IV— U
210 BISGOCRS lY.
« peut convenir qu'au Christ seul, et ne peut s^employer oc qu'en parlant de Lui. Que le Seigneur dirige mes « pas, je ne sais vraiment ce que je dois faire. J'apprends
< que Camille f écrit ; réponds-lui avec ta prudence ordi- « naire : c'est la peste de l'Église et un grand hérétique. « On dit qu'il se dispose à quitter Chiavenna : puisse*t-il ce devenir meilleur dans d'autres contrées! Dieu veuille « qu'il emporte avec lui sa peste ! mais je crains qu'il <t ne nous en laisse quelques germes.
< Cette lettre te s^a i^mise par Balthazar Âltieri, ce homme distingué et d'un rare talent : accueille ses ou- « vertures, car je ne puis te donner tous les détaUs dans
< une lettre écrite à la hftte. Q te découvrira ses plans. « Toi, homme de iajA de pnulence, si tu vois que ses « projets soient capables de procurer la gloire du a Christ, prëte-lui le secours de tes conseils et de ton « crédit. Pour moi, quant à ce que j'ai pu comprendre
< avec ma faible intelligence, j'estime que la réalisation <i de ce^ yosax contribuerait puiâsammait à étendre le tt rëgme de TÉvangile du Christ. Mais les chefs ne se préft teront pas facilement & ses désîr$« Portertoi bien dans
< le Christ Jésus» Notre-Seigneur « jÇt prie pour moi. > On prit le ^parti de rassembler un nouveau syinode :
Rhétique. quatre pasteurs , élus par le <!onsîstoire « vinrent aa mois de décembre 1S49 à Chiavenna» où ils reçurent l'hospitalité de François P^staloTza , et, aporès de longues disputes, ils finirent par interdire à Camille l'ens^âgnement et la prédicattcm» s(Ht en particcdier, soit en public ; ils rédigèrent vingt et une 4^ondiusioQs, en conséquence desquelles Camille fut excommunié ^ 6 juillet iSSÛ. Camille rédigea une profession de foi , adressée à Frédéric Salis, q^i au fond est une pure, paraphrase en vers hexamètres de
Confession
LES GRISONS. — LA YALTELINE. 21i
chacun des articles du credo^ et où il dissimule les points sur lesquels il errait (C). Camille écrivit aussi un livre intitulé Errùri,inezie, scandali diAgostino Mainardi dallfSSS e dopo (à partir de 1K35 et des années suivantes), oùilTaccusait de cent vîngt-cînq erreurs. Dans d'autres écrits, il réfute les croyances luthériennes.
A cette occasion, les prédicants proposèrent d'en venir à une discussion publique, même avec le chapitre catholique de Chiavenna qui ne crut pas devoir accepter le déH; Les dissidents pensèrent faire disparaître ces discordes dans le synode de 1533 avec la coopération de Travers, de Bullinger et d'autres, en préparant une ConfessionRhétique» comme on l'avait décidé dans l'assemblée de Chiavenna, pour mettre ainsi un frein aux Itatiens libres-penseurs. Cette Confession débute par les trois symboles (Bcuméni* ques, puis elle passe aux mérites du Christ et à Tunique pouvoir de la sanctification par la foi ; elle rejette l'opinion qui voit en Dieu la cause du mal ; d'après elle, la chair du Christ est au cid, cependant il reste présent dans l'Église : le baptême a été substitué à la circoncision, et dans tous les cas il Ifiatut fuir le nouveau baptême. Chaque année se tiendront deux synodes, où l'assemblée commencera par faire une prière à genoux : le ministre ou le plus ancien lira le psaume 119 en latin et en allemand ; ensuite vindra la profession de foi ; puis, après avoir procédé à l'élection du président , de deux assesseurs et du chancelier, on commencera à traiter les affaires. Sont fours fériés, les dimanches, Noél, Pâques, la Pentecôte; dans chacun de ces jours, on rédtéra lepeUery le symbole et les dix commandements. Le baptême se confère dansTËglise, en excluant te sel , le chrême, la salive, et cela en suivant les liturgies usitées à Zurich ou à Coire; il n'est
212 DISGOUAS lY.
pas nécessaire que les parrains soient connus pour fidèles , pourvu qu'ils soient choisis parmi les membres de la communion; nul curé ne pourra baptiser un enfant à rinsu du père et sans le consentement du magistrat. Pour la communion, on peut employer le pain sans levain; interdiction de la faire dans la maison. Les mariages se célèbrent en public; le divorce est défendu. Nul ne peut abandonner sa communauté. L'excommunication exclut pour toujours de la Cène celui qui en est frappé, à moins que des signes certains d'amendement ne l'y fassent réadmettre.
Telle fut la Confession observée par l'Église Rhétique, et les pasteurs la souscrivaient; néanmoins, lorsqu'en 4559 la Confession Helvétique fut publiée, elle fut adoptée par les Grisons. Mais les réfugiés italiens ne voulm-ent pas s'y conformer; Vergerio, la trouvant en beaucoup dépeints en désaccord avec ses croyances, refusa de la souscrire, et, se rappelant qu'il é,tait évoque, il demanda d'être nommé visiteur de la Rhétie et de la Valteline, se promettant bien de réconcilier les dissidents. Salutz se moquait de lui à ce propos, comme s'il se fût donné trop d'importance : « Le ciel ne tombera t pas,lors même que Vergerio ne « le soutiendrait plus sur ses épaules. Au lieu de propager a l'Ëvangile, il devient un obstacle à sa diffusion, puisque ff les prédicants se chamaillent entre eux, au lieu de c. s'unir tous ensemble contre les Capucins. »
De fait, les Capucins en Valteline combattaient les hérétiques, comme les Dominicains fixés à Horbegno» d'où ils se répandaient partout pour prêcher. Parmi eux, on doit citer surtoutfrère Ange de Grémone,qui ,prêchantà Teglio, excita le peuple jusqu'à lui faire jeter. des pierres à Paul Gaddi et à d'autres tenus de Poscbîavo ; il en résulta
LES GRISONS. — LA YALT£UNS. 2i3
une bagarre dans laquelle furent.Uessés plusieurs bourgeois qui étaient du parti de Gaddi.
Les Grisons avaient grand intérêt à assurer le sort des Éyangéliques dans la Yalteline, surtout depuis que Fabricius avait succédé à Comander comme chef de l'Église Rhétique à Coire. Les prédicants y étaient toujours considérés comme des personnes privées, comme des maîtres enseignant dans les maisons particulières : Hainardi luimême à Chiavenna n'était soutenu que par Hercule Salis et quelques autres, et il faisait ses prêches dans une petite salle de sa maison : on devait observer toutes les anciennes lètes, surtout quand le commissaire du pays se trouvait être un catholique. Mais alors on publia un décret, aux termes duquel les Évangéliques ne seraient plus forcés à chômer d'autres fêtes que celles prescrites par le synode ; on leur attribua le tiers des revenus appartenant à TËglise Saint- Laurent de Chiavenna : on défendit de faire des novices dans les cloîtres ; on assigna à chaque prédicant un traitement annuel de quarante couronnes, qui seraient prélevées sur les revenus des biens sis en Valteline et dépendant de la mense épiscopale de Coire et de l'abbaye de Saint - Abhondio de Côme; dans les endroits qui avaient plusieurs églises, on devait en céder une aux Ëvangéliques.
Chargé de faire exécuter ce décret, Frédéric Salis fut fêté par les Ëvangéliques : nommé commissaire à Chiavenna, il s'adonna de tout son pouvoir à propager leurs croyances. Alors Jean Schenardo, jurisconsulte de Morbegno , présenta une supplique au grand conseil rhétique contre ces prédicants, qui, ayant déserté saint Augustin et saintBenott, réclamentpourleur propre avantage, et non pour celui du Christ. Le véritable évangélique, disait-il, s'en tient à saint Paul, qui défend de rien faire par esprit
214 DISGOUBS lY.
de litige et de revendiquer même son bien propre ; qui veut qu'on supporte les supercheries,, les injures : Tapôtre se glorifiait de n'être à charge à personne; ces hommes, au contraire» les voyez-vous avec de grasses rétributions? Que s'ils ne veulent imiter Paul, qui lui-même imitait le Christ, au moins qu'ils aillent demander leur salaire à ceux pour qui ils combattent, et non à ceux qui sont leurs adversaires. Hais ces déserteurs sont les esclaves de leur ventre, et non du Christ : ils ambitionnent une tout autre existence que celle des apôtres, qui, eux, la passèrent au milieu des sueurs, des travaux, des veilles, avec la faim, le froid, la nudité. Oh! comment osent-ils se dire Ëvangéliques, s'ils abhorrent une vie que tant de Pères du désert ont menée dans les veilles, dans les jeûnes et avec le cilice ! Eh quoi ! Ëvangéliquesceux qui jettent le froc aux orties, tandis que le Christ a proclamé bienheureux ceux qui se mutilent pour le royaume des cieux, et que Paul a préféré le célibat au mariage? Le Christ et les apôtres ont opéré des miracles qui ont fait croire à leur doctrine; les saints, les poptifes se sont signalés soit par des miracles, soit par la ^ patience au milieu des^souffrances ; quant à ces parvenus, ils n'opèrent point de miracles, ils bannissent Taustérité de leur vie ; donc ils ne méritent pasqu'ônajoutefoi à leur doctrine. En outre, il est injuste et illégal de rapporter à une religion ce qui était destiné à une religion toute contraire ; on doit respecter les suffrages des défunts à l'égal des lois et des testaments : ravir ce que d'autres possèdent en vertu d'un juste titre ou par usurpation est une iniquité. Enfin Schenardo concluait à l'abrogation de ces lois, ou tout au moins à ce qu'on les soumit à la s&nction du suffrage universel des habitants de la Valteline. On accueillit sa 'proposition comme on accueille d'or-
LES GRISONS. — lA VALT£U1CE« 215
dinaire celles des] outrecuidants; aussi le décret, malgré la yive opposition qu'il rencontra à Morbegno, fut-il exécuté, et on entreprit rinventaire des biens ecclésiastiques, dans la Yalteline.
Le chevalier Quadrio, médecin de l'empereur Ferdinand, légua sa^ maison de Ponte pour y établir une école tenue par les lésuites : l'empereur prit cette affaire tellement à cœur qu'à la diète de Ratisbonne de 18S8, il en parla amicalement avec le bourgmestre de Coiré, et Canisius, provincial des Jésuites, envoya l'Espagnol Bobadilla avec douze compagnons pour y ouvrir le collège. Les Réformés en furent épouvantés; Fabricius s'y opposa de toutes ses forces, et obtmt en lt(61 une décision de la diète contre cette école.
Augustin Mainardi mourut le 31 juillet 1863, et Ulysse Martinengo écrivit à. Fabricius : « Le matin de sa mort,
< après avoir convoqué les frères, il prononga um discours « excellent, dont la substance Ait que nous devions perce sister dans la doctrine que p^idant vingt années de suite « il avait prèchée; doctrine la plus certaine et la plus sa- « lutaire pour les &mes, parce qu'elle s'appuyait sur la
< pure parole de Dieu. Le lendemain, les anciens de l'É- <c glise le portèrent sur leurs épaules avec les marques de fn la plus profonde tristesse ; car il avait si bien mérité les « sympathies de tous, que ses adversaires eux-mêmes ne € trouvaient pas un reproche à lui adresser. »
Pour le remplacer, on appela le Bergamasque Zanchi , bel esprit qui accepta volontiers, pour se soustraire aux tracasseries que les Luthériens lui faisaient à Strasbourg. Mais^ dans ce nouveau poste, il ne sut pas trouver la paix, parce qu'il manquait d'une force de caractère suffisante pour tenir en respect les émigrés. Simon Fiorillo deNaples,
Mon
de
BlaioardL
Zanchi.
216 DISGOUBS IV»
qui dans rintervalle avait suppléé Mainardi, prétendait maintenant à un droit de préséance sur Zanchi, et reprenait les idées de Camille Renato. En 1564, pour comble de malheur, éclata la peste qui, en peu de semaines, tit périr cent huit personnes, en sorte que le prêche dut se faire en plein air, et chacun apporta avec soi une fiole de vin pour boire à la sainte Gène, afin d'éviter la contagion. Les prêtres catholiques firent preuve comme d'ordinaire de leur héroïsme en assistant les malades , et les ministres évangéliques n'abandonnèrent pas non plus leur poste, à l'exception de Torriano de Piuro. * Lorsque plus tard survinrent Biandrata et Alciat, qui répandirent de nouvelles erreurs sur la Trinité, Zanchi les laissa faire : mais au bout de quatre années il s'en aUa. Il s'arrêta d'abord à Piuro, où il épousa une nommée Lu- . maga, puis il s'enfuit à Heidelberg, où il succéda à Zaccharie Orsino* Lentuio. Chiavenna eut pour pasteur Scipion Lentulo, jadis barbet des Yaudois dans le val d'Angrogna, puis ministre à Hontagna au-dessus de Sondrio. C'est de là qu'il écrivait le 19 octobre 1566 au professeur Wolf à Zurich : c J'ai « presque tous les jours à combattre avec des Italiens , « et, quoique Italien moi aussi, je ne craindrai pas de dire « qu'aucune religion ne leur platt, depuis qu'ils ont comc mencé à prendre en dégoût Isi papisiique. » Il informait Bullinger qu'il étudiait ses écrits théologiques et ceux de Calvin, qu'il avait entendu prêcher à Genève : pendant son séjour dans le val d'Angrogna,[il était tellement surchargé d'affaires, qu'il avait à peine le temps de lire la Bible. Comme il devait prêcher cinq jours par semaine à Chiavenna, il ne lui restait pas de temps pour lire des œuvres étendues comme celles de Luther (3 juin 157^.
Tobie Eglino de Zurich, un des rares disciples de notre TobieBgUno. Giordano Bruno, mattre de qui il parle avec respect dans une dédicace à Jean Salis, était parvenu à être nommé pasteur de Saint-Martin de Coire et administrateur du consistoire rhétique. Lentulo, en lui décrivant l'état où se trouvait l'église de Chiavenna, fait mention d'un nommé Salomon de Piuro, ouvrier forgeron, excommunié depuis dix ans comme arien, qui ne perdait aucune occasion de déclarer qu'il ne croyait pas que le Christ fût Dieu, bien que conçu par le Saint-Esprit. Il mentionne également un Bolonais du nom de Ludovic Fiero, excommunié pour la même cause, qui, revenu récemment de la Moravie, affiche bien davantage ses folles idées; un.forgeron, nommé Henri, qu'on n'a pas encore chassé, bien qu'il ait été dénoncé au préteur comme un des plus scélérats parmi les ana« baptistes ; un nommé Alexis de Trente, infâme anabaptiste ; un Vénitien nommé Jacob, ex-prétre, qui n'assiste jamais au prêche ni à la cène, et qui ne se plaît quli convereer avec des hérétiques : il cite enfin un des neveux de ce dernier ou plutôt son fils, que notre Église a déclaré être un impie et un scélérat, et qui se moque de l'Église. « Il y a « trois ans (poursuit-il), émigra ici un nommé Pierre, qui « se dit Romain, bien qu'à son langage on devine qu'il a est Espagnol ; il a tout d'abord fait une confession sincère , « plus tard il s'est fait connaître comme anabaptiste, et il « répand aux alentours et donne à lire comme des oracles « les livres de Georges Siculo. On range dans cette caté- « gorie François de Bagnacavallo, quî, d*abord bon chré- « tien, retourna, après un certain temps d'absence, pour « déclarer que Christ n'est pas Dieu par nature, mais par « grâce. Ajoutons à cette liste, Jean de Modène, vilain « homme, qui ne cesse de corner aux oreilles de tous que
218 DISGOUBS IY«
c les régénérés ne peuvent pécher. Qae dirai-je de ceux c qui ne veulent pas soutenir la Confession Rhétique, ni « être interrogés par les ministres sur leur foi? Ne vont-ils « pas jusqu'à bl&mer tout le gouvernement ecclésiastique « et la discipline? Ils leur ressemblent de bien près, ceux « qui favorisent ces imposteurs, et ceux qui les soutiennent c comme des frères bien-aimés. Faites donc en sorte, i c mes frères, que les illustrissimes seigneurs donnent For- « dre à notre préteur de chasser tous ces personnages du « territoire de Chiavenna» » (7 novembre 1S69.) Lentulo renouvelait ses instances au mois de mai suivant, à rapproche de la réunion du synode.
Déjà Zanchi avait prié Bullinger de n'admettre aucun réfugié, à moins qu'il n'eût préalablement fait sa profession de foi sur la nature de Dieu, sur le péché originel, sur les mérites satisfactoires du Christ, et sur la condition future des âmes : autrement, disait-il^ si l'Espagne a engendré la poule, l'Italie fera éclore les œufs, car déjà on entend les poussins piauler. Eglino en effet exposa les périls qui résultaient pour les églises de Coire et de Chiavenna de la présence des Anabaptistes; aussi on rendit un décret qui ordonnait à toute personne de se déclarer ou catholique, ou adhérant à la Confession Rhétique, sous peine d'être expulsée (27 juin 1570), et de se munir pour prêcher d'une licence, soit auprès de l'évêque de Côme, soit près du Consistoire rhétique.
Quereues Lcs dissidcuts firent grand tapage à propos de ce décret,
cntre<le8 ... «i .
hérésiar- prmcipalement Torriano, ministre à Piuro, -et quelques
ques. » k 1 T
autres de la Pregalia et de la Valteline ; ils le comparèrent aux décrets de l'Inquisition romaine. Barthélémy Silvio, ministre à Traona, et le médecin Marcel Squarcialupo, écrivirent contre ce décret. Lentulo leur répliqua par une Res-
LES GEISONS. — Lk YALTEUNE. 219
ponsio orthodoxa pro edMo ilL Z>« Z). trium fœderum Bh3B^ tiœ adversus hxreticos e( alias ecelesiarum rheeiiearum per^ turbatores promulgata, in qua de mctgistratm cmcthorUate et officio in coercendis hareticis ex verbo Dei dispuiaiur. Alexandre CitoUao, réfugié d'Italie chez les Grisons» puis en Angleterre, avait placé, au-dessous de Fétendard rhétique qui était peint sur le mur selon l'usage du pays, les vers suivants :
Fortiajigna simul connectunt artnipotentes Tergeminos populos sodali fœdere junctos Solamen profugis. Felices vivite semper.
Squarcîalupo les effaça, et les remplaça par ceux-ci ;
Est liber Ckrisius et RAœtia, liber ethospes : Esteprocul vulpes : dura catena vole*
Eglino lui répliqua :
Est liber Christus et Rhœtia, liber et hospes , SecTgrave servitium prodit ab hceretieis.
CcUcatur Christus, non hospes ab hospite tutus : Rhaste, volens liber vivere, pelle lupos.
Allusion au nom ce docteur. Torriano , Camille et Silvio souscrivirent ] la formule, disposés qu'ils étaient à la violer, et sûrs d'avance d'ac heter l'impunité à deniers comptants; mais le décret fut appliqué à un nommé Christophe, maître d'école à Sondrio. Les martyrologes des Anabaptistes contiennent une longue liste des victimes de ces persécutions.
La question du droit de punir les hérétiques fut discutée avec acrimonie au synode de Coire, en'juin 1571. Tobie
Eglino soutenait TafOrmative; Jean Gantner» anabaptiste, tenait pour la] négative. Les Italiens s'y présentèrent. Citons parmi eux, Torriano, qui à Piuro recevait à la communion ceux que Lentulus excommuniait à Chiavenna ; Nicolas Camulio, un négociant des plus riches qui leur donnait l'hospitalité à Piuro même; Léiius Socin^ un Sadolety omnes perversihamines (dit le procès-verbal), entourés d'une quantité d*amis, et patronnés par le médecin Bellino qui garantissait leur sécurité. Le père Jules de Milan, curé de Téglise de Poschiavo, apporta des lettres de Camulio à Torriano, interceptées par les Italiens, lettres où il qualifiait Jes ministres évangéliques de vieux et nouveaux renards, de nouveaux Pharisiens, d'honmies de sang, de papes de Tantechrist, de bourreaux : il y déplorait Texil d'Ochin et son expulsion de Zurich, il proposait le moyen de le mettre en sûreté à Piuro; il qualifiait Camille Socin d'homme honnête et pieux, qui savait résister aux nouveaux Pharisiens ; il témoignait sa sympathie pour les hérétiques Betti et Dario ; il louait la longue familiarité avec l'école de Sienne, et déplorait la mort de Castalion, qu'il appelait un éminent chrétien*. Camulio s'excusa comme étant peu habitué aux subtilités de la théologie ; il avoua qu'il s'était montré trop large envers les réfugiés, mais par pure compassion ; d*un autre côté, il soutenait que personne ne consentirait à souffrir des actes de violence contre sa conscience, et que dès lors ceux qui partageaient son opinion ne pouvaient violenter la conscience d'autrui ; on ajoutait que, d'ailleurs , on ne
(1) L'œuvre principale du Savoyard Castalion est la traduction latine et française delà sainte Écriture. Calvin Teut en amitié, puis il lui prodigua des injures à raison de ses idées sur la prédestination , et parce qu'il avait blâmé la punition des hérétiques.
discutait pas sur des matières essentielles au salut, mais pour décider si le magistrat a le pouvoir de punir les hérétiques. On lui fit tant de menaces qu'il perdit courage : tous ces Italiens furent frappés de censure; néanmoins ils prirent tant de ménagement qu'ils obtinrent de rester dans le pays, et même de conserver leurs traitements.
Mino Celsi de Sienne écrivait en 1572 : c M'étant arra- persécutions. « ché il y a;trois ans des^ mains de l'antechrist, et fatigué « du long voyage et des dangers que j'avais courus, avant « d'aborder comme à un port aux Alpes Rhétiques , je « croyais (comme on le croit entre nous autres frères d*I- « talie) que les églises, qu'à bon droit on nomme réfortt mées, étaient liées entre elles par un accord indisso- « luble et par l'unité de doctrines. Tout au contraire, mon
< esprit a été vivement affecté, lorsque je découvris que ,
< malgré l'assentiment unanime avec lequel elles consic dèrent.le pape comme le vrai antechrist, et la messe « comme une idolâtrie pire que toutes celles de l'antiquité ;
< malgré qu'elles soient toutes unanimes pour reconnaître « que les hommes sont justilSés non par leurs propres c œuvres , mais par la foi en Christ ; que le purgatoire est « la boutique du pape ; qu'il y a deux sacrements et non « pas sept, et autres articles pieux et saints, elles sont c en désaccord sur beaucoup d'autres points. Et, comme c chacun tient sa foi pour vraie et orthodoxe , si l'on adc met la persécution des hérétiques, il s'ensuit nécessaic rement que chacun a le droit de persécuter son frère c dissident, et qu'il peut avoir recours soit au fer, soit au c feu, soit à l'eau pour s'en débarrasser, et alors on ne
< voit plus de limites dans les supplices. »
Plus tard, la controvarse sur la prédestination s'envenima bien davantage. C'est ainsi qu'Alciat et Biandrata,
222 DISCOURS lY.
qui revenaient en Valtdine pour confirmer leurs coreliligionnaires dans la foi» en fiirent bannis; Fabrieius Pestalozza , qui professait les mêmes opinions ariennes, fut obligé de les rétracter en 1595; quant aux autres partisans de TÀrianismc, ou ils se convertirent , ou ils gardèrent le silence.
Après la crédulité, un autre mal qui torture les révolutionnaires » c'est la peur. En conséqnence , ils demandent des persécutions et des procès» et» si par ces moyens ils ne réussissent pas légalement à trouver des accusés et à les punir, ils taxent les magistrats de connivence. On publiait à son de trompe que les Dominicains de Morbegno espionnaient tout» pour ensuite tout dénoncer au Saint-Office : partout on opérait des arrestations aux frontières» et on répétait que dans les capuchons des moines on avait trouvé des .'papiers compromettants» quoiqu'on ne pût les exhiber au cours de la procédure. Augustin Mainardi» dont on vantait la modération , mandait au célèbre Fabrieius : c 11 est de mon devoir de vous € écrire» bien qu'à contre-cœur : aussi je vous prie c de vous souvenir autant que possible de ce que j'écris» « mais ne montrez la lettre à personne » parce que « le sujet ti^ité est odieux. Avant-hier» le commissaire « arrête Vincent Stampa de Chiavenna» ennemi juré des c Ëvangéliques» et intime ami de ce ribaud dé Dominicain ff qui fut absous et renvoyé par le podestat de Tirano ' « sans en(!0urir la moindre punition. Vincent connaissait « tous ses secrets^ et une fois il lui échappa de dire que « ce podestat brûlait du déâr de se lav^ les mains dans c le sang des Luthériens. On croit généralement ici qu'il « envoie un espion ji rinquisriîon pour la mettre au « courant de tout ce qui se fait. Je veux que vous en
« soyez averti , afin que, de concert avec les Seigneurs, ff TOUS preniez tos mesures pour qu'il n'échappe pas. c J'écrirai aussi au commissaire pour qu'il le force à con* € fesser la vérité, à manifester les machinations ourdies €c contre les fidèles du Christ, les conseils des prophètes « de Baal (j'entends parler des Dominicains)^ et des « autres qui sont les ennemis nonnseulement de TJËvan- « gile , mais aussi ceux de nos Seigneurs. Le podestat € est l'unique coryphée par qui on poura tout savoir, ff bien mieux que par tout autre, quel qu'il soit; qu'on le « tienne en prison , et qu'on ne le laisse pas échapper. Je c crois que , si on en vient & le forcer de dire la vérité c contre les Dominicains, il en dira tant et tant qu'ils
c seront diassés^ et à bon droit, parles Seigneurs Ce
ft que j'écris, je le répète encore, c'est bien malgré « moi, car je ne voudrais nuire à personne* ».
Peu de temps après, il se plaignait de ce que le pré-, teur ne voulait rendre de sentoices qu'après avoir ouï le conseil des Seigneurs des Grisons.
Et Tobie EglinO écrit à Bullinger : « Il est bien certain
< que beaucoup» de moines , émissaires payés avec l'or « du pontife, rôd^t à Chiavenna, à Piurç^ et dans les € environs, pour être à l'affût des résolutions prises
< par les Grisons], et, qu'assaillant un à un nos coreli- « gionnaires, ib cherchent à les arracher à la vraie re- « ligîon soit par force, soit par crainte, soit par des ré- « compenses. Si jamais l'Inquisition espagnole a sévi « dans toute sa fureur, c'est bienmaintenant* Il n'est pres- « que pas de marchands qui soient en sûreté à Milan, « où les suspects sont massacres avec une atroce cruauté,
(1) De Porta dite cette lettre comme toute k la louange de Mainardi, veridicultan et Ubetùkm,
« ou envoyés aux galères» ou retenus prisonniers dans « leurs propres maisons, s'ils sont nobles. Derniëreinent, < un Vénitien nommé Jacques Serravallense, qui avait c professé TÉvangile à Ghiavenna, et qui se rendait pour « afbires en Italie, fut arrêté à Grema, et, avec beaucoup « de mauvais traitements^ les mains liées derrière le dos « connue un grand criminel, conduit à Venise, et là con- « damné aux galères, ou, comme d'autres Vont dit, préci- « pité dans la mer. Bologne nous offre le spectacle d'une « pareille boucherie, et pis encore; on y donne la mort, «on charge de chaînes^ on y torture grands et petits, ff A Piuro, est arrivé un moine, qui, plein de confiance « dans la bienveillance des habitants papistes et dans la « libéralité du pontife, écrivit des lettres perfides aux A termes desquelles , d'accord avec les gens les plus ver* « tueux de l'endroit , il aurait soi-disant reçu le pouvoir « de sévir contre les prédicants et contre les Évangéli- « ques. Il voulut les porter à Rome, afin que le pape vit les c pouvoirs à lui accordés, et lui prodiguât de l'argent « pour corrompre d'autres chrétiens. Mais, les consuls de « Tendroit n'ayant pas voulu ai^ser leur signature à « cette prière, rafbire vint aux oreilles du pasteur du pays ; c le moine fut jeté en prison, et on lui infligea une a amende de deux cents coronats. » (29 décembre 4567.) Et on ajoutait foi à de pareilles dénonciations ! Mais Faccusation était lancée : si les deux espions avaient pris la fuite, la faute en était au préteur. qui avait été acheté : on accumulait ainsi sur eux toutes les infamies possibles ; à force de les répéter, elles devenaient incontestables^ et on expédiait au sénat de Milan un envoyé chargé de porter plainte et de réclamer une satisfaction. Mais celui-ci, ainsi que le gouverneur, demandait des preu-
LES GRISONS. — LA YALTEimE. 925
ves ; on assurait que l'affaire regardait uniquement l'Inquisition ; on présentait alors les plaintes à la diète » et celle-ci se laissait acheter avec Por de Rome, avec les balivernes des moines , avec des décorations de chevalier. Ne sont-ce pas là des arguments qui se reproduisent tous les jours?
Nous ne voulons pas dire pourtant que les Catholiques Réaction
des
aient épargné leurs efforts pour sauver la Valteline cauiouques. de l'hérésie; or, comme selon le droit commun du temps l'hérétique était un ennemi public, on recourait à tous les expédients admis par le droit de la guerre, et on allait jusqu'à arrêter les marchandises d'hérétiques qui arrivaient en Lombardie , à s'emparer de leur personne chaque fois que cela était possible, et à interdire sous les peines les plus sévères de les héberger *. On surveillait davantage les prêtres et les moines apostats, on faisait en sorte de les arrêter et de les consigner au Saint-Office. Parmi eux était François Cellario délia Chiarella , fils de Galéas, jadis Mineur observantin. Poursuivi par le Saint-Office à Pavie, il avait été renvoyé lé 1*' mai dSS7 , et on s'était contenté de lui imposer quelques pénitences. Mais il ne tarda pas à être dénoncé
(1) Nous possédons ce curieux décret :
€ Par ordre du révérendissime Frédéric Corner, évéque de Bergame, et du révérend Aurèle Odasio des Frères Prêcheurs, inquisiteur de la yille et du district de Bergame, on intime aux magnifiques chevaliers Jérôme et M. Antoine, frères de N. S. Antoine de Crumello, et à la M. Signera Medea, leur mère, d'avoir, dans les trois jours qui suivront cette intimation k eux faite, et sous la peine de Texcommunication et d'une amende de cinq cents sequins à percevoir aux dépens des contrevenants, ladite amende applicable à la fabrique du Saint- Office, d'avoir à renvoyer de leurs maisons le sieur Hercule Salis, qui demeure chez eux depuis quelques jours, et^ce, povu* des raisons urgentes, etc. Bergame, du palais épiscopal, le î8 avril 1572. »
comme ayant cbez lui et propageant des livres entachés d'hérésie» comme imbu de fausses opinions et ardent à les prêcher. Par suite, on le mit en prison, et il confessa qu'il avait loué publiquement Bucer, Calvin, Ochin et autres hérétiques de même trempe. Étant parvenu à s'échapper, il se réfugia chez les Grisons, et se maria. Il enseignait qu'il n'y a point de purgatoire , que le mariage n'est point un sacrement et qu'il n'est point interdit aux prêtres ; que le corps du Christ ne réside dans l'eucharistie que d'une manière idéale ; qu'à Dieu seul on doit faire la confession de ses péchés ; qu'on ne doit pas vénérer les images des saints ; que Pierre n'a pas été supérieur aux autres apôtres, et que le pape ne Test pas davantage aux autres évêques. Non content de prêcher à Morbegno , Cellario parfois poussait en cachette jusqu'à Mantoue, en sorte qu'on tendit des embûches pour le prendre. Il était allé en 4858 au synode de Zutz dans la haute ;Engadine : le passage de la Bemina se trouvant intercepté par les neiges, il s'en retournait par Chiavenna^ en traversant cette langue de territoire, dite Plaine de Colico, qui touche au Milanais. Là , on avait aposté des gens chargés de le capturer : il fut arrêté au passage de l'Adda, et envoyé à Plaisance, d'où le duc Octave Farnèse tint à honneur de le faire transférer à Rome, où, après lin procès en règle, il fut consigné le 20 mai 1569 au bras séculier, en la double qualité d'apostat et de relaps. Les Grisons, sous prétexte d'une violation du droit public, firent grand bruit, et envoyèrent notes sur notes à Albuquerque à Milan , et aux autres chefs des gouvernements d'Italie; mais, pour toute réponse, on leur dit que le pape avait le droit de faire arrêter les hérétiques. Les Seigneurs Grisons publièrent un ban contre l'inquisiteur frère
Pierre-Ânge de Crémone , aux termes duquel on promettait une récompense à celui qui se saisirait de lui ou d'un de ses compagnons, et le livrerait aux magistrats*
Plus tard Laurent Soncini^ qui prêchait àChiavenna, fut pris de la même manière, et envoyé à Tlnquisition. Les ëvëques de Coire , eux aussi , veillaient à la conservation du catholicisme. Thomas Planta ayant été préféré pour ce siège à André Salis, les haines entre les deux familles rivales s'envenimèrent ; on reprocha à Planta de manger gras même les jours de jeûne, de ne pas dire la messe , et de boiter dans la foi , comme il boitait sur ses jambes. Les accusations furent portées devant Tlnquisition, et frère Michel Ghislieri procéda contre lui. î^Planta se justifia : à dater de ce moment, il redoubla de zèle, et partant s'attira la haine *des Évangéliques, avec qui il ne cessa plus d'être en lutte.
On était à l'époque où le Concile de Trente poussait ses Aicbmationt travaux avec beaucoup plus de vigueur : aussi avait-on, en s. Charles. 1561, envoyé dans les Grisons Bernardin Bianchi, prévôt de Sainte-Marie délia Scala de Milan avec le noble Mila- . nais Jean-Ange Rizzi , secrétaire royal , qui tous deux à la diète dé Coire eurent maille à partir avec les commissaires de cette'diète, parce qu'en Valteline et à Cbiavenna on donnait asile aux émigrés, sans examiner préalablement ni leurs mœurs ni leur conduite , et uniquement parce qu'ils se montraient les ennemis de la foi catholique. Les deux envoyés exposèrent à la diète bien d'autres griefs : ils se plaignaient, par exemple , qu'on obligeât les fidèles à partager les bénéfices avec les ministres hérétiques, ce qui les aidait à propager des interprétations de. l'Évangile contraires à celles des Pères et des Conciles œcuméniques, et que d'autre part on contraignît les pré-
2^28 DISCOURS lY.
dîcateurs catholiques à donner caution pour leurs faits et gestes; qu'on eût interdit l'érection d'églises et de couvents, et qu'on eût blâmé Quadrio d'avoir; fondé le collège des Jésuites à Ponte. Us déploraient en outre qu'à Poschiavo on tolérât l'imprimerie Landolfi , dont les ouvrages étaient très-hostiles au siège romain*; qu'on entravât l'évoque de Côme dans l'exercice de sa juridiction et qu'on exigeât même de lui l'abandon de ses droits de cens et de ses canons; qu'on eût ordonné à toutes les paroisses de choisir leur curé d'après leur bon plaisir, sans demander la bulle ou Fapprobation à Rome ; et qu'enfin , lorsqu'un bref était venu de Rome , on ne le publiât pas sans le consentement des trois Ligues.
On souleva l'indignation populaire contre ces envoyés, sous prétexte qu'ils attentaient à la liberté rfu pays, et Pierre-Paul Vergerio vint exprès du Wurtemberg pour leur faire de l'opposition, La diète s'assembla, et on y donna des réponses évasives, comme celles-ci : on ne laisserait sortir de l'imprimerie de Poschiavo ni livre hostile au saint-siége, ni pamphlets contre le pape ; on ne disputerait à l'évoque de Côme aucun point de sa juridiction ; on n'avait commis aucune injustice dans les dispositions prises relativement au couvent de Morbegno et au collège de Ponte : quant aux instances faites par Blanchi pour l'envoi de légats au Concile de Trente , on y répondit par une fin de non-recevoir catégorique, ce qui fut un grand triomphe pour Vergerio. II arriva même qu'en 1583, dans l'assemblée de Chiavenna, les chefs
(i) Entre autres, il était sorti de cette imprimerie le livre de Mestrezat, Sur la communion de Jésus-Christ dans la Sainle-Cènef traduit par Vincent Parravicini de Côme.
delà République sanctionnèrent un décret, aux termes duquel, lorsqu'il y aurait dans un village trois familles appartenant au culte réformé , on y entretiendrait à frais communs un ministre, qui aurait le droit d'user des églises « construites par les ancêtres pour Tusage de leurs descendants »•
Nous ayons déjà signalé combien saint Charles avait fait d'efforts pour défendre la cause catholique chez les Grisons et en Valteline : il y expédiait des catéchismes; il avait cherché à en faire éloigner les apostats, à faire ouvrir des écoles catholiques , mais il obtint peu de résultats ; on avait même renouvelé Tordre qui interdisait de prêcher à quiconque ne s'était pas muni de l'approbation du synode *. Volpi, évêque de Côme, qui avait été envoyé à la diète de Baden pour prendre la défense des intérêts catholiques près des seigneurs Suisses, invita le cardinal Borromée à visiter la Valteline. En effet, l'archevêque de Milan, se trouvant dans le Yalcamonica, passa les Zapelli d'Aprica, et vint en pèlerinage au célèbre sanctuaire de la Madone de Tirano « pour enflamtt mer (écrit-il), autant qu'il dépendra de lui, les ortho- « doxes de cette vallée; car ils sont pour ainsi dire a étouffés sous le joug intolérable des hérétiques, et les « rapports quotidiens qu'ils ont avec les ennemis de notre
^(i) n existe aux archives de rarchevéchê de Milan une lettre da curé de Morbegno, Pierre Garati, en date du 3 octobre 1571, adressée au cardinal Borromée, où il lui dit que , « taudis qu'il y a ud prédicateur luthérien pour les étrangers réfugiés, qui pourtant sont peu nombreux, » il y a douze ans que lui est curé de Morbegno, et qu'il &y est toujours maintenu ; mais que maintenant il craint de, ne pou- Yoir plus y rester, attendu la [grande disette par suite de laquelle il n'a plus assez pour vivre et secourir les pauvres nombreux qui viennent frapper à sa porte. Aussi supplie-t-il le cardinal de lui obtenir de l'État quelques charges defiroment avec exemption des droits, »
230 DISGOUBS IV.
c foi leur font courir le péril de la contagion. J*y ai < prêché pour donner quelques consolations à ce peuple, c qui souhaitait ardemment entendre mayoix, et je l'ai « fait bien volontiers ^ avec la permission de l'évèque de c C6me».
Le même saint appuya vigoureusement Pusterla^ archiprêtre de Sondrio , dans l'opposition qu'il fit à l'établissement dans ce pays d'un collège sous la direction de Raphaël, fils de Tobie Eglino. Il en résulta une véritable émeute» et beaucoup d'habitants furent poursuivis et bannis, parmi lesquels Pusterla luinnèroe, mais pourtant le collège ne put être ouvert. Saint Charles obtint des Cantons catholiques de la Suisse l'envoi de dépntés à la diète des Grisons pour sauvegarder les intérêts des habitants othodoxes de la Valteline. Après le voyage danslaUesoIcina, que nous avons décrit (tom. III, pag. 618), saint Charles eût désiré avec ardeur de pouvoir descendre dans la Valteline, mais la permission lui en fut refusée *.
Nous avons dit ci-dessus que, lorsque la constitution est en péril, les Grisons établissent un tribunal spécial (Straffgericht)r composé déjuges choisis par les communes, revêtus d'un pouvoir dictatorial. Ils l'érigèrent alors pour
(1) En 1584, Grégoire XIU recommandait chaudement aux €an(ons catholiques les affaires de la Valteline. Aecepimus eonari caiholicœ eecletiœ hostes SênârH ktBntêearum scholas et eoUegia eoiuHItcere, Jamqne hac de eauia Ugaios mUUse, Ohsistttet rogamus, tanto studio quantum vMus poUketur^ qaantumque ChH$ti causa exposcit : nihU aicdebuntf vobis invieiiSj mottri ; vos vero ad M«i laudem, quam in vaUe Mesolcina retulisiiSf haw quoque maximam adjicUtis.'Tota dmïque taUe Tellina, Clavennaf cœterisque locis quibus patestiSy catkolicœ religUmU caihoHcommquél hominum cansam suseipHe^ etc., 28 avril; et ce pape leur fit une nouvelle exhortation à la date du 39 novembre suivant. (Voir Theikkr.)
découYiir et châtier ceax qui avaient favorisé la venue de Borromée , à qui ils attribuaient de secrètes menées politiques y et cela d'autant plus qu'il était neveu de Jean- Jacques Medeghino, qui avait fait une guerre si implacable aux Grisons, et tenté de leur enlever la Yalteline. Un habitant delà Mesolcina, Jérôme Burgo, confessa au tribunal, au plus fort de la torture, qu'il avait reçu de Borromée de l'argent et du blé à distribuer aux meneurs, nomma les complices , et fit tous les aveux qu'on réclama de lui.
Il est certain que sur ces entrefaites les habitants de la Yalteline faisaient parvenir au cardinal Borromée des plaintes et des réclamations contre les abus de leurs maîtres, et ils préparèrent un soulèvement avec Faide des gouverneurs de Milan ^ qui ne purent jamais se résigner à la perte de cette importante vallée. Le gouverneur Don Ferrante Gonzague avait déjà intrigué à cette fin même avec l'évêque Vei^erio , mais en vain*. Une lettre de Borromée, écrite en 1884, nous fait voir clairement que l'affaire fut encore discutée plus tard, et que l'archevêque de Milan se laissait influencer par son désir de servir les intérêts de la religion ; il négociait en ce sens avec l'ambassadeur de France, et se tenait près des frontières de la Yalteline pour accourir au premier mouvement ; cependant il protestait toujours « qu'il ne voulait pas , pour venir au secours de ces populations, avoir recours à d'autres moyens qu'aux moyens spirituels (D) ».
Yers la même époque, un certain Renaud Tettone, riche négociant milanais, avait mal conduit ses affaireSi et, comme un homme qui n'avait plus rien à perdre, s'était mis à la tête d'une bande de bravaches, métier qui ne
(1) Voir la lettre de Vergerio, du 21 ayril 1550, et GossBtrao, Vitadel Gonzaga, f. 92.
232 DISCOURS ly.
déshonorait alors que ceux qui ne réussissaient pas. Il s'anima au cours de Tentreprise : il médita donc d'envahir la Valteline et de la mettre à sac; et, pour couvrir d'un prétexte honnête sa scélératesse, comme il arrive souvent, il fit courir le bruit qu'il y allait pour rehausser le prestige de la sainte religion catholique et qu'il opérait d'accord avec le gouverneur Terranova, avec le cardinal Borroihée, avec le pape Grégoire. Il se mit effectivement en roule; mais Parravicino, gouverneur de Côme, ne perQiit pas à cette canaille d'entrer en ville, et la repoussa par la force avec l'aide des milices bourgeoises, envoyant au supplice tous ceux des gens de Tettone qu'il put saisir. L'entreprise à vau-l'eau, le gouverneur de Milan changea d'attitude, et Tettone fut envoyé aux galères (E). Les Grisons en firent un grand grief, et poursuivirent beaucoup de personnes, sans vérifier les faits de chacun; mais, à dater de ce moment, ils traitèrent le cardinal de factieux et de brigand.
Celui-ci était mort, l'année auparavant , au moment Gathcirqaei même, dit Calaudrino, où il se préparait à mettre au jour
et des %
Réformés. S OU Criminel dessein * ; or la lettre citée le montre mnocent de tous ces manèges, mais nous fait voir qu'il ne les ignorait pas : en outre Ripamonti et Ballarino^ attestent qu'il était d'accord avec l'Espagne pour seconder la conspiration : aussi son nom resta-t-il comme un épouvantail
Luttes des
(1) Disp, Tirait., pag. 75.
(2) Ripamonti, Uist, Mediol,; Ballarino, Felici suecesH de* Catto^ lici in Valtellina.
« Le pape Grégoire, mû par son zèle et pris de compassion , persuada, par Tentremise du cardinal saint Charles, en 1584, à Charles de Terranova de surprendre la Valteline, et certainement ce projet aurait reçu son exécution, si dans Tintervalle ie susdit cardinal n'était venu à mourir.» (Manuscrit existant aux archives'de Tévéché de Côme.)
LES GBISONS. — U VALTEUNE. 233
aux yeux des hétérodoxes, et, à dater de ce moment, quiconque essayait de leur résister appartenait , comme ils disaient, à la ligue Borromée ; de nos jours, on dirait à la Congrégation, à la compagnie des Jésuites, à la société de Saint-Vincent de Paul. Les cliefs étaient Jean Odescalchi, évêque d'Alexandrie, et Jean-Pierre Negri, dominicain.
Les dissidents ne cessaient point d'appuyer leurs coreligionnaires et de desservir les Catholiques. Dans les statuts de la Valteline, imprimés en 1549, on en avait, paratt-il, glissé quelques-uns en faveur des premiers; on mit toute espèce d'obstacles au jubilé de 1575 ;. et, en 4585, toutes les bannières des Grisons, se trouvant réunies à ChJavenna, sanctionnèrent de nouveau la liberté entière de religion , ce qui alors , comme en bien d'autres occasions, signifia persécution de la religion catholique. Us ne voulaient point admettre sur leur territoire de moines étrangers, pas même pour la prédication du carême; et par-dessus tout ils ne pouvaient souffrir qu'on priât pour l'extirpation des hérésies, si on ne déclarait pas exclue de cette dénomination la religion professée par les Seigneurs de la Rhétie; ils ne pouvaient tolérer, disaient-ils, qu'on fit des prières contre leurs propres maîtres. On assignait un traitement aux prédicants réformés (F) ; les revenus de la cure de Sainte-Ursule de Teglio étaient déjà , depuis plusieurs années, appliqués à maintenir le prédicant de l'endroit, qui était soutenu par la famille Guicciardi. Cette situation ayant fait naître une opposition à laquelle les partis se mêlèrent, on prétendit que l'honorable citoyen Thomas Planta avait été gagné par For de l'Espagne : on lui fit son procès, et il fut condamné à mort.
Broccardo Borrone de Busseto, Parmesan, en faisant '^^j^ne!' ses études à Padoue, connut les écrits de Calvin , et leur
lecture le pervertit; n vint en lî^2 en Valteline ; et, grâce àja recommandation d' André Rainelli, médecin et pro* fesseur dans le pays des Grisons, on le nomma prédicant et matire d*école à Traona, d'où, en 1806, il fat transféré à Chiavenna en qualité de chancelier de Jean Planta. Accusé de s'être enfui d'Italie , non pour cause ie religion , mais comme coupable de turpitudes , et pour avoir plusieurs fois manifesté le désir de rentrer dans le sein de TÉglise catholique, si le pape lui pardonnait, auquel cas il chercherait à faire tomber aux mains de l'Inquisition quelques prédicants , il fut soumis à la torture la plus rigoureuse : il ne fit aucun aveu , et on le renvoya en lui faisant payer la somme de cent cinquante coronats pour les frais du procès; en outre, la diète le bannit de tout le pays, dans la crainte qu'il ne méditât de se venger. Pendant son court séjour en Rhétie, Borrone avait profité de sa position pour recueillir de curieuses notices : ea effet, en 1601, un nommé Georges Pini de Traona écrivit de Rome que Borrone s'y trouvait alors, et qu'il avait fait un livre où il décrivait le pays et ses habitants : tout aussitôt on diereha à se procurer ce livre , puis on mit sa tête à prix, mais on ne trouva personne qui voulût gagner la récompense promise. En réalité, c'était pour faire de l'argent que Borrone avait écrit ce petit livre, dont nous extrayons seulement quelques passages concernant les pays italiens, à propos desquels il s'exprime ainsi : « Autour « du lac de Côme sont les paroisses catholiques de No- « vato, Campo, Samolaco, Gardona, qui n'ont pas d'hé- « rétiques, tant a prévalu l'exemple des voisins. Tout le « val San-Giacomo, qu'on traverse pour aller à Coire, est « entièrement catholique. Le comté de Chiavenna ren- « ferme quinze paroisses, toutes munies de prêtres ca-
< tholiques : il y a des ministres hérétiques à Chiavenna» a à Piuro, à Pontilio, à Mese; ce sont tous apostats venus c d'Italie. Sur cinq mlDe habitants , il y en a huit cents « d'hérétiques; mille sont en état de porter les armes^ « et sur ce nombre il y a au plus cent hérétiques. Il « ne serait pas difficile de purger le pays de l'hérésie »
< car il n'y manque point de gens de cœur, qui n'atten-
< dent que l'occasion.
« A la sortie de l'Adda, on aperçoit les restes d'une €c tour, où Jean-Jacques Medeghino avait établi un camp « pour empêcher les Grisons d'entrer : il conviendrait de « la rétablir.
< Il y a en Yalteline soixante-cinq paroisses, dont cha- « cune a son curé ; mais il faudrait qu'elles fussent visitées^ « car elles renferment un grand nombre de contumaces
< et de réfugiés italiens non munis de leur dimissoire. 11 «c n'est pas d'endroit qui soit tout entier à l'hérésie ; au « contraire, il en eîst qui n'ont pas même un hérétique ;
< les ministres sont à peine au nombre de douze, tous « apostats italiens, et, si on savait s'y prendre, on pour- « rait, je crois, en peu de temps purger du calvinisme la « vallée. Sur vingt-*cinq mille habitants, à peine un « dixième a embrassé la Réforme : quatre mille sont c inscrits à la milice, et sur ce nombre il y a huit cents c hérétiques. Mais il faut avouer que parmi ceux de ce « parti sont les principaux et les plus riches habitants,
< non-seulement de la Yalteline, mais de tous les Grisons. « Les natifs abhoirent leurs maîtres , et à l'occasion ils « s'en débarrasseraient volontiers. Il ne serait pas difficile % de les acheter, d'autant plus qu'en Rhétie aucun se- « cours des confédérés ne pourrait entrer sans pénétrer à t travers des défilés fort étroits qui sont en possession des
236 DISCOURS lY.
« Catholiques , tandis que les passages sont ouverts aux < Catholiques italiens et allemands. »
Ici Fauteur décrit la politique et la misère des Grisons, puis il donne des renseignements sur les p asteurs évangéliques de la Valteline.
€ Nicolas de Milan, ex-Franciscain, est venu, il y a trois « ans , à Chiavenna, où il enseigne le catéchisme héré- « tique ; il y a épousé une pauvre femme, dont les mœurs «t l'ont dégoûté , et il en a eu des enfants qu'il a peine à « élever. Il ne se loue pas de son église, parce qu'elle lui « a préféré Octave Mei de Lacques. Mécontent comme il « est, il me semble qu'on pourrait facilement le gagner « par des promesses.
« Ce Mei, bien que né et élevé dans l'hérésie, est jeune, « célibataire, de bonne famille ; il possède le latin, le grec, « rhébreu, une teinture desbeaux-arts, et a de la faconde. « En lui faisant de belles promesses, on pourrait l'amener « à notre Eglise, ou bien s'emparer de sa personne, là, « près du lac, où. il aime k pêcher.
« Michel Acrutiense, jadis doyen dans la Rhétie, puis « apostat, est ministre à Piuro : il est âgé de soixante ans, « suffisamment instruit, mais pauvre, à la tête d'une petite « église jouissant de maigres revenus ; bafoué, parce qu'il « a épousé une jeune femme.
« Thomas Capella de Gênes, jadis carme, est maintenant a ministre à Poncila; il a bien près de quarante-cinq ans, « et est marié à une femme stérile et laide : quant à lui, il « a de la science , de l'audace, de l'ambition ; il est plein « de lui-même et riche. Je ne crois pas qu'il ait perdu « l'amour pour l'Italie sa pairie, mais jamais il ne « consentirait à rentrer dans un couvent.
« Jean Marzio de Sienne, qui a apostasie depuis au
« moins trente ans, prêche actuellement à Sollo dans le « Val Bregaglia; il a épousé une Vénitienne tléfroquée, « dont il a eu deux jolies jHUes, maintenant bonnes à tt marier. Il a fait imprimer quelques pamphlets contre « l'Église, et a été l'orateur des*"hérétiques au colloque tt de Piuro. Je croirais inutile toute tentative près de lui.
« Il y a un an, est venu du duché de Spolète Ferdinand a d'Ombrie ; il s'est tout à coujJ marié à une jeune fille , « avec laquelle il vit en mésintelligence ; je ne doute pas tt qu'il ne cédât à des leurres.
« Marcien Ponchiera, ex-prêtre, maintenant prédicant « à Vicosoprano, grand parleur, grand buveur, a épousé a à l'âge de soixante ans une jeune fille, pour laquelle il «c meurt de jalousie. Une fois il voulut retourner dans sa « patrie, et poussa môme jusqu'à Milan, puis il rétrograda. « Il est pauvre comme un gueux, car il mange le revenu a d'une année en un mois. *
Après avoir parlé de Raphaël Eglino et de Gabriel Gerber, Borrone continue sa revue par Jean Luca, Calabrais ; jadis mineur conventuel, maintenant ministre, à Dubino , âgé de vingt-trois ans , et d'un grand savoir, il a épousé une pauvrette, ce dont il se repentira bientôt. Si on ne peut le prendre par la douceur, on pourrait le faire enlever par un couple d'hommes armés, son église étant très-voisine du lac.
Il n'y a pas d'autre parti à proposer qu'un enlèvement pour Luc Donat Poliziano, jadis Franciscain, maintenant à Traona, âgé de trente-cinq ans et ayant trois enfants.
« Hercule Poggio de Bologne, prédicant à Morbegno , < esprit ambitieux et à moitié fou, a pour femme une « autre Xanthippe, avec laquelle il s'en donne, bien que « sexagénaire, et il ne saurait s'en séparer.
238 DISGOCES IV.
c Depuis un an s*est fi&é à Caspano un moine qu'on dit a originaire de Plaisance et docteur en théologie ; il a « épousé une fenune de Chiavenna, et je ne sais rien
< autre de lui.
« Scipion Calandrino de Lucques, ministre à Sondrio ,
< est rhomme le plus dangereux; il fait passer et propage c en Italie une quantité de livres traduits du grec et du c latin ; il a cinquante ans, une femme noble, et se vante € lui aussi d'être noble ; pas d'enfants, et jouissant d'un « grand crédit près des hérétiques.
« César Gaffori de Plaisance, jadis capucin, maintenant ft ministre à Poschiavo, est âgé de quarante-cinq ans; il a
< femme et trois enfants ; beau parleur, très-versé dans oc rÉcriture sainte, il s'est servi de la presse contre Bela larmin.
n Marc-Eugène Bonacino, Milanais, et Alphonse Monte- <c dolio^ de Plaisance, cédant à mes conseils^ sont allés « en Tyrol, en attendant le sauf-conduit pour retourner en « Italie.
« Il en est d'autres qu'on pourrait faire rentrer dans le « giron de l'Église romaine par des promesses et des raitf sonnements. Chaque année, les ministres se réunissent a en synode, et pour s'y rendre il leur faut traverser un a étroit passage, voisin du lac de Côme, qui fait partie de a la juridiction de Milan. On pourrait facilement les saisir a au passage. 9 (G.)
Jusqu'ici Borrone n'est qu'un vil espion ; mais il ne manque pas d'une certaine finesse, lorsqu'il critique les vices des Grisons, ce sur quoi du reste il tombe d'accord avec les historiens, même nationaux. La religion les séparait aussi bien que la politique : ils ne s'inquiétaient pas de la patrie, mais des largesses, des pensions, des colliers.
des décorations, et favorisaient les uns telle puissance, les autres telle autre. Divisés en deux factions, Tune dévouée à l'Espagne et aux Catholiques, l'autre à la France et aux Calvinistes; la première avait pour chef Rodolphe Planta, la seconde Hercule Salis, tous deux appartenant aux premières familles des Ligues, La majeure partie des Grisons, s'étant soustraite au catholicisme, abhorrait l'Autriche et l'Espagne^ et considérait l'amitié des Français comme le fondement de leur liberté : c'est ainsi que Remportèrent les Salis , et que fut renouvelée avec Henri IV une ligue offensive et défensive dans laquelle on ne faisait aucune exception en faveur du Milanais.
En 1603, les Grisons avaient signé avec ce duché une lcs Grisons^
et le
convention de bon voisinage, aux termes de laquelle le Milanais, commerce devait être libre de toute entrave ; les Grisons s'y étaient engagés à refuser le passage à toute armée marchant sur le Blilanai^; le duché, en retour, devait diriger le transit des marchandises à travers le pays des Ligues. La nouvelle de la convention conclue avec les Français donna donc lieu à de vives plaintes de la part du comte de Fuentès, le plus célèbre parmi les gouverneurs espagnols de Milan, homme d'une humeur guerrière, qui, au cœur de la paix, entretenait une armée ; considérable , et agissait avec l'arrogance du gouvernement militaire! Il envoya aux Grisons un ultimatum; menaçant de les traiter en ennemi, et n'ayant d'avance aucune confiance dans la réponse, il se mit à faire bâtir un fort, qui conserve son nom , et qui est situé précisément à l'endroit où la Valteline et le comté de Chiavenna se réunissent au lac de Côme. En dominant ces passages, il pouvait intercepter à la Rhétie l'entrée des vivres et le commerce, comme aussi interdire l'accès à toute armée venant de cette con-
240 DISGOUKS lY.
trée. Celte bande de territoire appartenait de fait au Milanais, mais le duc François II Sforza avait stipulé avec les Grisons qu'on n'établirait dans ce district aucune fortification. Les Grisons élevèrent donc leurs réclamations, mais Fuentès , loin de les écouter, termina la construction du fort et le mit en état de défense; ayant rassemblé des hommes et des barques à l'extrémité du lac de Côme, il donna prise au bruit public qui lui attribuait rintenlion de recouvrer la Valteline pour le duché de Milan ^ pcrsécuuon Ccs mcuécs donnèrent le coup de grâce à la Valte-
des ^ , .
;cathoriques Une : les Liffues y renforcèrent partout les garnisons ;
en Valtelinç. . , „
toute ombre prenait corps dans ce malheureux pays. Les Ligues, subornées et soutenues par les novateurs, joyeux de voir augmenter l'autorité de leur coreligionnaires, disposaient de tout comme seigneurs et maîtres, et , s'étant arrogé la nomination des officiers , elles envoyaient des magistrats d'une condition plus que basse, qui commettaient des excès de pouvoir, sans s'inquiéter de se faire aimer, pourvu[qu'ils se fissent craindre. De nouveaux édits prohibaient les indulgences et les jubilés, taxaient de superstition le culte du pays, cassaient les dispenses venues de la cour de Rome, se moquaient des droits du pape. On chassa les Jésuites, en déclarant nulles
(1) Lorsque Fuentès menaçait la frontière des Grisons en] 1606, Hercule Salis, ambassadeur près la Signoria de Venise, excitait virement celle-ci à soutenir les Grisonè pour empêcher cette dangereuse réunion d'États. Le doge répondit qu'il regrettait de ne pas se rendre à cette invitation, et qu'il déplorait les molestations de tout genre causées par Fuentès, mais que le Sénat s'en remettait à la prudence des habitants de la Valteline, « persuadé que dans un pays où on laisse chacun libre de vivre selon la vocation que Dieu lui inspire, les prétextes de religion ne doivent point amener les résultats que Fuentès en attend ». Le Sénat, alors, exaspéré par l'interdit, vota en faveur des Grisons un subside en argent de trois mille ducats par mois.
LES 6AIS0NS. ^ LA YALTlSLIIfS. 144
les donatiras gui lear avaient été faites ; on contesta judiciairement les miracles de saint Louis ; on Jeta la confusion dans la juridicti<m en forçant les curés à célébrer des mariages aux degrés {irohîbés ; on chassa les prêtres vertueux venus du dehors, et on obligea tout le monde à assister aux prêches des hérétiques. On alla d'abord entendre par plaisanterie, puis par curiosité, puis parfois aussi sérieusement ces prêches dont romement le plus habituel était de violentes sorties contre le culte des ancêtres, contre le purgatoire et l'abstinence des viandes : à la scôite de pardls sarmons, la populace ne manquait pas de voler les ostensoires et de jeter au vent les saintes particules^ de pro&ner les tabenmcle^, d'injurier les prêtres pendant les processions du sainl-sacrement, et dans ces pieuses cérémonies de la semaine sainte qui remuent jusqu'au fond de l'âme et inspirent une tou* chante dévotion. Sous la protection des seigneurs, qui disaient : < Crois ce qu'il te platt, mais fais ce que je c te commande », à chaque moment on voyait déserter un catholique, et même des prêtres et des curés. Gomme on avait statué que partout où il y aurait plus de trois familles adonnées à la religion réformée il faudrait les pourvoir d'un ministre et d'une église aux frais c<mmiuns, les Catholiques se voyaient forcés de maintenir les prédicants sur les revenus des biens ecclésiastiques ; et comme leur religion ne souffrait pas que les prêtres évangéUsassent les fidèles du haut de la chaire d'où était descendu peu auparavant le ministre calviniste , il fallut se pourvoir de nouvelles églises. Chaque parti se croyant en possession de la vérité, et regardant les adversaires comme étant dans l'hérésie, le zèle religieux envenimait
les haines de frère à frère, et les poussait aux pires excès.
rv — 16
§41 DKMSOimS !▼•
Le comte Sclpion Gambarat de Bredciai pour avoir tué un de ee8 eoanns, s'était enfui à Tirâno, et là se maintenait entouré d'ime troupe de teavL Les Grisons commencèrent à le soupçonner de vouloir prêter la main à rétablissement •de rinquisitiony et de viser à l'expulsion de tous les Protestants .de la vallée : en conséquence il fut arrêté, et, suivant la procédure alors usitée^ convaincu d'avoir ourdi, une trame de concert avec le cardinal Sfondrato et. avec l'inquisiteur Mcmtesanto» il fut décapité à Teglio ; son complicei Lazaaroni de Tinino, fut écartelé tout vif, et les fkaîs du procès tùvemt mis à la ctiarge des habitants de la vallée»
Il arriva {hs encore lorsqu'Ulysse , de la famille des Par- Davioini Capello de Traona, qui, s'ètànt rendu coupable de beaucoup de- meurtres, s*était sauvé sur le territoire bergamasque , osa une nuit reparaître dans sa patrie, accompagné, de vingt sicaires, et égorger les magistrats. Cet atroce forfait parut un acte de rébellion aux Grisons, qui en prirent prétexte pour ftdre périr d'autres catho liques.
La certitude qu'on avait de s'attirer la haine du public faisait prendre les dispositions qui le rendaient implacable. Quelque bon règlement était parfois promulgué S mais il tombait bientôt en désuétude, et il ne restait que la persécution, impolitique non moins qu'impie, et une opposition qui n'était pas toujours généreuse. Le curé du Val Malenco étant mort, et l'église paroissiale de
(0 Voirie pacte stipulé en 1587, renouveléen 1604, entre les Cantons suisses et Philippe II pour assurer Texercice du culte 'catholique dans les pays jadis dépendant de Côme. Ap. Lunio, Cod, dipL UaL, I, p. l,
S€Ci. 2.
LES GRISONS. *^ Ll VALTELINE. 243
ce yillage ayant été entevelie saus un ébool^ment , un paysan nommé Thomas fit tous ses efforts poar amœer ce^ montagnards à se servir du ndsistre* évangéiiqpie , en leur déMtànt à tout propos que la parole du. Oirigt précfaêe par eelui-ci vaudrait beaucoup mieux que la messe des papistes, que des prières faites dans une langue qa^Is ne comprenaiéfal pas» que des prêtres dont les sermons regorgent de balivernes et le culte d'idolâtrie. Mais le berger Thomas Sassi détourna ses compatriotes de ridée de changer de religion. A Caspogio, village de la même vallée, tandis que les maris passaient Pété dans les mon» tagnes ' h Ibire paître leurs troupeaux, I^ ièmmes appri* rent que les Réformés prétendaient inhumer à Saint- Roch un de leurs enfants décédé, et par cet acte acquérir la possession de cette église. S'étant armées de pierres, elles attendent le convoi funèbre , et à son ap* proche elles se mettent à caqueter et & rassatUir d'une grêle de pierres.
A Sondrio, le gouverneur se disposait à pénétrer de vive force dans l'église catholique et à l'accommoder au nouveau rite; mais un nommé Bertolino, hommie taillé à Tantique, ordonna à son fils Jean-Jacques, jeune homme plein de cœur, d'empêcher, la dague à la main, le gouverneur d'accomplir son dessein; Celui-ci lui cherchant querelle^ Bertolino l'emmena chez lui , et lui improvisa un joyeux goûter, au milieu duquel Jean-Jacques reparaît, toujours ceint de sa dague, et portant une bouteille du meilleur vin qu'il se mit à verser en cercle à l'assemblée. Alors Bertolino fait avancer quinze jeunes gens tous armés jusqu'aux dents : « Nous voici , dit-il, ces jeu- « nés gens et moi, tout prêts à verser jusqu'à la dernière € goutte de notre sang pour la défense\;du gouverneur
344 MSQOUBS IV.
c et de la répuMiqoe, pourvu qu'on ne touche point à c notre religion. »
Chaque jour on voyait se renouveler d'autres épisodes de ce gi^nre, qui ne se terminai^it pas toujours par des rires, alors que les rancunes réciproques rendaient les acteurs prompts à faire éclater leurs ressentîuients. Les A Sondrio, un tiers des habitants s'était éloigné du
aSSis bercail de l'Eglise romaine ; il en avait été de même de beaucoup de contrées voisines ; les pays mixtes avaient ordinairement deux prêtres * . De jl'an 1810 à l'an 1863, Sondrio avait eu, conune archipréti*e intrus, Barthélémy Salis, qui en même temps était archiprêtre de Berbenno et de Tresivio et curé de Montagna ; aussi n'avait4l de résidence nulle part, et laissait-il le trçupeau se repattre de p&turages infectés. Quant aux bénéfices dont il était titulaire, il s'en servait 'pour doter des neveux; il porta même les armes , circonstances qui toutes ensemble favorisèrent la diffusion de Thérésie. A cette époque il y vint pour prêcher un moine en apparence plein de science et de piété , et le peuple, qui depuis bien longtemps n'entendait {dus de sermons , accourut aux siens ; mais on ne tarda paa à découvrir qu'il était hérétique. Il en résulta du tumulte, et le moine se réfugia aux Blossini dans la demeure des Mignardini, d'où il continuait à prêcher les nouveaux convertis. L'archiprêtre Salis, qui
(1) Uarchiprétre Rusca laissa par écnt ce qui suit : a Les principaux de la commune de Sondrio étaient pour la plupart hérétiques. Les pays de Triasso, Pouchiera, Piazza, Golda, Cagnoletti, Arquino, Riatti, Marzi, Gualzi, Golombera, Sandrini, Pradella, Triangia» Ligari, Majoni étaient tous catholiques. Ceux de Sondrio , Roncbi, Aschieri , Prati , Mossini ;et Moroni sont mixtes, et emploient deux ministres, qui résident à Sondrio et dans la rue des Mossini. » Les Marlianici étaient les principaux calvinistes.
était tont occupé à flatter les Seigneurs des Grisons, dans Tespérance d'être éleYé & l'évéché de Goire, ne s'en in* quiétait nullement. Il fut en effet promu à cette chaiige, et par suite il dut renoncer aux nombreux bénéfices qu'il possédait en Valteline; mais son élection n'ayant point été confirmée , il se trouva pris au dépourvu, et mourut misérable, à AAosaggia.
Nicolas Posterla se conduisit bien autrement : jeté en prison avec six catholiques zélés , les gens du pays prét^idirent qu'il avait été empoisonné par le gouverneur.
U eut pour successeur Nicolas Rusca, né à Bedano, village du territoire de Lugano, de Jean-Antoine Rusca et de DariaQuadrio. Il avait étudié à Pavie, puis au collège helvétique de Milan ^ où saint Charles fut si cmtent de lui, que, lui ayant mis un jour la main sur la tète, « Mon « fils (lui ditril), combats le bon combat, accomplis ta € destinée; une couronne de justice que te décernera « au dernier jour le juste juge t'est déjà préparée. » Nommé archiprëtre de Sondrio^ il déploya le zèle du bon pasteur qui offre sa vie en sacrifice pour ses brebis. Savant en grec et en hébreu non moins qu'en latin, versé dans l'histoire ecclésiastique et dans la théologie, il prenait fréquemment part aux controverses courantes, soit en discutant avec les dissidents, soit en prêchant luimême des sermons où, faisant jaillir à chaque instant la lumière de la vérité suprême , il commençait par réfuter l'erreur ; puis il établissait la vraie dpctrine, mais januiis il n'avait recours aux invectives et aux injures, pas plus qu'il ne les eût tolérées de la part des autres. Ayant trouvé son église dépourvue d'ornements, déshéritée des cérémonies du culte, et privée des chants sacrés, il renouvelle tout, introduit des prières et des
Stf) 0I8C0UBS nr.
procestm»» la fiât rentrer en poesemon des bi^is dont ool levait spolié» réintègre les religieuses ûfjos leur mdénué disciidine» et obtient pour les Capueins la pemûssion- de confesser, n s'oppose aux prétenlioBs des noyateors, qoî, non contents d'exiger duebapitre la provision de trente seqnins pour *le ministre évsoigtiique, YOulai«it * *en outre qu'il cédât une portion de son jurdin pour en fiiire leur cimetière : ils interdisaient les processions du CmTpm Damini (Fête Dieu ) et celles du vendredi saint, ainâ que le son des cloches , comme s'il constituait une insulte pubUque pour les magistrats.dissidents.
Simon Gabasso, curé de Tirano, prêchait sans cesse contre Cahin ; aussi on lui intenta une accusation, et il fut condamné. Il appela de la seatence, et le joge invita Antoine Andreossi, ministre de Tirano, César GaCfori de PoscHiovo, Antoine Mejo deTeglio, Scipion Cakndrino de Sondrio, et Nicolas Gbeseglio de Montagna à tenir nu colloque sur la foi , et principalement sur les doctrines de ClaIviD« Ces personnages prétendirent repousser pour ce dernier et pour eux 1-accusation tfbérésne, montrant ( et surtout Calandrino ) que ce docteur ne s'était jiunais écarté dé la doctrine de l'élise en ce qui toudie la divinité du Christ et^sa qualité de médiateur par excellence; que, bien an contraire, il avait persécuté les Unitaires et qull avait écrit contre Valentin Gèntile. Le premier colloque n'ayant pas suffi , on en St un second le 1*' mars i596; puis un troisième le 7 août, à la suite duquel les orateurs grisons rendirent une sentence qui eondanmait Cabasso comme calomniateur, et lui infligeait le payement d'une amende de cent trente-deux coronats.
Au nombre des Catholiques on distinguait entre tous, outre le curé de Tirano, celui de Maïzo, et Nicolas
LES GRISONS. — LA YÀLTEUICE. %êtl
Rusca , qui laissa, une relalioa iooiprimée du colloque
( Côme, 1598, imprimée par FroYa)» Gelle^j» poiBissant
s*écarier de la \érité> et calomnieuee relatûrement jaux
persécutions que les ecdé^astiques endiiraieiU eu Val*
teline^ les SeigiieaifS GrisQœ permirent aux minîatres
d'y répondre, ce qu'ils firent dans Un écrit en latin,
sous ce titre : « De la disfMate de Tiraao entre les pa-
« pistes et les ministres de la parole de fiieu dans la
tr Rhétie^ tenue les années ilSOK ^ 1806, ouvrage dixisé
« en quatre parties, 9ù Ton traite, avec le plus grand
« soin et avec solidité, de la personne et du r61e de
« Jésus-Cbrist médiateur selon les deux natures; où l'on
« venge les paroles de Galviu sur la nature divine du
« Christ des calomnies vomîés par les papis|es (le la
« Yaltelioe; où Ton réfute lessophiraiesde Bdlarmin,
« et où Ton met au grand }our les erreurs .des Ifonothé*
c lites, des NeBtoriens, des Ariens et autres; contenaiit
c eu outre rhistoire très-âxacte de cette controverse, h
« liste des caloiUn>es.<débilées< par les curés delà Valte*-
c Une, ainsi que la réponse à léuré: sophismes sans ce^se
c répétés. Auteurs, César 6affori, Octanen Mq, et les
« autres ministres de la parole de pieu &ï Rhétie. Ou*
« vrage .impiîmé . ptor lai première fois , et non-seule*
c ineBjt digne d'être lu^ InÂis encore profitable à qui-
« conque aime lavérité » (Basilea> par Walkirch, 1693,
in-4o).
En 1896, Jean Marsio de Sienne, pasteur à Soglio^ avait imprimé un livre en italien De la Messe, lequel se ré(mndit beaucoup,. VÀpotogia délia Messa, que frère Jean Paul Nazari , douûnicain de Crémoue, composa en réponse, fut jugée par les Ca,tholiques comme une réfu* tation victorieuse , et par les autres comme une œuvre
248 DISCOURS If.
ridicule. On organisa une dispute théologique à Piuro, qni eut lieu aux mois de jan^er et de mai 1897, en présence des ardriprëtres de Ghiavenna et de Sondrio, de Calandrino» de Marzio» et dé Mej : ce dertiier fut alors transféré de l'église de Teglro ft celle de Ghiavenna, en remplacement de Lentulo.
Rusca se montra singulièrement digne d*étre surnoBuné le Marteau des hérétiques^ h Fépoque où les Réformés obtinrait la permis»oA de fonder à Sondrio un collège » dont le recteur et trois professeurs étaient calvinistes. Le projet de fondation de cet établissement remontait à Tannée 1((63; on rouvrit seulenient en 1884, et on devait y admettre les hétérodoxes comme les Catholiques; mais aucun Catholique ne s'étant présenté, il tomba. Lorsqu'on voulut le relever, Rusca, sans affronter ni les Salis, qui l'avaient proposé, ni le roi d'Angleterre, qui, disait-on, était le bailleur de fonds (H), contrecarra si bien l'entreprise qu'il réussit nourseulement à la faire avorter, mais encore à réunir une académie pour propager les doctrines catholiques.
En 1614, Ârchinti, évéque de Côme, achetait nioyennant six cents florins la permission de visiter la Yalteline, ce qu'on n'avait pu faire depuis vingt-cinq ans, et il envoya un rapport sur cette visite à Paul Y. Après avoir prodigué réloge au pays , il se console à l'idée qu*au milieu de cette exécrable liberté de vie et de langage qui permet à chacim de dire tout ce que bon lui semble, il ait trouvé à peine trois mille personnes ayant embrassé la Réforme, et que les populations accourent au-devant de lui pour lui faire cortège avec des visages rayonnants de joie et des yeux remplis de larmes. A Tirano il trouve environ cent cinquante hérétiques,- vile plèbe^ dit-
LES GRISOxNS. — Lk ?ALT£LINE. 340
il. Les Catholiqoes de Poschiavo et de Brusio se cotiser- ▼eut purs et sans tache, bien que mêlés aux Calvinistes. A, Sondrio, cettx*ci étaient pijussants par le nombre et par les richesses» en sorte qne l'évêque de Côme obtint difficilement d*y pénétrer. Un tiers des habitants de Chiavenna avait embrassé Terreur» et parmi eux les plus aisés, et de la Bregalia les Réformés menaçaient de fondre sur hii enarmes. Entin, lorsqu'en 1618, Archinti tint en personne un synode^ le podestal de Traona rendit un édit portant de terribles peines contre tout ecclésiastique qui expé^ dierait des lettres ou sortirait de la vallée ; il y avait cent écos d'amende ou trois tours d'estrapade pour quiconque connaissant le contrevenant ne l'aurait pas dénoncé.
Lès hétérodoxes, trouvant dans Rusca un contradicteur ardent et t^iace de leurs desseins, ne dierchaient qu'à se débarrasser de sa personne. D'abord Jean Como de Castromuro , capitaine de la vallée , le condamna à une forte amende pour avoir fait des reproches à un jeune homme de sa paroisse, qui avait assisté à un sermon des Calvinistes. Les habitants de Sondrio prirent les armes, et il s'en fallut de l'épaisseur d'un cheveu qu'il n'y eût du sang de répandu; aussi le capitaine dénonça Fafiaire à Goire, mais là Rusca fut absous et le capitaine admonesté.
Un des adversaires les plus ardents de Rusca était Ga- oaiandrino. landrino, que nous avons d^à plusieurs fois nommé et dont on conserve un autographe aux archives de Zucich ; il raconte a la longue et implacable persécution » des habitants de la Valteline contre les Évangéliques, surtout contre leurs ministres, et les tentatives d'assassinats, ^cialement sur sa personne, dont il accuse clairement Rusca, bien qu'il ne le nomme pas. En effet on reprocha à
âSO MSGOUBS Vf.
cebu*<i d'avoir (ramé un comploi avec un QMuné Ciapino cte Ponte pour assassiner Calandrine ou le traduire de^ vaut l'Inquisition. Ciapino fut mis à mort après d'horribles tortures, an milieu desquelles il révéla qu'il avait ea pour instigateur Rusca, qu'on poursuivit en justice de ce chef. Rusca se réfugia à Confie, puis s'étant justifié , il revint plus glorieux, ajoutant à la vertu- le kistre de la perséeulion. Aussi ses ennemis souliaitrienUls plos vivem»l que. jamais pouvoir lui ftâre passer un mauvais quart d'iieure ; la fortune leur envoyaUentM mie occasion propice.
Au milieu des brigues que les puissances étrangères entretenaient dans le pays, les prédicants avaient pris le dessus chez les Grisons, et, de concert .«rvec Zurich, Berne et Genève, ne cessaient de crH»r bien haut qu'il ne fallait plus qu'une aeule religion dans TÉtat ; que la constitutkm était violée par les menées étrangères; qu'il fallait prendre quelque mesure efiScace pour ramener la liberté à son aneienne ^lendeur, pour réformer le gouvernement , et autres phrases semblables, qui chatouillent toujours les ordlles de la jd^. Les dissidents, confiants dans la faveur poipulaire, et sous la direction de Gaspard Alexis de Gamogasc, venu de Genève comme prédicant à Sondrio, et désigné comme recteur du séminaire protestant, tinrœt une dateurs assemblées, d'abord à Chiavenna, sous la protection d^Hercule Salis, homme que ses sévices et son talent avaient mis en grande réputation; puisa Berguns, pays de langue romance, situé sur les pœtes pittoresques de F Albula. C'est dans cette assemblée qu'ils proclamèrent te faction espagnole funeste à la Rhétie et à la roUgion, l'alliance de la France désastreuse, celle de Venise seule salutaire.
LES GEISOKB. «-^ Là TJILTEUNE. S51
Enfin ils dônoMèrent à raflimadvenion générale les Autriehiens , assuriint gcCH exialmi des mmées en leur favenn^ iq[ue. le |[0UTenieor de Hilau prodiguait les distributtons d'afe^gent^dans la ¥altdkie; que pour mettre un frein à tnt dfaadace on devait étaUir un tribunal spécial, et le charger de ee»figer la constituticHi , arrivée désormais h une phase eritfqae. Le peuple accueille leur {HTôposUioii : Hercule Salis est pris pour chef : l'Engadine et la Bregalîa se lèvent ai armes : les châteaux des Planta, partisans des Espagnols, sont démolis : des handes pénètrent de vive force à Coire , et , après avoir chassé ou incarcéré comme rebelles les i^ètres et les personnes d'un mérite reconnu , elles se rendent à Thu^, pays n^atnce situé au pied du fertile Heinzenberg, entre le Rhin supérieur et la fornûdable NoUa : arrivés là, elles déploient les vingt-cinq bannières de la république, et forment un camp d'un millier et demi de soldats ; elles proclament les tr^e chapitres pour conserver la liberté, et établissent le Stre^fgericlU , .auquel elles adjoignent un conseil de prédicants (.1618). • Le tribunal se mit & l'œuvre ; poui» rétablir }a liberté Le tribunal
de Thttsis.
politique, suivani la méthode ordinaire^ on suppnma
toute liberté légale, et une tourbe d'accusateurs s'abattit
sur 'tous ceux qui étaient suspects. Les sept premières
sentences furent puldiées par les juges eux-mêmes avec
préface apologétique : traduites aussit6t .en itaUen, en
français , et en hollandais , elles excitèrent partout l'exé-
craâon par leur tftrocité* Jean-Baptiste Prevosti, dit Zam-
bra, âgé de soixante-^quatorze ans et goutteux, soupçonné i
d'avoir fevorisé Téréction du fort de Fuentès, fut déca- J
pité : on promit une récompense à qui s'emparerait de j
Rodolphe et de Pompée Planta, de Lucius da Monte, de I
252 mscoiMus iv.
Jean Antoine GioTerio, de CaBtelberg, àbbé de Dissentis» et au cas où ils seraient pris on devait les écartetar. DanielPlanta, neveu des susnommés, Antoine Ruinelio, Kerre Léon de Gernttz, Tbéodose Prevosti de la Bregaglia, Joseph Stampa et son fils Antoine, Augustin Traversi et le père Félix de Ktio, furent condamnés à Fexil pour Ja vie ; furent bannis pour quatre ans André Jennio, consul de Goire, Antoine Ifolina, et Jean Paul MoUna, interprète du roi de France, ainsi qu'André Stoppani, prêtre d'Ardetz; on dépouilla de ses biens et de sa dignité Jean Flug, évëque de Goire, en déclarant qu'il serait mis à mort si on parvenait à le saisir. La ville de Coire , en qualité de ville attachée au parti espagnol, était firappée d'une amende de vingl-cinq mille florins ; son pasteur, Georges Salutz, exclu du synode, et, pour taire les noms de diverses personnes frappées d'amende, nous ci* terons comme ayant été condamné à mort par contumace le capitaine Jean De'Giorgi ; parmi les habitants de la Yalr teline condamnés à la même peine, Antoine-Marie et Jeaur Marie Parravicini , et Jean-François Schenardi ; & quatre ans d'exil, Nicolas Merlo de Sondrio et Jean Gîlichino, curé de Lanzada, pour avoir sonné le tocsin lors de l'arrestation de Rusca.
Le chevalier Jacques Robustello et Antoine Resta furent bannis pour un an et condamnés à payer mille sequins ; François Yenosta eut deux ans d'exil et une amende de six mille sequins ; la peine fut moindre pour Jean-Baptiste Schenardi et François Parravicino d'Ardenno, qui, à raison de ses soixante^dix ans et de son état maladif, n'ayant pu être soumis à la corde, eut les pouces serrés sous une petite presse , mais néanmoins persista fermement à nier. Le docteur Antoine Federici
LES GRISONS. — U VALTEUNE. 253
de Yâlcamonica, étant venu pour ses opinions religieuses demeurer en Yalteline^ se maria à TegUo et se fit protestant; il répandit le bruit que Biaise Piatti, un des catholiques les plus ardents de ce pays^ avait suborné un de ses frères et d'autres personnes de la Valcain(mica » afin de tuer les Protestants de Boalzo pendant qu'ils assistaient au prêche. Piatti fut arrêté avec ceux qu'on soupçonna d'être ses complices ; soumis à la torture il fit tous les aveux qu'on voulut, et fut décapité : en même temps un de ses frères assassinait Paul Besta , qui avait apporté l'ordre d'arrestation. Pour chasser de la Valteline les prédicateurs du carême , on envoya des officiers à qui l'on confia en outre la mission d'assister les préteurs dans l'application des édits émanés des Seigneurs, et d'intenter des procès de lèse<-majesté.
Marc-Antoine Alba de Casai Montferrat, prédicant de ^^^ Malenco , à la tête de quarante satellites , avait arrêté Rusca dans sa demeure d'archiprêtre la nuit du 22 juin, et l'avait traîné par la route alpestre de Malenco et d'Engadine jusqu'à Thusis. Dans le premier accès de fureur, les habitants de Sondrio, pour user de représailles, se retournèrent contre le prédicant Gaspard Alexis, mais celui-ci s'était déjà mis en sûreté ; ils envoyèrent une députation chargée d'implorer la grâce de l'archiprêtre, mais elle ne fut pas reçue : les Gantons catholiques et Lugano, sa patrie, envoyèrent de leur côté Jean-Pierre Morosini pour plaider sa cause; mais le tribunal fit revivre contre lui l'accusation d'attentat à la vie de Calandrino ; puis il l'accusa d'avoir poussé le peuple à la désobéissance envers les Trois Ligues; de s'être efforcé de ramener au catholicisme les Réformés, d'avoir entretenu une correspondance avec Tévêque et avec d'autres
de Rnsca.