‹ Les hermites en libertéChapitre 13 sur 47 · VIVANS · texte numérisé non relu

VIVANS

paix il me fit arrêter à Paris, et conduire à Sainte - Pélagie , où je passai soixante et cinq jours dans cette même chambre.

Joséphine. — Peut - être Bonaparte se souvint-il avec trop d'amertume de votre conduite pendant la guérie d'Espagne ; il m'a souvent entretenue de votre habileté , de votre valeur dans les combats ; mais , je dois l'avouer, il donnait à votre rigueur envers nos prisonniers, aux moyens d'attaque et de défense dont vous avez'trop souvent fait usage , un nom dont gémissait l'humanité.

Mina. — La guerre qu'il nous faisait était injuste; il l'avait portée, sans aucune provocation , au sein de notre pays, après y avoir fomenté les discordes civiles. 11 voulait nous imposer un roi de sa famille ,. et anéantir nos libertés , sans pouvoir nous offrir en dédommagement l'indépendance et la gloire que la France devait h son génie

et à ses armes. Nous combattions pour nos foyers, pour notre existence, pour notre honneur , contre des légions victorieuses commandées par les plus grands capitaines des temps modernes.

Je ne veux point le dissimuler , j'influai d'une manière terrible sur cette terrible guerre : fléau mobile et indomptable , la Catalogne , l'Aragon , la province d' Avala n*e virent presqu'en même temps sur tous les points porter le ravage et la mort. Le courage parmi nous devait avoir le carachre du désespoir, et les fureurs de la vengeance.

I.e nouveau, ou plutôt l'ancien gouveinement français a recueilli la succession d'injustice et de haine que lui a léguée Napoléon. Le bonheur et la liberté dont jouit l'Espagne, sous l'empire d'une constitution que tous les souverains de l'Europe ( l'etnpereur des Français excepté ) ont reconnue en 1812, sont devenus un sujet d'alarmes de l'autre côté des Pyrénées; les Français

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ont reparu sur les bords de l'Èbre , et j'ai de nouveau ressaisi mes armes pour défendre la liberté espagnole contre les ar-

mées étrangères.

Josépbine soupira , et jeta les yeux sur le général Bonnaire dont elle clierchait à se rappeler les traits.

BoNNATRE. — Vous m'avez peu vu, madame; j'ai passéma vie dans les camps, et ce général étranger, contre lequel j'ai long-temps combattu, est le seul ici dont je puisse invoquer le témoignage personnel. Je ne suis guère connu dans ma patrie que par mon infortune. Mon sang venait de couler pour la troisième fois sur la terre espagnole , quand la fortune ramena les Bourbons sur le trône de France. L'empereur avait abdiqué, j'envoyai mon adbésion au rétablissement du gouvernement royal après la déclaration de Saint-Ouen : j'étais blessé ; on ne m'employa pas. Le 20 mars de l'année

suivante, Napoléon reparut; il crut que je pouvais encore êtreutilepourladéfcnsed'une place de guerre, il me confia le commandement de celle de Condé. Je me trouvais dans cette place au mois de juin 1 8 1 5 , lorsqu'un officier français , envoyé en parlementaire de la part des alliés, fut tué par quelques soldats de la garnison , avant que j'eusse pu avoir connaissance du danger qu'il courait. Traduit devant un conseil de guerre , je fus condamné à la peine infamante de la déportation ; je ne devais en subir que la plus épouvantable partie. Je me vis , sans mourir à l'heure même , conduit au pied do la colonne d'Austerlitz. « A genoux. , » me criait une voix étrangère; «Hélas, répondis-je , je ne le puis ; le fer ennemi a brisé l'articulation de ces genoux que vous voulez me faire fléchir. » A l'instant une main féroce me contraignit, au milieu des plus vives douleurs, à prendre l'attitude des supplians. Je subis l'infamie publique de la dégradation. Le coup

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