XVU* SIÈCLE. — PHILOSOPHES. — GALLICANISME
tisme sur les consciences, et une tyrannie telle, que depuis la chute du paganisme jamais tyrannie pareille n'avait pesé sur la société civile, et cela jusqu'au point où, les vives croyances d'autrefois étant venues s'engloutir dans l'indifférence pour le dogme, les princes purent décréter ce que bon leur sembla sans que les peuples songeassent même qu'il fût de leur intérêt de résister.
La paix de Westphalîe marque le temps d'arrêt de Pin- ciémem vu. fluence que l'Église avait reconquise avec tant d'éclat depuis le concile de Trente. La souveraineté temporelle fut définitivement reconnue et consolidée. Clément *VIII (1593-1605), qui reçut Henri IV dans le sein de l'Église et fut le médiateur de la paix de Vervins , eut, pendant le jubilé qu'il accorda , la consolation de voir un grand nombre de juifs et de mahométans se convertir à la foi. Il recouvra Ferrare, qui avait été donné en fief. Urbain VIII fit rentrer de la même manière sous son autorité Urbino, Montefeltro, Gubbio, Pesaro, Sinigaglia;; et, fidèle à la bulle Admomi vos de Pie V, qui défendait de convertir en fiefs les possessions de l'Église, il refusa d'en investir féodalement les Barberini, ses parents, et se contenta de leur faire des libéralités en argent. Déjà Camerino avait été repris par Paul III, en 1539; Innocent X ayant enfin reconquis, en 1649, Castro et Roncigiione, l'État pontifical se trouva reconstitué comme l'indiquait la bulle de Pie Y, avec autant de territoire qu'il était nécessaire pour le libre exercice de l'auguste souveraineté pontificale.
Comme pour compenser tant de pertes subies, la Propagande fit d'immenses progrès, institua de nouveaux sièges épiscopaux dans le Brésil, en Californie, aux deux extrémités de l'Afrique et dans ses tles. Les Jésuites s'avancèrent dans le Thibet, pénétrèrent chez les Birmans,
à Siam, à Malaga, dans le Tonking, en Cochinchine. Mais de toutes parts éclatèrent bieptôt les discordes intestines : les princes catholiques eox-mêmes ne respectaient plus la suprématie religieuse et refusaient aux papes jusqu'aux égards dus aux souverains.
Aieitn- "^^ ï^ conférences qui précédèrent la paix de West- Sttis'ifv. phalie, le cardinal Fabius Chigi, Siénois, qui devint pape sous le nom d'Alexandre VII , avait eu la haute main. Un M. Lebrun imprima à Genève, en le datant de La Haye (1686), un voyage en Suisse où il raconte que, dans ses longues négociations avec les princes et les ministres prolestants, ce cardinal avait conçu une grande estime de leur religion ; lui qui quelque temps auparavant avait publié sous le pseudonyme d'Ernest-Eusèbe le Jugement d*un théologien, où il malmenait les dissidents, se convainquit alors qu'il n'y avait rien d*hérétique dans leurs doctrines ; il ne fit cependant point de pas pins décisif en avant, jusqu'au moment où le comte Pompée, son proche parent, finit par lui ouvrir les yeuxt Celuici vivait en Allemagne, dans une lerre dont il avait hérité de sa mère ; le nonce , étant allé l'y visiter, passa tout un hiver avec lui. Ils vinrent naturellement à causer
de religion : et , ayant eu sur ce sujet un grand nombre d'entretiens, ils mirent la main sur la Bible annotée par Diodati, et après maintes discussions ils restèrent d'accord que la religion protestante est la véritable. Le nonce promit à son parent d'abandonner l'erreur dès qu'il ne serait plus nonce, et de venir le rejoindre pour abjurer la religion romaine. Le comte Pompée se rendit en effet à Ofange, où il fit profession publique de protestantisme : toute* l'Europe retentit de ce s^iandale, mais bientôt après il mourut empoisonné, à Lyon. Le nonce