‹ Les hermites en liberté (volume 5)Chapitre 20 sur 27 · L ECOLE DE MEDECIISE. ID'J · texte numérisé non relu

L ECOLE DE MEDECIISE. ID'J

les règles de l'art, mais ils sont propres et jde bonne qualité. C'est là que vous pouvez dîner pour quinze sous; on vous y servira un potage succulent pour six sous; un morceau de bœuf, de veau ou de mouton pour la même somme, et du pain à discré' tion pour trois sous. Il faudra vous priver de vin et retrancher le luxe du dessert; vous vous en porterez mieux ; vos idées seront plus claires , et votre sommeil ne sera point interrompu par le cauchemar.

Nos joyeux convives sont arrivés; ils mangent avec appétit et causent avec abandon de cœur. On y parle de littérature, de sciences et de politique. On y juge les ouvrages nouveaux dont les cabinets de lecture font les frais; on y classe les écrivains d'après leur mérite réel, et non d'après les arrêts des coteries , ou les jugemens de l'esprit de parti. Les professeurs y sont passés en revue, et appréciés avec une rare impar-

i58 l'École de droit.

tialité. C'est là qu'on discute aussi les projets de loi , qu'on parle librement des ministres, et qu'on se moque quelquefois de leurs excellences. Le sujet de la réduction des rentes a été traité dans ces réunions avec autant d'étendue qu'à la chambre des députés; et comme aucun de ces élèves n'était intéressé dans la discussion , ils l'avaient rejetée unanimement ; et la chambre des pairs n'a fait que confirmer leur décision.

Quant aux élèves de l'école de droit, ils garnissent les bancs des restaurateurs du faubourg Saint-Germain, et se plaisent surtout au Petit Rocher de Cancale. C'est de là qu'ils partent , soit pour se rendre au café Procope, soit pour aller au théâtre de rOdéon , dont ils font les destinées. On doit attacher du prix à leurs suffrages; ils ont applaudi aux Vêpres Siciliennes et au Paria.

Ces élèves se réunissent aussi dans des

l'École de médectine. iSq

conférences où se traitent des points de droit avec les formes ordinaires du barreau. On y voit des juges, un ministère public, des avocats et un auditoire. Ils s'exercent à l'improvisation. C'est une espèce de gymnase où ils se préparent à des luttes plus sérieuses. On est souvent surpris de la rectitude de leurs idées , de la facilité de leur langage et de l'éfjuité de leurs jugemens. C'est là qu'ils font véritablement leurs cours de droit ; c'est la méthode de l'enseignement mutuel perfectionnée.

Heureux temps -de la vie où les passions n'exercent point encore leur tyrannie , où la morale des intérêts n'a pas encore flétri les cœurs. Des jours moins sereins succéderont bientôt ; les soins d'un établissement , les désirs de fortune, les pensées ambitieuses, viendront bientôt dominer ces jeunes imaginations. Puissent les élèves de l'une et l'autre école résister aux séductions qui

i6o l'École de droit, cAc.

les attendent, conserveries principes dont la justice leur est démontrée, et ne jamais oublier que leur plus beau titre est celui de citoyens français ! A. J

no. XXVIII. — i4 (^oût 1824.

Page 1