‹ Les hermites en prison, ou consolations de Sainte-PélagieChapitre 41 sur 86 · BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE

litique. On aurait de la peine a faire entendre k M* Bonnin qne lés jésuites , du fond de leur tombeau , soient entièrement étrairger» k Var-^ rèt ] qui le ruine et l'envoie passer treize mois en prison pour un écrit publié vingt* qffato« ans avant sa condamnation. M. Bonnin , dont le nom n'est pas sans quelque rapport avec son^ caractère) est un citoyen paisible , inoffensif , un père de famille estimable j un (écrivain instruit , laborieux , dont la conscience y la raison, la probité , ont constamment dirigé la plume , et cependant il est k Sainte-^Péla* gie !•..•• Peut*-ètre suis* je encore plus étoivié d*y trouver...

- Le Page (Marie-Augustin) , fils de M. Le Page y arquebusier de^Pempereur ^et né kPa^ ris en 1790.

' 11 avait dix-huit 'ans , et venait d^àchever ses études au lycée de Versailles, où il laissait la réputation d'un dei meilleurs éièves de cet établissement, quand il psotit pour l'Es* pàgne en qualité de sous-officier : deux ans après il entra dans les fusiliers de la garde. Sa faible santé le força d'accepter son congé ^de réforme au commencement de i8i!3.

Il allait rejoindre son oitcle maternel (M.

Deslandes, secrétaire intime du roi Joseph Napoléon ) , quand il apprît k Bayonne que cet oncle , hoiiimê de beaucoup d'esprit et de mér^

iSq PfiTrrs

9i«e , sorti de Madrid aom Fesoorte ^nn rkJid eoQvoi^ avait été massacre ^ quelques lieiiel d'Hiéron ^ dans les ; bras de sa femme y mie Artfiza y fille de l'iateadant de Cal alogôe* ( Je me suis soaveiitt que cette scène déploraMe ëlait un des ëpisordes les pins touchaas du hetm taUeau du général Lefcuoe. ) Madame DesIfiQ<« des fut traînée m omis k la suite de Misai contre la sœur duquel oetle diim« lui. eufio échangée. C'est encore uue <»vcamtâuce k re-r Ittarquer que ce même Miuâ ^ quelques aonées après 5 fut renfermé dans ce ooriidor re«fe de SÎQirte^Pëlagie, o« le neveu de madame De»<landes se trouve en ce moment.

Après un séjour de quatre ans k Naples chez us de ses parens , receveor-géséral de la province de Bari^i Augnstid Le Page revient k Pa;ris en 1816^ demande , comme le barbîec Fir garo y de quoi il est question ^ el comme on l'assure que la presse est libre y k GosdUtiou ^pk'aa ne parkrar ni de politique , m de pbi^ lôsophie f ni de religioo , il achète le Coéunier êks Spectacles ; se (ut-tl mis* uae pierre au cou! On 1 -accuse d^avoir p*rié| cta d'avoir laissé parler de politique par ALLiTstov ^ el le. trir bunal le con4am»e k uft^mois^puÂs k deux^ puis k six Mois de prison» Le seul titre Httrraire ddnt M. Le Page veuAle se préTisdeir est «le chanson ^1 vtngi-quaitre couplets ^ ia^ tkalée I0 Jammie dm L)'céén ^ dont* huit ccdr

BIOGRAPHIE. iSl

léges se sont dispute la palme. De tous les dé* tenus 4ê Smle-Pélagie pouf dëlhs politiques , M» Le Pi^e est sans doiUe cekit qui doit se plaindre et s'étoatter davantage de s'y 4foi>ver : l'uriMUMlé de ses Aiœurs ^ k sagesse eittième de ses epinÂons et la douoéur de soti curaetère semblaient le mettre à Fabrt de toute espèce de démêlé avec la polâee :. conimêit ae ffiit-il q«i'il soit k Sainte^Pëlagie ?

Je ne lierai pas la même question k pro*pos de

AL Marchand. Ce jeune homme, âgé de Tingt-cinq ans, ridiez instruit 9 spirituel ^t modeste , a été condamné k six mois de prison pour le £ût de lettres écrites aut }Urés dans Vaffaire de la RocbeUe. Il impoïte peu qu'il se soit conduit dans son procès ftyec une grandeur d'âme dont il y a peu d'exemples} qu'il ait pii$ sut lut seul toutes les char* ges d'une aoçusation k kqueUe il pouvait, dit-on , rester étranger 9 qu'il soit dans sa prison un modèle de résignation , de bteté ^et de hi«i- .faisaace; qu'on puisse citer de lui les traits tes plus honoraUes ; la justice n'avait rien k voir k toutes ces qualités de son esprit et de son cœur ; eUe avait k pronontset sur une action que la loi condamne, et' dont M.. Marchand s'est reconnu l'auteur*-

Quant k M. Ch AUFAHii { MicM ) j élève en

'l32 * PETITE

* pharmacie, à^ de TÎffgt^atre am, (Sôfiraiocu d'aroir crié de toiles se$ fof ces ViVB MaîWel ! sous les fenêtres de ce député le 3 mars iS^S, j'avoue qu'il faut'tdttt le' respect qnc j'ai pour la jasttce^ et toute la déférence que je porte k ses décisioùs pour- ne pas trouver un peu sévère la punition' de huit mois de prison, inffgée )i ce pauvre petit jeune homme y pour une action que je crois , en înon àme et conscience, d'autant plus innocente en elle-mètne que je l'ai commise cent fois ; et que je me sens toujours prêt a m'unir , de cceur et d nitention ^ tous ceux qui crieront i^we Manuel y int^ la Charte , inVe^ la France , la gloire et la liberté f

Si j'ajoute auiL six personnes que j'ai déjii îDommées un autre jeune Manuéliste ^, }e Hbrsrfre L'HiiilKer^ dont là pénible situation doit exciter l'intérêt > et trois militaires dont l'éloge est ici dans toutes les bouches et dans tous lès oœurs, on connaîtra ,- non pas tous les habttans du ^rridor i^uge, mais du moins

•tous ceux qui s'y trouvent détenus pour délits politiques; Je ne veux cependant pas ter-

'/miner cette petite biographie sans faire men-

* Cett le nom qu'on, donne à Siiînte-P^la^aïuL jeunet gent conclaiDnés pour le même fait que M. Chaufard. Je ne dois pas oublier de dire que deux autres Manuelistèt sont détenus dans le corridor àé la dëtetxtîon/(yo7. la omicMnecoiteolatioD vPH[e i4>*} , ■ • ^^

BIOG&AFHIE. 1 53

ction^ cainme je l'ai {M'omis 9 d'un de sois plus aimables ooinmetiftaux y qu'une mesure particulière a sëparé des prisonuièrs pour dette» , qui habitent un. autre corps de logis.

- GusTATB L. D£ B. , ex- lieutenant de cavalerie .et membre de la Lëgion- d'Honneur, •partît pour l'Amérique deux ans après le licenciement de l'armée de la Loire* De retour k Paris , et lancé dans un monde brillant 9 où le goût du luxe 9 le. penchant aux plaisirs l'en traînèrent k des dépenses excessives , le désordre se mit bientôt dans ses affaires, et lui fit accueillir tous les projets que des amis dangereux lui présMitèren^ comme moyens d^ les réparer; l'un lui fit partager le plan d'utte spécula- .tion qui accéléra sa ruine, et l'autre, en l'initiant ^aux mystères du jeu de la Bourse , ouvrit l'ablme. où s'engloutit bientôt la plus grande par- .tîe de sa fortune : sa perte consommée, ses .amis l'abandonnèrent^ comme c'est l'usage, et le livrèrent aux fureui^s de ses créanciers*

Arrêté pour dentés en décembre lêao, U fut, conduit k Sainte-Pélagie , et consul quel- :ques jours après un projet : d'évasion qu'il, ne tarda pas k réaliser.

Gustave n'avait- pas tout perdu : il lui restait un ami qui venait chaque joui* le consoler dans sa retraite. Il le mit dans, la confi-depce de son projet , et , gr&ce aux sioins de

l54 «TTTIfi

i'amîtîé Ift ^as actite «t la plus haféniexae'^ Je ftocois cQUFimna son eotMfriae* Oustare parvint k s'év»kr de Saiitte^Pelagie le i5 jen»yier 1821^ par ub moyen «fui ferait koàncur k l'imagination de Tauteur dramatique le plus habile 9 et se mît k Tafari de toutes les rederdbcfi obei celui qui lavait aidé k reeoa*- ▼rer s» lti)erié* M. S^^^, cet ami àèrmii ^ redoubla de soins etde iièlé pendant kii dix jours qne Gnatave resta kms'm |;ardef mais celuî^i craignant d^abuser de. l^ospitalité: gé<nércnse qa'il reee^rait tÊuyea tant de »ecoonaii- ^nee^ prit k parti de s'expatrier une se^ ^e^nde fois et de résumer en Aménufoe.

Le jour mène &%é pMr son départ il i^'té^ tait arrêté dans un eafë;il Ksait les papiers pu»- Uses» Un de ses aims d'autrefo» le reeotifiift et riq)pela par son nom* Ce nom dont les {otirniNft avaient retenti depuis <pielqnes }0Uî8, frappa l'attention d'un de ces msérables dont Finfamie est devenue une profession ; il suivit le fugitif ^ et dçs qu'il se fut assuré du lieu ob le lieute^ nam Gustave aUait attendre sa cbiaise de poste y il courut en hâte k Sainte-^ëlagie et vendit pour deux mille ffnnés au concierge de cette maison le secret de la retraite dé son prisonnier, qui fut arrêlé de nouveau au moment oà il montait en voiture et reconduit en prison.

Au bout d'un mois d'une surveillance égfr^

BIOGRAPffîB. l55

lement incommode pMr le concietf e de Sainte- Pélagie et {K>iir te prisonnier, celni-oi eoasen* tit 11 des4seiidFe an corridor v^mgey oh il est rëtabfi dane ton» les prmiéges dont fouissent les détenus poor dettes.

Qoel(|He9mois après sa réint%ratioH k Sainte*^ Plagie ) Gustave fit k ses ^créanciers des pro-* positions ^ fur^M assez ISen aeentillies; déjk »èiBje A se iatfak d'obtenir sa libertés Un seul écrou cependant effrayait ses espéranees y citait celui dune j«une et jofie créancière; die croyait se venger ainsi de ^infidélité d^in aimable débiteur qui n'avait pas cessé d'être son esclave j aussi lui adressa-t-il les vers sutvans :

A la plus jolie des créancières»

fin 4ëpit de» fxnft noa eonvrom «

C^st à loi q«f iiem , wiçn «of^ ;

Toi qfii nue ti^os sous les yerconx Pour me punir de cette erreur étrange Qui me fit te signer plusieurs lettres de change , Et garder l'anonyme s)u h^fi. des billpts doux, •

Dans mon âme ilëtrie , éteinte , * IiepMûiP fût. place. BUKr.eiiuNr4sj|

St J'ai lu chaou» de mes torts

Sur c^ayie mur de cette enceinte*

' Ah ! fallait-il une contrainte

Fow «ef doi^r pris» de e^rp» ^

IfS^ Qo^ère de I^""'* A« F;, ^e tJAt p9» foolm»^

l56. FBTITB

Satnte-Pëlagie et signa la letée de l'écrou : on ne m'a pas dit k quelles conditions.

Mais les négociations entamées arec les autres créanciers n'eurent pas une aussi favorable issue , et Gustave prit dës-lôrs la résolution de* ne plu^ sortir qu'au terme de la loi du sijûur quinquennal* Voilk deux ans qu'il vit au corri-^ dur rouge j partageant son temps entre la mu-* sique , la littérature , et la société de la plus mimable créancière. ' '

J'avais besoin de faire connaître individuellement chacun de mes compagnons de captivité, pour être autorisé a dire, qu'il est rare k Paris même de réuniif dans le même salon des hommes plus spirituels , plus aimables et dé meilleure compagnie, dans toute la force du mot.

Quelque certitude que j'aie acquise par l'exemple de M. Magallon des trattemens odieux auxquels ils sont exposés, la place qu'occupe M* Franchet doit leur donner l'espérancç d'un meilleur avenir;

Il connut le malheur et doit j compatir.

M. Franchet pourràit-il avoir oublié qu'il fat arrêté par ordre du conseil d'état, le iS février 18x1 ; qu'il fut conduit k Sainte-Pélagie et qu'il passa trois ans au corridor rouge ? Il est vrai qu'il n'était accusé que de correspondance secrète avec l'étranger; mais enfin cela passait alors pour délit politique de la nature la plus grave ,

ItlOGRAPHlfi.

et Ton frémit de penser qae sotis le gouvtrae* ment ombrageux où noo5 vivions alors , une action aussi' simple aurait pu être, considérée comme un crime d'état.

Grâce au ciel, M. Franchet a été victime d'une simple mesure administrative > et le directeur de la police d'alors n'a point aggravé sa peine; du moins je n'ai point entendu dire qu'il ait été mis k la détention y qu'on lui ait refusé la pistolcj qu'on l'ait forcé li revêtir la veste bicolore, ni même qu'on l'ait obligé de travailler huit heures par jour k éplucher de la laine ou du coton.

Quoi qu'il en soit, M. Franchet, emprisonné par ordre de Napoléon, fut mis en liberté en vertu d'un ordre signé Alexandre ^ empereur de toutes les Russies. Consolez-vous donc , pauvres détenus pour délits politiques : M. Franchet est directeur général de la police t

lS& VISITE D9B NOTftE AVOCAT.

N'' wv. -^ 5 mai i&a5.

QtJATORZIÈME CONSOLATION.

y MITE iNK lîOXBJS AroCULT.

rt oiT«( y^oDS de recevoir la visite de ]M. Dapia 9 uoûre avocat. liloua avons einbrafi&ë corâial6ine«t rélo(|uô0t défeBse»r de tant d'illustres victimes de nos dissemioBs politiq^ues»' Il regrettait d'avoir échoué dans notre affaira ; mais oaua voyant ' très-»peu disposés à ih)us> pl«»dr€^> il abandonna ce snyet et me dit, en jetant laa yeux autetir de Jni: <( Voilk donîc ee qn'tm appelle le salon de coo^pagnie? les meubles t^tJk sont pa& aamptuei^ , et les d^mes qui vous rendent visite doivent trouver ces sièges un peu durs. Mais savez-vous qu'il n'est pas facile de parvenir jusqu'ici ? Il faut presque autant de formalités pour voir un prisonnier que pour aller soi-même en prison. »

— Je le sais ; les verrous de Sainte- Pélagie seraient restés inflexibles , si vous n'aviez été muni d'un papier signé -Cléau , qui vous oclroie la liberté de passer sous le guichet. On a dû prendre votre signalement : yeux vifs, nez gros, petite bouche, et le reste.

DE NOTRE AVOCAT. 1 Sg

^ Justement; mais ee qui n^x surpris, c'est qii^att Kcu cte rae dtenner «te sente permission pour vous voir tous les dfeiix y on: m'ait oblige 4'en prendre dciK. Ge double emploi m^a paru ioutSé ; je Pai fait •bscrver "k M. Cléâtt qui n^a tenu compte dfe- k remarqué , et qui s'est contenté de sourire en mé demandant soixante et dix centimes pour le timbre»

— Vous voyez bien que c'e'taît pour obtenir de vous quatorze sous au Heu de sept qu'on a doublé votre permission. Les pareiis mêmes du détenu sont aoumis li cet impôt. Une merre ne peut venir pleurer arec son firis, un^ femme ne- peut embrasser son mari sans Fa pemris^siiHi' de M. Qéau et sans avoir soldé son compte. Le fisc spécule sur la tendbesse et sûr P^amfrîé, sa pompe aspirante est tou^our? et» Aiouveménf. Mais vous, qui êtes Foraclê de notre barreau , et qui parcourez sans vous ^arer h dëdale de nos lois, dites^mot , je vxms prié , si cet impôt d'une nouvelle espèce est bien légal ?

— Je suis sûr du contraire , et en vorcî les raisons : la loi sur ïe timbre porte que dette contribution s'établit sur tous fes papiers destinés aux actes civils et judiciaires , et aux écritures qtif peuvent être produites enr justice et y ftire foi. Oh ne peut doaic Kgalcment appliquer la loi du timbre k d'autres

lio VISITB

actes* Cela est si vrai qu'il a fallu des lois spéciales pour l'étendre, par exemple, aux bil^ lets de loterie.

•— Voilh donc un abus de pouvoir, bien constaté, une contribution illégalement imposée , et quelle contribution ! Vendre les droits qu'on. tient de la nature! vendre k un fils le droit de consoler son malheureux père ! Ne vous y trompez pas; cet impôt, librement voté par la 'police , rapporte des sommes considérables.

— - Cela doit être. En quittant M. Qéau, et en traversant la pièce qui précède son bureau, j'ai vu qu'elle était remplie d'hommes et de femmes couverts des haillons dC; la pauvreté. Ils venaient déposer entre les mains, de l'employé dç l'administration ^e la police les trente*cinq centimes qui auraient acheté , le pain de la journée. Si l'on considère la foule des détenus qui peuplent les prisons de Paris , le nombre encore plus grand des visiteurs , surtout depuis la loi sur la liberté de la presse^ on se convaincra facilement que l'impôt des permissions timbrées doit produire une assez forte somme. Je regarde cette perception cpmme im abus , et j'avais presque envie de dire k M. Cléau : Mais , franchement, monsieur, il vaudrait mieux mettre sur votre porte bureau du timbre que bureau des prisons. .

DE NOTRE AVOCAT. lil"

^-^ M. Ctëan n'y peut rien. Il remplit son p^tit ministère avec conscience, et même avec politesse. La responsabilité doit tomber sur ceux qui' ^ sans le secours de Pautorîtë législative ^ ont étendu arbitrairement la perception de cette contribution. Mais je parlé de responsabilité comme si ce mot n'était pas vide de sens aujourd'hui. Peut-être reprendra-t-il plus tard quelque signification. En attendant,- 1 abus subsiste, et vous ne poln*rez Voir un prisonnier sans payer sept sous \k M. Cléau.

J'en étais Ik de ma conversation avec M. Dupin , lorsque mon compagnon de captivité prit la parole. « Nous n'en finirions pas si nous voulioils parler d'abus. » Laissons M. Dupin satisfaire sa êuriosité. Il semble regarder avec attention quelques{-uns des détebus pour dettes qui dans ce moment occupent notre cour, ou, si vous Haimez mieux, tiotre jardin.

— Quoi ! c^est Ik votre jardin ?

- >— Oui : la jouissance en est partagée, La politique s'y promène dépuis six heures du ma-tin fttsqu'k midi $ alors la dette s'en empare, et ne le quitte qu'k quatre heures. Depuis ce moment 9' jusque sept heures, la politique peut y rêver k son aise.

— Dites-moi , je vous prie , quel est ce vieillard k cheveux blancs , d'une physionomie dis-* tinguée, vêtu d'une redingote bleue. Je le vois qui se promène seul d'un air assez triste.

l43 VISITE

. -^ C'e9èM. le «ifiiffHis de la Roek^-tAj^m» ^ dont le pcQc^ ea illUvdieAio» fr.faît ^^ hcuit dans la société* C'aat ua Usut^Bant-^aii^ ralqoî, daw kra tenfHi U$ plitaorageoi^» servi la W!S^ rojalaaveQ dévoneaiieAt. Soit ftU est pAÎr de7i^aac/e y ^s parena oai»ipeoA à la eoov de ]iaiUes.Gbaagea9.at U cal li Sâînta-PëjUpab

, — Je plains, ce vieîlbtd^ il a Paîf v^cdbiei ètrëaigné^

-*!- Il in^ive de Vû»térèt k tans eeox ^ui le voient. Mais il ne vient poisljcî dliQniiaes "de COI». M. le «arqiiis de la Roqhe*Ay«ioii. ne serait pas k Saiote-Pélagie a'il a^pparleMÎI & une

ncl^ famille de pLâbâ«96i

, •— Ces dâteims soat^ils as3i4éits aiax whfm xnesivpes de psécautian ^eleaaitpea pmcmiûorsi? -^ Le traiteneut asi le raewe à qntelf »e cboae près. Us ont de pW ^iie lea aiitreala fac^é de* recevoir indistinc^eateftl dons leuii ohao^i;et(^iia ceux qui leur rendeat visite. Mais on. les sur* veiUe avec uoe a^teptioa d'aiMnrt plus socapii* leuse (pie le coacierge de la mimwa^ esi aes|KHiH sable e];Lvecs Les 'Caéaneiera du SKNatent de la dette de celui qi|i parriendrait \ a'^ad«r » et cette responsabilité esl plus sérieuse qwue oeUe des ministres.

. — ^ X'aperçoia panai eui de& bompfts ^p!^

leurs mamejrea ei \ lei^ra vèteBoeiia eia paeodu^

pour de simplss ouvriers. , \

— Vous ne voua trompea pas» Il est fel de

0E MOTRS AVOCAT. l43

€0 ptiaofiBkn i)ni n^st détenu ^«e pour tsent ûmqakw^im dmxonu irnosi La. oontnitÉie fMT coqpa n'avisât f wir 4]lij«t qm h> sâieté .du eiHBtBtrcc ) «ti patmi ces dîox'oeDto pmiHniieDs nous jw tnNiveoBB peut-être p«B .di& cMiincinr ^ffkfts» €e&s»«i sont trop «droits pour «e krissor entêter ; ik Mirent «onunent on tratisigc otoc 4e5 ccéâiimrs. La riguenr de la loi ne tombe gënfralement ^pae sur des kommos ârangen $mx, ^liires^ et: ifas oit leu I^inipiiéTayance d'^ndos^- «cr et .dedgiiec des lettres de cbaDge* C^est ute qui était arriré k M. le marqwn do Montclienii* — *• Qui donc? le marquis de Montchenu , commissaire du gouvernement français k Sainte-

«t^ Lui' «rime en porsonne j ees eoéaneiers ne lm»oiit pas lenn^ompte du voynge qu'il ji entrepris', iOC Tomient snkeimanieoieBt ëcroué à Sainte- Pélagie- io dois afouter, pow l'konJieqr.. do qm il appaftieut 9 qu'il o'est resté que trentesix heures en prison. Si je ne craigoaiB de vous donner «me mauvaise idée de mon caractère, je vous dirais que j'ai regretté qu'il (ut sorti de cette maison lorsque j'y suis entré ; je n'aurais pas été fâché de voir 4ti>figure que faisait en prison un homme qui doit si bien se connaître en captivité.

— Son captif a bien souffert dans sa prison.

Mais vous, comment vous trouvez-vous de la vétre?

1 i4 TISITE DB NOTRB AVOCAT.

— Personnellement nous aurions tort de nous plaindre* Nous^derons au coiKsierge de Sainte- Pélagie > cette jostice^ qu'il n'a rien fait pour aggraver notre position ; il est mèine probable que les abus que nous avons remarqués dans le régime de la prison seront pris en considération par l'autorité. J'en juge par une conversation particulière xpxe j'ai eue avec M» BonneaU) Pinspecteur*général« Il serait difficile d^ montrer plus d'humanité et d'amour de la justice. Mais y si les obstacles viennent de plus haut j il écbouera. . .

— Que nous veut ce gardien . qui s'avance vers nous ?

— Il vient BOUS avertir que les heures consacrées^ la réception de nos amis sont écoulées. Nous allons vous accompagner jusqu'à cette porte; vous nous excuserez si- nous n'allons pas plus loin. Baissez-vous pour sortir.

-^' Ne faudrait-il pas se baisser beaucoup plus pour ne pas entrer ? .

FOT-POITRI PHILOSOPHIQITE. • l45

N<> XV. — 4 mu* 1825.

QUINZIÈME œNSOLATION.

POT • POVRI PHÙASOPBIQUB.

jy 'est-il pas vrai que le corps d'an homme ne peut se trouver que sur un point k k fois?

Qu'ûnpprte donc que ce point unique soit in- ^ diqué par le caprice de Pindividu, ou par celui de quelques gens vêtus d'une simarre et coiff/s d'un mortier? La chose importante v en qiiel* q^e lieu que vous soyez ^ c'est d'y être 'bien avec vous-même. .:

L'emprisonnement ( dëgagë y il est vrai y des souffrances physiques de toute espèce ulont les exécuteurs de notre code Draconien ont su l'enjoliver) n'est que l'obligation de séjourner dans le même endroit , aussi long-temps qu'il plaît k ceux qui vous y envoient. Cette contrainte est bien peu de chose pour l'homme dont la vie est dans la pensée. N'est*ce pas dans l'isolement que l'âme apprend b connaître toute sa puissance; que l'esprit, forcé de se replier en tous sens sur lui-même, s'interroge, ie pénétre, et,, comme aurait dit Montaigne, se tâte dans tous les points ? . . .

j46 pot-pouri

DoBMz donc tmx «crÎTams de bonites lettres de cachet, . de hoas bàdberâ^ de bonnes geôles ; le talent périt faute d'acages^.£âmBie.ka vaisseaux dans un calme plat*

— r Qu'est-ce que le talent «t mène le génie? La faculté de tirer an profit des autres des jouissances nouvelles de ses études , de ses souvenirs et de ses impresamM» CooniMt arriver ii cette possession entière de son être moral sans se conoeifetor m ftOB^mâme ? saos dnéer , si j'ose m'expri«ier ainsij» le vide makmr de-wi ? Tous oes avamages., 1« prison vous les pmcwe; om cah- Vient «ssesE généraknent qaè les tcibusam ne Vièffurgmetti poiat aux gens de lettres : donc les IdMistfMix MMiesit k mnldplîar en Fnmce ks ïMsmH de gâiie et de talent* J«s sèmerais fps étonné j cependant, que ceux-ci ae cnasent Jàshfiensés de la receanaîasanoe.

*-- JU« fféjNitaÉMa tac ane sorliB 4'ciîstwioe M l'on n^est pas. La prison, Fabaeace om la mort ajoiUîe^ toujouss quelque cbose k la mcîllebre (m k la pl«s mauvasse^réputatioa.

— Il jr a des gens d'usé nature ai înduU gente qu'ils tmt bèsoîn d'une grande injustîœ pour se déterminer jk Jiaïr : juaquf 4k le méfns leur suffisait»

** Si les occaaioiis .de faire des malbeupcw sont trfes*firé<pientes pour les hommes puissaMa, on coavîendra que cenxjde notre (^<pi» x^'en laissent échapper aucune.

PHILOSWHIQtTE. l4^

'■ «^ Bit Willîftni J0M6 parle d'an ^ftys , sut les bordé dt Tladiu ^ oà ^ tous 1^8 dhc ans^ $ les JHgemeng des tribuiieiix sont rtf^iséé par^un eoDseil suprême* LfS coadamn^s peuvent s'y porter aeeusateiMS 4e leurs juges , et s'ils par«» Tiennent k prouve? leur innooence > les mi^s*^ trats ) k leur tour , «tibissent l'arrêt qulls ont tendu» Sir Willtatti ob^erye (]ue le ^^tnial sur prême n*est jamais coniroqué ^ ciroonstaiice ^ aj^9ttte^t4l y qui ferait lafiiiîmeBt d'honneur aux juges de ce pays s'il y ravaît quelque eUeift^ de ^ondaBHié qui survëeût dix ans k sa oon^ dttnnàttou*

— ' Quel est le philosophe qui a^it que Pea^ pion dé police est un homme prudent et timide qui a pesë tous les iuoonvënicns de Vittat de Toleur et tmm les dangers du métier d'air sassio ?

— Un livre curieux k faire serait celui où l'on indiquerait par quelle échelle de bassesse j d*injiistice et d'impudeâoe i le plus mtfdioore 9 le pl^s méprisable et le plus médiant des bornâmes est quelquefois parvenu k se faire appeler ^otre exeeliencê.

•^- La Flore française s'^est ennehie d'une plante étrangère qui ne fleurit que tonis les trente ans ) cette plante ressemblerait k la lin berté, si cette dernière avait déjk, comme l'autre y fleuri sur nôt^ ëèh

— L avantagé et l'incoBvénieiit de la pn«-

l48 POT-POITRI

son , c'est que tout y lairque ; comme le sou le plus lëger fait hruit daus le silence.

— On ne parle jamais mieux de liberté qu'en prison.' Milton se travaillait k son Éden que dans une cave ; Apollon rendait ses oracles dans un souterrain de Délos.

— D*éch6s en échos une légçre injustice se propage ^ se grossit ^ et finit par faire autant de bruit qu'une grande cruauté.

— Les grands espaces nuisent au .bonheur ; en toutes choses on a h^soin de voir ou de sentir des limites : c'est pour cela que Milton imagine un paradis d'une petite étendue y et un enfer immense.

. — Terminons cet article ^ où l'on ne trouvera d'autre liaison que celle du lieu qui les inspire ^ par une anecdote que le souvenir doublement pénible des frères Faucher rappelle k mon esprit.

Si la ressemblance des frères entre eux a souvent produit des méprises funestes, elle a, du moins une fois • donné lieu k cet exemple d'un dévouement héroïque.

Les frères Montain , tous deux médecins distingués', exerçaient li Lyon, leur patrie , un art oii ils s'étaient acquis l'estime et l'amitié de leurs concitoyens , lorsqu^'en 181 5 tout ce qu'il y avait de Français dans cette ville se fédéra pour opposer au torrent des armées étranglbres une Âîfense nationale.

PHIU>SOPHIQU£. lé9

Le docteur MoBtain aioë se trotiya compromis dans une affaire, de conspiration y et fut cond^Ainé k ,cinq ans de détention. Il avait déjk passé plus d'un an dans une prisou de Lyon, très -malsaine, et dans laquelle il avait contracté des douleurs si vives qu'il avait obtenu d'être transféré k Paris , et d'achever k Sainte- Pélagie le temps de sa. détection. En sortant des cachots de Lyon le docteur Moqtain était perclus au point de ne pouvoir se traîner qu'k l'aide de béquilles.

Son frère l'accompagna dans un voyage qu'allongeait beaucoup la correspondance de gendarmerie, qui ne fait que trois ou quatre lieues par jour : cependant le grand air et l'exercice rendirent quelque vigueur au ma* lade.

Arrivé k Paris , on écroue un docteur Montain k Sainte-Pélagie } les deux frères s'em**brassent tendrement et se séparent.

Une semaine s'était écoulée , et le prisonnier venait de recevoir une lettre par laquelle il apprenait que son frère était en sûreté dans une ville de la Belgique ; il demande alors k comparaître devant M. le procureur général ; celui-ci se rend k la prison , et le docteur Montain lui déclare qu'il est retenu par un acte arbitraire j attendu que ce n'est pas lui j mais son frère qui avait été condamné k Lyon.

L'enquête ordonnée sur>-le-champ prouva

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eâ efei que le plas jètine dés deux fteres avait tronri le moyen , dans k nnite, de prendre la place de son atné y et que . oeliii qui avait été écroué k Sainte-Pëlagîe n^était point oelni qu'avait frappé Parrèt*

On ne trouva dans le code aucune lot qui incriminât cette action gënéreuse , et les deux docteurs Montais se trouvèrent ainsi rendus k la liberté.

-r- Les mémoires de Sainte*P^agie seraient un livre curieux k faire.*.*. *Py songerai

REM* SUR LfeS MATS. DE D fcngNTIO K. 1 5x

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