‹ Les hérétiques d'ItalieChapitre 21 sur 30 · ÉBRANLEMENT DE L'OMNIPOTÏNCE PONTIFICALE · texte numérisé non relu

ÉBRANLEMENT DE L'OMNIPOTÏNCE PONTIFICALE

nvalle^ de Tordre des Mineurs, sur les iastances des pré*

kts qui s'y trouvaient réunis, le traduisit en prose latine,

accompagné de commentaires. Dans les fresques du Yati^

can, Dante est peint parmi les Pères de TÉglise; on yoità

llorenoesoa portrait suspendu dans l'église Sainte-Marie

teneurs, et son image vient aussi d'être sculptée i la

hçade de Sainte-Croix. Lorsque, en 1865, l'Italie uni*

liire voulut célébrer le sixième centenaire de la naîs*-

nnce de son poêle, die donna cours aux emportements

rt>vol«tionnaireB qui l'entratnent, en célébrant la prér

hadue haine de Dante pmir les papes et pour la religion.

MM* tandis que lu tourbe officielle et les barbouilleurs de

f&piÊff pécbaietit dans cette fange, les meilleurs écrivaiw

de ritalieatUBS penseurs les plus éminents se levèreatpout

eu finruar de la vérité-, et peur faire voir Dante

double aspect : d'un c&té, le poète emporté, acharné

ecNitrefioufiMeVIIl, qu'il oeasidérait comme l'ennemi juré

partiale publiciste indigné contre les abus de la cour

qu'exprimaient la démagogie et les rois ; mais

âe ruutm^ lu chrétien toujours resipectueux envers celui

cjm liant les< d^ souveraines, toijyours attaché à cetts foi

^pÂ4i dans Aome son centre. €ât ses légitimes iaterprètes.

Par rapport à ce que nous avons exposé au chapitre

pvéoMeut^ nous noterons en passant que l'inclinatiou au

myitieiane fut coiumune à Dante et à ses amis, naalgré

leur étude assidue de 1a philosophie, des sciences natu-

nAts eide la politique : Dante s'assied pour méditer suit»

la pkrve placée contre StûAte-Réparate ; Gai vacante, au

milieu des tembeaux de Santa Macia Novella, chei^e aï

on peut trouver m moyen de nier Dieu. Pour Dante, la

philosophie était une science qui voit tout en Dieu ; tout

dérive de Dieu et tout remonte à hàu U scrute la volonté

iS8 DISCOURS yn.

et la parole de Dieu; dans la nature» il voit des symbolei du surnaturel : ce fut sous cet aspect qu*il contempla Béatriz < revêtue de grâces, d'amour et de foi ^^ » et en cela il suivait les allures de son temps, l'éducation qu'il avait reçue, les tendances naturelles de son intelligence et de son ftme. Jeune, il songe à se faire moine, et il meurt avec le capuchon du moine, après avoir, à rimitation des Fraticelles, adressé de vifs reproches aux papes qui s'adonnent au luxe et aux soucis mondains. Déjà dans la Yiê nouvelle^ on voit la transformation de Béatrix en symbole^ jusqu'à ce que dans la Commedia^ cet amour qu'il avait pour elle se convertisse en un désir béatifique de possé* der la vérité souveraine qui le conduit à Dieu, à travers la contemplation des tourments et de l'expiation, cecco Un de ceux qui se montrèrent adversaires acharnés du

[ d'AMoU.

sei Dante fut François Stabili, dit Gecco d'Âscoli, astrologue iMoaTraget. de Florence. Il composa un poème intitulé YAcerba (del'itar lien acervo et du latin acervtu), titre qui indique uneoolleotion ou un amas des diverses connaissances humaines. C'est un poème philosophique qui ne brille ni par la beauté de la poésie, ni par la richesse de la doctrine, c(miposé de cinq rubriques ou livres qui traitent de la science, et d'un sixième où il est parlé de la révélation. Gecoo est un savant à la mode de son époque ; mais à difiérentes re* prises il combat  verroès et son école : dans la révélation, il accepte tout à fait ce que l'Église admet, mais il y mêle ce qui prédomine dans les autres parties de son livre, c'est-à-dûre la magie et l'astrologie ; il appelle « des gens aveugles et des intelligences mutilées, » ceux qui ne connaissent pas le langage des corps célestes, ceux qui ne savent pas deviner

(1) Sonnets de la Vie nouvelle.

* ÉBRÀNLKMKNT DE L'OMNIPOTSNCS PONTIFICALE. 289

l'avenfar, on ceux qui méprisaient l'astrologie, pour parler < selon le temps antique ; » il croyait à un génie familier appelé Fhrone^ aux réponses duquel il prétendait avoir foi, bien que parfois ses oracles fussent trompeurs, comme lorsqu'il fit cette réponse au roi Manfred : Tu vaincraSf tu ne mourras pas (Vincerai, non morrai).

Non-seulement Cecco exposa ces doctrines, et des folies plus excentriques encore ; mais il prétendit en con- Yûncre le public : ce qu*il essaya à Bologne en commentant la SpMre de Sacrobosco, et à Florence au moyen de YAcerba. Dans la préface de son exposition de Sacrobosco, il dit que « beaucoup de personnes se permettent de juger de la vie et de la mort, et des choses à venir au moyen des arts magiques, qui ont été condamnés par notre sainte mère l'Église comme des infamies {vitupéra- Mber improbata) ; mais avant les cinq scienoas qui composent la magie, la chiromancie, les mathématiques, le sortilège, le prestige, le maléfice, il place Vastronomief c'està-dire la révélation des intelligences par les influences du ciel, qui connaît toutes choses. » n va même jusqu'à déduire de la magie des preuves de la divinité du Christ, lorsqu'il écrit ; « Le Christ fut vraiment le Fils de Dieu : cela nous est manifesté par une foule de circonstances, et premièrement par les trois mages, qui furent les plus célèbres astrologues qu'ait eus le monde, et qui connurent tous les signes de la nature. » Cela résulte du traité de la Sphtre^ où il établit encore leprincipe de la génération céleste de quelques esprits méchants, qui, sous l'influence de certaines constellations, avaient la puissance d'opérer des choses merveilleuses ; il avançait que le Christ était né sous une de ces constellations, que pour cette cause il était resté pauvre; tandis que l'Antéchrist nattrait sous

890 DISCOURS vn.

une autre constellation qui le rendrait riche. Et toute eetle expositioD, comme tout le poème de FA^erto, est une sorte d'hymne à la gloire des difiérentes eq>èces de magie.

Cependant Guillaume Libri, ce grand panégyriste de tous ceux qui furent censurés par l'Église et viu vend, ose Yanter ce poëme comme une véritable Encyelopédù^ et dit| en parlant de l'auteur, « que ce fut non-eeulement un savant, mais un h(»nme ayant de nobles sentiments» et qu'il serait temps désormais que les Italiens commençassent à vénérer sa mémoire » que n'a pas frappée seule l'inquisition ^ » Néanmoins, il suffit de parcourir l'ouvrage de Gecco pour se convaincre que c'est à tort que Libri lui a fait un mérite d'avoir découvert beaucoup de vérités, qu'il y a ou indiquées confusément, ou même niées. Parmi ces dernières, on peut citer celle qui consiste à dire que la terre q/l soutenue par deux forces, une qui l'attirii l'autre qui la repousse, et que nous appelons maintenant la force centripète et la force centrifuge ; tout au contraire, Gecco condamne hautement quelques habitants d'Ascoli et de Florence qui soutenaient cette thèse, et qui probablement étaient Guido Cavalcanti et Dino del Garbo, fameux médecin, objet de ses attaques. Si vraiment Cecco fut médecin, son mérite principal, au point de vue de l'art de guérir, aurait consisté à reconnaître, en consultant les étoiles, les maladies mortelles et celles qui ne l'étaient point: autre motif pour Dino lui-même de se montrer pour lui un implacable adversaire.

Gecco se déchaîna plusieurs fois contre Dante, affirmant que le poète était allé en enfer, et n'en était pas remonté; bien plus, qu*i^ était resté plongé dans les profondeurs du

(1) Hitt, des Sdeneet tnathémaU^piet m Italie, t. Il, p. i9S et 200.

ÉBRANLEMENT DE L'OlOnFOTfNCE PONTinCALE. 291

«MUre, aU FavoUamâmt ton pêu d$ foi. H réftitait aussi les dociriDes les plus pures de Dante sur le libre arbitre de l'homme , Taccusant d'avoir passiomiément aimé une femme, et loué les vertus d*un seie dont il ne cesse de médire, sans en excepter aucune. Au contraire, Gecco 'prétend renouveler toutes les sciences, et par suite la vie de rhomme dans ses manifestations intellectuelle, morale et religieuse, en professant le matérialisme et le commu-* nisme, l'astrologie et les sciences occultes, avec leur cortège innombrable de superstitions et de puérilités ; nonseulement il enseignait l'art des enchantements, mais encore il engageait à le pratiquer, et se répandait en invectives contre tous ceux qui ne les admettaient pas^

Les questions de magie et de sortilège n'étaient pas de la compétence de l'Inquisition, comme nous l'avons lu dans la Matstruzzay si déjà elles n'avaient d'ailleurs un carac- ^tère mamïeste d'hérésie.

Tel était précisément le cas de Gecco. Jean Yillani ra- <:onte* que, dans le traité que fit notre astrologue sur la -S^Aèr^, il avait émis Topinion qu'au moyen des enchan- "ftements pratiqués sous l'influence de certaines constella- Vons, on peut forcer les mauvais esprits à opérer des merveilles ; que les étoiles ont une influence irrésistible, ^ autres choses contraires à la foi. L'inquisiteur le con- ^lamna, et lui fit jurer de ne plus se servir de ce livre; ^nais Gecco s'en servit de nouveau à Florence : ce qui le fit arrêter par le chancelier du duc d'Athènes, au pouvoir de t|ui se trouvait alors cette ville.

Dans un petit livre contemporaiUi conservé dans plu-

(1) Voir Pilermo, au Catalogue des mannsGrito de la bibliothèque pala^ tino de Florence.

0)Lib. X, c. XII.

29S DISCOURS Vn.

sieurs bibliothèques, on trouve ce détail, que frère Lambert de Gingoll, inquisiteur à Bologne, le 16 décembre 1324y condamna Gecco pour avoir irrévérencieusement parlé de la foi, l'obligea à une confession générale et à certaines pénitences, qu'il lui enleva tous ses livres d'astrologie, et lui interdit en outre de faire aucune lecture sur cette science; qu'enfin il le priva des honneurs du doctorat et de toute autre magistrature. Ce procès fut renvoyé an Florentin frère Accurse, de l'ordre des Mineurs Obser* vantins, le 17 juillet 1327. Celui-ci, ayant fait citer l'accusé à son tribunal, le déclara hérétique et le remit au bras séculier, qui le jour même le fit brûler. Voici les principaux passages de cette sentence :

sentonee Après les rumeurs répandues dans le public par bien des perrinqaiiitioii sonnes dignes de foi, nous ayons oui dire que maître Gecco, fils " D^T* ^® rillustrissime Simon Stabili d'Ascoli, propageait, dans la ville de Florence, plaideurs hérésies : et ce qui est plus affireuz, qu'il donnait à lire dans les écoles publiques un certain petit livre hérétique, fait par lui, sur la sphère céleste, et cela en violation de rengagement solennel qu'il avait pris autrefois. Nous avons fait venir en notre présence ledit Gecco, et nous lui avons fait subir l'examen, après lui avoir fait au préalable prêter serment de dire la vérité, et sans avoir recours à aucune contrainte on moyen violent. 11 a de sa libre volonté fait cette déclaration et ces aveux :

1« Gomme quoi, ayant déjà été cité et requis par frère Lambert de Cingoli, inquisiteur dans la province de Lombardie, il avait avoué avoir enseigné dans les écoles que l'hoaune pouvait, né sous telle constellation, être fatalement ou riche ou pauvre, et ainsi de suite, à moins que Dieu n'eût déjà changé l'ordre de ia nature ; 2» qu'il s'était engagé, sous la foi du serment envers ledit frère Lambert, à abandonner toute hérésie et fausse croyance, à rejeter toute faveur des hérétiques, surtout des astrologues, à observer la foi catholique, et qu'il avait accepté la pénitence imposée. Qu'après son serment prêté, et la pénitence accomplie, il était venu à Florence où on lui avait demandé si, au moyen de l'astrologie, on pouvait savoir U for-

iBRANLEMENT DE L'OMNIPOTENCE PONTOTCALE. 293

tune on la disgnrftce d'une année on celle d'un prince, et qu'il aTsit répondu affirmativement, parce que, selon lui, toute chose qui est possible peut se comprendre par Tintermédiaire d'une sdenco. n confessa que, consulté par lesSt^nort sur l'opportunité de combattre avec nos soldats le Bavarois^ il leur avait répondu ^e ce n'était point le moment, mais qu'on pouvait lui laisser le passage libre, jusqu'à l'heure où, instruit par les vrais principes de l'astrologie, ils pourraient choisir le moment propice pour le combat. Il ajouta qu'il pensait que de tels événements pouvaient être prédits par l'astrologie, et qu'il n'y avait là, selon lui, rien de contraire a la foi. 3<> Il afSrma que personne, depuis PtoIéméOf . s'avait profité autant que lui en astrologie, k^ Il avoua que^ prié par un Florentin de lui faire un commentaire sur le livre de VÀlcabizzOj qui traite des signes et de la connaissance des signes, de U naissance des honmies, et du temps propice pour acheter, pour vendre et pour se livrer aux autres actes et exercices de la ^e, il lui répondit qu'il avait fait un commentaire sur ledit livre, et qu'en conséquence c'était à lui de se le procurer. 5» Il dit qu'il avait composé un livre sur la sphère. Or, les matières contenues dans ledit livre, qui n'ont point été examinées par ledit inquisiteur, sont contraires à la nature et opposées à la vérité catholique. Quelle proposition plus hérétique, plus déplaisante à Dieu et aux hommes, que celle qu'on trouve dans ce livre, qui consiste à dire que Jésus-Christ est né pauvre sous l'empire de la fatalité des corps célestes et par l'influence des constellations? Que TAntechrist doit naître d'une vierge, et doit venir deux mille ans après Jésus-Christ, sous la forme d'un puissant soldat, avec un cortège de nobles, et non comme un poltron suivi d'autres poltrons? Jamais hérétique a-t-il fait preuve d'une plus grande imposture que de désigner l'heure, le lieu, le genre de mort, toutes choses absolument inconnues au genre humain? Et pour ce qui a trait aux actions de l'homme, les apprécier suivant la disposition et la marche des corps célestes, n'est-ce pas enlever absolument le libre arbitre, et partant, le mérite et le démérite? Bien qu'à cette heure il ait reconnu la puissance divine et le libre arbitre, néanmoins il a été convaincu par des témoins qui ont déposé contre lui. Quand bien môme on aurait à agir sur de telles hypothèses, que pourrait-on faire avec le libre arbitre ? On n'excuse pas de semblables erreurs, en disant que ces choses ne procèdent pas de la nécessité, en disant : « La science démontre que tu portes enfermé dans ta main l'objet de tes pen«

SM DISCOURS tn.

aies. » Pourquoi topposer ainsi, en ikit, oe qa'on nie en peroM n ne doit pas être ezcnsé sons prétexte qu'il ne lui paraissait pei contraire à la foi de prendre son temps» de choisir la guerre et astres jtf^positions semblables : ce serait le fait d'une ignomei tout à fsdt grossière 9 bien plus, une opinion hérétique. Dire encore que ses écrits ont été corrigés par ledit inquisiteur de Bologne, cela n'est ni vrai ni vraisemblable ; bien plus, c'est Cm, ainsi qu'il ressort des propres lettres de ce même inquisiteur. Et, à supposer qu'ils eussent été corrigés, il s'en est servi dani les passages où l'on rencontre les plus graves erreurs. Il n^ pas davantage excusable à raison de la formule mise à la fin desditi écrits, qui exprime que Fauteur, au cas où il aurait ftil quelques fautes dans ses ouvrages, déclare s'en remettre aux lumières de la sainte Mère TÉglise; parce qu'on y a trouvé dei hérésies exprimées et écrites après qu'il les eut abjurées; et I suffit qu'il ait une seule fois trompé l'Église : car cette protestation est indirectement contraire au fait lui-même et Taggravi doublement. Et comme nous ne pouvons pas plus que nous w devons passer sur tant et de si graves infractions commises pai ledit maître en matière d'erreurs, au mépris de Fétemelle Majesté et au préjudice de la foi chrétienne; vu la sentence rendus par frère Lambert contre Gecco ; vu le serment par lui fait. Il pénitence qu'il subit, dont il ne s'inquiète plus et qu'il doit avoii oubliée; vu les autres pièces du procès que nous avons reçuei du môme inquisiteur; après avoir entendu les témoins et lei aveux de l'accusé, après l'expiration du délai à lui accordé poui les achever et s'excuser, et attendu qu*il n^a fait aucune exeoM ni par lui-môme ni par procureurs, et que, le jour qui soivl Texpiration du délai, il a conGrmé ses aveux de sa libre volonK et a répété qu'ils étaient conformes à la vérité ; après avoir conféré de la cause avec des prélats et beaucoup d'autres personnel et des docteurs es lois, et en avoir délibéré ; sur le devoir qn nous incombe de procéder au jugement de l'accusé qui a encouru la peine attachée à l'inobservation du serment prêté de m plus s'exposer à l'hérésie ; après avoir eu une nouvelle conftrence sur les susdits points avec plusieurs personnes de diverseï conditions, des religieux théologiens, et avec d'autres tant clera que laïcs» nous avons déclaré hérétique ledit maître Cec« comparu devant nous; nous avons constaté qu'il était retomba dans l'hérésie, dans laquelle il avait promis, sous la foi du serment, de ne plus retomber; et en conséquence, nous déidS'

ÉBRAMLmiNT Bl L'OMNIPOTENCE PONTmCALE. 195

VOUS qu'il doit 6tr« livré et remis an bras téetilier. Ainsi nous consignons aux mains du noble chevalier messire Jacques de JBrescia, vicaire de Florence, par grâce de monseigneur le duc, lui présent et consentant, le susdit Gecco, pour lui faire subir le châtiment q[u*il a mérité. Nous livrons encore au bomv Twa le livre par lui composé sur la sphère cpmme tout rempli ^liérésies et de mensonges, ainsi qu^un autre livre en langue ^vulgaire nommé VÀcwba (il ressort du nom môme donné à ce liwe qu'il ne contient aucun ordre, et qu'il est basé sur cette liypothèse que beaucoup de choses qui appartiennent à la ^ertu et aux mœurs proviennent des étoiles, et y font retour comme à leurs causes premières), et réprouvant tous les enseignements qu'il a donnés, comme des compositions dépourvues ^ vraie science, nous en condamnons plusieurs et nous ordonnons de les brûler avec ledit Gecco. Et ainsi nous le voulons et l'ordonnons.

La condamnation de Gecco n'eut donc pas lien pour «luse de magie et d'astrologie : trop de personnes alors étaient entachées de ces erreurs, sans pour cela cesser ^'appartenir au service des communes, des princes, des ^rélafi. Mais Gecco fut condamné comme hérétique, et comme relaps, ayant violé toutes ses promesses. Si ^ffet, en étudiant les ouvrages de Gecco, on voit que son lut était de renouveler la science, et par elle de renouveler la vieintellectuelle.morale et religieuse, et, pour atteindre ce but, il se servait de l'enseignement, delà conversation, des livres. La science nouvelle consistait, selon lui, dans la fatalité universelle et dans la prescience; les intelligences n'étaient que les occasions, les étoiles étaient leurs organes ; toute chose sous la lune avait des effets nécessaires; tout était réglé par le destin. L'homme cependant, au moyen de la science, peut contraindre les intelligences à lui manifester l'avenir. Pour que cette science nouvelle prévalût, il fallait avoir détruit la vérité rationnelle et la vérité révélée : c'est ce que faisait Gecco avec

296 DISCOURS Vn. *— ÉBRAHLEMEHT» BTC.

une constance qui ne se démentit jamais, pas même en face du bûcher.

En somme, c*est le représentant de la science naturelle, comme Dante est le représentant de la science chrétienne ; et il a très-bien pu arriver que les Florentins, qui avaient banni Dante de son vivant, aient voulu lui donner sa revanche après sa^ mort, en poursuivant Cecco son détracteur. Ce qui nous rend d'autant plus probable cette assertion, c'est que son principal adversaire fut Dino del Gart>o, ami du Dante. Orgagna, à son tour, au Gampo Santo de Pise, a peint le même Cecco dans PBnfer. Néanmoins, le poëme de VAcerbay an commencement du quinzième siècle, fut réimprime jusqu'à dix-neuf fois ; et le jésuite Appiani en prit sottement la défense, prétendant qu'il contenait une doctrine inattaquable. Espérons que nous n'encourrons pas la qualification qu'a méritée ce Père, pour avoir, nous, défendu le poëte théologien d'Italie contre un zèle intempérant et contre les arguties de ceux qui ne croient pas.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS AU DISCOURS vn.

(A) — L'éminent philologue Barthélémy Sorio a fait cette année, à rinstitut de Yenise, une lecture sur le Filocapo de Jean Boocace, dans laquelle il prétend démontrer qne le hot de ce roman historiqne était d'exhorter les princes angevins à remplir le doToir qu'ils avaient comme feudataires, d^accourir à la défense du pape chassé de Rome et exilé à Avignon ; Rome, disaitil, dans son Déeaméron^ Rome qui était la tdte du monde en est anjourd'hoi la queue. (Romay già capo del mondo, aUora era coda.)

Dans un extravagant et im[<ie mélange du sacré et du profane, Boccace nous raconte rincamation du fils de Jupiter; il nous dit comment il subit l'injuste poursuite d'Atropos ; comment, revenu à son père après avoir brisé plusieurs chaînes de Tantique cité de Dite, il envoya aux principaux de ses chevaliers le don promis de la sainte ardeur, ^ent ensuite la prédication de PÉvan- Urile en Espagne par l'entremise du puissant Dieu de VOcddeni^ qui est saint Jacques : c C'est toi, ô cité sublime, ô vénérable Rome, qui as étendu ton joug auguste d'abord sur les collines indomjjtées et de là sur le monde entier ; toi qai seule demeures conmie une vraie matrone, et qui occupes la renommée plos que toute antre partie du monde, parce que tu es le lieu oi!i a été posé le siège suprême des successeurs de Céphas. Aussi , combien tu ressens d'allégresse au dedans de toi, parce que tu te souviens d'avoir été la première à suivre les saintes armes, parce que ta te connais le devoir de devenir vaillante non plus seulement comme au jour où tu possédais les armes de Mars, mais bien plus encore. Aussi sois donc satisfaite, ô Rome, toi qui tant de fois, au milieu des antiques victoires, ornas ton front éclatant du laurier magnifique du Pénée; aujourd'hui, dans cette dernière bataille (religieuse) triomphe avec des armes nouvelles ; c'est pour cette victoire que tu mériteras l'étemelle couronne.

208 NOTES ET iCLAIRCISSElIElfTS AU DISCOURS VTl.

Après tes longues épreuves, ton image prendra sa place au milieu des étoiles, et dans les sphères où tu retrouveras avec bonheur tes rejetons antiques et tes ancêtres. > (Lib. I, num. 25 et suiv.)

DISGOUBS VIII.

L'ail d'Avignon. L» grand aohisnM. GonoUM dm Cîonrtanoa,

^ de Bftla et de Florenoe.

Les papeS| pendant l'exil d'Avignon, se succédaient les J^,^, uns aux autres, formant toujours le projet de retourner d^]^. à leur antique siège, mais continuant toujours à en rester # éloignés. Avignon, ville libre du comté de Provence, qui fut ensuite achetée par le pape, avait les préférences des cardinaux, parce que ceux-ci ne s'y trouvaient pas en face d'un peuple mutin, comme l'était le peuple romain,, ni en &ce d'insolents barons; s'étant établis là comme dans un domicile permanent, ils ornèrent de palais somptueux la petite ville, et persuadèrent au pape qu'il devait préférer la France, centre de l'Europe, nation mieux gouvernée et plus tranquille que Tltalie, plus sainte que Rome, puisque César disait déjà d'elle qu'elle était une nation très-religieuse, et puisque la religion des Druides y avait précédé le christianisme. Mais l'absence prolongée du chef de l'Église blessait les Italiens, habitués à diriger leurs attaques contre les papes tant qu'ils les possèdent, et à les redemander avec instances aussitôt qu'ils ne les ont plus. En perdant les avantages attachés au séjour des papes , ils n'avaient pas été délivrés des soucis : car les papes continuaient à faire la Suerre pour soumettre les petites cités indociles et les

300 DISCOURS vm.

petits seigneurs rebelles. Tandis que les dépenses de la Cour augmentaient, les revenus d'Italie étaient &cilement dépensés loin d'elle; les royaumes étrangers refusaient de payer les redevances dont le profit revenait à la France; en sorte que la Curie, pour compenser ses pertes, se réservait les bénéfices et les annales, multipliait les conmiendes et les expectatives, et tous les autres expédients pour se procurer de l'argent. La catholicité, de son côté, ne considérait pas comme suffisamment garantie Tindépendance nécessaire de son chef, en le voyant vivre dans une ville, libre il est vrai, mais enclavée au milieu des domaines d'un prince étranger.

Rome surtout ne pouvait prendre son parti d*ua tel veuvage; sans cesse troublée, tantôt par une plèbe turbulente, tantôt par une féodalité factieuse, elle n'avait plus ni administration ni justice; les palais tombaient en ruine; les églises abandonnées se délabraient; le culte perdait tout son éclat. Les Romains, en se reportant au souvenir des antiques magnificences, se prenaient à les regretter : aussi, Golà de Rienzi, s'étant fait nonuner tribun du peuple, se proposa de rappeler les papes à Rome, et de replacer cette ville à la tête du monde civilisé. Son rôle, tantôt cruel, tantôt boufibn, est assez connu; les épisodes qui le composent ont été racontés tant de fois et sur des tons si divers, qu'on n'ose ni rire de ce personnage, ni le maudire. Le fait est qu'élevé un moment par la faveur populaire, et abandonné par elle avec une égale promptitude (1347), après avoir châtié les nobles, cité les rois et même l'empereur à venir comparaître devant le peuple romain pour en recevoir les décrets, Cola de Rienzi s'enfuit à grand'peine chez les Fraticelles du mont Majella.

l'exil d'avignon. 301

Le pape» dès que son autorité fut rétablie» envoya le cardinal Egidius Albomos, Espagnol (1353), pour «étouffer l'hérésie, réprimer la licence, procurer le salut des Ames, et réintégrer Tautorité de l'Ëglise tantôt par la paix, tantôt par la guerre. » En effet, il soumit à son pouvoir les diverses Communes, dans chacune desquelles s'était établi, conmie dans un nid, un peiit tyran ; et, après avoir rassemblé à Rome les députés de toutes ces Communes (1357), il décréta, d'accord avec eux, une constitution.

Le pouvoir temporel n'a rien à voir avec la foi; en con- ^^^J^fS^J" séquence, il n'est pas sujet à l'hérésie, et déjà nous avons pont»ficai. indiqué comment il avait une origine plus ancienne et plus populaire qu'aucun autre, et quelle idée on s'en faisait alors. C'est ici le lieu d'observer comment les papes, pour se conformer aux idées du moyen âge, bien éloignées de l'absolutisme de TÉtat introduit par les modernes, exercèrent le pouvoir en union avec le peuple, c'est-à-dire avec la république romaine. Lorsque les pontifes demeuraient loin de Rome, ce gouvernement prévalut si bien, que Rienzi citait l'empereur et les électeurs de Germanie à venir justifier leurs titres devant le peuple romain.

Ce fut le cardinal Egidius Albornos qui entreprit d'y établir une véritable souveraineté, sur le modèle de celles qui existaient partout alors ; il renversa l'autorité des petits seigneurs, et reprit possession des villes heureases d'obéir au pontife plutôt qu'aux petits tyrans. Les ConstitiUiones Mgidianx garantissaient un certain nombre de privilèges, tout en veillant , particulièrement dans la Marche d'Ancône, à assurer le libre exercice de la souveraineté, par l'unité des provinces. Elles restèrent le vrai droit public de la Romagne; elles furent

802 DISCOURS vm.

imprinoiées en 147S, et plus tard encore avec diversea an nezes. Le Saint-Siège» pour se conformer aux idées da princes devenus prépondérants, s'étudiait à augmente] ses prérogatives, tandis que les provinces, jalouses d iMurs propres statuts, s'appliquaient à les maintenir; ei sorte que la souveraineté pontificale restait plutôt nomi nale, selon Tantique coutume, que despotique.

Tel fut Tétat des choses jusqu'à la révolution de 1707 qui dépouilla les papes ; puis la Restauration de 1814 le remit en possession de ce qu'ils avaient perdu. Les adver saires du pouvoir temporel s'efforcent de prouver qu les papes ont toujours exercé ce pouvoir sous la dépeo dance de la suprématie impériale. Nous voulons biei renier toute l'histoire, et nous accordons ce fait aux par tisans du pouvoir royal. Hais le saint empire romain en 1804, n'existait plus, et à sa chute tous les pouvoir dépendant de lui avaient été déclarés complétemoD libres; au congrès de 1815 on était convenu d'abolir tou lien de suzeraineté, et on reconnaissait la souveraineté d chaque prince comme étant pleine et indépendante. Ki conséquence les papes, eux aussi, restaient maîtres ab solus de leur Ëtat vis-à-vis des rois. Vis-à-vis des po pulations ils auraient dû respecter les privilèges qu leur avaient été accordés ou maintenus de temps immé morial ; mais ces franchises avaient disparu sous le pou voir illimité des usurpateurs qui avaient habitué leur sujets à un despotisme absolu. Les arbitres de la restau ration européenne ne voulaient pas, et surtout en Italie qu'il existât des constitutions et des droits écrits ei faveur du peuple, et ils répudièrent l'histoire, comm tous ceux qui veulent gouverner en tyrans. Us exigé rent donc que le pape se itt roi absolu, conune il

L*SZIL D'AHMOM. 308

l'Mafent «ux-mèmes» et œ fat alors que le cardinal Gonsalvi, qai n'ayait pas de répugnance pour les idées noulellesy inspira au pape le motu propriOj aux termes duquel radministration publique devait être réglementée par des codes, ou lois générales qui remplacèrent ainsi les vieilles constitutions multiples et partielles : du centre, devaient partir les nominations des magistrats, les édits et les lois de finances ; des charges introduites par les systèmes modernes, il n'y eut que la conscription qu'on ne voulut pais imposer, et cependant elle est indispensable pour soutenir les autres.

L'absolutisme était donc bien récemment introduit dtas les £tats du pape, et quand Pie IX se ^mettait h la tète du mouvement italien pour le bénir, dans la constitution du U mars 1848, il protesta qu'il ne faisait que < reproduire certaines institutions antiques, qui servirent longtemps de modèle à la sagesse de dos augustes prédécesseurs, • et parce que « dans l'antiquité nos Gonmiunes eurent le privilège de se gouverner chacune par les lois qu'elles avaient choisies en toute liberté, sous réserve de la sanction du souverain. »

Voici, entre mille, une des preuves que la liberté est antique, et que le despotisme est nouveau : mais comme on a perdu tout sens moral et politique, aujourd'hui on applique à l'un le nom de l'autre.

Dans nos controverses contemporaines, on allègue cet aA^^cm exil de la papauté à Avignon, pour indiquer la possibilité ulfé^t d'établir le pape ailleurs qu'à Rome. Ceux qui émettent pouvoir ces vœux, ne pourraient choisir dans l'histoire un exemple plus défavorable : car tout le monde est d'accord pour déplorer cette époque, et pour en tirer la preuve que les papes ne doivent pas être citoyens d'un pays qui ne leur

temporel.

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appartient pas. En outre/ qu'on veuiUe bien remarquer que le pape était toujours Tévéque de Rome, qu'Q n'a jamais été l'évéque d'Avignon ou de Peniscola, et qu'il ne résidait en dehors de son siège que par suite de circonstances déplorables. Déjà saint Irénée disait que « Itglise de Rome a une primauté, sur laquelle toutes les autres doivent tomber d'accord pour s'unir à elle dans une même foi. » Il en résulte qu'étant donnée l'unique solution possible au problème, le pape étant expulsé de Rome, la question à résoudre n'aurait pas avancé d'un seul pas.

Mais pour nous tenir au temps de cet exil, Rome oscilla toiyours entre les fureurs démagogiques et l'arrogance oligarchique, se montrant tantôt rebelle au pontife par caprice, tantôt soumise par peur. Les querelles s'envenimaient encore davantage depuis que les papes, n'en ressentant plus les inconvénients, se souciaient peu . de les apaiser. Les papes eux-mêmes ne se sentaient plus à leur place dans un pays où ils faisaient la figure d*un exilé à qui on a donné un asile, plutôt que celle du souverain des rois, et où des prélats, presque tous Français, donnaient à la Cour un air national, bien différent de cet *^ aspect cosmopolite auquel on était habitué dans Rome. Plusieurs fois donc, les papes se proposèrent de retourner à Rome ; mais ils ne le firent pas, ou le firent pour peu de temps, et ce ne fut qu'après soixante-onze ans et trois mois que le Saint-Siège fut ramené de France en Italie.

Ces misères causèrent une nouvelle secousse à la majestueuse unité catholique qui avait régné sans partage au moyen flge. Si les Italiens pouvaient être bien disposés en faveur du Saint-Siège à cause des avantages qu'en retirait leur pays, depuis qu'il avait pris la route de l'exil.

l'exil D'AVIGNON. 305

leur zèle pour lui s'était bien ralenti : et les étrangers, de leur côté, supportaient avec plus d'impatience l'exportation de tant de numéraire dans un pays où il ne voyaient pas, comme dans Rome, une seconde patrie. Les évoques prenaient modèle sur l'absence du pape pour s'éloigner de leurs diocèses. La lutte avec les Frères Mineurs avait aliéné au Saint-Siège la milice qui lui était la plus dévouée, et, en voyant condamner des personnes pieuses dont l'unique faute, disait-on, consistait dans l'exagération de la pauvreté, on se rappelait à l'esprit les déclamations d'Arnauld de Brescia contre les possessions ecclésiastiques et la corruption qui en était la conséquence. Les peuples s'étaient formés en s'agglomérant autour des évêques : de là vint le caractère absolu du pouvoir ecclésiastique, semblable à celui du père sur ses enfants. Les peuples, s'étant constitués et agrandis, voulurent se débarrasser des liens de l'Ëglise pour vivre de leur vie propre, et commencèrent à comprendre que le temporel pouvait subsister sans être joint au spirituel : ce qui fit succéder à une société sans limites dans l'espace des sociétés partielles et distinctes, à une direction générale, les destinations particulières.

Les tentatives de Boniface VIII pour réintégrer la suprématie pontificale , en remettant en vigueur les précédentes décisions canoniques, éveillèrent chez les princes cette jalousie que font naître bien moins les usurpations réelles que celles qu'on redoute. Les Communes n'avaient plus aucun respect pour les immunités attribuées aux biens et aux personnes ecclésiastiques, et rendaient des décrets en cette matière, nonobstant les anathëmes du pontife et des évêques. Quand l'édifice social était basé sur la foi, toute opposition se traduisait

306 DISCOURS vm.

par une hérésie, et le pape, lésé (dans ses préroga^ves^ 1 clergé dans ses immunités, lançaient des excommunica tiens et des interdits. Mais si ces mesures de rigaeu avaient brisé l'orgueil et la puissance des empereur saxons et des empereurs de la maison de Souabe, elle perdaient )eur efficacité, dès qu'on les prodiguait pour sou tenir des intérêts mondains; les Siciliens demeurèren (juatre*Yingts ans en rupture avec l'Église ; les Yisconti d Blilan se vengèrent de la sévérité déployée contre eux» ei écrasant d'impôts plus vexatoires les ecclésiastiques; epfii les avocats levèrent la tète contre les papes, devant qv auparavant s'était cx)urbée celle des rois.

On ne reniait pas pour cela l'Église : les Patarins avaien disparu de l'Italie, ou s'étaient cachés; le peuple aimai les splendeurs du culte, lors même qu'il n'en respectait plu le côté austère, et prenait plaisir à voir le pape et la Gou pontiQcale. Mais aussitôt que celle-ci eut été transporté à Avignon, elle devint le point de mire des attaques de Guelfes non moins que des Gibelins , comme si en ces saut d'être romaine elle eût cessé d'être catholique Franco Sacchetti, marchand florentin, le chanoine Pétrai que, le moine Pecorone, ainsi que des personnages d grande science et d'une sainteté notoire, se déchaînèren contre la iJabylone ; les mécontents du gouvememei] temporel rejetaient le blâme sur les papes comme chef spirituels ; il n'est pas de mal que l'on n'ait dit de Clé ment V; Jean XXII fut accusé d'hérésie tant pour so; litige avec les Frères Mineurs, dont nous avons déjà park que pour ses doutes sur la vision béatifique, c'est-à-dire su la question de savoir si les âmes des élus voient Die dans sa majesté aussitôt qu'elles ont été séparées du corps ou si elles ne le voient qu'après le jugement dernier.

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