LE SIECLE
plus d'indulgence que pour soi et pour les siens. Aussi les hommes un peu connus ont-ils deux réputations. Tel brille comme un génie a la Chaussée -d'An tin , qu'on regarde sur la rive droite de la Seine comme frappé d'une désespérante médiocrité. Tel grand homme du faubourg Saint-Germain n'inspire ailleurs que de la pitié. On se loue , on se dénigre sans se connaître» Chaque parti a ses idoles qu'il encense en maudissant les dieux du voisinage. Qu'on juge après cela des tourmens que nos mémoires contemporains préparent à la postérité. Comment , avec de pareils matériaux , pourra-t-elle juger notre époque ?
« Tel personnage, lira-t-on dans un de ces mémoires, fut un homme sans honneur et sans foi^ il trahit lâchement son bienfaiteur, il ouvrit son cœur k la corruption, viola ses sermens , et vendit son pays. »
(( Ce sont des calomnies, répondra un autre mémoire ; ce fut un héros qui se dévoua pour le bien public ; il négligea même , pour sauver son pays, le soin de sa renommée 5 c'est le sublime du dévouement. »
Mettez -vous a la place d'un historien quî s^occupe a peser et a concilier ces deux témoignages, et jugez de ses perplexités. Au demeurant, je ne serais pas surpris qu'il n'acceptât la première version , et je n'ai pas besoin d^en expliquer les motifs. ♦
DES MEMOIRES. 83
Il est vrai qu'excepté les citoyens de la république des lettres , qui tournent souvent leurs regards vers la postérité , les autres hommes ne s'en occupent que faiblement. C'est encore un des traits caractéristiques de notre époque que cette insouciance des jugemens de l'avenir. Tout se concentre dans la vie matérielle. Qu'on ait des honneurs, de la fortune , de brillans équipages , toutes les jouissances du luxe , on a toujours assez de considération. Le temps n'est plus 5 011 une mauvaise renommée excluait de la société l'homme le plus opulent; c'est qu'aujourd'hui il y a réunion sans société.
Si les auteurs de mémoires s'occupaient à donner une idée exacte des mœurs de leurs temps , en ne négligeant aucun fait remarquable, ils s'élèveraient au-dessus du genre, et leur succès serait plus durable. C'est une idée que je hasarde avec l'espérance qu'elle frappera quelques bons esprits. Mais le talent seul ne suffirait pour pas remphr une tâche pareille , il faudrait de l'indépendance et de la bonne foi. Oii trouver aujourd'hui une telle réunion de qualités? A. J.
A/M VM/w> vv»n
> W« Wt VV» IV»^ W« V»^ W^fVW w« wt rwt
\VlA«A(fcWllA\Wl^/V%WVV«V«/Vt.Vbl'Wt.«AVWlVtllVX\^A/lW\'W
\w WVV*^
NO. VII j février i824.
/Vl^/V%WVV«V«/Vt.Vbl'Wt.«AVWlVtllVX\^A/lV