X. MA.GALLON
Un* tniotik* faite ^ an lenl hoAne est une mesace pour tout le monde.
Fenséês de Confcgius.
JLes craintes et M« Magallon De se sont pas réalistes* Sa femme a éprouvé , il est vrai ^ une crise violente en apprenant la translation de son mari, et surtout le crnel traitement qu'il avait subi ; mais elle a rassemblé tolites ses forces ^ et a trouvé l'énergie nécessaire pour soutenir cette, nouvelle épreuve. Le forçat libéré , auquel M* Magallon avait été lié, était dévoré par la gale ; il ne cessait de crier dans les rues et sur toute la route : « Fiuent les galériens i honneur aux )) galériens I » L'affectation avec laquelle il poussait ces cris bonteiix , comme pour forcer l'attention des passans , a fait soupçonner quil avait reçu quelque instruction secrète li cet égard. Cette dernière circonstance annoncerait un tel excès de perversité , un tel raffinement de barbarie , que pour l'honneur de l'humanité, je ne veux pas y croire* Madame Magallon se hâte de se rendre it
H» HAGAI.LOK; Iff
la maison isentrale de Poissy; pâle, tremblante, éperdue, elle demande son mari^ elle le voit revêtu de Plid^h des maiMtetnrs et Tent se jeter dans ses bras« M. Mag«llon craigQjBit d'avoir été atteint de la maladie dont les marques bi-' deuses défiguraient son com]pagnon de voyage , se, détourne, et apprend ^ sa malheureuse épouse le danger qu^elIe court. Mais qui pourrait arrêter Peffusion d'un amour vertueux?
Tous les spectateurs fondaient en larmes k ce spectacle, fait pour amollir, si la chose était possible, la férocité d^un inquisiteur*
Il faut être juste. Le récit de ces actes de rigueur publié dans les journaux qui ne sont pas ministériels ^^ a réuni les hoonêtes gens de toTtles les opisions. dans le même sentiment de surprise et de bl^e. Un honorable député de Paris , M. Alexandre de Laborde pour qui -^occasion de secourir le malheur est une bonne fortune a laquelle il ne résiste jamais, M. Alexandre de Laborde , a voulu vérifier lui-mèmé des faits si étranges. Il est allé a Poissy y il a vu M.' Magallon couvert de Puniforme ignoble de la maison , jeté au milieu des voleurs , dans un atelier où il est forcé de travailler a des ouvrages manuels qui ne sont cou* formes ni a son éducation , ni h ses forces. Il s'est assuré que le ibrcat auquel on Pavait at-
♦ Le Constitutionnel , le Courrier Jrançais , le Drapeau hlanCtieJoumxl de Commerce et le Pilote.
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télé se frauyaitlirhôpital^ et qu'il y était traite de cette lèpre dont le Qom même ne se prononce qu'avec dégoût* M. Magallon dit à M. de La*l^orde qu'il avait offert aux gendarmes de payer une voiture , .ce que l'on ne refuse pas aux plus grands criminels , et que le brigadier lui avait répoQdu qu'il n^ pouvait lui accorder cette, fayeur. De. qui émanaient les ordres donnés à ce brigitdier? quelle main les a signés? quelle ipiagination a conçu ce nouveau genre de torture ) d'enchaîner un homme k la contagion , de le livrer b un suplice que la justice réprouve jutant que l'humanité ?
On pourrait croire qu'on veut nous forcer k regretter la Bastille? Si c'était la en effiet l'arrière-pensée de quelques hommes ennemis naturels des institutions libérales y ils n'y parviendraient pas* U est vrai que la réclusion k la Bastille pour les hommes de lettres était loin d^être rigoureuse , et qu'on ne les confondait ni avec les voleurs , ni avec les forçats. Marmontel nous a laissé ^ dans ses Mémoires, une description de son séjour k la Bastille qui n^nspire aucun sentiment pénible ; il y vivait en épicurien qui aime la bonne chère , et qui* s'y connaît ; il se loue des manières prévenantes du gouverneur et des soins qu'il prenait pour adoucir sa situation. Mais enfin c'était contre toutes les lois, contre tout principe de justice, que Marniontel était détenu! Jugé par un ca^irice de
eoxiTihsn ^ condamné sans avoir été entendu y dnétë eniTertu d'nne lettre de cachet, ignorâm lë't^me de sa détention, il était sons la nkam de fer du despotisme. Il ne pouvait élever une yoix I3)re contre l'oppression, ni protester ^ k }a facer du ciel , contre les? oppresseurs. Qu'il eut fait le moindre mouvement de dépit dans ses chatnes^ on pocfVait le plonger vivant dans un cachot , et Vy faire mourir des années entières»
Aujourd'hui on peut se plaindre; c'est la con- SK^lation des malheureui:. Aujourd'hui , quel que soit le fond, les formes légales sont observées. On vous traduit devant un tribunal , on discute ^accusation et on y répond , In réponse est publique. L'opinion générale vous condanme ou vous absout.
Au temps ou nous sommes, il faut sinon un motif, du moins un prétexte pour l'accusation et la poursuite. Autrefois l'arbitraire seul en décidait; une femme galante faisait enlever son mari; la haine d'un grand seigneur, la yen* geance d'un commis , suflSsaient pour vtfus faire perdre la liberté ; une courtisane en faveur dictait des proscriptions. Il n*y avait point de loi positive qui vous mît k l'abri de la tyrannie*
Je n'ignore pas qu'on peut abuser des lois ; souvent on s'en est servi pour satisfaire de vils intérêts; mais le triompbe de l'iniquité hepeut être ^e longue durée lorsqu'elle est en opposition avec les mœurs et l'opinion générale. La publicité
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sçule est une garantie inappréciable eoittre les excès prolongés de l'oppression ; rien ft'est^ perdu lorsqu'une protestation énergique peut exposer l'oppresseur k l'indignation et au mépris*
Les anciens parlemens désapprouvaient sans doute les abus du pouvoir. D'illustres inagisttats qui connaissaient et qui remplissaient leurs devoirs 9 réclamaient en faveur des victimes de l'arbitraire j mais leur voix courageuse n'était point entendue, eUe expirait aux pieds du despotisme ministériel ^ et ne poii*vait pénétrer dans l'obscur donjon oii gémis* sait souvent l'innocence. Noii , la conduite de la police judiciaire k l'égard des écrivains détenus pour délits politiques et littéraires, quelle que soit cette conduite , ne nous fera pas re« gretter le régime des lettres de cachet, et soupirer après la Bastille.
Voyez ce qui arrive' dans la malheureuse affaire de M. Magallôn ! la cruauté se tait et ne tente pas même une apologie; on voudrait , s'il était ppssible , nier les circonstances les plus atroces de la translation. Ce reste de pudeur^ nous le devons k la publicité :
quant au fait en lui-même , débarrassé de ses honteux accessoires, on a voulu le pallier en se mettant à l'abri de l'usage. C'est, dit-on > une mesure administrative commune k tous les détenus que la loi condamne k plus d'un an de prison. M. Alexandre de Laborde répond
.M. HAGÀLLON. 2Ù
Il cette objection d'une manière victorieuse. » Les tribunaux , dit-il , en condamnant un » homme a la prison, s'en remettent pour lés » moyens d'exécution k l'administration qui » prend h l'égard des individus les précau- )> tions qu'elle juge convenables pour s'assu- » rer d'eux. Ainsi , c'est par une simple or- » donnance de police que les voleurs .et les » gens sans aveu sont conduits , les mains liées, » k pied , devant des gendarmes; car ces hom- » mes, la plupart repris de justice , n'ont » d'autre idée que.de s'échapper pour recom- » mencer leur infâme mçlier. . Il est encore » naturel qu'on leur donne un vêtement par- » ticulier dans la prison, afin que, s^ils s'é- » çfaappaient, ils fussent reconnus.sur-le-champ )) dans les campagnes. Mais est-il croyable » qu'on applique ces précautions honteuses k ;» des hommes bien nés qui se rendent vo- » lontairement k la prison qu'on leur indique, )> et qui ne peuvent jamais vouloir s'en éva- » der ? .car. la peine du bannissement serait » cent fois pire pour eux que celle de leur » courte détention. Est^il croyable qu'on traîne » de pareils hommes en spectacle dans les rues » de Paris , punition plus cruelle que l'expo- )> sition au car^can, car elle se reproduit dans » tous les quartiers oii on passe? Est-il croya- » ble enfin , qu'on attache un honnête homme » k un volçur gajijBux, ppur l'exposer k périr