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« riture, nous l'appelons eucharistie, et elle ne peut être « prise par celui qui ne croit pas notre doctrine, qui ne s'est c pas auparavant purifié de ses péchés, et qui ne se conc duit pas suivant les préceptes de Jésus-Christ. Aussi cet « aliment n'est pas mangé par nous comme du pain et bu « cooune un breuvage ordinaire ; mais, de même que «Jésus-Christ s'est incarné par la parole de Dieu, de f même cette nourriture sanctifiée par la parole de son « Verbe, devient la chair et le sang du même Jésus-Christ < incamé, et deviendra notre chair et notre sang par la « transformation que subit l'aliment naturel. »
Ensuite, ces grands génies que nous appelons les saints ^^ Pères, ontrépanduaprèseuxla plus éclatante lumière qui ait brillé sur le monde, à une époque où, comme des nuages épais, toutes les catastrophes s'amoncelaient sur lui.
Les Pères, plus attentifs à terrasser l'erreur qu'à développer systématiquement la vérité, ne nous ont laissé aucune exposition de la foi catholique avant saint Grégoire le Thaumaturge etavantsaintGyrille,évêquede Jérusalem. Qrigène a donné une explication méthodique de la doctrine révélée, et a présenté la théologie chrétienne comme le couronnement de toutes les sciences, mais ^ulement à l'heure même où la société antique s'écroulait. Leurs œuvres serviront à tout jamais d'irrésistible réfutation contre tous ceux qui nient l'existence et la divinité du Christ, et qui qualifient de modernes inventions les dogmes et les rites les plus sacrés.
I Hais n'allez pas chercher dans leurs ouvrages l'expres-
sion précise et systématique des dogmes : la doctrine, comme un ordre de bataille, se développe et se raffermit à mesure que l'attaque contraint à une définition plus exacte, à plus de darté. A l'origine, les dogmes sont, le
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dirai-je, des faits; c*est la parole même du Christ qui a voulu que l'enseignement des apôtres fût fondé sur la seule autorité de la rétéiation divine; bientôt après il de* vient nécessaire de formuler les bases du christianisme et de leur imprimer un caractère qui fût à jamais inaltérable. C'est pour cela que Jésus-Christ promit à son Église l'indéfectible assistance de l'Ësprit-Saint, et cette Église reçut au Cénacle cette même foi qui règne aujourd'hui sur deux cents millions de chrétiens. Il faut donc, ou admettre un miracle permanent, ou reconnaître que le Christ n'abandonne pas au caprice de la raison individuelle l'interprétation de la vérité révélée.
ufoi Saint Paul, en fulminant contre la raison humaine^
et
la raiBon. s'adressait certainement aux abus qu'en fkisait alors la philosophie, comme certains catholiques de notre temps condamnent la liberté, parce que sous ce nom se cache l'abus du pouvoir. Mais les Pères, et saint Justin avant tous les autres, concilient la foi avec la raison, et l'Évangile avec la philosophie, en montrant c[ue tout ce que celle-ci peut avoir de vrai et de bon, elle le tient de nous; et il assigne à la raison et à la foi leurs limites respectives sans les confondre jamais.
Nous avons la preuve que telle était bien leur manière d'enseigner; car les païens de cette époque, changeant de système, s'efforcèrent de démontrer que lés chrétiens avaient tout emprunté à la philosophie des Gentils; ils croyaient ainsi les frapper précisément avec les armes qui faisaientleur force, et cette tactique pouvait paraître habile . C'est un point digne de remarque, que les Pères dans leur appréciation sur le travail spontané de la raison
(1) Voir les Épttffs éê S, Paul, on diven «odroito.
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et des secours qae loi prêta la tradition , se trouvent parfaitement d'accord «vec la doctrine naguère prochimée par la plus féméraUe «des autorités % à savoir qu'entre la raison dt la foi il ae peut y avoir d'antagonisnse : car toutes deux émanent de la mdme source ; que la raison peut prouver Terislence de Dieu, la spiritualité de f âme, la liberté de i'bomnie ; que l'usage de la raison précède la foi et y conduit; qu'enGn il ne faut pas accuser la raison des erreurs où est tombée la science orgueilkuse. Le Ghriilt dit aux apAtres : < Et moi aussi je vous prépare le royaune, comme mon Père me l'a préparé, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes, jugeant les douze tribus dlsraél. « Et à Pierre : « Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler tous comme on criblele froment. Mais j'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas. 'Et toi, quand tu seras converti, confirme tes frëteBK -»
Par cette citation, on voit clairement que le Christ laissait à ses apfttres le sacerdoce comme un privilège particulier, et qu'il assignait à Pierre le devoir spécial de confirmer ses frères dans la foi. Le sacerdoce n'a donc pas été attrftmé en partage à tous les fidèles. Dans les Actes des Apôtres, le peuple est consulté pour l'élection des premiers diacres, mais la prêtrise est conférée par les apOtrea. Surgit-il une contestation sur la nécessité d'observer ou non les cérémonies judaïques? on fait appel aux apôtres et aux anciens. Au concile de Jérusalem, les apôtres et les vieillards ne consultent pas tous les fidèles sur Tabstinence des viandes inmiolées et sur la fomica-
(1) Décret da 11 juin 18S5 de la sacrée Congrégation de Tlndex.
(2) S. Loc, cbq^. izn, Ters. 29, 33.
tion ; saint Paul enjoint ce qu'on doit faire, et écrit aux Thessaloniciens : < Nous vous supplions de reconnaître c l'autorité pleine de sollicitude de ceux qui veillent sur c vous, et vous gouvernent d'après la loi du Seigneur. >
Voilà bien établie, en vertu du droit divin, la supériorité des prêtres sur les laies, que les protestants nient, comme s'il n'y avait d'autre distinction entre la foule des croyants et le gouvernement de l'Église, que celle de fait et de droit purement humain, qui existe entre le peuple jouant le rôle de mandant et ses mandataires. La supériorité de la hiérarchie sur les simples fidèles peut être comparée à celle des pères sur leurs enfants , qui ne dépend pas de la délégation de ceux-ci, mais qui est fondée sur un titre antérieur et indépendant d'eux. Les prêtres n'ont pas été constitués par le peuple comme ses médiateurs près de Dieu, mais ils sont constitués par Dieu conune ses ministres sur le peuple : l'autorité vient de haut en bas, et non de bas en haut. Il est donc déraisonnable de soutenir que quiconque connaît la vérité, peut l'annoncer, sans avoir besoin d'un caractère ou d'une mission spéciale.
Les hétérodoxes disent, il est vrai, que les pasteurs de l'Eglise sont déchus de leur mission, aussitôt qu'ils ont enseigné l'erreur; mais quel est le tribunal qui a prononcé une telle déchéance? Quelle est la loi qui a déterminé d'avance qu'en enseignant l'erreur, ils perdraient leur caractère et leur pouvoir, et que les peuples auraient le droit de se révolter contre eux ? Ceux qui les ont condamnés furent ceux-là mêmes qui les accusèrent ; ils admirent la faute et les déclarèrent déchus ; puis eux-mémesprirent la place de ceux qu'ils avaient dépossédés : trois procédés d'une illégalité pareille.
C'est ainsi que de nos jours, en s'appuyant sur ces pré-
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cédents dont on tire de nouvelles conséquences , on prétend que les prêtres sont les simples mandataires du corps des fidèles, et que ce n'est pas aux premiers exclusivement, mais à tout le corps, qu'a été commise la charge d'enseigner et de gouverner; que le pouvoir des prêtres, D'étant pas d'institution divine» ne peut obliger les fidèles en conscience, et partant^ que leurs décisions n'ont de forcequ'autantqu'ellesontété ratifiées par la congrégation des fidèles. On dit encore que les prêtres ne peuvent avoir d'autorité indépendante en dehors de celle du prince ; qu'à eux appartiennent les décisions en matière de foi, mais que pour ce qui se rattache à la publicité de ces décrets et à celle de leur ministère ils sont nécessairement sous la dépendance des gouvernements; qu'enfin les sujets ne peuvent être liés qu'en vertu des actes émanés de l'autorité du souverain.
Assurément ces théories ne découlent point de TÉvan- ooui gile, où il ne paraît pas que jamais le Christ se soit adressé au prince pour avoir licence de prêcher la rédemption, et les premiers apôtres annoncèrent^ si bien la vérité au mépris des défenses de l'État, que ce fut conformément à la loi qu'ils furent mis à mort.
Ce gouvernement de TÉglise ainsi constitué pourrait paraître despotique, puisqu'il s'étend aux consciences, impose ce qu'il faut croire, et bannit toute opinion dissidente. Telle est en effet sa marche : absolument comme l'étoile polaire qui circonscrit l'action du nautonier, en lui indiquant le pèle nord , et l'empêche ainsi de se tromper de route. L'infaillibilité dérive d'un principe supérieur à l'homme , de telle façon que la raison y trouve la paix. Puis l'Église fait tout en public, par lettres, avec débats, dans les assemblées diocésaines, provinciales,
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nationales, universelles, ne se détemûnant jamais si ce n'est après une délibération prise en commun. L'obéissance natt donc de la persuasion , et c'est seulement à Dieu, le véritable et premier souterain, et à son Christ que nous soumettons la pensée et la conscience; les princes cessent d'avoir droit sur celle-ci, ils doitent seulement la protéger et faire en sorte que la justice soit répartie suivant le droit.
En est-il qui refusent l'obéissance, qui persistent dans le péché, qui scandalisent leurs frères? la peine la plus sévère sera leur exclusion de la communion de l'Église, qui les prive de la participation aux prières et au banquet des bons.
omment Dcs hommcs saus crédit, d'un médiocre savoir, dé-
fut
ftiaâsmc P^urvus de richesses et de moyens de défense, se trouvèrent au milieu d'un monde plein « d'œuvres chamelles, â de l'oubli de Dieu, de mépris pour les lois du mariage,
< souillé de poison, de sang et d'homicides, de vol, de « fraudes, d'orgies, de sacriGces ténébreux, qui assassinait « par jalousie, et se vautrait dans l'adultère, au milieu de
< la confusion universelle due à cette grande guerre de « l'ignorance que la folie des hommes appelle la paix^ : » ils déploraient la corruption du siècle, sans pour cela s'en séparer et l'avoir en horreur, imitant en cela le Clirist lorsqu'il s'asseyait à la table des hommes d'argent. C'est à ce monde que les apôtres opposaient leur voix, leur exemple, le martyre avec les aspirations de la vie intérieure, les joies viriles de l'abstinence et du sacrifice avec la fraternité de la prière et des bonnes œuvres , < avec les fruits de l'esprit qui sont la charité , la
(1) Sap. tiv, 22 et suif.
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f joie, la paix, la patience , Ut bonté, la longanimité, la « douceur, la foi , la modestie, la tempérance, la chas-
< teté K » Ainsi se répandait la lumière avec une merveilleuse rapidité en face de cette puissance efifrénée, de cette idole sans entrailles qu'on nomme l'État, au milieu de la fièvre des progrès matériels, de l'orgueil stoïcien, des grossièretés cyniques, de la dépravation épicurienne, du scepticisme académique; au milieu des voluptés raffinées , de l'égoïsme cruel et de l'indifférence d'une religion qui mettait sur le même pied la superstition et l'incrédulité. Ainsi se propageait cette lumière au milieu des triomphes de la force et de la science, en face de ces sages et de ces hommes de plaisir^ qui, drapés dans leur orgueilleuse nonchalance, se bornaient à demander : « Qu'y a-il de nouveau? » et qui, à l'annonce de la bonne nouvelle, se contentaient de répondre : f Nous avons autre chose à faire ; » ou bien :
< Nous vous écouterons demain. » Telle était celte doctrine qui savait opposer à l'opinion, aux doutes, à la crainte, des vertus secrètes : la foi, l'espérance, la charité; au panthéisme philosophique et populaire, la spiritualité personnelle de Dieu et l'individualité de l'homme ; au désespoir, la providence; à Tamour-propre, la charité. C'est elle qui révélait l'inexplorable profondeur de la nature divine; elle qui donnait au mystère de la vie la s&ûe explication satisfaisante , en nous dévoilant ce qui précède cette vie et ce qui doit la suivre; elle qui ramenait la piété du cœur à la religion qui en était le point de départ. Cette doctrine, exposée dans les homélies et les catéchismes, formes diverses d'une seule et même
(1) S. Ptal, mx Gélatm, v, 19.
foi et d'une seule et même espérance, était appropriée à la capacité du peuple qui a besoin de raison, d'une direction pour le travail, de bienveillance; elle mettait à la portée de toutes les classes de la société la connaissance des rapports de l'homme avec Dieu par la vertu du médiateur, en même temps que les principes qui touchent à Tordre social, et à la science essentielle, c'est-à-dire celle des devoirs propres à chacun. Le christianisme donrait satisfaction aux besoins intellectuels et moraux, que la tyrannie ou les calamités peuvent bien contenir, mais ne sauraient étouffer. Il retirait à l'empire de la société la partie la meilleure de l'homme, celle qui est Tasile de Dieu, la conscience responsable de ses propres actes; enfin il implantait dans le monde la vraie liberté, qui a sa source dans la connaissance de la vérité, dans la pratique de la vertu, dans la foi en Celui par qui régnent les rois.
Grâce aux convictions fortes qui se produisent, les caractères grandissent; on voit des enfants et des femmes souffrir et mourir pour rendre témoignage à la plus sublime des causes, la vérité ; et les actes des martyrs sont le livre d'or de l'humanité rétablie dans sa noblesse primitive, et de la conscience qui repousse les attentats de la force. Les martyrs ont régénéré le monde par la voie de l'amour, lorsque la persécution faisait tous ses efforts pour le renverser par la colère; ils ont mis le sceau à une vie digne d'eux en recevant la mort sans l'avoir donnée, et en marchant au supplice, la croix en main et la confession de la vérité sur les lèvres.
L'Église, dont le royaume n'est pas de ce monde, rapprochait toujours davantage les hommes du royaume de Dieu, qui consiste dans l'unité de croyance et de senti-*
dans sa forme.
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ments. Ce gouvernement spirituel, personnification du droit divin introduit parmi les hommes, ne s'exposait pas à entrer en conflit avec le pouvoir temporel ; bien loin de là, il avait pour précepte d'attribuer à César ce qui est à César, réservant à Dieu ce qui appartient à Dieu. Mais en face du César tour à tour adoré et mis à mort, il consacrait des doctrines qui renouvelaient la société en substituant à la violence le conseil, au châtiment qui fait souflTrir la pénitence qui corrige : en résumé, à TËtat l'Église, à la souveraineté d'un seul ou du petit nombre sur des multitudes asservies, l'égalité de tous devant la loi morale, empruntant sa force uniquement à l'infaillibilité de celui qui l'impose.
Il y avait un peu plus d'un siècle que le disciple bien- Ltgiiie aimé était mort, quand le suffrage unanime de l'Eglise ^^^^ mit à la tête de la chrétienté un esclave, qui avait fait tourner la meule d*un moulin, et qui devint un des papes les plus illustres sous le nom de saint Calixte. Quelle révolution I Le monde tout entier est divisé en deux camps : d'un côté, la puissance, la richesse, la liberté; de l'autre, l'esclavage, l'oppression, la misère ; ce n'est que dans la famille chrétienne qu'on voit toutes les classes, toutes les conditions se rapprocher les unes des autres; seule, elie possède la plus haute autorité morale qui ait jamais paru sur la terre, et elle la confie à un esclave ; et cet es^ clave, devenu pontife, poursuit l'œuvre de l'émancipation et de la fraternité des peuples. Tandis que les lois Julia et Pupia déclarent illégitime le mariage d'un fils de famille sénatoriale avec une personne d'une classe inférieure, Calixte proclame que le patricien et l'esclave ont reçu de Dieu les mômes devoirs, que Dieu les jugera avec une égale rigueofj tt ne permettra jamais que l'orgueil rompe
l'union par lui consacrée. Sous le pontificat da même Calixte, il fut décrété qu'on convoquerait le peuple pour la nomination des évéques, non point pour qu'il les élût, mais pour qu'il déclar&t si l'élu lui paraissait oui ou non digne de son sublime ministère : c'était faire à la loi ronMine une nouvelle modification, qu'Alexandre Sévère admirait, et qu'il introduisit dans l'élection des préfets
'des diverses provinces.
Les pouvoirs excessifs, iniques et cruels, que la loi attribuait aux préfets, avaient été appliqués par ordre des empereurs à la répression de la foi nouvelle ; et le monde se divisa en deux grands partis, les idolâtres et les chrétiens. Constantin comprit cette nouvelle force qui allait tout changer (I); il lui accorda l'égalité de droits, et c'en fut assez pour qu'elle devint bientôt prépondérante, n prodigua à la nouvelle %lise les dons les plus magnifiques (J); et, bien qu'on ait reconnu la fausseté de l'acte par lequel il aurait accordé au pq)e Sylvestre la souveraineté de Rome et de l'Italie (K), il parut en quelque sorte accomplir un décret de la Providence, lorsqu'il transféra à Byzance le siège de l'empire, laissant ainsi libre la métropole du Christianisme (L). On attribua aux églises le droit qui appartenait déjà aux collèges païens, de posséder des biens-fonds ; et aussitôt on prodigua à tel point ces sortes de libéralités, que Valentinien I** défendit au clergé d'accepter une hérédité. Saint Jérôme dit à cette occasion : « Ce qu'il faut déplorer,
.ce n'est pas la défense, mais c'est le fait de l'avoir
méritée. »
«e culte. L'Église, sortie des catacombes, réalisa et montra
au grand jour cette organisation extérieure, qui subsiste
encore pour témoigner de la stabilité qu'dle imprime à