‹ Les Hermites en prison ou Consolations de Sainte-PélagieChapitre 21 sur 45 · DE LA PRISON. IO · texte numérisé non relu

DE LA PRISON. IO

¥oue que, dans les premers jours, cette cérémonie m'a déplu ; le bruit assourdissant des verrous résonnait désagréablement à mes oreilles. Mais je m'y suis accoutumé.

J'ai réfléchi que je me renfermai» moî« même le soir dans mon logis , sans éprouver aucune émotion; et qu'après tout^ le mode de, clôture était en lui-même assez indiffe^ rent. J'ai donc pris mon parti en homme i^isonnable ; lorsque j'entends lé fracas pé^ riodique. de mon guichetier, je pense à la solRcittide de ce^ pauvre homme qui me tient Sous clef comrtie quelque chose de bien précieux. Il faut qu'il veille sur ses prisonniers , qu'il soit sur Ife qui-vive, qu'il ait toujours l'oreille au guet. Ne suis-je pas plus libre que cet homme-là?

Vous insistez ; voua me dites. : on- vous a enfermé dans la même prison. avec des mal^^ f^teurs, avec des]iommes dégradés par le vice» Vous dev^z rougir de vous trouver

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arec de paretUes gens. Que répondr^-votis è cela? '

J« répowk, aaiis hésiter, que sifavais à congir jce serait pour ceux qui confondent ce qui devrait être séparé ; je rougirais four un pays dvilise, où des hommes 4épour?us dé tout sentiment humain se déshonoreraient eux-mêmes en usant de leur pouvoir d'un jour comme d'un instrument de haine et de vengeance : misérables qui n'ont que des joies féroces et des plaisirs de tigre!

Mais moi personnellement, qu'ai -j^ à voir dans cette affaire ? Irai-je répondre de Fineptie et de la brutalité qui me sont étrangères ? Non , ma responsabilité ne s'étend pas jusques-là. Tant que la vie d'un homme est pure , que sa conscience est sans reproche , rien ne peut le forcer à rougir ; la honte n'est que pour les méchans , là est le terme de leur pouvoir; la honte est un supplice quHs ne peuvent ni infliger nî éviter.

DE LA PKISOlf. III

Que «ont ^ après tout , ces malheureux que je V(Hs errer sous mes fenêtres couverts des ïkvxétg de la misère? et sont des hom«mes igof^raBs qu'une société mal organisée a abaiMioamés à leur défiravatâont n\x\ 4put« que pkineurs d'enti» j^px ne iussent nés arec dé bonnes inclinations; mais le spufilt aride du besoin en a flétn le germe et a desséché leur âme ; placés entre toutes les nécessUés de la vie , ils ont voulu échapper à leur destinée , et ils sont tombés dans le vice. Combien me semblait plus coupables tant de gens qui font un si grand bruit dans le monde, et qui ne sont parvenus aux ri* çhesses y souvent même aux honneurs , qu'à force de bassesses et de crimes ! Leur raison a été cultivée , ils sont assez éclairés pour se connaître eux-mêmes ; mais leur in&mit est opulente , leur opprobre est couvert de pourppe ; le vulgaire , ébloui , regarde stupidement et salue; l'honnête homme dé^ tourne la vue et méprise.

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