DI6G0CES VI
Antérieurement à tous ceux-là, Jean Albert Widmanstadt, se trouvant à Rome en 1533, exposa le système de Pylbagore en présence de Clément VII, de deux cardinaux et d'illustres personnages : il reçut en don du pape Touvrage grec d'Alexandre Aphrodisianus Du sens et du setur sible^ très-beau manuscrit maintenant conservé à Munich, sur lequel Widmanstadt a lui-même noté cet incident '.
Le père carme Antoine Foscarini, quittant Naples pour aller prêcher à Rome , écrivait au général de son Ordre une longue lettre, qui ne manque pas d'élégance , dans laquelle il cherche à concilier la théorie des Pythagoriciens et celle de Copernic avec des passages de l'Écriture qui semblent la contredire \ et que Ton ne doit pas, dit-il sagement, toujours prendre à la lettre. Outre les dires des
(1) Plusieurs Italiens ont prétendu à la priorité dans renseignement du système de Copernic. Thomas Cornelio , qui écrivait au dix-septième siècle Problemata Physica, dit que Jérôme Tagliavia, Calabrais, avait beaucoup pensé à ce système et . écrit là-dessus quelque chose qui, après sa mort, tomba entre les mains de Copernic. Des titres plus valables pourraient être produits par Dominique Marie Novara, Ferrarais, mort en 1514 à Bologne, où étant professeur d'astronomie il eut Copernic pour élève et pour compagnon de ses observations. Ce fait est attesté par Georges Joachim Retico, compagnon et ami de Copernic, qui ajoute que celui-ci, jeune encore, expliqua Tastronotnie à Rome et eut de nombreux auditeurs, même de fort illustres.
(2) Cette lettre a été réimprimée parmi les œuvres de Galilée à Florence, tome V, 1854. « Ces preuves et leur explication font voir que Topinion des Pythagoriciens et de Copernic est peut-être plus probable que ne Test celle généralement admise de Ptolémée : de cette hypothèse découle un système très-clair et une constitution merveilleuse du monde, beaucoup mieux fondée en raison et en expérience, et Ton voit clairement que l'on peut la soutenir : il ne convient donc plus de douter qu'elle répugne soit à l'autorité de la Sainte-Écriture, soit à la vérité des propositions théologiques : on explique aussi avec facilité non-seulement les phénomènes et les apparences de tous les corps, mais on découvre encore un grand nombre de raisons naturelles, que l'on pourrait difficilement arriver à comprendre par une autre voie.»
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disciples de Pylhagore, il nief en ligne les opinions de ceux qui placent le ciel en haut , la terre en bas, Tenter au milieu, ou qui croient qu'après le jugement dernier le soleil demeurera fixe à Torient, et la lune à l'occident. Que ceux que de telles difficultés feront sourire s'imaginent les réponses par lui sérieusement opposées; et, malgré Montucla, historien docte et impartial des mathématiques, qui estime cette lettre une œuvre judicieuse, je crois qu'il ne produit pas une seule raison concluante.Son cheval de bataille est l'analogie entre le système planétaire et le candélabre mosaïque à sept branches. Entre les planètes est le fruit défendu du paradis terrestre, l'habit sacerdotal d'Aaron, le figuier et le grenadier : à chaque symbole, à chaque fruit opuntien il rapporte tous les passages de la Bible où ils sont mentionnés et que l'on peut, bon gré malgré, faire servir à étayer le système du monde.
Nous n'aurions ici qu'à le plaindre; mais, en suivant toujours la même méthode, beaucoup réussissaient à infirmer l'autorité de la Bible, et méritaient pour ce motif la désapprobation de l'Ëglise, non qu'elle professât une inimitié systématique contre un doute qui au fond ne l'atteignait pas. Qu'on dise plutôt que cette doctrine était combattue par le témoignage des sens dans le vulgaire et plus encore par les préjugés des savants, pour qui c'était un crève-cœur de désapprendre ce qu'ils avaient appris, de renier leur foi en Ptolémée et en Aristote, de confesser les mérites d'un contemporain.
Pour comprendre la hauteur où s'est élevé Galilée , il faut considérer combien ses contradicteurs étaient au-des- ^?cms.'*^* sous de lui : la distance explique l'envie et la persécution. Les Platoniciens croyaient le ciel gouverné par des forces spéciales, qui n'avaient rien de commun avec la terre. Les
Ses
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Péripatéticiens s*étatent fabriqué une astronamie a priori, et asservissaient tout à rargumentation. Ghiarimonti, de Césèoe, syllogistiquait ainsi dans un ouvrage de 1632 : « Les animaux qui se meuvent ont des membres et « des flexions; la terre n'm a pas : donc elle ne se meut « pas... Les planètes» le soleil, les fixes sont tous de même c genre, le genre des étoiles : donc, ou tous se meuvent, ou a tous sont immobiles. Cest une grave inconvenance de « placer parmi les corps célestes, corps purs et di- <x vins, la terre, qui est un cloaque des matières les plus a impures. »
D'autres philosophes in libris^ comme Galilée les appelle, croyaient voir dans l'hypothèse du mouvement de la terre un manque de respect à la sagesse antique. Un bon croyant faisait ce raisonnement-ci : « Est-ce que dans le ciel em- « pyréeDieu ne réside pas avec les âmes bienheureuses? a Si le ciel est semblable aux autres sphères , voilà cette « croyance détruite. » Lorsque Kepler, par des hypothèses hardies, et pourtant raisonnées et raisonnables, supposa qu'entre Mars et Jupiter existait une nouvelle planète, vérité qui n'a été prouvée que cent cinquante ans plus tard, Sizzi astronome de Florence, le réfutait en disant que, de même qu'il n' y a que sept ouvertures à la tête, sept métaux, sept jours dans la semaine, sept branches au chandelier de Moïse, qu'à sept mois le fœtus est parfait, de même il ne peut y avoir que sept planètes. Le jésuite Ghristophe Glavio, proclamé l'Euclide de son temps, et consulté par Galilée sur ses études de géométrie en 1.588, dit en souriant, lorsqu'il apprit la découverte des satellites de Jupiter : a Oui ! avant d'avoir un instrument pour les voir, il faudra avoir un instrument pour les fabriquer. » Un tireur d'horoscopes ajoutait : « Comment
croire à tes planètes Médieéennes si tu n'en peux montrer l'influence? »
On faisait des mascarades pour ridiculiser les lunes de Jupiter. La cour de France offrait des présents considérables à Galilée s'il découvrait des astres qu'il appellerait Bourbonniens, comme il avait nommé Médicéens les premiers observés. Etlorsque Galilée, laissant tomber un grave du haut de la tour penchée de Pise, prouva la fausseté du théorème d'Aristote, qui proportionnait la célérité au poids, il excita un tel guêpier qu'il dut émigrer de cette université à celle de Padoue, dont le gouvernement accordait aux opinions philosophiques la tolérance qu'il refusait aux opinions politiques.
Des expériences ! des expériences ! s'écriaient d'autres : une pierre jetée d'en haut ne retomberait -elle pas à une distance d'autant de milles que la terre en a tourné pendant la durée de la chute ? L'oiseau qui a quitté son nid saurait-il jamais le retrouver si la terre avait tourné audessous de lui? En outre, n'est-ce pas un fait acquis que la lune tourne autour de la terre ? Pourquoi aurait-elle seule cette propriété? Alexandre Tassoni, un penseur aussi sagace qu'indépendant, fit cette objection, qui, ridicule aujourd'hui, séduisit cependant alors un grand nombre d'esprits : <x Tenez-vous, disait-il, debout au milieu d'une chambre, « et regardez le soleil d'une fenêtre donnant au midi : as- <c sûrement si le soleil est fixe au centre, et si la terre tourne a avec tant de rapidité, en un instant le soleil aura disparu « aux yeux du spectateur, -o -— Vieta, qui a perfectionné l'algèbre, Yiela, un esprit éminemment philosophique, soutient dans VHarmonicum cœleste, autographe de la bibliothèque Magliabechiana, que le système de Copernic découle d'une géométrie fausse. Montaigne disait : < On ne doit pas
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€ rechercher lequel des deux systèmes est le vrai; et qui « sait si d*ici à mille ans une troisième opinion ne vien- « dra pas renverser les deux précédentes ? » Descartes Fa nié quelque part. Gassendi n'osa pas le proclamer, le voyant si unanimement contredit; Bacon s'en moqua comme répugnant à la philosophie naturelle. Claude Beiigard, Français, professeur à Pise et à Padoue, auteur des Circoli Pisani, rangé parmi les penseurs les plus fins de son siècle, le réfuta dans les Doutes sur timmobilité de la (erre. Pascal entre autres admirables Pensées a émis celle-ci : « Je trouve bon qu'on n'approfon- « disse pas l'opinion de Copernic. »
preuTcs ^® n'étaient donc pas les ignorants, ce n'étaient donc pas insuffisantes, j^jg moincs sculs qui attaquaient une vérité énoncée inexactement, et qui n'était point accompagnée du cortège de preuves dont elle est autorisée aujourd'hui'. II est vrai que la découverte des satellites de Jupiter et de Saturne, la rotation bien prouvée de Mars et de Jupiter, les phases de Vénus et de Mercure autorisaient à conclure qu'il en devait être de même de la terre, puisqu'un observateur placé dans ces astres relèverait les mêmes phénomènes que nous : mais il restait des doutes nombreux, parce qu'on avait mis
(J) L'iUustre Cremouini lui-même était opposé à Galilée; Daniel Antomni, Frioulan, dans une lettre qu'il adressait à ce dernier, lui disait : « Est-il possible qu'il y ait au monde des hommes aussi niais, et, ce qui est pire, qu'ils soient considérés comme les vrais savants? Que faudrait^i^ faire pour les forcer à confesser la vérité, s'il ne suffit pas de la leur faire voir avec leurs propres yeux? D'un côté j'en ris, mais d'un autre doté je m'indigne, et je suis* presque tenté de dire, comme ce bon religieux, si j'étais messire le Bon Dieu, je ne supporterais pas qu'une race d'hommes aussi déraisonnables vécût.
« Mais je crois que le Seigneur Dieu les laisse vivre pour élre les bouffons de la mère nature. »
Nous disons, nous, pour expier quelque velléité d'ambition.
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en évidence raberralion, la dépression de la terre aux pôles^ du soulèvement des eaux sous l'équateur, la variation du pendule selon la latitude. Une autre grande difficulté, c'était la distance des étoiles fixes que l'on estimait incalculable, parce qu'on manquait de toute paralaxe annuelle. Copernic croyait nécessairement circulaire Torbite des astres; d'où il suit que, s'il expliquait ralternative des saisons par le parrallélisme que l'axe de la terre conserve toute l'année, on était forcé d'attribuer cette continuité à un troisième mouvement.
De prime abord, Galilée lui-même crut avec le grand nombre que la terre était immobile. Même lorsqu'il fut convaincu de la vérité du système, il n'osa pas la professer ouvertement, par crainte des railleries» dont alors comme aujourd'hui, on poursuivait celui qui a raison trop vite. Ajoutons qu'il supposait que la terre tournait à travers « l'air, lequel paratt-il, n'est pas dans la nécessité d'obéir à son mouvement*. )» Du reste pour qu'une vérité prenne rang d'une manière immuable dans la science, il ne suffit pas de la présenter comme une hypothèse , expliquant plus ou moins bien les faits , mais il faut l'étudier en ellemême , la discuter, en vérifier toutes les conséquences.
Nous reconnaissons aujourd'hui que nul ne surpassa Galilée dans le talent d'obseinration , dans la sagacité à pénétrer les secrets de la nature et à en découvrir les
(I) Dialogues f quatrième journée. Il substituait rexpérience à l'a* nalyse elle-même, comme dans la recherche de la quadrature des cycloïdes. Il construisait des cycloïdes avec des feuilles qu'il pesait ensuite avec soin : il trouva de cette manière que Taire de cette courbe est égale à trois fois Taire du cercle décrivant. On sait combien ce problème a exercé la patience des chercheurs, à commencer par le cardinal de Gnsa, jusqu'au moment où l'analyse infinitésimale vint le résoudre
avec facilité.
338 DISCOOAS ^I.
lois pour arriver aux origines de TUnivers : nous le proclamons le père de la philosophie naturelle. Hais, pour faire triompher ces vérités sur les préjugés» il recourut souvent à la polémique, qui, on le sait, ne choisit pas toujours les armes les plus courtoises ; il se servit plus d'une fois de rironie et de la satire pour captiver l'opinion ; il sacrifia la prudence à l'esprit. Il s'était donc (ait une foule d'ennemis, partie à cause de la malveillance instinctive du monde contre les talents supérieurs, partie pour avoir flagellé inexorablement les Aristotéliens , et avoir repoussé sans pitié les attaques par le sarcasme, lorsqu'on l'attaquait lui-même sans égard pour son génie et ses malheurs. En cela, il se montrait homme, et ceux qui osèrent chercher dans sa vie les taches qu'il avait cherchées dans le soleil , le trouvèrent plus fort sur la philosophie natureUe que sur la philosophe morale et religieuse'. Au début, il donna dansles rêveries de l'astrologie, et montra du dédain, même du mépris pour toute découverte qui ne venait pas de lui : faiblesse de caractère qui explique son attitude avant et pendant le procès, son manque de prudence d'abord, de fermeté ensuite.
Galilée Mais le clergé, quelle opinion eut-il de Galilée î On ^^ ces paradoxes qui chatouillent la curiosité irréfléchie de notre siècle, que nous avons vu appliquer à Dante, à Michel Ange et à d'autres, a été appliqué à Galilée. On Ta fatt passer pour un libre penseur, qui aurait employé sa vie à déchirer l'Église, tout en feignant de lui être dévoué, « comme Simplicius toujours, avec une fine pointe di- « ronie •. j> Le grand homme aurait donc été un hypO'
(1) Voir spédalement PhiîarHê Choiles.
W Arduihi, La FiUe aînée de Galilée ( en italien )> Florenoe, i^' Il ajouta que, porter aux nues le poëme du Tasse, « est un piéjW ^
et le cleiigé.
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crite abject , et Tlnquisition mille fois trop indulgente. A l'appui de sa thèse, le sophiste rapporte que Galilée fréquenta beaucoup frà Paolo Sarpi à Venise ; il cite ses paroles et ses écrits; parmi ces derniers, un chapitre où il fait réloge de la nudité des peuples primitifs < qui ne portaient pas de caleçons, et chez lesquels ce qu'il y avait de beau et de bon en chacun était visible pour tout le monde. »
Galilée eut le malheur d'avoir une famille non légitime. Il plaça deux de ses filles naturelles dans un couvent de Florence, de la même manière que Dante avait placé les' siennes à Ravenne et à Vérone ; et, comme elles ne remplissaient pas les conditions d'âge, il obtint à force d'instances la dispense de Rome. D'après Fauteur que nous réfutons , Galilée n'aurait eu d'autre but , en agissant ainsi, que de porter dans l'enceinte de cette maison l'apostolat anticatholique, ou d'y faire exercer Tespionnage.
Si l'on accepte ces faits, et si l'on exclut les interprétations qui seront démenties par toute notre exposition^ on comprend que Galilée ne pouvait être en odeur de sainteté auprès du clergé : cependant, il est notoire que le père Castelli , Monsignor Ciampoli , le cardinal Conti et un grand nombre de jésuites honorèrent le savant, et glorifièrent ses découvertes. A Rome, il fut toujours accueilli avec bienveillance et honoré par les Lincd. Lorsqu'il inventa le télescope, les cardinaux, très-désireux de le voir, le prièrent de le leur apporter; le pape, devant lequel il
récole des Jésuites, qui jusqu'ici ont été, on Italie, les maîtres privilégiés et intéressés des belles-lettres » (page 233 ], et qui se sont servis du poème des croisades pour affermir la doctrine catholique.
C'est une chose digne de remarque qu'avoir censuré le Tasse a été reproché comme une grande faute k nous Lombards, qui étions alors appdés romanfigiies et que plus tard on appela cléricaux^
MO DISGOURS TI.
s*agenouilla selon Tusage, le Ht relever avant même qu'il eût dit un seul mot, et le cardinal Del Monte écrivait au grand-duc : < Pendant son séjour à Rome, Galilée a
< donné beaucoup de sujets de satisfaction, et je pense c que lui-même en a reçu des marques, car il a eu occac sion de montrer si bien ses inventions, qu'elles ont été
< regardées par tous les hommes de mérite et de savoir c non-seulement comme très-vraies et très-réelles, mais
< encore comme très-merveilleuses. Si nous étions au € temps de Rome antique, je crois qu'on lui aurait élevé « au Capitole une statue pour honorer l'excellence de son c mérite. »
En cette circonstance, Galilée connut à Rome saint Je* seph de Calasanzio^ qui disait que le monde deviendrait un paradis, si tous apprenaient la lecture, l'écriture et le catéchisme. Mais cette tourbe, qui semble destinée par la providence à faire expier le génie, commença à rendre suspect aux timorés le nouveau système : de sots prédicateurs le taxèrent de curiosité irrespectueuse *.
(1) Virï Galitei, quid statis aspîcienies in cœlum ? Tel fut le texte choisi par un prédicatear à Florence. Je trouve une autre application heureuse de texte dans une lettre de Pignoria, du 26 septembre 1610 : « Je TOUS donne la nouvelle qu*en Allemagne Kepler a observé, de « son c6té, les quatre nouvelles planètes, et qu'en lès voyant il s*écria, a comme autrefois Julien Tapostat : Galïleef vicisH. »
Guillaume Libri, qui dénigre de toutes ses forces l'intervention de TÊglise dans cette affaire, ne cache pas que, lorsque le Dominicain Caccini déclama contre Galilée, Maruffî, général de TOrdre, en écrivit des excuses à Galilée, se plaignant d'être obligé d'endosser les sottises, quelles qu'elles fussent, commises par do ou 4o,000 moines. En Angleterre, la patrie des nobles penseurs, dans l'Angleterre non catholique, et bien des années après, lorsque Newton professa la méthode du flux et du reflux, il y eut des docteurs qui du haut de la chaire prévinrent le public « contre les novateurs, gens perdus qui tombent dans la chimère », et ils exhortaient à éviter leur commerce, « pernicieux pour l'es-
Rome, qui /aux époques d'innovations contentieuses ^ Appréhen. ne peut rester spectatrice indifférente, ni se dispenser de rÉgnse de proclamer de quelcftté est la vérité, devait se méfier dusÇïl^e
de ualUée.
d'un philosophe qui soumettait entièrement les opérations de l'intelligence aux lois naturelles, ce qui du même coup menaçait les vérités métaphysiques et morales. Proclamer qu'il faut s'en tenir uniquement à l'expérience, c'est-à-dire aux sens, c'était porter les esprits, à douter du surnaturel,, les autoriser à se demander comment jamais l'exiiérience pourra démontrer que la matière est étemelle, qu'elle engendre la pensée, que Dieu et Tftme n'existent pas. Tant que le mouvement delà terre resta à l'état d'hypothèse, on n'était pas forcé de le concilier avec les passages de l'Ecriture ; il n'en devait pas être de même, lorsqu'on le donnerait pour un fait certain. En outre , dès que l'on commencerait à interpréter les textes en vue d'une solution déterminée , on se trouverait nécessairement conduit à modifier l'explication de l'Écriture , à mesure que se modifieraient les systèmes physiques; on aurait donné, dans la même université, deux sens différents au même texte, puisqu'on y débattait les deux systèmes : l'inconvénient était d'autant plus sérieux que les preuves n'étaient pas péremptoires. Le cardinal Baronius disait sagement : « L'Ecriture enseigne comment on monte au ciel, et non comment le ciel est fait; » mais trop souvent les interprètes ont eu là manie de découvrir dans les Écritures plus qu'elles ne contiennent absolument, à la manière dont Macrobe, Servius, Gellius, Donat en usaient à l'égard des classiques ; «t c'était la doctrine commune qu'on y trouvait un sens littéral, allégori-
<f prit et pour la foi. » Saverien, Dictionnaire des mathématiques, tomel.
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que, moral, anagogique. Les scolastiques en avaient usé et abnsé pour leur téméraire curiosité, et voilà qu'on était menacé de voir se renouveler ces excès.
On était à une époque de transition entre les croyances du moyen Age et la science des temps modernes; époque par là même d'incertitude et de lutte. Au moyen âge, que nous nous sommes efforcés de présenter sous un jour tout différent de celui sous lequel le dépeignent ses pédants détracteurs, qui nous font voir en lui un abtme immense entre les temps anciens et les temps modernes , jamais la science ne manqua d'adorateurs. Quelques-uns se contentaient de la science antique, traduisant, commentant, s'en ienàni kVipsedixit. D'autres, tout en respecant les classiques, tendaient à l'indépendance et au progrès , et préparaient des matériaux pour un éditicc qui, semblable aux cathédrales d'alors, devait s'achever seulement au cours des siècles. D'autres, reniant résolument les anciens, demandaient des nouveautés scientifiques et des arcanes naturels à des arts étranges, à l'inspiration, aux sciences occultes, créant des systèmes absurdes, des théories impossibles.
Aujourd'hui ces théories ne nous font plus peur, et nous nous contentons d'en rire; mais alors cette audace devenait très-dangereuse, puisqu'on religion elle poussait à des hérésies absurdes, en morale à des pratiques déshonnêtes, à l'insociabilité, à la ruine; partout, aux plus grandes témérités. L'Église, conservatrice éternelle de la vérité incorruptible, pouvait-elle ne pas les réprimer? Alors que l'cm mettait tout en doute et que Ton soulevait tant de difficultés sans les résoudre, l'autorité qui se considérait comme la gardienne et la source du bien social, non moins que du salut éternel, pouvait-elle rester indifférente? En même temps donc qu'elle encourageait et proté-
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geait les travaux des Universités et des moines , l'Église condamnait des erreurs qui offensaient la société autant que la foi , le bon sens autant que la religion : telles étaient les observations astrologiques, les pratiques théurgiques, les recherches alchimiques. Si ces chercheurs dévoyés se ravisaient, elle leur pardonnait : s'ils s'obstinaient à attaquer les fondements de la morale naturelle et de la révélation^ elle les punissait par les moyens que lui fournissait la civilisation d'alors.
Faire des ventés divines l'objet des disputes des hom- L'Écriture mes, confondre dans la même méthode la raison et la véruL^natu. foi, l'histoire montre à quelles conséquences ce système '*'***' a mené, à quels désordres épouvantables, à quelles persécutions, à quelles guerres. Le jansénisme précisément alors se montrait remuant : on pouvait donc craindre de voir reparaître la question sur le sens privé dans l'interprétation de l'Écriture. C'est du sein du jansénisme que Pascal faisait entendre ces paroles : < L'autorité a sa « principale force dans la théologie, parce que celle-ci est
< inséparable de la vérité : pour donner la certitude à a des matières non compréhensibles par la raison, il suffit
< de les voir dans les livres saints : pour montrer l'incer- <K titude des plus vraisemblables^ il suffit de montrer a qu'elles n'y sont pas. »
Aujourd'hui une vérité astronomique demeure isolée dans son domaine propre : mais elle tenait à toute la doctrine , alors qu'on avait fait du ciel une espèce de médiateur entre l'absolu et le contingent, entre Dieu et le monde. Dans le^iel, résidaient les facultés motrices de la nature divine et les facultés actives de la nature terrestre. Instrument du moteur immobile, moteur et mobile tout à la fois, il tourne avec des milliers d*astres autour de la