‹ Les hérétiques d'ItalieChapitre 17 sur 30 · ÉBRANLEMENT DE L'OBINIPOTENCE PONTIFICALE · texte numérisé non relu

ÉBRANLEMENT DE L'OBINIPOTENCE PONTIFICALE

eox-mémes ne se tenaient pas sans tumultes. L'Église, qui, pour la collation des dignités ecclésiastiques, n'avait jamais voulu tenir compte des distinctions de naissance, mais qui regardait uniquement aux noérites personnds» gémissait de voir donner la pourpre et les nonciatures à des hommes dont Tunique recommandation était d'appartenir aux Orsiniy ou aux Golonna, ou aux Savelli, ûk nûUes qui dominaient dans Rome par leurs soldats et par leurs partisans. Leur rivalité éclatait souvent en guerre civile et en criminels attentats ; ces familles s'insinuaient dans le consistoire et dans le conclave ; elles se Xaisaient un jeu de pénétrer même dans le sanctuaire, et imposaient leur volonté de fer dans les affaires ecclésiastiques, donnant ainsi l'exemple d'une tyrannie plus lourde que celle des empereurs du siècle précédent, parce qu'elle s'exerçait d'une façon plus immédiate; enfin, elles enlevaient au pontificat et au sacerdoce cette dignité qu'ils doivent à l'habitude de planer au-dessus des bouleversements du monde.

Après un de ces conclaves orageux, on élut papePieire céiattinv. Morone, qui par la rigide austérité de sa vie ressemblait «IX Fratioelles. ÉtabU sur la Majella, haute montagne près de Sulmona, il s'était proposé d'imiter les solitaires de la Thébaïde, et avait fondé un nouvel ordre, qui fut dés^é sous le nom de Célestins, lorsqu'il fut porté au trône pontifical sous le nom de Célestin V. Resté étranger aux bouleversements de cette infortunée race d'Adam, Célestin laissait dépérir la papauté au milieu des intrigues de ses partisans et des abus de pouvoir de ses adversaires ; aussi se vit-il forcé d'abdiquer, etBoniface VIU lui succéda (1294). Cet acte eut lieu au grand déplaisir de ceux qui avaient su tirer parti delà faiblesse de Gèles-

tin ; aussi Don-seulement ils déclarèrent illégitime son abdication, et par suite l'élection de Boniface, mais ib firent tous leurs efforts pour déterminer Gélestin à revendiquer le trône et à élever tiare contre tiare. On fut donc obligé de prendre contre sa personne des mesures de précaution et de rigueur ; et tout à coup on lui donna le titre de martyr, tandis qu'on donna celui de persécuteur à Bonirace Yin, qui s'était déjà montré l'ennemi acharné des pauvres Fraticelles.

i&MviiL Boniface, appartenant à la famille des Gaïétans d'Anagni, s'était formé par ses études et par sa piété une haute idée de l'autorité pontificale et de la sainteté du ministère. Pour ne pas parler de tant d'institutions qui ne se rattachent pas à notre sujet, nous dirons seulement qu'il prescrivit de célébrer suivant un rite plus solennel la fête des quatre principaux docteurs de l'Église : saint Grégoire, saint Âmbroise, saint Augustin, et saint Jérôme, « parce que leurs lucides et salutaire? enseignements jetèrent sur l'Église une vive lumière, firent briller Tôclat de ses vertus, et contribuèrent à lui donner la pureté des mœurs. Placés comme des torches ètincelantes sur les candélabres qui ornent la maison du Seigneur, ils dissipèrent les ténèbres de l'erreur ; leur langage éloquent, inspiré par la grâce d'en haut, donne la clef des énigmes contenues dans la sainte Écriture, tranche les questions controversées, illumine les passages obscurs, éclaircit les doutes ; enfin la profondeur et la sublimité de leurs sermons montrent le vaste édifice de l'Église rayonnant sous Téclat d'une floraison printanière, et l'élégance de leur parole fait briller à son frontispice des rayons de gloîre^ »

(1) Ap. Raynaldi, à Tannée 1295, n* 55.

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