‹ Les hermites en liberté (volume 2)Chapitre 18 sur 56 · AU JUGEMENT DERNIER. I · texte numérisé non relu

AU JUGEMENT DERNIER. I

philosophique , que la nature ne s'avise de former les femmes que lorsque l'imperfection de la matière dont elle fait usage , ne lui permet pas d'en fabriquer des hommes ! Selon ce précepteur d'Alexandre, le but unique de la nature est d'engendrer des hommes, et c'est par impuissance qu'elle produit l'être sans lequel l'autre ne saurait se perpétuer. Quel pitoyable raisonnement !

Pendant que je causais ainsi avec moi-même, et qu'en me moquant d'Aristote je cherchais h pénétrer le mystère féminin, une idée assez bizarre traversa mon esprit, j'allai jusqu'à imaginer qu^il n'était pas impossible de se procurer un talisman qui obligerait un jour les femmes a tous les aveux que rien n'a pu leur arracher jusqu'ici. Quel trésor qu'un tel talisman pour un observateur? que de confessions pénibles, que de singulières confidences! qui me cachera dans un petit coin de la salle où se passerait une pareille scène !

C^est un privilège , ou si l'on veut une infirmité de mon esprit, de s'exalt.er sur l'objet qui m'occupe exclusivement, jusqu'à réaHser h mes yeux la pensée la plus extravagante, et à donner tout à coup un corps aux fantômes de mon imagination.

Le tonnerre gronde, les éclairs brillent , les

I quatre trompettes sonnent, les groupes de Mi-

cheUAnge se reproduisent sur la vo\:ite céleste ,•

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un ange femelle parcourt les airs en déployant Pécharpe d'Iris, sur laquelle je lis ces mots: Jugement dernier des femmes. Au même instant une flotte aérienne remplit l'espace , et des milliers de barques où s'entassent les âmes de toutes les générations féminines , viennent aborder sur tous les points de la vallée de Josaphat, oii vient s'abattre l'ange messagère de l'Éternel. Un long roulement de la foudre a commandé le silence , et j'entends distinctement ces mots : « Les hommes sont jugés ; que les femmes de tous les pays et de tous les âges renaissent a ma voix ; voici le jour de la sentence universelle. »

Quelque adorateur que je sois du beau sexe , cette convocation générale effraya ma curiosité. La vieillesse et la laideur devaient nécessairement se trouver en grande majorité dans ce congres de siècles féminins : quelle fut ma surprise quand la plus ravissante variété de beautés et de grâces apparut a mes yeux dans cette vallée redoutable ! A ma terreur succédèrent des émotions plus douces, dont l'ivresse m'empêcha quelque temps de porter sur toutes ces femmes le regard impassible de l'observateur. Quand ce premier trouble fut passé, je vis plusieurs anges occupés a classer ces dames par groupes de nations; et mon œil enchanté parcourut avec une volupté plus paisible tout ce que la nature, dans sa longue fécondité, a pro-

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