‹ Les hérétiques d'ItalieChapitre 16 sur 30 · NOTBS ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS VI · texte numérisé non relu

NOTBS ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS VI

Iliomme donne tout œ qa'il possède, ce n'est encore rien. S^il fkitane grande péuitence, c'est peu encore. S'il embrasse tontes les sciences, il est encore loin. Et s'il a une grande vertu et une piété fervente, il lui manque encore beaucoup ; il lui manque une chose souverainement nécessaire. Qu'est-ce donc? C'est qu'après avoir tout quitté, il se quitte aussi lui-môme» et se dépouille entièrement de l'amour de soi. C'est, enfin, qu'après avoir fait tout ce qu'il sait devoir faire, il pense encore n'avoir rien fait, et se reconnaisse pour un serviteur inutile. Alors il sera véritablement pauvre et séparé de tout en esprit, et il pourra dire avec le prophète : c Oui, je suis humble et pauvre. > (Traduction de Lamennais.)

Ébranlement de l'omn^tence pontificale. BontfBOft VIU et Dante.

Gecco d'Asooll.

Tout ce que nous avons raconté nous donne l'explication des nombreuses invectives que les contemporains ont lancées contre Boniface VIII, que la postérité a acceptées en aveugle, et qu'on répète encore de nos jours, malgré le témoignage d'un vaillant et sincère apologiste*. Ce pontife assista à l'ébranlement du pouvoir papal, amené par la suprématie des rois; il ne leur suffisait pins de rendre impossible la prééminence que le pape avait prétendu exercer sur tous les souverains de la terre : ils voulaient aussi entraver son action dans chaque pays, et leur poHtique pleine d'astuce allait jusqu'à vouloir détruire la base même de l'autorité, le respect.

L'Église, dans son essence, avait un caractère absolu et immuable, comme la foi sur laquelle elle était fondée; mais en tant que réunion visible des fidèles, elle était régie par un pouvoir visible, lequel, si l'on considère son

(1) Dans la belle Histoire de Boniface VIII et de son temps du P. LoaU

Tosti (1847), oa lit: « Cet homme, blâmé par tant de gens, devait être admiré de tous, comci^e le dernier soutien de ce magnifique pontificat ci?il, à l'aide duquel il fît briller en Italie une civilisation noble et polie, ce pape méconnu, calomnié par ses enfants, brisé parla lutte, et abreuvé de douleurs, se retira pour aller se reposer dans les inviolables sanctuaires de la religion dont il avait été le législateur. (Livre V.)

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existence formelle, ne pouvait être que potentiel et progressif. L'organisation et le dogme ont été et resteront toujours les mêmes ; quant à la puissance, elle a subi les mêmes changements que la société des fidèles, en continuant à rouler sur le pivot de la foi, et en conservant le caractère visible de l'Église. Le pouvoir de celui qui gouverne une société s'accrott en raison directe des éléments qui cherchent à la détruire ; contre leurs attaques croissantes, et dans la même proportion, doit augmenter le nombre des lois et des actes conservateurs. Lorsque personne ne songeait à attaquer le patrimoine de rËglise, il n'y avait aucune loi pour le protéger ; ce qui ne reut pas dire que saint Pierre n'aurait pas eu la faculté d'en faire, ni que ses successeurs aient commis une faute en fiiisant de semblables lois. On en pourrait dire autant des lois et autres expédients temporels dont le Saint- Siège dut s'armer peu à peu pour se défendre, et qu'il modifia en raison des besoins, jusqu'à concentrer sa force dans le cercle d'une monarchie.

Monarchie Ce modc de gouvememeut serait-il de son essence T ^" Non assurément, et jamais les romanistes n'ont eu cette

prétention ; mais le développement de la société le comportait, absolument comme l'ignorance commune et la commune barbarie mirent }es papes à la tête de l'organisation civile, en vertu de la grande loi qui attribue le gouvernement aux plus dignes. Quel avantage ne résulta pas pour la société de l'établissement, au milieu des puissances armées, d'une puissance capable d'obliger, sans l'emploi de la force, à observer la justice, à respecter le mariage, à maintenir les pactes conclus avec les peuples I Ce beau résultat était obtenu sans qu'il fût besoin de recourir aux armes, presque sans domaine terri-

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tonal, parce qu'on croyait^ et que la coDscience gouvernait le monde; tandis que dan s nos temps modernes, où tout se réduit à la force matérielle des États, à la conscription, aux impôts, l'autorité pontificale, elle aussi, en a été réduite à abriter son indépendance derrière un trône matériel, derrière une armée et une reconnaissance des autres États. Déposer les rois opiniâtres dans leur perfidie, délier les peuples du serment de fidélité envers les princes infidèles, telle était alors la vraie et solide constitution, tels sont les droits que s'arrogent aujourd'hui les sociétés secrètes et les auteurs de la révolution^, en reprochant à la cour pontificale d'en avoir abusé. Il est bien certain que ce furent les attentats de ses ennemis qui la firent aiguiser elle-même ses armes. Les adversaires s'aperçurent bien que le moyen d'ébranler cette autorité morale était de diminuer le respect qu'on avait pour elle; aussi est-ce à ce but que contribuèrent puissamment les Fraticelles, gens très-populaires, répandus parmi le bas peuple, dont l'extérieur avait de grandes apparences de moralité, de pauvreté, de mortification, et qui, par cela même, pouvaient répéter : Voilà comme noits maïuiU une Église riche j déshonnête et ^enivrée de plaisirs.»

Boniface VIII apparut au temps où la société du moyen Age, conservant la simplicité de l'enfance, commençait à être entraînée sur la pente du vice, non pas encore par la doctrine et par le raisonnement, mais à l'instigation des princes qui enseignaient à se révolter contre la tutelle de l'Église. Nous avons vu comment les Frédéric

(1) Joseph Ferrari, dans ses leçons sur les écrivains politiques, fait cette remarque que « cinq siècles plus tard cette doctrine s'emparait des esprits en France, et au nom de la raison réclamait aussi le droit de procéder par la terreur, de publier sa croisade, et de dépouiller tous les rots de la terre. >•

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avaient tenté de substituer leur suprématie h la suprématie pontificale : cette tentative déplut aux rois, qui ne voulaient pas changer de maître, et en conséquence elle n'aboutit pas. Mais à cette heure voici venir les rois q«i veulent se rendre indépendants du pape non moins que de l'empereur. Ils furent aidés en ceci par le désordre qu'amena U grand interrègne^ qui avait succédé à la fin déplorable des Hohenstauffen.

Pour résister à ces empereurs, les papes avaient dû s'appuyer sur le perpétuel antagonisme entre la IVanee et l'Àilemagne ; mais la France finit par faire sentir le poids de sa protection, et ses rois, dès l'instant où ihee sentirent raffermis sur leur trône, renièrent cet antique dévouement pour le Saint-Siège qui leur avait mérité le titre de rois très-chrétiens. Cette tendance se prononça plus que jamais lorsque la couronne passa sur la tète de Philippe le Bel, prince fort expérimenté dans l'art delà chicane et de la ruse, auquel savent recourir tous ceoi qui veulent réussir sans s'inquiéter de la moralité des moyens.

Le roi de France trouvait pour l'accomplissement de son œuvre des facilités dans la position même du souverain pontife, petit prince au milieu des barons et des communes, qui, par leurs tmpiétements ou par leurs privilèges, entravaient l'exercice de sa souveraineté. Celleci avait pour adversaire Charles de Naples, qui avait été appelé pour sauver Rome et l'Italie de la tyrannie des Hohenstauffen; le pape vit bientôt son ancien vassal devenir le tyran du Saint-Siège, Hont l'autorité, placée entre l'arrogance aristocratique des princes trlbtttaires et les aspirations démocratiques de la plèbe, se trouvait embarrassée dans son action; les conclaves

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