voir Dieu pour unique témoin de votre droiture, il n’est pas juste que je laisse ignorer à mes lecteurs qui vous êtes, et que je les prive de la satisfaction qu’ils doivent éprouver en apprenant qu'un homme comme vous, issu d’une illustrissime famille, abondamment pourvue de charges éminentes et des dons de la fortune, ayant une très-noble et irès-vertucuse épouse, et par elle un entourage de très-beaux enfants: jouissant d’une
AR Aa A iL A
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« parfaite concorde et de la paix du foyer domestique, « dans une condition tout à fait digne d'envie, qu’un tel « homme, dis-je, ait voulu, pour s’enrôler sous la ban- « nière de Jésus-Christ, abandonner une charmante pa- « trie, un délicieux pays, un patrimoine opulent, une de- « meure des plus commodes et des plus luxueuses, et, s’il « est permis de parler ainsi, se dépouiller de l'éclat d’une « haute naissance, se sevrer de la douce compagnie d'un « père, d’une femme, d'enfants, deparentset d'amis; qu’en- « fin, après avoir renoncé à toutes les satisfactions et à « tous les attraits du monde, il ait daigné se contenter de « grimper ici parmi nous pour y vivre avec le commun du « peuple, comme si rien ne le distinguait de la foule. Oh! « combien je souhaiterais que tous vous prissent pour mo- « dèle du renoncement à soi-même ! Voilà en effet le fon- « dement solide sur lequel reposent toutes les vertus; voilà ce qui fait l'essence propre du christianisme; et vous « n'ignorez point que je fais peu de cas de ceux qui, ayant abandonné leur patrie, laissent croire en fin de compte qu’ils n'y ont pas laissé leurs mauvais pen- « chants. » (20 janvier 1856.)
Mais, après la mort de Calvin, Caracciolo eut à essuyer des déboires ct se trouva en mauvaise intelligence avec le conseil de la cité : aussi eut-il l’idée de quitter Genève. Cette ville, qui aspirait à devenir la Rome des Évangéliques, eût subi par le fait de ce départ un grave préjudice dans l’opinionj aussi, grâce aux bons offices de certaines personnes, Caracciolo resta‘. Lorsque vint pour lui la vieil- . lesse, il déclina, et cut beaucoup à souffrir d'un asthme.
Il regardait comme rompue toute communication avec
(1) Le procès-verbal de cet incident se trouve au Registre tenu par M. Jean Pirrault : compagnie des pasteurs à Gencre.
sa famille, quand lui survint un de ses neveux, clerc théatin, porteur de lettres écrites par Vittoria et par l’un de ses enfants, qui essayaient de l’engager à revenir à Naples, ou au moins dans quelque coin d’Italie. Ils lui offraient en outre de l’argent, et lui faisaient part de la prochaine arrivée de l’un de ses fils nommé Charles, qui, entré dans la carrière ecclésiastique, était sur le point d'obtenir des dignités en rapport avec sa haute naissance. En proie tout à la fois aux douces émotions d’un sentiment naturel et aux suggessions amères de l’orgueil, Galéas finit par jeter les lettres au feu, et déclara qu'il n'avait pas enduré pendant toute sa vie tant de souffrances pour changer dans ses vieux jours, et qu’enfin il ne recherchait pas près des hommes une approbation diamétralement opposée à l'esprit de l'évangile. Le Théatin insista, passa des prières aux reproches, jusqu'à ce que les magistrats de Genève lui eussent intimé l’ordre de partir.
Un fameux prédicateur aussi allait se mettre en route pour le convertir, mais Caracciolo mourut après avoir reçu les soins des médecins de Genève et les prières de son Église, le 7 mai 1556 , Agé de soixante-ncuf ans. Sa seconde femme lui survécut peu : nous possédons la lettre qu'elle adressa aux chefs de l'Église lucquoise à Genève, pour les féliciter de la façon respectueuse et tout à la fois résolue avec laquelle ils avaient rejeté. les offres du cardinal Spinola, qui les invitait à revenir à Lucques et à l'Église catholique (B).
. Que le titre de nouveau Moïse ait été donné à Carac- <iolo par De Bèze, c'est ce qui nous est affirmé par Nicolas Balbani. Ce Lucquois venu à Genève en juillet 1857 y fut élu ministre de l'Église italienne le 23 mai 1361, et mourut en 1587. Il avait traduit le catéchisme de Calvin en
EI Sa fin.
oges qu'on fit de Jui.
1366", et écrit la vie de Caracciolo. imprimée à Genève en 1581, cette vie fut traduite en anglais, puis en français par Tessier de l’Estang en 1681 , et réimprimée en 1854. Elle fut aussi traduite en latin par Vincent Minutoli ( 1387- 4396), puis figura dans le Museum Helveticum (1717). Le traducteur français dit que l’original est devenu fort rare, ct qu'il était utile d'en rappeler le souvenir aux églises réformées. « Genève, notre seconde mère, avait si complétement oublié un événement si extraordinaire et si beau, bien qu'accompli dans son sein, qu’il était temps de lui faire savoir non-seulement qu’une Église italienne s'était formée chez elle, mais encore que d’éminentes vertus brillaient chez les fidèles de diverses langues et nations que Dieu a conduits ici; et enfin de l'engager à revenir à cet esprit primitif de piété dont élaient charmées les personnes honnêtes qui s'étaient réfugiées dans ses murs. » Ce mèine Balbani se plaignait de ce que les disciples de Valdès à Naples fussent des Nicomédistes : on sait que ces sectaires n'approuvaient pas la doctrine qui préconise près des justes les afflictions, les persécutions, la perte des biens et qui leur demande souvent d'abandonner leur maison , leur patrie, leur famille pour servir Dieu *. Vergerio dit en-
(1) Nous connaissons la Réponse & Pierre Viret, à Nicolas Balbani ct à deux autres hérétiques qui ont écrit contre le traité de la messe, par Antoine Posserin ; Avignon, Rosso, 1566, in-16.
Notre Caracciolo n'est pas même nommé dans la Biographie universelle.
(2) En fait, Valdès dans son Mercurio fait dire à une Ame pieuse qu'elle ne croyait pas nécessaires les pélerinages, tout en louant la bonne intention suivant laquelle certaines personnes les faisaient : et comme cette même âme s'étonnait qu’avec des jubilés et des indulgences on accomplit la doctrine du Christ, on lui en fit reproche, et elle répondit : « Frères, suivez le chemin qui vous parait le meilleur, et iaissezmoi suivre celui que je veux, puisqu'il n'est point mauvais. »
core que Valdès laissa « plusieurs disciples parmi les courtisans, et que si une partie d’entre eux se conserva pure etardente, l’autre ne resta pas sans tache, se montra froide et lâche. Que Dieu la réchauffe et la purifie ! »
Antoine Caracciolo qualifie de triumvirs de la république satanique Valdès, Pierre Martyr qu’il appelle Cacomartyr, et Ochin. Saint Gaétan se déchaîna contre eux : il allait ou envoyait quelqu’un' les écouter, et quand il fut impossible de douter de leurs erreurs, il les dénonca au cardinal Théatin; il dévoila aux Napolitains l’hypocrisie de ces hommes qui, sous la peau de l’agneau, avaient infecté la Campanie, et les indignités commises dans leurs conventicules, où se mélaient les hommes et les femmes. Cette dénonciation fit prendre la fuite aux chefs. On ne doit pas croire que toute semence d'erreurs fut arrachée dans ce pays, et nous avons vu au Discours I du présent volume comment on fut amené à faire pour l’établissement de l’Inquisition espagnole à Naplesunetentative qui futrepoussée '.
François Romano, ex-moine augustin, répandit secrètement en Sicile, son pays natal, les erreurs de Zwingle, puis s’enfuit en Allemagne. De retour dans sa patrie en 4840, il exposa la logique de Mélanchthon, les épîtres de saint Paul, et passa lui aussi pour être l’auteur du célèbre livre sur le Bienfait de la mort du Christ. Cité devant le Saint-Office, il s’enfuit d’abord, puis vint spontanément se constituer prisonnier aux mains du cardinal Théatin, se rétracta , et obtint son pardon, à la condition d'accomplir plusieurs pénitences et de faire une abjuration publique
(1) 11 existe un document espagnol manuscrit Papel sobre poner la Inquisicion en Napoles,-dans lequel on fait dire à Charles Quint « J'aime mieux le royaume sans l’Inquisition que l’Inquisition sans « le royaume. »
Boniface d’Oria.
dans les cathédrales de Naples et de Caserte. Il confessa qu'il avait beaucoup de prosélytes, et parmi cux plusieurs dames de qualité. Plus tard Scipion Tetti, auteur d'une dissertation De Apollodoris, estimée des érudits, publia nous ne savons trop quels livres, contenant des opinions fausses sur la divinité, et il fut condamné pour ce fait aux galères. C'est ce que raconte l'historien De Thou, qui, se trouvant à Rome en 1874, ignorait s’il vivait encore. On envoya aussi au bûcher Pompée Algeri, de Nole.
La famille Boniface possédait la principauté d’Oria, dans la terre d’Otrante, en vertu d’une donation faite par le roi Frédéric à Robert, quimouruten1536, laissant deuxfils, tous deux lettrés. L'un, Dragonetto, trouva la morten distillant un poison extrêmement violent; l’autre, Jean Bernardin, hérita de la principauté d’Oria, qui avait pour annexes Francax villa et Casalnuovo, dont le territoire fertile produisait de magnifiques revenus. Mais le nouveau maître était très-original; il n'avait à son service que deux esclaves turques et vivait complétement retiré pour se donner tout entier à l'étude. Suivant la chronique, il pensait mal en fait de religion et n’assistait jamais à la messe. Craignant d’être poursuivi par l’inquisition, il réalisa une grosse somme d'argent el feignit d'aller à Venise, mais il fut soupçonné avec ses esclaves turques de hanter les chefs de la secte luthérienne. Enfin, il s'établit à Wilna en'Lithuanie, dans une campagne siseà un mille hors de la ville, où plus tard l’une des deux servantes étant devenue folle, l'autre se maria. Il acheta alors à Constantinople une autre esclave, mais cettedernières’étantenfuie en Moldavie, ilresta sans aucun serviteur. «Il vit (dit le chroniqueur )le plus sou- « vent de laitage, d'œufs, de figues sèches, de raisins secs, « de pommes et de radis; il boitde l’eau pure; ilne chauffe
« point ses appartements, encore qu’il soit dans un pays « très-froid; souvent on le voit à côté d’un petit fourneau, « soufflant le feu pour faire cuire sa soupe, qui la plupart « du temps est composée de lait et de raisins, ce qui lui « donne plutôt l'air d’un chauffournier que d’autre chose.... « Toute sa garde-robe ne vaut pas deux florins..... Il entend que personne que lui ne touche à son lit et à ses « meubles; il a la barbe longue et graisscuse ; il est maigre, « et aujourd'hui (1586) il peut avoir soixante à soixante-dix « ans. Il appartient à la Confession d'Augsbourg, qu’il n’a jamais abandonnée, et est l'ennemi juré des calvi- « nistes. À Nuremberg, on lui fit beaucoup d'accueil; « mais, n'ayant aucune consistance dans le caractère, « il ne peut demeurer longtemps dans le même endroit ‘ ».
Nous n'avons rien trouvé de Bernardin Boniface dans les sources où nous puisons d'ordinaire, mais nous connaissons de lui une traduction de Salluste, imprimée en 1550, par Torrentin, de Florence, puis un recueil d’Hymnorum, epigrammatum el paradororum quorumdam, imprimé à Dantzick, en 1599, avec une préface où l’éditeur parle des aventures de Boniface, et où il raconte sa mort, arrivée dans cette ville, en 1397. Une inscription indiquait que in medio Hispanicæ inquisitionis furore, ? agnita ex scriptis Melanchthonis evangelii luce, paulo post exuli volontario ac primo Venetias, dein ob tirati pontificis insidias per Helvetiam in Germaniam et ad Vormaticense colloquium delato.
(1) SciPIONE AMMIRATO , Delle famiglie napoletane; Florence, 1580. Le passage que nous avons cité entre guillemets a été extrait des notes mises a la II° partie, laquelle n'a été éditée qu'en 1651.
(2) Nous savons que l'Inquisition espagnole n’existait pas à Naples.
Della Lama.
Suivant certaines lettres de Quintius Marius Corrade, on serait amené à croire que Boniface se serait enfui de sa patrie la seconde année du pontificat de Paul IV : sa principauté fit retour aufisc, attendu qu'il était le dernier rejeton de la famille. Le roi Philippe en investit saint Charles Borromée, qui la vendit ensuite quarante mille sequins, somme qu'il distribua aux pauvres dans une seule journée.
En 1567, les Théatins découvrirent à Naples une nouvelle secte, qui observait les mèmes rites, professait les mêmes croyances et les mêmes impiétés que les Juifs, et avait des écoles clandestines. On fit sur cette secte un rapport à l’évêque Marius Caraffa, qui envoya pour les combattre Jérôme Ferro, des Clercs réguliers, Jérôme Panormitain de l'ordre de Saint-Dominique, Alphonse Salmeron, de la Compagnie de Jésus, et le prêtre Jérôme Spinola ‘.
On nous a conservé le souvenir d’un autre napolitain. Le médecin Jean-Marie Della Lama, depuis plusieurs années déjà, exercait sa profession à Vienne, lorsqu’en 1867 il envoya à Rome un mémoire par l'entremise du cardinal Commendon, dans lequel il exposait qu'il avait été dénoncé au Saint-Office comme suspect en matières religieuses, ne s'étant jamais écarté sciemment des croyances et des commandements de la sainte mère l’Église, il prétendait pouvoir vivre en paix à charge de faire pénitence, s’ilétaittombé involontairementdans l'erreur. Il le suppliait doncd’intercéder en sa faveur près du pape, afin que Sa Sainteté fit remettre le jugement de sa cause au
L'épitaphe a été publiée à Konigsberg dans les Neue preussiche Prorinzialblatter.
(1) Sivos, Hist. cl. regul. sub anno.
nonce ou au juge compétent à Vienne, parce que, pourlui, aller se présenter à Rome, serait la ruine de sa position : il ajoutait que les bons catholiques pouvaient certifier que depuis qu'il habitait dans ces parages, il s'était abstenu de toute relation avec les hérétiques et qu'il avait fréquenté les sacrements.
Ni Pie V, ni Grégoire XIII ne voulurent consentir à la demande de Della Lama : Sixte V répondit, le 26 mars 1587, à l'empereur Rodolphe II, qui le lui recommandait, que les accusations pour lesquelles il s'était enfui d'Italie étaient nombreuses et graves, et que sa fuite avait augmenté les soupçons contre lui; qu’il n’était pas possible d’instruire son procès aussi loin des témoins, que cependant, s’il confessait ses fautes et s’il abjurait ses crreurs, il enverrait les pouvoirs nécessaires pour l’absoudre. Quoi qu'il en soit, il avertit l'empereur qu'il ne sied pas à sa haute vertu et à sa piété fervente de garder à son service privé un homme suspect d'hérésie et fugitif pour une telle cause !.
Dans le procès de 1387, que nous avons rapporté précédemment, les Vaudois du Piémont voulaient que leurs pontifes demeurassent dans la Pouille, d'où leur venaient leurs maîtres. En effet, dans la province de la Calabre Citérieure, là où l’Apennin s'incline vers la mer Tyrrhénienne, aux pieds de la crête du Bitonto, dans le district de Paola et dans le mandement de Cetraro se trouve, au sommet d’une colline, le petit village de La Guardia, peuplé par quinze cents agriculteurs, qui ont un langage et une manière de s’habiller tout différents de ceux de leurs voisins. Les historiens ont souvent confondu ce
(1) Lagomansini, annotations aux lettres de Poggiani, tom. IV, peg. 443.
Vaudois en Calabre.
Leurs supplices,
village avec Guardia Lombarda, dans la Principauté Ultérieure, etquireçut cette épithète parce qu'elle a été peuplée par desPiémontais, considérés comme Lombards. Leshistoriens vaudois, et notamment Giles, racontent que vers 131$5un gentilhomme calabrais, selon toute probabilité, Hugues de Balzo, sénéchal du roi Robert, s'étant rencontrédansunehôtellerie de Turin avec quelques Vaudois, etayant— appris d’cux que leurs vallées subalpines regorgeaient de population, offrit de leur donnerquelquesterres en Calabre— Les Vaudoisenvoyèrent quelques-uns des leurs pour les ex— plorer; ceux-ci, ayant trouvé un beau ciel, des pâturages,, des arbres fruitiers, des vignes et desoliviers en abondance, y établirent une colonie, en acceptant de payer une redevance, mais à la condition qu’ils conserveraient leurs coutumes et leurs rites. Tout cela fut l’objet d’un acte public et authentique, espèce de charte confirmée dans la suite par Ferdinand d’Aragon. A la ville de Montalto ils joignirent un faubourg, dit des Ultramontains : au bout de cinquante ans, leur nombre s'étant accru, ils en bâtirent un autre, distant d’un mille, qu'ils appelèrent Saint-Sixte, et où se trouva une des églises réformées les plus célèbres ; ils fondèrent successivement les bourgs de Vaccarizzo, de Rose, d’Argentina, de Saint-Vincent, et plus tard La Guardia, sur les terres des marquis Spinelli de Fuscaldo.
Ce fut sur ces terres que se réfugièrent par la suite beaucoup de Vaudois de Provence, persécutés au temps où la cour pontificaleétait à Avignon. Ilsbatirent dans cette partie de l'Italie Montelione, Faito, La Cella, La Motta; vers l’an 1500, d’autres allèrent se fixer à Volturara'. Ils vécurent là
(1) Ces différentes émigrations expliquent la diversité des dates assignées à ce fait par Giles (Hist. des églises réformées; Genève, 1644),
tranquilles, tolérants et tolérés, au point d’aller à la messe etde faire baptiser leurs enfants par des prétres catholiques; usant de très-peu de formes extérieures dans leur culte, ils ne heurtaient pas les populations voisines : ils étaient bien vus des seigneurs de l’endroit, parce qu'ils étaient paisibles et payaient bien la redevance ; tousles deux ans, ils recevaient la visite d'un recteur et d’un coadjuleur venus des valléesalpestres, quise cachaientsous divers déguisements ; ils se faisaient passer pour des artisans, des marchands, des médecins, et se faisaient reconnaître à leurmanière particulière de frapper à la porte. N’ayant aucune instruction, ils ne disputaient point sur leurs croyances, et ne cherchaient pas à les répandre. Toutefois, leurs frères des vallées subalpines, lorsqu'ils se réformèrent à l’imitation des protestants, envoyèrent en Calabre quelques-uns d'entre eux « pour yremettre toute chose en bon état" », et ce fut peutêtre alors qu'ils furent amenés à se retirer des assemblées catholiques, auxquelles ils s’unissaient d'abord, et envoyèrent à Genève Marc Usegli demander des docteurs. Louis Pascal de Coni, jadis soldat de la Savoie, vint en effet chez eux : il fit des prosélytes même dans les contrées voisines de la Basilicate, à Faito, aux Celle, et à Castellucci. Le cardinal Alexandrin, et comme chef de l’Inquisition à Rome, et quand il fut devenu pape, envoya des prédicateurs, entre autres Jean-Antoine Anania de Taverna, chapelain de la famille Spinelli, qui le premier lui avait dénoncé ce danger (1864), et le jésuite Chistophe Rodrigue,
par Rorengo (Mem. istoriche dell’ introdutionc dell’ heresie nelle valli
di Lucerna ; Turin, 1649), par Perrin (Hist. des Vaudois; Genève,
1618), por Muston (Hist. des Vaudois du Piémont ; Paris, 1857), par
Morelli (Sulla renuta de” Valdesi nella Calabria Citra; Naples, 1859). (1) Th. DE Bàze, Histoire, à l'année 1544.
tous deux munis de pleins pouvoirs ; mais les menaces restèrent sans aucun résultat, ces populations ne voulant ni violer leurs règles antiques ni s’éloigner de ces belles contrées. On eut donc recours au bras séculier, et le viceroi, duc d’Alcala, expédia Annibal Moles, juge de la vicaria, avec une troupe desoldats, qui, secondantles missionnaires
et le marquis Spinelli, contraignaient les Vaudois d'aller —
à la messe, et punissaient les récalcitrants dans leurs biens et dans leur personne.
Poussés au désespoir, ils prirent les armes, et s'étant ré— fugiés dans les forêts de l’Apennin, ils combattirent d'a— bord par bandes, puis livrèrent des batailles rangées; enfin, après avoir été défaits, ils se réfugièrent en Calabre à La Guardia, qui leur offrait une position favorable, une enceinte fortifiée et un cours d'eau. Le marquis, sur les terres de qui se trouvait La Guardia, y envoya cinquante hommes, qui se présentèrent comme des délinquants cherchant un refuge dans cette forteresse : mais, une fois entrés, ils tirèrent leurs armes, s’emparèrent des postes, et d’autres hommes armés étant venus se joindre à eux, ils enchaînèrent leurs hôtes abusés. Ces derniers encoururent alors d'impitoyables condamnations, et les récalcitrants subirent des supplices d’une cruauté raffinée. On les enferma tous dans une maison : le bourreau venait en saisir un, lui bandait les yeux, puis le conduisait dans une plaine rapprochée, et, après l'avoir fait agenouiller, lui coupait la gorge avec un couteau et le laissait dans cet état : ensuite, avec le même bandeau et le même couteau ensanglantés, il retournait à la prison, en emmenait un autre, et le tuait de la même manière.
Tel est le récit d’un contemporain, qui en fait périr ainsi jusqu’à huit cents. « Les vieillards (dit-il) marchent à la
Rie
HÉRETIQUES A NAPLES. 367
« mort tout joyeux; lesjeunesavec moins d’intrépidité. On « a donné l'ordre, et déjà les charrettes sont là, de couper « les cadavres par morceaux et de les exposer en les espa- « çant le long de la route que parcourt le courrier jus- « qu'aux frontières de la Calabre, si le pape ou le vice- « roi ne défend pas au marquis (de Buccianico) de le faire. « En attendant il fait mettre à la torture les autres, et il « en rassemble beaucoup pour en finir. On a ordonné de « faire venir aujourd'hui cent femmes des plus âgées, de « les soumettre à la torture, et puis de les envoyer au « sapplice, pour pouvoir faire la mesure complète. 1] « ya sept Vaudois qui refusent de voir le crucifix et de « se confesser; on les brûlera vifs. Dans l’espace de onze « jours on a fait justice de deux mille personnes, et il reste « encore dans les prisons seize cents condamnés; on en a « massacré plus de cent dans la campagne, trouvé environ « quarante les armes à la main, ettous les autres, par « groupe de quatre et de cinq, sont réduits au déses- « poir. Les flammes ont dévoré les villages, et l'on a ra- « vagé beaucoup de domaines (C.); le reste des vaudois a « été embarqué sur des galères espagnoles pour yramer. »
Louis Pascal, que nous avons déjà nommé, aprèsavoirétudié à Lausanne, s'était affranchi du lien matrimonial pour aller apostasier dans le royaume de Naples; il fut arrêtéavec Stéphane Negrino, son ami, et envoyé à Rome après avoir subi toutes sortes de mauvais traitements. Malgré les souffrances qu'il endura, il demeura inébranlable dans ses convictions; il se réjouissait de souffrir pour le Christ, et de sentir approcher l'heure où il pourrait s'offrir en sacrifice au Sauveur : le 8 septembre 1560, il fut étranglé en présence du pape et des cardinaux. Il avait publié un Nouveau Testament en italien, et diverses lettres melle ac
dulcedine evangelico refertissimæ ac unctionem spirantes, dit le martyrologe protestant.
L'esprit de parti a évidemment exagéré le récit de ces supplices, appuyé sur des relations ne méritant pas plus de confiance que certains articles de journaux qui chaquejour nousinduisent en erreur. Le fait est qu'alors disparu— rent les colonies protestantes de la Principauté sise au delia de l’Appennin, c'est-à-dire Montalto, Volturara et Saint— Sixte. Sur l'intervention de l’évêque de Bovino, on fit grâce aux habitants de Castelluccio, de Faito, de Celleet de Monteleone. Plusieurs d’entre eux parvinrent à retourner dans les vallées subalpines ou en Suisse; d’autres abjarèrent leur foi, et furent recueillis à la Guardia, qui était restéeinhabitée, et où les femmes conservent encore aujourd'hui quelques restes du costume alpestre, tels que le jupon d'é toffe rouge, les manches de velours ou de drap noir, les cheveux nattés avec un ruban rouge ou noir, ainsi qu'on le portait jusqu’à ces derniers temps dans le val d'Angrogna; leur dialecte tient du piémontais, aussi bien que leur physionomie et leurs habitudes laborieuses ‘.
En Calabre, outreles Vaudois, nous savons que le luthéranisme s’élait glissé et avait infecté plusieurs moines ainsi que certains familiers d'Augustin Gonzaga, archevèquede Reggio. Mais le gouvernement n'en fut informé qu'à propos des haines terribles existant entre les Monsolino et les Malgeri de Reggio, haines qui en 1561 éclatèrent dans toute leur intensité et devinrent une véritable guerre civile. LesMonsolino, ayant eule dessus, égurgèrent leurs adversaires. Ils se renvoyaicut les uns aux autres l'accusation de luthéranisme avec une telle obstination
(1) Voyez .irch. storico, 1846, tom. IX, pag. 193.
que le vice-roi, enid12, cxpédia en Calabre Pierre Antoine Pansa, personnage d'une sévérité inflexible, qui condamna au bûcher plusicurs personnes convaincues d'hérésie. Parmi elles se trouvaient quatre citoyens de Reggio, onze de San-Lorenzo, dont sept élaient capucins. Pansa ordonna que ceux qui avaient abjuré portassent sur la poitrine et sur les épaules un morceau de drap jaune traversé d’une croix rouge.
A Naples, au mois de mars 1564, sur la place du Marché, furent décapités, puis brûlés comme luthériens, les nobles Jean-François d’Aloisio de Caserte et Jean Bernardin de Gargane d’Aversa. En outre le vicaire de l’archevêque envoya des citations à d’autres personnes de mauvais renom. Ces poursuites, émanées tant du pouvoir spirituel que du temporel, avaient agité la ville pendant des jours ct des mois entiers *.
Ce fut'alors que le vice-roi Parafan de Ribera écrivit au roi Philippe, le 7 mars 1564 :
« J’ai reçu la lettre que Votre Majesté a daigné m'écrire « desa main le 24 janvier, ct votre recommandation pour « que les choses de la religion aillent comme il convient « auservicede Notre Seigneur, etcomme il sied à un prince « si grand, sibon catholique et si comblé des faveurs du pape que l’est Votre Majesté. Je ferai ce qu'elle m'a commandé, bien que jespère peu le succès. Le vrai remède est tout entier dans la vigilance de Votre Majesté. Dans une lettre que je remets au secrétaire Vargas, j’informe Votre Majesté qu’on doit exécuter sur la place publique de Naples un chevalier et un gentilhomme, pour cause de luthéranisme. L'un d’euxcstl’hérétique quia fait le plus de mal dans tout ce pays : aussi la noblesse et le
(1) Sumsionte, Storia, 1. X, c. 1v.
AR
peuple ont montré leur satisfaction, bien qu’on n'ait va jusqu'ici exécuter personne pour un semblable crime. Je crois bon d’aviser Votre Majesté de ce que, d’après l’aveu du coupable, il faut penser de certains prélats du royaume, afin que Votre Majesté sache à quoi s'en tenir dans les occasions qui pourront se présenter. Je supplie Votre Majesté avec toute l’insistance possible, parce qu'il est périlleux de traiter ce sujet, de faire en sorte que personne ne sache ce que j'écris ‘. Que le Seigneur garde votre Majesté ! »
« De la déposition de Jean François d’Aloysio, surnommé Caserta, résultent les déclarations suivantes : « De l'archevêque d'Otrante, il dit que de 1540 à 1847, pendant les troubles de Naples, ilavait parlé maintes fois avec lui, et que l’archevèque déclara qu'il adoptait et croyait la doctrine luthérienne ; qu'en sa présence le même’prélat, parlantavec une grande véhémence et s’entretenant avec d’autres, discutait, prèchait, et enseignait cette doctrine; enfin qu'à cette époque les Napolitains le considéraient comme un des chefs de la secte. D'autres personnes ont contredit par leur témoignage cette déclaration, et si on cherchait à pénétrer plus avant dans la vie de l’évéque, on trouverait des choses plus tristes encore, mais pourcela il faudrait une commission spéciale de sa sainteté ?.
(1) La liste avait été dressée avec tant de précautions que les per-
sonnes n’y sont indiquées que par des chiffres dont la clé est donnée sous un pli particulier. Le document espagnol a été publié par Édouard Bôhmer à la suite des Cent-dix considérations divines de Jean Valdés (Cento dieci divine considerazioni di Giovanni Valdesse); Halle en Saxe, 1860.
(2) Bernino, en s'appuyant sur le manuscrit de Carracciolo, dit que dans la terre d'Otrante un certain Ladislas, auditeur de l'évêque,
« De l'évêque de La Cava San Felice *, Caserta dit qu’en « 1548 et 1549, étant à Trente, il eut une dispute avec « quelqu'un de son bureau qui niait la justification par « la foi seule, opinion qu'il tenait, lui, pour très-véri- « dique : qu'après cette déclaration, comme aussi pour « avoir été le disciple d’un autre luthérien, il l’a, lui, tou- « jours considéré comme un adhérent de la secte.
« Il dit qu'un peu avant les tumultes de Naples il était « allé voir l'évêque de Catane?, accompagné d’une autre « personne qui professait aussi le luthéranisme, et que, « dans leur conversation sur la Sainte Écriture, l’évêque « déclara qu'il professait et croyait les opinions luthé- « riennes; il montra qu'il possédait les sermons de frà « Bernardin de Sienne et le Bienfait du Christ et d'autres « écrits dela main de lhérésiarque Valdès, cton en lut « plusieurs passages en sa présence.
« Caserta, dit de l’évêque d’Ana (?), coadjuteur d’Urbin, « qu'il était grand ami du frère Marco de Tursi, héré- « siarque, lorsque ce dernier habitait le couvent de Sainteb l’archevéque lui-mème furent gravement soupçonnés ; on assurait que ce dernier avait mandé près de lui Ludovic Manna pour enseigner publi quement dans l’église d'Otrante, qu'il entretenait un commerce épistolaire avec Martin Bucer et était l'ami de Valdès, dont il lisait les livres, enfin qu'il avait eu longtemps dans son palais Giannetto, hérétique fieffé qui plus tard s’enfuit à Genève. Cet archevêque ne put obtenir le chapeau par suite de l'opposition du cardinal Caraffa ». Or l'archevêque était à cette époque Pierre Antoine de Capoue, louè par Ughetti pour sa grande doctrine, son érudition et sa probité. Il précha au concile de Frente, où il était fort estimé.
(1) Jean-Thomas San-Felice, qui au concile fut réprimandé par l'évêque de Chironia, puis privé de son office de commissaire , fut expulsé du concile, et enfin emprisonné à Rome, au temps du pape Paul, en même temps que le cardinal Morone, comme nous l'avons dit T. IT. Discours XI des Hérétiques d'Italie et le Concile de Trente.
(2) Nicolas-Marie Carraciolo , personne en grand crédit pres des papes et des souverains.
Augustin de Naples; et qu'un jour, dans une conversation qu'il eut avec lui, il lui avait déclaré qu'il professait et croyait l’article de la justification comme l'enseignait Valdès, à savoir que l’homme se justifie par la foi scule, et que par les œuvres il n'acquiert de mérite qu’en tant qu'elles sont le fruit de la foi.
a Quant à l'archevêque de Sorrente ‘, suivant Caserta il lui aurait dit qu'il suivait les opinions luthériennes, car la voie de Luther était la vraie, et il aurait fait un si grand éloge d'un livre qu'il possédait, intitulé le Sommaire de l’Écriture, que lui-même l'avait acheté de Fascitelli, évêque d'Isola ?, qui, suivant l'abbé de Tursi, professait aussi les opinions luthériennes.
« De l’évêque de Cajazo *, qu'au dire d'Hiéronyme Scanapeco, il était aussì luthérien.
« De l'évêque de Nola *, qu'avant d'occuper son siége actuel il lisait un livre intilulé 2/ Benefizio di Cristo, et en faisait ses délices.
« De l'évêque de Civita di Penna *, Caserta dit qu’au témoignage de l'hérésiarque Apollonius Merenda, ce prélat partageait ses opinions, c’est-à-dire croyait et professait celles de Luther.
« De l'évêque de Policastro *, qu'appelé unjour par lui
(1) Jules Pavesi, de Brescia, de l'ordre des Dominicains, commis-
saire du Saint- Office.
(2) Honorè Fascitello d'Isernia, moine du Mont Cassin, a été loué
pour son mérite littéraire par MS" Della Casa, par Bembo, par Flaminio.
assista au Concile de Trente.
(3) Fabio Mirto.
(4) Antoine Scarampi, Piémontais, de la famille des comtes de Can-
nella. Il assista su Concile.
(3) Jacques Guidi, noble de Volterre, elève de Francois Guichardin. asista aussi au Concile.
{6) Nicolas Francois Missanelli. On prononca contre lui en 1376 une
pour être examiné sur un certain procès, l’évêque lui montra une composition qu’il avait faite sur la question de la justification, où il professait et cnseignait des opinions conformes à celle de Valdès. Caserta ajoutait qu’au témoignage d’un luthérien, aujourd'hui mort, cet évèque, en commentant les épîtres de saint Paul, avait enseigné et préché sur la prédestination les opinions des Luthériens.
« Del'archevèque deReggio ', Caserta etGargano disent qu'avant derecevoir sa dignité actuelle, étantencore dans son couvent, et visité par eux et par d’autres luthériens, il leur déclara qu'il professait et croyait les opinions luthériennes ; qu’une fois, dansun sermon, en traitant de la justification, il conclut qu'il fallait tenir et croire ce qu’enseignait Martin Luther; qu’un jour au moment de sortir, échangeant ses pantoufles contre des souliers, il avait dit: « Laissez mot prendre la justification de mes pieds », et qu’enfin il leur avait montré plusieurs livres luthériens qu’il avait en sa possession. »
sentence de condamnation, comme s'étant rendu suspect de ce chef que plusieurs hérétiques travaillaient ouvertement dans son diocèse. ll fat donc suspendu pour dix ans avec perte de la moitié des revenus de son évéché.
(1) Gaspard Fossa, Calabrais, de l'ordre des Minimes. Il prononça
un discours d'inauguration au Concile de Trente, en 1562, et il y était fort écouté.
(A.) Jean Fabrizio de Coire écrivait à Bullinger le 24 mars 1558, pour lui recommander chaudementle marquis : Rem aggressus est valde difficilem, et cujus simile exemplum apud nostros non exstat, ut is scilicet in civem recipiatur, qui alibi quam apud nostros subsistere cogitur. Wen er sich hatte wollen in Püundten (Bunden, les trois ligues) niederlassen, vare es besser darzu z’reden. D'autres lettres portent des recommandations pour lui et pour son voyage en Valteline, puis în Illyricum, ubi censet se uxorem suam inventuram. &