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personnes; d'stroir exhorté en confession ses pénitents à ne pas prendre du service contre le roi caSioUque ; d'avoir institué la confrérie du Saint-Sacrement, dont les membres portaient sous leur uniforme religieux des armes meurtrières.
En vaînlesavocatsde Ruscachercliaient-ils à ledisculper ; d'après eux, â leur client avait tflché d'adoucir les décrets préjudiciables à la religion catholique» il n'avait cependant jamais conspiré contre le gouvernement; dans ses rapports avec Calandrino» il n'y avait jamais eu d'aigreur, parfois même il lui avait fait des visites de politesse et prêté des livres. A quoi bon se défendre, quand dégà la condamnation est signée d^avanee ? Le saint vieillard, qui avait bien vécu , dont les forces et la santé étaient ruinées, fut soumis par deux fois à la torture et avec tant de barbarie, qu'il expira en sortant des mains du bourreau. Les forcenés , à la grande joie de la plèbe, firent traîner à la queue d'un cheval le cadavre de ce citoyen re^ctable, et l'ensevelirent ensuite sous les fourches patibulaires , pendant que son Ame , du haut du ciel, où les bons et fidèles serviteurs reçoivent la récompense éternelle, imf)lorait le pardon pour ses ennemis et pitié pour les siens '.
(1) Jean-Baptiste Bajacca écrivît la vie de Rasca. Frère Richard de Basconera de Locarno fit imprimer en 1620 à Ingotetadt la relation de son martyre. Ce livre a été qualifié d*infâme par De Porta, qui n*a pas assez d'injures à déverser sur Rusca, et qui cite certains vers d*un habitant de Nuremberg , où il est déchiré à belles dents en compagnie de Ravaillac, de Ridicovio, de Girard, de Clément, de Lopez et autres.
Quos secta, propago Cocyti, cœlo perfricta fronte sacravit Martyres, heu regnum cultris qui viicera kedunt, etc.
César Grassi de Côme fit un poème sur ce sujet ( Il Partotneitto , Côme, Arcione, iei0),*6t dans un autre poème grossier ^(l{ popolo pentéro, ibid., Frova, 1639), il décrit les misères de son temps.
USS GRISONS. •«- IL VÂLTEUNI. 355
Ceci se passait le 4 septembre 1618 : ce même Jour Ait Dotiuction signalé par un désastre consid^aUe, la de^traction du beau et riche bourg de Piuro, enseveli sous un éboulement avec tous ses habitants. Jugez si on se fit faute d*y voir une paiûtiou immédiate du ciel. Peu de temps après, le tribunal de Coire cassa les actes de celui de Thusis, mais les morts ne reviennent pas.
Le peuple passa de la terreur à la pitié, puis à Tindignation; il y eut d*abord des cbuchottements secrets, puis les plaintes éclatèrent au grand jour, on en vint à de gros mots pour le plus léger prétexte , et de là aux pierres et aux couteaux. Les GHsons ayant voulu établir une église évangifiique à Boalzo et à Bianzone , les Gatho* liques s'y opposèrent par la force; et pour venger Biaise Piatti ils assommèrent un réformé de Tirano , et mal* traitèrent le prédicant de Brusio, qu'on appela \bs prémices des martyrs \ Une bande de ces fanatiques se précipita même sur Calandrino , tandis qu'il prêchait à Mello , et le blessa grièvement'. Bien plus, les prédicants ayant tenu après Pâques leifr assemblée ordinaire à Tirano, les babitans du pays s'étaient placés en embuscade tout armés près du pont de laTresenda pour les massacrer, mais ceuxci en furent avertis à temps, et purent échapper à ce guetapens. Ainsi les seigneurs vivaient dans la crainte et dans l'épouvante; chez les sujets couvaient de fougueuses es-
(1) n existe un livre en italien ayant pour titre : « Récit authen- « tique du massacre fait par les papistes rebelles dans la plus « grande partie de la ValteÛne, édité pour servir de renseignement <i nécessaire et d'avertissement à tous les États libres , ainsi que « d'exemple à tous les vrais chrétiens pour persévérer dans la pro- A fession de la pure doctrine évangélique. Bienheureux ceux qui sont « persécutés pour la justice, parce que le royaume des deux esté eux. i>
(2) De Porta II, 483 .
péranees, et dans le silence de la peur on entendait le bruit sonrd de la colère divine qui s'appi'oche.
Ceax qu'avait frappés le tribunal de Tbusis remplirent le monde de leurs lamentations , plus particulièrement la Suisse et la Lombardie; et, selon la coutume des réfugiés, ils manœuvraient pour introduire des années étrangères non-seulement en Valteline, mais encore dans la Rhétie. Le duc de Feria , nouveau gouverneur du liilanais , et GuefBer, ambassadeur de France, leur faisaient de coupables provocations, tandis que de leur côté ils cherchaient à ébranler les cours d* Autriche et d'Espagne, pleines d'irrésolution. Les réfugiés envoyèrent i différentes reprises un ambassadeur au pape, qui les exhortait à prendre patience ; mais cette conduite leur semblait désormais intolérable, car ils criaient bien haut que l'oppression de la patrie était arrivée à son dernier degré , et ils encourageaient les habitants de la Valteline à se lever une bonne fois pour la sainte cause. coa3urauon U^^ l^s Réformes eussent juré de massacrer les Catho- ^^ ans iiques, et de réduire la vallée à embrasser la nouvelle reo qucs. jjgj^jj ^ j^ jj^j ^ ^gj affirmé par les écrivains caUioliques ;
ils ont aussi prétendu que le gouverneur de Sondrio s'était laissé aller à dire que sous peu tous les habitants appartiendraient à la môme foi. Dans les suppliques présentées pas le clergé et par le peuple de la Valteline au roi catholique et au roi très-chrétien , on affirme Texistence de cette conjuration; serait-il possible qu'on eût osé mentir aussi impudemment en face de ces monarques? Il semblerait même qu'on eût joint aux suppliques des preuves du complot \ Les suppliques ont été
(i) « Une conjuration a été tramée par les prédicants et les Grisons : je crois devoir en faire l'objet d'une communication spéciale à V. M.;
LES GBISOI^S. — lA VALTEUME. S57
conservées ; comment se fail-il que le documenta Tappui ait péri? Gomment expliquer qu'on ne Fait pas re* trouvé au milieu de tant de liasses de papiers que d'autres et moi avons laborieusement compulsés? On parle bien d'une certaine lettre, mais vague, dont Tauteur est incertain, et découverte comme par miracle, lettre qui, au lieu ^e faire croire à la conjun^on , ne montre qu'un ex- /pédiefit si ordinaire de nos jours; il consiste à accuser la partie qui a succombé , en disâmulant Tatrocité corn* mise sous le voile de la calomnie, et en affublant le for^ fait du manteau de la défense» On était dans un temps de révolutions, et si avec elles tous les moyens sont bons, c'était surtout dans un temps où la discorde religieuse avait habitué aux crimes. La France , après le massacre consommé dans la nuit de la Saint-fiartfatiemy, avait été troublée par des guerres terribles, qui commençaient à peine alors à lui laisser un peu de répit : la Holiimde , dans une lutte sanglante entreprise au nom de la religion, secouait le joug de l'Espagne; pour la même cause, la Bohême déclarait la guerre à l'empereur : l'Allemagne tout entière était boulcTersée par cette affreuse mêlée qu'on a nommée depuis la guerre de Trente ans. Je n'ai pas besoin de dire jusqu'où l'exemple peut exciter la passion de la guerre , des massacres et de la rébellion , et quelle devait être son influence sur les babitans de la Vaiteline !
Jacques Hobustelli^ de Grossotto, parent des Planta per- Robustem
et le
sécutés, persécuté lui aussi, noble, d'une condition aisée, som-mos-
sticrc»
esprit hardi, doué de cette espèce d'ambition qui sait
on veut massacrer le clergé et les nobles de la vallée... déjà le jour et l'heure, Texécution sont arrêtés; »
S58 BISGOURS ly.
faire tonmer les sacrifices du prochain à son propre arantage, étant au service mâitaire avait été élevé par Gharles^Emmanuei de Savoie à la dignité de dievalier des 8aints-Maurice*et*-Lazare« Son affabilité et sa gteérosilé , appréciées de tous, le firent choi^r comme l'&me de toutes les trames pouc la délivrance de la patiie.
Rassemblés dans sa maisooiltGrossotto, quelques babitents de la VaUeline, parmi- las plus distingués et les plus ardents, considérant comme une actionlouable d'affranchir kurpatrie, comme uneambition permise d'être isa tôte> et eomme une entreprise saîntede la>purger de f hâ:ési!e» ^*éoriaiclnt tout haut qu'on avaitsiafieft souffert: Nos ancêtres» disaient-ils, nous^ont laissé une patrie & aimer, un patrimoine à défendre, des lois à conserver. £t la patrie, fit les biens, etlealois» et ce qui l'eixiporte surtout le reste, la foi, ces vils étrangers nous les ont on ravis ou souillés. U est louable de reposa ses espérances en Dieu. lorsque c'est pour aiguillonner les forcesj» . maî3 nm lorsque ce doit ôtre un prétexte pour ne pas^ agir. Cent faille catboliques, c'est-àrdire tout ce qui habite^, le pfiys çomjris entre les sources du Liriç et celles de l'Adda, ne forn^nt qu*un seul vceu; deux cepts millions de catholiques répandus dans le monde, entier attendent de nous un exemple, et nous préparent4es applaudissements et des secours. Soyons donc unanimes dans notre résolution; armons-nous d'une généreuse colère, nourrissons de magnanimes espérances» revêtons^nous de nos armes, légitimes parce qu'elles sont nécessaires, formidables parce qu'elles ont été prises pour la défense de la patrie et de l'autel. Le pape nous bénit : l'Espagne nous prête son appui : la discorde des Grisons nous favorise. Si nous laissons échapper l'occasion, quand pourrons-nous la re-
LES GRISONS. -« U VàLTELTO. Wfk
trouver? Ne vaut*il pas mieux mourir une fois qfxe de trembler toujours à la pensée de la mort? Si nous auccombetis les armes à la main , le monde nous pleurera, il nous admirera comme des martyrs^ comme des héros; si nous sur-^ vivons à l'entreprise menée à bonne an , conibien il nous sera doux, dans les dernières années de notre vie, de dire à nos enfants : N0us avons combattu pour la patrie et pour ta foi : si vous êtes libres^ si vous êtes cathoMques, c'est |t nous que vous en êtes redevables.
Les .coQ$ei}s violents ayant donc prévalu, le parti catholique Jura .de confondre toutes les vengeances, en frappaui^ un seul, coup , et de mettre, en pièces tout ce qu'il y .savait d'hérétiques dans la vallée, tant indigènes qu'étrangers. Le capitaine Jean Guicciardi de Ponte, en* voyè pour gagner les bonnes grâces du cardinal frédéric Borromée, celles du. duc de Feria (I) et des autres magistrate du gouvernement milanais, ea obtint trois mille pistoles*,.au moyen 4iesquelles il enrôla des exilés et des coureurs jde grand. chemin pour porter le premier coup. A travers les pénibles incertitudes qui séparent le moment d'une. -résolution sanguinaire de cdnideson exécution, et au milieu des vicissitudes qui toujours y mettent obstacle, surviut la terrible aurore du 49 juillet i620, ^ui vit à Tirano commencer le massacre et lafusilla(te, où disparurent de ce monde de différentes ma* niëres au moins soixante parsomies , dont trois femmes ; on pardonna aux autres femmes ainsi qu'aux en&nts, à condition qu'ils embrasseraient la foi catholique. Robustelli, étant entré à Brusio dans le val de Poschiavo, fusilla trente réformés, puis mit le feu au pays; feu de joie,
(1) Dk Burgo, p. 9 : somme équivalente à 50,000 firancs.
MO msGoms nr.
s*ëcriait-il^ pour célébrer le rachat delà liberté religieuse*. Malheur quand une fois le peuple a goûté du sang ! Les Venostai les Quadri, les Besta, les Torelli, les Parravicini égorgeaient dans les alentours de Teglio, de Ponte, dans le vd Malenco, à Sondrio ; leur cruauté s'attaquait surtout aux prédicants et aux réfugiés. Barthole Harlianici, Jean*BaptistellalIery d'Anvers» et Marc-Antoine Alba, prédicant à Malenco, perdirent la vie ; Alessio s'échappa avec Georges Jenatz, prédicant de Berbenno , et quelques autres. François CarUni,de Vicence, qui de moine s'était fait prédicant calviniste, fut envoyé à llnquisition, devant laquelle il abjura : Paule Beretta, femme octogénaire, jadis religieuse, envoyée elle aussi à ce taibunal, résista,, et fut brûlée vive. Anne de Uba, de Sdiio dans^le Vicentin, fut égorgée avec son enfant à la mamelle : d'autres femmes encore, aussi bien dans la fleur qu'au déclin de r&ge, furent passées au fil de l'épécv Jean Antoine GaUo de Gardone, armurier, se défendit pendant deux jours; puis, arrêté en fuyant, il fut lié à un arbre et tué à coups de mousquet. André Parravicini, de Gaspano, arrêté au bout de plusieurs jours, fut placé entre deux monceaux de bois, et on menaça d'y mettre le feu s'il n'abjurait pas; sa constance ne s'étant pas démentie, il fut brûlé vif, et on aperçnt ( disent ses ooreligionnaires] des esprits célestes voltiger autour de lui pour le soulager dans ses souffrances et recueilUrson &me^ Ce ne fut pas là le seul prodige sur lequel les deux partis s'appuyèrent pour prétendre que le ciel les favorisait chacun par d^ signes évidents.
(1) Lavizzari, pag. 159.
(2) Sprecheb, HisU motttum, etc.
LES GRI80KS. — lA TALTIUNK. t6l
D'ignobles passions prirent le voile de U religion : on ?i( des paysans et des domestiques se précipiter sur leurs maîtres, les débiteurs sur leurs créanciers, les amants sur les maris vigilants. PiiUs, pendant plusieurs jours , semblables à des limiers entrés dans la piste, les paysans s'en allaient à la rech^*che d^ victimes, tenant d'une main une fDurche, une pique ou un mousquet^ et de Fautre un crucifix. Ce n'était point la religion, mais bien cette fureur, compagne inséparable des facticms, qui était leur aiguillon ; ils cédaient à d'iogustes provocations de chefe fanatiques, qui invoquaient pour légitimer ces horreurs le nom du Dieu de la paix, le besoin de soutenir une religion qu'on ne doit propager que par des armes innocentes, par la sainteté des exemples, par l'efiftcacité de la parole et de la gr&ee, par le sacrifice de sa vie, et non par llmmolation de celle d'autrui. Des moines et des prêtres fanatiques, l'archiprétre Parravicini de Sondrio, irritaient la multitude. A Villa, Baptiste Novaglia égorgea trois protestants de sa propre main : frère Ignace de Gandino vint exprès d'EdoIo : Piatti, curé de Teglio, attaqua le docteur Federici de Valcamonica, ei après avoir fait le signe de la croix avec le crucifix q^il tenait à la nuân gauche^ tandis qu'il avait une épée dans la droite, il tua ce docteur calviniste avec éCautres de ses compagnons *. Le dominicain Albert Pandolfi, de Soncino» curé des Fusine, avec une épée à deux mains conduisait sa bande pour égoi^er les frères de ce Christ qui avait dit : Tune tueras poM.
Beaucoup se frayèrent un passage de vive force et s'enfuirent; quelques-uns arrivèrent à Zurich, où ils ob-
(1) Db BUBGO, 64.
MS DIBGOVES IT.
tinrent une église ponr eux ; on a encore la liste des personnes qui allèrent s*j mettre em sûreté ; il y en a^H une de Tfrano, deux de Teglio, 8d2e de Sondrio, parmi lésqueHes on comptait des Padouans et des Vioentins ; six des montagnes voisines, et parmi elles Marthe la Vicentine; deux de Berbennot quatre-vingt-treize de Caspano et deTraona, parmi lesquelles était un nommé Sadolet; une femme de Mello, quatre de Dnbino. Vincent fils de Barthélémy ^Parravicini de Caspano fut ministre de cette église , à laquelle se réunirent les réfugiés du MflQSter- Thaï. Approuvée par le sénat de Zurich , elle obûnt la permission de se servir de la langue italienne» tant quil plairait audX sénat ; il pouvait y avoir les dimanches, seulement des prêches en italien, et à des heures différentes de cent faits en allemand; quant à Tadministpatlon dès sacrements et à la bénédiction nuptiale , elles ne pouvalent avoir lieu que dans les assemblées ordinaires des réformés allemands; pour les prières, on devaiit s*en tenir aux formules et au rit de TËglise de Zuridx. Plus tard, au mois de décembre i621 , les Italiens obtinrent de recevoir la Gène des mains des ministres exilés de la Vakeline et de Chiavenna; d^avoir deux prêches par semaine, mais on leur refusa, ainsi qa*ils le d^nandaient, de choisir deux Aneienf de la Valleline et deux autres de Chiavenna pour assister les pauvres, comme aussi d'avoir un gardien particulier pour leur ^lise : on leur recommandait de s'habituer peu à peu à la langue allemande pour l'adopter définitivement, conseil auquel, pàràîtil ; ils ne tardèrent pas à céder, puisque trois atts ajirès il n'y avait plus à Zurich d'église évangôliqro italienne. On ne peut préciser le nombre des victimes , car tel historien le diminue, tel autre l'enfle au-delà du chiffre
LES GRISONS. «— LA VALT£UNE« tflt
de six cents : quelques dixaines seulement appartenûest ^ aux Grisons, les autres étaient ou des indigènes, ou des réfogiés dltalîe, ce qui prouve combien peu ofe HMunacre était nécessaire. Mais de temps en temps semble s'abattre sur les peuples une fiireiir semblalile aux épidémies^ sous l'empire de laqueDe les remparts de la raison s'abaissent, les conseils de la prudence deviennent inutiles ; on dirait que par une ftitalité inexorable le forfait doive s'accomplir jusqu'au bout» qoe la mesure des iniquités arrive à son comble, qu'cm lui trouve d'abord des instigateurs, puis des approbateurs, pour faire place ensuite au repentir, alors que le crime et le Mire ont enfieinté pour conséquences inévitables la misère^ l'oppression, les tristes déceptions et les tardifs remords de la conscience.
Hais au premier moment on n'eut que l'exaltation AUémsse, du triomphe et les félicitations des peuples et des proroges princes, comme plus tard celle des historiens (J). Les saSt-Mâs- VâUelins, une fois les vestiges de la domination rhêtique effacées, se donnèrent un gouvernement provisoire, et commencèrent à ftiire des décrets : ils prirent au fisc les biens des Grisons, rendirent les exilés à leur patrie, les propriétés aux églises , les couvents aux religieuses; ils appelèrent Tévéque de €ôme pour qu'il flt'sa visite pas* torale, et les moines pour prêcher et confesser. Us adoptèrent le' calendrier grégorien , admirent' chez eux la bulle ffi e<»na Dominij le Concile de Trente et Tlnquisition cpntre les hérétiques. Ils supprimèrent le séminaire des disddents, et enlevèrent des cimetières les ossements des hérétiques; enfin, ils se promettaient de tout souffrir plutôt que de retourner jamais sous la domination dé*^ truite. ^Le comté de Bormio avait été exempt du massacre : mais, comme cette sainte résotuiion ait été mise s&us
154 OISGOUBS IV.
la saifUe égide de Dieu S U en vint lui aussi, à ce qu'on appelait le parti saini le parti de Dieu.
Les habitans du comté de Poschiavo n'avaient point pris part à la sanglante exécution; mais plus tard, s'étant aparcos qu'ils ne pouvaient autrement se débarrasser des Protestants, ils méditèrent à leur tour de les ^rger. Glande Dabene, valet de chambre de Robustelli» homme £uroudie dans son langage et dans ses actes, étant entré dans ce pays, y tua tous ceux qu'il put surprendre : cité devant 1^ tribunaux pour répondre de sa conduite, il fut arrêté à Tirano, mais fut Uentôt renvoyé. Je lis dans Sprecher et dans Quadrio que le curé avait été complice de fassassinat'; j'incline plus volontiers vers l'opinion dachroniqueur Merlo, qui raconte que ce curé, nommé Beccaria, avait ouvert le presbytère aux hérétiques menacés de mort.
Les Valtelins, dans une assemblée générale, élurent capitaine de la vallée et gouverneur Jacques Robustelli, et lui assignèrent un traitement de deux cents écus par mois « pour avoir commencé l'entreprise de notre affranchissement à grands frais pour sa bonite et à grands risques pour sa personne 9 : ils lui nommèrent pour lieutenant Guicciardi ; et, comprenant Timminence du danger, ils abattirent les ponts, fortifièrent les bourgs, barricadèrent les passages ouverts, emôlèrent tous les hommes et réunirent des armes et de l'argent. En outre, ils envoyèrent des ambassadeurs aux Cantons suisses, au nonce apostoUque^à Lucerne, au pape» à l'archiduc Léopold d'Autriche, et des lettres à tous les peuples catholiques, bien moins pour se justifier que pour se vanter de cet acte. Ils insistèrent près du duc de Feria ,
(i) Ëinmètie des habitans de Bormio en 1636.
LES GRISOJyS. — LA TALISLINE. 165
pour obtenir de lui les secoars qu'Oâ disaient leur aToir été promis ; mais, tandis que les antres gouvemements redoutaient que Teffiision de ce sang n'assurât la prépondérance de FEspagne, le duc espagnol demeurait les bras croisés, soit qu'il ne voulût pas <mTertement paraître aToirdes intelligences avec les Val^ins sur un fait que la conscience dénonçait comme un grand crime, soit qu'il préfér&t attendre, jusqu'à ce qu'ils eussent donné des signes de valeur, des preuves de fermaté, des espérances de succès, et fait voir clairement si le monde devait les appeler des rebelles ou des béros.
Les Grisons, qui demeuraient en grand nombre à Chia- Guerre yenna, eurent le temps de se mettre sur la défensive et de des GriMns. se faire jurer fidélité par les indigènes, ce qui valut à ce comté Favantagt de rester pur de toute eiïiision de sang. Le gouvernement des Grisons flt]en toute hâte ses préparatifs de vengeance; et, ayant requis l'aide des confédérés, il expédia trois mille hommes par le Splugen à Cbiavenna, et de là en Valteline ( K) ; ces forces, évitant ou renversant les obstacles, fondirent en colonnes serrées et comme un torrent impétueux sur Sondrio , où d'autres troupes débouchaient du val Halenco. Les indigènes s'étant enfuis, les envahisseurs tuèrent deux malades qui s'y trouvaient, et recurent les félicitations de quelques femmes, qui s'étaient sauvées en se faisant passer pour catholiques, et qui maintenant jetaient à leurs pieds les rosahres et les scapulaires dont elles s^étaient fait un bouclier.
4'ai toujours pensé que le rôle le plus inutile d'un historien était celui de peindre en détail les péripéties de la guerre : et cela d'autant plus qu'il n'y a qu'à changer les nomsj car cette science des fils de Caïn est toujours la même : ce ne sont partout qu'invasions et fuites, incen-
966 BISGOURS IV.
dies de pays» rachats, victoires et défaites alternatives, rapines,^ viols, effufton de sang, larmes, terreur^ désola* tioBS aussi bien dans le camp des vainqueurs que dans celui des vaincus : et Vhumanité dans son aveugle folie d'applaudir -au conquérant qui a versé le plus de; sang ! Laissant donc au commun des historiens le soin de décrire les particularités de cette lutte fratricide, et nous en tenant aux faits principaux , nous dirons qœ le duc de Feria, voyant que les Grisons étaient secourus par les Gantons protestants et par la république de Venise, en sorte que la guerre menaçait d'envahir les frontières de la 'Lombardie, jeta bas le masque ; il imposa aux Milanais des contributions extraordinaires jusqu'à concurrence de neuf cent mille livres, obtint du gouvernement de Ma* drid un décret qui mettait la vallée sous la protection immédiate du roi, et déclarait la guerre aux Réformés. Le pape P;aul, désireux de mettre un frein à l'hérésie, offrit quatre-vingt mille écus d'or ; enfin les prédicateurs à Milan exhortaient les fidèles à prendre part^ à l'entreprise, qu'ils qualifiaient de croisade, titre dont on a si souvent et si étrangement abusé.
Toute TEurope se plongea dans les discussions politiques à propos de cecoin'de terre de l'Italie, petit, il est vrai, mais qui par sa situation excitait les convoitises de trop de potentats ; car la Valteline, ainsi que nous l'avons dit, confine par son extrémité occidentale avec le Uilan^s, et par l'extrémité opposée avec le Tyrol ; des deux autre» c6té$, elle confine au midi avec la Yénétie, au nord avec les Grisons. On sait qu'à cette époque une branche de la famille autrichienne régnait en Allemagne, une autre en Espagne, sur le Nouveau-Monde» et jusque sur une partie notable de l'Asie , immenses possessions, au milieu des-
qaelles' sç perdaient le Milanais et le [)ays de Naples. La Vaiteline tombaitrelle au pouvoir de l'Espagne , c'était un pastoge commode ouvert à toute armée allant d'Alie* magne en Itdie, avec ou sans rassentiment des Suisses et des Grisons. Supposez maintenant que les domaines de la maison d'Autriche se lussent reliés entre eux depuis la Rhétie jusque la Balmatie» ils auraient enclavé Venise et les autres Élats Italiens; ^ auraient intercepté pour ceuxci les secours venant de rétranger, et se seraient rendus les arbitres de la péninsule. Le pape espérait acquérir quelque portion de territoire pour l'Église et pour ses neveux : la France, conune toujours, souhaitait de substituer sa puissance à celle de la maison d'Autriche. D'un autre côté, les Réformés de la Rhétie, de la Suisse, de TAUemagne, de la Hollande, et même ceux d'Angleterre soutenaient le parti des anciens maîtres du pays, leurs coreligionnaires; les prédicants allai^t racontant en tout pays , avec leur exagération ordinaire, les assassinats dont ils demandaient vengeance non-seulement au nom de la foi, mais encore au nom de Thumanité. Il ne faut donc pas s'étonner si pour la Valteline tant d'États ont mis en jm toutes leurs forces matérielles et toute leur influence politique.
Les Grisons, d'abord repoussés, se portèrent plus Baume
de
nombreux et plus acharnés sur Bormio : alliant la eu* Tirano. pidité et la cruauté au fanatisme religieux ^ ils se plaisaient à profaner tout ce que les Catholiques avaient en vénération. Dans leur marche, ils s'affublaient du pluvial, des soulanelles, des surplis; ils souillairat et perçaient de leurs flèches les images pieuses; ils polluaient les fonts baptismaux et les saintes espèces ; ils graissaient leurs bottes avec le saint chrême; ils muti-
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Iftient les prêtres» ils faisaient jouer les orgues dans les églises pour accompagner leurs danses; ils se servaient à table des calices et des patènes. Le il septembre 16809 eut lieu à Tirano une bataille acharnée^ qui dura buit heures consécutives » jusqu'à ce que les Yaltelins eussent le dessus : plus de deux mille combattants, tant parmi les Grisons que chez leurs alliés, périrent, dit-on^ soit par le fer, soit dans l'Adda, et parmi eux on compte le colonel Flore Sprecher, et Nicolas de Myler, chef des auxiliaires bernois, qui, au moment de partir pour cette guerre, en trinquant avec ses amis, avait juré qu*il rapporterait à la maison autant de tonsures de papistes qu'il y avait d'anneaux à son long collier d'or. U fut tué, et ce même collier fut envoyé comme un trophée au gouverneur Ferla.
Au lieu d'attribuer la victoire à la valeur qui combat pour la patrie et pour la religion, on voulut l'attribuer i un prodige : on assura que la statue de l'archange saint Michel placée au sommet de la girouette qui domine le sanctuaire de la Madone, bien que le vent souffl&t du côté opposé, avait tourné le dos aux Grisons en brandissant son épée menaçante. Feria fit publier la relation de ce prodige, et l'envoya à Madrid avec une image représentant les saints Gerviais et Protais, qui, placée à la façade de l'église de Bormio, et bien qu'elle eût servi de point de mire au tir de l'ennemi, était restée intacte.
L'hiver avec ses neiges et ses glaces ferma parlo ut les passages ; aussi, pendant cette suspension d'armes^ on en vint ft cette seconde période des insurrections, où les intrigants prennent la place des gens à convictions fortes. Les destinées de la vallée furent débattues par les politiques , par les jurisconsultes et les théologiens ; et pendant que tant d'États mettaient leurs raisons en avant sur le sort de
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ce pays, la Valteline envoyait des députés au pape^ aux rois et aux républiques» pour les supplier de lui conserver son indépendance. Elle avait bien moins à espérer des secours qu'on pouvait lui donner, et de la diplomatie, que des longues discussions civiles des Trois Ligues^ où Catholiques et Réformés, les Salis et les Planta, luttaient avec acharnement les [uns contre les autres, moins pour la foi et la patrie que pour servir les intrigues de l'Espagne et de la France. A la fin, les Catholiques eurent raison des menées politiques et de la force des armées : le duc Feria fit tourner ce soulèvement au profit de sa cour, laissant les malheureux en proie à tous les fléaux^ et concluant à Milan une ligue perpétuelle (6 février 1631 ), à condition que la Valteline fit retour aux Grisons avec des stipulations avantageuses , et que les Grisons accordassent un libre passage aux troupes espagnoles.
Vénitiens et Français furent effrayés de ce nouvel accroissement de puissance de FEspagne ; partant, ils s*apprêtèrent à relever Tinfluenoe des Grisons, et à faire rentrer la vallée sous leur pleine et entière autorité. Les potentats et le nouveau pape Grégoire XV, circonvenus par des personnes^ jalouses de la puissance de la maison d'Autriche, écrivirent au roi d'Espagne , comme à un perturbateur de la paix publique, pour le supplier de remettre les choses en Valteline sur un pied qui pût satisfaire tout le monde. Et le faible monarque, Plûlîppe IV, pour ne point avoir l'air d'empiéter sur le bien d'autrui et d'attenter à la liberté italienne , décréta de Madrid que la vallée ferait retour aux Grisons dans l'antique état de choses, ordonna la démolition des forteresses, le retrait des garnisons, et pardonna aux rebelles : le roi de France , les Suisses et les Valaisans devaient se
!nO DISCOURS It*
porter caution pow les Grisons. Les insurgés frémirent de rage en apprenant cette décisioR ; Us trièrent bien haut qu'ils avaient été trahis par tes chefs du mouvement , et raccord n'eut pas lieu, parce que les Suisses reftisèrent de se porter garants. On en vint donc de nou*veau aux armes ; douze mille Grisons envahirait le comté de Bormio, saccageant tout isur leur passage , comme des baiiiares et des fanatiques. Mais le gouverneur Feria s'était mis d^acGord avec Tai^iduc Léopold : et tandis que ce dernier envahissait les frontières desGrisons il descendait, lui, par la Valteline, où il fut accueilli bannières déployées, au bruit des trompettes et des décharges d'artillerie, au son des cloches, et aoehmé comme on protecteur et un libérateur.
Bevant ce double péril, les Grisons s'étaient réfugiés chez eux, et les Espagnols, en les pomrsuivant, avaient mis le feu à Bormio, où sur sept cents nudsons il n'en resta que treize intactes : amis et ennemis rivalisaient entre eux pour faire le mal. Feria parvint même à les di^ger de Chiavenna', et les poursuirit à travers la vallée du Rhin et par la Bregaglia. Le général Baldiron avec dix mille] AutricM^s ocoipa l'Engadine et mtaie la ville deCoire; les hérétiques sont chassés de tous côtés; on a vengé les antiques gri^s, lés Salis sont repoussés; et après les scènes atroces où les frères ont assassiné leurs frères, les Droitures furent détachées de la Rhétie et placées sous la domination autrichienne. Tel est le fruit qu'ils recueillirent de leurs dissensions.
Les Grisons, obéissant au vainqueur, stipulèrent à Milan une confédération perpétuelle avec l'Espagne, aux troupes de laquelle ils devaient accorder libre passage ; quant à la Valteline, il était convenu qu'elle jouirait d'une pleine et entière liberté politique et religieuse, sous
la] cpnâitîûD de payer le tribut de vingt-cinq mille écu& On interdisait anx Protestants de demeurer dans le payd, Qt on leur imposait Tobligation de yendre dans le délai de «ix ans tout ce qu'ils possédaient; de plus, rarcîiiduc pourrait envoyer dans la vaUée un commissaire spéôal ponr rendre la justice. Chiavenna, évacué par les Es« pagnols, fut cédé aux Grisons; mais comme ceux-ci n'envoyaient pas d'officiers pour administrer le comté» il se pourvut d'un gouvernement particulier.
C'est ainsi que les cboses semblaient remises en état ; interrenuon mais les rivaux de rAutriche, qui regardaient comme une perte tout ce qu'elle gagnait, et ceux qui toi^oors ovA vu en die la plus dangereuse emiemie de la liberté italienne, ne pouvaient souffrir qu'elle eût acquis sans bruit vers lltali^ un passage qu'elle ambitionnait tant, en même temps que de la Rhétie, en passant par l'Alsace et le Palatinat dtt Rhin, sa récente conquête, elle pouvait expédier toute espèce de troupes dans les Flandres, où la guerre sévissait cruellement. Les princes italiens en tremblaient pour leur propre indépendance. Le duc de Savoie regret^ tait qu'on ne fftt plus obligé de recourir & lui pour ùih tenir un passage, qu'il savait se faire.rpayer; les Vénitiras regrettaient de se voir enlever le fruit d'une alliance achetée au poids des séquins : tous maudissaient les Espagnols, qui/sous prétexte de religioii» visaient seus main, disaient-ib; à s'emparer des possessions d'autrui.
C'est une vieille habitude des Italiens de recourir à la France dans leiii-s difficultés, et chez les Français de se poser en protecteurs des libertés italiennes; ceux-ci, de concert avec la Savoie et Venise, formèrent une ligue contre la maison d'Autriche pour garantir l'exécution du traité de Madrid, et remettre les Grisons en possession
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de la Valieline. Le roi d'Espagne^ pour éviter d'aug* menter le nombre de'ses i^nemis, recourut à im expédient ; il consigna les forteresses de la vallée au pape, à condition qu'il les garderait avec ses troupes^ mais aux frais de TEspagne, jusqu'à ce que les deux cour(»mes eussent pris à ce sujet un parti décisif. Horace Ludovisi, duc de Fiano, neveu de Grégoire XV, occupa les forts avec les Papalins, c'est-à-dire avec une troupe de bandits et de ribauds, le 29 mai 1623.
Cette mesure déplut très-fort au par^i Mîn^ .* il croyait voir que par là l'Espagne se préparait à restituer la Valteline, en sauvant son honneur; mais malheur à qui n'a pour lui que le droit, et qui s'en est remis de ses destinées à la bonne foi d'un roi et aux manœuvres de la diplomatie! La mesure déplut également aux Vénitiens, qui voyaient grossir les rangs de l'armée du roi ou du pape, au moment où ce dernier laissait deviner son ambition de faire de la Valteline une principauté pour ses parents. Biais sous Urbain VIII, son successeur, fort bien disposé pour la France ,* une ligue se forma à Avignon entre cette puissance, l'Angleterre, le Danemark, Venise, la Hollande, la Savoie et les princes d'Allemagne contre l'Espagne et l'empereur, pour les contraindre à restituer Iç Palatinat du Rhin et la Valteline (L). Une consultation de théologiens avait déclaré que le pape ne pouvait en conscience remettre les Catholiques sous la domination des hérétiques, sans un péril imminent pour les âmes; mais le roi très- chrétien lui intima ou de démolir les forteresses de la vallée, ou de les restituer à l'Espagne , afin de pouvoir, sans blesser le respect dû aux clefs de saint Pierre, entrer à main armée dans ce pays, pour rappeler les Grisons à la liberté et les soustraire au joug autrichien.
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à la éemiète ei^trénité. Les Autriavaieirt penéeuté dans le pajfs les rèforuiés» çurtant les ninisfres, et désarmé la population. Us avaieQt en outre envoyé des colonies de Capucins allemands dans le Pretigau» à Tavate, à Goire, de Capucins milanais dans la nregalia, de Brescians dans le val Santa- Maria, en prêtant main forte à leur apostolat : il y eut parmi eux, comme parmi les Protestants, beaucoup de martyrs. Quand on voulut par force contraindre ceux de Pretigau à fréquenter les églises des Capucins, ils firent un vacarme affreux, et s*écriérent : « C*en est trop : nous mourrons san» patrie, sans liberté, mais sauvons au moins nos ftmes. » Us s'enfuirent donc dan^les forêts : et de là« armés de facdx, de couteaux, de pierres et de massue:;, ils se précipitèrent sur les Aubicbiens le jour des Rameaux de Tan 1623 , et on vit même les femmes prendre part à rexternrination des oppresseurs de leur patrie ".
Les armées de Baldiron et de Feria rétablirent nUMnentanément la tranquillité ; mais Feria était tombé en discrédit à la cour de Madrid comme étant le premier au-teur de ce soulèvement de la Valteline, qui, en fin 4e compte, ii'avait en&nté que des malheurs; le pape« qua* Uflant de subtiles inventions les craintes du gouvernem&Bti espagnol^ ne voulut pas recevoir en Valteline de garnison autrichienne. Si telle était sa pen8éf$, les fiiits la démentirent. Cœuvres, qui fut depuis le maréchal d'Es*
(1) Pins de cinq ceats soldats de Tarchidac restèrant sur le terrain : avec eax succomba le bienheureux Fidèle de Sigmaringen , capucin que Lavizzari appelle le prifa ébk^rri de te$ mltsUms, et qui est le pratooHtrtyr de la congrégation de la Piepagaode. Voir Moria âeUe mUtkêni de' frttil minori CâpjpNrcini deUa proviticia dM Brescia «eUa ae«la, de 1621 à 1693» par P. F. Clrmeiitb da BaiiSciA : Trente,
Pavons, 1701.
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trèes, le drapera français ddployé, fil son enlnfeà Cmre, sur rordre de Riehdieo» ministre Ae Louis Xlii ; il readit aux Broilores lews libertés, ehassa l'éfèqne, remit les choses dans le prraiier état , et mardia fou^ droit snr la Valtdine, d'où les Papalins se retirèrent Arrivé là, il conclut lin accord avec les députés de la vallée, proaMt** tant que les alliés la protégeraient, que les Grisons n*en^ treraient point dws les forts, et qu'il y resterait seulem^ Jusqu'à ce qu'on eftiéldili un gouvernement légtt* lier : en attendant, on soUicilerait une solution défiqîiive. Robustelli, après s'être consacré en vain à la défense Atr la patrie qo^l avait entraînée à une n triste lutteuse letim sur le territoire de Milan ; la vsAée tout entière lot oe<» cupée par les Français, aux grands apidaudisseuients de ces gens qai appeHent affranchissement le changement de maître.
Tmiu Grande ftat alors Fanxiété de Feria : les Français ne vou- UM^ott. draiailHis point , pendant que le vent soufflait pour «ux, tomber sur le Milanais, et, comme par représaiUes de ce4iue venaient ûe tenter les Espagnols, prendre une part de leurs possessions : en conséquence, il mit les passages en état de dtfense. fins tard, les négociations diplomatiques aboiH tirent h un accord condu à Monçon, ville d'Aragon,, le 6 mars i6l6, où, en ce qui concerne la Yalteline, on décida que la religion eatboUqoe serait C(mservée, et qu'on rétablirait les choses dans l'étoft où elles étaient en 1617* D'après le traité, les indigènes avaient le droit de nommer eux-mêmes leurs magistrats et leurs gouverneurs, sans dépendre des Grisons; ceux-ci devaient confirmer les élus dans la huitaine qui suivait l'élection, et recevoir tme re* devance annuelle de vingt-cinq mille écus d'or : on s'engageait à remettre les forteresses an pape pour les d6-
LES G&ISOIIS. — > LA. VALTSLINE* 2f73
malir ; les Grisons ne poninûent plus eiitrer en armes dans la tallée, et les Espagnols ne devaient entretenir i la frontière milanaise qtte le contingent ordinaire.
Ce traité sauvegardait la dignité de^TEspagne, qui cjmwiiatte» paraissait avoir pourvu tout k la fois à la religion et à la i'^^^^'^ liberté de ces populations. Hais il n'était pas femps en* core. Les Grisons, en effet, sur les instigations des prMîcants , de Venise et de la France, réclamaient Texéeulioa du traité de Madrid, tandis qu*en Vatteline le parti nltracatbolique poussait à des mesures rigoureuses contreles hérétiques, et confisquait les biens des relaps : c'est ainsi 4iue beaucoup de ceux qui avaient embrassé secrètement la Réforme périrent, ou par suite de sentences de Phiquisîtion ou sous les coups de fimatiqucs. Du reste, il était dans la nature même des dios^ que les Gatholitpies , se. sentant Tîgoureusement appuyés, se livrassent à des excès en* vers les dissidents, ne fût«-ce qu'en paroles (M). Nous avons une lettre de frère Jean de Martin^go prédicateur k Ponte, écrite le 18 mars 1627 à Jean Bongetta et à Philippe-Baptiste dit Sfodego, ainsi qu'à d'auti^ habitants de Sondrio, où il leur annonçait ce qui suit : c J^ai appris « les horribles blasphèmes que vous et d'autres héréti- « ques, tant hommes que femmes, demeurant à Sondrio, « profi^^ez contre notre sainte foi catholique. J'avais ré*
< solu sans plus tarder de vous infliger le châtiment que ^ vous méritez, mais je veux user envers vous d'un excès « de miséricorde. C'est pourquoi la présente vous servira •€ à vous et à d'autres hérétiques deldouce exhortation à « embrasser la foi catholique. Et si vous ne le voulez pas, ^ faites en sorte d'être tous dehors de la vallée et au-
< delà des frontières ; malheur à vous si vous m'at- 41 tendiez là ; le châtiment le plus léger sera le feu et
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c les flammes. Si vous me demandez au nom de quelle € autorité je vous écris et je vous menace , tous verrez t bien par les effets ce que je puis et veux faire pour c purger entièrement la vallée d*une pareille peste... »
On élabtit aussi le Saint-Office, et au mois d'octobre i 028 on décréta que fous les hétérodoxes devraient, dans l'espace de deux ans, vendre tous leurs biens immeubles dans la Valteline , et la quitter sous peine de mort. L'évèque Caraffino, étant venu en visite pastorale, enleva aux Protestants les biens de sa mense épiscopale, qu'ils tenaient à bail emphytéotique, quoiqu'ils en eussent payé la redevance.
Le ministre de Poscbiavo étant mort de la peste en 1631, Caraflino écrivait aux seigneurs de Tendroit à la date du 16 janvier : t Au milieu du progrès qu'a £ait le mal contagieux dans ce pays et dans le reste de mon diocèse, j'apprends qpll a plu à la majesté divine de retirer de ce monde le prédlcant de Poscbiavo : voilà une preuve évidente de sa miséricorde envers nous. Afin de répondre tous de notre côté à ceUe faveur, et de satisfaire à nos obligations, j'ai cru devoir écrire la présente à vos Seigneuries pour les avertir de ne plus permettre à l'avenir l'introduction d'une semblable peste dans le comté, et de vous y opposer virilement..., persuadés que vous devez être, qu'outre Tassistance que vous recevrez du Dieu saint, en ce qui me concerne, nonseulement je vous fournirai tous les secours imaginables, vous envoyant même des forces capables de s'opiM>8er avec vous à la résolution de ces hérétiques, mais au besoin j'irai vous trouver en personne, et mon exemfde sera promptement suivi par le révérend père inquisiteur, accompagné de tous ses familiers, pour
LES GRISONS. — -^ Li VALTKUNE. 277
« s'emparer du ministre et de ses foofeurs, non moins que € de tous ceux qui n'auraient pas pleinement satisfait c à leur devoir en s'opposaat à Tarrivée du prédicant >
Sur ces entrefaites, la guerre menait d'éclater au sujet aitmc de la possession du duché de Mantoue, que se disputaient i>wiH«Mt». entre eux les ducs de Neters, héritiers des Gonzagues, soutenus par la France, les ducs de Savoie, Tesprit toujours tendu vers les agrandissements, et les Autrichiens, toujours vigilants pour les arrêter. Le duc de Nevers, profitant de la récente convention de la France avec les Grisons, passa avec son armée par la Valteline sur le territoire vénitien , et alla prendre possession du duché. Pendant ce temps-là, des autt*es vallées alpestres débouchaient des soldats français , espagnols , savoyards pour se disputer le triste honneur de dépouiller et d'avilir cette pauvre Italie, toujours l'enjeu de la victoire. L'empereur Ferdinand, pour faire insulte à la France et pour soutenir, lui Autrichien', les ambitions autrichiennes, envoya trente-six mille fantassins et huit mille cavaliers, sous la conduite de. Rambaldo Collalto ; troupes toujours formidables, mais qui l'étaient alors bien davantage par la crainte de la peste. Le gros de cette armée était venu par Lindau dans le pays de Ghiavenna pour descendre de là - "
dans le Milanais :puis, se disse minant à travers la Valteline, les soldats y avaient propagé outre le brigandage, la peste, fléau aggravé par les longues souffrances de la guerre et par la récente disette. Les livres de plusieurs auteurs et les miens, devenus populaires , ont fait connaître à fond ces misères, au milieu desquelles, on a vn d'une part, croître les legs pieux et les ex-voto, et d'autre part les hommes, au lieu de se mieux conduire en face du châtiment divin, insultant le Dieu qui les flagellait, s'enivrer de la vie qui
SW DISGOVBS IV. '
kf Iqfait, do désordre qui régnaiti et de la fortune qoi s*aeauDidttt aitre les mains des survivants.
Onuil à nous, nous voudrions recommander aux grands sages de notre aiàelede ne permettre jamais le retour de eea horrikles fléaux naturels i Ne vaatent*ils pas Tomnipoteooe de l'homme capable de dompter la nature? Ne lui promettrat-ils pas -un avenir de jouissances inépuisables, dès qu'il aura &it disparaître toutes les causes de destructicm et enchabiè les éléments? Mais voici tout à coup un torrent, un tremblement de terre , une maladie qui s'at* laque à Thomme, à la vigne, aux pommes de terre, une saison défavorable , et les riantes prévisions s'en vont en fumée; il leur fiiut alors reconnaître une main plus puis^ santé, et combien est précaire la possession de l'homme sur cette croûte du globe terrestre qui couve un incendie.
Aussi les grandes calamités sont le jour du prêtre, du moine» et de la charité ! voilà les forces que les grands sages de noire époque s'ingénient à discréditer; influences qu'ils voudraient bannir et qui redeviennent efflcaces grftce aux bénédictions qu'dles s'attirent an milieu de ces malheurs.
La pttte. Sauver sa vie était une exception : on considérait comme
diaiité
« 32f^" ^^ ^^^^^os celui qui restait au poste à lui marqué parla Providenee, et s'il y avait encore quelque remède aumal, c'était de la charité chrétienne qu'il venait. On avait accordé au clergé les plus amples pouvoirs; combien ne vit-on pas de ses membres en assistant les malades, exposer par un sacrifice spontané leur vie mortelle pour acquérir la vie étemelle. Les Capucins se rendaient jour et nuit partout où le besoin se faisait sentir : ils apprêtaient eux-mêmes la nourriture et les médicaments, ils refaisaient le lit des malades, veillaient au chevet des moribonds, les transpor-
LES aRISOUS. — * Là TALTEUIIK. SW
taient, les approprw^t, et meUaient à proiH ces terribles motneiits où Thomme le plus dépravé sent revivre la conscience, pour le fortifierpar la douce espérance du pardon. A Ikano surtout la contagion fit de cruels ravages ; les malades se faisaient pbneer dans we raeeinte élevée autour delîéglîse de la Madone miraculeuse, dans Te^ir d'obtenir d'elle un soulagement poir Téme ou pour le corps, et aumoiifô d'avoir la conseilation de mourir là où ils désiraient. Les Capucins s'étaient établis k Tirano en 1624 ; ils moururent jusqu'au dernier en soignant les pestiférés ; d'autres de leurs frères vinrent les remplacer, et succombèrent à leur tour* Donner la vie pour faire le Ihcu ! Je te reconnais bien U à ces nobles aeiMms, ô sainte religion, toi qui seule es capable d'enfanter des martyrs de rameur I
Pour iM'évenir et pour guérir la maladie , on avait pris des mesures de précaution, les unes sages, les autres supersUtteuses , d'autres exécsables. Séqpiestrer les malades, prolonger les quarantaines, interdire les communications avec qui que ce soit, porter dans les mains de la rue, de la menthe, du romarin, un flacon de vinaigre^ une âole remplie de mercure, qn'on regardait comme ayant la propriété d'absorber les émanations contagieuses. Et comme dans les grands fléaux, lorsqu'on n'ose pas blasphémer la Providence, on sent le besoin de décharger sur quelqu'un la colère au brutal instinct, et d'exhaler contre lui les sentiments d'un orgueil humilié de son impuissance, l'opimon publique, ce monstre terrible aux époques de perversité ou de défaillance, affirmait que des malveillants propageaient la peste au moyen de sortilèges et d'onctions : aussi xit-on dans certains pays de prétendus empoisonneurs non pas seu-
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lemcnt massacrés par une pepnlace en délnre, mais aieore poursuivis en règle, coBfraiiieus de ce crime, el livrés d'horribles suppHces *•
Bormio avait interdit à tonte personne de passer dans TEngadine, où la mdadie sévissait. Un paysan, ayant dépassé le cordon sanitaire, tomba entreiesmainsdesgardes : il avoua 'que, sa femme éittit malade, et soupçonnant que la maladie pouvait être le résultat d*un sortilège, il s'était porté au ddà du cordon sanitaire pour consulter Fastrologue de Camosasco, homme du commun, qui avait des intelligences avec le diable , et qui, disait le contrevenant, avaitmontré dans une fiole trois personnes quiavaimt fait l'incantation sur sa femme '. Soit ignorance, soit malice, le paysan nomma une pauvre vieille, qui, ayant été arrêtée et soumise à la corde, s'accusa elle-même et dénonça plusieurs personnes. Le juge de Bormio instruisit le procès, et fit pour la sûreté de sa conscience intervenir l'archiprètre Simon Murchio : puis , du consentement de l'évéque de Côme, trente^quatre personnes, tant hommes que femmes, furent décapitées, et leurs cadavres réduits en cendres'. C'est ainsi que des guerres insensées, des fléaux horribles et des préjugés concouraient à Textermination de la pauvre humanité*
(1) On appelait UntoH ceux qui aa temps de la peste étaient regardés comme les auteurs et les propagateurs de ce fléau au moyen des onguents. ( Note des traducteurs.)
(2) Cette femme, ensorcelée dans une pièce de drap rouge, resta deux mois confinée au lit sans manger ni boire rien autre que quelques gouttes d'eau qu'on lui ingurgitait à Tendroit d'une dent qu'elle avait perdue. Cependant on la voyait se mettre à la fenêtre ; mais, des qu'elle s'apercevait qu'on la voyait, elle retournait au lit, où elle restait immobile. Elle guérit tardivement, malgré les exorcismes en règle qui lui furent appliqués,
(3)Alberti, Antichità Bormiesi, manuscrit.
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LES GRISONS. — U VALTELlNK. Ml
La peste cessa, mais noo les inalheors do la Vallettue; le pays était parcouru ea tova seas par des bandes de soldats qui allaient à l'épouvantable guerre de Trente ans. Cette facilité d'envoyer des troupes âdsait davantage regretter à la France de voir le passage aux mains de sa rivale : aussi se leva-<*elle enfin, résolue d'affirancfalr l'Italie, vieux prétexte ( disait Ripamonti) dont se servent les Français pour franchir les Alpes; les Français (igoutet-îl ), auxquels on ne devrait point se fier, car c'est une nation inquiète, et qui n'aspire qu'à inquiéter les autres *.
Le duc Henri de Rohan , le gentilhomme le plus ac* Le duc compli de son siècle, en sa qualité de chef des réformés, avait soutenu avec vigueur et talent la lutte contre Richelieu, qui avait bien pu lui faire perdre la faveur de la Cour» mais non la réputation d'un excellent capitaine. Précédé de cette renommée» le duc, avec une armée de douze mille fantassins et de quinze cents cavaliers, passa parBàleet Saint-Gall pour atteindre Goire, d'où, étant entré par Ghiavenna dans la Yalteline, il occupa sans difficulté tout le pays.
Bientôt arrivent des Allemands par Bormio, des Espagnols et des Milanais par le fort de Fuentès. Chassé par ces forces supérieures, Rohan est contraint de se retirer dans l'Engadine» Ayant recruté de nouvelles troupes , il repasse la frontière, livre de terribles combats, remporte la victoire, et pendant qu'il a la fortune en main se précipite sur le pays situé à l'extrémité septentrionale du lac de Gôme. U le livre au pillage et à l'incendie, puis continue à s'avancer; mais, ayant rencontré dans les forteresses
(1) Geniis inquieiœ^ ei vokniïs inquietart cceteros, Historiarum Ratriid iii conUmiatîonem Tristani Chalchi, 1641 et 1643, ou id48,d.voI. in-fol. p. m.