LE ST0ÏCIS3IE
rasser, je crois que je n'y résisterais pas. C'est déjà quelque chose que la patience; le reste viendra quand il pourra. Quant à la mort, je ne sais pas au juste ce que c'est; aussi je me contente d'y penser le moins qu'il est possible. S'il est vrai, comme j'en ai l'espérance, que les familles, les amis se retrouvent et se reconnaissent à ce £;rand rendez-vous de l'humanité, il est clair que la mort qui nous sépare des médians et des persécuteurs est plutôt un bien qu'un mal.
Voilà donc mon cours de sagesse terminé! je vais être ferme comme un roc contre tous les accidens de la vie; je n'éprouverai p\ih, ni émotion fàclieuse , ni pîfcion , ni ressentiment; je deviens impassible.
Comme j'achevais ces lignes, le gardien qui veille à ma sûreté avec une sollicitude inquiète, m'annonce l'arrivée de ma femme et de ma fdle. Zenon ne défend pas d'aimer sa famille, aussi je les embrasse avec plaisir. Mais il est arrivé un malheur , on
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me le raconte. Une vieille amie qui ne m'avait pas quitté depuis long-temps , dont je regrettais l'absence , et qui brûlait du désir de me revoir, ma cbienne Zerbiue avait suivi ces dames, et on lui avait inbumainement refusé l'entrée de Sainte- Pélagie : elle aurait eu besoin d'une permission timbrée de la préfecture de police , et on n'avait pas songé à la demander. Zerbine se lamentait piteusement à la porte de la prison ; elle attendrissait tout le monde, excepté le guicbetier. J'aurais voulu voir ma cbienne : ce désappointement m'irrite, j'éclate en reprocbes, je m'indigne contre un tel procédé. J'étais vivement ému : adieu ma philosophie, adieu mon stoïcisme rêveur. « Je suis Gros-Jean comme devant. »
N". X. — 29 avril iSaS.