YENISS EN INTERDIT. — FRA PAOLO SARPI
« ailleurs est-on plus méchant; mais ce serait à la honte < de la nation italienne, qui ne le cède à aucune autre. » Il fallait toute la dégradation de la raison humaine pour que ce pamphlet fût accepté par nos contemporains, réimprimé par eux , et servi en pftture à l'Italie qui a perdu l'habitude de penser '•
Ceux donc pour qui TÉglise et les Jésuites sont tout un ne peuvent voir dans frà Paolo qu*un tison d'enfer ; mais on peut encore voir en lui le patriote exalté, ennemi de l'Espagne et par^'conséquent des Jésuites, qu'il croyait incamés à cette puissance, tandis qu'il avait bonne opi* nion des Protestants, parce que dans les guerres d'alors ils contre-balançaiçnt la maison d'Autriche. A l'égard de la Cour de Rome , qu'en toute occasion il &ut bien distinguer de l'Église, frà Paolo professait une hostilité envenimée par l'amour-propre. Toujours d'une extrême violence à l'endroit de ses prétentions (J), il applaudissait aux libertés gallicanes, « et si nous avons, ou si nous reven- « diquons en Italie un brin de liberté , toute la gloire
(1) Onsappose que les Miniita secnta ont été écrite par Scioppius ; mais il est plus probable qu^ils sont de Jérôme Zaorowski, Polonais, eipnlsé de la Société en 1611; ils sont certainement antérieurs à Tannée 1613, époque à laquelle le père Jacques Greteer en publia une réfutation. Le satirique Scotti, dans la Monarehia Soiipsorum, qui est le libelle le plus outrageant écrit contre les Jésuites, ne mentionne pas les Monita sécréta : et pourtant, au chapitre X, il traite des Uges SoHp' fomm, et il dit que ces lois in quknqtmgena «oiMmiiio inçifÊHa êxenotre^ atitura In infimita, iHii «loderafio inferei t. Confinent auiem varia décréta, tum ad wniversam monarchiam spectantia , tum manarcharum ( c^est-à-dîre les prévôts généraux) Hngularia rescripta, odfRirandarum pletui induiMarum et pnBceptkmvtn cirea hn^iita gênera reriint, numerum personanim, et quœ sub generibus sunt singuiarum. Les points fondamentaux sont oeux-d : 1^ il faut yénérer le prévôt général plus que toute autre personne ; 2*" il faut s'efforcer de lui soumettre Tunivers entier.
150 DISGOCKS m.
« en est à la France : c'est vous. Français, qui nous avezap- < pris à résistera une puissance sans frein..., à conquérir « j^e grand point que le pouvoir souverain d'établir la disci* « pline ecclésiastique réside dans le prince.^, et à fixer à € l'Église des règles pour le bon usage de son autorité '. » Cela le menait droit à l'absolutisme; il avance en effet que ff si le prince se laisse enlever quelque chose, il faut à l'ins- <£ tant même lé dépouilla de son autorité. » Il combat Bel* larmin et Baronius, plaisante sur les miracles, tandis qu'il applaudit les Huguenots. L'existence de Rome lui paraît « tenir à un fil très-mince, c'est-à-dire à la paix de Tiff talie... Croyez moi, une fois la guerre en Italie, que le oc pape vainque ou qu'il soit vaincu, peu importe, la a chose est jugée (K). »
Mais de là à l'apostasie , il y a encore une grande distance. La réforme qu'il désirait consistait dans la discipline plus que dans les dogmes, car est-il probable qu'il ait jamais osé espérer de provoquer pour les dogmes l'aversion d'un gouvernement si positif et si ennemi des' changements? Juriste dans le sens antique du mot, point paradoxal comme Calvin, point subtil comme Sodn, il ne pouvait devenir hérésiarque ; car il considérait la religion commeinviohdile dans son essence, pourvu qu'elle n'ait aucune part au gouvernement de l'État. Ses détracteurs (L ) et ses panégyristes (M) se trompent donc également, et les uns et les autres sont nombreux. Au lieu de voir en lui un luthérien ou un calviniste, nous pourrions le qualifier de rationaliste, car c'est sa propre raison plus que tout^e autorité qu'il adore , sa raison lancée à la poursuite de la
(1) Voir la Lettre LXIX de rédîtion Lemonnier ; mais elle ne nous paraît pas authentique.
VENISE SN INTEEDIT. — rtA PACNLO I^ABPL ISt
vérité, mais obstinée à ne pas la voir ià où elle se trouve* On ne peut rien enlever de leur valeur aux fragments . de correspondance <iue nous avons cités, à moins qu'on ne veuille les expliquer par les circonstances politiques, par sa faiblesse qui lui fusait caresser les opinions de ses adulateurs, comme lorsqu'il aillait i'Ëglise mereirix, beêtia babyUmtca , et lui appliquait d'autres épitbëtes de ce'genre.
n faut avouer toutefois qu'il lui porta de terribles <;oups, sou des coups homicides, avec son BisMre du ConciU de ouconeiie Trente. Dès son enfance, il dut entendre parler, par ceux qui y avaient pris part , de ce fait capital dans l'Église. A Mantoue , il vécut dans Fintimité de Camille Olivo, secrétaire du cardinal Gonzague, un des présidents du synode ; à Venise, il fut le familier des ambassadeurs des princes. Or, comme il lui parut que les histoires déjà imprimées, jusqu'à celle de Jean Sleidan, par lui préférée à toutes, ne fiiisaient pas suffisamment connaître X Iliade de notre siècle, il se propose de raconter < les causes et « les intrigues d'une réunion ecclésiastique qui, pendant « vingt-deux ans, pour divers motifs et par divers « moyens, désirée et avancée par les uns , empêchée et * tf différée par les autres , dans l'espace de dix-huit ans, « tantôt réunie et tantôt dissoute, a toujours été célébrée « pour des fins différentes, s'est achevée sous une forme € et avec des résultats tout contraires à la fois aux des- <c seins de ceux qui l'avaient convoquée, et aux craintes
< de ceux qui avaient tout fait pour la troubler ; exemple c qui, ramenant nos pensées vers Dieu, doit nous mettre en « défiance contre la prudence humaine. En effet, désiré et « assemblé par des hommes pieux pour réunir l'Ëglise qui
< commençait à se diviser, ce Concile a si bien affermi
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le çchisnie et si fort aigri les partis , que ceux-ci sont désormais irréconciliables. Instrument de réforme pour la discipline ecclésiastique entre les mains des princes , il a causé les plus grands désordres qui se soient vus depuis qu'existe le nom chrétien; objet d'espoir pour les évèques, qui pensaient reconquérir ainsi Tautorité épiscopale passée en grande partie dans les mains du pontife romain, il leur a fait perdre le peu qui leur en restait, et les a réduits à une plus dure servitude. Au contraire» craint et redouté par la Cour de Rome qui croyait y voir un moyen efficace de mettre un frein à sa puissance exorbitante, parvenue peu à peu, d'humble qu'elle était en principe, à un excès illimité, il Ta tellement raffermie sur la partie du monde qui lui est restée soumise, que jamais elle n'a été aussi profondément enracinée. »
Sarpi travailla à son ouvrage avec une patiente application. Gomme cela se pratiquait alors , il maraudait à son aisechez les historiens qui l'avaient précédé, Paul Jove, Gui- Chardin, De Thou, Adriani : souvent aussi il ne fait que traduire Sleidan, très-hostile à Rome; cependant il les compléta par quelques documents et à l'aide des relations des légats vénitiens ; il releva les faits par des observations personnelles; mais, ne voyant que le côté extérieur des choses, il parodie l'histoire de la plus auguste assemblée qu'on ait jamais vue. Il veut réduire aux proporlions d'une intrigue la décision de choses supérieures, et la faire dépendre d'une manœuvre, d'un rhume, d'un bon mot, d'un discours éloquent , d'une fournée de cardinaux, de la prononciation étrange de certains prélats, de Fhabileté des présidents à étouffer les questions ou à les renvoyer, tout comme cela arriverait dans un parlement isodeme.
YENiSE £lf IHTERDIT. -— FRA PAOLO SABH. 153
au lieu de faire remonter cette décision au Saint-Esprit, qui, suivant une de ses expressions sacrilèges, c voyageait en valise de Rome à Trente. »
Il n'adopta pas plus un symbole protestant dans son ouvrage que dans sa vie : cependant il s'éloigne du dogme catholique, en voulant l'interprétation personnelle des saintes Écritures, en rejetant les livres deutérocanoniques, en dépréciant la Vulgate, en séparant Texégëse de la doctrine patrislique. Relativement au péché originel, à la grAce, à la justification et autres dogmes, U copie à la lettre le protestant Martin Ghemnitz, un. des Ihéologiens les plus a^més contre le Concile.
Non-seulement les polémistes, mais encore les annotateurs les plus hienveillants appartenant à son école, l'ont convaincu d'erreurs grossières , sans parler de cette fiction systématique àfi longs discours qui n'ont jamais été prononcés, ou l'ont été par des personnes toutes différentes de celles dans la bouche desquelles il les place. Ce procédé de rhétoricien , déplacé dans les histoires profanes, est quelque chose d'inqualifiable dans une discussion sur des points de foi. Or, un des nombreux artifices de frà Paolo, c'est précisément; de ne rien prendre sur lui , mais de faire dire par d'autres ce qui serait une hérésie manifeste, ou de l'exposer comme une doctrine qui n'est ni approuvée ni condamnée, ou bien encore de la réfuter par des raisonnements qui ne font que l'établir davantage.
Parmi tant de diatribes violentes, il conservait un calme apparent , comme s'il n'eût fait que rapporter des faits, citer des documents : avec ses airs d'impartialité, il captivait les simples , masquait son ignorance et ses contradictions^ pendant qu'il disposait tout, non pas pour
154 Discouns iH.
éclairdr la vérité, mais pour produire de T^et» allant jusqu'à altérer les documents pour les faire servir à. son opposition systématique et aux intérêts politiques de son pays.
A combien de subtilités. n*a-t->U pas recours pour interpréter les intentions, et c'est toujours d'une manière défavorable , toutes les fois qu'il s'agît des Catholiques ! Brûle-t-on en France les Protestants? c II prend en pitié c ces infortunés qui n'étaient [coupables d'aucmi autre a crime que de celui du zèle de la gloire de Dieu et du salut c deleur&me. » (liv. V«) Vient-il à parler de l'Index? Il conclut par ces mots : € On n'a jamais trouvé de plus a beau secret pour faire servir la religion à rendre les « hommes fous » (liv. VI ) , et pour agrandir l'autorité de la cour romaine en les privant de l'instruction, avec laquelle ils se défendraient contre les usurpations. Il ramène toujours le dogme et la discipline à l'Ëgltse primitive, dans laquelle seule il veut reconnaître le vrai christianisme, condamnant comme des intrusions humaines toutes les institutions dont la vitalité est la source perpétuelle. Il veut donc, comme aux premiers siècles, que rËglise soit soumise à la direction territoriale, quoiqu'à cette époque les rapports de l'Église avec l'État, soit juif, soit païen, différassent absolument de ce qu'ils sont devenus par suite de son complet développement. Aussi ne considère-t-il ni en historien ni en ecclésiastique la hiérarchie, la juridiction spirituelle, la primauté du pape, la scolastique, le monachisme, etc., etc. La hiérarchie n'a été consolidée que par l'ambition des Papes, par l'ignorance et la faiblesse des Princes : encore n'a-t-elle valu aux peuples qu'oppressicm et tyrannie; au lieu de favorise^ pendant le Moyen-
VENISE EN INTERDIT. — FftA FAOLO SARPI. 155
Age, la science, l'art et rhamanitë, le clergé ne se servait que pour son avantage des collèges et des écoles. En combattant avec opini&treté les prétentions de la Cour de Rome, il ne s*aperçat pas qne leur renouvellement était l'expression de la restauration religieuse com^ mencée.
Marc-Antoine de Dominis, qu'à cause de sa naissance en dc Doiomu : Dalmatie alors poissesssion de Venise nous comptons tktSptSSea
ChriêtioML
parmi les Italiens au même titre que Yergerio, étudia à Lorette au collège deslllyriens, puis i Padoue. A vingt ans il entra chez les Jésuites de Vérone, professa la rhétorique et la philosophie à Brescia , les mathématiques à Padoue; mais, repris plusieurs fois pour son insubordination et son orgueil, il quitta la Compagnie. Sur la proposition de Rodolphe II, Clément VIII le nomma évéque de Segna en Dalmatre (1596) ; Paul V, en le transférant à l'archevéché de Spalatro, fit de lui le primat de la Dalmatie et de la Croatie. Soit quMl ne se crût pas sufBsamment vénéré de ses sutfragants, soit qu'il fût querelleur par nature, il vivait mécontent, et prétendait ramener le clergé à la «mplicité des apôtres. Il écrivit contre Paul V pour la défense des Vénitiens : ayant exprimé dans cet écrit des opinions hétérodoxes, il renonça à l'épiscopat, passa en Vénétie, de là chez les Grisons, puis à Heidelberg, et enfin à Lon* dres,oùJacqnesl^' lui conféra deriches bénéfices et le créa doyen de Windsor. Il affichait la prétention de travailler à concilier entre elles les diverses sectes chrétiennes; mais, enréalité, il cherdiaitli^ liberté desétodes etdes croyances. C'est en Angleterre qu'il compila ses deux volumes «feAe^i^blica Christiana. La République ecclésiastique comprend la monarchie du Pontife, l'aristocratie des évèques, la démocratie de tous les fidèles, dont chacun, s'il le mérite ,
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peut devenir évèquê ^ Les hétérodoxes ont altéré celte doctrine, et un des plus audacieux a été De Dominis, qui dans l'Église romaine admet une primauté d'honneur et non de Juridiction. D'après lui, tous les évoques ont une égale plénitude d'autorité et de juridiction ; mais ni le pape ni les évéques n'ont le pouvoir explicite sans l'universalité des fidèles : démocratie tellement exagérée, que, pour constituer un concile, il faudrait la présoice de tous les croyants.
Selon lui, les apôtres ; furent égaux: Pierre n'était pas leur prince; il ne leur a été conféré que le premier minist^e^ de la foi chrétienne pour propager l'Évangile comme ministres et non comme puissance; pendant la vie du Christ, l'Église n'exista pas, et il n'en a jamais eu l'administration, parce qu'il, n'était que le chef de l'Église invisible : les apôtres n'ont eu aucun pouvoir,'ils n'ont exercé qu'un ministère; Pierre a recules clés, , non pas proprement et formellement, mais en parabole, ce qui fait qu'il esrla figure de l'Église; les apôtres seuls sont les pasteurs du Christ, et non des agneaux; Pierre seul s'est chargé de pattre les brelûs Israélites; quiconque avait été fait évêque par les apôtres acquérait aussitôt la même puissance apostolique nniverselle dans l'Église ; les métropolitains, les primats, les patriarches ne sont pas de droit divin, et la suprématie des Églises d'Alexandrie , d'Ântioehe , de Rome, vient uniquement de l'importance de ces villes.
L'Église romaine n'est la tête que d'un petit nombre d'églises, et les autres ne doivent pas en a{^er à elle ;
(1) C*est la définition de Bellarmin âe Bomano PwHfice, 1, 3. Voir T. II, note 1, Disc. Xm, p. 628*
TENISE EN INTERDIT. — FlU PÀOLO SÀRPI. 157
les cardinaux n*ODt aucune espèce de prérogative sur personne; le Pape n*est pas le successeur de Pierre, Il y a une différence essentielle entre les évéques et les prêtres : tout évëque est « monarque dans son diocèse »| et sa puissance, de la même nature que celle des apôtres, ne dépend pas du Pape, mais est égale à la sienne ; ils peuvent aller d'une églîseà l'antre, et ne sont, de droit divin, attachés à aucune; ni le Pape ni les évéques n'ont l'esprit, c'est-à* dire le pouvoir explicite, sans Funiversaiité des fidèles '• Les peuples ont un droit intrinsèque dans l'élection des évoques, et ceux-ci ont le droit d'âîre leurs successmrs. Dieu n'a voulu engager son concours direct pour aucun sacrement ; l'Ordre n'est pas un véritable sacrement et l'Ëglise ne peut y attacher le vœu de continence. L'institution des moines ne répond à aucun besoin public, et leur état n'est pas distinct de celui des laïques»
De nombreux écrivains réfutèrent De Dominis , entre autres Dominique Gravina , Dominicain; Philippe Fabro, Mineur; Zaeharie Boverio, Capucin; Dominique Veneto, évéque de Verceil *. La Sorbonne d'abord, et Tlnquisi*tion romaine ensuite, condanmèrent ses écrits.
Soit repentir, soit inconstance naturelle. De Dominis monte un jour en chaire et rétracte; pois il fit imprimer sa rétractation, avouant qu'il avait été poussé par des colères et des rivalités; il en perdit entièrement son crédit. Il adressa aux évéques catholiques sa défense et une
(1) De Repvblica EccktUuiUa^ L. I, c. viii, n. 13, et c. xii, p. 42; lib. M, c i*S n« 9.
(2) Nous menlioimeroiis poor la bizarrerie da titre Danibl Lohbtus» Sorex pHmuif oroê cliartarKin pnmd Ubri de RepubUca EcdtHntica arcMepUeopi SpaUUH^ eomienif Leanardûs MofUu GaCraitfiuif* lit muidpuia capîus.
158 mscouas ni.
déclaration ^ daas laquelle il reconnaft ii*avoir vu parmi les Protestants aulieu de réforme que des abominations ; les remords et Fborreor du crime, dit*iU sont rares là où a été abolie la confession; les Catholiques sont peu pacifiques et pécheurs, mais ils conservent au moins le fond^nent unique que les Protestants ont ^rdu, c'est-àdire^ Jésus-Christ et TËglise une. Il émrit à Grégoire XV, qui avait été son élève : € J*ai erré comme une brebis a égarée; très-saint père, cherchez-moi, puisque je n'ai pas « oublié les commandemrats de Dieu et de TËglise. » Il rentra en Italie, et abjura devant le consistoire des cardinaux pour recouvrer son évèdié. Mais le nouveau Pape Urbain VIII, ayantacquis la certitude qu'il entretenait des correspondances avec des personnes suspecteSi et que son repentir n'était pas sincère» le fit enfermer comme inr constant et relaps au Château Saint-Ange, où il mourut le 8 octobre 16S5, à l'âge de 77 ans. Cfmmd son procès n'était pas; terminé , ses dépouilles forent dosées ea terre sainte ; mais sa correspondance ayant parfaitenobait prouvé qu'il avait des intelligences avec les hérétiques anglais et allemands, et qu^il soutenait une hérésie d'origine trèsancienne et très-tenace, à savoir que Voa peut se sauver dans toutes les sectes chrétiennes, son cadavre fut brûlé avec son livre de RepMicà Cbrisikma (N). n édite Pendant son séjour en Angleterre^ De Dominis fit im- ^"tene^' primer l'œuvre de frà Paolo Sarpi, sous le titre de : His- (le frâ Paolo. taire du Concile de Trente^ de Pierre Soave Polano, dans la--
(1) M. A. DeDomims aréhîepis.Spalatensis, sut reditus ex Jnglta am' silitm txpanit Cet écrit a été publié plus tard par le père Zaccaria dans le recueli des létractatiODs sons le titre de Xbsotimi ëdpistiiii. De doctis eaîhûUci» vtri# qui eh Juêiinn Fé^ronio tn êcripUs sui$ retraC' tandis ttb anno 1580 laudaHli exemplo prœïverunt, Rome» 1791.
YBWISE E« liSTEilDIT. — FBA PAOLO SAEPI. 159
gttelle an déeauvre les artifices de la Cour de Rame pour em^ pécher gue la vérité des dogmes fût établie et la réforme de la papauté et de l'Église mise en question. « IlTayait dédiée ff à Jacques P% roi de la Grande-foetagne, en lui disant que, 81 lorsqu'il avait quitté Tltalie pour se réfugier sous Pau- € guste manteau de sa clémence, » il avait recueilli diverses compositions des esprits les plus élevés de ce noble pays 9 et qui pourraient lui être agréables en sa qualité de défenseur de la véritable foi catholique- « Il ne manque a pas ^Italie (ajoute-t-il) d'esprits vils, libres en Dieu, et « ayant secoué avec courage le j<|ug de leur misérable ser- « vitude; leur regard net et liminde aperçoit parfaitement « les obstacles par lesquels on embarrasse les choses saintes « delà religion ; il&n'aperçoivent que trop les fraudes et les tt ruses par lesquelles, pour maintenir sa grandeur tem- <c porelle, la Cour de Rome opprime la vraie doctrine « chrétienne, donne comme articles de foi des faussetés < et des mensonges , et se sert pour opprimer l'Église , « pour la fouler aux pieds comme une esclave, des armes « qui n'ont été données à celte même Église que pour ff servir à sa défense et combattre les hérésies et les abus. » n continue en exprimant son étonnement qu'une pareille histoire du Concile « soit sortie des mains 4'un;e .personne « née et élevée dans l'obéissance du pontife romain ». Il loue de son érudition, de son jugement, de la rectitude de ses intentions, l'auteur qui, « tout en s'indignant « des insultes et des avanies infligées à l'Église ro- « maine , détestait ceux qui défendaient ses abus comme <K de saintes institutions. » Il compare ce livre à un Moïse sauvé des eaux^auxquelles Fauteur le vouait par égard pour la papauté; ce Moïse aiderait les peuples à se délivrer de Pharaon qui « avec les chatnesfcNrgées par le Concile déréglé
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c et trompeur, les tient dans une cruelle servitude. » Puis, mentant effrontément, il raconte les mesures qu'auraient prises les papes pour détruire ou dissimuler tous les documents relatifs au Concile.
Soit sincérité, soit plutôt fourberie pour se garer d'une mauvaise affiaire, frà Paolo Sarpi se montre affligé de cette publication, et frà Fulgenzio s'en plaignait en ces termes à De Dominis (de Venise, 11 novembre 1619) :
« Très-révérend seigneur. Je donne ce titre à votre « révérendissime seigneurie, parce que, tout en vous a rangeant au nombre des Protestants, votre âme a con- « serve le caractère sacerdotal et [épiscopal, dont vous « ne pourrez jamais vous dépouiller. Mon père Paul se « plaint beaucoup de la liberté que vous avez prise V detirer unecopie deson manuscrî t de l'Histoire du Con- « cile de Trente, qu'il gardait «avec tant de jalousie et « qu'il vous avait prêtée seulement pour lire* Vous avez c abusé de son obligeance, non-seulement en la fai- « sant imprimer sans sa permission, mais en lui dons nant ce titre très4mpropre, et en la faisant précéder < de cette dédicace terrible et scandaleuse, et cela dans un c motif d'intérêt , et non point pour la gloire de son modeste c auteur. Ce n'est pas là le moyen de se rendre recommanc dablè ; et certes, ni mon père Paul, ni moi, nous ne Taua rions cru ; pas même» lorsque nous avons appris votre c désertion de TÉglise de Spalatro, pas même lorsque c nous avons lu cette apologie scandaleuse que vous avez « fait répandre dans toute l'Europe, de votre conduite et « de vos erreurs. Priant le Seigneur de vous éclairer, je « me déclare» etc. »
Nous laissons le lecteur juge du ton de cette lettre : ce qu'il y a de certain, c'est que l'autographe de celte his-