‹ Les hermites en liberté (volume 2)Chapitre 38 sur 56 · L ASSEMBLEE · texte numérisé non relu

L ASSEMBLEE

sonne et sur l'espèce d'engagement qu'elle allait contracter ) la jeune danseuse courut au-devant de mylord Dandy.

{( Bonjour,» dit-il, avec cette prononciation traînante et saccadée d'un riverain delà Tamise; <( comment portez vous, mon cher cœur ; je vous offert le mien avec dix mille livres par an j cela, e'të convenu. »

— » Dix mille livres... sterling , reprit la tante.

— » Sterling... No^ no. By god! il serait cher par trop le amour! cela peut pas , cela peut pas.

)) Eh bien ! dit Eulalie , avec une modestie charmante , si monsieur a de l'attachement pour moi...

— » Goddem, si je' ave! — Il faut laisser a sa délicatesse... — Ma déhcatesse, il était donc douze raille francs pour le dernier mot, et je entretené la voiture , lé logement , et lé petite toilette de fantaisie. »

On discuta ensuite l'article du trousseau; chaque observation de cette digne assemblée de famille avait redoublé ma colère ; je ne pus me contenir plus long-temps, et j'éclatai en entrant dans le salon.

<( Eh quoi ! mylord , dis-je à l'Anglais , dans sa propre langue : How do you not feel the deepest disgust for sucli a vile transaction ?^ How can jou throw such a shame iipon your junk and naine ? How can you expect any pleasure , any love from tlie mercenary kiss of

DE FAMILLE. 2l5

tliis thouglitless heing ? How can y ou allow herfainily io niaJce lier an ohject of trafic and raiify ihis ignohle spéculation ?

» Mais vous , madame, continuai-je en m'adressant a la tante, de quels termes dois-je me servir avec vous , et de quelle e'pithète qualifier la scène dont vous m'avez pas eu honte de me rendre te'moin ? »

La dame , qui s'était remise du trouble où l'avait jele'e ma violente apostrophe , ne manqua pas de trouver pour excuses à sa conduite tous ces accommodemens avec le vice dont la haute socie'të lui fournissait l'exemple : car l'ignominie a sa rhe'torique, et ce bel art pourrait bien , en dernier re'sultat n'être que celui de blanchir le vice et de de'corer Tinfamie.

Je ne voulus e'couter ni ses vaines excuses , ni la burlesque apologie de l'Anglais , ni les excellentes plaisanteries de la demoiselle , et je sortis de cette maison rempli de haine pour les institutions qui contraignent au vice des professions tout entières en condamnant au mépris ceux qui les exercent. En y réfléchissant bien , mon ami , vous plaindrez plus encore que vous ne blâmerez cette classe aimable de femmes , que l'on s'obstine a tenir en dehors delà société, et vous placerez mon petit tableau , a côté de cette peinture des mœurs des Baj'adères, que le hollandais HafTner a retracées dans son excellent Voyage aux Indes. E. J.

N^ xviii. — Il mars 1824.

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