‹ Les hermites en prison, ou consolations de Sainte-PélagieChapitre 18 sur 86 · HISTOIRE DE MA CHAMBRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE MA CHAMBRE

Uho mtnuUo ,' non dejicit atUr.

Virgile.

(Quand Tun manque il est auMit6t remplace. )

AJn sait depuis long- temps que les murs ont des oreilles ; j^ai découvert qu'ils ont aussi des langues et des voix, l'ai interroge séparément les quatre murailles* entre lesquelles je suis en*^ fermé; elles m^ont répondu ^ et c'est de leur récit que ['ai composé Thistoire de ma chambre j dont voici d'abord la description fidèle. Elle est située au fond d'un corridor qu'on ap* pelle rouge ^ et qu'on pourrait désigner aussi bien par toute autre couleur, attendu qu'il. y règne une douée- obscurité qui permet k peine de distinguer le numéro des cellules inscrit audessus des portes en chiffres de deux pouces de long. Ma chambre porte le n^« 4 i ^Ue a dix pieds de . long , sur sept de large . et huit de hauteur , en sorte qu'uo homme de la plus haute taille peut, comme on voit, a'y teï»r et. s'y

mouvoir en tout sens. Autrefois on: mesurait plus e'troitement Pair et Fespçce fiux prisonniers : il est vrai qu'alors on ne connaissait pas les délits de tendance , les délits d^allusions , les délits d'intejition , les délits d^insinuetioU ; ainsi tout se balance : et sous ce point de vue , du moins ^ les progrès du siècle vers un meilleur ordre, de choses ne me paraissent pas extrêmement sensibles.

Mais peut-être aussi y a-t-il un peu d'humejur dans mon fait : je me hâte donc d^abandonner cette réflexion , et je rentre dans mon sujet, c'est-k-dire dans ma chambre. Ma fenêtre y (juadrillée par d^énormes barreaux , reçoit les premiers rayons du jour naissant , et permet k la vue de se prolonger dans toute la longiieur d'une cour plantée d'arbres, où deux dbuBses de détenus jouissent k différentes heures du plaisir de la promenade. Un de mes de«^ TAUjciers a laissé dans la cellule que j^eccupe les traces de sou passage : ie papier -coutil dont les murailles sont encore tapissées, le plafond creusé au centre, pour lui donner la forme de cette espèce de tente que Ton appelle man/msej tout annonce qu'un homme de guerre « fait dans cette étroite enceinte uue de ces haltes humiliantes qu'un grand général a carac^ térisées dune épithéte plus énergique.

Comnie j'interrogeais minutieusemeât phi-* sieurs pat ttes de la muraille que le papier dé-

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