‹ Les Hermites en prison ou Consolations de Sainte-PélagieChapitre 26 sur 45 · NEUVIÈME CONSOLATION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME CONSOLATION

LE STOIGISME.

L'homme est ao être ondoyant et divers. MoNTÀioirB.

DEJPtTis que je suis à Sainte - Pélagie , je lis beaucoup les écrivains philosophes. J'ai cherché à faire connaissance avec les sectes diverses qui , depuis Pythagore jusqu'à M. Âzaïs , ont partagé l'esprit humain. Je me suis surtout occupé de la partie morale , qui me paraît la plus essentielle dans la position où je suis. Je ne serais pas fâché de savoir au juste si le motide est éternel , ou

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s'il a eu un commencement ; de connaître le véritable principe du mouvement, ce qui m'a fort quelquefois rêvei* ; de pouvoir expliquer avec clarté en vertu de quelles lois les végétaux croissent autour de moi 9 les animaux agissent, et l'homme disserte et raisonne. M. Azais me le dirait bien si je voulais l'entendre. Mais ce serait peine perdue , mon intelligence n'irait pas. jusque-là. Il faut donc que je me contente de ce qui est à ma portée. Je sais positivement que j'existe dans un pays qui se nomme la France, sous un gouvernement dit constitutionnel^ que j'ai écrit vhe phjrasQ dans laquelle M« de l^roë a trouvé des chéseé aCTre^i^es, et que je suis en prison. ^

Ce qui m'importe, o'e^t donc de.ilivoir comment ii %xX nie conduire dans^uner telle position. Leâ philosophas moralistes peu«vent seuls satisfAice ma «Curiosité àost égard; aussi je les ai interrogés à diverses reprises dans le loisir de ûia oellal^, r t j'ai mûreinejdt

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examiné leors systèmes; je n'en ai trouvé que deux qui valussent là peitie èe fixer VBÊon attention, et j'tii qiieïcfié temps bftkncé entre la secte à'Èpictïté et celle des sto^icieds.

J'ai d'âbofd adtnis avec Épii^ure ^ eomme principe fondamental de mon système, que la^ volupté était le souverain bien. Cette maxime m'a paru raisonnable au premier coup d'o^l ; mais quand j'ai voulu l'exatniner de près , j'ai y\i que ce n'était qu'une chimère. Un précepte qui n'est pas applicable à toutes les circonstances de la vie ne peut servir de règle. Comment ferais -je, par exemple , pour avoir de la volupté à Sainte-Pélagie? J'aurais beau me touirinenter de cent manières, je n'en viendrais pas à bout. lia vue des grilles, Taspect des geoliers mettrait en fuite toute la volée des Jeux et des Ris. 11 faut que je prentie mon parti là-dessus^ je renonce à la volupté.

Cependant je veux avoir de bonnes raisons

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pour n'être pas malheureux dans quçlque situation de la vie où le sort puisse me jeter. J'ai trouvé ce que je cherchais, je me suis fait stçîcien. Yqus voyez en moi un vrai disciple de Zenon. Je brave maintenant l'injustice et la persécution , je dédaigne la calomnie ; me voilà cuirassé contre tous les coups de la fortune. Je prétends même qu'on le sache, afin que si l'on veut encore se donner la peine ou le plaisir de m'envoyer en prison , il soit bien avéré que je n'en ress.entirai aucune douleur.

Ce qu'il y a de bon avec le stoïcisme , c'est qu'il ne vous abandonne jamais et se trouve toujours à votre portée au moment oïl vous en avez besoin. J'éprouve un grand revers de fortune; des biens que j'avais laborieusement acquis me sont enlevés. Vous croyez que je vais me courroucer contre la destinée, prendre à partie le ciel et les hommes, éclater en plaintes et en gémissemens;

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cela serait bon pour le vulgaire : quant à moi, je dis tout simplement avec Zenon :

•A II ne dépend pas de toi d'être riche , mais » il dépend de toi d'être heureux. Les ri- » chesses mêmes ne sont pas toujours un » bien , et certainement elles sont toujours » de peu de durée; mais le bonheur qui » vient de la sagesse dure toujours. »

Pour bien comprendre cette consolation, il faut savoir ce que c'est que le sage des stoïciens. C'est un bomme qui n'a ni désirs ni craintes , et qui , pour me servir du terme de l'école, a mis son âme en liberté. Le ciel tomberait sur lui, comme dit Horace, qu'il n'en serait pas plus ému que s'il recevait sur la tête une pluie de roses. Il n'existe au dehors que par accident , il est tout en lui-même. ' La sagesse qu'il s'est faite lui suffit pour toutes les occasions ; il est toujours heureux par ce qu'il est toujours vertueux. Un stoïcien enchaîné comme M. Magallon à un forçat galeux, exposé

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