‹ Les hérétiques d'Italie (volume 2)Chapitre 9 sur 29 · VENISE EN INTEBDIT. — FRA PAOLO SARPI · texte numérisé non relu

VENISE EN INTEBDIT. — FRA PAOLO SARPI

toire, que^ous avons examiné à la bibliothèque Mar* ciana, ne s'écarte pas d*UH iota de l'imprimé. Lorsque le protestant Le Courayer la traduisit en français % le cardinal de Tencin lança une lettre pastorale très--énergi^ que contre cet ouvrage, sorti, & son avis» de la plume d'un véritable protestant.

Pie IV avait défendu & toute personne, sous peine d'excommunication et d'interdit, de publier des commentaires, des gloses, et toute espèce d'interprétations du Concile de Trente, fût-ce même pour en prendre la défense. Ceux qui désiraient éclaircir les difficultés qu^il soulevait devaient recourir au saint-siége, qui se réservait de décider les controverses, de résoudre les doutes * ; il avait institué à cette fin la Congrégation du Concile pour interpréter les points de discipline et de réforme, réservant au pape ceux qui concernent la foi.

FràPaolo serait donc déjà coupable de désobéissance, Hottiutt

de Sirpi

quand même il ne se serait pas toujours montré très-hos- cootnaonr tile au saint-siége. Nous n'avons donc pas à nous demander s'il déplaisait & Rome. D^*à', en 1602 , on lui avait refusé Tévèché de Nona, tout recommandé quil était par la République. Dans les instructions données en France à l'époque de l'absolution, il est dit : « Je crois « devoir vous rappeler qu'il convient de procéder avec c douceur, et que ce grand corps veut être guéri par « une main paternelle.... J'ai parlé de vive voix à votre c seigneurie de frà Paolo , de Jean Marsilio et autres sé-

(1) Daiis la préface, il est dit : « Toute la solidité de la foi cbrétierine repose sur les Jésuites, et, pour l'ébranler, rien n'est plus efficace que d'ébranler leur crédit. En le ruinant, on ruine Rome ; et Rome perdue, la religion se réformera d'elle-même , c'est-à-dire deviendra protestante. » Amsterdam, 1751.

(2} Bulle, Benedictus Deiif, 7 kal. febr. 1563.

|g2 DISGOGAS lU.

% ducleurs s'affublant du nom de théologien^; vous ne « devrez pas éprouver de difficulté pour obtenir qu'ils « soient remis au Saint^ffice, abandonnés par laRépu- « blique, et privés des revenus qu'on leur a constitués ^u * grand scandale du monde entier, »

L'année qui suivit la publication de VBUtoire du ConcUe de Trente , on envoyait à Venise réconciliée 'un nonce apostoUque, dans les instructions duquel nous lisons (1" janvier 1621) : « Il sera possible, paraît-il, de soumettre à « la Sainte-Inquisition lapersonneduServitefràPaolo que « Votre Seigneurie connaît parfaitement. Je ne vous parc lerai pas de tout le mal qu'il fait, ni des doctrines per- « verses qu'il répand, ni des conseils pernicieux qu'U «c donne, conseils d'autantplus coupables et méchants, qu'U € les couvre du manteau de son hypocrisie et des fausses « apparences de sa bonté mal jugée ; mais vous savez à iL quoi vous en tenir. Cependant je vous dirai brièvement <t que notre sainl-père n'a pas négligé d'en dire ce qu'il c fallait aux ambassadeurs, qui, sur ce sujet comme « sur celui du Saint-Office, ont détourné la question, et « rendu vaines les exhortations paternelles de Sa Sainteté « (0), non pas en résistant, mais en niant le mal. Quant à « frà Paolo, ils ont néanmoins répondu qu'il n'avait pas c leur estime, qu'il ne jouissait d'aucune espèce de crédit a auprès de la République, mais qu'il vivait à Venise dans « la retraite, et ne donnait aucune prise au soupçon et à a la jalousie ; or on sait publiquement tout le contraire. « Votre Seigneurie pourra toutefois observer de près ses « démarches, et m'en faire la relation la plus vraie qu'il « sera possible; Sa Sainteté verra alors à continuer ses « instances ou à recourir à tout autre remède. Votre Sei- « gneurie pourra nous faire plus tard les propositions qui

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« offrent le plus de chances de succès , au nioin§ pour « arrirer à lui Usure quitter Veiiise, et à le fisdre retirer dans c un endroit où il vivrait sans bruit,, après s^ëtre ré- « concilié avec r£glise. Somme toute , il n*y a pas € grand'chose à espérer de lui, etc*est de Dieu qu'il faut < attendre le remède ;'il est d'ailleurs si avancé en Age, « qu'il ne peut être loin de sa fin : tout ce qu'il y a à crain« « dre, c'est qu'il ne laisse derrière lui des disciples et des € écrits, et que, mort, il ne continue à être un danger c pour la République. »

A une 'époque où l'assassinat politique était univer* sou sellement pratiqué et loué, & une époque où frà Paolo lui-même écrit : c Telles sont les mœurs de notre pays, que c ceux qui se trouvent au degré où je suis ne peuvent ft perdre la grâce des gouvernants sans perdre la vie \ » est-il étonnant qu'il se soit trouvé quelqu'un pour att^ter à sa vie ? La tentative, fut, dit-on, cinq fois renouvelée; il obtint, pour cela, de se faire accompagner dans la ville par un frère, le fusil au bras ; autre détail qui caractérise l'époque. Hais, une fois, il fut frappé par des assassins. Le principal était un certain Poma, négociant failli, qui croyait tous les moyens bons pour sauver la religion et qui écrivait à un ami : c II n'est pas au monde d'homme « chrétien qui n'aurait fait comme moi, et, avec le temps, « Dieu le prouvera; » il voulait faire imprimer t qu'il « n'avait agi sur le conseil de personne, mais pour le ser- « vice de Dieu. » Après le coup, frà Fulgenzio raconte que les meurtriers se réfugièrent dans la maison du nonce, et l'on veut qu'après avoir reçu la blessure, frà Paolo se soit écrié : c Je connais le style de la cour de Rome. » Le jeu

(1) Lettre QG de rédition de Florence.

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de mots fit fortune, et Rome est restée sous le poids de cette tentative d'assassinat, probablement de la même manière qu'aujourd'hui, dSns les assassinats fréquents des champions du catholicisme, nous voulons voir la main des Protestants, Le fait de s'être réfugié chez le nonce a pu n'être inspiré que par l'idée de profiter de l'immunité dont jouissait la maison des ambassadeurs; et pourtant il résulte des dépositions des gondoliers que cela est faux. Les assassins se vantaient d'avoir de l'argent à discrétion : ma^is ils se trouvèrent bientôt après dans la misère, puis ils furent arrêtés, et où? sur les terres du pape. Poma, Parrasio,le prêtre Michel Vida, moururent dans les prisons pontificales de Civita Vecchia; un autre fut décapité à Pérouse , ville des États du pape. Comment expliquer cette conduite contradictoire ? C'est ce que peuvent se demander ceux qui présupposent le délit , et s'obstinent dans CCS conjectures quelque absurdes qu'elles soient. Le pape déplore-t-il hautement cet événement î On en rejette la faute sur le cardinal Borghèse^ ou, à défaut de tout autre, sur les Jésuites, ces éternels boucs émissaires '. pauaviduo Romc pensait à repousser d'une manière bien différente les attaques de frà Paolo : elle confia au jésuite romain Pallavicino Sforza (1607-1667) la mission d'écrire une autrehistoire du Concile de Trente. Un grand nombre d'écrivains avaient déjà réfuté frà Paolo : parmi eux distinguons Bernardin Florio, archevêque de Zara. A l'aide de ses huitvolumcs, constamment appuyés sur les documents.

(1) D'après les documents exhumés naguère par Rawdon Brown dans le Vénitien Calendar, sir Henri Wolf, ambassadeur d'Angléten*e, racontait au doge Donato que le meurtrier de frà Paolo était un Écossais qui fréquentait l'ambassade anglaise, et se faisait appeler Giovanni Fiorentino, fils de Paul.

Sfona.

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