‹ Les hérétiques d'ItalieChapitre 13 sur 30 · ÉTABLISSEMENT DE L'ÉGLISE. S · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DE L'ÉGLISE. S

ses œoyres. Le clergé, entré dans la rie civile, adopta cet appareil de magoiiicenoe qui paraissait nécessaire ponr frapper les imaginations et honorer les choses sacrées. Il fallait donc organiser Tart de la religion, c'est*à*dire le culte, en le dirigeant de façon à ce que le sentiment n'allAt pas trop loin ; il fallait en déterminer Tobjet et les limites, afin que l'Ame pût satisfaire son besoin de s'élever vers Dieu , en développant la conception divine de ses croyances. . L*Église, par le culte, ajoutait à la foi et à la science le sentiment : c'est par lui, plus encore que par la constitution cléricale, qu'elle exerce l'apostolat civil ; elle propose Dieu comme l'unique fin de notre existence, comme la vérité à connaître et le bien à atteindre : et c'est là qu'il faut voir les sources de son influence sur la société humaine.

Dans Tenfance de la vie morale, l'Église ne se pressait Lessainti pas tant de faire entendre le langage de la spéculation dogmatique que celui du mérite et du démérite, de la récompense et du châtiment. Pour cela, on avait besoin de types, et ceux qui en servirent furent les saints, dont le culte fit croître celui du Christ, en l'étendant à ceux qui rimitaient le mieux. Modèles de vertus partielles, variées, multiples, ils étaient plus accessibles que ne l'était la perfection divine ; ils formaient comme des divisions de Tunique exemplaire, d'autres types d'une beauté impossible à atteindre. Ce culte dérivait donc nécessairement de Tamour et de la dévotion au Rédempteur; chacun se choisissait un protecteur pour des vertus ou pour des mérites particuliers, pour des professions spéciales; et . tous y trouvaient un idéal divers, qu'ils représentaient • artistement dans la légende, dans la poésie et par le

dessin. Le clergi

et BA

A une doctrine qui par son essence est universelle, il hiérarcw

Vnàlé da sacerdoce, établi de manière

mité de croyance dans la infinie des peuples, et cda pour réaliser une ciyilicatholique, c'esl-i-dire nniTersdle. Par là, s'introune distinction inconnue aux Grecs et aux BoceUe des ecdésiastiqnetet des laïcs. Les premiers, deartîDés qMdakment an senrîce dirin, recevaient leur mission et lecr dignité de Téréque. Chaque communauté avut on éTéque élu par elle, et qui annonçait aux autres éfèqnes a propre élection par des lettres pastorales, où il fusait sa profession de foi. Les éyéques se commimiquaient les uns aux antres la liste des excommuniés, et accordaient des lettres de reconmiandation ( des dimiasoires) aux fidèles qui de leur diocàse passaient dans un antre.

On appelait diocèses ( dénomination empruntée à la noQTelIe distribution administrative de Fempire) le terriioire sur lequel un évéque avait juridiction.

De bonne heure le célibat fut imposé au clergé, si bien que Nicolas d*Antioche, choisi par les apôtres pour subvenir aux besoins des fidèles, fut mis en accusation parce qu*étant déji diacre, il avait commerce avec sa femme *. Ainsi se forma une milice prompte à s*élancer dans les périls de tout genre, sans être retenue par les liens domestiques, d*autant plus forts qu'ils sont légitimes.

Mais le clergé était peu nombreux : dans chaque cité il n y avait le plus souvent qu'une seule église et une messe ou deux, à tel point qu'on considérait comme achismatique rassemblée des fidèles à laquelle n'assistait pas l'évéque : lui seul pouvait consacrer, bien que dans

(1) C'est de lui qu*est Tenu le nom de NieolaUes, donné aux concubinaires du oniièmt siècle.

âTABUSSBMBNT DB l'ÉOLISE. S5

les grandes villes, comme Rome, le pain qu'il avait consacré pût être distribué même par tout autre prêtre, sans que pour cela ce dernier eût le droit d'absoudre ou d'excommunier. Au commencement du cinquième siècle, "* Rome se glorifiait de posséder vingt-quatre églises et soixante-douze prSlres. La gine qu'on éprouvait à envoyer en divers lieux les saintes espèces lit donner aux simples prêtres la permission de consacrer, et ensuite celle d'administrer aussi les autres sacrements, à l'exception de Tordre et de la confirmation , qui furent réservés aux évéques, ainsi que l'absolution de certains péchés.

Les évégues, dépositaires de l'autorité ecclésiastique, ne devaient pas s'absenter plus de trois semaines de leur diocèse ; et, faisant application à cette matière des règles propres au mariage, on proliiba le divorce, c'est-à-dire qu'on défendit d'abandonner une église pour une autre, i moins que le bien général ne l'exige&t. Habituellement on choisissait l'évéque parmi les préires ou même parmi les laïcs du même diocèse; le choix pouvait cependant tomber sur un étranger, et il y en eut beaucoup d'exemples parmi les premiers papes ; c'est ainsi que les Milanais voulurent avoir pour évéque leur gouverneur, Ambroise, qui était de Trêves.

Les évéques dès le principe furent subordonnés au Les églises pape; mais quelques-uns se soumettaient aussi à l'évéque d'une cité, la plus illustre du voisinage, ou à celui dont le siège avait été fondé par quelque apôtre. Ainsi seformaient des provinces, qui avaient à leur tête, suivant les dénominations qu'ils iNTenaient, un métropolitain , un archevêque, un patriarche. Ce chef n'avait point de suprématie spirituelle; mais il convoquait en concile les évéques de la province, qu'on appelait pour ce motif suffragants ; il

les consacrait avant leur entrée en fonctions ; il révisait leurs décisions et veillait sur la foi et la discipline de toute la province.

Un évéque venait-il à mourir : le métropolitain dési* gnait un prêtre poi|r administrer le diocèse pendant la vacance du siège. En présence de ce dernier, le clergé proposait^ et l'assemblée du peuple choisissait le successeur ; mais la nomination devait être approuvée par les autres suffragants et confirmée par le métropolitain.

Une ou deux fois dans l'année, les évéques se réunis* saient en concile sous la présidence du métropolitain > dont ils étaient pour ainsi dire les conseiller^ Les décisions (canons) y validées par le consentement commun des évéques, empruntant leur autorité à la délégation populaire et au droit divin, acquéraient force de loi dans toute l'étendue de la province.

L'Église de Rome, indépendamment de ce qu'elle avait été établie dans la plus grande ville ae cette époque, avait été fondée la première en date sur toutes les autres églises d*Occident, et par le plus grand des apôtres; elle avait été consacrée par son sang et par celui de saint Paul. L'évéque de Rome était donc considéré comme le chef suprême de toute la hiérarchie, bien que parfois les autres patriarches lui disputassent ce titre. Si, dans les premiers temps, cette suprématie n'eut pas occasion de se montrer telle qu'elle apparut dans les siècles suivants, si elle brillait plus par la majesté que par l'exercice du pouvoir, néanmoins elle existait en principe ; le pape dès l'origine avait droit de juridiction sur les autres évéques, droit qu'il ne manqua pas d'exercer dans les cas les plus graves : ce qui arriva plus fréquemment dès Tépoque où les empereurs chrétiens établirent comme règle,

'.TXBLISSEMENT DE l'ÉGLIsI:. zl

que tout évéque pourrait appeler de la sentence du métropolite au pape de la Ville éternelle.

Lorsque les communications entre les différentes églises étaient difficiles, il se tint de fréquents conciles dans chaque église ; cependant on recourait toqjours à Rome, et saint Irénée disait : Ad hanc ecclesiam propter puiorem j^rwdpalUalem necesse est omnem eonvenire eccU^ siam^. Et déjà saint Jérôme était tout occupé à aider le pape Danoiase à répondre aux consultations qui lui venaient de TOrient et de TOccident'. Le concile de Gbalcédoine demanda à saint Léon la confirmation de ses décrets ; les évéques d'Orient, en écrivant au pape Symmaque, reconnaissaient que les brebis du Christ forent confiées au successeur de Pierre « dans tout le monde habité. > In 318, le pape Hormisdas publia un formulaire, que les évoques devaient transmettre revêtu de leur signature aux métropolitains, et ceux-ci au pontife, comme témoignage de leur accord unanime avec le Siège apostolique, « qui est la base fondamentale et le Téritable lien de la religion chrétienne. >

Cette supériorité devint même légale dans l'ordre civil, lorsque l'empereur Justinien ordonna que toutes les églises fussent soumises à l'église de Rome', quum ta sit caput ommi/m sanctissimarum Dei sacerdotumy vel eo maxime quod, quoties hagretici pullularunt^ et sententia et recto judicio illitts ventrabilis sedis coerciti simt ; et il écrivait au pape Jean II : Nec paUmur quidquam quod ad ecciesiarum statwn pertinet, quamvù manifestum et indubitatum sit, ut non Vestrae innotescatSancOtatif quia caput est omnium sanctarum ecciesiarum.

Pierre fut élu par le Christ : ses successeurs , par un

(1) lib. III adversus hareses, c. m. — (2) Ep. xci, en Tan 382. (3) L. VIT, CoéL de twmma Trinitate.

sénat ecclésiastique; puis, lorsque, à cette dignité, se furent jointes des richesses que le pape ne rechercha point, mais qu'il ne devait pas refuser, de telle sorte que sa vie se mêla à la société civile, le clergé et le peuple concoururent à son élection. Quand ce siège suprême devint un point de mire pour les ambitions, les empereurs se mêlèrent de Télection, sous prétexte d'empêcher les séditions; plus tard même ils prétendirent la confirmer. Odoacre, qui dépouilla le dernier empereur d'Occident, défendit de choisir Tévéque de Rome sans consulter au préalable le roi ou le préfet de la ville, mais son décret ne fut pas sérieusement observé (482). Gélase, pape à cette époque, est célèbre pour avoir, en concile, distingué les livres canoniques des écrits apocryphes, pour avoir décidé quels écrivains avaient droit au titre de Pères de l'Église, et pour avoir qualifié d'oecuméniques les quatre conciles de Nicée, de Constantinople, d*Éphèse et de Ghalcédoine. Il écrivait à l'empereur Ânastase : « Le monde est gouverné par Tau- « torité pontificale et par le pouvoir royal ; la puissance « sacerdotale est plus lourde à porter, parce qu'elle doit

< rendre compte à Dieu de l'âme des rois. Tu es au-des- « sus de tous par ta dignité, cependant tu t'inclines dévo- « tement devant les chefs de Tordre divin, ou tu obtiens « d'eux les grâces du salut, et tu comprends que, par le « moyen des sacrements et d'après le rang qu'occupe la « religion, tu dois te soumettre aux papes, bien loin de « vouloir leur être supérieur; et en pareille matière tu « dois te soumettre à leur jugement, au Heu de les ré- « duire à ta volonté. Si dans Tordre de la discipline pu- « blique, même les chefs de la religion doivent obéir à « les lois, parce que l'empire t'a été conféré en vertu

< d'une disposition suprême, avec quelle déférence ne

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« dois-tu pas obéir à ceux qui ont charge de faire parti- < ciper les fidèles aux mystères sacrés ? »

Les rois barbares, conquérants, s'immiscèrent toujours plus ou moins dans la nomination des papes jusqu'à Adrien II, en 867, époque à laquelle l'élection fut restituée au clergé et au peuple ; mais à partir de Jean XII jusqu'après l'antipape Sylvestre (de 956 à 1102) les petits tyrans et les empereurs y prirent une grande part ; puis rélectioD revint au clergé et au peuple jusqu'à l'antipape Victor, en 1138. Alors le droit électoral fut limité aux cardinaux; puis, à Tavénement d'Innocent Y (1276), l'élection par le conclave fut régularisée en la forme prescrite peu auparavant par son prédécesseur Grégoire X, forme qui subsiste encore. Aujourd'hui, le pape est toujours choisi parmi les cardinaux, en sorte que l'un d'eux est prédestiaé à avoir un jour l'infaillibilité. L'Ësprit-Saint illumine les autres pour leur faire reconnaître celui d'entre eux qui est le prédestiné : car, à proprement parler, ce ne sont pas les cardinaux qui font le pape, mais ils le proclament comme étant déjà le vase d'élection donné par Dieu. C'est ainsi que les évéques et le pape sont unis entre eux.

Damase, et après lui Grégoire le Grand, prirent le titre de Serviteur des serviteurs de Dieu; Benott III prit celui de Vicaire de saint Pierre; et après le treizième siècle les papes adoptèrent le titre de Vicaire de Jésus-Christ.

Cette monarchie élective et représentative unissait Tobéissance parfaite due au chef, bien que tiré des rangs du peuple, avec la liberté et Tégalité; une hiérarchie, indépendante de toute hérédité, pouvait s'étendre indétininient; cependant elle était assujettie à une magistrature suprême et inraillible , et tous ses membres étaient subordonnés, mais uniquement à la loi divine, promulguée

UUibilite.

30 DISCOITRS I.

et interprétée par l'Église , à laquelle Dieu a dit : c Qai < vous écoute, m'écoute ; paissez mes brebis ; ce que vous « délierez sera délié, ce que vous lierez sera lié. »

L'infaillibilité du pape se déduit des expressions dont se servit le Christ, lorsqu'il établit Pierre comme le fondement de l'Église, bien que d'autres commentateurs ^ient d'avis que l'infaillibilité dogmatique ne puisse pas rigoureusement être déduite de ces mêmes expressions. C'est une interprétation d'un passage des Écritures, et partant elle ne peut dépendre d*un eriterium privé, mais bien d'une décision de l'Église; puisque l'Église ne l'a pas rendue, aucun des deux partis ne peut accuser l'autre d'hérésie , et nous vivons tous dans le même lien de la charité. Si jamais l'évêque de Rome pouvait se tromper, comme quelques-uns l'ont prétendu à propos d'Honorius et de Libère*, sa définition ne serait pas acceptée par le corps de Tépiscopat, lequel est infaillible, comme est infaillible celui qu'il a reconnu pour son chef.

Infaillibles, les papes ne sont cependant point impeccables. Aussi le sévère Tertullien disait-il : « Que m'im- « porte la conduite des prélats, pourvu qu'ils enseignent

< la vérité? La vérité de la foi ne dépend point des per- « sonnes : bien que certainement ce soit par la foi que

< nous reconnaissons l'autorité des personnes. »

Et suivant saint Augustin : « Judas prêcha l'Évangile

< aussi bien que les autres, et celui qui le rejeta, rejeta « le Christ lui-même, lequel a dit : Qui vous méprise me « méprise^. — Quand même tous les prélats et les évé-

(1) Voir pour la réfutation : Retme des questions historiques, 1** livraison, juillet-septembre 1866. Article de M. Edouard Dumont. Chez Victor pim<5. (Note des traductevrs.)

(2) CofUraParm., 1. II.

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c ques seraient des hommes vicieux , tu ne dois pas te c séparer de la chaire de Pierre, par laquelle ils sont « tous réunis dans Tunité de la doctrine S »

Gomme complément à l'édifice extérieur de l*Ëglise, saint b< viennent les moines. Personnifiant la victoire du surna- m règ turel sur le sensible, ifs nous montrent la perfection du christianisme, dont ils veulent suivre non-seulement les préceptes , mais encore les conseils. Déjà , au temps de l'empire, quelqnes-uns se retiraient dans la solitude, dégoûtés qu'ils étaient du monde, et s'adonnaient aux pratiques rigoureuses d'une pénitence ascétique, qui frappaient l'imagination des barbares. Mais si , en Orient, le monachisme parut seulement une réaction contre la vie sensnelle, en Ocddent il apparut au contraire comme le missionnaire d'une civilisation nouvelle, sous l'empire de laquelle les hommes préfèrent s'unir dans une communauté de prières, d'étude et d'action. C'est en ce sens que saint fienolt composa une règle de conduite permanente et uniforme. De Norcia , en Sabine, où il était né et dont il était seigneur, il se retira à Subiaco , puis au mont Gassin; il fonda douze monastères (529), dans lesquels il mit en pratique ses constitutions , qui eurent une plus longue durée et une action plus étendue sur les hommes, que n'en eut jamais une législation émanée d'un prince quelconque; elles excitèrent Tadmiration même des grands politiques, qui savaient par expérience combien il est difficile d'organiser une société. Tout y est démocratique et électif, on n'y tient compte que de la doctrine, de la sainteté, de la capacité; chaque religieux laisse de côté ses titres et jusqu'à son nom de fa-

(1) Contra PetU. , 1. II, c. ltu.

mille, et met en commun ses biens, à l'exemple du Christ qui de riche qu'il était s* est fait pauvre (cum esset dives^ egenus factus est); mais il peut être porté par l'élection jusqu'à la dignité suprême. Il n'y a rien dans cet ordre de dur ou de pénible * ; mais les hommes , les choses, le temps, tout y est placé sous l'empire de la discipline; toutes les volontés sont soumises à celle de Tabbé qui, une fois élu , exerce un pouvoir absolu, mais circonscrit par la règle et par les usages qui déterminent les plus minutieux détails de la vie, comme le vêtement, l'heure à laquelle on doit se laver ou se raser, les jours où l'on peut assaisonner les fèves et les légumes avec Thuile et la graisse, ou ceux auxquels il est permis, en signe de réjouissance, de servir un repas frugal composé d'œufs, de poissons et de fruits.

Saint Benoît introduisit dans la vie monastique la perpétuité des vœux solennels. Après avoir éprouvé leur vocation dans un long noviciat, au milieu des mortifications et des épreuves qui seront qualifiées de vaines, de puériles, par celui-là seul qui ne sait pas qu'elles ont pour but d'obtenir la soumission de la chair à l'esprit, et cette liberté qui consiste à maîtriser les passions, les religieux prononçaient les vœux de chasteté, d'obéissance, de pauvreté, et en pratiquant le mépris de toute jouissance matérielle ils s'adonnaient à la recherche exclusive de la vie supérieure.

C'est ainsi qu'ils associaient la prudence avec la simplicité, la liberté avec la soumission, le courage avec l'humilité. En arrachant l'esprit à l'empire de la matière , et en le concentrant en lui-même, on lui donnait une conception très-élevée de sa nature, de sa haute origine et de

(1) Nihil asperum, nibil grave nos constituturos (speramus. (Prologue de S. BenoIt.)

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sa fin ; par des actes qui sortaient de l'ordinaire ils arri- ?aient à se convaincre que Thomme assisté de la grâce p^ dompter les passions brutales, et vivre comme un ange sur la terre. Ne perdant pas de vue la parole de l'apôtre. Qui non vuU operaii^ nec mandue^ty tous cherchaient à exer^ cer quelque art : tels que l'art de copier des manuscrits, de prêcher, de composer des ouvrages, ou bien celui de défricher des forêts pour les rendre à la culture et à Thabitation des hommes, de fonder des couvents qui devenaient comme des stations pour le progrès de la civilisation, ou le noyau de villages et de villes qui conservent encore le nom du couvent qui fut leur berceau. Ils entretenaient aussi le sentiment des beautés naturelles et artistiques, en cultivant des fleucs, en décorant des églises et des autels, et en animant la solitude par l'harmonie délicieuse de leurs chants. Dans ces centres d'activité et d'étude, refuge des âmes affligéesou désillusionnées, refuge des grandeurs déchues, des violents adoucis, des innocents opprimés, des épouses trahies, des veuves qui en perdant leur mari avaient aussi perdu l'éclat de leur dignité, les Romains se mêlaient avec les Barbares, les vainqueurs avec les vaincas sous le joug uniforme de la discipline monastique.

Au milieu des agitations d'un âge de fer et d'une époque de transition, beaucoup d'hommes souhaitaient ardemment la solitude de l'esprit, la paix de la conscience, les élévations du cœur; ils voulaient mettre un certain intervalle entre les tempêtes de la vie et le calme de la tombe ; aussi voyait-on entrer dans les cloîtres non-seulement ceux qui étaient fatigués de l'activité fiévreuse de la vie, on désillusionnés des passions, ou des espérances, mais encore ces âmes ferventes qui savaient allier à la pénitence les vertus naturelles et civiles.

Les moines. Les iDoines remplacèrent les martyrs, qu'ils ont rappelés souvent par leur force d'âme et par le mépris des tourments. Au sein des sociétés qui changent, ils représentaient la sagesse immuable, unie à la volonté qui accepte librement la foi, et associée aux ressources dont dispose l'esprit de corps fortifié par une sévère discipline ; placés au milieu des cupidités de l'ambition, eux seuls^ par U pente de leur vocation , demeuraient contents de leur sort ; mais le frère cuisinier et le portier pouvaient de^ venir gardiens et prieurs, et ensuite obtenir le chapeau de cardinal, même la tiare. Le monde admirait en eux une doctrine et une vertu dans lesquelles il apercevait comme un caractère surnaturel .

D'autres Ordres se fondèrent ensuite (M), milice volontaire et active de l'Église, mais pourvue d'armes et de con* stitvtions bien différentes de celles en usage dans la société ordinaire. Qaelque8<-uns étaient contemplatifs : ce sont eux qui, i certains moments où les peuples agissent, mais ne pensent point» se chargent de penser pour eux ; ils saisissent l'instant où ils pourront leur rappeler des vérités certaines, qui sont destinées à rétablir l'équilibre entre l'action et la réflexion et à faire apprécier les actes, non d'après le succès, mais d'après les lois morales. D'autres portaient k travail, la fécondité, la force, TintelUgence humaine dans les solitudes, auparavant envahiea par les bétes féroces, ou par les marais, ou par les sables. C'est là qu'ils introduisirent la vigne, les arbres fruitiers, les troupeaux, les abeilles, l'irrigation, la culture du ri;i^ la fabrication des fromages ; \h aussi qu'ils demeuraieBl constamment sur leurs propres terres, avantage dont les victimes de l'absentéisme sentent tout te prix. Ib consacraient tous les bénéfieea de l'exploitation à améliorer la.

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terre, c'est-à-dire à accrottre le ct|iiUd avec lequel ils venaient au secourt des pauvres agriculteurs, en a*exjgeant en retour de eeux-cî que de légères redevances ou de modiques rétributionB» exemple que n'ont pas suivi les petits propriétaires qui les remplacèrent. Notre siècle, tout glorieux de les avoir renversés, les accuse de ne pas avoir su retirer de la terre tout ce qu'elle pouvait donner, et je ne sais si lapUbe applaudit beaucoup à ce bldme, elle qui, fivant au jour le jour, ne compte plus ni pour le passé ni pour l'avenir.

Le pauvre, sur lesmisères de qui aujourd'hui on déclame tant, et pour qui on fait si peu, se trouvait honoré et consolé en voyant la pauvreté choisie volontairement et considérée conune méritoire. La sollicitude des moines pour Fagriculture enseignait le respect de la propriété. L*homme puissant éprouvait une sorte de crainte respectueuse pour ces gens vêtus du firoc, qui, sans espérance et sans peur. Tenaient à son cbâteau ou à son palais pour lui reprocher ses excès^ lui demander réparation d'une injustice, lui annoncer de la part de Dieu des châtiments contre lesquels ne le pourraient protéger ni ses donjons ni ses bravù

Gbarlemagne leur disait : Optamu$ vos, sicut decet Ecdetix mUUeSy inur%u& devotas et exterius doctos essôy et en effet, c'est à eux seuls que nous sommes redevables de la conservation des livres et des connaissances de toute l'antiquité. Hommes de prière et de pénitence, ils ne se considéraient pas cependant comme étrangers à la politique; bien au contraire, ils parlaient un ferme langage aux rois, ils tenaient les comptes et les caisses des villes, ils réta- Uissaient la paix entre elles,, ils concouraient à former les ligues entre les peuples, ils enseignaient dans les Universités €A donnaient asile aux artistes.

Quant à leur mission civile, tout le monde les loue, même les profanes et les incrédules ; mais ce n'était pas là le but spécial de leur institution. Leur mission était bien plutôt de purifier le monde par la charité, de lé vaincre par la résignation, et de l'édifier par le spectacle de leur sublime vocation. Cette vocation, loin de faire rechercher la pauvreté par un égoîsme qui fuit toute espèce de soins, pousse rhomme à se donner tout à tous, et elle prend pour unique règle de ses devoirs l'intérêt spirituel. C'est encore elle qui fait chercher, dans l'amour de Dieu porté jusqu'à l'héroïsme, un remède suprême à l'amour des créatures; elle qui s'efforce de dompter les vils instincts, de résister à la nature corrompue et d'acheminer les hommes à la perfection chrétienne. Parmi les moines, les uns discutaient dans les conciles, enseignaient dans les Universités, jouaient un rôle dans les congrès, et pendant ce temps, d'autres, au foyer domestique, sans bruit, sans apparat, étaient occupés à des œuvres de miséricorde, passaient leur vie dans d'obscurs sacrifices, et purifiant les mœurs, pénétrant jusqu'aux abtmes de la faute ou de la vertu, ils régénéraient les âmes par la foi, par la charité, par le devoir, par l'abnégation. Cette forme supérieure du sentiment chrétien attirait les barbares à la civilisation par le sentiment; l'humilité, la charité universelle, l'héroïsme de la pénitence, devenaient autant d'exemples pour des gens livrés aux ardeurs de la colère et de la concupiscence ; et le spectacle de l'entière soumission des moines à un chef, à une règle, éveillait chez ceux qui en étaient les témoins la conscience du droit.

La prière, qui, en attestant la faiblesse de l'homme, peut arriver jusqu'à emporter le ciel d'assaut, et la confiance que les hommes d'alors avaient en son efficacité.

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tels étaient les caractères de ce moyen Age , qui est devenu de notre temps si incompréhensible, depuis qu*en tant de lieux la prière ne se fait plus entendre. En dehors de ces caractères , tout le monde reconnaissait la solidarité do péché et de l'expiation, et considérait la ?ie comme un châtiment, une épreuve, une préparation; le pécheur lui-même demandait la prière, il la demandait comme une aumône , et en particulier i ces religieux, médiateurs puissants auprès de Dieu irrité.

Tels nous les présente l'histoire; et quelle que soit l'horreur du siècle pour la vérité, il faut bien qu'il se résigne à l'entendre de la bouche de celui qui a le courage de la dire. L'existence non interrompue des ordres monastiques atteste comment ils sont intimement liés à l'Église, bien qu'ils ne lui soient pas essentiels. En effet, quiconque veut entamer l'élise, a toujours débuté par jeter le discrédit sur cette milice, à qui nous devons le spectacle de ridéal luttant contre la réalité.

Les moines ne sont pas essentiels à la religion, dit-on. Lesmomes

ne

C'est très-vrai ; seulement c'est un des sophismes les plus >o°^ p^

' r r essentiels

fréquents et les plus spécieux que de répondre aux objec- * ^mSs"' tiens par une proposition vraie en elle-même, mais qui n'a aoj'ounrhui rien à faire avec la question dont il s'agit : on ne fait par là uinlrqoe que détourner l'attention, et mettre pour conclusion ce qui ^*"^ ** D'est au fond que le résultat d'une divagation. Oui, il est vrai qu'ils ne sont pas essentiels ; mais l'église et la prédication, et les nombreuses cérémonies introduites dans une religion d'esprit et de vérité, ne le sont pas davantage ; et, nous le demandons à notre tour, les rois, les armées, les monnaies, le vêtement même, sont-ils indispensables à l'existence de la société civile? Si les moines ne sont

pas essentiels à l'Église , c'est qtfancime dhose contingente n'est essentielle à œ qui est éternel ; mais ils sont nécessaires pour maintenir la yie religieuse.

On s*y prend plus adroitement 6d disant que les ordres religieux ont pu être bons dans leur temps, mats que de nos jours ils ont perdu leur opportunité. Répondons : les ordres mendiants sont une plante républicaine, et pour comprendre saint François d'Assise, il fiiut le peuple, et non une société princière, des mœurs de courtisans, des pensées aristocratiques telles qu'on en voit dans un temps comme le nôtre, où chacun abdique toute activité, toute volonté, toute opinion aux mains d'un gouvernement ou d'un journaliste : il faudrait, pour le «comprendre, cette vieille Italie toute démocratique, avec ses forces distinctes, sa foi et ses municipes. De quel droit le matérialisme de nos jours pourra-t-il jamais s'immiscer dans ces sacrifices de l'âme, accomplis «n vue de récompenses qui ne s'escomptent ni en argent, ni en satisfactions mondaines t Néanmoins, même au milieu de cette civilisation moderne qui nous comble de ses béatitudes, au sein de cet admirable développement de l'industrie et des intérêts matériels, le cœur a des besoins dont la satisfaction ne peut se trouver ni au théâtre, ni à la bourse, ni au télégraphe; il aspire à quelque chose de plus élevé , de plus grand, que nos pères appelaient Dieu. Entraînés dans le tourbillon du progrès, nous changeons chaque jour de pensées, de convictions, de drapeau, de façons de penser et d'agir, nous n'avons aucune stabilité dans nos conventions; nous en sonunes venus à oe point de rabaisser fat bienfaisance à l'état d'institution civile, de la mettre en ou8criplions,en loteries, et d'en faire uneadministratic». Mais, puisqu'on nous vante la tolérance comme une con-

iTABUSSEnEKT DE L'ÉGLISE. 39

(p^t de notre temps , qu'on yeuille bien raccorder aussi à teox qui pensent que , en face d'un tel affaissement wcial 9 ces ordres religieui ne sont pas une yaine superfluité; qu'au milieu de Findifférence érigée en système, des funestes préjugés , des calomnies sorties des carrefours, et de la lutte ambitieuse de tous contre tous , les moines peuvent contribuer à dérelopper les institutions charitables, à en ménager l'application ; ils peuvent se consacrer à l'éducation de la classe la plus nombreuse de la société, ne fût-ce que pour l'aider à supporter cette disproportion, dont elle ne voit pas la raison, et dont elle ne comprend pas les compensations. On devrait nous accorder à tout le moins que les moines peuvent servir à quelque chose, ne serait-ce qu'à nous épargner les gendarmes, qui constituent Tunique sauvegarde de la société lorsqu'on lui a enlevé sa défense morale; enfin ils peuvent aussi prier pour ceux qui les maudissent.

Yoilà par quels moyens TËglise développait , au sein mflaenc*

delà

de la société civile, les bienfaits de la rédemption ; n'ayant cons^uoi jamais employé d'autres instruments pour accomplir son i^^^i^iatio œuvre que l'ascendant moral, la raison, le sentiment, elle n'avait pas usurpé, mais elle recueillait les lambeaux de pouvoir que les autorités du vieux monde laissaient tomber de leurs mains. A la violence des nouveaux maîtres, elle opposait la raison, la sainteté, la science et aussi le droit qu'elle avait de venir en aide aux populations chrétiennes; elle rétablissait les dogmes de la responsabilité personnelle et de l'autorité, ruinés par la centralisation romaine. Par l'intermédiaire d'un pouvoir que les âmes ont librement accepté, l'Eglise fondait une république morale, où la multitude ne devenait pas con-

DISCOURS I. -— ÉTABLISSEMENT DE l'ÉGUSE.

parce qu'elle était ramenée à l'unité, où l'unité ne dînerait pas en tyrannie parce qu'elle restait multitude, mais où la soumission aveugle était transformée en une obéissance raisonnable.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

(A) — Hoc inveni qnod fecerit Deus hominem rectum, et ipse se infinitîs miscuerit quaestioDibus. (Eccles. vii, 30.) Deus constitoit abinitio hominem, et reliqnit illmn in mann consilii sai.... Ante hominem yita et mors, bonum et malum, qnod placuerit ei dabitar. (Eccle$. xv, 1^-18.)

(B) — Quam fidem ab Ëcclesia perceptam cnstodimus et qu» semper a Spirita Dei qnasi in vase bono eximium quoddam depositum juvenescens et juyenescere faciens ipsum vas in quo est. Hoc enim Ecclesiae Dei creditum est munas, qaemadmodom ad inspirationem plasmationi, ad hoc ut omnia membra Ecclesiae vivificentur.... Ubi enimEcclesia, ibi et Spiritos Dei ; et ubi Spiritus Dei , iiJic £cclesia et omnis g^atia ! Spiritus antem yeritas. Quapropter qui non participant eum , neque a mamillis matris Qutriuntur in vitam , nequaquam percipiunt de corpore Christi procedentem nitidissimnm fontem , sed effodiunt sibi lacus detritos de fossis terrenis, etc. (S. Irénëe» m, xxiv.)

(C) — Unum caput est , et origo una , et una mater fœcunditatis successibus gloriosa. lUius fœtu nascimur, illius lacté nutrimnr, illias spirita animamur.... Hœc nos Deo servat, hsec filios regno quos generavit assignat.... Habere jam non potest Deum patrem qui Ecclesiam non habetmatrem. (S. Gtprien, de Unitate Ecclesix.)

(D) — Gnm toto sacramento, cum propagine nominis, cum tradnce Spiritus Sancti, in nos quoque spectat persecutionis obeundae disciplina, ut in hsreditarios discipulos et apostolici seminis frutices. (Tertuluen, Scorpiace^ cap. ix.)

(E) — Quamvis apostolis omnibus post resurrectionem suam parem potestatem tribuat, et dicat : Sicut misit me Pater et ego mitto vos; accipite Spiritum Sanctum; si cujus remiseritis peccata, remittentur illi ; si cujus tenueritis, tenebuntur; tamen, ut unitatem manifestarent , unitatis ejusdem originem ab uno Kici-

42 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS 1

pientem sua auctoritate disposuit. Hoc erant utiqne et cœteri apostoli quod fuit Petrus, pari consortio prœditi et honoris et potestatis , sed exordium ab unitate proficiscitur, et primatus Petro datur, ut una Christi Ëcclesia, et cathedra una monstretur. (S. Cyprien, f6id0

(F) — Ad hanc «nim eodesiam propter potiorem principalitatem necesse est omnem convenire ecclesiam, hoc est eos qui sunt undique fidèles, in qua semper ab his qui sunt undique conservata est ea quse ab Apostolis est traditio. (S. Irénée, III, xliii, 2.)

(G) — Nous nous sommes longuement étendu, dans notre Histoire universelle (livre Y, chap. xxxii et xxxiu), sur la littérature chrétienne. Ici nous indiquons seulement le mode de procéder dont nous nous servirons dans cet ouvrage. Ainsi nous n'entendons point faire une exposition complète de la foi, pas plus que celle des erreurs, mais nous nous bornerons à signaler les points sur lesquels coïncident les dissensions dont nous ferons Thistoire.

On peut ranger les dogmes sous les catégories suivantes :

lo Théologie proprement dite , c'est-à-dire la science qui traite de Dieu, de ses attributs, de la création, de la providence, et par appendice, de la création de Fhomme et de celle des anges ou des démons;

2o Anthropologie théologique, innocence primitive , péché originel;

^Z° Ghristologie , science qui a pour objet la personne même et les œuvres du Sauveur;

k9 Charitologie , ou théorie de TÉglise et des moyens de salut ;

50 Eschatologie, c'est-à-dire science qui traite de la mort, de rimmortalité, du pui^atoire, de la résurrection, du jugement dernier, du paradis, de l'enfer et de la fin du monde.

(H) — Les Apôtres n'ont pas écrit le symbole, pas plus qu'ils ne l'ont fait écrire, mais il s*est transmis oralement : aussi S. Augustin {De tradit. symboli) nous apprend qu'il était défendu aux catéchumènes de l'écrire , mais qu'ils l'apprenaient par cœur. De là les variantes , sans compter qu'il était permis à chaque évèque d'y faire des changements. Par exemple Rufin nous rapporte le symbole tel qu'on le récitait dans l'Église romaine, c'est-à-dire le plus pur, et aussi tel que le récitait l'Église d'Aquilée, à laquelle il appartenait en qualité de prêtre. En voici la comparaison :

S. romain. Credo in Deum patrem omnipotentem.

S. d'Aquilée. Credo in Deo pâtre omnipotente , invisibili et impassibili.

NOTES ET feLAIHCISSElKENTS AU DISCtnjRS I. 43

S. romain. Et in Chriâtom JesQtntmicumFîGTim ejoSjDominnin nostroni.

S. d'Aquilée. Et in Christo Jesu, unico Filio ejas, Domino nostro.

S. romain et d'Âqnilée. Qui natas est de Spirita Saiicto ex Maria Vîigîne.

S. romain. Cmâfizns snb Tontio Tilato etsepultns, tertîa die resorrezit a mortais.

S. d'Aquilëe. Cmeiflzus snb Pontio Pîlato et eepnltos, descendit ad infema, tertia die resurrexit e mortais.

S. romain et d'Aqnilée. Ascendit in cœlos, sedet ad dezteram Patris : inde ventums est jndicare vivos et mortuos.

S. romain. Et in Spiritnm Sanctnm, sanctam Ecclesiam, remisâonem peccatomm, camis resurrectionem.

S. d'Aqnilée. Et in Spiritu Sancto, sancta Ecclesia, remissione peccatomm, hujns camis resurrectione.

Nous avons recueilli des catéchèses de Maxime , éyéqne de Turin ÇBomil. in traditùme symboli); de S. Pierre Cfarysologne, éyôqne de Rayenne (m Symb, apost.), et d'autres encore, les symboles de diverses églises, oti se trouvent introduits les mots conceptus, passus,mortuus, cathoUcam, sanctorum communionem, vitam 3Ptemam , qm furent adoptés ensuite dans le symbole commun , tel qn^n le trouve déjà dans les sermons ccxl, ccxli et ccxLn mis en appendice aux véritables sermons de S. Augustin dans Védition des Pères Bénédictins de Saint-Maur.

Quelques « unes de ces additions paraissent arbitraires et presque futiles, mais elles tendaient à réfuter certaines erreurs répandues dans le public. C'est ainsi que dans le susdit symbole d'Aquilée, le descendit ad inferna est mis par opposition aux ApoIIinaristes et aux Ariens, qui niaient que le Christ eût une âme, comme si la divinité lui en tenait lieu; Vinvisibili et impaê" sibili est mis à l'adresse des Noétiens et des Sabelliens, qui pré* tendaient que le Père était né et avait souffert : Vhujus carms avait été inséré contre ceux qui prétendaient que nous devions ressusciter avec un corps aérien et céleste.

Les exégètes allemands donnent pour le plus antique symbole qa*on connaisse, celui de TÉglise copte, en usage dans l'église d'Alexandrie, que voici :

L'évèque on le prêtre dira an catéchumène : f Crois-tu an seul vrai Dieu , Père toutr puissant , en son Eîls unique notre Seigneur et Sauveur, et au Saint-Esprit qui donne la vie, Trinité consubstantielle, à leur souveraineté unique, li un seul royatftne,

4« XOTCS ET iCLAIRCISSElIENTS AU DISCOURS I.

àsM $x. à QB baptdme? Crois-tu à la sainte Église catholique, ^v«^^ue et à la vie éternelle? » Le catéchumène deyait ré- |iouw : « Je crois, i

roù révéque ou le prêtre lui demandera : f Crois-tu en Notre- Sé^^Mor Jésus-Christ, Fils unique de Dieu le Père? Crois-tu qu'il j'^ ^t homme comme nous par raction miraculeuse du Saint- Esprit sur la Vierge Marie ; qu'il a été crucifié pour nous sous PoQce Pilate, et qu'il est mort pour nous racheter; qu'il est NSSQScité le troisième jour, en brisant ses chaînes, qu'il est assis à la droite de son Père dans le ciel, et qu'il viendra pour juger les TÎTants et les morts quand il apparaîtra lui et son royaume? c Grois4u au Saint-Esprit qui donne la vie, et qui purifie tout dans la sainte Église? > Et le catéchumène devait répondre : • Jd crois. 1

Voir une étude du protestant Michel Nicolas dans la Revue moderne, juin 1865.

(I) — Selon Eusèbe (Vie de Cùnstantin^ II, lit), l'empereur écrit à Anus : t Je suis persuadé que, si j'eusse été assez heureux pour amener les hommes à adorer tous le même Dieu, ce changement de religion en aurait amené un autre dans le goufaniement ; > et il igoute qu*il tend à ce but • sans faire trop de bruit. > Il avait donc pleine conscience de la révolution quMl opérait. (J) — Anastase le Bibliothécaire a extrait des archives du Yatiean le catalogue des ornements donnés par Constantin à la basilique de Saint-Jean de Latran, tels que baldaquins, statues, vases, croix, candélabres, flambeaux, autels, patènes, coupes, urnes, encensoirs d'or, d'argent et garnis de pierres précieuses , le tout pesant 685 livres d'or et 12 943 livres d'argent, outre la dorure de toute la voûte de la basilique ; de sorte que ces objets auraient aujourd'hui une valeur d'environ deux millions de francs. Constantin y ajouta des biens-fonds dont le revenu était évalué à S80 000 francs par an, et un tribut annuel de 130 livres de parfums. Des critiques sérieux et prudents ont soutenu l'authenticité de ce catalogue.

(K) — Par cet acte, Constantin aurait concédé au pape la souveraineté sur la ville de Rome, sur l'Italie et les provinces d'Occident. Peut-être a-t-il été inventé au huitième siècle, et insé/é dans les Décrétales du faux Isidore. Mais dès le douzième siècle son authenticité était contestée ; ensuite Laurent Yalla la rejeta en s'appuyant sur des motifs auxquels se rendirent même les plus zélés défenseurs du Saint-Siège.

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