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% Ce ne fut pas sans ëmotion qne je vis fuir devant mes yeux et disparaître au loin , comme des nuages vaporeux y les rivages escarpes de rirlande. JVproçvai pour la première fois ce sentiment profond qui attache Phomme au soi de la patrie , et qui lui serre le cœur lorsque sa destinée Pentrsdiiie vers de nouveaux climats et sous deft^cieux inconnus. Je tombai dans une longue rêverie ; une foule d^images assiégeait ma pensée ; je me rappelai jusqu'aux jeux de mon enfance, et je soupirai au souvenir de ma mère» Nous fûmes favorisés* d^une heureuse navi^ gation jusqu'b notre. arrivée k la hauteur des Bermudes. Alors le vent contraria notre marche; bientôt le ciel s'obscurcit, TOcéan se sou-lève, un violent orage éclate sur nos tètes.
Le danger n'était point inuninent ; l'expérience ' et l'habiieté dn capitaine Mac-Neil laissaient' peu de place k la crainte ; maïs les mou vf mens bmsques et irréguliers du vaisseau me causé* rent un malaise extrême; je {Passai d'un état inoui de langueur dans un abattement complet; j'étais aniéanti, dégoûté de la vie; j'aurais re*' mercié celui qui, me jetant kla mer, m'aurait délivré de eette' souffrance inexplicable dont Inexpérience seule peut donner une idée. Je descendis sous le pont/ Insensible aux* mu-^ gissemens de la tempête , je* m'étais }elé sur ' un. cidre presque sans connaissance ; je fer* mais les yeux , lorsqu'une voix bien coiiaiie*nie .
liO HISTOlUt IHJ PU9QN)fi£U
r^vdiUa dk mon «ssoupistesieiit et fit en moi utte »atidaùi» révoiulioa» C'étMt e»c0r« ma pait^ vrQ mèfe qui se trouYait k mon io»ii s^r le mëiiM Tmseaa ^ui devail mft Uausporter loin d'elle» » •
K Ne soyes p«s surpiis de me reic > mon chei: eofant^ ne dîtrelle; j'ai appris^ de la bouche mène de Sophie Grabam que rotts élitv k Cork, et )e me suia hâtée de m'y rtadre* Il iie mi'a pas M difficile de découvrir que voua deviez YJùm esabarqueff sur le vaisseau du capitaine Mae^^Neil , et )e me siiia miae au nombre des paasagevs* Absorbé dans vos réflexions, vous ne m'aves point remarquée» Je me couvirais d'«A voile, et i'atlendais l'occaaiou de me mootref k vos yeux sans vous expeaer kune tpop vive eoœmotion ; mais }e vous ai vu makde , je n'ai pu résiater au désir de vous soulager. » . » J^ ne ponvais parler y je me coAtentais de loi baiser k^ msates. Elle'appuya ma léte défaillante sur sea genoux, a Croyez «vona> Henry , reptit-eUe , que je puisse jamais me serrer de vons ? IgmoTez *«vons que voua ète5> l'unique obr jet de mes affieelÎQna ,. le seul liea qui m'atlache k la^vie? Comment pourrais^ je supporter votre absence;? Vous auriez, dû songer k la doule«r qui me: saisirait en apprenant que vous: quîttîen notre pays peut-être pour ne plus le revoir.
Mais: je ne veuoi point ne plaindre de votne caiiduile^ Ne vous décj^^uragez point , mon cher
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fils } le mal qui tous accable n'a rien de dan* g^reux ; il passera avec la tempête qui éé\^ commeAce à s^apaiser. »
» Le ciel s'était édurci , la mer devenait moins houleuse ; bientàt le veni qui soufflait du sud avec fureur tcMoba par degrés. Une brise rafraîchissante » s'élevant du nord -est, eafte noa voiles ; nous voguons légèrement vers hs rivages du nauveau monde. Chose Mugulière !
mon mal sMtait calmé comme les élëmens, et fêtais parfaitement rétabli lorsque nous aperçûmes les c&tes du Nemr-Jersey. Le lendemain malin nous' entrâmes dans la baye de New- York y et notre vaisseau |eta Fancré k PembouchiUre de la rivière d'Hudson. Nous primes teri'e alissitôt ma mère et moi y et nous allâmes loger dans. Broad-Street.
» Ma mère avait cherché a pénétrer mes projets y mais la manie dont j'étais atteint ne m'empèckaît pas de les couvrir d'un voile épais. Je iépoadai3> W ses questim^s 4( que depuis mes - aventures de Dublin ^ le séf ont de l'Irlande mi^était devean odieux ; que }» préférais; un paffs (A régnMt use entité liberté, ou chacun était le maitre de sea actions^ et n'en répondait qu'k Inir^imème ^ qu'au reste , je prendrais un» patli lorsque f'aueais une connaissance parfiûte du paj&. »
» Cepeuidant , je m'étais seetèlement ié^ iSavmé û ïom n'nvaiife pas. efttendn padbat d'un
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Irlandais nommé Patrice Borke , et j'arais ap« pris avec un plaisir infini qu'il résidait k New- York,* et vivait assez retiré dans une petite maison du Bowery. J'allai furtivement reconnaître le terrain. Je ne voulais pas lui faire Phonneur de l'appeler en duel. Il était d'une taille élevée , et d'une vigueur d'athlète ; mais je craignais qu*il ne voulût pas répondre k mon appel, et que cette proie que j'avais poursuivie au-delk des mers n'échappât k ma vengeance. Slon intention était de me présenter inopinément devant lui, de l'insulter, de le frapper , de le forcer k se défendre ; l'idée d'un combat corps k corps avec ce monstre dç perfiklie occupait délicieusement mon imagination. » Ce plan de fureur fut exécuté. Burke descendait avec une femme vers la grande rue de New- York , lorsque je m'offris k ses yeux. Il recula saisi de surprise ; je me précipite vers lui avec une violence extrême , et en l'ac<»blant d'injures. Revenu de son premier étonoement> et me voyant sans armes , il veut faire usage de ses forces. Mais aussi nerveux , et plus adroit que lui, je détourne ses coups ; chacun, des miens trouve sa place^ et produit son effet; brisé ^ meurtri, et couvert de sang^ il chancelle et tombe privé de mouvement* Je l'avoue k ma honte , j'allais le fouler sous mes pieds; mais les cris percans de la fenmie témoin de cette terrible lutte avaient attiré une foule
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de moiîde. On veut me saisjr; transporté de ^^g^% j'arrache de la terre un pieu que j'aperçus près de moi, et frappe sans distinction sur tout ce qui m'entoure. Permettez-moi de ne pas continuer le récit d^uoe action dont le souvenir ,est un remords. Qu^il vous suffise de savoir qu'après une longue et opiniâtre résistance , accablé par le nombre toujours croissant de mes antagonistes , je fus enfin arrêté. Ma condamnation ne se fit pas attendre. Elle me plongea dans un état de frénésie difficile k décrire.
» Vous savez ce qui se passa <ïans le. grefie de la prison. II fallut tout l'ascendant que le souvenir d'une mère dévouée peut avoir sur sqn liJs pour rendre quelque calme. k mon es^ piût. Mais ce fut bien une autre scène lorsqu'on voulut me forcer k travailler. Je repoussai cette idée avec indignation , et préférai le confinement solitaire. Lk , je pris la résolution de me laisser mourir de faim. Pendant trois jours je refusai toute espèce de nourriture. Mes forces s afiaiblissaient, mais je n^en persistai pas moins dans mon coupable projet. Je voyais approcher avec délices le moment où j'échapperais pour toujours aux peines mortelles de la vie, et au tourment de la captivité. M. Pauerson, instruit de ce nouvel incident , venait me voir, et m'exhortait k prendre des alimens. Le pieux ministre de la prison, M. Pownall, s'était joint
k lui 9 mais je restais inflexible. En vain on eut recours k ma mëre, ses prières n'avaient plus de pouvoir sur moi ^ ses larmes ne me touchaient plus , je voulais mourir.' '
» M. Palterson avait recueilli ma mère atteinte d^une fièvre lente et consumée de chagrin. On résolut de tenter sur moi un dernier effort. Ce fut le quatrième jour de ma solitude, que vers les huit heures du matin j^entendis ouvrir la porte de mon cachot. Ma mère, soutenue par une jeune fille , s'avança' vers moti lit. Celte jeune fille était ma chère Hannal^. Elle m'appariit comme tin de ces génies célestes qui président aux destinées humaines. Jamais la pitié pour le malheur ne s'était montrée sous des formes plus gracieuses » jamais tant de charmes ne furent unis ^ de plus touchantes vertus.
« Ne baissez pas les yeux , Hannah ; mon langage n'est point de la flatterie : je vous vois encore aujourd'hui telle que je vous vis quand votre premier regard me fit éprouver le désir de vivre et de vous consacrer ma vie. »
« Henry , mon cher Henry , sf'écria ma mère , si vous rejetez encore mes supplications, je ne quitterai point ce lieu de douleur : nous mourrons ensemble. Sans le secours^ de cette chère enfant ^ je n'aurais pu me rendre auprès de vous. Elle plaint mon malheureux sort, vous seul vous êtes sans pitié ; elle s'unît k moi pour vous rappeler a vous-même. Voyons si
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VOUS 9&[ez assez barbare pour nous faire essuyer ua refus. »
« S'il eu est temps encore, \e consens b vi<- Tre , » répcadis-je d^nne voii presque éteintcr. A ces mots 9 Hansah disparaît y et envient bientôt tenant dans ses mains une coupe d'un lait pnr qu^elle posa près de moi. Elle suivait tous -mes mouvemens d'un œil attentif , et, lorsque je portai la coupe k mes lèvres-^ un doux sçm^ rke anima ses traits, a Votre Henry est sauve ! » ditrtelle k ma mère.
» Pardonnez si je m'arrête sur des circonstances qui aujourd'hui doivent vous paraître sans intérêt. Je suis epmme ces vieux soldats qui aiment k raconter les chances diverses de leur fortune passée, et qui s'arrêtent avec complaisance sur les moindres détails des périls anxh • quels ils ont échappé.
» Vous n'êtes pas surpris, vous qui cou- .
naissez nos mœurs, de la démarche de Hannah.
Les discours de M. Patlerson , les plaintes touchantes de ma mère, la singularité des évént^ mens dont j'étais victime, lui avaient inspiré le désir de me voir; elle remplissait en même temps une mission de bienfaisance) e^est une tentation k laquelle elle ne pouvait résister. »
« Il est sÂr , répendis-je k Fitz-AUan , que parmi nous autres Français la visite dont vous me parler aurait paru contraire aux règles communes de la bienséancCb Les jeunes filles sont
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surveillées en France beaucoup plus sévère** nient que dans ce pays-ci ; mais y d'un autre coté y nos femmes sont moins gênées que les vôtres; elles se donnent des libertés. qui vous paraîtraient inconvenantes , et portent le pins ïégëittment qu'elles peuvent le joug du mariage : C'est, disent-elles, la règle. ». Il ne faut pas craindhre qu'elles donnent jamais les mains k son. abolition. )» .
« Le temps n'est peut-être pas éloigné y reprit Fitz-Allan, oii les jeunes Américaines auront moins de liberté qu'aujourd'hui , et peutêtre moins d'innocence. Les idées européennes nous g9gneaty et c'est y je crois y un . malheur. Mais, je reviens au récit de mes aventures.
» Aussitôt que j'eus pris la résolution de vivre y ma mère devint plus tranquille , et sa . santé fut bientôt rétablie. On Jui permit de me voir assidûment jusqu'k l'époque oii j'eus re^ couvre mes forces. Hannah ne revint plus ; mais son image était gravée dans mon cceur :
sa présence exaltait mon imagination , enchantait mes rêveries. Je parlais d'elle à ma mère ; son nom chéri revenait sans cesserai» nos conversations. Je ne sais quel rayon d'espérance l'avenir offrait k ma pensée y mais j'éprouvais un calme qui n'était plus de l'abattement.
» Ma mère m'avait dit que miss Patterson demandait chaque jour de mes nouvelles^ et qu'elle s'attendait k ine voir itemplir avec exactitude