TRAITEMENT CONSÉCUTIF
La durée du traitement qui suit l'opération, telle que nous Tavons décrite, est en vérité très courte : en moins d un mois, un enfant est en état de rentrer dans les habitudes de la vie ordinaire, sans restrictions et sans bandage.
Nos pancartes hospitalières témoignent d'un séjour moyen de vingt à vingt-cinq jours, sauf, bien entendu, quelques cas dans lesquels nous avons dû, soit préparer les petits malades aune opération qu'ils étaient trop faibles pour subir dès leur admission, soit leur faire attendre leur tour, car nous avons eu des semaines pendant lesquelles cinq opérations de hernie ont été pratiquées dans le service.
Enfin, pour les hernies doubles, nous n'agissons jamais en une seule séance et nous laissons généralement, chez les garçons du moins, un intervalle de quinze ou vingt jours entre les deux interventions.
Nous avons vu plus haut que nous enlevons le tube à drainage à la fin du deuxième jour, sans même lever la gaze antiseptique appliquée sur la ligne des sutures.
Le dixième jour au plus tard, nous enlevons les crins de Florence et nous maintenons pendant quelques jours un pansement sec au bismuth, aussi régulier et aussi rigoureux que celui qui suit l'opération.
En agissant ainsi, nous avons en vue, surtout de
baie herniaire des avantages de solidité et de permanence, qui me permettent d'abréger notablement la durée de la convalescence. Les adultes sur lesquels j'ai appliqué le procédé dont je fais usage chez les enfants, ont été rendus à la liberté en moins de vingtcinq jours. Ils sont repartis sans porter de bandage, et j'ai pu m'assurer longtemps après, que la guérison était parfaitement radicale.
« Nos opérés, disions-nous il y a trois ans, gardent le lit vingt jours au moins. Barker et Mac Ewen parlent de quatre ou six semaines, et rien ne serait meilleur si on peut obtenir ce sacrifice. »
«... Chez les enfants, le repos prolongé est peutêtre plus indiqué que chez les adultes, en raison de la vivacité et de la brusquerie de leurs mouvements. »
Et après avoir minutieusement exposé les règles d'une hygiène, prévoyante jusqu'à la méticulosité, nous ajoutions :
« On comprendra l'importance de ces menues précautions, en se rappelant, comme nous l'avons dit, qu'alors même que la plaie est fermée, que le gonflement des tissus a disparu, que la hernie ne donne plus la sensation de la moindre impulsion, tout n'est pas terminé.
« Loin de là : le travail curateur commence à peine et c'est la nature qui l'accomplit ; le travail du chirurgien n'a fait que le préparer.
« C'est eff*ectivement à l'abri de tout effort que doit se faire l'organisation des tissus de remplissage, leur adhérence aux parois du trajet, le resserrement de ce trajet, l'accolement définitif et un septum plan du péritoine serré dans la ligature, le retour, en un mot, des choses à l'état normal. »
Quel que soit le procédé opératoire auquel on ait recours, ce travail réparateur existe et doit exister, pour que la guérison soit complète. Il est nécessaire,
à l'école ou à l'atelier, libres de jouer, de courir, de travailler, de reprendre sans contrainte l'apprentissage interrompu.
Nous les revoyons six mois, deux ans, trois ans après : la suture n'a pas bougé, la guérison est irréprochable, sans que nous leur ayons imposé l'ennui de porter un appareil, quel qu'il soit.
Pour les adultes, il est souvent nécessaire de faire . porter un bandage, t^ surtout si l'on a mal tenté et si l'on n'a pas réussi la suture du trajet inguinal.
Nous avons cité plus haut (p. 229) la description que fit, en 1726, Sermesius, d'Amsterdam, d'un procédé d'opération radicale des hernies, dans lequel la dissection minutieuse du sac séreux est décrite avec une intéressante précision.
Nous retrouvons, comme nous l'avons fait voir, la règle rationnelle de l'isolement parfait du sac herniaire, et c'est un fait curieux de voir Laurent Heister apporter l'appui de son autorité à une technique qui était en usage il y a près de deux siècles, et que M. Lucas -Championnière préconise aujourd'hui, comme une des bases de ce qu'il appelle sa méthode.
Mais ce n'est pas seulement le détail de l'opération, c'est encore l'incertitude des suites qui rapproche la pratique décrite par Sermesius de celle de notre distingué collègue.
En dépit d'une dissection aussi délicate qu'on peut la souhaiter, d'un isolement parfait du sac sans donner atteinte au testicule et aux vaisseaux spermatiques (Heister), en dépit d'une ligature portée aussi haut que possible, puisque le chirurgien tirait un peu fortement le sac hors de la plaie et le lioit aussi près que possible des muscles du bas-ventre (Heister), malgré toutes ces précautions qui visaient l'isolement du sac et le désintéressement du trajet inguinal, la persis-
exposée à des récidives et que c'est pour prévenir ces récidives, qu'il convient de soutenir la région avec un bandage ?
Ne vaut-il pas mieux avouer simplement que la guérison rencontre chez l'adulte des difficultés telles qu'elle est souvent incomplète, et déclarer franchement que c'est déjà un résultat utile que d'avoir transformé une hernie douloureuse, dangereuse et incoercible, en une pointe de hernie qu'un bandage à large pelote contiendra sur son point [faible, au grand soulagement dn malade et empêchera de se développer ?
Nous connaissons la difficulté de la guérison des hernies des adultes, et nous ne vous demandons pas de réaliser l'impossible, mais, si vous osez prétendre que vous le réalisez, nous avons le droit de vous dire que vous vous trompez, et c'est vous-même qui, tout à l'heure, allez nous fournir la preuve de votre erreur et de vos illusions.
Chez les enfants, après l'opération, rien de pareil : pas de bandages, pas même de ceintures de soutien : il ne faut rien, car nous sommes en présence de la cure radicale, dans l'acception juste d'un résultat immédiat et définitif.