‹ Les hermites en prison, ou consolations de Sainte-PélagieChapitre 75 sur 86 · DE NEW -YORK · texte numérisé non relu

DE NEW -YORK

le danger s'approdiât , je ne pus résister au désir de sauver ce malheureux ; je fis sauier eu éclats la porte de son réduit , moins solide que celle du mien, et , k la lueur des flammes dont les flots ondoyaient sous sa fenêtre ^ je l'aperçus appuyé sur son lit , et presque! sUfibqué par la fumée. Je lui dis de me suivre ; mais soit terreur y soit faiblesse , il restait immobile. Je le charge sur mes épaules , et m'avance vers Pescalier, le feu en dévorait un des cotés, je descends rapidement au milieu de la fumée et des jets de flammes qui me forçaient sans cesse k fermer les y<eux$ au moment où j*atteîgnais la porte 9 une poutre embrasée se détache et tombe derrière moi avec un bruit effrayant. On m'avait cru perdu ; des acclamations s'élevèrent de toutes parts lorsqu'on me vit reparaître. M. Pattersou, qui. était accouru au danger ^ se trouvait parmi les spectateurs : « Henry , me dit-il , vous venez de faire une bonne action, Dieu vous eA récompensera. »

» Le feu augmentait de violence , et pour surcroît de malheur les eaux de tous les réservoirs étaient glacées. Il fut- décidé qu'on couperait la communication du pavillon, qui était en proie aux flammes , avec le principal corps de logis. Je pris une hache et me mis au nombre des travailleurs. Dans les' grands dangers chacun se met naturellemefit a sa place y et un accord unanime quoique tacite

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me confia la direction du travail. Je m'acquittai arec zële de cette tache; nous redoublâmes d'efforts , et nous parvînmes ii sauver le bâtiment principal. J'étais excédé de fatigue , ma maîa droite avait été fortement brûlée. L'ordre rétabli , j'entrai dans la grande salle où je trouvai réunis les inspecteurs de la^ maison ^ les principaux magistrats de la ville , et le gouverneur Clinton lui-même* Ce vénérable patriote m'adressa la parole en termes affectueux : « Je sais , dit -il , quelle a été votre conduite dans cette maison. L'oeuvre d'humanité que vous venez d'accomplir , les services que vous avez rendus dans cette déplorable circonstance^ justifieront l'usage de la prérogative que j'exerce en votre faveur : dès 6e moment vous êtes libre. » Tous les assistans applaudirent à cet acte de clémence, et M. Pattersonmc dit en me serrant la main : « Allez voir votre mère , elle vous attend chez moi. >v

» Je n'essaierai de retracer ni les délicieuses sensations dont j'étais saisi , ni le ravissement de ma bonne mère lorsqu'elle me pressa sur son cœur. Elle avait tout appris; Hannah était avec elle , et je crus apercevoir sur son visage céleste les traces d'une secrète émotion. Ma mère, voyant que j'avais une main déchirée ) courut \t la hâte chercher un baume dont elle connaissait les vertus. Pendant ce temps Hannah voulut examiner 4na blessure ;

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elle baissa la tète , et je sentis une larme tomber sur ma main brûlante. O puissance indéfinissable d'un vertueux amour , qui pourrait peindre tes délices! Nos âmes s'entendirent ^ nos coeurs s'enlacèrent dans ce moment pour ne. se détacher qu^a la mort; il n'y a point de langage humain qui puisse exprimer une telle situation.

«Chère Hannah^ m*écriai-je, que \e suis heureux de tous voir , de yous parler , de respirer le même air que vous ! » Elle releva la tête et me . dît d'une voix émue : « Vous souffrez! » « Non, xépondis-je, il n'y a point de souffrance auprès de vous , vous charmez la douleur, vous êtes un ange de bonté* » Je ne sais quel mouvement irrésistible nous en-^ traîna, mais nos lèvres- se touchèrent, et \t eiel reçut notre serment d'amour.

» Je ne veux point vous fatiguer de détails oiseux. J'avais gagné par mon travail une somme assez considérable qui me fut remise.

Je me retirai avec ma mère dans une maison de Greenwich-strect , oii j'établis un vaste atelier de charpenterie que je dirigeai avec succès* Mes ouvriers étaient nombreux ^ et j^ * ne manquais pas de travail* Je vivais honorablement et jouissais dans la ville d'un haut degré de considération. Ma mère, versée dans Péconomie du ménage , réglait mes dépenses« M. Patterson venait me voir, et me

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recevait chez lui* Nous nous entendions parfaitement Hannah et moi ; j'étais indépendant, et la perspective de mon bonheur n^était pas éloignée.

« Dans ces circonstances la fièvre faune se déclara k New-York. Elle fit de grands ravages et causa uoe consternation générale ; chacun cherchait a s'éloigoer de ce foyer ardent de contagion ; la ville se dépeuplait, et cependant le nombre des victimes augmentait chaque jour. Toute maison frappée de ce fléau était à Pinstant même abandonnée. Les liens de famille semblaient, rompus* Des fik qmttaient leurs pères, des femmes délaissaient leurs maris, quelquefois même leurs enfans; personne ne songeait aux vieillards. Le sentiment du danger individuel absorbait toutes les affections domestiques et donnait l'idée d'une dissolution complète de la société. Quelques, médecins courageux , quelques vénérables ministres de l'Evangile bravaient seuls l'imminence du péril et portaient quelques secours > quelques consolations aux pestiférés.

y> M. Patterson et Hannah furent des pre-* miers atteints de la contagion. Tou^ leurs serviteurs s'enfuirent ; ils restèrent seuls. Ma mère et moi nous accouriimes près d'eux pour ne plus les quitter ', je veillais près de M. Patterson , ma mère prenait soin de sa tendre fille» Ces soins pieux ne se relâchèrent pas ua

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