‹ Les hérétiques d'Italie (volume 2)Chapitre 6 sur 29 · TES ET ECLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS I · texte numérisé non relu

TES ET ECLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS I

parfaitement connues.» En effet il prit naissance pendant le grand schisme, alors quUrbain Vf, en 1378, prescrivit aux cTÔques d'examiner les bulles pontificales avant de les mettre à exécution, afin de yérifier si elles émanaient du pape légitime ou de l'anti-pape Clément VII. Les princes usèrent de la même précaution, mais le motif de cette mesure n'existant plus, ils laissèrent encore la libre circulation des bulles. La puissance qui la première apporta des restrictions fut le Portugal, vers l'an i486, et elle reçut de sévères avertissements de Sixte IV et d'Innocent VIII : c'est ainsi que princes et ministres prirent volontiers exemple sur ce gouvernement pour exercer un droit d'ingérence sur les provisions papales et pour subordonner l'Eglise à l'État. Benoît XIV, en janvier 1742, adressait à ce propos une instruction à la cour de Turin, dans laquelle il disait qu'il tolérait le visa des bulles et des brefs, mais sans qu'on y apposât aucun décret d'exécution ; et encore exceptait-il du visa les bulles dogmatiques en matière de foi , les bulles et les brefs qui règlent les mœurs et les saintes coutumes, celles contenant promulgation des jubilés et indulgences, celles émanées de la sacrée pénitencerie, et les lettres écrites par les sacrées congrégations -aux évêques et à d'autres personnes pour des informations. (G.) — Ce privilège dit de la Monarchia Siciliana est de toutes les délégations faites par le pape à des laïques la plus fameuse. Urbain II aurait, à la date du 5 juillet 1098, conféré au roi Roger et à ses successeurs les pouvoirs de légat à latere et la faculté de choisir leurs vicaires sous le titre de juges de la Monarchie. Ce privilège donnait au roi un tel droit de juridiction sur les évêques, qu'il pouvait annuler les interdits, les excommunications et les sentences prononcées par eux, et les suspendre ; de plus, il pouvait rendre nulles les sentences et les peines portées par le pape si elles n'avaient pas été approuvées par ce tribunal. De pareilles concessions étaient si exorbitantes, qu'on doutait de leur authenticité. L'acte bien examiné, on voit que dans les diplômes originaux par lesquels Roger décrétait l'érection d'églises et de couvents, il s'exprimait toujours ainsi « de concert et par ordre d'Urbain II )>. Baronius démontra la fausseté de l'acte de 1098, ce qui valut au dernier volume de ses Annales d'être prohibé en Espagne, et lui-même eut l'exclusion de la papauté au conclave de 160B. Dans un espace de quatre cent trente ans, on ne trouve plus aucune mention de ce privilège, et c'est seulement en 1513 que l'avocat Jean Luc Barberio le publia dans Caput brevium, collection des diplômes des Deux-Siciles, sans indiquer la source où il l'avait puisé. En lo78,Zurita publiait VHistoria sicula de Gau-

32 NOTES ET ÉCLÀUlClSâEMENTS AU DISCOURS I.

Ihdo Halaterra ^ contemporain dUrbain 11^ dans laquelle ce bref était inséré au liv. TV, c. 29; mais il pourrait se faire qu'il y eût été inséré frauduleusement ou même altéré. Charles Quint s*en prévalut, et en 1526 le faisait signer par les conseillers de Sicile et publier dans le livre De Monarchia.

Du reste, ce bref porte textuellement, quod omni vitœ tuœ tempore, vel fUii MSimonis, aut alterius, qui kgUinms UU heeres exsUterii, nulium in terra jpoiestaHs vestrœ, prœter voluntaiem mi consilium vestrum, legatum romanœ Ecdesiœ statuemm : quin immo, qnœ per legatum acturi êumus, per vestram industriam legati vice exhiberi volumus, etc. Le bref valait donc uniquement pour le roi Roger et pour son fils aîné Simon, ou pour son autre fils. Pourtant de là vinrent d'interminables disputes, assoupies peu à peu par les concessions particulières des papes; et notamment Clé* ment XI, par la constitution de 1715 Romanus pontifex, a pourvu à la répression de grands abus ; Benoît XIII, mieux encore, fixa les limites des pouvoirs concédés par ce privilège dit délia Monarchia, Charles VI ne tarda pas à violer le concordat, et par la suite les rois s'en firent un précédent pour soutenir comme légales ces usurpations qu'on pratiquait alors en Toscane et ailleurs aux dépens de l'autorité ecclésiastique : peu à peu elles grandirent à ce point qu'on vit en 1860 Garibaldî s'asseoir sur le trône et recevoir l'encens. Voyez La Sicilia e la Santa Sede, Malte, 1865 (1).

(D.) — Il y avait longtemps que les papes avaient renoncé à l'idée qu'ils pouvaient déposer les rois. Le 23 juin 1791, le cardinal Antonelli, préfet de la propagande, adressait une note aux évèques d'Irlande, où il dit : « Il faut bien distinguer entre les vrais droits du siège apostolique et ceux qu'on lui attribue méchamment. Le saint-siége n'a jamais enseigné qu'on doive refuser la fidélité aux souverains hérétiques, et qu'un serment prêté à un roi qui est en dehors de la communion catholique doive être violé, ou qu'il soit permis au pape de priver ces rois de leurs droits temporels. »

Les évêques des Etats-Unis, réunis au V« concile de Baltimore, envoyèrent au pape une adresse, où, parlant de leurs adversaires, ils s'expriment ainsi : « Ils s'efforcent d'inspirer des soupçons sur

(1) Depuis rapparition de Toriginal italien des Hëbétiques , Pie IX, par une bulle du 15 octobre 1867, a aboli complètement le tribunal de la Royale ManarcMe et de l* Apostolique légation de Sicile. Bien plus, il a excommunié Tabbé ninaldi de Païenne, qui, mallieureusement rebelle à cette décision suprême, a persisté Jusqu'à ce jour à exercer les fonctions de légat a latere au profit du pouvoir civil royal, {^ote des traducteurs,)

KTOTES ST fCLAiaCISSEXElfTS AU DISCOUI» 1. 33

leurs frères catholiques qui ont Tersé leur sang pour la liberté de ce pays; ils prétendent que nous sommes sous le pouvoir du pape pour les choses civiles et politiques^ et qu'ainsi nous dépendons d'an souverain étranger... Plusieurs d'entre nous ont déclaré hautement^ et sous la foi du serment^ que le pape n'exerce vis-à-vis de nous aucun pouvoir civil : et cette déclaration fut parfaitement acceptée par Grégoire XVI. » Voir M. Affre^ Essai sur la suprématie temporelle du pape y i829. Cet auteur a démontré^ contrairement à La Mennais^ que la bulle de Bonifiitce YIII a été abrogée peu d'années après par Clément V^ en tant qu'elle disait que la puissance temporelle était soumise à la censure de la puissance spirituelle.

François Suarez^ à qui Grotius ne pouvait trouver d'égal en fait de pénétration philosophique et théologique^ démontre que le sentiment commun à tous les jurisconsultes et théologiens était que tous les rois tiennent leur pouvoir de Dieu par l'intermédiaire du peuple^ et en sont responsables non-seulement envers Dieu^ mais aussi envers le peuple. Un prédicateur ayant avancé en présence de Philippe II à Madrid que « les souverains ont un pouvoir absolu sur la personne et sur les biens de leurs sujets n, l'Inquisition le poursuivit, et le condamna à certaines pénitences et à se rétracter en disant du haut de la chaire « que les rois n'ont sur leurs sujets d'autres pouvoirs que celui qui leur a été accordé par le droit divin et par le droit humain, et qu'ils n'en tiennent aucun de leur volonté libre et absolue n. Voir Balmês, le Protestantisme comparé au catholicisme.

Les prétentions du pape excitaient une telle jalousie, que la Jérusalem conquise du Tasse fut prohibée par le parlement de Paris, parce que l'auteur en décrivant les troubles de France, y avait dit du pape au chant XX, 77,

Ei solo il re puù dare al regno

E'I regno al re, domi i tiranni e i mostri^

E placargli del cielo il grave sdegno (i).

(1) Voici la utiductioii de ces vers s

« Lui seul (le pape) peut donner le roi au royaume

■ Et le royaume au roi ; U a dompté tyrans et monstres ;

■ n peut apaiser le terrible courroux du ciel^ quand U plane sur eu^. »

lies hététibtaem en Véndtto. r* Aoadéanie dt Vletnoe. «• François Negrl. •-• Jérôme Zanohl et «ntros.

Dès 1348 Venise avait établi queron punirait ceux qu*un concile de prélats aurait déclarés coupables d*impiété. Et dans la formule du serment prêté en 1249 par Harino Horosini en qualité de doge, on lit pour la première fols : Ad honorem Deiét saerosanctœ Matrit Eeelests et robur et âefenr 9ionem fidei cathoHcœ^ siudiosi erimus^ eum consilio nostrorutn consiliariorum vel majorés partis^ quod probi et discreii et catholici virl eligantur et eonstituantur super inquirendis in Veneciis. Et omnes iUi qui dat^ erunt pro hœreticis per Dominum PatriarchamGradensem, Episeopum Castellanum^ vel per aliosepiscopos provincix dueatus Veneeiarum, eomburi faciemus de consiiio nostrorum cênsiliariorum vel majoris partis ipsorum. — Le 4 août 1289, sur les instances de Nicolas IV, on introduisit Flnqaisition, composée de trois juges, qui étaient Tévêque, un dominicain et le nonce apostolique : toutefois ils ne pouvaient siéger au tribunal sans une commission signée du dôge ; le doge seul pouvait leur prêter main forte dans l'exercice de leur charge; on déposerait une somme entre les mains d'un député de la commune qui ferait les dépenses et recevrait tous les émoluments et tous les bénéfices; trois Sages de l'hérésie^ chargés par le doge d'empêcher les abus et de tenir le

36 siscouBS II.

gouvernement au courant des délibérations prises» devaient assister aux séances. Les juges devaient procéder uniquement contre Thérésie » mais non contre les Turcs et les juifs^ qui ne sont pas hérétiques; non contre les Grecs, attendu que leur controverse avec le pape n'avait pas encore reçu de solution; non contre les bigames, attendu que le second mariage étant nul, ils avaient violé les lois civiles et non le sacrement; pareillement les usuriers n'attaquaient aucun dogme; les blasphémateurs manquaient de respect à la religion, ils ne la niaient pas; les sorciers et les magiciens n'étaient pas non plus justiciables de ce tribunal , à moins qu'il ne fût prouvé qu'ils avaient abusé des sacrements. Les amendes revenaient au trésor et les biens des condamnés à leurs héritiers. . Un livre favorable aux opinions de Jean Huss avait été dénoncé : le sénat le fit brûler et fit promener l'auteur avec le bonnet du condamné : .puis on l'envoya en prison pour six mois, et ce fut tout. Le gouvernement de Venise était bien plus tolérant encore à l'égard des juifs en leur qualité de négociants. L'ingénieur Âlberghetti inventa en 1490 une machine nouvelle : s'étant associé, pour l'appliquer, avec quelques juifs, il demanda au Collège si l'ordonnance du 19 mars 1444, relative aux privilèges^ était applicable aux juifs. Il lui fut répondu que cette commission regardait quiconque avait inventé quelque chose de grand ou d'utile, sans distinction de Vénitiens ou d'étrangers, de chrétiens ou de juifs, de cité ou de secte. Plus tard on défendit même de s'élever contre les juifs du haut de la chaire, de les obliger à aller au sermon ou de porter des signes humiliants, prcmio^ ^ous trouvous daus une autobiographie de Jean Bembo,

germes de la ■ o *r j

'^vênSe Vénitien, écrite en 1536 et publiée en 1861 par le savant

LES HJaÉTIQCBS WK VÉNiTIB. 37

Tliéodore Mommsen, que sa mère, Angela Corner» et d'autres dames vénitiennes, dont le nom a dispani dans une décliirure du manuscrit, asôstaient à la lecture et à l'explication de rÉvangile en langue vulgaire, que faisût le médecin Jean Marie, de Bologne. Celui-ci, dénoncé par François Georges, frère mendiant, fut mis en prison et délivré longtemps après par lé pape Jules. Cela dut donc arriver dans les premières années du siècle, et avant que les réformateurs tonnassent en Allemagne.

Le 26 août 15S0, le vicaire du patriarche Contarini se présenta au sénat, et exhiba la bulle pontificale qui condamnait les œuvres et les propositions de Luther, en menaçant d'excommunication quiconque les soutiendrait ou les professerait : il demanda la permission d'envoyer ses sergents à la librairie de l'Allemand Jourdain , située à Saint-Maurice, pour séquestrer les dits livres venus d'Allemagne. Cette permission lai ayant été accordée , il les fit brûler solennellement; mais quelques exemplaires étaient déjà dans le public, et Marin Sanuto, autem* de Diarii curieux, dit en avoir eu un, qu'il conservait dans son cabinet. Sanuto raconte encore que c sur la place

< Saint-Etienne, messire André, de Ferrare, prêcha avec un

< grand concours de peuple ; la place était remplie, et lui

< il écoutait sur la terrasse de la maison de Pontremolo, « écrivain de l'Office des Dix ; le prêcheur dit du mal du

< pape et de la cour de Rome, n suit la doctrine du frère

< Martin Luther, qui, homme très-savant en Allemagne, c suit la doctrine de saint Paul, est très-opposé au pape, « et a été excommunié par lui ^ »

Le pape se plaignit par la bouche de son secrétaire

(1) Dèarj mantueritil, t. XXIX, p. 126 et 4S2.

38 DIKOVftS II.

Bembo de rimpunité accordée à ce religieux» et recommanda que la république ne penxAi pas Timpression d'un ouvrage de lui» dont les sentiments étaient luthériens : on en donna ra8sui*ance au légat; quant au religieux» on le laissa ou on le fit partir.

Cette même année, Burckard Schenck, gentilhomme allemand, écrivait à Spalatino» chapelain de Télecteur de Saxe» que Luther jouissait d'une grande estime à V^se; que ses livres passaient de main en main , malgré la défense du patriarche ; que le sénat avait eu peine à permettre la publication de Texcommunication contre Thérésiarque, publication qui n'avait été lue qu'après la sortie du peuple de l'église. Luther Iui*<même se félicitait» dans ses lettres*» que bon nombre de disciples y eussent accueilli la parole de Dieu ; il était en correspondance avec Jacques Ziegler» qui déployait un grand zèle dans son prosélytisme. De là encore partaient des exhortations àMelanchthon pour qu'il ne chancelât pas dans la foi et ne trompât point l'attente des Italiens.

Le 31 mars 1521, le Conseil des Dix délibérait au sujet des hérétiques de Vakamonica» accusés de sorcellerie; et, rappelant le zèle toujours déployé par la république en faveur de l'Église catholique» il ajoutait que Ton devait procéder en cette matière avec beaucoup de mesure et de justice^ et confier la procédure à des personnes d'une grande intelligence, d'un jugement droit» au-dessus de tout soupçon. En conséquence il fallait en charger» simultanément avec le père inquisiteur, deux évêques recommandables par leur savoir^ leur vertu, leur intégrité, qui devaient s'entendre avec deux docteurs laïques pour

(I) LuTHERi Op. comp., édit. Walch. XXL p. i092.

LES HiR£¥lQtTES EN yinttlE. 39

la procédure. Après le procès» terminé sans qu'on eût eu recours à la torture » les accusés seraient soumis à un nouvel interrogatoire fait par deux recteurs de Brescia, atec intervention de la cour du podestat et de quatre autres docteurs, procédant avec toute diligence et circonspection aVatot de passer à la sentence, et prenant garde que la cupidité de Targent ne fit condamner ou diffamer quelque innocent (A). Ils recommandaient ensuite d'.envoyer dans la vallée des prédicateurs, dont ces montagnards, simples et ignorants, avaient plus besoin que non pas d'un inquisiteur.

Monseigneur Âleandre écrivant de Ratisbonne à Sanga^ le 31 mars 1533, à propos d'un certain frère Barthélémy, minorité vénitien^ en fuite parce qu'il était soupçonné de luthéranisme, lui disait que monseigneur Teatino lui voulait particulièrement du mal. Il sollicitait un bref du pape qui le justifi&t de manière à ce qu'il pût vivre trimquillement dans sa patrie ; mais en même temps il tenait des propos de vrai luthérien, et assurait que les hérétiques lui faisaient des offres avantageuses pour qu'il se donnât à eux. Aleaiidre usait avec lui tantôt de douceur, tantôt de sévérité; mais, ne venant pas à bout de le convertir, il crut que ce qu'il y avait de mieux à faire était de le laisser aller an milieu des Luthériens , eV non de le laisser rentrer dans Venise, où « ayant des parents et, à cause de la tristesse des temps, de nombreux fauteurs etiam de summatibus 9, il pourrait semer de tristes germes.

Nous le retrouvons plus tard à Nuremberg, au miheu des Luthériens, < qui en chantait de belles contre l'Ëglise

c en des termes qui faisaient bien du tort aux Vénitiens ». Aleandre ajoute : « De Venise , Messire Robert Magîo € me presse vivement par ses lettres de revenir; il dit

« que c'est très-nécessaire, et que tout le monde m'attend.

40 DiscQm^ u*

c Dans une que j'ai reçue hier, il m'a écrit que les i&sïjps « sont Cavorables et que je pournû faire de boDoes oeuvres « dans cette cité^ t

Dalthazar Alfieri, d'Aquila, établi à Venise et agent d*iia grand nombre de princes allemands, eut la facilité d*7 répandre des livres et des idées nouvelles; celles-ci firent, si bien leur chemin qu*en 11(38 Melanchthon exhortait le sénatà y permettre Tinstitutioa d'une église, c Vous devez c accorder particulièrement aux savants le droit de ma- « nifester leurs opinions et de les enseigner. Votre patrie « est le seul pays qui possède une aristocratie vraie, ayant c la sanction du temps et toujours ennemie de la tyrannie. « Assurez donc aux personnes pieuses la liberté de penser, « et qu'on ne rencontre pas chez vous le despotisme qui « pèse sur les autres pays'. »

Le carême de iS47 fut prêché à Saint-Barnabe par un jeune servi te, avec un concours plus grand qu'il n'y en avait jamais eu; mais le prédicateur, ayant paru s'égarer en des témérités contraires à la foi catholique, il fut arrêté; ses livres et ses papiers lui furent enlevés; leur examen prouva qu'il était c Luthérien, personne de grand « scandale et digne de châtiment ^. »

C'est à Venise que Henri de Salz et Thomas Holk de Kœnigsgratz firent imprimer une Bible hussite, qui se

(0 Monumenla Vatlcanat XCII et XCVHI. En ce temps vivait un prédicateur fameux, frà Zaocaria de Luni, qui en 1534 obtint du sénat nie de San-Secondo, où un grand nombre de personnes 8*enr6Ièrent sous la règle de Saint-Dominique. V. Codagli, Histoire de Vile et du monastère de San-Secondo. Ce P. Zaccaria a écrit une Defensio qua tuetur H, Satonarolam êodosque ûb kœresi Ummunes eise, manuscrit qui se trouvait naguère au couvent de Saint-Marc de Florence.

(2)Epistolœ, col. 150 et 154, édit. de Londres.

(3) Voir Lettres d^hommes iUmstres, timservées à Borne; Parme, 1853, p. 181.

LES HÉR£TI0C£8 SN VfiNETlE. 41

trouve maintanant à la bibliothèque de Dresde'. Nous

avons vu qiie Bruccioli y publia sa Bible vulgaire dans

un sens luthérien. Dans les maisons de Jean Filadelfo on

imprima^ en 1S36 et 1537, le « CommenUire sur l'épttre

de saint Paul , . composé par Juan Valdës , fio y iimeer

theologo; en 4546, Paul Gherardo y fit imprimer le Bienr

fait du Christ^ Philippe Stagnino les Opinions de êoini

AtigusUn sur la Gràcey et en 1545 Augustin Fregoso Sos-

tegno Le libre arbitre. Cest à Venise encore que {Mrëchait

Ochin; à Padoue, Pierre Martyr Vermigli fit un long

séjour, et Spiera de Gastelfranco tint une école (voir notre

T. II, p« 415). A Trévise, il se forma un c^nade de no\'a*

teurs. A Venise, dans un de leurs clubs, que h^uentaient

environ quarante personnes , on tenait des contérences

dans lesquelles on dépa3sait de beaucoup les limites posées

parle protestantisme. Melanchthon en prit ombrage : aussi

écrivait-il en 1539 au sénat de prendre des précautions

contre les antitrinitaires, et de ne pas le confondre avec

eux. « Il est temps d*y pourvoir, leur dit-il, car le bruit

court que plus de quarante personnes à la ville et dans

les campagnes sont infectées du mauvais principe an-

titrinitaire, personnes toutes nobles et de grand esprit^ ».

Nous avons parlé de monseigneur délia Casa, nonce du LeiMncc pape à Venise en 1544, et de la part qu'il prit au procès de Vergerio. Ses lettres font ressortir la manière dont le gouvernement de cette république en usait avec l'autorité ecclésiastique. 11 écrit au cardinal Farnëse, le 29 mai 1546 : « J'ai fait mettre en prison un certain François Strozzi,

(i) D'après Lkbret, Staatsge$cichte von Vetudijj If^ 2* partie, p. lies.

(3) Melakctonis Epist., 1. 1, p. 100 : voir en outre Allvosaobk» fltst. M. Serveti, p. 34.

DeilaCasa.

4â Discocfis n. .

« liérétique endurci» qui, à ce qu'on croit, a traduit en « italien PoêguMo in esUui, un livre très-mauvais et très* c dangereux. Une éptgramme très*mordante et très-cruelle « faite par lui c^itre la personne de & 8., ayant ététrouTée « sur lui lorsqu'il fut pris; S. S. ayant fait à Rome toutes « les démarches nécessaires auprès de l'ambassadeur du « sénat de Valise, et moi, de mon côté, n'ayant pas manqué « de faire ici toutes mes diligences pour obtenir d*en* « voyer à Rome ledit François, lequel est prêtre et a été « moine pendant douze ans, nous n'avons rien pu obtenir, a et finalement le sérénissime doge m'a donné hier matin c im refus si catégorique que je juge qu'il est inutile d'in- « sister davantage. Le doge Ta motivé sur la conserva- <i tion de la juridiction, et a montré combien chaque Ëtal « doit s'efforcer de la maintenir. >

I^ 29 juin : « Au sujet de François Strozzi, la Sei- « gneurie illustrissime m'a promis ce matin de le mettre « à ma disposition dans telle prison qu'il me plairait; «c et comme je l'ai maintenant en un lieu commode, « je ferai prendre toutes les dispositions que réclame la « justice dans un cas aussi affreux ^ »

Le 2K août : < 11 y a ici de nombreux partisans de Lu- « ther, qui souvent font beaucoup de bruit. Comme il n'est a pas possible de les combattre , bien que les sénateurs

(1) Pierre-Philippe Pandolfini , résident de Toscane à Venise, écrit, le 17 juin 1546, qu^il a recommandé an sénat M. François Strozzi, et . qu'il lui a été répondu par \^ président que les sénateurs étaient convaincus de son innocence, et que Strozzi était faussement accusé d'hérésie. Dans une autre lettre, du 25 juillet, il dit que Strozzi avait insulté et menacé le légat, ce qui avait retardé la' décision. Plus tard, il annonce qu*il avait été mis en liberté. Le même- écrit, à la date du 7 mai 1547, que le sénat a désigné trois hommes des premiers de la cité pour procéder, d*accord avec le nonce, contre les Luthériens. Arch. DipL de Florence,

LES UEB^TIOnKS EN VÉRBTIB 43

< soient très prudents et ne prêtent pas iSu^ilement l'oa reiUe à tout, ils augmentent en nombre et se répandent « partout. »

Le 31 mai suivant : « Je n'ai pas encore pu avoir de

< solution sur ce que je dois fkire du religieux hérétique

< dont j'ai parlé mercredi dernier au sénat d'une manière

< qui a fait impression^ montrant aux membres de cette « assemblée que les remèdes ordinaires ne suffisaient pas « pour réprimer la malice de cette secte^ ainsi que \'ex-

< périeuce l'a prouvé jusqu'ici. Mais comme les avis ont « été partagés, je n'ai pas eu de solution définitive : et « je me suis bien gardé de proposer des choses qui ne « seraient pas exécutées; une telle proposition ne ferait pas

< honneur à cette nonciature et donnerait de l'audace <^ aux hérétiques. J'aurai cette solution lundi, et je suis ^ très-certain que les envoyés de la Signoria ont encore « reçu dernièrement des pouvoirs plus étendus et ont été « exhortés à la sévérité et à la rigueur. J'ai, pour cette « raison y de bonnes espérances. »

Nous savons d'autre part que le religieux fut dégradé à Saint-Marc 9 conduit en habit séculier au fort et condamné à vie. Ses livres et ses écrits furent brûlés'.

Le M juin 1647, le même délia Casa écrivait : « Je crois * que ce que S. S. a dit à monseigneur l'ambassadeur ^ st fait beaucoup de bien à la cause de l'hérésie, parce « que deux des envoyés de la Signoria m'ont beaucoup « remercié des bons rapports qu'ils disent savoir que j'ai « faits à Rome sur leurs personnes et en ont témoigné « infiniment de plaisir. L'affaire marche, et j'espère « qu'avec quelque habileté il sera remédié d'une manière

(0 IMîre de ralmiif illiMmio, 30 m», Archiv. Dipl. diFirenze.

L*Anglai8 Arcbicw.

44 DiMsoims u.

très^opportune à cette ennuyeuse et périlleuse maladie. »

Et le 3 août 1549 : c A propos de deux hérétiques de Padoue, pour élayer une plainte contre eux, on a confié an vicaire le soin de faire une enquête secrète» et Ton tAchera de les fiiire venir ici. »

Enfin le 9 novembre, à Télu de PoUl à Rome : c Comme j'Insistais, liier matin, au sénat pour obtenir que Grisonio, impliqué dans l'hérésie de Conegliuio , fût livré au bras séculier, le président m'interrompit en me di* sant qu'on avait fait une campagne louable contre ceux de Digiano, etc.; il faudrait, ajoutait*il, prendre garde que les prêtres mis à la place des coupables fussent bons, et qu'ils résidassent là pour guérir et amender tout ce que les hérétiques avaient corrompu, etc. » En 1546, Balthazar Archiew, Anglais, demandait au sénat la permission de se fixer à Venise comme résident de sa nation, et de présenter les lettres dont les princes d'Allemagne l'avaient chargé. On discuta pendant plusieurs jours si on devait le lui accorder. Michel Barozzi soutenait que dans un pays catholique on ne pouvait tolérer un résident hérétique , à la faveur duquel l'hérésie trouverait moyen de s'infiltrer; mais Pesaro faisait remarquer qu'il s'agissait de politique et non de foi : les pro* testants étaient de grands princes, ils occupaient la moitié de l'Europe, combattaient l'empereur, ce qui tournait à l'avantage de Venise; si l'on voulait avoir égards la foi, que de rigueurs ne faudrait-il pas, par exemple ,pour réprimer la simonie? Barozzi répliquait que la demande d' Archiew intéressait la foi, puisqu'il cherchait à se procurer dans Venise un domicile fixe et reconnu, et par là même toute facilité pour parler, répandre des livres, et scandaliser les

LES HÉRfriQUIS SN TÉHtTIB. 45

catholiques par ses libres allures de protestant. Trevisan insistait; les protestants, disait-il, n'avaient pas à Venise un enToyé pour traiter de la foi, mais d'affaires d'Etat; les princes allemands cherchaient uniquement la eomoration de leur propre liberté et des intérêts réligieùi ; en vue de ces intérêts , vingt-neuf ans après avoir embrassé la nouvelle foi, ils s'étaient unis dans une ligue et envoyaient des ambassadeurs aux puissances. Venise n'avait pas été oubliée, et puisqu'on lui adressait par Tintermédiaire d'Archiew une lettre, il serait discourtois de n'y pas répondre , et imprudent dé ne pas rester en bons termes avec une ligue aussi puissante. En effet , la lettre fiit reçue; on y donna une réponse évasive, et ArchieviF demeura comme résident d'Angleterre. Le pape s'en étant plaint, on lui répondit que cela était nécessaire à cause des communications continuelles avec ce royaume, et que da reste S. S. ne pouvait douter de la dévotion de la république.

Cependant il ne faudrait pas croire que les Vénitiens se fatiguassent de persécuter l'hérésie, soit que le carac< tëre de l'époque les y portât, soit que l'hérésie troubUt la tranquillité publique , premier but de ce gouvernement. Dès le 32 avril 1547 on avait donné aux assistants du SaiQt*Office la commission que voici :

« Nos Franciseus Donaio^ dux VeneHarum , sachant Dtaret

coDtre les

« que rien n'est plus digne du prince chrétien que le zèle b^rHiquet.

< pour la religion et la défense de la foi catholique , —

< tâche qui nous incombe tout particulièrement en notre « qualité de doge et à laquelle se sont dévoués nos pré- « décessenrs, — nous vous avons élu, en l'honneur de « notre sainte mère FËglise, et avec l'aide de notre petit «conseil, vous, nobles de Venise bien aimés, Nicolas

40 DISCOURS lî-

c Tiepolo, docteur François Contarini et docteur Marcc Antoine Vénier, comme ceux qai êtes par excellence les « hommes droits, prudents, bons catholiques et diligents c en toutes vos actions, surtout lorsque tous savez qii*rl « s'agit de Thonnettr de Dieu. Nous vous confions le soin c de rechercher soigneusement les hérétiques qui se trou- « veraient dans cette ville et aussi de recevoir les plaintes c qui vous seraient faites contre quelqu'un d'entre eux ; c vous agirez de concert avec le révérend légat et ses c ministres, avec notre révérend patriarche et ses roi- « nistres, avec le vénérable Inquisiteur de la méchanceté « hérétique, sollicitant chacun d'eux en temps opportun c et à Toccasion de faire les procès, dont vous serez les c assistants, et veillant à ce que les jugements prononcés c contre les coupables soient exécutés. De temps en « temps vous nous aviserez de tout ce qui se passera, c et nous ne manquerons pas de vous aider et de vous « favoriser suivant la formule de notre promotion, etc. »

Le Si octobre 1548, le Conseil des Dix prit la résolution suivante :

c En exécution de la Promission de notre sérénissime « prince et du eapitulaire des conseillers , Sa Sérénité a « délégué, de leur consentement, trois des premiers « membres de notre noblesse pour rechercher les héré- A tiques et recevoir tes dénonciations faites contre eux, « dans cette cité et le duché seulement. S'étant réunis avec « l'auditeur du révérendissime légat et l'inquisiteur, « trois fois la semaine, depuis le mois d'avril 1547 jusqu'à « ce jour, ils ont obtenu les bons résultats que chacun « sait. C'est ainsi qtfont cessé les conventicules qui aupa- « ravant se tenaient dans plusieurs lieux publics et privés « de cette ville, et un grand nombre de personnes pion-

LES h£ii£tiovss en ténétib. 47

gées dans cette dépravation diabolique ont abjuré publiquement. -— Si cette bonne œuvre se faisait dans les autres villes de notre Ëtat où cette secte détestable existe, ainsi que nous invitent à le faire dans un grand nombre de cas importants divers de nos recteurs et le rêvérendissime légat apo^olique lui-^méme, il n'est personne qui ne sache combien l'on ferait une chose agréable au Dieu tout-puissant et à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cependant, il est arrêté que la délibération de ce conseil du 31 mars 1S21, en matière de sorcellerie et

d*hérésie , pour ce qui regarde les hérétiques de la foi catholique et les sacrements de la sainte Ëgtise, soit réformée, et qu'il soit de nouveau déclaré que Ton ait à observer tout ce que l'on observe dans notre ville, à savoir :

c Que les recteurs des villes désignées ci • dessous doivent premièrement élire deux docteurs, ou personnes intelligentes, catholiques et de bonne vie, et se réunir en quelque lieu propre à cela avec le révé- « rend évéque, son suffragant ou son vicaire, et avec le

< vénérable inquisiteur. Tous ensemble rechercheront les '^ hérétiques et recueilleront les dénonciations contre « tout habitant de la ville, des châteaux ou du diocèse. Le « recteur et les deux élus seront toujours présents pour « recevoir les plaintes et ouvrir les procès, donnant leur

< avis et prêtant leur appui jusqu'à leur entière con- « clusion; et seront par ces révérends ecclésiastiques « appliqués les arrêts contre les personnes reconnues •( coupables, d'après la teneur des saints canons. Au * prononcé de ces arrêts devront toujours intervenir le « conseil et les deux élus des recteurs, comme il est dît « ci-dessus, et non autrement : ils seront présents et donr

48 BISCOCftS II.

neront leur aris en toule chose regardant cette matière. L*arrét devenu définitif, les recteurs devront le faire exécuter. Et si, par quelqu'empèchement légitime, les recteurs ne pouvaient être présents à toute la suite du procès, un d'eux devra au moins y assister avec Tun de ceux qui ont été mentionnés ci-dessus. Et dans les endroits où il n'y aurait qu*uh seul recteur, celui-ci devrait y assister en personne, ayant totgours à côté de lui les deux députés choisis par lui pour cet objet. Cet ordre sera, du restei inséré dans les commissions des recteurs, afin qu'il soit eh tout observé. Les procès intentés jusqu'ici sur cette matière, — sans la participation des recteurs, -* sont déclarés nuls, mais ils peuvent être recommencés en la forme dite ci-dessus, c 11 est aussi prescrit aux susdits recteurs qu'aussitôt reçu notre présent ordre ils devront le faire proclamer publiquement dans toutes les villes sous leur comluandement et dans tous les châteaux soumis à leur juridiction, afin que si quelqu'un a des livres défendus par la sainte Ëglise catholique, il puisse, comme c'est son devoir, les présenter au recteur dans le délai qu'il aura fixé, sans encourir aucune peine; et ces livres seront brûlés publiquement. Passé le terme fixé, on procédera contre les insoumis de la manière qu'il paraîtra convenable aux recteurs.

c Et dès maintenant, en même temps qu'on adressera aux recteurs ' la délibération ci-dessus, on leur écrira secrètement et à part ce qui est contenu ci-dessous. » c Instruction secrète. »

(1) G*est-à-dire ceux de Pddoue,de Brescia, Cividal de Belluue, Vicence, Bergame, Feltre, Vérone, Trévise, Udine, Chioggia, Adria et Gapodistria.

LES HiEitlOOBS BN vÈsiriE. 40 \

< Vous aurez vu ce que nous vous avons prescrit avec i

< notre Conseil des Dix, sur la manière de procéder

« contre les hét*étiques avec notre assistance et notre avis, '

c et sur l'élection que vous devrez faire de deux personnes c qualifiées , prescription qu*il est de notre volonté que

< vous exécutiez. — Nous vous disons maintenant, avec * c le même Conseil que lors^pi*!! s'agira d'une personne de « laquelle il vous paraîtrait que pourrait provenir quelque

< scandale, avant de la détenir et de la juger, vous de- « vrez en donner avis aux chefs de ce Conseil, en lui foisant

< connattre particulièrement la qualité de la personne, « ses parents et adhérents, ses biens, et toute autre chose « qui vous semblerait digne de considération. Vous ob- « serverez la même chose avant l'exécution du jugement, c à l'égard de qui que ce soit , lorsqu'il comportera la

< perte de la vie, ou d'un membre,'un châtiment corporel, s ou la confiscation des biens. Dans ces cas on vous

< donnera les instructions que l'on jugera convenables, c Cet ordre étant très-important, nous voulons que

c vous le teniez très-secret et le gardiez pour vous seul,

< en sorte qu'aucun de vos serviteurs ni personne au- « tre le puisse connaître, et vous le remettrez/ en obser- « vant le même secret, de la main à la main à votre suc- « cesseur, qui en fera autant à ceux qui viendront après « lui. »

Le même Conseil des Dix avec sa Junte écrivait aux divers recteurs des provinces :

c Vous aurez vu la manière dont il faut procéder

< contre les hérétiques luthériens. Vous vous confor- « merez soigneusement à l'instruction qui vous a été « donnée. — Nous ajoutons avec le même Conseil et sa c Junte que lorsque vous aurez cru devoir décréter contre

80 DI8G0UBS n.

c quelqu'un la peine de mort, la perte d'un membre ou c la confiscation, vous ayez à suq[»endre le procès, pour en c référer aux chefs de ce Conseil : tous lui adresserez le c dossier de l'afliûre, sous cachet, et attendrez nos or- « dres. » suppHctt • Le S9 novembre 1848, le doge François Donato écrivait Venise, au recteur de Bergame :

< Nous avons appris, à notre grand déplaisir, qu'il < existe dans cette ville quelques hérétiques qui non-seuc lement ne vivent pas catholiquement, mais publient, c discutent et cherchent à faire prévaloir les opinions « luthériennes: c'est une chose que nous ne voulons « souffrir en aucune façon. » Le pape s'étant plaint que le capitaine et le podestat de Yicence laissaient prêcher librement l'erreur, la Seigneurie^ conformément aux or- . dres très-sévères transmis, commença les supplices. Guido Zanelti fut remis à l'Inquisition romaine; Jules Ghirlanda de Trévise et François de Rovigo furent conduits à Venise et étranglés sans procès ; Antoine Ricetto de Vicence, François Spinola, prêtre milanais, et.fràBaldo Lupetino eurent le même sort; François de Ruego fut étouffé, en 1546. Quelques-uns profitèrent de ce terrible avertissement pour s'enfuir : de ce nombre fut Alexandre Trissino, qui avec d'autres se réfugia à Chiavenna , d'où il écrivit à son compatriote Léonard Tiene, l'excitant à embrasser la Réforme avec toute la viUe.

Allierî, que nous avons déjà nommé, écrivait de Venise, à BuUinger, le 24 mars 1549 : < Ici la persécution devient <K tous les jours plus insolente : un grand nombre de per- « sonnes sont arrêtées et condamnées soit aux galères, soit c à la détention perpétuelle ; on en amène quelques-uns • à se rétracter par la crainte du châtiment^ tant le

LES HÉRÉTIQUES BN YÉNXTII. 51

c Christ est encore faible en eax : beaucoup sont presse crits avec leurs femmes et leurs enfants» d'autres cher- « chent leur salut dans la fuite. Parmi ces derniers se « trouve le pieux et savant évêque Vergerio : celui-là, s'il c vient à vous, accueillez-le bien et ayez pour lui toutes « sortes d'égards. Quant à moi, j'en suis réduit à la même « extrémité, puisqu'il plaît à Dieu d'éprouver par les ft tentations la foi des siens. »

Cet Altieri amena les Suisses et les Allemands à ne rien épargner pour faire retirer le décret du sénat; il en écrivit au duc de Saxe et alla en Suisse. Il affirmait solennellement que les Vénitiens étaient tous favorables aux Français, et par le fait même hostiles à l'empereur; en conséquence, les princes d'Allemagne devaient les compter pour beaucoup et les considérer comme utiles à leurs projets; mais il ne put obtenir que des lettres de recommandation, et à son retour à Venise il lui fut intimé de professer le culte romain ou bien de s'en aller. C'est ce dernier parti qu'il prit : il passa par Ferrare pour se rendre à Florence, puis revint dans le pays de Brescia, d'où il écrivait à Bullinger, en novembre 1549, qu'il était en butte à toutes espèces de vexations, et courait péril de la vie ; qu'il n'entrevoyait pas un seul endroit en Italie où il pût vivre en sûreté avec sa femme et son enfant : c les impies, disait-il, n'auront pas « de repos qu'ils ne m'aient englouti vivant. »

Plus violent encore, Vergerio écrivait : « Ce serait une c cruauté, une barbarie et une ânerie de vouloir emp6- « cherderétablirlapuretéetlabeautédela langue vulgaire. « Eh bien, n'est-ce pas une cruauté, une barbarie, une « ânerie cent fois plus grandes d'avoir envoyé comme léc gat à Venise le Milanais Archinto, qui ne pense à au- « tre chose qu'à faire traîner en prison et à exiler une

5S Biscoins II.

foule de gens de bien, par le seul moUf qu'ils se montrent désireux de voir rendre à FËglise cette pureté et cette beauté de FÉvangile que Jésus^Christ est venu nous enseigner et qui avait été horriblement souillée et déshonorée * ? »

Et à Dolfin, évéque de Lésina : c L'injustice et la cruauté n*ont fait que crotUre chez vous depuis quelque temps, car de nos jours les papes font noyer nos fidèles, de nuit et secrètement, sans que leur défense ait pu être entendue, au moins en public, comme cela est arrivé dernièrement de deux saints martyrs du Christ : l"" frà Baldo Lupetino d'Albona, qui avait pour neveu et disciple M. Mathœus Tlaccius Illyricus , bien connu du monde, et 2« Barthélémy Fonzio, qui entre autres ont été noyés nuitamment ; et ces mêmes papes ne veulent pas que les accusés dans cette affaire puissent être entendus, si ce n*est par quelque inquisiteur du diable et dans un coin. Sed lu Domine usquequo î » A la date du 24 avril 1S51, il raconte : c 11 y a de nouveau en Italie que les Signori de Venise ont publié un décret aux termes duquel aucun légat du pape, ni évêque, ni inquisiteur ne pourra procéder contre qui que « ce soit sans la présence et Fintervention d'un magis- « trat laïque ; et maintenant le pape frémit : il a fulminé « une bulle qui défend sous les peines les plus graves à tf tous les princes séculiers de s'immiscer ni beaucoup ni « peu dans les causes des accusés pour cause de religion : « nous allons voir si les Vénitiens voudront obéir. Quelle « bonne chose si par cette voie la discorde éditait entre « eux et l'Antéchrist' ! »

(1) /ttgement wr les Letlret ietrelte hommes ittuiires (en italien).

(2) Manuscrit existant à la Bibliotbèqae de Zarich.

LE3 MiaÉTiovts £11 yÉsftriE. 53

Enfin, Vergerio écrivait deTubingue àBuUingeryiedaeptembre 1S54 : c J'ai ici avec moi Jèrftme Donidîno, roèc decin, chassé toatdernièremmtde Venise poar la cause c de l'Ëvangile ; c'est un homme saTant» qui est très au < courant de ce qui se passe en Italie : il m*afBnne que c l'erreur de Servet se répand plus que jamais en Italie ff comme une peste, et que lui-même a été engagé par « Gribaldo à y adhérer. Il est certain qu'à Bâie quelques « personnes ont formé d'accord avec un certain nom* c bre d'Italiens, une conspiration qui enfantera quelque c grand mal si elle n'est étouffée. » Et sur ses derniers jours (1S69), il annonçait Veneios impies sœvire, guod antea non feeeruni; nec dubium est qttin enm papa sint confederali contra, ut atnii/, Intheranos. Florentix ibidem ; imo una vice prapter religionem XV 111 captos et in car-eerem confectos fuisse. Theologum qui diversam de Trinitaie sententiam pro eoneionibus defendere voluerit, Genevx esse deeolatum; quodfaetum non omnes approbant.

Il y avait donc à Venise la liberté de mœurs et non la liberté d'opinions : celle-ci est souvent confondue avec celle-là. La vérité est que l'institution des trois Sages de l'hérésie, en 1851, était un expédient pour avoir le moyen de surveiller l'action du Saint-Office. Les Exécuteurs chargés de réprimer le blasphème devaient approuTer les imprimés, veiller sur les hérétiques, les blasphémateurs» les violateurs des choses sacrées, et sur ceux qui célébraient la messe sans avoir reçu les ordres.

Cependant les papes querellaient la Seigneurie pour '^p'p^^^ son trop de douceur; Jules m, en particulier, adressa à ^et'îiîqîSMce sujet, en 155d, de vives remontrances à l'ambassadeur ^ ^^^^ Mathieu Dandolo (B). Il se plaignait aussi que les laïques fussent appelés à juger avec les ecclésiastiques en matière

54 DI6C0UBS U.

de foi : ce pape publia une bulle pour protester contre cette pratique.

Ce furent peut-être les instances du pape qui provo- \

quèrentlanotiflcation suivante, datée du 3 novembre 18S0 : i

« PraneUctu DofuUo^ DH gratia, Dux Veneliarum^ ete.^ a nobilibus et sapiefUibus viris Francisco Venerio, de suo « mandata p&testaii^ et Hieronymo Grimani, capiianio Ve- « ronœ, et successoribus suis, fidelibus dileciis salutem et « dilectionis affectutn. Ayant estimé juste et convenable de tt procéder partout d'une manière uniforme dans la juri- « diction de notre Ëtat contre les inculpés d*hérésie , nous « avons délibéré en Conseil avec les Dix et la Junte que |

« dans les cas d*hérésie qui se présentent et qui se présen- |

« teront on doit observer la même forme de procéder ar- ^

oc rêtée par nos villes de Brescia et de Bergame, relatée ce dans les letlres écrites aux recteurs de ces villes par les « Dix et la Junte réunis en conseil, sous la date du 39 noa vembre 1548^ en ces termes : Réunissez-vous avec le réa vérend vicaire, ou avec le révérend évèque, s'il y en a un, <ic et l'inquisiteur, pour, avec eux et les premiers docteurs <c de la ville qui vous paraîtront doués de vertu et de doc- « trinç, intenter diligemment les procès en cette matière, a nonobstant tous autres ordres; vous vous trouverez ce présents à tout ce qui se fera ; ou, si quelquefois, par un « empêchement inévitable , vous ne pouvez y assister, « vous y ferez venir en votre place votre vicaire, et vous <c userez de toutes les diligences possibles pour que la <x procédure soit conduite de la manière qui convient , « car nous pouvons e^iiger à jusfe titre de savoir com- 4 ment les choses se passent en une matière aussi im- « portante» Le procès terminé, vpus en enverrez immé» <i diatement le dossier au chef du Conseil, et lorsque nous

LES HERÉTlQnSS BN VINSTIB. 5S

« l'aurons examiné, nous vous aviserons de ce qu*il faudra « faire. En attendant , de Tautorité de notre Conseil des « Dix et de la Junte réunis nous vous ordonnons d^observer c et de faire observer lesdites lettres , de les faire en-

< regîstrer en votre chancellerie pour servir de mémoire c à ceux qui vous succéderont et être observées par c eux'. B Pie IV se plaignait, en 1864» à Pambassadeur Marc Soranzo que la Seigneurie ne se montrât pas asses sévère dans les cas d*hérésie découverts à Venise , Vérone, Vicence, « Il faut qu'ils se montrent plus sévères, c et qu'ils appliquant des remèdes plus efficaces qu'ils c ne l'ont fait jusqu'ici. Leur Ëtat confine par plusieurs c côtés aux hérétiques; il est nécessaire qu'ils fassent c bonne garde pour que cette peste ne pénètre pas cheE « eux, et pour que ceux que Ton découvrira soient punis c rigoureusement. Ce qu'ils n'ont pas fait jusqu'à prec sent, il faut qu'ils le fassent désormais de la manière « dite. Nous avons su aussi qu'à Padoue on a toléré des « étudiants allemands ouvertement hérétiques, qui en ont

< perverti d'autres \ »

En conséquence, le Conseil des Dix publia une ordonnance dans laquelle il professait qu'on ne pouvait rien faire de plus agréable à Jésus-Christ et à tous les fidèles que de chercher les moyens d'éloigner ces méchants qui en matière de religion suivent des opinions particulières : c'est pourquoi ils ei^'oignaient aux recteurs de les chasser de toutes les terres de la république, dans les quinze jours qui suivraient la publication du décret, sous la menace

(1) Pag^ 139 du yol. I*", arrêts et décisions du Conseil des Dix et du grand Conseil, n* LIX du catalogue, n existe sur le même objet d*autre8 lois, du 29 décembre 1550, du 13 mars 1555.

(2) Manuscrit 697, classe 7*, ital., à la Bibltothèque Saint-Marc.

56 D18G0UJIS ir.

s'ils revenaient d'être enfermés en lieu sûr, dans ane prison autre que celle des criminels ordinûres, et d'ôtre frappés d'une amende considéraUe.

Cela ne les empêcha pas d'écrire, la mèn^e année, aux Grisons de venir faire leur commerce sur le marché de Venise, sans crainte d*être inquiétés par l'Inquisition dans une partie quelconque de TÉtat , pourvu qu'ils fussent tranquilles et ne tissent pas de scandale.

Sollicité par Pie Y de faire appliquer l'inquisition rigoureusement par la Seigneurie, l'ambassadeur vénitien Paul Tiepolo écrit lui avoir répondu que cela serait fait, mais qu'en y regardant de près « on trouverait que l'on « vit dans cet État plus religieusement et plus catholi- « quement que peut-^tre n'importe où ; qu'il ne savait <i pas de pays où Ton fréquentât davantage l'église et les a offices divins ; ce dont le pape ne parut pas parfaite- « ment convaincu, peut-être à cause des informations con- ^ traires qu'il avait reçues. »

Un autre fois il écrit : c L'inquisiteur de Brescia est « venu me trouver; il m'a dit que le pape l'avait longue- ^ jnent questionné sur les affaires de cette ville, et que % lui, sachant bien qu'avec S. S. il n'y avait besoin ni d'é- « peron ni de frein, il avait agi de son mieux pour pal* « lier et radoucir les choses ébruilées , affirmant que « les illustres recteurs lui avaient promptement accordé tf tous les secours et toutes les faveurs dont ils le savaient c avide. 11 ajouta avoir dit à S. S. qu'il avait appris qu'elle « n'était pas bien disposée envers la sérénisslme repuc blique; mais que, dévoué à S. S., il se faisait un devoir « de lui dire qu'il ne connaissait pas d'État qui fttplus pour « le Saint-Siège ; qu'enfin, alors même que dans le nombre c on trouverait certains esprits peu droits, il ne fallait pas

LES HÉBATIQVBS.XII tfNÉTIE. 57

< avoir mauvaise opinion d*une république aussi digne et c aussi bonncif »

II raconte ailleurs qu'il rassura le saint-père au sujet de la vigilance très-soigneusement exercée par la Seigneurie sur les hérétiques y et cela non-seulement par zèle religieux, mais pour la concorde et l'union entre les citoyens» que rhérésie troublerait; c les choses, ajoute-t-il, étaient en bon et peut-être meilleur état que dans aucune autre partie de la chrétienté malgré le voisinage de FAUemagne , à laquelle la république touchait par plus de 300 milles de frontières, circonstance qui Tobligeait à de fréquentes relations commerciales avec les Allemands. » Et plus loin : < Nous agissons plus que nous ne parlons; chez nous ce n'est pas tout feu et flamme, mais Ton fait bel et bien mourir secrètement quiconque mérite ce sort... Les démonstrations, plus solennelles, sévères, publiques , effrayantes, pourraient causer plus de préjudice que de profit , et confirmer dans leur erreur ceux qui s*abandonnent à leur propre sens , au lieu de les épouvanter : en France et dans les pays de Flandre, où Ton avait fait massacrer les gens par dizaines de mille, non-seulement on n*en avait pas eu de bons résultats, mais on avait vu chaque jour se multipler le nombre des partisans de Topinion des morts. Le Conseil des Dix avait dernièrement fait une loi d'après laquelle quiconque serait banni d'une ville pour cause de religion devait se considérer comme banni de l'Etat tout entier, chose qu'à la rigueur on n'aurait peutêtre pas pu faire, suivant les règles de la justice*. »

(ORomanin (tome. V, page 338 de son m$Mre de Feiitff ) me reproche d'avoir dit que Venise fut gévére et même Bîroce dans les cbàtiments qu'elle a iniligôs aux hérétiques. Laissons parler les faits.

58 DISCOURS a.

Cette phrase terrible de Tiepolo : « Nous faisons bel et bien mourir secrètement quiconque médte ce sort » était, espérons-le, une de ces formules diplomatiques où la seconde partie détruit l'effet de la première, et dont se servent ceux qui cèdent dans la forme pour maintenir le fond. S'il y eut des supplices secrets, ils durent être exceptionnels, et nullement érigés en système. En 1888, Sixte- Quint se plaignant de la manière d'agir de la république, le cardinal Famèse lui dit en souriant : c Saint-Père, ces c messieurs gouvernent l'État avec les règles d'Ëtat et « non avec celles du Saint-Office. Et si l'on doit avoir un « œil sincère pour la religion, on doit aussi regarder à « autre chose k »

Dans les archives des Hédicis , nous avons recueilli une lettre du chevalier Nobili , ambassadeur de Toscane , qui écrit de Madrid, à la date du 8 juin li;68^ :

« J'ai appris de l'ambassadeur de Venise qu*il y a ici « un Italien qui a habité un grand nombre d'années la « Suisse et le pays des Grisons aux confins du Milanais , « où il a connu un grand nombre de vassaux du roi en 1 intelligence avec les] luthériens de ces pays ; cet Italien c est venu à la cour pour dénoncer à Sa Majesté ceux « qui sont infectés de l'opinion hérétique. Il a aussi eu « des entretiens avec l'ambassadeur de Venise, auquel il « a dit qu'en s'occupant de cette affaire il a trouvé un

Romania était juif, et ne pouvait bien comprendre Torganisation chrétienne, trop peu connue des Italiens eux-mêmes. Romanindonc, pour montrer la douceur du gouvernement vénitien, cite les égards dont les juifs étaient Tobjet. Qu*ont à faire ici les juifs? ils ne tombaient, nous Pavons dit, sous la juridiction de Tlnquisition ou de TËglise catholique que lorsqu'ils tentaient de faire des prosélytes.

(i) Dépêche de Rome, man. 1279 de la Marciana. «

(2) Archives de TÉtat à Florence, Rang, 4898.

LES HÉUfolQUBS EN VÉmItIE. 59

( grand nombre d'habitants des terres des Vénitiens, tous « hommes de qualité , ayant ces idées perverses .: il a c ajouté que si la république voulait le récompenser, il « irait dans cette contrée et rendrait compte de tout en « bonne sincérité et avec preuves à Tappui ; ce qui a en- « gagé Fambassadeur à écrire à la république pour l'exa horter à voir les choses comme elles sont, et à châtier c sévèrement ceux qui suivent cette ligne de conduite c dans leur Ëtat, et spécialement à Brescia et à Bergame, & villes que cet Italien désigne comme particulièrement « infectées. »

Et à la date du 30 juillet : & A propos de ce qu*ont écrit « à Sa Majesté catholique, par lettre du 11 avril dernier, « monseigneur le duc et votre Excellence sur le danger « que les Français et les hérétiques feraient planer sur 1*1- « talie, s'ils entreprenaient de pervertir ce pays, Sa Sainteté ^ a écrit la même chose, et s'efforce de démontrer en quelle « suspicion l'on devait tenir le duc de Savoie et les Véni- « tiens , le premier à cause de Thérésie qui infecte ses « Ëtats et de son voisinage avec la France , les autres à « cause du peu de vigilance qu'ils exercent sur la ma- « nière de vivre d'un chacun : le concours ou la permis- « sion de ces deux suffisent, paralt-il, pour faire naître en « Italie tous les troubles fomentés par ses ennemis. Il s'est ^^ longuement étendu au sujet du duc et de la républi- ^ que, et les a chargés beaucoup auprès de Sa Majesté, ^ comme étant ceux dont .la bonne volonté pour le ser- < vice de la foi et celui de Sa Majesté est la plus dou- « teuse. »

Jacques Brocardo, Vénitien ou, suivant d'autres, Pié- jactiun montais, suivit Calvin, et prétendit confirmer par la sainte "^ Ecriture des visions qu'il disait avoir. En 1565, s'étant re-

60 DiSGOoas II.

tiré dans le Frioal, î1 y écrivit sar la physique ; mais il y fut découvert, et les Dix le firent arrêter. RelAché, il s*en alla errant à Heidelberg, en France, en Angleterre, en Hollande, où il publia des livres dans lesquels il soutenait qne les prophètes avaient prédit les événements particuliers au seizième siècle : il les appliquait aux faits à venir pour ce qui concernait Philippe II, Elisabeth, le prince d'Orange. Le synode de lliddelbourg désapprouva cette manière dlnterpréter la Bible. Le Breton Ségur-PardaiUan crut que le personnage désigné dans ces prophéties comme destiné à abattre l'hydre papale était Henri IV^ et il sollicita ce monarque de l'envoyer aux princes protestants pour cet objet; mais il devint ridicule lorsqu'il eut révélé la source d'où il tirait cette persuasion.

Un commentaire de Brocardo sur la Genèse fut condamné par le synode national de La Rochelle en 1S81. Il rétracta plus tard ses livres mystiques et prophétiques, ce qui ne l'empêcha pas d'être expulsé de la Hollande : il erra misérablement jusqu'après l'année 1594. Procédure Le modc de procéder, en fait d'hérésie, à Venise, res-

llnoutoi-

tiMi sort de l'instruction suivante :

en matière

d*héré8ie. « Modus qui serwituT in Mbunali nostro in proeedendo « contra hœreticos.

c Et primo, porrecta querela, sive denuntia contra ali- « quem per judices ecclesiasticos, videlicet reverendum « dominum Âuditorem reverendissimi d. Legati aposto- « lici et per patrem inquisitorem hœretîcœ pravitatis, « cum assistenlia clarissimorum dominonim députac torum contra hœreticos, ex offitio super ea testes assuc muntur et examinanlur; et si faciunt inditia aut proba- € tiones, ita quod deveniii possit ad capturam denunc ciati, tune Judices ecclesiastici , accedente consilio

LES HÉRÉTIQtJES EM VÉNiTIE. 61

« prœdictonim clarissimorum domiaorum deputatorum , ( dictam capturam deceraunt ; sin autem , eundem ad <i comparendum personaliter citari mandant, qui si non « comparuerit, proclamatur in scalis pubiicis, et contra « ipsam proceditur, ejas conturoacta non obstante. Si c vero comparuerit, judices ecclesiastici cum assistentia « prœdiclorum darissimorum d. députât, ejus rei reci- « piunt aut constitutum^ et eo recepto, decernunt ( acce- « dente consilio ut supra } quod incareeretur aut consi- « gnetur in aliquo loco queni ei députant pro carcere, « cum fidejussione de se prœsentando et de non rece-

< dendo, et successive ad ulteriora proceditur» examine nando testes et contestes, et constituendo inquisitum a qui conQtetur se errasse, et qui se remittit sanctae ma- <^ tris Ecclesiœ correctioni. Tune formata abjuratione « illa, reus, ore proprio, si scit légère, sin autem notarius «( reo praesente et omnia in eadem abjuratione conâtente,

< récitât die statuto per judices. Deinde ipsi judices ec- « clesiastici , habito coUoquio de pœna sive pœnitentia , « ad quam reus veniat condemnandus , cum prsedictis « clarissimis domînis deputatis, et citato reo ad audien- « dam sententiam , illam in scriptis , accedente consilio « ut supra, proferunt et promulgant, et in ipsius sen- « tentiœ fine serenissimi principis pro executione ipsius

< sen tentiœ brachium humiliter implorant. Si vero reus « n^averit delicta, de qui bus in inquisitione , perpe- « trasse, tune in arctiori carcere detrudi mandatur, ut eo « mediante, delicta per se perpetrata confileatur. Si vero « illa confiteri negaverit, tune et eo casu utatur deduclis

< in processu et attestationibus testium , dummodo vi* « deantur esse conformes et sine aliqua inimicitiœ suspi- « cione , ac taies quod^ in juditio âdes eisdem adhiberi

62 biSGOUAs II.

« possit : et sic ad sententiam condemnatoriam » prout « juris fuerit ut supra, proceditur. Si Tero testes examift nati non plene probaTerint, ita quod tantummodo inft ditia fecerint, aut semiplene probayeriat, tune et eo c casu proceditur ad torturam, licet hactenus in tribunal! « nostro hujusmodi non evenerit . casus y et ita hactenus « fuit servatum et processum , eu m assistentiam prsdic- « torum clarissimorum domin. deputatorum et eorum acft cedente consilio decretum et sententiatuni. »

Les archives du Saint-Office, maintenant réunies aux autres au couvent des Frari, sont composées de ISO dossiers. A part un procès de 1&41 , la série régulière ne commence qu'en 1548. D*après Romanin, de ifi4S à 1850, on fit 63 procès tant dans la capitale que dans les provinces; 19 furent suspendus ; les autres aboutirent à des amendes ou à Texil : quelques-uns se terminèrent par une prison temporaire^ un par une condamnation aux galères et un autre par une condamnation à mort. Les inculpés sont ou des prêtres ou des artisans ; il y a peu de bourgeois, pas de nobles. La Bibliothèque de Saint-Marc * ne possède que la sentence prononcée contre François Barozzi pour sorcellerie, séduction, apostasie obstinée : celui-ci s'était résolu à tout confesser, pourvu qu'on lui laissât la vie sauve et ses biens ; il resta quelque temps en prison, paya cent ducats, de quoi faire deux crucifix d'argent, et s'obligea à faire certaines prières et à se confesser régulièrement. Procès Les procès de sorcellerie ne manquèrent pas dans les sorcellerie. États dc Venisc. Lcs Diarii de Marin Sanuto en rapportent plusieurs qui eurent lieu avec les abus ordinaires de la procédure d'alors, et l'on y trouve des preuves évidentes de

(1) Manuscrit 367, classe VII, Ital.

LES ViSiiTïQVtS EN IffllETlE. 63

superstition, de délire, d'hallucination. On voit dans lesilnnales de Breseiùy qui existent en manuscrit à la Bibliothèque du Quirinal, qn*en i4B8, le père Antoine, inquisiteur, faisait appel au gouYemement contre les hérétiques dépendant de la paroisse d'Edolo, qui refusaient les sacrements, immolaient des enfants, adoraient le diable. En 4510, on avait brûlé à Edolo et à Pisogne plus de 60 sorciers et sorcières accusés d'avoir ensorcelé des hommes, des femmes, des animaux, d'avoir desséché des prés et des herbes. Pendant qu'on les conduisait au bûcher, ils ne se montraient nullement effrayés, dans la conviction que le diable ferait un miracle pour les sauver. En 1518, on avait brûlé plus de 70 sorcières dans la Valcamonica et confisqué leurs biens : une lettre d'Orzinovi de cette même année dénonce comme infectés de sorcellerie un grand nombre de prêtres qui ne baptisaient pas et qui disaient la messe comme Dieu veut.

Le docteur Alexandre Pompejo raconte dans une lettre datée de Brescia, 38 juillet 1818, que 2,500 personnes se réunissaient sur le mont Tonale pour y assister au sabbat. Charles Hiani, patricien de Venise, rapporte avec les plus grands détails que, sollicitées par leurs mères, les jeunes filles forment une croix sur la terre, la foulent aux pieds et crachent dessus ; au même instant se présente à elles un cheval, qu'elles montent, et tout à coup elles se trouvent transportées sur le mont Tonale, au milieu d'une orgie. Introduites dans une salle magnifique toute tendue de soie, elles voient assis sur un trôné d'or et de pierres précieuses un grand seigneur, qui les fait pisser sur la croix et les accouple à des jeunes hommes d'une beauté ravissante. II se tenait des réunions du même genre sur le mont Crocedomini entre la vallée Sabbia et la

64 DISCODBS n.

Gamonka, ainsi que le rapporte Gambara, dans ses notes sur les Geêt^s des Breseiam pendant la Ugue de Cambray, Gentorc Pour Tinquisition des IiYres défendus , Venise se montra les umt. jalouse de sa souverainelé : elle confia cette matière au Conseil des Dix qui» par un décret de janvier 15S6, défendit de rien imprimer sans la permission des trois cfaelis du Conseil. Elle remit ensuite ce soin aux Exécuteurs chargés de réprimer le bla^hime. L'Index de Clément Vni ne fut reçu qu'avec de certaines restrictions, et dans le concordat de 1596 on établit neuf chapitres : 1® les livres signalés comme devant être expurgés par le nouvel Index peuvent être vendus aux personnes qui ont la permission de Févéquc ou de l'inquisiteur; 2® si les imprimeurs veulent les réimprimer» ces livres pourront être corrigés par l'évéque ou par l'inquisiteur sans être renvoyés à Rome; 8* on consignera l'original des livres nouveaux entre les mains du secrétaire des réformateurs de l'université de Padoue, ou au chancelier du capitaine dans les autres villes; 4^ on imprimera sur les livres le décret de permission et le nom du réviseur; 5^ il n'y aura pas de gravures déshonnétes; 6"* les libraires présenteront, une fois pour toutes, à l'inquisiteur, l'inventaire des livres qu'ils ont en leur possession pour, qu'on élimine ceux notés par l'Index ; T les évéques et les inquisiteurs ne pourront défendre un livre que pour cause d'hérésie ou pour fausse permission; 8"* les imprimeurs ne sont pas obligés au serment ; 9« les héritiers des libraires donneront à l'inquisiteur la note des livres défendus qu'ils trouveraient dans l'héritage.

Ces rigueurs n'empêchèrent pas la typographie d'être une des principales et des plus nobles industries de Venise , illustrée par les Aide , les Baglioni , les Comini, les

LES BiRiTlQtlS BN ViNÉTIE. 65

ZàlCa. Les Baglioni obtinrent la noblesse de Venise, et les Albrini la dignité de procureurs de SainMIare.

Toa€ le» cheCs-lieux de la R^blique avaient leur tri* bunai de FInquisition, organisé sur le modèle de cdui de Venise : d'accord aTec les réformateurs de Tuniversilé de Padoue; ce tribunal avisait les livres et les estampes; la permission devait ëite enregistrée par le magistrat des Etëcufeurs contre le blasphème. Deux consulteurs, Tun ecclésiastique, Tautre séculier, étaient questionnés sur lés diiïérences entre les jugements religieux et politiques. Un Réviseur des brefs examinait toutes les bulles et tous les papiers qui venaient de Ropie.

Tout ce que nous avons dit au Discours IX du 1. 1, p. 831 P»doae elsuiv. de Técole de Padoue s'applique à Venise, dont Pa- atcroiiccs. doue était le gymnase. Garacciolo qualifie cette ville de tf repaire d'hérétiques; là résidèrent pendant quelque « temps noR-seuletnent Vergerio^ mais Henri Scoila, « Sigismond Gelvo, Martin Borrao, Gribaldi et Calvin « lui-même , lorsque, fuyant la Picardie, il vint en Italie,

< et arriva jusqu'à Florence. Cbioggia avait un évéque « très-suspect d'hérésie, si bien qu'il ne dut qu'au car- « dînai • de Trente de n'avoir pas été arrêté au Concile.

< En général , on peut concevoir, par le rapport que l'é* « véque Teatino fit au pape Clément Vif, combien toute « celte province de Venise était souillée d'hérésie. »

Parmi les lettres de BuUinger, il s'en trouve une, du 30 mars 4843, où Osl^ald Miconio parle d'un doyen de Pa^ doue qui croyait pouvoir accorder les rites catholiques avec les nouvelles croyances, et d'un autre, dont il ne donne pas le nom, qui soutint, dans un colloque, qu'il ne fallait qu'un seul pasteur et un seul l)ercail, qu'on devait observer le carême, le jeûne, les fêtes et invoquer les

saints ; et qui prètendul ( iH-iï ) Oikr let Christ i BéJial. Il cite encore vn «ulre Italien, qui OH^tiva Calvin au point d'en obtenir une commeiMle; mais, étant, venu à Aiigovie, il dédttra publiquement ne pas croire à rEspril-Sainl.

Bernardin Tomitano, de Padoue» qui publia une Esepo- $Uion Uiémire dn iexiê de MaMmyÉvMgmie (Venise, (847), laquelle a été probablement traduite d*Êrasme, fut également^ttcusé d^bérésie. liais il se justifia dans les c Discours let H aux seigneurs de la sainte Inqulsiticm de Veaise » ( Padoue 4856 ).

Il existe aui ardiives du Vatican un « écrit composé sous Frédéric Comaro, évéque de Padone, sur la question de savoir s'il faut tolérer oui on nan tolérear la licence de la nation allematide' ; » il s*y plaint .qu*à cette université on ait les mêmes exigences qu'à celles d'Angleterre, de Genève, d'Allemagne, « lesquelles veulent qu'après trois A jours tous lés étrangers soient obligés de quitter leurs « rites et de s'accommoder à leurs abus et à leur li* a. cence. »

L'enseignement des Averrolstes' survécut dans l'École de Padoue^ même après que les fornuiles barbares de cette doctrine eurent été bafouées par les bumaiiistes, et le fond' par les catholiques. Zabanella, Zimara, Frédéric Pendasio , Louis Albertt et antres continuèrent cette tradition, bien que tous répudiassent l'unité de l'intelUgence. Le Vénitien François Ludo^ci, dans une des nombreuses continuations du poème de l'Arioste intitulé te- Triomphe de Ckarkfàagne^ chante Renaud. Le héros pé-

(1) Manttsc. tJrbin, 859, fol. 32ô*

(2) Voir notre T. 1", page 344 et suiv. On impfitna à lliva de Trente, en 1560, un abrégé de la Logique d'Averroès; souvent réimprimé, il est demeuré jusqu'à ces derniers tem|is classique parmi les IsraéKtesi

LES niR^TiQUES K1V yénItie. 67

nètre dans les entrailles dû mont Atlas, se trouve au milieu du temple de la Nature, et la voit donner Texistence à tout ce qui végète, à tout ce qui respire : la Nature est misé à la place de Dieu, de même qne rintelligence et la raisoti tiennent lieu de l'Ame. A cette question de Renaud, pourquoi les hommes ont-ils une âme Immortelle plus intelligente que celle des b£tes, la Natnre répond :

« J'en place plus (d'intelligence) dans l'homme que ce n'est mon vouloir. Et cette intelligence est si grande que votre savoir excède de loin celui de tout autre aniiBal. Cette autre chose qa'en vous l'on dit immortelle> ce n'est pas moi qui la iais ; si Dieu la fait qu'il la fasse. Ce que c'est^ je ne le sais pas; je ne sais non plus ce qu'elle vaut. 11 peut très-bien arriver qu'il lui plaise de créer^ quand je fais vos corps ^ ce quelque chose de votre être qui à La fin de votre existence retourne dans son sein. Et cela^ si bon vous semble^ vous le pouvez croire.

Le dernier représentant marquant de cette école fut crcmonini. César Cremonini de Gento, qui professa dix-sept ans à Ferrare et quarante ans à Padoue. Les quelques écrits qu'on a imprimés de lui ne justifieraient pas sa haute réputation; mais il reste un grand nombre de copies des cours qu'il faisait aux élèves. Il n'accepite pas Tuiiité de l'intelligence : il admet cmnme intelligence active Dieu lui-même, distinct des puissances de Tàme, existant par luî-même, vie de l'Univers, lequel Univers n est jamais, mais devient ( àfunfihis nanquamest, nasciiur semper d maritùr). Il distingue toujout*s la vérité philosophique de la tbédogie; dans l'exorde du traité de TAme en particulier, il dit à ses auditeurs : « Je ne prétends pas « vous enseigner ce qu'il fout croire de l'âme, mais seu'- K lement ce qu'a dit Aristote. Or tout ce qui est dans « Aristote est contraire à la foi, et les théologiens y ont « abondamment répondu. Soyez-en avertis une fois pour

68 M8G0UBS H.

< toutes, afin que si vous entendez quelque proposition c mal sonnante dans mon enseignement, vous sachiez où « vous en trouverez la réponse (A). »

Ces précautions et d'autres semblables n'empêchèrent pas rinquisiteur de Padoue de lui écrire, le 3 juillet 4619, pour lui rappeler le décret du Concile de Latran qui oblige totis les professeurs à réfuter sérieusement les erreui*s qu'ils exposent *.

c Sa Sainteté m'a donné ordre de faire savoir à Votre Seigneurie que dans votre apologie non»seuIement vous n'avez pas corrigé le premier livre, intitulé I>t5ptitaHo de Cœlo, selon la disposition du Concile de Latran, en résumant le raisonnement d* Aristote, en le réfutant, et en défendant manifestement la foi catholique, mais que vous avez de votre propre sens créé certains modes d'explications et de distinctions, qui contiennent des assertions dignes de censure, comme on peut le voir par les observations que je vous ai fait parvenir. En conséquence, il convient que vous corrigiez de vous même le premier livre, d'après la prescription du Concile de Latran : c'est là votre devoir et non celui des théologiens ou d'autres; car vous devez le faire par obli«> gation de ccuisciençe, si vous êtes ce philosof)he chrétien et catholique que vous dites être ; vous le devez encore à votre réputation, si vous voulez être regardé comme un philosophe chrétien et non comme un philosophe païen. K 11 faut de plus que vous enleviez de l'apologie et réfutiez « certaines manières d'expliquer et de distinguer que vous « avez tirées de votre propre raison pour l'éclaircissement

< des propositions notées et censurées dans le premier

(1) Cette lettre se trouve à la Bibliothèque du Mont-Gassini n* 483.

LKS nÉ&£TiOU£8 ES V£NÉTIE. 69

« livre , car elles ae satisfont pas à l'ordre qui vous a été « donné, et on ne doit pas les tolérer en elles-mêmes. « Done» «n raison de la nécessité qu'il y a de prétaûr < les maux que peut causer la lecture de ces livres, il « convient que vous corrigiez le premier livre, suivant «L Tordre qui vous a été d(mné en conformité du Concile € de Lalran , et que vous enleviez du second les erreurs « et les assertions dignes de censure que vous avez « écrites de votre propre sentiment, en même temps que (f la méthode par vous suivie pour déclarer votre matt nière de voir sur ces choses ; autrement , on m'écrit de a Rome qu'on en viendra à défendre ces livres ; et dans 0 cette affaire on n'a rien autre chose en vue que la gloire « de Dieu et le salut des &mes.

« En .outre, on fait remarquer à Votre Seigneurie que c la rétractation dans les cbo$es concernant la foi doit « être claire et évidente, non embarrassée, non ambiguë, c D'autres hommes de mérite ont exposé Aristote dans c cette université de Padoue : sur tout ce qui tient à c l'âme morteliie, ils prouvai^t qu' Aristote, avec le « seul secours des lumières naturelles, s'était trompé, « et ils ont réfuté ses arguments d'une manière rec iparquaUe in pnneifiii pkiloiopbia : ainsi en a a^i « de nos jou^s Pendasio, homme de beaucoup de sac voir et de piété. Outre le long entretien que j'ai eu c avec Votre Seigneurie à ce sujet, j'ai cru devoir vous & transmettre ces observations par écrit. Qàe Votre Sei- « gneurie me réponde donc distinctement par écrit sur c tout ce que je lui dis, afin que j'en puisse rendre « compte à Rome pour vendredi prochain. Dieu vous conf serve! »

Creraonini répondit :

70 DUKXKIM II.

€ J'ai va la letM 411a m'icrit; voire paternité : j'y trooye daux ahoaaa s |iar rue f oas n'avertisseï» voua m*eibories et tana me fianiiadaK da laliabiya atui obaenttitîaiia amqselles mea livrée ont deraiAreaieni donné Ueu* Je vous remeroie da votre iNmfte aN fection : voua savas » je areîs^ que rentre Ms fui été trèa^prompt à auivre Tordra de Sa Sainteté, et YOua devaa done croire ^e cette Iode enoora j'afirai de môme à Tégard de tonle reqndte oonvenable. VMi me dites ce que je dois ioire : à oeppopoa. je fMi dirai, chemin faisant, ee que je puis. Je teri'ài les olMrfa* tiens le plus tôt poasible. Ëtani à ceM heure m peu indisposé , je ne pois dès maintenant me livret- à l'étude : j'en agirai avec votre paternité de manière à àc« complir tout ce qu'il faudtit.

c Pour ce qui est à remanier dans le premier livre, je « ne puis absolument le faire, car lorsque je Pai eoma posé, il a été arrêté par ordre de Sa Sainteté que Ton en « ferait, à Toccasion, Tapologie ; ce que Ton a fait. La « chose a été sue au Sénat; on la tient pour jugée, en sorte ft que je n'ai pas le pouvoir de rien changer au livre.

« Voici tout oe que je puis faire. Dans la dernière « partie que je publierai, De çcrii ^ffieieMia, j'antai égard « à toutes les diificullés qui se présenteront , et je ferai a le nécessaire pour me montrer ce philosophe câtho- « lique et chrétien que je dis étrci que je suis en effet,- « votre paternité le sait. Ma conduite habituelle me jus^ « li(ie, et il ne faut point s'en rapporter à des relations « menteuses^ j*en prends Dieu à témoin. Quant aux mate niëres d'explication que vous dites, je crois qu'elles se- « ront en partie notées dans les observations ; je verrai « à me mettre d"accord avec vous. Nous verrons aussi

LES HÉAifIQVBS Eff YÉMÉTU. 7i

ensemble le Concile do Latran; et je feitil ee qa'il (inidrtt« MrIs qoéot à ehaniger ma tnaidère de dire. Je ne ^Is comment je pourrai promettre de me changer moi-mdine; chacun a sa manière, qui Tune, qui )\iutre. Je ne peux ni né ?enx rétracter les expositions d*Ari8tote, puisque je l*entends ainsi et que je suis payé pour dâclarer ce que j>ntends, et en ne le fttisant pas Je seraie obligé à la restitution du salaire. Ainsi je ne veux paë rétracter les considérations par moi émises sur HilteriNréfalioii que vous avea laite de mes explications, sur mon bonfeéur, sur l'intérêt de la chaire que j'occupe, et partant du prince. Mais il 7 a un re* mède : que quelqu^un écrive 16 contraire, je me tairai et je ne ferai rien pour répliques. C*e8t ainsi qu'on fll écrire à Suessano le livre De JmmoriaHtaU, contre Pomponace.

c Quant aux choses de l'Ame , ce n*est pas le temps d'en palier; lorsque je ferai le commentaire, je me comporterai en bon catholique» et je ne me montrerai inférieur en piété chrétienne & aucun autre philosophe. »

Il fout bien reconnaître que ses croyances ne lui attirèrent aucun désagrément, puisqu'il continua à enseigner à Padoue« Mais son nom resta comme le type de rinorédulité savante ; on a dit de lui qu'il avait brisé d'une manière peu plillosopbique l'accord entre la foi et la philosophie» en donnant 1» formule suivanic': Imius ni libei^ farU ut morêê ; on ajoute que mort octogénaire^ dans la peste de 1631, ii protesta du fond du tombeau contre rimmortaiilé par cette épitapbe : Hi» faeeê Crêmminuâ toius. Ce fait est-il bien avéré î Qisbert Voet écrit que aniehae ab crudclimmo vira et

awiko miU eômmmUcahtm trai epUapiium quoi dkebatur sHn fêciise, Toiui Creuumimis hicjacei : sedpostêa ab ta^ dem (Munie aliter infarmato moniiue, rew^avi Ulud ' .

Mais Balzac, faisant l'éloge d'un certain M. Drouet, dit : ft Son nom est en grosses lettres dans les andiives de c TËcole de Padoue ; et il sortit de la discipline do grand « Cremonini presque aussi grand et aussi savant que luy. < Non pas que pour CQla il, soit partisan aveugle de feu c son maislre. Je vous puis asseiurer qu'il n'en a espousé a que ies légitimes opinions, et jamais fidèle ne fut mieux c persuadé que luy que le Dieu d'Abraham et d'Isaac est c le Dieu des vivants, et non pas des morts. »

I^urent Crasso disait de Cremonini ' : « C'est un poison c spirituel contagieux d'enseigner que l'àme de l'homme, e sujette à la corruption', ne diffère pas dans la mort c de celle des brutes, comme il le faisait, bien qu'il ait c eu la piiidence d'assurer qu'en cela il ne faisait que soua tenir l'opinion. d'Âristote. » Il ajoute que Cremonini « était bien fait de corps, austère de visage, très-sobre de « sommeil, ambitieux de science, hypocrite dims sa con- « duite, éloigné de toute religion ; et que, de l'avis de piu- . < sieurs, il avait fait à un grand nombre de ses ^ves la « confidence de sa doctrine' perverse. »

En vérité on est étonné que le péripatétisme sodastique ait été si tard en honneur à l'univer^té de Padoue, et que Cremonini expos&t le traité de la GénéfàtUm et de la Corruption f celui du dfoti^eetdu CtW, pendant que fiahlée y expliquait Eucltde ; ce Cremonini, qui refusa lorsque Galilée découvrit les satellites de Jupiter de les regarder avec le télescope, parce que ce fait était en contradiction

Xi) Sehciarum disputatlonum théologie, ^ vol. I, p. 20C. (2) Éloges d^bommes de lettres, t. H, p. 124.

LES UÉRÂTIQCM8 W v£i«£tIE. 73

avec^ Aristote. Mais la ruine de celte école fut moins due à la science sérieuse et expérimentale qu'au triomphe dé* fiaiiif de l'orthodoxie.

De la terre*ferme des États de Venise, outre le nom HéféUi*» deFlaminio est venu j usqu*à nous celui de Paul Lazise. de ctsmciam/ Véi*one, chanoine de Latran, qui, à Tépoque où il enseignait le latin à San-Frediano de Lucques, entendit Pierre Hartjr, prit goût aux dogmes hétérodoxes et en fit profession en 1542. 11 fut quelque temps professeur à Zurich, puis à Bàle ; enfin Martin Bucer l'appela à Strasbourg pour y enseigner le grec et l'hébreu.

Un des chefs de la cohorte des lettrés charlatans , ce fut Jules César Scaliger, probablement nalif de Vérone, qui attaqua d'abord Érasme à propos des railleries dont celui-ci poursuivit les latinistes italiens, et fut plus tard soupçonné d'adhérer aux opinions nouvelles. On sait d'une manière positive qu'il mounit en bon catholique, le 21 octobre 1558. On a cependant gravé sur son tombeau à Agen cette épigraphe sceptique : J.-C. Scaligeri quod fuii.

Domitius Calderini, de Caldiero près de Vérone, auteur de plusieurs commentaires sur les anciens, secrétaire apostolique à Rome, se fit des ennemis par sa critique présomptueuse. Ceux-ci dirent de lui qu'il fuyait la messe et qu'il s'éa'iait quand il devait y aller : « Allons à l'a'reur commune'. » Cela a suffi pour qu'on l'ait placé parmi les témoins de la vérité.

Alexandre Gitolini, de Serravalie , au diocèse de Ceneda, est l'auteur d'un Art de se souvmir, où il réduisait à diverses catégories les choses de la pensée, afin de pouvoir discourir sur tous les sujets indifféremment. Outre

(I) Vives, De teHtale fidei, liv. H, p. 2«4.

74 mscouRS n.

cet ouvrage, il fil imprimer à Venise, en < 864, là lopocùêmie^ au le Monde réiuU à tm terni Neu , mélange bigarré de toutes les choses matérielles et intelligibles^ ren* fermant plusieurs des erreurs dans lesquelles il s*ê(ail laissé eiitratnor. Il se réfugia à Strasbourg, puis en Angleterre. Sturni fait de lui un grand éloge.

Le 13 Juillet 1827, Clément VII adressait une buUe & révéque de Brescia, Paul 2ema^ et à l'inquisitenr de cette ville, où il les félicitait, eux et tout le ninnicipe, dese inon^ trer dignes de Texcellente réputation que leur avaient laissée leurs parents et leurs alcux, en veillant soignenaement ft ce que Thérèsie ne pénétrât pas dans leurs mui*s, et en étant toujoui*s prêts à Textirper si elle 8*y introduisait. 11 avait appris que quelques-uns, ternissant leur honneur, n'avaient pas eu honte de professer la doctrine luthé* rienne, enseignant en secret ce qu'ils n'osaient confbsser en public, et entraînant ainsi un grand nombre de personnes. Ils avaient élu trois citoyens qui à force de zèle avaient fait dispai-attre presque entièrement de la ville l'hérésie diabolique de Luther, en punissant ses fauteurs et ses propagateurs. Il les exhorte à écouter ces citoyens, afin que dans la ville et tout le diocèse la doctrine luthérienne et les antres erreurs soient déracinées entièrement. Rappe* lant raccusation par eux portée contre J.^B. Pallavadno, religieux canne, qui dans le dernier carême, préchant à Brescia, avait émis des propositions erronées et contraires à la foi catholique, au grand scandale des âmes pieuses ; il les autorise à prononcer leur jugement , sans appel, même au Saint-Siège ; à obliger par les censures ecclésiasfiques les témoins qui se récuseraient; à procéder contre ceux qui soutiendraient, favoriseraient ou conseilleraienl les maximes de frère Martin, à déclarer infimes,

USS BÉAÉTJOI^ES SU VlNiTIE. 75

iiteapftblei de lester et indignes de la sépulUire en ferre hètàk eeoxqtii s'elMloeraietil; eoflii Vb^bqœ et rinyiisiieitf de Bre^iar poarrMt reotvoir rabjnralion des repentants et le serment par lequel ils s^engageront à ne |»a retomber^ iiioyeimant quoi, ils seront aiisoaa de tonte infamie un Incapodté ^

Notts avons déparié dn Breseian JaeqnesBonliidio, qne le gonvernement de Gènes avait dit nionrir pour un crime abominable. Les éerivaitts démocrates ont donné à en* tendre que la oonr de Rome a? ait été rinstigatriee de son supplice. Or^ il eniste aux archives de Oénes une lettre de monseignenr J.^B. Lomellini, écrite de Rome^ le 1*^ février 15S1, A ce gouvernement; il y raconte que le cardinal Crescenzio lui avait dit que « Sa Sainteté était greoidement « scandalisée de la conduite de la Signoria, h laquelle on « avait dû en peu de temps faire des réclamations au siqet « de trois ou quatre cas exorbitimts ; entre autres et avant « tout celui de Bonfadio^ que l'on avait fait mourir sans lui

< donner le temps de prouver qu*il était prêtre, bien qu'il

< alléguât cette qualité. * Nous avons trouvé parmi les pièces du procès du car- (>]i«

dlnal Morone la lettre suivante, qui est d'une écriture difficile & lire et très-incorrecte, c Au très-savant pré- « dicateur et révérend vicaire général dom Hippolyte « Crisola, mon trës-honoré. Rome, à la Paix.

« Très-cher frère , je vous ai déjà écrit deux fois de- « puis ma première lettre; je crois vous avoir écrit mes « intentions et mes sentiments : je ne dirai rien autre « chose, sinon qu'enchaîné par Dieu, contre ma volonté et

< mon choix, je suis venu à Milan, où j'ai commencé à

(i) BuHtttiHm iiomarinm.

MarUneogo.

76 DI8G0UBS II.

« prêcher : que la volonlé du Seigneur soit laite ! Je pré* c obérai avec tout le aèle dont je serai capable; qae Notre « S^gneiir me guide ! Je n*ai lamais eu FintentioB de « nuire à personne ; je prends Dira à témoin que si ma c conscience était en paix, tout serait calme. J'userai des c remèdes dont vous me parlez. Je suis persuadé que

< la liberté chrétienne doit servir à la charité chrétienne c autant que la charité doit servir à la fqi. Vaudite soit la ^ liberté chrétienne qui détruit la charité» mais plus t maudite soit la charité qui détruit lafoi« Si je pouv^iis

< réunir ces trois choses, je serais )*homme le plus heu- <& reux du monde ; mais je ne le puis. Je pensais trouver « révéqye de Bergam^» pour voir s*il pouvait m*apaiser. Je « vous prie en grâce d*implorer Tappui de Pôle, de Moc rone, du patriarche et de Tévéque deBergamc : recom-

< mandez-moi à eux tous, Voyez si vouspouvez avoir assez ff de loisir pour me soulager là où je souffre. Cela me con- «c solerait. Je désirerais jouir des douceurs du monde, tou- « tefois honnêtement et chrétiennement, si je le pouvais. <( Jamais je n*ai été aussi calme que maintenant que je <K sais qu'on ne m'abandonnera pas. Mais c'est avec un « grand bonheur que je verrai arriver la fin dç ma,pré- * dication. Écrivez : j'écrirai à mon tour, et je prierai, en «c attendant, notre commun père Jésus-Christ, qui est le « seul maître du cœur, de voir que c'est là une plaie du « cœur. Ne manquez pas de prier avec tous les fidèles.

« De Milan, le premier dimanche de carême (1552).

« Votre Gelse.

c Je vous envoie les salutations d'Octavien Pisogno et d'Adiodato, qui sont ici avec moi. »

Ce Celse Maxiinilien, fils du comte César Martinengo

LES HERÉnOlUBS BR VÉNiTIE. 77

de Brescia, chanoine de Latran et excelleol prédicateur, appelé à Lncques par Yenniglio, tomba a?ec lui dans Tenreur. Yergerio raconte que ce grand serviteur de DiM se tronyant près de Milan, Bfuzio envoya des scrildats avec des bâtons et des épées pour l'arrêter et le livrer aux mains des Scribes et des Pharisiens'. Ayant quitté Tltaiie, ICaitinengQ s'arrêta dans la Yaltelline, mais il y fut soupçonné d'être anabaptiste et unitaire '. Il devint néanmoins pasteur de l'Ëglise' italienne à Genève, dont il fut reçu ci* toyen gratuitement le 30 janvier 1556.

Pierre Martyr, dans une lettre à Calvin , du commen-

(1) héftnseprésadéi au sirinissime loge Danat « Un ceitaia Huzio, ^ontla profesâon est de. publier des placards et de mener les gens se faire tuer sur les barricades, est devenu théologien papal en trois jours et de plus capitaine des papistes. Demandez au gouverneur du cbdieau do Mihia s*il est vrai* qu*acoompagné de la cour et de ses sbires il est allé, cum fustibus et gtodii^, prendre le bon serviteur de Jésus-Christ Geise Martinengo pour le livrer aux mains des Scribes et des Pharisiens. » Les archives deGenève portent cëtfe note : Le comte Gelse Ifaxiaiilien Martinengo de Brescia est arrivé en cette ville au mois de mars 1553, et peu de temps après il a été installé ministre de TÊglise-

(2) Philippe Gallizio écrit de Coire à BuUinger, le dernier jour de février 1552 :

« Gelse Martinengo, passant par ici, m*a soutenu qu'on ne peut pas avec les Écritures canoniques prouver les mots de trinité et de personnes, et que nous devons nous servir des expressions employées par les Saints 'Pères; que la virginité de Marie après ion premier enfentement n'est pas prouvée par les Écritures ; qu'il faut exclure le baptistère de rÉglise... Ck>mander se demande ce qu'ils veulent... Je crois qu'ils

portent dans leur cœur des choses qu'ils n'oseront pas divulguer

D'Italie, on apinrend que certains ne craignent pas de dire que Jésus- Christ est né de la semence de Joseph, et que le récit de Mathieu et de Luc relatif à la Conception de Jésus-Christ par l'opération du Saint^Bspfit n'est pas autrement f<mdé sur TEvangile. Ces tètes ambitieuses ne peuvent se reposer. » — Et G^mander à BuUinger, le 6 avril 1552 : « L'Italie et notre chère Valteline elle-même sont déchirées par les Anabaptistes. Martinengo, qui est affligé de cette plaie, est allé en An* gleterrf ; que les bons se tiennent en garde contre eux ! »

78 M9GQIIRS H.

cément de 4557, déplore la moi t de la femme de Harfinengo, TAnglaise Jeanne Siraffbrt, veo?e Williams , réfagfée à Génère, et devenue son épouse en février f 556. Quant à lui, il mourut en {557, et eut pour suecesseur Lactance Ragnoni^ de Sienne. Nous aurons occasion d'en parler ailleurs.

Caracciolo, déjà tant de fois cité par nous , dit qu'il y avait à Bergame beaucoup d'béréti^es , et en premier lieu l'évèqae et son vicaire, le prévôt Nicolas Assoaico; et que Ghislieri Ait envoyé ponr leur faire leur procès, et cela non sans courir de grands dangers, car Assonico était aimé des recteurs et des principaux de la ville. Mais c Ghislieri Ait enfin découvert. Les recteurs et l'évêque f ayant envoyé des gens pour le prendre et le faire c mourir cruellement, il s*enfuit, grâce à quelqu'un de flc rinquisition, et fut remis en lieu sAr. Le procès, eu égard a à son importance, et pour qu'il ne courût pas le même « danger que l'inquisiteur, fut confié à un religieux de ff saint François; peu de temps après, grAce à un ami, <c Ghislieri eut de nouveau la direction du procès, et s'en

< retourna à Rome , heureux d*une si belle œuvre. Ci(é « à Rome, l'évêque y comparut en pei-sonne, quoique pro*

< tégé et défendu par des hommes puissants. Enfermé au c chftteauSaint-Angeetconvaincu, il se reconnut coupable f de plusieurs chefs d'hérésie du plus mauvais exemple qui « auraient infecté tout le pays si le zèle de Ghislieri n'eAC

< prévenu la ruine de tant d'Ames« Privé de son siège, Té* « vêque mourut ensuite n?isérablement, à Venise, »

sorantoi Nous savous que le fameux Pierre Bembo avait été préconisé au siège de Bergame^ mais qu'il ne s'y rendit jamais. 11 avait eu pour successeur, en 1547^ Victor So^ raiizo, qui, plusieurs fois accusé d*bét*ésie et plusieurs fois

LES H£r£tiqui8 kr vén£tis. 19

condaaiDé de ce chef, fut enfin destiluô'. Son jicaire, le prévAt Assonico, fut Tobjet des mêmes poursuites, et

mourut à Venise,

En 1603, Aivise Priulî. recteur de Bergame, écrivait à la Signaria de Venise : c qu'il n*y avait pas d'hérétiques c sur ce territoire , bien qu'un grand nombre de marc chands allemands l'habitassent ; ces marchands toute- « fois vivaient sans faire de scandale, et la fréquence des « relations entre les Bergamasqucs et les liabitants de la < Valteline ne nuisait point à la religion ; car ces trèsc Udëles sujets, occupés de leur négoce et de leur trafic, c sont très-éloignés de l'oisiveté de laquelle dérivent tous c les maux. »

Mais le pays n'était pas aussi pur d'hérétiques : nous '«rômc pouvons citer à cet égard le médecin Guillaume Grattarola, réfugié chez les protestants , et Jérôme Zanchi, d'Alzano (1616-1596 ). Ce dernier était fils de François et neveu de Paul Zanchi : Paul avec ses fils Basile et Christophe, se signala par ses. travaux d'érudition. Basile, bon poète et chanoine de Latran, versé dans la connaissance des Écritures^ fut accusé d'hérésie sous Paul V, et mis en prison; il y mouinit, en 1659, Jérôme Zanchi, non pas Termite de saint Augustin, mais le chanoine régulier, changea de religion après avoir entendu prêcher à Luc- Ci] Interrogé s^il connaissait Soranzo, Morone répondit t <i Cet bomme venait quelquefois chet moi. 11 se déclarait réformé» et parlait toqjoul» des choses de Gbrist. Il me dit qu*ayant été une fois appelé à Rome» il y avait été accusé sur un grand nombre d'articles* Un- jour que je le trouvais disposé ë s^enfuir de Rome, il se mît à me parler du mariage des prêtres , qu'il prétendait âtte légitime t il m^assurfl que le cardinal siondrato avait toléré un prêtre qui avait pris femme. Je ne pouvais supporter ces intempérances de langage; je lui disais qu*il était dans Terreur, et je chetdidis *par beaucoup de raisons à le persuader du contraire. »

qaes Pierre HarCyr, et lui resta toujours dévoué depuis. Ayant quitté sa patrie en 1S50, il succéda à Gaspard Hédion dans la chaire d'explication des saints livres à Strasbourg. Il remplit cette fonction de 1583 à 1S63, et faisait en outre des leçons sur Aristote. Comme tous les Italiens, il n'acceptait pas dans son intégrité la confession d'Augsbourg; modéré, il réprouvait les exagérations, n'outrageait pas le pape, reconnaissait beaucoup de préjugés chez les Réformés , et cherchait à concilier les diverses opinions. Il écrivait à Sturm : < Je suis indigné de c voir dans nos Églises réformées chez un grand nombre

< la manie d'écrire à propos de tout, plutôt que de laisser c ce soin aux pasteurs, aux docteurs et aux colonnes de t TËglise. Souvent nous obscurcissons à dessein le véric lable état de la question, afin qu'elle ne puisse être c comprise : nous avons l'imprudence de nier les choses ft évidentes et nous affirmons effrontément le faux : nous c inculquons fortement aux peuples comme principes de ft foi des doctrines manifestement impies, et nous dénon-

< çons comme hérétiques des opinions parfaitement orée thodoxes : nous torturons les Ëcritures pour les mettre a d*accord avec nos inventions, et nous nous vantons d'être « les disciples des Pères, tandis qu'au contraire nous re* fli fusons de suivre leurs doctrines. La tromperie , la ca« c lomnie, l'injure nous sont famiUères, et nous ne penc sons pas combien par de semblables écrits nous nuisons f au progrès de l'Évangile, quel coup nous portons à l'É- « glise de Jésus-Christ, et combien nous raffermissons les « sectaires dans leurs hérésies, combien nous excitons les c tyrans à prendre les armes contre nous , combien nous « dilatons sur la terre le règne de Satan; que ce soit bien « ou mal , vrai ou faux, peu nous importe , pourvu que

LES UJRiTlQUSS BK TflIBTrE. 81

< fions soutenions nôtre cause. 0 temps , A moeurs! quoi c homme en voyant» en Usant, en examinant toot cela, « s*il conserve une étincdle de piété , ne sera profondé-

< ment affligé et troublé, et ne' déplorera amèrement les « malheurs de notre temps * ? »

Mais en cherchant à mettre la poix , Zanchi fut hliméme constamment mêlé à des discussions. Il était devenu membre du (tepitre de Sain^Thomas, où ses divergences sur la prédestination, sur la persévérance dans la sainteté, sur l'ubiquité et sur Tantéchrist lai taltirent mille contestations : on ne le saluait plus, m ne lui adressait plus la parole. Poussé à bout, il souscrivit, pour conserver son poste , un formulairei mais avec des réserves, et modo orthodoxe ifUelligatur.

11 renonça ensuite au canonical, et se fixa à Chiavenna de 4863 à ^^KSyfructf^ose quidem, sed non absque cruee. Il avait épousé Violante, fille de Celio Curione, dont Vermigli décrit la mort^ dans une lettre à Pierre Martyr : celleci, toute pleine d'aspirationS) goûtait d'avance les douceurs du paradis et elle brûlait du désir de voir le Sauveur : elle chargea Otympe Horata de Tensevelir, puis elle expira, dans les bras de son mari, en s'écriant : Au ciel, au ciel*. U épousa ensuite Livie Lumaca, riche héritière de Chiavenna, dont il eut de nombreux enbntd. L'électeur palatin Frédéric III le fit demander pour professer la théologie à Heidelberg. Là il écrivit contre les antitrinitaires ; mais à la mort de son protecteur, le pays ayant changé ses croyances, il en fut renvoyé, avec tous ceux qui s'é*

(t> HmoNiMi Z^KCnfi ne$ponsiO€ié là, 5titniiiiint, au tom. VIH de sesOEMrref tkéo^o$tq^€s^ col. 835.

(2) MELcniOR Adam, Vitœ Théol. exter, : voir notre T. Il, Disc. Xtr#

pag. 574.

82 ttSGOUftS H.

cariaient du Lulhéranisrae par» et se refogia à Neustadt, jusqu'au moflMDl où il put rentrer à Heiddberg. A rage de floixante-dîx ans, et déjà aveugle , il fit une profession de foi peur lui et pour m famiUe^ dans laquelle il déclare, en s*adressant à Ulysse MartineiigO/ n'avoir pas répudié tous les dogmea de l'Ëglise romaine, mais ceux-ift seufemfoïi qui n'éUdent pas oonformes aux enseignemoits de l'Église primitive; en l'abaadonnant il s'estait proposé de rentrer dans son sein dès qu'elle se serait amendée; il le désirait de tout son cœur, puisque .'rien n'est plus dé< siraUe que de passer ses derniers joitrs dans le sein de l'Ê^ glise où l'on « été baptisé.

Il mourut en 4590. On plaça Tépitaphe suivante sur son tombeau :

Hieronymi hic sunt condita ossa Zanchii îfali exulantis Christi amôre a palria.

Qui iheologus qùaninsfuerit et philosophus^ Tesiantur libri ediii ab eo pïurimi.

Tesiantur hoc quos vocedocuU in scholis Quiqué audiere eum docentem ecclesias* Nunc ergo quumvis hinc migravit spiritu Claro (amen notris rem àtucit nomine^

Sçs. œuvres,! recueillie^ en six volntnes, dont deux de lettres, oni été publiées à Genèvei en IBlO.iSon ouvrage le plus célèbce fut De Dei nat^rael 4e tribUê tlohim Paire, FiliOf et SpirUu SanctOi unoeodemque Jehova^ en deux pa^ ties : dans la première il expose la doctrine pure et explique le mystère de la Trinité ; dans la seconde il réfute les arguments contradictoires. Ces écrits lui firent une telle réputation^ que Sturm disait qu'il suffirai à liii seul à tenir tète à tous les pères de Trente ; mais si ses livrés

LES HÉr£TIOOES en VENÉTIl?. 83

obtinrent de grands éloges , ils eurent peu de lecteurs : Bayle fait remarquer qu'on les achetait pour rien et qnlls avaient plusd'afnatenrs parmi les charcutiers que parmi les théologiens.

François Ncgrî, de Bassano, ne fit pas moins de bruit. rn^çoiB Entré aux Augustins S à la suite d*un amour malheureux» un amour nouveau le poussa à un assassinai, pour lequel il s'enfuit, en Suisse. S*étant lié avec Zwingle et ayant adopté ses doctrines, il l'accompagna, dit*on, à la conférence de Mari)ourg en 1529 et à la diète d'Augsbourg, il soutint la liberté absolue des cultes, qui au lieu de cela fut limitée aux deux sectes principales. Negri finit par se joindre aux antitrinitaircs.

On a; annoncé , il y a quelque vingt-cinq ans , que sa correspondance avait été trouvée en Suisse et portée à Bassano : mais nous avons eu beau chercher, nous n'avons trouvé que deux lettres de lui parmi celles dont Baseggio a enrichi la bibliothèque de cette ville. L'une ne présente aucun intérêt; dans l'autre, datée de Strasbourg, 5 aoât 1830, et adressée au révérend mattre Paul Rossello, de Padoue, il parle de tout ce qu'il a eu à souftrir pour le Christ après son expatriation ; il y dit que, le carême précédent, s'étant rendu incognito à Venise et en d'autres lieux de Tltaiie, il y avait trouvé « plusieurs frères aux-

(1) Et non aux Dônédictins, comme le dit Carrara, dans le Aoiiv«aii Dictfomialre fctetorigH^ publié à Baasano, en 1796* Outre cet artidé étendu, Verci a parlé de Negri dans les iVo(ic«i ncr \u écrivainâ àt fioMano. Ils sont contredits par Dominique Rossio Da Porta, ministre reformé à Sogtio, dans les Grisons, en 1794, qui s^adresseau délégué don Fidèle de V^temate Francfai, et avec plus d'exactitude par i.- B. Robert! dans ses A'oCkft bisforlco-crifi^tief «tir la vie et Ut 0Euvre9 de François Negri; Bassano, 1839. C'est une erreur de Quadrio de Tindiquer commo originaire de Lovere;

84 BisGOims II.

< quels je parlai aTec détail (dît-il) de moi et des afn faires de rÉ?angile. Voici les noms de ces frères : à « Venise, je me suis entretenu ayec frère Aloys des Fomac sieri, de Padoue, autrefois don Bartliélemy en religion.

< A Padoue, je me suis entretenu avec frère Barthélémy « Testa, auquel j*ai laissé mon bénéfice , et qui est main-

< tenant intendant de la muson de monseigneur Stampa. c Ensuite , dans une yille du Véronais dont je ne me « rappelle pas le nom, & trois o u quatre milles deLegnago,

< je me suis entretenu deux jours avec frère Marin Gujoto, « gut, quondatn monaehusy éUeebatnr don Pierre de Padoue. c En dernier lieu, j'ai eu, pendant toute une journée, « un entretien avec don Vincent de Mazi. Par eux donc « vous pourrez tout apprendre *. »

Après lui avoir donné des nouvelles d'AUemagne, il conclut : « Nous ne pouvons qu'attendre quelque grave

< croix, Orandum sine irUermissione, nobis ac vobis esiy ut *i Dominus ipse negotium suum defendat. A Venise, je « n'ai pu parler avec le frère Alvise comme je ie désirais, « car il était allé se fixer à Trévise , ainsi que me Ta dit % sa mère. Je ne puis que vous demander avec instances, « à vous et aux autres frères, de prier enixisrimelAea pour « nous. »

Negri se fixa à Cbiavenna en qualité de mattre , mais il ne paraît pas qu'il y ait été pasteur, puisque le premier de cette église fut Augustin Mainardi, qui vécut jusqu'en 1563, et qui l'excommunia comme socinien. Negri se dîs-

(1) Nous aurions désiré donner quelques détails sur les personnes noQunées dans cette lettre;. mais tout ce que nous avons pu recueillir, et c'est à M. Baseggio que nous le devons, c'est que Fornasiero était au^ gttstin et de Bassano, comme Testa; ils s'enfuirent, et Ton n^eut plus de leurs nouvelles. Nous n'avons pu davantage retrouver la correspondance qu'ils entretenaient avec Spiera.

LES UÉRETfQUKS EN VÉNSTIE. 85

cuipa à Zurich» puis publia sa propre profession de foi, dans laquelle il admet la divinité et rincaniation du Christ, refBcacitédu baptême et de reucharistie.

Ses nombreux ouvrages témoignent de ses comiaissances en fait de grec, d'hébreu et de théologie : mais il y fait rarement preuve d'élégance et de goût. On re^ jnarqne Topuscule sur la mort de Fanino de Faenza ( non Faano, comme dit Tiraboschi ) , et celui qu'il écrivit sur Dominique Cabianca, de Bassano. Ce dernier ayait fait la guerre contre Charles Quint; puis s'étant fait Fapôtre des nouvelles doctrines, il les prêcha ouvertement à Plaisance : arrêté dans cette ville, sur le refus qu'il fit de se rétracter, il fut pendu, en septembre 1550.

Ncgri traduisit en latin les Aventures de François i^iraf^édic Spiera de Citadella. Mais son écrit le plus fameux est la Arturr' tragédie intitulée Ubero arbiirio^ imprimée en 1546, puis en 1550 et en 1559 en lalin. C'est la mise en drame des controverses religieuses de l'époque. Les invectives contre monseigneur délia Casa, contre le Tedeschino, c'est-à-dire monseigneur Thomas Stella, évêque de Capodistria, et contre Muzio, l'ont fait attribuer par Zeno à Vergerio % par d*autres à Louis Alamanni ou à Ochin ; mais il ne paraît pas douteux que cette tragédie soit de Negri, qui se.montre bien informé des questions qu'il y traite , des hérésies de Luther et de Zwingle, du développement des dogmes, de Tintroduclion des rites, des lois canoniques , et de Finstitution des ordres religieux.

L'action se passe à Rome sur la place du Vatican,

(1) Vergerio a fait la préface et les quelques notes de Tédition de 1550, dans laquelle on Ht le nom de F. Negri. On en a une traduction française anonyme de 1559, imprimée à ViIlefhinche,'c*est-à-direGenève, et une en latin, de la même année, imprimée dans la même ville.

soas le règne de Paul III, et dure de midi au soir. Les personnages réels y sont mêlés à des allégories. Fabius d'Ostie, pèlerin de retour de la Terre-Sainte, fait l^xposition ou protase. Monseigneur Clergé , fils du pape et premier ministre du royaume catholique, symbolise le Pontife^ dans le palais duquel se tient le concile. Diaconat» majordome de monseigneur Clergé, diplomate habile » soutient les droits du pape, et fait la peinture la plus noire de la cour de Rome. Ammonius et Triphon, chancelier et notaire, rérèlent les intrigues des ecclésiastiques ; on volt paraître &i outre Oii^ilius, domestique, le cbapdain de messire Clergé et son confident, hypocrite ignorant; l'ange Raphaélet laGrftce justifiante, envoyés sur terre pour tuer Libre-Arbitre et condamner le pape comme antechrist.

Le pape ayant convoqué le concile pour réprimer la rébellion semble réussir d'abord à conserver son autorité. Fabius d'Ostie, à son retour de la Terre-Sainte, rencontre par hasard la Parole humaine, de la bouche de laquelle il apprend la révolte des Septentrionaux contre le roi Libre-Arbitre. Diaconat survenant lui en expose les raisons et lui raconte comment Libre-Arbitre a été couronné roi par le pape, qui lui a accordé le royaume des bonnes œuvres, réservant les autres possessions pour lui et pour son fils unique monseigneur Clergé^ auquel il a donné pour dot la province sacramentaire, dont la capitale est rOrdre. Le pays est, divisé en un grand nopibre de contrées, dans chacune desquelles existe une hiérarchie différenle, dont la première est le consistoire des cardinaux : chaque cardinal tient une cour somptueuse, dont on décrit les désordres.

Après le départ du pèlerin, Hermès, interprète du Con-

uss uiBÉtiQUEs m vAiiiTiK. 87

cile de IVente» vient raconter à Diaconat les discours que tiainent au milieu des verres lés théologiens festoyés pai* monseigneur Clergé : ces discours roulent sur les questions relatives à la Réforme, aux décisions du Concile établissant ^inviolabilité de la vokmté du pape et son pol^• voir illimité , condamnant quiconque répand les maximes contraires ou interprète d'une manière différente les Écritures au peuple. Felin^ fournisseur du Concile, raconte grétesqneiûent les débauches auxquelles se sont U* vrés les théologiens.

Au second acte, Libi*6- Arbitre et ses ministres, Discours humain secrétaire, et Acte Elicite, maître de maison ( c'est-à-dhre les deux impulsions de Tâme à agir librement), discoureAt sur une lettre de Tempereur qui les instruit des progrès de fa Réforme en Allemagne. Le roi fiât ctiercher dans ladateriedes documents pour prouver leur légitime possession : il en est donné lecture par lé notaire, et le Fou les commente de la manière que vous pouvez imaginer. On y énumère les divers ordres religieux, leurs richesses et leurs fautes, les dignités cléricales, les institutions de legs pieux et de congré^tions séculières; m discute ensuite de la confession, de reucharistie, de Toraison, de la messe, dés aumônes, des suffrages, des in* dulgenees : un incident dramatique viient démontrer qu'avec de Pargent on peut obtenir toutes les indulgences du monde.

Au troisième acte, Discours humain, par commission du roi, apprend à monseigneur Clergé et à Diaconat que, dans un entretien secret, le pape et lui sont convenus d'excommunier et de combattre les hérétiques allemands, d*édicter les proscriptions les plus sévères, de rendre l'Inquisition plus rigoureuse, et de convoquer à cet effet les

88 IMSCOUAS II.

cardinaux composant le Saint-OfQce. Diaconat voudrait que Félin retraclàt ses calomnies contre leS;prélatft; maia, celui-ci ne faisant que renchérir sur ses accusaUons * , on interroge Eermès, qui, tout m apint Tair de prendre leur défense, leur, délivre un diplôme d'ignorance et de méchanceté ; il eipose ensuite une querelle survenue entre Zwingle et Eckius, querelle dont le premier est sorti vainqueur.

Au quatrième acte, les saints apAtres Pien*e et Paid, en costume de pèlerins, se présentent à Bertuccio, cousin de Pasquin; et, reconnaissant son penchant pour les nouveautés, ils se font connaître, e)t disent qu'ils sont venas du ciel à Rome pour 8*éclaîrer sur ce qu'il y a de vrai daus les nouvelles portées par Pasquin au ciel relativement aux innovations papales contraires à la Sainte Ecriture. Peu* dant qu'ils sont à chercher le moyen de pénétrer à la cour, monseigneur Clergé sort avec Feliu : tous deux s'entretiennent de la congrégation des cardinaux, formée pour exercer l'inquisitiout ce qui fournit à Bertuccio Toc* casion de s'éleyer contre eux, contre monseigneur délia Casa, le Justinapolitaiu Muzio, l'évéque Stdia et autres ennemis de la Réforme. Les deux apôtres, convaincus des écarte de la cour de Rom^, déclament de manier^ à convertir tout ù fait Bertuccio aux doctrines de ZmngU et de Calvin, dont on expose les dogmes et la discipline.

Au cinquième acte, le dénouement approche. L'Ange Raphaôl et la Gr&ce JustiQante sont descendus du ciel ;

(1> Esse ditt nientiius ersli se Papa per oiiMm

Semideumque virum, semivimmque Deum.

Ai vere hune, retegente Dec, nuuc esse videmus

Semisatanque vinim» semivirttmqne SotanL

Aete ni» scène |V.

LES HJBAÉTIOUES BN VÉNiTlE. M

celle-ci décapite le roi Libre-Arbitre : Tange raconte.le cas aux deux apôtres» leur dit que le pape est l'antechrist, et qu'une condamnation redoutable menace la puissance du catholicisme. Sur ces entrefaites survient en triomphe la Grâce Justifiante, qui ordonne à Fange de publier partout la sentence portée par Dieu contre le tyran usurpateur, à savoir que « rAntechrist soit tué peu à peu « avec le couteau de l'Esprit, qui est la parole de Dieu; » puis, discourant avec les apôtres, la Grâce met en paraître les canons sacrés avec les doctrines de Rome, et en relève les contradictions*.

Nous retrouvons en tSi6 à Vicence ce que déjà nous Atadèmie avons trouvé à Trévîse et à Modène, une réunion de viceoce. beaux esprits, Valentin Giulio de Gosenza, Paruta, Gribakli, Kandrata, Jean-Paul Alciat, Ochin et Leiias

(1) Ce ne fut pas la seule compositioa tbéatrale relative aux contro- Torses religieuses. Thomas Kirchmaier {Maogeorgus), de Staubiiig en Bavière, entre autres, composa Incendia site PyrgopoUnices, tragedia nefaméa quorumiam PajHstarum faeimora eatpênem (WiUemberg 153S); Merctttorf $eu judicium, tit quà (tragedia), inconspectu ponuntur apoilo. llea et paplstka doctrina, quantum ulraque in consclenlia eerlamlne Mileof et offeiai^ et quis utriu9^[ue fnturue $it eÉttus, lô39.

Nous avons encore une « comédie plaisante de la vnie Église ancienne, romaine, catholique et apostolique, dans laquelle les interlocuteurs discutent et résolvent foutes les controverses entre Catholiques romains et les Luthériens, ZwingUenSr Calvinistes, Anabaptistes, Svenfeldiens et autres. » Bomanopdis. 1537.

On possède encore trois médailles à Teffigie do Negri et les ouvrages suivants :

Hkœtta^ sive de situ et moribus Rhœtorum,

De Fanini Faventini ac Dominici Bassanensis morte , qui nuper 06 Christum in Italia Romani Pontificis jussu impie oedsl «uni, Brevis historia; Chiavenoa, 1550.

Historia Franeisei Spierœ, civitaiulani, 4111, quod susceptam semel etaugelieœ veritatis professionem abnegauet^ in horrendam detperati onem incidil; Tubingue, 1555; probablement traduite de ritalien de Vergerio.

90 Diacooas ii.

Sodn, qui s'assemblaient pour parier religion ; ils poussaient la critique jusqu'à nier la Trinité. Les persécutions alors commencées les obligèrent à se disperser; ils se répendirent dans le monde en apôtres de Thérésie. Jules Ghirlanda, de Trévise, et Fraoçois de Ruego furent mis 4 mort en dépit de leur noblesse, de leurs richesses et de leur renommée : les unitaires les comptent au nombre de

leurs martyrs ^ Il est singulier qu'on ne sache rien de cette académiCi

dont il a été tant parlé ; rien, ni son titre, n\ le lieu de ses réunions, ni le décret qui l'a coudauiiiée. D'après une tradition, qui n'est peutrétre fondée que sur l'originalité de la façade de l'édifice, elle se serait réunie. dans la maison des Pigafetta, ou sur un plateau des environs de Vicence, au point où les collines de Lonedo se mttachent à la montagne ; on montre le chemin par lequel les académiciens se seraient enfuis en Allemagne.

L'hérésie dut être favorisée par le désordre dans lequel le cardinal Ridolfi avait, grâce à son abandon, laissé TÉ-* glise de Vicence , abandon qui lui fut reproché devant le Concile par l'évèque de Calaora , que le pape Paul III avait envoyé à Vicence, lorsqu'il songeait à rëunii* le Concile dans cette charmante cité. Ce qu'il y a de certain, c'est que les noms de nos académiciens tigurèrent plus tard parmi ceux des antitrinitaires, d*où nous pouvons conclure que cette hérésie y était commune. La famille Thiene fut principalement enveloppée dans la per-

(1) Lubietiiezki, dans l'Hi^^ Reform. pohnicœ, 1685, rapporte qu'en 1546 il se tenait des assemblées à Vicence ; qa*un certain abbé Bucalo s*enfuit de cette ville à Tbessatonique avec quarante compagnons : Giulio de Trevise, François de Ruego, Jacob de Chiari furent pris; ce dernier mourut, les autres furent étranglés à Venise. L*abbé mourut à Damas, ses compagnons se dispersèrent en Suisse, en Moravie, etc.

sécution. Jules et Bruno, exilés en 1B33, s'étaienC réfugiés à Mantoue avec leurs femmes, de la maison Coinposampiero. Là, Jules tua sa belle<^sœur» souà prétexte qu'il Va^ vait surprise en flagrant délit , mais en vérîté, a*tw>n dit» pour assurer à sa femme Théritage : sa femme elle-même fut tuée en itfK3, on ne sait par qui. Jules est nommé dans une sentenee de Tlnquisition de Vicence du 4 avril 1 570» et dans une autre de celle de Crémone, en 1880, qui toutes deux le privaient de ses biens, mais il les avait passés sur la tête de ses en&nts. Il s'établit ensuite en France, où sa famille s*est propagée.

Odoard Thiene, comte de Cicogna, flef padouan, pro- ^^^J^^ lecteur généreux des gens de lettres et de Palladio, avait quille sa patrie en 1857. 11 s'établit en Suisse, où il accueillait quiconque s'exilait pour cause de religion. Il ao* cepta la dédicace du discours d'Alexandre Trissin ( Vicen* tin lui aussi, et pasteur à Chiavenna) sur la nécessité de se retirer pour vivre dans l'Église invisible de Jésus- Christ (1572). Il mourut en 1576, laissant pour son héritier principal Jules , et nommant ses exécuteurs testamentaires Théodore De Bèze, Nicolas Balbani et Prosper Diodati.

De la Camposampiero était Tiso Thiene, àqui son père légua tous ses biens; mais l'Inquisition de Crémone cassa le testament, parce que le légataire passait pour calviniste : le legs profita aux neveux, qui étaient revenus au culte de leurs aïeux. De la Camposampiero naquit encore Antoine Thiene, qui vécut en France et était seigneur de Chelles et* de Tourane en Dauphiné. Le Saint-Office de Crémone ne lint pas pour valable la procuration qu'il envoya de ttàle, le 3 juin 1569, à François Borroni : ce qui fait supposer qu'il était hérélique ; mais il ne devait pas être d'accord avec le comte de Cicogna, qui le raya du nombre

93 oiscoufis II.

de ses héritiers, sous prélexte qu*il était déjà riche.

Alexandre Thiene fit son testament le li mai iS66, avant de quitter Vicence; il mourut à Spire, en 1568; ses biens furent confisqués par l'Inquisition de Crémone.

Nicolas Thiene, magistrat municipal en 1558, exilé de Vicence, devint écuyerde Henri III : il fit son testament en 1579. II avait éponsé une dame Leoni, de Padoue, dont il eut Ifermés, qui, lui aussi, embrassa la réforme de Calvin et vécut à Corcelles. Adrien Thiene, ami de Palladio, qui fit son testament en 1550, vint également en France, et probablement pour cause de religon.

Cette famille avait pour intendant François Borroni, de Vicence, qui, avons-nous dit, reçut d'elle une procuration datée de Bftle, le 3 juin 1569. Étant venu à Crémone pour les affaires de ses maîtres sur le fief de Rivarolo, il y fut pris par l'Inquisition, qui confisqua ce fief et le condamna , lui , à être brûlé vif ( 3 août 1580). )' Les Thiene étaient en grande intimité avec les Pellizari, qui les suivirent dans l'exil et fondèrent une banque à Lyon.

A Londres se fixa Gaspard Galo , marchand de soie , qui offrit à la reine Elisabeth une paire de bas faits avec de la soie, produite filée et tissée en Angleterre. Les expressions des contemporains font croire qu'il appartenait à la société hérétique.

Quelques phrases de son testament, écrit en 1575, ont fait compter Volpe Brunoro parmi les adhérents du calvinisme.

Une lettre du 7 mars 1501, de Gabriel Capra, nous apprend que les fils de Marc-Antoine Franceschini enlevèrent de force du couvent une de leurs sœurs pour la convertir :

LES UéRJTIQUES EN VÉNÉTJE. 93

mais œla ne suffit pas à prouver qu'ils étaient hérétiques.

Jules Pace, dont nous avons parlé ailleurs, eut un quatrième fils, Jacques, qui revint au catholicisme et fut professeur à Padoue.

Un jugement, du 8 juillet 1570, du tribunal ecclésiastique de Vicence, signé d'Antoine Rutilio, vicaire général, et de frère André de MaternOt inquisiteur spécial, condamnait François Renalda et J.-B. Trente. Ce dernier, réfugié en Angleterre, et devenu Thôtc du ministre d'État François Walshingara, protégea à son tour ceux qui émigraient pour motif de religion : dans son testament, du 2 mars 1888, il donnait une partie de ses biens aux Pelizzari sus-mentionnés ; il laissait des livres et quelque autre chose encore à l'Église italienne de Londres, nommant Walshingham son exécuteur testamentaire : il voulut être enseveli à Saint-Nicolas.

Le martyrologe de Genève fait jnention de Ricetto, de Vicence, qui, le 15 février 1565, fut placé à Venise sur les deux fameuses gondoles, jointes, on le sait, de manière à laisser tomber le condamné àlameren se séparant. Comme il cherchait un manteau parce qu'il faisait froid, « Quel « froid? (répliqua quelqu'un). Tu en sentiras un bien « plus grand tout à l'heure au fond de la mer. Que • ne cherches-tu plutôt à sauver ta vie ? Les puces elles- « mêmes fuient la'" mort. — Et moi, répondit-il, je fuis t la mort étemelle. »

Dans un manuscrit de mémoires autographes que pos* sède monseigneur Marasca, de Vicence, on lit : 1 1559, le « 1®' juin est mort en prison monseigneur Augustin, de

< Citadella. Porté au champ de mars après sa mort, il a

< été brûlé comme luthérien '. »

(l)Get honorable ami nous a communiqué un acte du notaire Bar*

Le 11 mars 1585 Jean Strozzi écriyait de Trente au grand-dnc de .Toscane : c On dit ici que du c6(ff de Lyon « on a intercepté des leUres que des Yicentins adressaient c à ceux de Lyon, pour les exhorter à se défendre constam-

< ment et à ne pas chanceler, car le temps viendrait bienc tAt où tous ensemble jouiraient de la commune victoire. -» Et le 15 : « J*ai appris qu'à Vieence on a airêté, par

< ordre du Conseil des Dix, quelques gentilshommes pour c cause dliérésie, peut-être à Toccasion de ces lettres

< interceptées dont je vous ai parlé l'autre jour. «

Nous avons mentionné ailleurs les libres critiques du poète Jean-Georges Trissin ; mais il n'y a pas là tine raison qui autorise à le ranger parmi les hétérodoxes. Il remporta sur bien des cx)ncurrents, et fut choisi pour porter la traîne du manteau du pape à la cérémonie du couronnement de Charles V à Bologne. Son fils Jules, qui était ecclésiastique^ étanttombé en désaccord avec lui en 1542, nous l'a représenté comme un luthérien , séduit par Pellegrin Morato et par un prêtre nommé Salvago , probablement de Vieence. Il ajouta qu'il suivit et favorisa les hérétiques, et il cite quelques faits à l'appui.

Charles Sessi naquit de Jean-Louis et Cadierine Confalonieri, à Sandrigo, fief de sa famille , d'où l'emmena Tévêque de Calaora, qui était à la cour de Charles Quint ^ et

thélemy Buzato, du 29 novembre 1300, par lequel le Saint-Ofûce de Vieence vend à Manfredino, fils de défunt Zuanetto, quelques maisons c(»ifisquées à Negro Misini; le texte de Tordre donné , le 20 octobre 1 237, aux religieux de cette province de prêcher contre les patarins, conformément à la bulle de Grégoire IX; un acte notarié du 4 décembre 1281, par lequel le vicaire de l'évêque de Vieence condamne l'usurier Solate, et un autre du 9 février 1292, par lequel l'inquisiteur frère Bonagiunta, de Mantoue, condamne Barthélémy Spezzabraghe, de Sandrigo, à payer 200 livres véronaises au Saint-Oftice pour blasphèmes proférés contre le corps de Jésus^Ghrist

LES HERéTîQV&S BN TÉNÉTHS. 95

qui lui donna une de ses nièces en mariage. Nous ayons dit 'comment il fut frappé par Flnquisntionf d'Espagne le 8 octobre iS^9. Rendus à leur patrie, ses enfants s*ëla* Mirent à Vérone.

En 1660, il était question de réunir le concile général à Vicenee , mais le gouTemement de Venise s'y refiisa , dans la crainte que les Turcs , venant à soupçonner des machinations politiques sous te voile de la religion , ne molestassent les sujets de la république.

Parmi les adversaires des hérétiques, se signala saint Gaétan Thiene, de Vicenee, qui en avait converti un grand nombre sur Téchafaud. Cet apostolat fiit continué par les théatins dont il était le fondateur, et qu'il introduisit dans sa patrie en tSdS. Depuis, le Saint-OfHce de cette ville condamna h mort François dit le Tartarello, hérétiq^ie relaps ; mais un théatin réussit à le ramènera la foi et à le sauver. Vicenee ne tarda pas à voir les barnabites fonder dans ses murs l'œuvre de la Mission pour les femmes repenties : ils tenaient des conférences de laïques pour les opposer à celles des hérétiques. Il faut croire que leurs efforts furent cou* ronnés de succès, puisqu'en 1880 leurs adversaires sôulevèreïitune persécution contre emc, et en les accusant d'être séditl^x, même hérétiques, porvinrenl à les faire chasser*

Nous avons connaissance de quelques autres protestants qui habitaient le petit pays de CalveUe. En 1862, la secte des angelîcats prenait racine à Schio et à Arzi<* gnano : le père Pagani fut envoyé pour l'étouffer. Don Sylvestre Cigno , prêtre de Vicenee, prédicateur fameux entre 1S41 et 1870^ déplorait qu'il existât dans cette contrée la secte des donatistes et des rebaptlseurs. Jérôme Massarî, d'Arzignano» enseigna la médecine à Strasbourg. Quelques sectaires de ses amis, effrayés par la persécution, avaient

96 DISCOURS n«

abjuré» et l'exhortaient à en faire aotapt, à mioocer à la commanion hérétique et à accepter une conférence a?ec eux. U refusa, craignant que ce ne fbt un piège pour le prendre; et comme on le blAmait de ce refus, il écrivit un livre où il feint qu*un certain Eusëbe Uranio> prisonnier à Rome , rend raison de sa croyance devant le pape et Tlnquisition, Cette exposition comprend trois journées : les juges parlent très-peu» et beaucoup trop l'accusé', qui se perd en de longues discussions* En 1836, il fit imprimer Dt fiieac operibus.veri ChrUtiani htnninis ad mentem apoUolarum, conira EvtmgelH inimiei>8; il £ût dans sa préface allusion & un grand nombre d'Italiens demeurant à Bftle. U écrivit encore une traduction latine et une paraphrase du traité d'Hippocrate De naiura hoi9ttfif« ( Strasbourg , 1564), une grammaire allemande et hébraïque : il mourut à Strasbourg, en 1S64. Hérétiques Dominique Cabianca, de Bassano, fut condamné à mort

de

Bassano. à trente ans par le Saint-Ofike de Crémone, et au dire de quelques-uns il fut le premier qui fut mis à mort à Rome pour cause d'apostasie : François Negri a écrit sa vie, comme celle d'un martyr.

* En 1894 nous trouvons réfugié à Morbegno, dans la

Valteline, Bernard Passajotto de Vicence. Puis, lorsque les

(1) Eusfhmi rapHvus, shemodus procedendi in Cnria Uomana contra lutheranos; in quo est epitome prœclpttoram eapitum doctrinœ chriitiûnû! et refutatiù pontificiœ slnagogœ; una cum hhtotiiê de tUiis oli* quot ponHfimm, quœ nd negatium religionis scitu toiles sunt ac n€ce&» sariœ ; Bâle, 1 535 et 1 597 . L'auteur prend le nom de Hyeronimtis Mariust vicentinus; c'est à tort que l'ouvrage est attribué à Curione. L'ouvrage est suivi d'un Modns sohmnis et auîhewlicHS ad inqùirèndûs et inveniendos et eonvincendos lutheranoSf valde necessarium ad salutem sandà sedis aposloHcœ et omnium ecclesiasticorum, anno 1519, comjw* situsin M, Lntheri perditionem et ejusséquacinmper V. 9f. 5/PftlEKA- TVSi etc. — Cette indication d'auteur est mensongère.

LES HÈBÈnQVIS ES TfNÉTIE. 97

habitants de cette vallée tnërent toas les^protestants» on compta parmi les \ictimes Anna Liba de Schio, femme d'Antoine Crotti, son enfant à la mamelle, et Paule Berelta, religiense aussi de Schio, qui, échappée du coavent, avait épousé le moine Carolini. Ce dernier, traduit à MiJan, se sauva, dit-on, en abjurant.

Il existe , à la bibliothèque Silvestriana de Rovig^o , les ▲ aongo. éloges des citoyens de Rovigo, faits par de Jean Bonifazio, où il est fait mention de Dominique Mazzarella qui excella dans la jurisprudence et la poésie, et composa en 1S68 un dialogue de la philosophie en italien avec d*autres écrits, mais tristifato hasregiones penitus deserere coactus est.

Balthasar Bonifazio , autre biographe , cite Théophraste Mazzarella, fils de Dominique, né dans une grande pauvreté, laid, borgne, mais d*un vrai mérite comme légiste, poëte et physicien , qui écrivit en italien un discours sur la philosophie ; mais, comme si la difformité de son corps eût exercé une fâcheuse influence sur son esprit, au moment même où sa patrie attendait de lui de grandes chos^, foetus pharabuta, perduellis, desertorque fidei, Genevam repente contendit, ubi sumptus inter novatares magister et ecclesiastes , maximosquoque apud hostes catho* licœ religionis obtimit honores, si tamen infamibus viris in ignominioso impiorum asylo ullus esse hohor potest. Le biographe ajoute dans une note qu'il fut excommunié et déclaré infâme dans l'église de Saint-François,

H paraît que Théophraste et Dominique sont une seule et même personne.Un traité demaximes religieuses, imprimé à Genève, dit en effet : c Mazarella Dominique, membre de «i \ Académie des Endormis, à Rovigo. En butte aux rigueurs c de l'Inquisition, il abandonna sa patrie et se rendit à

c Genève, où il se fit calviniste. B y devint prédicant de

rv— 7

U8 DlSGOUilS lU

c cette commaoe» et changea son nom en celai de Thëo- « pbraste; on dit qu'il mourut assassiné dans son lit par a un domestique, sur la fin du seizième siècle. > Les recherches que nous avons failes dans .son pays nous ont très-peu éclairé* Dm» Le Frioul ne ftit pas non idus exempt d*hérésie. En 1888, le Sénat de Venise députa des commissaires qui, unis à ceux du patrîardie d'Aquilée, recherchèrent quelques hérétiques à Cindale ^ A la même époque, le lieutenant du territoire de Gradisca signalait au chapitre d' Aquilée son vicaire de Ferra, qui refusait de faire la levée des corps et de les accompagner conformément aux rites de rÉglise, faisait décrocher les saintes; images et défendait à ses ouailles de les vénérer*.

Grimani, patriarche d*Aquilée, fut poursuivi par l'Inquisition de Rome pour certaines opinions sur la prédestination; ce qui le fit exclure de la promotion au cardinalat en 1861 , malgré les instances de la Signoria de Venise. Il dut se rétracter aux pieds du pape, et ne fut absous que par le C!oncile de Trente , où un grand nombre de théologiens furent d'avis que sa manière de voir était celle de saint Augustin et des saints Pères.

En 1871, le lieutenant du Frioul, à la requête du vicaire du patriarche et de l'inquisiteur, jugeait Zanetto Foresto, accusé d'hérésie, ainâ que cela résulte d'une dépêche du doge portant la date de cette même année ^ conservée aux

(1) LiRUTTi, NoHzU del FHuli, vol. V, à la fin.

(2) MoRBLLi, Storia di GcHzia, vol. I, page 295.

(3) Aloysius MfHmieo, Dei ^ratia dux VeneHamm, nobili et sapienti viroDanieli Priolo, desuo mandato locum tenente Patriœ Fori Julii, fidelïdilecto, salutem et dilectionis affectum.

<s Va votre lettre du 21 du présent mois et les pièces que vous nous avez adressées au sujet de la requête à vous faite par le révérend vi-

LES HfnfoiQins B» Vf Ninx. 99

arcUyes d^Udme. On voit dans ces mêmes uthives irn décret du lieateaant ( 1888) qui annule un procès en matière d'hérésie^ fidt à Gemona par les inquisiteurs, sans que, conformément à la législation, le lieutenant et deux docteurs y fusseiit présmts.

Georges Rorario de Pordenone passe pour ètrorautoir des notes marginales de la Bible allemande de Luther '* Horace Bruiietti de Poreia^ militaire, h ^qui Zarotto [de Capodistriai avait appris la médecine, avaH été en correspondance avec Vergerio; n imprima à Venise en 1848 des lettres qui abondait dans le sens protestant : il combattit le catholidsme en le défigurant dans un grand nombre d'opuscules italiens, qui ne sont remai^piables ni par le fond ni par la forme, et d'où sont également absentes là bom^ foi et la conviction.

L'oubli a épargoé Bernardin Gorgia, qui, sur la fin du

quinzième siècle , s'échappa des prisons du Saint-Office

^ d'Udine, et prêcha les maximes luthériennes dans la partie

^ autrichienne duFrioul, en même temps que Frédéric So-

riano de San-Vito '.

Jacques Maracca, vicaire du patriarche d'Aquilée, propagea dans cette ville les maximes nouvelles, et, n'y ob-

cure du très-révérendissime patriarche d*Aqiiilée et par Tinquisitetir pour que TOUS interyeiBdz au procès de Zanetle Foresto de Brescia accusé d^liérésie, nous vous disons avec les cbefs de notre Conseil des Dix qtte le tribunal du très-révérendissime patriarche se tenant d'habitude à Udine, principale ville de cette province, il n*est pas convenable que œ tribunal soit transporté pour aller juger les prévenus, tant6t dans un endroit, tantôt ;dans un autre, et par conséquent vous devez faire partie du procès, afin que, sertatis servandis^ il soit expédié le plus tôt possible, comme il përaltra à la justice de ce tribunal.

aDatom innostro DucaliPalatio, die XXVI Januarii^Ind. XV 1571. » (Extrait du lAh.pHtil. CtviU Vtini; pagell37.)

(1) Monografie Friulanet 1747, page 18.

(2) LiRUTTi, ViU 4r letterati M PHuH, vol. HT, pages 395 et 418,

100 DBCOUBS IL

tenant point tant le succès qu*il désirait, il allâtes prêcher dans la partie Ténitienne du Frioal» où déjà elles étaient répandues par Primosio» Yergerio, Nicolas de Trévise, et par Gorgia et Soriano que nous venons de nommer. A BeUmie. Eu 1567, uu rellgicux de Cividal de Bdlune fot condamné an feu avec Camesecchi, comme relaps. Quel était ce religieux ?

JulesMaresio arait dix^buit ans, lorsqu'après avoir achevé ses études, il retint, vers 164i, de Bologne h Bèllune, sa patrie. Là il fut circonvenu par un Franciscain, imbu de rbérésie , qui lui donna à lire des écrits non orthodoxes. Mais, lorsqu'en 4S51 il eut obtenue Padoue le grade de docteur en théologie et de gardien des Conventuels de Bellune, ce religieux, excité par Tenvie, l'accusa d'hérésie devant l'évèque qui le renvoya à Venise devant l'inquisiteur. Mais, . comme celui-ci voulait le mettre en prison, il s^enfuit à Rome près de son gtoéral, Jacques de Montefndco. Ce dernier étant mort , il chercha un refuge ptës du cardinal Maffeo, protecteur de l'ordre, qui l'accueillit avec bonté et renvoya à Bologne. Là, le révérend Jules Magnano l'enferma, le menaçant des galères et du bûcher, s'il ne confessait pas qu'il avait douté de quelque article de foi; il fut obligé de lire une formule de rétractation, et condamné à cinq ans de bannissement en Pologne. La quatrième année, Florio Maresio, son frère, lui donnait de bonnes espérances de la part du général Magnano : d'autres menacèrent l'inquisiteur de le rendre suspect, s'il le laissait rentrer dans sa patrie. Ce fut alors que Lîsmanin, qui venait d'arriver de Suisse en Pologne , lui fît jeter la soutane et le mena prêcher avec lui; il l'envoya ensuite étudier le grec et l'hébreu en Suisse, où Lélius Socin le^surveillait de trèsprès pour qu*il ne regagn&t pas l'Italie, comme il en

IBS UClifXiOOBS EM vinÈUM. lOi

exprimait souvent le désir. Cependant^ affligé de la mort de son père , et dégoûté de la compagnie d*Ochin , de Pierre«Martyr et de Socin, il passa en Pologne, rentra dans le sein de l'Eglise et dans son consent. En 1866, le tribanal ecclésiastique de Bellnne iiostnilsit son procès : an dossier figure une lettre de lui, écrite en lliSO du couvent des Franciscains de Craeovie, dans laquelle il raconte à ses • supérieurs tous ces détails (D)« Peut-être pourrait-on précisément voir en lui le religieux qui fût brûlé avec Carnesecchi.

Quelques Luthériens de la Gamiole et de la Carinthie* Se'I^SS! pénétrèrent dans le comté de Goritz , mais ils y trouvèrent peu d'accueil. Le curé Jean Rauscber veillait à ce qu'il ne s'y montr&t pas d'hérétiques, et le prince les exilait.

Nous avons parlé ailleurs de Lismanin de Corfou et de Lucar de Candie. Le 90 février 1882, le résident de Venise à Rome donnait avis de la sentence publiée contre dix-sept accusés poursuivis par le Saint-Office, dont trois furent envoyés au bûcher comme relaps. De ce nombre était Jacob Paléologue de Chio, fomeux hérésiarque unitaire, qui, bi&mé comme excessif par Fauste Socin lai-mème, erra longtemps à travers rAllemag ne; à la fin, il fut traduit à Rome. Nous l'avons nommé au Dise. VIII du t. III, p, 424*

Mathieu Flach, né à Albona distrie en 1820, et connu J^^ sous le nom de Flaeins lUyrietu^ étudia les belles-lettres à Venise sous Egnazio. Il voulait entrer en religion.

(l)Primiis Tniber, né en Esclavonie en 1508, mort en 1586, fut le premier qui employa la langue esclavone comme auteur; il traduiôt en cetielangue le Nouveau Testament, le Catédiisme, la Confession d'Augsbourg, et quelques traités de Méiancbthon; c^est au moyen de ces livres que la doctrine luthérienne se répandit dans la Garniole et la Carintbie.

i09 DIIOOOBS u«

Ihis un de ses parents, proTincial des Cordeliers, l*en détourna , el lui eonseilla .d*aUer plutôt en Allemagne. Ce proTincial était Baldo Lupatino d'Albona, qui travailla éneiigiquement i répandre la Réforme dans la Vénétie, et qui, après yingl ans de prison à Venise, fot jeté au fond de la mer. Quant à Flacius, il se mit à Witlenberg sous la direction de Luther et de Mâandifbon, qui lui firent le meilleur accudl.

Dans le CaMogt» Te$tèm vèrUatis (Bâle, 1856), Fkcius niyrieus a énuméré les personnes qui favorisaient le protestantisme et les écrits consacrés à sa propagande. Trèsemporté contre le pape, il ne conformait cep^idant pas toujours ses opinions à celles de ses chefs, qui le traitaient de querefieur et (f intolérant. U es^cita des troubles dont» selon toute apparence, il se faisait une arme pour tenir les princes en respeet.

Pendant qœ Mêlandithon, qui aurait tout sacrifié à l'amour de la paix, écrivait un livre Sur les choses indifférentes (De odiaphoris)^ où il déclare qu^on ne doit pas repousser avec obstination des rites et des cérémonies, pourvu qu'ils ne r^iferment pas d'idolâtrie» Flacius hurlait, en véritable furibond, qu'il fallait dévaster les églises, menacer les princes d'insurrei^ion» plutôt que de tolérer un seul surplis *• Il soutenait formellement que le péché originel est la substance de l'homme déchu : délire de l'erreur qui souleva un grand nombre de contradicti(ms , à la »iite desquelles il dut se réfogir à Magdebourg. Là, il com* mença l'histoire ecclésiastique, fameuse sous le nom de Ceniwries de Magdeb&urg.

Très-habile à déterrer les documents anciens, il

(1) Melcb. Adam, Ue vitis philosoph,, ^, 195.

LES h£a£tiou£s bu rbxtTïM. 103

trouTa entre autres une messe des fout premiers temps du christianisme ^ . Les Luthériens la proclamèrent d*abord comme étant en opposition complète avec Tusage moderne de Rome ; mais» en y regardant de plus près, on la trouva défavorable i leurs doctrines; ik n'épargnèrent rien pour supprimer tous les exemplaires, tandis que le cardinal Bona la faisait réimprimer à la fin de ses Idturgiei.

(1) Missa latina quœ oOm anU Bohmiiiiiii ci'rca Mptingeiilefiimiiii Domini annum in usu fuit^ hana fût ex vefvfto authemUtwpu r^dUe descripta a Mathia Flacio, Strasbourg^ 1557.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

AC BISCOUES n.

(A.)-* Voici le firagmentde cette circulaire tel qu'U se trouve à la bibliothèque de Brera à Milan, au milieu des papiers enlevés à la Vénétie, dans les déprédations dont le royaume d'Italie s'est Cadt rinstrument :

« Notre très-religieux État s'est toujours fait un devoir de poursuivre les hérétiques et d'extirper un crime aussi abominable, comme on lit au début de la PromisHon de notre sérénissime prince et chef de nos conseils; c'est là sans doute ce qui explique la protection dont le Seigneur Dieu a toujours couvert la République : les temps offrent d'innombrables preuves de cette protection. Dansle[pré8ent cas , où il s'agit de sorciers et d'hérétiques, il importe de procéder avec maturité. En conséquence :

« Sera convoqué au lieu de nos réunions le Révérendissime Lé«r gat, par les soins de notre sérénissime Prince, en présence des chefs de ce conseil, pour y entendre les paroles graves et solennelles que Sa Sagesse dictera à Sa Sérénité : on lui déclarera combien il importe qu'en cette matière on procède avec maturité et justice, et aussi dans les formes, afin que suivant notre intention et notre désir tout se passe juridiquement et au profit de la gloire de Dieu et de la foi catholique. En conséquence, doivent faire partie de cette Inquisition un ou deux des Révérendissimes évèques et un très-vénérable inquisiteur, et tous doivent être distingués par la science, la vertu et l'intégrité ae omrd exceptione majores, afin qu'on ne retombe plus dans les errements suivis jusqu'à ce jour; et, conjointement avec eux, deux excellentissimes docteurs de Bresda auront à conduire conformément aux lois les procès desdits sorciers et hérétiques. — L'instruction terminée, ct^m tamen tortwram, on en portera les éléments a Brescia, où, par les soins des prénommés, en la présence et avec l'assistance de nos deux recteurs, de la cour du podestat et de quatre autres docteurs de Brescia réunissant les qualités énumé-

' NOTES ET ECLAIRC^SEKENTS AU DISGOUBS II. 1<XS

rées ci-dessusj on fera lecture des pièces du procès^ on entendra les prévenus pour voir s'ils maintiendront leurs dires ou les modifieront; on fera un nouvel examen et un nouvel interrogatoire^ enfin on appliquera la torture si on le juge convenable. Gela fait avec toute la diligence et toute la circonspection voulue, il sera procédé au prononcé de la sentence par ceux à qui il appartient, de» Tant le conseil des susnommés^ et en sera rexécution, $enxUi$ omnibus prœmissis et ma alU&r, confiée au bras séculier. Et sera ladite procédure iq^quée et observée même pour les procès antérieurement intentés, alors même' que le jugement aurait été prononcé. Prcektea, on tiendra un langage énergique au Légat et on lui enjoindra, relativement aux dépenses nécessitées par Tlnquir sition, d'assigner un budget convenable, sans commettre ni extorsion ni exaction^ adnsi que cela s'est, dit-on, pratiqué jusqu'à pré> sent : il faut prendre des mesures telles qu'il devienne impos^le de faire condamner ou humilier qui que ce soit pour de l'argent, comme cela s'est souvent fait jusqu'ici, sans qu'il y eût même apparence de fautes. — On doit aussi considérer que ces pauvres habitant» de Valcamonica sont gens simples et de peu d'esprit, et qu'ils auraient plus besoin de prédicateur et de bonnes instructions sur la foi catholique que de persécuteurs et de sévères châtiments, car elles sont nombreuses les âmes à sauver dans ces montagnes et ces vallées. — Demum, on amènera par la persuasion le Révérendissime Légat à députer quelques personnes capables pour reviser les procès et constater les vicesde forme et tous manquements, citer et châtier les auteurs de ces manquements qui ont soulevé des mumures de mécontentement ; e^tout cela devra se (aire sansretard pour le bon exemple de tous. Ei ex nunc captum sU qu'après que cette justificatipn aura été faite au Révérendissime Légat, le Conseil se réunira pour délibérer ce qu^il y aura à écrire à nos recteurs de Brescia et d'ailleurs, suivant que cela sera jugé nécessaire, et il est dès maintenant arrêté que toutes les mesures ordonnées depuis la suspension prononcée en ce Conseil le 12 décembre dernier sont rapportées etannulées, et ne devront recevoir aucune exécution. » (B.) Cette dépêche de l'ambassadeur Mathieu Dandolo, datée de Rome 15 juin 1550, se trouve à la bibliothèque de Brera : - « EaBcellenUssimi Bomdfd. Lundi, un peu après vêpres, est venu chez moi le Révérendissime Mignanello, ex-légat à Venise, celui qui, dans les choses d'État excepté, fedt plus pour Sa Sainteté que tout autre : il m'a dit que Sa Sainteté le dépêchait vers moi pour m'informer qu'au consistoire de ce matin quatre révérendissimes cardinaux des plus âgés et des plus considérables étaient allés, devant

106 NOTES ET fCLAiaClSSEMENTS AU DISGOtfiS II.

le trône porter plainte contre les Luthériens qui se trouTent dans TÉtat de Votre Excellence^ dépl<H*ant le peu de soin que l'on met à les réprimer^ proposant à Sa Sainteté de yous enroyer un légat spécial pour ne pas laisser se répandre dans ces contrées et les contrées voisines un fléau aussi foneste. Mon interlocuteur arait assuré le pape des bonnesintentions de Votre Excellence an sujet des mesures nécessaires ou convenables à prendre ; mais ce dernier avait voulu renvoyer me parler de ses sentiments et me prier d'en écrire cliaudement, offrant son appui et en particulier renvoi d'un légat ou prélat chargé de cette mission spéciale, et lui rappelant, outre son grand amour pour l'État de Venise, outre le service qui est dû à Dieu, tout le mal qu'il vous peut incontestablement faire au temporel, vous avertissant enfin qu'en ceci Vos Excellences ne doivent pas s'en rapporter aux habitants du pays, car Elles peuvent bien penser qu'Elles n'y sonVpas aimées de tous. Je lui dis pour réponse les choses que j'avais autrefois dites à Sa Sainteté : je lui pariai du très-digne magistrat que vous aviez nommé pour instruire contre les hérétiques, de tout ce qu'il fait avec l'assistaiicé des légats et des au>liteurs ; que Sa Seigneurie qui était parmi ces derniers pouvait en justifier; que, pour ce qui concernait Venise, j'étais presque sût de mon fait; que des autres parties de l'État je ne savais rien, mais que je pouvais afOrmer que ce grand magistrat ne négligerait rien ; que par conséquent il n'était besoin ni de légat ni d'un autre prélat quelconque; que Vos Excellences ne manqueraient à rien de ce qu'elles doivent au Seigneur Dieu et à son service, mais que je ne négligerais pas de vous l'écrire par le premier courrier ; quoiqu'il s'en montrât très-impatient, il parut se contenter que je ne vous écrivisse pas autrement que par le courrier ordinaire. Tai depuis appris de bonne source que tout ce remue-ménage avait été causé par quelques pères inquisiteurs d'après les récits qu'ils ont fait de grands événements qui se seraient passés à Brescia et surtout à Bergame : ils ont rapporté entre autres les faits et gestes de quelques artisans qui, les jours de fête, parcourent les campagnes et montent sur des arbres pour prêcher la doctrine luthérienne aux populations et aux paysans : ils disent qu*un procès a été engagé, il y a plus d'un an, contre eux à Bergame, duquel ils sont sortis absous par Votre Excellence : se voyant à l'abri de toute opposition et de tout châtiment, ils se sont

enhardis et contiiiuent pire que jamais A la fin le Révérend

Mignaneilo me dit qu'il avait été sur le point d'oublier de me parler d'une chose très-importante. Et il entra dans le détail de cette chose, mais avec une infinie douceur et de grands témoi nages de

ffOGrSS IT iCLAiaCISfflBMBNTS ÂXJ DISCOURS n. lOT

bienYdilaQce> disant qu'il lui plaisait pour l'amour de Dieu de remplir sa mission^ mais qu'il le faisait aussi par l'amour qu'il portait à l'Etat de Venise^ me priaut de vous avertir par tous les moyens possibles^ parce que c'était pour Venise de la plus grande importance; car, lorsqu'il voudrait plus tard y remédier, il ne le pourrait plus. 11 cita l'exemple de rEn4>ereur qui, au commencement, aurait pu avec un signe de ^rok tout empédier ; faute de l'avoir eût, on peut dire qu'il a comme p^rdu l'empire , qu'il ne sait ni que faire, ni que dire, ni comment s'en tirer; les Étals qui lui obéissent sont assurément plus grands que celui de Voire Eaceltence : il me répéta qu'il me tenait ce langage, autant par estime pour vous que pour remplir son devoir envers Dieu. Venant ensuite aux événements de Bei^ame et de Brescîa, vous savez ce qu'il en a dit. Il me parla ensuite de Padoue en des termes qui témoignèrent de l'irritation soulevée par la question de l'Université, où se trouve une jeunesse facile à se laisser infecter des doctrines nouvelles. Je lui répondis que je connaissais Padoue, l'ayant habité comme particulier et comme militaire, que je n'avais jamais entendu rien dire de pareil. -« Vous ne là trouveriex pAus la lUème, me dit-il> je sais ce que je dis; la vérité est qu'un docteur piémontais, élevé depuis peu à une des premières chaires de droit, sème les opinions nouvelles dans l'Université ; continuait, il ajouta : Offirez notre concours aux SigmH de Venise, si vous le jugez à propos : nous enverrons un prélat avec mission spéciale, ou tout autre chargé dafi&ires qui ne négligera rien de ce qui sera en notre pouvoir. Priez-les, pour l'amoiir de Dieu, de croire, par amour pour Dieu et pour eux-mêmes, que nous savons ce que nous disons. Et, pour faire ce qui présentement est enî notre pouvoir, nous avons rappelé l'évèque de Vérone qui était en Allemagne à notre service, afin qu'il veille à ce que ce pays, placé au milieu de tant d'autres infectés par l'hérésie, ne soit pas à son tour infecté. Je louai Sa Sainteté de son amour paternel et de son zèle pour la religion : je la remerciai de ses sentiments envers l'État de Venise, répétant ce que j'avais déjà dit du très-digne magistrat, du zèle qu'il déploie à Venise, ^ de lajvigilanceque je croyais exercée dans les autres ▼illesde l'État; que néanmoins je ne manquerais pas de vous écrire en toute diligence comme on m'en priait, promettant d'agir de telle façon qu'il ne serait pas besoin d'envoyer un prélat Avec mission ispéciate ; que je vous ferais cependant part des offres paternelles de Sa Sainteté^ et de ce il me pria de nouveau, »

(C.)— Voici le préambule de son traité sur l'âme, d'après le

108 M0T£8 ET ÈCLkOiaSSMMXnS AD OISGOUBS II.

maniuerit existant à la bibliothèque Markma (de Venise), classe VI,n»190:

« ExpUcaturi iibros Aristotelis de animai qaamTîs iUîs audito- « ribttseos ezpoaamusy quos a rects Teritatis tramite, quem ape- « niit chiistiana religio, devîaturos nec timendum est, necpotest « credi, ob sanctas et religiosas institutiones in quibus vivunt, « tamen, ob nostrum legendi munos non debemos sineprœfk- « tione hujusmodi contemplationem aggredi. Estote igitur ad- « moniti nos in bac pertractatione vobis non dicturos quid senr « tîendum sit de anima bumana, illud enim sanctius me , et vere « priescriptum est in sancta Romana Ecclessia : sed solum dio- « turam quod dixeht Aristoteles. Per sapientiam enim certe « insipientiam assequeremmr, si magis Aristoteli quam sanctis viris « credere vellemus. Aristoteles enim anus est bomo, et dicit « Scriptura, « Omnis homo mendax, Deus veritas; » quare verita* « tem ex Deo ipso et ex sanctis hominibus, qui ex Deo locuti « sunt, accipere debemus, atque illam semper et constanter « anteponere omnibus aliorum sententiis, quamvis yiri qui Ulas a protulehttt sint apud mandum in existimatione. Rationes « omnes quibus Aristoteles, de anima loquens, yidetur esse ve- « ritati contrarius solvuntjHrscipue tbeologi, ex quibus S. Tho- «c mas et alii ipso recentiores. Quare quotiescumque continget ut « aliquid dicatur minus consonum yeritati, habebitis apud istos, a quid sit respondendum, et ego illud opportune memorabo, « quandoquidem in bis libris banc sum expositionem scripturas, « ut nibil dissimulem eorum quœ ab Aristotele dicuntur, [et die- « torum fundamenta , prout ex ingenio potero , i^)eriam; quando- « cumque tamenaliquidaccidet, quod a veritate christiana sit remo- « tum, illud admonebo, ;et quomodo allata fundamenta sint « removendo deckurabo. Scitote tamen quod non sunt multa in « quibus Aristoteles dissentiit a veritate, et iUa non sunt ita « demonstrata, ut non possint habere demonstrationum resolu- « tionem. Hic igitur est modusnostraeexpositionis, quam non aliter « facere debemus ex sacrorum canonum décrète. »

(D.) « ReTerendissime Pater et Domine Glementissime.

Scribit D. Pétrus, in priore sua canonica epistola, diabolum, leonis instar, circumire quœrereque quem devoret, unde monet idem Petrus ut ei, fortes in ûde facti, alacres intrepidique resistamus. Hanc Apostoli divinam sententiam yeram esse, luculenter testantur divinœ literae, quœ tradunt diabolum ipsum suis fal* laciis in ipso mundi exordio primis nostris parentibus insidias struxisse, imposuisse, et demum in extremum exitium una cum

KOTES ST iCLiOAGXSSElIEnTS AU i)ISCOUBS II. ' 109

uniTersa posteritate conjecisse. Hoc ejus Tafiram et ùdlaz ingenium ad versus humanum genus semperexercuit, quo et OpUmi Maxim! Dei gloriam obsciiraret^ et homini^ quoad fteri per ejos sedulitatem poterat^ incommodaret. Modo excitavit tyrannos, qui co^onbtts, modo hœreticos, qui bonorum et simplicium animis insidiarentur; nec unquam destitit quousque et Christum ipsum Dei Filium calumniis impiorum gravatum^ agnum tamen innocentissiinuiD in crucem egit. Cum autem Ghiistus sibi Ecelesnam sanguine suo acquisirisset^ et caputteterrimi illiusserpentis con* trivisset^ non cessarunt parenti (?) frustra negetium Ecclesiœ Domini adhuc facessere, eam omnibus ^scalis et machinis ad* motis dinpere, diruere% ac solo œquare voluerunt; sed Dominus prassto semper fuit, et lupos^ qui illam invadebant, proctil fugavit. Inter alias autem pestes*, quas mendacii pater diabolus in Ecc!esiam Dei invexit, nuUa fuit nocentior Martino Luthero apostata quiante annos40, Dei etpropriae salutis oblitos, Ecclesiam Domini sponsam deserens, et aliam nescio quamimaginariam sibi fingens, novam doctrinam, nova dogmata novosque ritus excogitavit^haecqueomniaeditisinlucempemiciosislibellisorbichristiana obtrusit. In quos et similescumDominicusFortunatus Bellunensis tbeologus iîranciscanus ante annos 30 incidisset, et, ut erat titulo magis quam re tbeologus, eorum lectionedelectatus fuisset, evenit, utpostannosdecem mequoquedacemocto annorum adolescentem bonarum artium studiosum, e gymnasio bononiensi reducem, ad eorumdem librorum, quos mihi summopere commendabat, lectionem adhortatus fuerit. Ego vero, qui purus simplexque eram, et omnium liberalium artium , prœsertim vero tbeologi», cognoscendarum cupidus, purus, sic me induxi , ut non exiguum hujusmodi librorum numerum emerem, quos per annos aliquot apud me servavi, inspexi, )egi, animo plane candido nec a sancta catholica Ecciesla vel tantillum alieno.

«Âccidit vero ut me Patavii strenuam op^am iiteris navante, in patriam Bellunum cbarissimorun parentum revisendorum gratia revocarer : ubi cum Fortunatus animadvertisset me non contemnendos fecissein Iiteris progressus, veritus ne paucos post annos illumet dignitate et auctoritate 8uperarem,rationem commodam excogitavit, qua me patria pellere,adeoque pessumdare quandocumque vellet posset. Itaque mibi reditum Patavium adomanti, suasit ut literas ad fratrem meum sacerdotem, Franciscum nomine, virum bonum et Dei timentem , quem ille superstitiosum et bypocritam esse dicebat,Patavio darem, etlibrum insuper aliquem ejus farinae ei relinquerem. Ego imprudens, nihil mali hic latere putans, li-

110 ffOTES BT fcUiaCISSUBHTS AD DISCOURS H.

bnim^ cui erat PoiHUa Ccrvi$ii, reliqut ; et ciun primum Pataymm redifittem , epistolam satis qBÎdem juveniliter el impradenter scriptam ad eumdem fintem meum dedii^oa iliam ad ^us libri lectionem, pradenter tameo, et snpentHionem et hypocrinmrelinqQendam adlKnrtabar . Hanc epistolam Fortunatus prcxtitorie interceint, etper totos qninque amios sappreesit : intérim Tero amidtiam aiv ctissimam mecmnsimularity et quotannis consdentiam confessicHie sacramentaria eipmi^fare, et singulis fere diebns divinissimiim SalvatoriB nostri sacramentum ut alter Judas intra sua vîscera recipere non est veritus. Anno vero nostr» salutis supra miUesimum et quingentesimum quinquagesimo primo, cum doctor théologie creattts et goaidianus mei conventus eledus in patriam rediissem/et sancte acinculpate virere instituissem, Ule per totos duos menses me ferre non potuit, quandoquidem ad suam tyrannidem et vitam omnino impuram conniyere nolebam : ideirco ^stolam ipsam inlucem prolatam, rererendissimo e{MscopoBellunensij qui tuncaderat, obtulit; meque, cum sibi duos aiios nequam ordinis nostri sacerdotes adjuniisset, haereseos accusavit. « Episcopus judex, in re preceps et parum œquus^ inaudita parte, patrium solum Tertere me jubet : minister provinci» guardianatu me privai, et Inquisitori ordinario sistî mandat. Ego maie acceptus utrique pareo; libros, quos in agro Tarvisino suspectos habui, ad unum exuro; Yenetias profieiscor ; Inquisitorem acoedo. lUe jubet me Tarrisium rçTerti , redpitque se re- Yocaturum me esse Venetias post dies xv : exspecto unum et alterum mensem; non parvos sumptusfacio, et|meis^.illic amicis gravis fio. Generalis quidem Jacobus Montifalchius per literas ministre mandat, ut me in tutumearcerem det^ ibique diligenter ad suum usque reditum serret. Inquisitor me Venetias revocat, in carcerem conjecturus : araid consulunt, .ne me Inquisitoris illius indocti, mali, et mihi infend judicio credam, sed potius ut reverendissimumgeneralem aecedam. Illis pareo, deque hoc toto negotio Inquisitorem adm<meo, itineri me aceingo, et Urbini generalem exstinctum invenio. Romam recta propero, mequereverendissimo cardinaii Maffeo, ordinis vice-protectori, sisto : ille me amanter excipit, et me per literas diligentissime oommendavit, ad reverendum JuUumMagnanum vicarium generalem Bononiam mittit; is me ihdignissime acceptum quartana febre laborantem in tetrum carcerem conjicit, ibique totum mensem satis inhumaniter servat; post alterum fere mensem, iàcta per amicum quemdam meum 200 coronatorum fidejussione, Venetias se sequi jubet. niic me sumptu meo viventem integrum mensem detinet.

NOTES ET £CLAIBC16SEM£1ITS AXi DpCOUfiS H. lit

territat; deînde trirèmes, carceres perpétues, igpes minatur; et tandem vi extorquet a me ooafessioQem, quod circa articules quosdam dubitavmm, quo appareutemaliquamcausam coudem-» nandi me habere videretnr. Audet dicere facilius se mihi parsurum esse si hominem occidissem, quam quod scripserim eas lifteras : tentât subjicere me reverendissimi legati judicio, verum frustra. Discedit tandem, et me Inqulsitoris illius nequam, cvyus judicium detrectaveram, arbitrio linquit

«Inquisitor prœdam nactus, quam dudum optaverat, camificinam de me instruit, et in quoddam privatum cubiculum venire jussum, quo muUos actus publici testes futures Tocaverat, formuJam abjurationis nescio quam mihi in manus dat, jubetque ut clare legam. Ego cum prius illam utcumque legendo percurrissem, rei indignitate motus protester, jne non esse reum eerum quae liiquisitor de me'ceacinnaverat, asseroque lecturum me quidem esse Fermulam utscripta erat, quo serael tandem e manibtts homînîs illius liberarer, quîn mi^ra, atroçîoraque lecturum, si talia in ipsa Formula continerentur; non tamen &teri propterea me juste puniri, sed Deo eppresscHrum vindiee in testem Tocaio, affirme censtanter, me injuste epprimi atque damnari. Ad toc Jnquisitor nihil respondit, nisi ut jusserat formukm ipsam legerem. Legi itaque, qua lecta ille me absolvit; deinde sententiam quam contra me tulerat, promulgari mandavit. Illam ego cum audiyissem injustam adeo atque iniquam, ad Sanctum Tridentinum Gencilium appellare decreveram : sed et monitis et precibusreverendi magistriCamiUi Bellunensis patrui mei, qui aderat, mitigatus supersedi. Dieebat enim Deum vindicaturum propediem injurias, quibusafficiebar; sumpturum supplicium de proditoribus et iniquis judicibus meis , quod sane feeit ; et tandem innocentiam meam christiano orbi estensurum', quod cite ftiturum spero.

« Yenio in Poleniam, et hic totum fere quinquennium, quod temporis spatium exsilii mei terminus erat, heneste catheliceque vitam duce. Elapse quarto mei exsilii anno^rcYerendusJidius Magnanus generalis benam mibi spem facit per literas reverendi demini Flori Archipresbyteri Bellunensîs firatis mei germani, fere ut me cite in Italiam ab exsilio rcTOcet, si quidem meœ vitœ heneste catheliceque traductae fide dignorum heminum testimenium ante prsmittam. Parée, amplissimumque testimenium omnium meonun fratrum, quibuscum familiariter vixeram, et summi insuper Craceviensis magistratus ad eum mitte. lUe, testimonie accepte, nescio qua causa, revocationem ad générale capitulum.

112 IIOTXS ET fGLAlEClSSKMSRTS AU DISGOUAS U.

quod postea Briiiae proximo mense jonio celebrarit^ usque prorogat. niic de meo negotio cum pronnciœ meae patribus frigide tractât^ tandem reverendo magistro Gamillo Bellunensi proyinciœ Sancti Antonii nrinistro, patruo meo^ jobet^ ut me inRaliam per literas Camiliariter rerocet; promittîtque daturum se operam, cum in Italiam yenero^ ut sal^a atque incolumi ejus existimatione^ libertati et dignitati meae, quoad ejus fieri possit, consulat* Ego ad nova examina et judicia vocari me] videns haesito, et qnid mihi ait faciendum plane ignoro. Interea ex Itaiia amid et propinqui certiorem me reddunt, Inqnisitorem in meo negotio rererendîssimo generali adTeisari, omnemqne movere lapidem ne ego ante absolutom quinquennium in Italiam redeam, minas insuper addit.

f( Hievero in Polonia apostata Lismaninus ab HelTetiis redux, reluti ex Trophonii antro prodit : quem cum ego semel atque iterum cum aliisfratribus officii causa invisissem, illef^ ut callidus est et Tersipellis, audito mearum rerum statu, suis artibusita melàscinavit et irretiTit, ut proposiUs a parte sinistra, quœ me manebant in Itaiia, pœnis, a dextra Tero praemiis, quae hic promittebat, nolentem me et tergiversantem in suam sententiam me pertrahere facile potuerit. Hoc autem dico quod ad habitum tempus ad deponendum attinet : quandoquidem quod ad ûdei et catbolicae religionis negotium pertinet, Deus scit me taie quidpiam in animo nunquam habuisse. Gessi itaque dolens, cum ut a tyrannide illius Inquisitoris tutus essem, tum ut mutato statu experirer tantum prosperiore aliqua fortuna uti possem. Cum autem unum et alterum mensem apud îUum mansissem, obserrata ejus et suisimilinm religione ac vita, reditum ad meos meditari incipio, scriboque non semel ad reverendum commissarium, ut mittat qui me Gracoyiam feducant. Lismaninus literas eas intercipit, et me in Helvetiam linguarnmgrsecae et hebraicœ addiscendarum causa mittere quamprimum tentât. £go his angustiis circumseptus quid faciam aut quo me vertam nescio : tandem ejus in bac re consilio acquiesco , atque ad Helvetios, circiter calendis octobris anni i556, me statim confero, sperans futurum ut illinc in Italiam redeundi aliqua mihi occasio daretur. Ticuro ad patrem Bcribo, eum de meo statu certiorem reddo, rogoqueutquamprimumpotest ad me ilHnc adducendum ire properet, aut aliquem e meis fratribus mittat.

Laelius Sozzinus Senensis literas eas, quasilli diligentissime cornmendaveram, supprimit, meque et Italiam cito revisendi et charissimos parentes meos aliquando amplexandi certissima spe privât. Circumventus ab his qui se falso Fratrum titulis ornant, stu-

NOTES ST iCLAlBGISSSHSNTS AU DISGOUBS II. 113

dio hebres linguœ per annum integrum me totum do; anno sequenti grœcas liteias salutare incipio, quo tempore literœ de morte chalissimî pai^ntis mei nantis ad me scribuntar. Ego iniàustohoc nuntio consternatus^ de opéra linguis ulterius navanda anîmum plane despondeo. Ad Lismaninum scribo^ iUumqnesupplex rogo, ut in Poloniam reduci me quamprimum curet. lUe cum subolfecisset me per sesquiannnm nec artificîosissimisOchini concionibus^ nec praelectionibus doctissimis P. Ifartyris et aliorum non potuisse trahi in suam de religione sententiam; tantum abest^ ut meo desiderio satisfecerit^ ut nec minimo quidem responso dignatus me fuerit. Ad Deum tune me converti^ illumque precibus ex intimis cordis recessibus petitis continenter pulsaTî^ utmee ûiucibus luporum ereptum Poloniaeet catholicœ Ecclesiae restitueret. Annuit statim clementissimuacœlestisPater^ et meoslaboresac œrumnas miseratus effecit^ ut Italus quidam^ religione excepta optimus yir mibi^ se ultro obtulerit^ reducturus secum me in Poloniam honeste et commode^ nulloque meo sumptu, si vellem. Conditionem a Deo per hominem tam pie oblatam libens accipio, meque itineri statim accingo. Cracoviam ante biennium bonis avibus tandem redeo^ et hie apud meos in Dei et proximi servitio, rugiente diabolo^ qui me devorare Yolebat^ cathoUce honesteque vivo; quod num verumsit, tu^ piissime pater^ fidelibus testibus, quibuscum familiariter vixi versatusque sum, scire facile poteris. lÙic autem historiœ hujus finis esto.

ArHcali qwxhMr, ^ '• *

Quoniam vero Inquisitor, qui me judicavit ante annos novem ex Epistola mea ad fratrem, tum ex scbeda quam a meextorsit vicarius generalis, articulos quatuor excerpsit, quos satis esse putavit ad meam damnationem» operœ pretium erit Olos hue adscribere^ et brevi ae aperta responsione diluere.

Primus est^ aberrafise^me dubitando aiiquoties de purgatorio, justificatione, liberoque arbitrio«Respondeo,me8acr«theologis studiis oondum initiatum potuisse facile de hisee articulis inter doctos nostri temporis ontrovorsis dubitare, cum viderem rationés et auctoritates Sanctarum Scripturarum, et veteris Ecclesiae Sanctorum Patrum utrinque adduci; cum autem in ea dubitatione numquam perstiterim, nec super hisarticulisaliquid unquam certi contra fidem catholicam asseruerim, non video qua ratione hune articulum tamquam hœretkum m^hi affixerit, praesertim cum non dubitatio temporaria, sed assertio pertinax hsreticum faciat.

114 KOT£S ET fCLAIRGISSBMENTS AU DISGOCBS II..

Secundusest^aberrassemeretineadopermultosannoanonnullos etvarios libros hœreticos.scienter, quos etiam sciebam esse probibitos. Respondeo verum quidem esse me libros hujosmodireti-*' naisse : hos autem libros tenebam et servabam» non ut abuterer illis, seduterer tantum. Putavi enim abusum tantum verum prohibent non autem usum,.cum nulla creatura plane sit^ quaquis utivel abuti non possit. Pulcherrima autem oogttatio fuit velle haereticos suis ipsorum gladiis jugulare* Quoniam vere errasse me.fateorhos libros contra summi pontiftcis placitumretinendo, etiamsi non malo, ut dixi, animo; ita constanter assero me propter hune articulum ab Inquisitore hœreseos non potuisse autdebuisse damnari.

Tertiusestaberrasse me^ quod ejus doctrinas haeretic» fautor exstitihortando quemdam gjermattiiin meum^ ut vacaret, daretque operam ut proûceret in eadem, in coaunodando et commendando quemdam librum hœreticum et 8uq)ectum> Gorvinum appellatnm^ promittens eidem illiusprofessionis me alios libros mandare, quaiido cognoscerem suum profectum etstudium in eisdem. Respondeo^ meram esse calumniam et meitdacium, quod didt me doctrinsB hœreticœ fautorem e^stitisse. Totusenim yitœ meœ transactae cursus ostendebat, me a doctrinœ hœreticœ ^ofessione abhorrere* Si hœreticus fuissem, pœnitentiaindulgentiaqueanni jubilaei quam Julius III omnibus Yenetorum ditioni suliôeetis, qui superiore anno Romam ire non poterant, concesserat^ meam conscientiam non purgassem. Quod autem articulum hune probare contendit, proptei«a quod ad fratrem meum germanum epistolam illam suspectam scripserim^ et librum reliquerim ejusdem iarinse^ nihil efficit. Ostendi enim supra, quod etiam Romam adreverendissimum Alex, eardinalem (Alexandrium?) scripsi^ me proditorissuasu epistolam ipsam scripsisse^ et librum eidem fratrimeo reliquisse. Quando dictt récépissé, me mîssurum esse fratri meo libros ejusdem professionis alios; quando cognoscerem, etc., impudenter mentitur : duo enim illayerba de suo infarsit, quae in meo exemplari nunquam Tisa sunt. Non debuit igitur adeo veteratorie mecum agere, et me, cum eatkolious essem, etiamsi tune, ut paulo post evenit, ruptus (?) fuisset hœreticum facere.

Quartus est aberrasse, quodparvipendi sacram canonum doctrinam existimans, facere ad hypocrisim, minusque prodesse animabus quam pesttlentissimam doetrinam illam in eisdem lîbris haereticis prohibitisque contentam. Respondeo, et hune articulum, quem mihi falso affingit, esse împudens mendacîum. Ego enim sacram canonum doetrinam numquam parvipendi ; immo mani-

NOTES ET EGULIRCISSEHENTS ATT DISGOURS II.

feste appatet^ me illam maidiDi semper fecisse^ cum in ea epistola fratrem meum hortarer ad studium eorumdem canonum; qaos dicebam^ quod etiam in scheda repetii^ Teram Sanctam Scripturam interpretandi et veritatem a falsitate cognoscendiregulam esse. Apparet igîtur Inquisitorem hune, non Deum, sedsuos tantnm privatos affectus ante oculos habuisse, et me injuste, impie, et nihil minus quamchristianecondemnasse.Hisarticulis affine est, quod in sententia dicit, me spontaneam istorum articulorum confessionem fecisse, confirmasse, et ratificasse, cum actio ista omnis coacta fuerit ac Tiolenta, ne dicam tyrannica, quemadmodum ipsa protestatio mea prae se tulit.

Yideat igitur^ post Deum, singularis pietas tua hanc causam meam, etrequirat. Itaque cum yideasmanifestissime^piissime prœsul, qnid egeiim, quid passus fuerim per tptos fere decem juinos, quantam jacturam fecerimcharissimorumparentum, libertatis, ezistimatioms, fortunarum^ valetudiiiis,aliaTumquererum; quam obedienter paruenm sententiee etiam iniquissim»; cum experiaris insuper, me recte de sacra catholica religione sentire, ea omnia, quaBhominemchristianum etTcrumcatholicum décent, munia obire, in sanctaromana Ecclesiac(»istanterTivere ac mon Telle, ab omni haeresi et hœretica professione alienissimum esse ; per Deum ettnam pletatem te supplex rogo, velis me manu tandem mittere,in pristinam libertatemasserere, Italiae, patriae, propinquis, amicis, existimationique restituere, et ita restituere ne posthac in cujusyIs invidi sycophantae arbitrium situm sit me baereseosinsimulare^ autdamnare atque adeopericulum aliquod >itae, existimatîonis aut fortunarum mihi creare; quandoquidem, praeterquam rem christiano episcopo dignamiécissete scies, hominem \ere catholicum sublevasse , et tibi etiam devinxisse perpetuo cognosces. Potestatem tibi fecitsanctissimusPius lY, yiTae suae Yocîs oraculo me absoltendi» .liberandi, pristinae libertati et dignitati restilnendi. Id ne différas exsequi, quod héros tam pius jussit. Bonam meœ patemœhaereditatis partem jam exhausi; tempus, rem omnium pretiosissimam, inter Polonos et Helvetios frustra triyi discendo et docendo; propter multas causas doctior non potui.Efficenunc, pater ampUssime, ut una eademque opéra omnia isthaec damna bre\i temporis spatio tua singulari pietate sarcire possim. Omnia candide exposui, nihil sciens et prudens celayi. Vides, ex re minima quantas tragœdias per suos satellites, excitavit rugiens ille leo diabolus. Privavit vita Deus suo justo judicio intra parvi temporis spatium auctorem mearum calamita-

il6 HOTES ET fCLAIBClSSEVElITS AD BISG0UE8 IK

tum, Inquisitorem iUuminiquam, et très alios mlhiinfensissimos hostes; spero, illum de reliquis quoque^ qui superstites sunt, supplicium brevi sumpturum. lUis rogout parcat^ ipsisut meliorem mentem det. Hune suppUcem libelluoi^ amplissime pater,

tumultuaiie scriptum, et plus œquo verbosum protuaingenuitate

boni consule, acvale.

In nostro Cracoviensi Franciscanorum monasterio. Nonis

AUgUSti MDLX.

AmplUudifds Tuœ addkUsHmmdîens.

F. Juuus Maresius Bellunensis.

^ LesMaresia étaient une fomille bourgeoise distinguée^ mais ne faisant pas partie de la Commune ou Conseil des nobles. Florio, fils de François, fut disciple de Pierre Valeriano, qui lui dédia le liyre V de ses hiéroglyphes et fut archiprètre de chapitre.— Bonayenture, autre Conventuel, fut visiteur de son Ordre en Pologne en i579, assistant et théolc^en du général Antoine des Sapienti, au conçue de Trente et second inquisiteur du Saint-Offîee à Bellune pendant quarante ans, de i 566 à 1606. Je dois tous ces renseignements à Don François des Pellegrini. Le père Dominique Fortunat, mentionné dans la lettre ci-dessus, est le premier des Inquisiteurs de Bellune : il fut nommé à cette charge en 1546. L'évèque dont le religieux se plaint était Jules Contarini (1542*75)^ neveu du célèbre cardinal Gaspard son prédécesseur, auquel toutefois il se recommande vers la fin de sa lettre, et qui laissa une excellente réputation de piété et de sagesse*

DISCOURS m.

Venise en Interdit. — Trk Paolo Sazpl. — De Dominie.

Les révolutionnaires d'il y a soixante et onze ans abattirent avec fureur Venise Fltalienne, par cela seul qu'elle était antique. Eh bien, autant ils lui témoignèrent alors de mépris, autant aujourd'hui montrent-ils d'admiration et de tendresse pour cette glorieuse république, dont le cri fut toujours : < Italie et indépendance. » Elle aspirait à l'hégémonie de toute la péninsule, et elle y aurait établi des républiques municipales au lieu de ces principautés dont la destinée fut si triste, si la ligue de Cambrai, premier crime de la politique moderne, n'était venue briser ce que les ambitieux appelaient son ambition.

Les Vénitiens avaient été les premiers à accepter le Concile de Jrente. Non content de les en louer, Paul IV fit don à la République de ce magnifique palais de Rome, nommé aujourd'hui encore palais de Venise, en exprimant le désir d'y voir résider d'une manière fixe son ambassadeur, ce qui fut réalisé. En échange, La sérénissime République donna pour résidence au nonce à Venise le majestueux palais Gritti. Ni ces actes de courtoisie, ni la vigilance de la Signoria à poursuivre les hérétiques, n'empêchaient lés Vénitiens de se tenir toujours sur le qui-vive dans leurs relations avec les papes. Ils se réservaient la faculté d'accorder ou de refuser l'érection 'd'é-

118 DISCOURS IIL

glises et de couvents, celle de surreiller lesétudes, excepté les études purement ecclésiastiques ; de régler les manifestations extérieures du culte et de| les protéger; d'examiner les actes qui venaient de Rome, et de leur donner ïexseqnatur. Us ne voulaient pas que les immunités ecclésiastiques vinssent entraver la punition des délits communs * ; ils poussaient leur ombrageuse jalousie jusqu'à craindre que le clergé n'acquit par ses vertus de Tinfluence sur le peuple. « La raison d'État ne veut pas que < les prêtres soient exemplaires, parce qu'ils seraient <E trop respectés et trop aimés par le peuple, i voilà ce qu'on lit dans le Discours aristocratique sur le gouverne^ ment des Signori de Venise \ Un jésuite réunit-il les gon-

(1) Les œuvres de Sarpi et surtout ses lettres à Priuli , ambassadeur auprès de TEmpereur, en sont une preuve. On lui soumit là cas de savoir a si le haut Conseil des Dix» dans Teiamen des aceusés eccléâastiques, doit intervenir avec le vicaire patriarcal ; » il répondit négativement.

Dans la lettre LXIX* on lit : « Quelques moines dé Padoue, ayant un grand nombredebaronnies toutes possédéespar eux, s'étaient arrogé une juridiction sur les paysans, laquelle leur a été enlevée au grand déplaisir du pape. Jiome supporte tout ; mais k la fin il faudra ou rompre, ou tout perdre. Le'pape a cru déplaire en ne créant pas un cardinal vénitien; mais les bons croient que cela convient au sei:vice public. »

En 1865, le comte Papàdopulo fit imprimer les Uds vémitiennet relatives (kux tcclèskMques jusqu'au âix-huitUme siècle.

(2) Venise, 1670, chap. lie. Au temps de Clément VU, lorsqu'il s'agissait de faire la guerre aux Turcs et aux Luthériens , les Vénitiens s'y opposaient: quant aux premiers, ils donnaient pour motif la crainte de les porter à des réactions; quant aux autres, ils redoutaient de les entraîner à faire un pas désespéré ; aussi préféraient-ils toujours la convocation du Concile, et le moyen qui consistait à délivrer et à purger tout doucement les esprits du funeste poison («Sécréta du 27 octobre 1530, aux Archives de Venise). Aussi, don Pierre de la Queva étant venu en ces jours à passer par cette ville pour se rendre à Rome dans le but' de solliciter du pape la*, réunion du Concile, les Signori de Venise lui témoignèrent à ce propos toutes leurs sympa-

VENISB EN INTERDIT. — FRA PAOtO SARPI. il9

doliers tous les jours de fête pour leur apprendre les Yérités catholiques, la Sigmria se dit que les gondoliers sont en contact avec des personnes de tout rang , et que partant ils peuvent servir à Tespionnage : elle interdit la réunion et expulse le Jésuite. Un autre déclaine*t-il contre le carnaval, en disant que Targent qu'on y.dépense serait mieux employé à secourir le pape dans la guerre contre les Turcs, qui menacent sans cesse la République, la 5tgnoria l'exile.

Tout le clergé indistinctement était soumis à la juri* diction des Dix et absolument exclu des emplois civils : toutes les fois qu'on avait à traiter des affaires re* latives à Rome, on éloignait du Conseil le« PapalMi^ c'est-à-dire ceux qui avaient des attaches avec cette cour^ ou simplement une parenté quelconque dans les États pontificaux. Le 9 octobre 1525, les Dix arrêtèrent que les citoyens ayant des fils ou des neveux dans les ordres ne pourraient être admis à traiter d'aucune affaire concernant Rome. Sous le prétexte' que la défense de Corfou et de Candie, boulevards de la chrétienté, coûtait plus de 500,000 écus par an, Venise obtint du pape le dixième des revenus ecclésiastiques, sans ex* cepter ceux des cardinaux. Le Doge lui-même donnait, au nom de Dieu et de saint Marc, l'investiture des trente-sept sièges épiscopaux vénètes; mais, après la ligue de Cambrai, la Cour romaine s'en était arrogé la

ihies; parce que « il en est bien peu parmi eux, qui, sur le point de la réforme du clergé et de rincaroération des biens ecclésiastiques ne soient pas plus luthériens que Luther lui-môme ; ils disent publiquement que le pape, les prélats], les prêtres doivent vivre uniquement de la dlme. » Telles sont les paroles de Rodrîgues Nigno, am» bassadeur de TEmpereur, paroles qu^on trouve dans la liasse 1303 des manuicrMii iM^ozii di siatOf aux archives de Simancas.

120 DISCOURS in.

collation , ne laissant à la Signoria que le quart des nonainations : tous les titulaires, néanmoins, devaient être sujets de la République. Lorsque Innocent YIII prétendit nonunersans conditions les éyëques dePadoueetd'Aquilée, la Signoria repoussa toute ingérence, de même qu'elle s*opposa à la dime que ce même pape voulait lever sur les établissements de bienfaisance. Pie IV nomme évéque de Vérone Marc-Antoine de Mula^ alors ambassadeur à Rome : la Signoria refuse de le recevoir ; .elle agit de même, lorsqu'il est élu cardinal; elle défend à ses parents de prendre la toge de soie pourpre , en signe de réjouissance ; et elle s'en excuse auprès du pape en disant : « Nous sommes esclaves de nos lois, et c'est en cela que consiste notre liberté. » Elle ne voulut pas davantage que Vendramin, élu patriarche, allât subir l'examen à Rome; elle défendit de publier ou de recevoir la bulle in Coma Domini.

Lorsque Grégoire XIII voulut ordonner la visite générale des églises dans la Vénétie, comme cela s'était fait dans toute la chrétienté, il rencontra la plus grande opposition : cela, disait-on, ne s'était jamais pratiqué sur les terres delà République et les pays du rite grec ou confinant à la Turquie en seraient bouleversés; on en vint jusqu'à menacer de s'unira l'Église grecque, et cène fut qu'avec infiniment de précautions qu'on obtint de faire la visite en 1581; encore n'y employa-t-on que des prélats indigènes *.

Lorsque les ambassadeurs de Venise allèrent à Ferrare

(1) Nous avons eu entre les mains une relation que Tévêque Bolognetti, plus tard cardinal, adressait à Camille Paleotto relativement à la mission diplomatique qu'il avait remplie en Vénétie sous Grégoire XIII. Chargé d*y faire la visite apostolique, il rencontra de très-grandes difficultés de la part de Idi Signoria ; mais, grâce à sa manière insinuante et à sa prudence, il réussit à tout arranger. Quelques-uns à la cour de

de la ooor de R<nnc>

YFNISE EN INTfiftDIT. — FAA PAOLO SARPI. 121

féliciter Clément VIII de l'acquisition de cette ville en 1598, le pape leur demanda que la République vint à son aide dans ce qu'il faisait pour les infidèles convertis, en leur procurant des moyens d*existence^en lesemployant par exemple comme palefreniers ou chevau-légers, en les utilisamt pour les travaux de la terre, Textraction des pierres ou toute autre occupation ; qu'on ne laiss&t pas vivre dans le Ghetto les luifs devenus chrétiens ; que, eu égard au grand nombre de ceux qui vivaient en état de bigamie, et bien que ce délit ressortit an For laïque, on laissât l'Inquisition en connaître, sans préjudice pour la juridiction civile *, que l'on procédât avec douceur dans la levée de l'impôt sur les biens ecclésiastiques * •

Venise était si jalouse de sa juridiction sur les per- J^ sonnes ecclésiastiques, que les Inquisiteurs d'État, ayant eu vent qu'il se disait chez le nonce que < rautorité du iM*ince « séculier ne s'étend pas au jugement des ecclésiastiques, si c cette faculté n'a pas été accordée par quelque induit pon* « tifical », arrêta que « les prélats indigènes qui se lais- « seraient aller à de pareils discours seraient notés sur « un livre ad hoc comme peu agréabUs; qu'on verrait à c leur défendre l'accès de la maison du nonce, et que, s'ils c persévéraient, on en arriverait aux dernières rigueurs, c attendu qu'il faut le fer et le feu pour détruire la gan-

Rome, et surtout le cardinal Gallio, secrétaire d'État, lui en surent mauvais gré ; ils auraient voulu des procédés plus tranchants ; Bolognetti fat rappelé. l\ se justifia en démontrant qu^on obtient bien plus par la courtoisie, le respect, la temporisation, que par les violences, surtout lorsqu'on a affaire à des princes chrétiens, et qu'il y avait plus de chance de succès à retirer une excommunication réclamée par des hommes trop zélés qui servaient mal la cause du pape .

(1) Amhanadt extraordinaire de Venise auprès de Clément VIII. Publiée en italien par Fulin en 18A5.

ï^l , DISCOURS m.

« grène n. Quant aux gens du nonce, s'ils tiennent de tels propos hors de son palais , < on en fera expédier un; « Fauteur du meurtre ne sera pas poursuivi, et il sera crié « par la ville qu'il a été tué par notre ordre et pour le mo- « tif ci-dessus'. -»

En 1603 le nonce se plaignit tout haut que Tambassadeur d'Angleterre fit prêcher publiquement dans sa maison : ces prédications, il est vrai, avaient lieu^en anglais, mais il était possible qu'il voulût bientôt en avoir en italien. La Signoria répondit qu'ayant affaire i un roi aussi puissant que celui d'Angleterre , et dont l'anûtié était précieuse, on ne pouvait défendre au ministre de ce monarque l'exercice de son culte propre; qu'on le prierait cependant de n'y pas admettre d'étrangers ^.

Un religieux publie à Orxinovi un libelle contre un magistrat vénitien ; celui-ci le &it arrêter, et lui arrache des mains le très^saint sacrement, dont il s'était armé pour se protéger. Un prêtre des Marches ayant été condamné, la Signoria demanda au patriarche de le dégrader. Comme celui-ci hésitait , quelques membres du Conseil proposèrent de lui en donner l'ordre formel; d'autres ajoutèrent que de cette manière on était exposé, pour l'avenir, à suspendre le cours de la justice et qu'il fallait en conséquence envoyer ce prêtre au supplice sans la dégradation. La Signoria fait encore incarcérer Scipion Saraceno, chanoine de Vicence, et l'abbé Brandolino de Narvesa dans le Trévisan, tous deux accusés de crimes infâmes; elle renouvelle l'ancien décret défendant aux ecclésiastiques d'acquérir des biens immeubles et leur ordonnant de vendre ceux qu'ils recevraient par tes-

(1) SiatuH deW Jnquisiztone di Stato. Sapplemento, I, art. 3.

(2) WiCQUEFORT, VAmbanadéur, page 416.

VENISE EN INTEBDIT. — FRA PAOtO 8ARPI. 123

tament, interdisant enfin de fonder de nouvelies églises sans le consentement du sénat.

Paul y, jadis cardinal Camille Borghèse, s'indigna de tant Pim v. d'envahissements. Élevé au pontificat sans aucune espèce d'intrigues, il se crut élu par le Saint-Esprit pour réprimer les hu miliations infligées au Saint-Siège. D'une vertu sévère , il employait douze mille écus par an en aumônes et en dots : il en consacra 160,000 à l'érection du magnifique temple de Saint-André délia Valle ; il fit de nombreux dons & N.-D. de Lorette et à plusieurs autres églises et sanctuaires. U décidait les affaires par lui-même, au lieu d'en référer au consistoire ; il insista pour que les évëques résidassent ; il voulait établir une congrégation destinée à étudier les moyens d'étendre l'autorité ecclésiastique et de mortifier la présomption des gouven^ments laïques, et souvent on l'entendait dire : « H ne peut exister de véritable piété sans une entière soumission à l'autorité spirituelle. » U lutta enfaveur de ce pouvoir, nonseulemenl avec Malte, la Savoie, le sénat de Milan, les gouvernements de Lucques et de Gènes, mais avec la France et TEspagne, et toujours il eut le dessus.

U était depuis quelque temps brouillé avec le doge de Venise pour des questions de dîme, de franchises, de commerce, de guerre contre les Turcs. Il voyait d'un mauvais oeil cette puissance si attentive à exclure les ecclésiastiques de tout maniement d'affaires, à ne pas entretenir de pensionnaires à Rome, à lever des impôts même sur les biens ecclésiastiques, sous prétexte que ceux-ci formaient le tiers du terwitoire entier, et à vouloir juger les prêtres même pour les délits communs. Et, usant longtemps à l'avance d'une épitliète que Frédéric de Prusse devait appliquer à Joseph U, le pape disait à Contarini : « Mon-

aTec Rome.

124 DISCOURS m.

« sieur l'ambassadeur, j'apprends avec un très-grand dé- « plaisir que messieurs les' cheft des Dix Veulent devenir

< sacristains, puisqu'ils commandent aux curés de fermer

< les portes des églises à Y Ave Maria^ et de ne pas sonner a les cloches à certaines heures. 9

Rupture Ce prétexte d'immixtion flagrante dans la juridiction spirituelle, dont nous avons parlé, s'étant produit , Paul V écrivit au doge en des termes menaçants. N'ayant pas été écouté, il réunit un consistoire dans lequel quarante-un cardinaux (un seul, qui était Vénitien, fit exception) furent d'accord qu'on ne pouvait pousser la tolérance plus loin : en conséquence, le pape lança des monitoires le 25 décembre i605^ puis l'excommunication : celle-ci était formulée avec une sévérité qui n'était plus dans les mœurs (Â) . La Signoria s'en montra affligée; mais elle ne changea pas de conduite. Elle pouvait facilement tout raccommoder en livrant au For ecclésiastique l'un des deux inculpés; mais elle se laissa dominer par l'amour-propre et par cette démangeaison de braver l'autorité supérieure. S'armant des mesquineries propres à ceux qui font la guerre aux prêtres, elle cria gare à ceux « qui laisseraient publier le monitoire » , imposa aux ecclésiastiques de continuer la célébration de l'office public et l'administration des sacrements. De là toute une petite guerre de taquineries : les évoques de Brescia et de Trévise, le patriarche d'Udine, sont menacés de la confiscation et de pis encore ; l'archidiacre Benaglio et l'abbé Tasso sont assignés ; on punit les prêtres et les religieux d'Orzinovi et Lana, archiprètre de la cathédrale de Brescia, parce qu'ils se refusent à obéir; on oblige à assister à l'office divin l'inquisiteur de Brescia qui s'en excusait sur ses nombreuses occupations ; et, comme il résiste, on l'exile : on

VENISB EN INTE&DIT. — FBA PAOLO SARPI. 125

relâche le prieur ies^ Dominicains, mais seulement après qu'il a promis d'obéir au gouvernement; on donne l'ordre d'arrêter les commissaires apostoliques; on se plaint de la résistance des religieux de Rodengo appuyée par les recteurs deVérone; on adresse des éloges à ceux de Bergame, qui ont donné ordre aux gendarmes et aux soldats corses d'empêcher les curés de quitter les localités soumises pour le spirituel à l'archevêque de Milan ; on suggère au comte de Martinengo» général de cavalerie , d'aller» sous prétexte de chasse» faire rentrer ces curés dans l'obéissance; on oblige les recteurs de faire venir à la sourdine, et deux ou trois à la fois» tous les confesseurs pour savoir leur opinion en matière d'interdit» et pour punir à leur guise les récalcitrants; ordre de surveiller les religieuses en correspondance avec Rome ou qui n'allaient pas à la messe *. Au vicaire de l'évêque de Padoue, qui avait répondu qu'il ferait ce que l'Esprit^Saint lui inspirerait» le podestat répliqua : « L'Esprit-Saint a inspiré c aux Dix de £aire pendre tous les récalcitrants. »

On bannit les lésuites» les Théatins et les Capucins» qui se croyaient obligés d'obéir au pape plutôt qu'au prince séculier : ils quittèrent l'État en procession avec un crucifix au cou et un petit cierge à la main*. Il fut défendu»

(1) Paolo Quinio e la Repubblica Veneta. GiomaU quotidianOfVe' Bise» 1859. Cest un extrait» tait peut-être pour un usage de chancellorie» des événements de ce temps-là» bien plus qu^un registre tenu jour par jour par un témoin des faits» comme semble Tindiquer le titre, n passe sous silence ce qui ne cadre pas avec ses . visées» ainsi que Tattestent les notes par lesquelles l'éditeur Ck>met a tftchô de combler les Yîdes. Ni dans le journal, ni dans les suppléments» il n'est question des tentatives d'apostaâe dont nous parlerons.

(2) Galilée écrit de Venise le 11 mai 1606 : « Hier soir on a renvoyé les pères Jésuites sur deux barques qui devaient les conduire hors de TÊtat. Us sont tous partis avec un crucifix attaché au cou

Iâ6 DISGÛUllS III.

SOUS peine d*cxîl et de galères, d'écrire aux Jésuites ou de recevoir des lettres d'eux, comme aussi de laisser ses enfants dans leurs collèges.

Quelle bizarrerie , si nous allions rencontrer sous des usages différents plus d'un rapport avec notre époque, en racontant les dissensions suscitées dans les différents pays et au sein des familles par la question de savoir s'il fallait, oui ou non, obéir aux papes ! Dans les couvents, des religieuses écrivent secrètement à Rome; des religieux tirent au sort à qui devra publier les bulles de l'interdit; d'autres vont dans l'ombre encourager à la résistance; tel sonne les cloches malgré la défense , et tel autre fait célébrer les pâques*. Toutefois la Signoria, mieux élevée

et avec un petit cierge allomé à la main ; hier, après déjeûner, on les a enfermés dans leur maison, et on a placé deux archers à leur porte, afin.'qae personne ne pût ni entrer dans leur couvent ni en sortir. Je crois qu'ils sont également partis de Padoue et de .tout le reste de TÊtat, au grand regret de beaucoup de dames, leurs pénitentes. »

Toutes les lettres des résidents de ce temps-là parlent ou de satires, ou de prédications^ ou de discours des Jésuites contre la R^ublique ; il n'est question que de leurs efforts pour établir une université à Goritz ou à Raguse, ou bien encore à Gastiglione delle Stiviere ; cela dura jusqu'au moment où parurent Fôdit ducal du 14 juin 1606 qui les expulsait de r£tat, celui 4u 18 août qui défendait aux Vénitiens de confier leurs enfants aux Jésuites, et celui du 16 mars I6l2.qui interdisait toute correspondance avec eux .

(1) Dans une chronique citée par Cicogna, Inscriptions, tome Y, pag. 556, on lit à Tannée 1606: a On a découvert ces jours derniers que les révérendes religieuses de Sàint-Bemard de Murano , excitées par leur chapelain , observent l'interdit du pape ; elles n'entendent pas la messe, ne se confessent pas, ne communient pas. Ledit révérend leur a montré la bulle d*un jubilé que le pape a accordé à quiconque observera l'interdit, 'et n'entendra pas la messe, leur promettant un paradis de délices, suivant leur manière de voir... EUes ont été endoctrinées par les'procureurs de leur monastère, par les sénateurs leurs parents, et même parle vicaire de leur évéque ; mais, comme on n'a pu les faire se désister de leur opinion, on envoya immédiatement,

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