‹ Les hermites en liberté (volume 2)Chapitre 42 sur 56 · LITTÉRATEUR · texte numérisé non relu

LITTÉRATEUR

tant ses soins, me plaça en qualité d'enfant de chœur chez le vicaire de la paroisse Saint- Andre'-des-Arts ; c'est la que je pris ce goût de lecture qui de'cida de ma vie entière. Ce bon vicaire était sans comparaison l'homme de son temps qui avait , non pas lu, mais parcouru le plus de livres : il ne tenait pas précisément au choix , mais bien a la variété de ses lectures. Pour contenter ce besoin il avait fait faire un pupitre circulaire sur lequel il plaçait une vingtaine de feuillets de différens livres , et le mouvement de rotation imprimé au pupitre lui permettait de les parcourir d'un coup d'oeil.

» — Il est probable que l'invention de ce pupitre s'est propagée , et qu'il esta l'usage de cette foule de gens du monde et de prétendus gens de lettres qui prononcent si affirmativement sur les ouvrages anciens et nouveaux dont ils n'ont pas lu dix pages de suite. »

André Vergeté m'avait esquissé la première partie de sa vie nocturne, quand nous arrivâmes dans une petite ruelle du faubourg Montmartre.

« Monsieur , me dit-il en s'arrêtant a la porte d'une allée , il y aurait conscience a vous faire monter dans mon galetas ; j'aurais peur qu'à votre âge vous n'y arrivassiez pas en vie* » J'insistai pour le suivre. «Dans tous les cas,ajoutat-il , comme je vous crois en état de grâce , si vous mourez de fatigue en arrivant la-haut.

VOUS serez a moitié chemin du paradis , que je vous souhaite en bon confrère. — Vous avez de Fesprit, maître André'. — Je vous crois, car pourquoi me flatteriez-vous?... » Ouf!... Nous voilà parvenus au septième étage d'une maison dont l'escalier n'avait pas moins de 170 marches. « Du courage , me dit André ', le plus fort est fait. » Je ne concevais pas ce qui pouvait nous rester a faire, puisque nous étions a bout d'escalier.... Mon homme, avec son crochet, souleva une trappe , et fit descendre une échelle , au moyen de laquelle je me hissai dans un vaste grenier divisé en trois chambres par des cloisons dé nattes. La première , qui lui servait de magasin , était remplie de morceaux de papiers j il couchait dans la seconde; et dans la troisième, qu'il appelait emphatiquement sa bibliothèque, cinquante ou soixante volumes assemblés avec de gros fils , et enveloppés d'affiches de spectacles , étaient rangés sur de vieilles planches suspendues horizontalement par des cordes attachées aux solives.

« Vous voyez, me dit-il, en élevant sa lanterne , les œuvres du prince André Evergète. » J'ouvris le premier volume , composé comme les autres , de feuillets de toutes les dimensions, depuis Pin-4o. jusqu'à l'in-18, et je lus sur le titre: Les Gueiiilles littéraires ou le Chiffon^ nier compilateur,

» Vous voyez l'ouvrage de ma vie, continua-

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