‹ Les hérétiques d'Italie (volume 2)Chapitre 18 sur 29 · XVII® SÏÊCLE. — PHILOSOPHES. — GALLICANISME · texte numérisé non relu

XVII® SÏÊCLE. — PHILOSOPHES. — GALLICANISME

^n fat atterré : devenu cardinal, et ensuite premier secrétaire de la chambre apostolique, il changea de résolution, tout en restant calviniste de cœur, à ce qu'assuraient maintes publications faites en Flandre. ' ^

Tout cela devait être de pures inventions des journalistes de l'époque, et alors que rimprimerie était encore trèspeu répandue, il arrivait facilement que les fausses nouvelles duraient assez longtemps pour paraître des vérités. Mais nous ferons remarquer que Sorbière répondante quelqu'un qui lui avait écrit : Si vous ailes à Rotne, vous y verrez des choses qui vous feront revenir à l'Église réformée, affirme n'y avoir rien vu qui ne l'eût édifiée et admire particulièrement le saint-père et sa «conversation pleine d'alfabilité. D'autre part, quelques gentilshommes anglais, ayant été reçus en audience par le même pape, et s'étanl agenouillés suivant Fusage, celui-ci sachant qu'ils étaient protestants leur dit : « Allons , levez-vous ! Je ne veux pas . « que vouscommel}iez ce qui dans votre opinion est une <( idolâtrie. Je ne vaus donnerai pas ma bénédiction , puîs- « que vous ne croyez pas à ce que je suis , mais je prierai a Dieu qu'il vous rende dignes de la recevoir * . »

On raconte que lorsqu'il fut élapape^, il ne voulait pas être intronisé à Saint-Pierre avec la cérémonie traditionnelle de l'adoration des cardinaux, et que tant qu'elle dura il tint dans ses mains un grand crucifix, pour que l'adomlion fût adressée à Jésus lui-même. Lorsqu'on le dépouilla de ses habits pour le vêtir en pape, on découvrit un rude cilice sur son corps : il fit aussitôt préparer son

(1) Bayle, au mot Chift, Le livre de Chigi auquel je fais allusion est : iiidicium TheologicHm super quœsHonem an pax qiialem desiderant protestantes ^t secundHm se illicita,..^ opère ac studio Eunesti de Edse- BiiStCtvif romani.

cercueil, que l'on plaça sous son lit. L'art lui doit des monuments somptueux, parmi lesquels nous citerons la colonnade de Saint-Pierre. II avait la pensée de former à Rome un collège composé des plus grands savants du monde, pour s^aider de leui*s lumières dans les controverses sur la foi et pour la réfutation des livres hétérodoxes.

Nous devions faire connaître ce pape, puisqu'on a tant médit de lui, depuis le jour oùcommencèrent ses querelles avec la France. Les princes avaient cessé de chicaner les papes au sujet des rapports de l'Ëglise avec l'État, 'au moment où les uns et les autres étaient menacés par l'ennemi commun ; mais on en était venu à discuster la'question de savoir si le pape est supérieur au concile; s'il a la suprématie sur les rois pour protéger leur autorité et empêcher l'abus qu'ils peuvent en faire. La France voulait rester catholique, mais à la condition que TËglise ne se mêlerait pas des affaires de TÉlat, et il ne manquait pas de personnes, aussi droites que bien pensantes, qui estimaient pouvoir, sans rompre l'unité, établir une Église nationale ayant pour chef le roi et pour juges les assemblées du clergé; on aurait formé ainsi une É^ise gcUlicane, non pas séparée, mais distincte de l'Église ultramontaine.

On publia à ce sujet une infinité d'écrits : on fil entendre le mot menaçant de schisme, non pas au nom de la liberté humaine , mais au nom de l'absolutisme royal. Le cardinal de Richeliai, ministre de France, avait espoir que cette innovation le conduirait à la dignité suprême; ayant été déjoué dans ses projets, il donna à la cour de Rome ces ennuis , ces embarras par lesquels les puissants ont coutume de la punir d'avoir raison. Le roi Louis XIV, qui inventa et fit admirer le despotisme adlnînislralif, ne vou-

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lait pas avoir moins d'autorité dans les choses sacrées que n'en avaient les protestants.

Un domestique du cardinal d'Estrée lut tué à Rome; cette mort fournit au roi le prétexte de réclamer avec fracas des satisfactions, qui parurent d'autant plus indécentes à Alexandre VU, que ce môme Louis XIV •supportait sans mot dire les insultes du Grand-Tuj-c, qui faisait donner la bastonnade à De la Haye envoyé de France à Constantinople.

Dans son assemblée de 1682, le clergé français publia Déclaration !a fameuse Déclaration que Ton regarda depuis lors comme Les frSchi-

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le symbole de l'Ëglise gallicane, bien que ce ne soit au fond qu'une consultation de droît][canon. En décrétant Tomnipotence du roi, on y établit^que, suivant l'antique coutume de France, le jugement du pape en matière de foi n'est irréformable que s'il a été accoté par l'Église universelle ; et qu'au roi appartient le revenu des bénéfices vacants tant que ceux qui en ont été investis n'ont pas prêté le serment.

Fort de la décision du parlement, qui avait prononcé que nul ne devait être supérieur au roi, Louis, désireux d'associer à sa magnificence vraiment théâtrale la gloire des luttes Ihéologiques (A), décréta que ces articles seraient lois d'État et défendit d'enseigner le contraire ; il les étendit aux pays nouvellement acquis à sa couronne.

C'était là une nouvelle phase du conflit entre l'Église «t l'État : trente-quatre évêques, hommes liges du roi et réunis par son ordre, prétendaient enseigner à l'Église et à son chef ce qu'elle peut ou ce qu'elle ne peut' pas.

Lefiiten luî-même'el aussi la manière dont il se passa déplurent au nouveau pape Innocent XI, qui refusa de confirmer les non veauxévêquesde France. Et lorsque Bossuetlui

1^^ DISCOURS YII.

et 1 1 f ji/, jii noin des évoques, pour l'exhorter « à céder à U ic»A.vi/t- J(i />/ws catholique des rois et à montrer de la Unîè iJsins une affah*e f&cheuse où il n'y avait pas lieu de iiK»ntn*r du courage », Innocent répondait : Adversus vos ipsos pi4iHS pugnatis^ dum nobis in ea causa résistais in qm isiatum Ecciesiarumsalus ae Hbertas agitur.

Xou conlent de le harceler par une foule d'écrits, le roi lai chercha querelle pour les francliises. Les ambassadeurs avaient obtenu à Rome une immunité qui exemptait leurs palais elles dépendances de ces palais de la justice du pays. CeUc garantie, opportune en temps de troubles, dégénéra en une source d'abus : ces palais , les jardins et les places cnvironiiaDtes devinrent l'asile des vagabonds et des criminels, qui de là , comme.de derrière un retranchement, insultaient la loi et les magistrats» au point que Rome avait la physionomie d'un refuge de malfaiteurs : d'autant plus que les princes indigènes et les cardinaux réclauiai^t la même franchise.

^, xj. Innocent XI pensa remédier au mal en ne recevant plus aucun ambassadeur s'il ne renonçait à cette franchise. La plupart se soumirent: Louis résista, et, s'appuyant sar le droit du plus fort, il ordonna à Lavardin, son nouvel ambassadeur, de faire son entrée à Rome avec huit cents hommes armés qu'iléchelonna autour du palais de France. Et lorsque le pape refuse de le recevoir, lorsque les prêtres quittent les églises où l'envoyé de France entre, Louis ^occupe Avignon, et menace de diriger une armée sur Rome.

C'est encore là le choc entre une conscience ferme et

une force brutale; entre le mm voulons d'un homme arme

et le nous ne pmwons d'un homme désarmé. En attendant,

les Églises de France restaient sans évêques; l'idée d'un

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