COKFUTS DE JURIDICTION. — POLITIQUE CATHOLIQUE
une personne fut condamnée aux galères pour avoir publié le livre de Baronius contre le privilège d'exemption, nommé la Monarchie sicilienne, privilège qui donnait au roi les insignes et les droits de légat pontifical (C). Par contre, les évêques prétendaient à la juridiction en matière testamentaire, et au droit de conserver pendant un certain temps les biens de quiconque décédait intestat, pour en appliquer une partie aux suffrages du défunt ; dans les cas mixtes , c'est-à-dire toutes les fois qu'il s'agissait de sacrilège , d'usure, de concubinage, d'inceste, de paijure, de blasphème, de sortilège, ils soutenaient que la poursuite pouvait être déférée au for ecclésiastique ou au for séculier^ selon que la plainte avait été d'abord portée à l'un ou à l'autre : de là d'inextricables altercations. Le peuple y trouvait son compte : en effet un impôt d'un ducat ayant été mis; en 1582, sur chaque tonneau de vin, le capucin frère Lupo se mit à menacer au nom du ciel d'un lourd châtiment quiconque en ferait ou exigerait le payement. On peut s'imaginer le bon accueil qu'on fit à de pareilles exhortations; les choses allèrent à ce point qu'il fallut suspendre l'impôt. Maints évoques, en vertu de la fameuse bulle , prohibaient la perception des gabelles dans leur diocèse : la place de Nido à Naples refusa le payement d'une taxe nouvelle, parce qu'elle n'avait pas été approuvée par Rome. Le pape encourageait cette résistance, et menaçait même de mettre la ville en interdit. On renvoya du confessional et on priva du viatique quiconque avait opiné en sens contraire dans les conseils du vice-roi , et ce fut à grand' peine que le célèbre régent Yillani obtint l'absolution à son lit de mort^
Par suite, il y eut souvent conflit entre les devoirs du sujet et ceux du chrétien, sans qu'on vît d'ouverture à
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transaction. Ajoutez à cela les citations devant la cour de Rome, et les visiteurs apostoliques que le pape envoyait dans le royaume pour exiger des décimes, pour examiner les aliénations illégitimes des biens ecclésiastiques et pour vérifier si les conditions imposées aux legs pieux avaient été exécutées , afin que dans le cas contraire le bénéfice en fût attribué à la fabrique de Saint-Pierre. ' Des privilèges ecclésiastiques que s'attribuait l'autorité séculière rendaient la Sicile indépendante de Rome, mais la soumettaient à l'Espagne et à l'Inquisition; celle-ci avait dans cette île plus de pouvoir, que dans aucun autre pays de l'Italie, attendu que les inquisiteurs éludaient la juridiction des évèques , bravaient la résistance des vice-rois, et opposaient aux excès de pouvoir des barons l'action secrète des foristi ou familiers du Saint-Office. Le duc de Terranova ayant envoyé aux galères un orfèvre voleur, un ordre venu d'Espagne lui enjoignit de le relaxer, parce qu'il était familier du Saint-Office, de lui payer deux cents écus à litre d'indemnité et de faire pénitence publique. Un certain Mariano Âlliata, familier lui aussi, avait été banni en 1602 ; le Saint-Office ordonna aux juges de le rappeler; et comme ceux-ci n'obéissaient pas; ils furent excommuniés. L'archevêque les ayant relevés de l'excommunication, le Saint-Office l'excommunia lui-même. Celui-ci recourt au vice- roi, marquis de Feria, qui envoie contre les inquisiteurs deux compagnies de hallebardiers avec le connétable et l'exécuteur des hautes œuvres : les inquisiteurs de leur côté lancent l'excommunication des fenêtres du couvent contre ces envoyés et contre ceux qui leur prêtaient main-forte : les soldats répondent en enfonçant les portes du couvent , mais à la vue des moines tranquillement assis en cercle, ils n'osent leur faire violence; à la
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tin le dissentiment est ^arrangé par le retrait de Tinterdit et la consignation du délinquant aux inquisiteurs*.
Les princes toléraient avec peine ces restrictions apportées à leur autorité, et voyaient d*un mauvais œil que le Saint-Office ne se contentât pas de rendre des jugements, mais introduisit peu à peu une force armée in-^ dépendante, qui brisait l'unité de gouvernement. De là un ensemble de litiges qui fait sourire de pitié notre époque^ mais qui au fond avaient alors le caractère de questions constitutionnelles, où la liberté apparaissait sous la soutane du prêtre, comme, de nos jours elle se montre sous la robe de Favocat et du magistrat. Anciennement cette liberté n'était connue que sous la forme de privilèges, et ils étaient si nombreux, si variés, défendus avec un soin si jaloux par les corporations ou par l'énergie individuelle, qu'ils constituaient un ensemble vigoureux et suffisant de garanties publiques. L'Église avait été la première à conquérir et à assurer ses libertés, et souvent elle protégea les libertés publiques ou individuelles qui paraissaient menacées. Lorsque la monarchie absolue les eut absorbées toutes, il parut à beaucoup de peuples que les immunités de l'Église, plus ou moins respectées, seraient une compensation plus ou moins suffisante aux franchises qne leur avaient enlevées les princes; partant ils se firent les champions des immunités ecclésiastiques.
Mutilée par les exigences des princes > la politique romaine parut se retourner et favoriser de préférence les peuples 9 parce qu'elle reconnaissait leurs droits et mettait quelque chose au-dessus de l'omnipotence de l'État et du roi. Le lecteur qui nous a suivi dans nos études a pu voir
(1) Chronique manuscrite existant à la bibliothèque communale de Païenne, 2, 9. E. 55.
DISGOUBS I.
Albéric
GentUe.
Ammirato.
Psiruta,
Botero.
comme cette politique a toujours eu une prédilection pour les gouvernements électiEs, pour le suffrage populaire, pour la prépondérance des hommes vertueux : à Fabsolu du pouvoir royal elle a toujours opposé la loi de Dieu, c'est-àdire la justice étemelle. C'était l'époque où triomphait la puissance des princes; mais des princes ayant pris la place de la royauté absolue, le droit nouveau y substitua les domaines héréditaires , l'omnipotence parlementaire , c'està-dire la suprématie du nombre et de la force. Une fois l'autorité divine ébranlée , il fallut chercher de nouveaux fondements aux devoirs des individus et des nations.
Parmi les penseurs italiens qui se détachèrent de TËglise, nous avons déjà nommé Âlbéric Gentile. Fondateur de la science du droit public, il séparait celui-ci de la religion , et voulait que les différences de foi et de culte n'eussent aucune influence sur les relations d'État et sur les ambassades. Cependant chez les publicistes d'alors on sent, malgré qu'ils soient protestants, la réaction catholique , et on ne les voit plus , à l'exemple de Guichardin et de Machiavel, faire parade d'immoralité, afficher l'indifférence entre le bien et le mal et une espèce de culte pour le succès, quels que soient les moyens employés. Beaucoup de nos compatriotes ont suivi cette voie , sans y laisser de traces remarquables. Scîpion Ammirato défend la cour de Rome^ et, suivant lui, elle n'a pas été la cause du démembrement de ^l'Italie, qu'il préfère du reste à une « union mal affermie et pire qu'un replâtrage », union qu'on ne pourrait obtenir sans la ruine du pays. Paul Paruta, admirateur passionné de la liberté de sa chère Venise, fut l'historiographe de la guerre qu'elle eut à soutenir contre les Turcs , véritable épopée de la réaction catholique. Nous pouvons retrouver
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tous les sentiments que cette réaction fit naître en son âme dans son Soliloque sur sa propre vie. Jean Botero, Piémontais, secrétaire de saint Charles et de Frédéric Borromée^ dans sa Ragione di Siaio, fonde toute une théorie de gouvernement sur TÉvangile , c'est-à-dire sur la justice et sur rhumanité ; théorie en parfaite contradiction avec les principes de Machiavel, qu*il combat toujours et ne nomme jamais ^ Admettant Thypothèse qui fait de TÉtat « une puissance stable , établie sur les peuples «, Botero justifie trop les moyens employés pour sa conservation ; il approuve la Saint-Barthélémy, tandis qu'il regrette Texpnlsion des Maures de l'Espagne et qu'il loue la France d'avoir accordé la liberté du culte aux protestants. L'orgueil et la puissance, suivant lui, ont engendré les vices du clergé, qui ne devrait avoir d'autre autorité que celle que don* nent la modération et le désintéressement. Dans sa Regia Sapieniia, il trace des règles pour> la conduite des rois, empruntées à l'Écriture, et dont Bossuet s'est peut-être inspiré pour sa Politique tirée de VÉcriture sainte.
Mais les protestants libéraux n'aboutissaient qu'à la négation , soit qu'ils résistassent au despotisme au nom du droit et non du devoir, soit qu'ils se fissent les champions de ce criticisme maladroit qui voit les plaies, non la difficulté du remède, et qui, détruisant le respect, pousse à la désobéissance. Ils accusaient les catholiques de légitimer la résistance aux représentants de l'autorité; ils leur reprochaient de vouloir que l'Église, elle aussi, eût sa part de puissance, au lieu de la laisser se concentrer tout entière aux mains des princes; de supposer
(1) Botero professe cette doctrine dans les Vffizidel Cardino/c, liv. I, page 64.
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quelque chose de supérieur et d'antérieur aux pactes sociaux, tandis qu'eux ne faisaient dériver les obligations que des lois; enfin, d'enseigner avec saint Thomas que l'obéissance aux rois est subordonnée à l'obéissance due à la justice.
Les théologiens d'Italie soutenaient que l'autorité du pape est supérieure aux prérogatives de la puissance politique, attendu que la première est de droit divin'. Répondait-on que le droit des princes, lui aussi, devait avoir une origine divine, car sans cela il manquerait de base? ils n'hésitaient point à répondre à leur tour que la base pouvait en être dans le peuple, fortifiant ainsi la souveraineté du droit des princes , c'est-à-dire le droit que Dieu a conféré aux sociétés de pourvoir à leur propre gouvernement toutes les fois qu'elles en manqueraient; ils ajoutaient que ces sociétés ne peuvent cependant violer les droits acquis ni substituer le caprice de la foule aux institutions légitimes.
Beuarmin Le théologien qui personnifia en lui ces idées fut Ro- Antareiii. bert Bellarmin, jésuite de Hontepulciano (1542-1621). Selon lui la puissance civile dérive de Dieu : faisant abstraction des formes particulières de monarchie, d'aristocratie et de démocratie, il donne à cette puissance pour base la nature humaine , et comme elle n'est incarnée dans aucun homme en particulier, elle appartient à la
(1) Cette théorie fat de nos jours ressuscitée par Gioberti dans le Piimato et dans les Prolegomeni, Le père Ventura a dit que « le pouvoir <f politique devait être subordonné au pouvoir ecclésiastique au même « degré que le pouvoir domestique Test au pouvoir politique ». Consultez aussi sur cette matière Audisio> Diritto pubblico deUa Chiesa e délie genti crisHane^ vol. 3, Rome, 1863, ouvrage traduit en français par le chanoine Labis, professeur au grand séminaire de Tournay, Paris, Lethielleux, 1856.
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société tout entière. Celle-ci ne peut l'exercer par ellemême, d*où il suit qu'elle est forcée de la transférer à une personne ou à plusieurs; que le peuple peut à son gré établir soit un roi, soit des consuls, soit d'autres ma* gistrats, et qu'il a aussi le droit de les changer '.
La mission principale et immédiate de l'Église, c'est l'ordre spirituel; celle du prince, c'est Tordre temporel. Si le prince empiète au détriment des âmes, TËglise doit le rappeler à l'ordre, et même prononcer sa déchéance.
La suprématie du pape échappe à toute espèce de tribunal, le pape étant l'âme de la société, dont la puissance temporelle n'est que le corps'. Cependant il ne doit s'immiscer dans les affaires de la politique, que dans les pays qui relèvent de lui; il y a plus, il est licite de lui résister toutes les fois qu'il trouble l'État , et d'empêcher qu'on lui obéisse. Il ne peut déposer de son plein gré les rois, à moins qu'ils ne soient ses vassaux; il peut bien en transférer le royaume à d'autres , lorsque le salut des âmes l'exige, et chaque fois qu'il s'est prononcé , une nation doit cesser de leur obéir ^.
(1) De laïds, lib. UI, cap. 6 : Cerium est poliUcam poteslaiem a Deo esse,,.., Jusdivinum nulli homini particulari dedii hanc potestatem ;
ergo dédit multitudini Respuhlica non potest per se ipsum exercere
hancpotestatem ; ergo tenelur eam transferre inallquemunum^ vel aliquos paucos,,, Pendet a consensu multitudinis constltuere super se regem^ vel consuks, vel ulios magUtratus.,, Sublato jure positivo, non est major ratio cur ex multis œqualihw unuspoiius quam alius dominetur
(2) Summus pontifex simpUciter et absolute est supra Eccle^am universam et supra Concilium générale^ ita ut nuUum in terris supra se judicem agnoscat. De Concilii auctoritate, cap. 17.
(3) De romano pontifiee capite totius mUitantis Ecclesiœ, 11, 29. Pontifex ut pontifex, etsi non habet ullam mère temporalem potestatem^ tamen in ordine ad bonum spirituale habet summam potestatem dispo~ nendi de temporalibus rébus omnium christianorum.
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Ce système, tout à la fois juridique et historique, est celui que nous avons exposé conrnie dominant dans les temps où Ton professait le règne du Christ Bellarinin préfère à la monarchie pure celle qui est tempérée par Taristocratie ; et si, lui aussi, affirme que le pape peut faire de l'injustice la justice, il convient de rappeler qu'Hobbes attribuait le même droit aux rois*.
L'œuvre de BellarminMéplut souverainement à Naples et à Paris ; elle ne fut pas davantage agréable à Rome, et Sixte Quint la mit à l'Index , mais contre le vœu de la Congrégation , en sorte qu'elle ne tarda point à en être rayée : une preuve suffisante du mérite de cet ouvrage , c'est l'apparition de vingt-deux livres composés pour le réfuter *; bien plus on alla jusqu'à ériger des chaires spéciales pour le combattre.
En 1585 parut un Avvisopiacevole data alla bella Italiada ungiovane nobile francese. C'est, au dire de DeThou, l'œuvre de François Peratto, seigneur de Maizières, calviniste. L'auteur de ce libelle y a entassé tout ce qu'ont pu dire de pis contre les papes les classiques italiens et d'autres; il
(1) Reges qiiœ imperent justa facere imperando quœ volent injusta, HoBBEs, De cive, 112. L'opinion attribuée à Bellarmin se fonde princi-
, paiement sur le De Romano pontifice, lib. IV, c. S, mais le dernier point est ordinairement laissé dans Tombre.
(2) VAntibellarmin d'Adam Scherzer; un autre de Samuel Weber; le Contrat Antibellarminien de Conrad Yorstîus ; VAntibellarmin biblique de Georges Albrecht ; le Collège antibellarminien d'Amand Polano ; les Disputes Antibellarminiennes de Louis Crell ; le Bellarmino enervato de Guillaume Amesio ; et^nous passons les autres sous silence, notamment les réfutations du roi Jacques Stuart. Duplessy-Mornay écrivit aussi « le Mystère d'iniquité, ou Histoire de la Papauté, livre où Ton voit par quels progrès elle est arrivée à son apogée, quelle fut l'opposition que lui firent de siècle en siècle les gens de bien, et où l'on défend les droits des empereurs, des rois et des princes chrétiens contre les assertions des cardinaux Bellarmin et Baronius ». Saumur, icii.
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soutient que le pape est Tantéchrist, et que, pour le bien de lltâlie, il faudrait rexterminer. Bellarmin répondit au 11-. belle par son Appendix ad libros de summo potUifice, guœ eontinet responsionem ad librum quemdam anonymum; il y soutient que la beauté de l'Italie « consiste en ce qu'elle n*a été souillée par aucune tache d'hérésie ni de schisme ».
Néanmoins ce qui prouve combien il sentait le besoin de ménager les opinions courantes^ ce sont certaines insr tructions par lui données à un évèque/son neveu ; il lui dit,« entre autres choses : « Nous vivons à une époque où il est « fort difficile de défendre les libertés ecclésiastiques, sans « encourir l'indignation des pouvoirs séculiers. D'un autre « côté, si nous soqimies timides ou négligente, nous ofFen- « sons Dieu et son glorieux vicaire. Il faut que par notre ft manière d'agir nous prouvions aux princes et à leurs mic nistres que nous ne recherchons point les occasions de « nous heurter avec eux, mais que la seule crainte de Dieu « et l'amour de son nom nous déterminent à prendre la c défense des libertés de l'Église. De ce que nous nous « sommes engagés dans un combat légitime, cela ne nous tt empêche pas d'apprécier la bienveillance des princes <t du siècle. »
Bellarmin, prédicateur très-goûté dès l'âge de vingtdeux ans, fut envoyé par saint François de Borgia à l'université de Louvain pour s'opposer à l'hérésie qui s'y était glissée. « Il reçut dans cette ville, en 1869, la cour sécration sacerdotale de Corneille Jansenius , évëque de Gand^ qui combattit Baïus dans ses erreurs sur la Grâce, et continua; à se livrer à la prédication et à l'instruction de la jeunesse, jusqu'à ce que, pour motif de santé, il fut
(1) Ne pas le confondre avecTévéque d'Vpres, auteur de YAngusHnus.
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revenu à Rome. Dans ses DispuiaHones de eontroversiis fidei aiverms hxreticos, il expose d'abord rhérésie, puis la doctrine de FËglise et les sentiments des théologiens, en les corroborant non point par des raisonnements, mais par des textes tirés de TËcriture , des Pères , des Conciles et par des exemples pratiques; il termine en réfutant ses adversaires. Modèle d'ordre, de précision , de clarté, ayant dû préserver son style des aridités et du formalisme de Técole^ si parfois il se trompée sur le compte des écrivains ecclésiastiques qui n'étaient pas encore passés au crible d'une sévère critique, Bellarmin sait hardiment rejeter les écrivains apocryphes ; il ne tonne point contre ses adversaires; mais, appuyé sur Tautorité des théologiens, il les réfute, en leur opposant la vérité dans toute sa clarté , dans toute sa précision. Mosheim, un des champions les plus intrépides de l'hétérodoxie^ prétend que « la candeur et la « bonne foi de Bellarmin lui firent encourir les reproches a des théologiens catholiques, parce qu'il se donna la peine « de recueillir les preuves et les objections de ses adverft^saires, et qu'il les exposait avec une scrupuleuse fidéc lité, dans toute leur force. y>
Dans un des nombreux libelles publiés contre lui, on racontait que le savant jésuite, la conscience déchirée par les remords , s'était rendu à la Sania Casa de Lorette pour confesser ses fautes; mais que le pénitencier, après en avoir entendu quelques-unes, l'avait renvoyé comme étant irrémissiblement damné ; si bien qu'il était tombé par terre et avait péri au milieu d'horribles contorsions. Ceci s'imprimait alors qu'il vivait dans une humilité laborieuse. Objet de l'admiration générale pour son désintéressement et son humilité, son nom volait de bouche en bouche dans toute l'Europe et l'on traduisait partout son catéchisme.
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Un Allemand fit exprès le voyage de Rome, et avec un notaire guetta Bellarmln près de la maison où il habitait jusqu'à ce qu'il en sortit; puis il fit dresser un acte constatant qu'il l'avait vu , et après cela s'en retourna tout glorieux dans sa patrie. Le pape le créa cardinal, quia ei non habei parem Ecclesia Dei quoad doelrinam. Et lorsqu'il mourut, il fit non-seulement une profession entière de la foi catholique, mais il déclara être en parfaite communauté de sentiment sur le chapitre de la Grâce avec les Jésuites*.
Un autre jésuite fameux, le père Santarelli, enseignait aussi que le pape pouvait infliger aux rois des peines temporelles, et pour de justes causes délier leurs sujets du serment de fidélité. En vain ses confrères firent-ils disparaître cet ouvrage : le parlement de Paris et la Sorbonne, à qui il avait été dénoncé, le condamnèrent et le firent brûler ; ils contraignirent les Jésuites à adhérer à cette condamnation., et à reconnaître solennellement l'indépendance des princes (D.)«
Les Jésuites à cause de ces opinions furent déclarés ennemis des rois, apôtres de la démocratie, prédicateurs ' du tyrannicide, en un mot, précurseurs du libéralisme
(1) Après d^aatres, Augustin et Louis de Backer, imprimèrent à Liège, en Tannée 1853 et suivantes, la Bibliothèque des écriyains de la Compagnie de Jésus en sept gros volumes. Le catalogue des œuvres de Bellarmin, des traductions et des réfutations , occupe quarantesix colonnes. Son livre intitulé Disputaliones de controvtrsHs fidei adversus hujus iemporis hœreticos a eu plusieurs éditions. Bellarmin, sur les instances du cardinal Tarugi, composa un Ahrégi de la Doctrine chrétienne , et sur Tordre de Clément VIII le Commentaire plus développé de la doctrine chrétienne. Cet ouvrage fut approuvé par les plus illustres théologiens et par les papes, ainsi que par le concile de Rome de 1725 : il fut attaqué par les Jansénistes, surtout par J.-B. Guada • gnini, contre qui François Gusta écrivit la Défense du Catéchisme du yen, cardinal Bellarmin (Venise, 1799).
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moderne. Celui-ci devait à son tour les qualifier de suppôts du despotisme , d'oppresseurs de la pensée , d'alliés des tyrans; et alors, comme de nos jours, ce jugement fut porté sur eux sans examen, sans loyauté. Il est de notre devoir de faire connaître que Clément VIII, dans une instruction sur l'Index, recommande <k qu'on abolisse tout ce <K qui, conformément aux opinions, aux mœurs et aux * exemples du paganisme , favorise le gouvernement tya rannique, et l'érigé en raison d'Ëtat en contradiction « avec la loi du christianisme » . Voilà bien de quel côté était le sentiment le plus humain.
Et pourtant on a publié partout l'opinion que la Réforme avait enfanté la liberté, et que notre Église l'exécrait. La vérité est que l'Europe, à partir de cette, époque, étant divisée en deux camps, le catholique et le protestant, la commune action civilisatrice cessa, et qu'il fallut organiser un équilibre qui devint désormais la loi de la politique. Réduite à l'impuissance, alors qu'elle avait les attributions sociales les plus élevées, l'Église dut se borner de plus en plus aux exigences de la vie individuelle et de sa conservation; eUe fit alliance avec les rois^ et abandonna peu à peu les tendances populaires qui l'avaient caractérisée dans le moyen âge; la tyrannie officielle, qui avait toujours été condamnée par elle, mais qui alors fut introduite par les princes protestants, s'étendit aussi aux catholiques. Le clergé, qui ne pouvait lutter contre elle, songea à l'utiliser comme un frein contre les dissensions et les révoltes des réformés; de leur côté, les princes, se sentant menacés par la libre pensée, confondirent dans une même désignation les hérétiques et les rebelles, et poursuivirent également lés uns et les autres. Par contre, les fauteurs de la Réforme et les propagateurs d'une liberté effrénée et intolérante.