‹ Les hernies inguinales de l'enfance (volume 2)Chapitre 40 sur 83 · SOINS POST-OPÉRATOIRES · texte numérisé non relu

SOINS POST-OPÉRATOIRES

Le pansement sec, avec la poudre et la gaze iodofonnée nous a, on peut dire, toujours procuré une réunion exacte et linéaire, même chez les enfants de quelques mois.

M. Lucas-Championnière n'a pas encore publié les faits sur lesquels il s'appuie apparemment, pour écrire les lignes suivantes : « Les petits enfants supportent mal la véritable chirurgie antiseptique, et la sécurité ni la régularité de la réparation ne sauraient être assurées chez de très jeunes enfants. >

En vérité, nous jouons de malheur avec cet auteur, et nous sommes obligé de lui dire non seulement qu'il se trompe, ce qui est le droit de chacun, mais qu'il a tort de trancher ainsi la question de l'intolérance à l'antisepsie, dans un âge auquel il n'a jamais encore pratiqué l'opération radicale.

Les enfants hernieux supportent, au contraire, très bien les antiseptiques employés avec mesure : c'est à peine si nous avons eu deux ou trois accidents, le plus souvent locaux et toujours légers. Chez eux, avec un peu de patience et de soins, « la régularité et la sécurité de la réparation » sont aussi bien assurés que chez l'adulte, et la seule diflérence qu'on puisse noter, c'est que la guérison est infiniment plus rapide. Il n'y a donc pas à tenir compte de cette nouvelle affirmation.

Nous expliquerons, ailleurs et prochainement, pourquoi nous ne croyons pas avoir pu remplacer, par autre chose, les antiseptiques dans la chirurgie des enfants en général.

Dans le cas particulier du pansement des hernies opérées, la méthode antiseptique est la méthode nécessaire et nous ne pensons pas qu'on puissse lui substituer les procédés de l'asepsie, laquelle chez les adultes, et spécialement dans la chirurgie de l'abdomen, fournit d'incontestables succès.

Les chirurgiens, après s'être ralliés, dans un accord unanime de la raison et de l'honnêteté, autour de la doctrine Listérienne, que l'évidence des résultats imposait à la pratique, se sont séparés dans le cours de ces dernières années, et discutent aujourd'hui sur la supériorité de ce qu'ils appellent la Méthode de V Asepsie.

Ils pourront discuter longtemps, car ils ne semblent pas près de s'entendre ; et ils ne sont pas près de s'entendre, car ils n'ont pas pris garde de bien définir, avant la discussion, les termes dont ils se servent.

L'état aseptique est caractérisé par l'absence absolue de germes, susceptibles d'entraver le travail des réparations de l'organisme. Mais, c'est précisément cet état de propreté, de stérilité, d'asepsie, que nous cherchons, tous tant que nous sommes, à réaliser. C'est à cet état, inconnu jusqu'à Lister, que la chirurgie est redevable de sa précision et de son innocuité, malgré ses plus grandes hardiesses.

Le chirurgien qui pratique la méthode antiseptique détruit les germes sur place et l'excédant des substances antiseptiques, que contient le pansement, a pour effet de protéger contre l'éventualité des contagions et des infections, le foyer opératoire assaini et laissé stérile.

En définitive, les antiseptiques sont des moyens,

place par l'antisepsie, les aseptistes la réalisent au préalable ; voilà toute la différence.

Ils prennent bien soin de nous faire savoir que ce n'est ni au phénol, ni au sublimé, ni au salol, ni à riodoforme qu'ils la demandent, comme si, pour nous, l'antisepsie ne consistait que dans les substances mises en usage et n'était, en un mot, qu'une question de pharmacie.

Mais la chaleur qui a stérilisé les instruments dans les autoclaves, qui a bouilli les compresses et les éponges dans des récipients, qui a séché les soies dans des étuves, cette chaleur, destructrice des germes, n'est-elle pas autre chose qu'un antiseptique ?

En réalité, le résultat visé et atteint est identique, et si les moyens employés diffèrent, ce n'est ni dans leur essence, ni dans leur mode d'action, mais dans leur genre et dans leur variété d'origine.

Les procédés de l'asepsie, quand ils réussissent, ont, nous devons le reconnaître, l'avantage d'avoir épargné souvent à la plaie de réelles incommodités, dont la principale est l'irritation, avantage important dans les opérations abdominales, à la suite desquelles les plus petits accidents peuvent devenir d'irréparables catastrophes.

Je veux bien admettre pour un moment, que les procédés de l'asepsie réussissent toujours, ce qui n'est pas la vérité. La plaie est parfaitement pure et le pansement est exempt de tout germe infectant. Mais si stérilisé que soit le pansement, ne seronsnous pas souvent inquiets, dans la pratique, en songeant combien il est sans défense, entre l'opération et la guérison, contre la contagion de contacts imprévus ou inaperçus?

N'est-ce pas à de telles surprises que l'on doit attribuer les accidents et même les cas de mort, que mentionnent les très honnêtes statistiques de tel

Tabri des déjections peut paraître autrement difficile à résoudre.

Et d'abord on se tromperait, si Ton espérait obtenir quoi que ce soit de l'enveloppement total du pansement dans une toile imperméable. Tout a été tenté. En dépit des enveloppes et des enduits protecteurs, Turine s'infiltre, s'élève par capillarité dans l'ouate qu'elle infecte, et atteint plus ou moins vite, mais à peu près fatalement, la plaie opératoire.

Dans l'impossibilité où nous sommes alors de

Fig. 69. — Planchette articulée pour Pélévation du membre

du côté opéré.

barrer le cours de l'urine dans son invasion vers la plaie, nous éloignons cette plaie elle-même, en fixant le petit opéré, dans une attitude particulière.

Nous avons recours à une petite planchette articulée, analogue à celle dont nous nous servons pour l'extension dans le traitement des coxalgies (fig. 69).

Les figures 70 et 71, nous montrent le membre du côté opéré, fixé sur une valve qui élève la cuisse et la jambe suivant un angle de 45**, en même temps que le corps de la planchette est légèrement incliné vers le côté non opéré, pour laisser l'urine se déverser impunément dans la déclivité, soit sur une pièce de Mac-Intosh, soit sur le membre opposé, qu'il est toujours facile de laver et de sécher.

L'incision transversale que nous avons adoptée et qui porte non pas sur les bourses, mais sur Tabdomen, n'est pas seulement favorable au point de vue de la réunion primitive, en opposant des coupes de tissu consistant et vivace, mais aussi au point de vue de la propreté, puisque c'est la région inguino-scrotale qui est surtout le siège des débordements de l'urine.

Nous avons vu des enfants de huit et de dix mois, guérir à sec avec une suture linéaire, en une dizaine de jours, résultat que nous n'aurions certainement pas obtenu, si l'incision avait été faite plus bas, près du scrotum.

La fixation sur cette planchette, dans une attitude aussi insolite, est moins gênante qu'on pourrait le croire.

Nous avons l'habitude d'y installer l'enfant, avec un pansement sévère, un jour ou deux avant l'opération ; on s'assure ainsi de la facilité avec laquelle il se fait à cette contrainte, on l'habitue surtout aux soins de propreté qu'on lui imposera sur cet appareil.

Le pansement reste en place deux ou trois jours, date à laquelle nous enlevons le tube à drainage, sans même déranger la gaze iodoformée qui couvre la ligne des sutures.

Le pansement est aussitôt refait, aussi rigoureux et aussi complet que celui qui a suivi l'opération. C'est au bout de huit ou dix jours qu'on enlève les crins de Florence.

Pendant les quatre ou cinq jours qui suivent, le pansement consiste en une plaque d'ouate cardée non hydrophile saupoudrée de salicylate de bismuth mitigé*, toujours protégé par un spica ouaté, d'autant plus complet qu'il s'agit d'un enfant plus jeune.

Page 1