‹ Les hermites en prison, ou consolations de Sainte-PélagieChapitre 64 sur 86 · BE NEW -YORK · texte numérisé non relu

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qu'il soit possible de voir. Ce n'est qu'après Iff plus vigoureuse résistance qu'on s'est assuré de lui. Il a fallu dix hommes pour en venir k bout, et il en a blessé trois grièvement.

Tout enchaîné qu'il est, il voudrait se débattre encore , 6t on ne peut l'approcher qu'avec précaution.. »

-«- « Et où est-il maintenant? demanda l'insj^ecteur. -^ Au greffe, avec le geôlier', deux gardiens et quatre constables. »

•— « Suivez^moi, nous dit l'inspecteur, je veux parler moi-même k cet homme , et le ramener à une situation plus tranquille. Je lui ferai comprendre la foliç d'uQe révolte contre la nécessité. »

Je n'oublierai jamais le spectacle qui s'offrit k mes yeux lorsque nous entrâmes dans la salle du greffe. J'aperçus un jeune homme d'une taille élégante, du visage le plus noble, que le mouvement convulsif d'une furieuse indignation n'avait pu parvenir k défigurer. Je le considérai avec attention. Ses yeux pleins de feu annonçaient une âme ardente. Il avait k côté du sourcil gauche une légère cicatrice qui ajoutait k l'expression de sa physionomie. Ses cheveux, d'un châtain clair, faisaient ressortir la blancheur animée de son teint. Il était en tout si remarquable que je le peindrais encore de souvenir si je savais manier le pin^ ceau.

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Ce ttalheilirei»: ^vitk Im pieds et les muos liés av'ec de flpjRûsses aaB4és>) et U élait sontentL pan deux bomne» qiiii af aient \u frajreOr f«ÎD«e &«& le yigdgie.

« Qtt'oti détaeheces liens! die gtav«»eBâ Te vénéraUe iae^^tieiur- )i

« Prenez garde k ce qne vous. aUea feke, i«« pondit l!uai des coflâtebleSk CW «bn^ faûeux , capable y s'il est reiiy«.en Mbesté^ d'assoflunee toute la prisoQi II v^aiMbraii mievï ^ «MiînteiUMit <|a'il est gaFcofilë , k jeter toiu sîapkiaeiu dans UB eachot , et l'y leiseec mouiîr de fliî«k Ces! une bête âfitoee «[u'ob B*ai^riv«ifi€iia -jamAisi. »

— « ]Ne parles pas ainsi ^ répli<|pa l'iaspee^ teur , n'insultez pas \ Fhumanité j même dans se^plus dépU«ableség^remeii& Qu'on né de^âne le bulletia du* psisenAier I ^>

Le con&tabie Lui remit ^ selon l'usage 9 M papier ^jui r^Bifecmail; en akrégé le récit du ciHiae p<mr leqiuel le piisonfûei; avait él» cob^ damné ^ des drcomstaaces de soa pcocèsf, et ua aperçu, de aoa caractère, tnaeé d'a|prèft dtoa.î«rfbn&atiots pvisea sur sa vie passée.

JL^ès avoir la attentiv-ement ce bulletia-^ « Heurjf Fiu-Allas. V ^i^ ^* Patterson , je vais faire detacliar V4)s liens. Pr^nàetlez-moi-de ve«is efcsteiiîr de tout acte de violence. £IU serait inutile , et vous exposerait k des: mesures de iv> gueur {ue vous pouvez éviter* »

— « Je ne promets rien , répliqua le prison-

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])ic^ d*iin-tOBlaca«Gh6 ^, bonunes iajustâs et barbares, délivrez-moi de la vie, c'est le seul aer-. vicf ifi/è tous. {i^ttifiisiâZv me tendre. »

--^ <i. Est-ce qxie v^us doutez de la jnstice de votre condamnatioa? N.'a.vez-YQua pas attaqué Patrice Burke , votre compatriote,, nt Favez- ¥04i6; ^s rois e^ daigec de la vie ? »

— « Les lois me refusaiioiit jjustXce,, j^e mêla sui& iailfi k moL-^même „ j^ai usé de mon droit JïM^fiL » . .

^--r « L« drov^ de sa tendce jiustke ïi soi-même exi^daiis les forêl{s,<iu!Iiabiteut les sauvages ,, meifr-UfOo dans. les. sociétés policées^ »

— -- a J/ai (jttitxé nMD. pa j» pour v^ngier uae injure ; je croyais trouver la liberté dans cetia c^ubliqne si vantée :. me voilh dans les fers» »

— <(C. Le crinte vous y a coinduit ^ la. j^ustice. Yom,^ cetient f le rjepenxir peut vous: en. tirer. Ëst-^ la liberté du crime que vous ceiojptieZ; tcoi^v^E parjni nous? Voms l'aurie?; plutôt reacontrée sous le despotisme f c'est ïk seulemeni ^^clle.peut exiatei:. »

— « Je JD£ sentais né pour lecomniandemeni^ et je suis esclave. ^)

-^ « Esclave- du, vîce^ j'ea conviens.- La v«rta,pÊut biiser cette servitude. » .

— « Que voulez vQu&.faire de moi ? »

— (ir lia bosnéte bovine y un boa citoyen ^ vou3<dpf)ner des idcesi justes >. voii3 inspii:er des seatimens bonoraUes ^ adoiicir U férocité de

VOS moeurs , tous habituer k Porâlhe et au tra*

vail. » '

— « Que dites-vous ? des travaux forcés ! i»

— - « Non, vous solHcitcrea vous-même le

travail comme une faveur. )>

-— « Jamais ! »

-^ « Avant trois jours* Mais vous souffrez $ votre situation m'afflige* »

— <( Est*ce que vous plaignez mon sort? »

— - « De toute mon âme ; et je voudrais Fa-'

doucir. » Ici M. Patterson fêta dé nouveau* les jeux sur le bulletin , parla bas k Van des cons«tables, et /revenant au prisonnier , lui dit avec véhémence : « Malheureux • vous vous déses* pérez 9 et vous avez une mère ! »

A ces mots la physionoinie du jeune homme éprouva une altération soudaine. Ce nom de mère avait pénétré jusqu'au fond de son cceur y et , malgré tous les efforts qu'il faisait pour se contenir y de grosses larmes paraissaient prêtes & tomber de ses yeux» ■ ^

<i Détachez ses cordes ^ dit M* Patterson d'un air ému , il n'y a plus rien k craindre j je réponds de tout* »

Henry fitz-Allan gardait le silence* Les nœuds des cordes étaient si fortement serrés qu'on fut obligé de les. couper* Cptte opération finie y l'inspecteur dit au gardien : « Vous voyez que les vêtemens de ce jeune homme sont en pièces y que son corps est couvert de. poussière, con-

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dirôe3-^le aoBain , et doonez-lni un hiabiilêineQt propre. Vous nous le ramènerez ensuite* Fits^ AUaii , swTee cet homme i'^t soÙTenez » vous quev^oug avez une mère! »

; A ces paroles prononcées d'un ton patriar-^ cal, Henry baissa la tète , et sortit sans proférer un seul niet;

* « IL est vaincu, nous dit Pînspèeteur; j^aii YU par son bulletin que sa mère réside ^ New»^ York, dans Bro8â^$itre<^; je lai envoyé cherchée. Sa présenoe était le dernier moyen que je voulais employer, et il était infaillible. Nous n'iarons pas eu besoin d^en venir Ik. Je parierais bieu t|ae le cœur de ee jeune homme n'est pas entièrement corrompu. On me Va. dépeint comme un difisipateur adonné au jeu et h la débauche, et capaUe des plus grands excès. Nous lui ferons suivre un régime approprié a ce genre de maladie. Les- liqueurs fermentées lui seront interdites j une nourriture saine et rafraidiissante adoucira son sang, une occupation régulière fixera son imagination, et de sages conseils éclaireront son esprit. Nous en ferons un homme nouveau. »

. ^* Je hasardai alors une parole et je dis à rinspecteur : « Mais Vil s'obstine k ne pas trar- -vailîer. »

. ; — « Cela ne s'est jamais vu , répondit M. Patterson. Nous av<ms pour vaincre l'obstination des prévenus ie cortfinement solitaire. Ce sont des

^4 LA PIUSON.

mUaleft de Irait pieds sakr six de largeiiF ^ et*dt iMsiif d'é)ëTatioo< Elles sont très-propes^ bies aérées ^ éoltirées- par im }Our/qm -véent d'une large fenêtre percée k la hauteur de liwtpieds)) -Oflis sans aitres meubles quhm bois de lit ^ un matelas , des draps et des couirerliires. G^st Ik que nous renfermons le prisonnier ^i râffase de travailler. Il y jouit duloisir lie plus comfflet, et ae communique mèiM arec le sileticîeux portedef qu'une fois par jour^ lorsque ôdni«4ei.liài apporte sa nourriture. Jamais lusi détenu y Quelque opiniâtre qu'il, fk^ n'a suppovté plus (k deux fouris cet abandonsement total detout être vi«ifant 9 cette solittide ^ ce âiletice ipie niitte nmik bumaine n« vient intetrompre^ Il réGlaflaetbî&tt^ tôt le travail comme tin bîenféit^ et il estlcèsrare qv^il s'expose deux .fois a ce redô4atable isolement.

-^ «A quel genre de traVatl dcstiliez-Vous ce |eune boÉDine ?

*-^ « Il choisira lai'^niâme* Nous avons, dass lànniaoB des métiers 4le tisserands, des établis et des outils de menuisiers 9, des botttîq[Qes de eordonniers , de tailleurs. Quelques détenus sont employés k scier du niarbré , a le polif , k istite.dcsGopeavt de bois de cèdre, k broyer idu plâtre, k carder de la laine, k battre du cha»- Yr^. Lea plus faibles^ les plu» 'maladroits, épluchant dela.laine , du coton , ^«rin , dé l'éloupe. Chacun est payé k raison de son tràvaîL le

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êtTBin surpris si le noixveau détenu ^ qui a beau* tonp à» forces b dëpenser ^ ne choisissait pas F<Àat de menuisier ; -c'est un des plus lucralifii. AfaÎB j'aperçois qu'où nous k ramène , vous lé trouverez plas calme et plus raisonnable» » ' -

Henry Fits-Allan reparut en effel« Toute sou ënergre semblait retirée dans son ame y et nulle trace de fiireur n'altérait la beauté singulière de ses traits. L'habilkmeiit de la maison qu'il avait revêtu étak propre , commode et décent*

« Je tous revois avec plaisir ^ lui dit l'insp^O* tear^ preneit courage > mon ami , je toi^ que vous n'êtes Agé que de vin^->^rois ans^ Ainsi TOUS avez devant vous un- lon^ avenir» J'ai appris que Patrice Burke votre antagoniste était hors de: danger* Vous n'aurez donc k subir que trois ans ée détention, et vous' pouvez même en abréger la durée pai^ ûoe conversion totale et une conduite régulière. J'aurai les ^eux sur vous ; le gouverneur a de l'amitié ptmr mol., tt il pâurim user de sa prérogative en votre faveur si vous velu rendez diglie du bienfait dé k ifbett^. »

OMnme M. Pattevsen achevait ces pa^oles^, une femme âgée , «'étant . la mère du prisol)etiter, se précipite au milieu de nous et tombe dans les bras du jeune homme. Qui pourrait peiikdrè eette scène de douleur,: qui pourrait ren<hre les génissemens d'une mère ^ redeman*- "dàntson fils et pleurant sur son malheur? Ce

fiit alors que Pëmotîon du prisonnier , si loo^'f temps contenue , éclata sans mesure. Il versait des torrens de. larmes sur les cheveux blancs de^ sa mère y de la seule -amie. qui luireslâtau monde. Opprime de sanglots > .il la pressait sur son cœur. Bientôt après , il la repoussa.

« Éioignez-Tous^ lui dit-il, pourquoi vt)U6 ètes-vous attachée k mes pas? Que n'ètèst^ouB restée dans notre petite demeure ? Vous. y au** riez vécu en paix. Mais je vous retrouve toujours près de moi ^ partout, où le jualheur m^a conduit je n'ai pu vous éviter. Faible, l^ée comme vous êtes, pourquoi traverser les mers et suivre un fils voué dès sa naissance k la mauvaise fortune ? » • . ;

— - « Mon fils! mon fils!' » TeHes «taient les seules paroles de/ la pauvre femme* ... j^ « Retournez \ Derrimore , dans ce. lieu qtie j'ai tant aimé et que je ne reverrai plus! Allez retrouver nos bons voisins qui vous. chérissent , et ne leur parlez jamais de moi. Laissesmoi mourir ici de honte et de désespoir. ». .<

r— « tfon , tu ne mourras pas, .s'éoâa la vieille femme , en prenant les mains de -son fils. Je ne te quitte plus, je veillerai, sur loi. Je t'ai nourri de mon lait , je t'ai , bercé siir mon sein , et tu^ dois meifem^r les.' yeux* » t

: — «^Vous. avez raison, dit M* Patterson j

ce serait le devoir de votre fils de soutenir

, voire courage, et c'est vous qui cherche? a

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lui donner de Téoergie. GoDsoIez-vous tous les deux. Ëaagagez votre fils k la docilité ^k la résignation. Ce malheur qui vous parait si terrible deviendra peut-être, un jour pour vou^ deux une source de félicité. Vous ave^'deux heures pour vous entretenir librement. Ce temps édoulé, RjOHta rinspecteur , en se tournant vers le' gardien ,' vous* conduirez le prisonnier dans la chambre qui lui est destinée, et vous Fins* truire% de ses premières obUgaf^ns. Henry , dit ^inspecteur en s'adressaiat d^ nouveau k Fitz-iJlan) songez que vous êtes ici sous If empire de la loi, que nuUe ^Hiissance humaine ne peut vous y soustraire. Votre mçre vous rendra visite deux fois par semaine"; uiie mauv|tise obnduite pontrait seules vous enlever cette constdation. » - <

. — > « Que Dieu voue^ bénisse ! répondit la bonne femme en sanglotant^ qiie Dieu vous bénisse !.|e ne croyais pas trouver Ici de la pitié. » Nous sortîmes avec Finspecteur qui nous dit:

« Je prévois que le caractère de cet homme nous donnera de Foccupation. Il y a bien un fonds de sensibilité dans son âme , mais je crains que Fhabitude^u vice et la violence des passions ne résistent long* temps au régime qu'il sera forcé de suivre. Ce serait dommage; les mêmes facultés dont il a fait un coupable usage pourraient , avec une autre direction , Félever a une place honorable dans la société.

Paroua qu'il m'intéreftse et }e ne le perdrai pas de vue. »

-^ « Je prësume d'après ses diacours y disîe h M. Patter^iHi , qve oe jewie homme est hlandais. %

— - « Votre canjectnre eât îiBte , me répondit-il ; il est né V Derrimore dans le comté de Ciare. Lea If laadais détenus sont chez nous en plus grande proportion que les autres étran* gers ; c'est qu'en général leur édueatipn est plus négligée. Mais il faut que je vous quitte ; nous aroïis une réunion d'inspecteurs , et je erains de me hke attmMlre. »

Après avoir pris céngâ de ce digne hom-* me y je me séparai du docteur Brown , et je regagnai Pearl-Street ^ oà je demeurais^ réflé« chissant k la scène dont j'avais été témoin 9 et avec le désir d'apprendre ce. que devitodraîent Fitz*Âllàii et sa mère.

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