‹ Les hernies inguinales de l'enfanceChapitre 38 sur 76 · I. BiRGiR, Traité de chirurgie, t. VI, p · texte numérisé non relu

I. BiRGiR, Traité de chirurgie, t. VI, p

Socin 62.4 0/0

Swensson et Erdmann 79 0/0

Scheede 70.7 0/0

Bassini 56.3 0/0

Quoique les trois premières statistiques se rapportent à une somme d'opérations, dans lesquelles les adultes représentent la grande majorité de l'appoint, les résultats que nous a donnés l'opération radicale chez les enfants, telle que nous venons de la décrire, sont tellement différents de ceux que ces chiffres accusent, en dépit de leurs écarts, que j'ai voulu, pour mon instruction personnelle, aller au fond des choses et rechercher la part qui revient à l'âge des malades, à la nature de la hernie, au procédé opératoire employé et aux circonstances de l'opération, dans la production des résultats dissemblables, que la puérile statistique réunit ainsi.

Je ne suis pas un savant: je n'avais ni le temps, ni le désir, ni, dois-je ajouter? le pouvoir de faire aussi loin des recherches, dont l'utilité est contestable d'ailleurs au point de vue de la chirurgie spéciale auquel je me suis placé.

Mais j'avais là, sur ma table, le gros volume que M. Lucas-Championnière a publié l'an dernier et j'ai pensé qu'il serait suffisant pour éclairer ma religion.

Je n'avais pas le choix d'ailleurs et si je n'ai cité que ce livre, tantôt pour l'approuver, tantôt pour le critiquer, ce n'est pas qu'il soit ni le meilleur, ni le pire dans la bibliographie des hernies inguinales, c'est qu'il est le seul : telle est l'unique raison d'une préférence, qu'on aurait mauvaise grâce à me reprocher.

On trouve d'ordinaire, à la fin d'un ouvrage une partie qu'on ne lit généralement pas: ce sont les observations et les documents statistiques.

J'ai lu les tableaux dans lesquels M. Lucas-Cham-

pionnière a résumé les 275 opérations de hernie qu'il a pratiquées, en retenant seulement les 2J5 hernies inguinales, les 40 autres, proportion relativement infime d'ailleurs, ne touchant pas à mon sujet.

Pour M. Lucas-Championnière, ce serait donc dans les six mois que les récidives, quand elles doivent survenir, se montreraient.

Certainement, il y a des récidives dont l'apparition ne traîne pas, mais il en est aussi qui, après une durée plus longue de l'apparente guérison, se déclarent. On aurait grand tort pour celles-là, le semestre opératoire achevé, de se hâter de proclamer le succès.

C'est qu'en réalité, la question du temps écoulé n'est pas tout.

L'état anatomo-pathologique des choses, le procédé opératoire mis en usage, Tâge, le sexe, la santé générale, la profession du malade, etc., sont autant de conditions portant avec elles les causes d'une récidive, qui tantôt peut se manifester d'emblée, tantôt attend une occasion, à la faveur de laquelle une hernie mal guérie réapparaîtra.

A tout prendre, chaque fois que le manuel opératoire ne garantit pas matériellement la persistance de la guérison, le temps est un réactif de la plus haute importance, car c'est à son épreuve qu'en dépit des craintes ou des présomptions théoriques, s'affirment les guérisons définitives. Il est donc absolument nécessaire de revoir les opérés à des intervalles les plus éloignés que l'on pourra.

M. Lucas-Championnière a revu ses malades.

Mais il s'en faut qu'il les ait revus tous, ce qui est une faute capitale au point de vue de la valeur que nous devrons attacher à ses affirmations.

Sous le titre de : Opérés Revus^ notre collègue consacre une petite page, non numérotée, perdue

entre la fin des statistiques et la table des matières, et qui nous avait échappé tout d'abord.

Nous savons ainsi que sur ses 275 opérés, il n'en a revu que 112, c'est-à-dire moins que la moitié, 40 p. 100.

Il y a donc, sur 275 opérés, 163 malades sur le sort desquels il faut nous résigner à n'être pas fixés.

Assurément, si fervente que soit la foi de l'auteur en l'excellence de sa pratique, nous n'aurions pas osé lui faire l'injure de supposer que l'idée lui soit jamais venue de ranger ces 16} cas non revus dans la colonne des guérisons.

Cette idée, il l'a eue pourtant, et le passage doit être cité intégralement; le voici (loc. cit.^ page 26) :

« Bien que la récidive ait été constatée, la proportion dans laquelle elle a été comptée est certainement bien plus élevé que la proportion dans laquelle elle se rencontrerait si l'on pouvait obtenir des nouvelles de la totalité des cas. En effet, la majorité de ceux qui avaient à se plaindre sont venus se plaindre suivant la coutume , et c'est V infime minorité qui est venue nous faire constater le succès. »

Ainsi, i6j opérés n'ont pas été revus, parce qu'ils ne sont pas venus se montrer, et ils ne sont pas venus, parce qu'ils n'avaient rien à demander de plus au chirurgien, qui leur avait donné la guérison radicale 1

Si cet invraisemblable argument ne démontre pas la réalité de la guérison, chez ces 163 opérés, qui poussent à l'extrême la discrétion et la crainte de déranger leur bienfaiteur, nous devons reconnaître d'autre part, pour rester dans la logique, qu'il n'existe, dans l'incertitude où l'absence de tout renseignement nous laisse, aucune raison qui nous autorise à ranger, par contre, ces 16 j cas dans la colonne des insuccès ou des récidives.

Ce sont donc logiquement des valeurs perdues^ au

354 HERNIES INGUINALES DE L'eNFANCE

point de vue de la connaissance exacte des résultats définitifs, perte particulièrement sensible pour un volume qui s'intitule : La Cure Radicale des hernies.

Par ce fait, M. Lucas-Championnière n'est plus, quoiqu'il en dise, le chirurgien de 275 interventions radicales; il est l'opérateur de 112 hernies, car, au point de vue de la cure radicale, celles-là seules comptent qu'il a revues, et c'est sur une revision tardive qu'il est logiquement permis de juger l'efficacité de ce qu'il a appelé sa méthode.

Ce n'est pas tout : du groupe de ces 1 1 2 hernies revues nous avons le devoir d'éliminer les hernies crurales, ombilicales, épigas triques, en un mot celles qui sortent de notre sujet. Nous ne retenons que 96 hernies inguinales, qui ont été revues ou dont on a simplement reçu « des nouvelles ».

De ces hernies revues, les plus anciennes remontent à neuf ans : il y en a deux. Les plus récentes datent de moins de six mois : il y en a vingt-cinq.

Si je m'avisais de récuser celles-là, je suis persuadé que la plupart des chirurgiens m'approuveraient, car il tombe sous le sens, que, si précaires que soient contre la récidive, les garanties que donne la cicatrice des tissus de remplissage et la suture si temporaire des piliers au moyen du catgut résorbable, il tombe sous le sens, dis-je, que le repos de plusieurs semaines gardé au lit par le malade, la compression méthodique de la région, la suppression des efforts, etc., tout cela concourt à dispenser la cicatrice nouvelle de faire la preuve des qualités de résistance qu'elle doit posséder dans les conditions ordinaires de la vie et répond mal à la définition de la cure radicale : une hernie qui a disparu et qui ne peut plus revenir.

Mais si nous récusions ces résultats, vraiment trop récents, il ne nous resterait que le chiffre modeste de 71 opérés revus.

Nous semblerions attacher aux arguments des chiffres de la statistique, une valeur que nous leur dénions : c'est avec les faits seuls que nous avons commencé et que nous prétendons continuer le débat.

Nous acceptons donc, dût-on nous accuser de complaisance, tous les faits des opérés qui ont été revus, depuis le 25' jour jusqu'à la 9* année après l'opération.

Sur la somme des 112 opérations revues, portant soit sur des hernies inguinales, soit sur d'autres, l'auteur annonce 14 récidives.

Il aurait donc obtenu 98 guérisons radicales, soit la proportion magnifique de 87.5 p. 100, laissant très loin en arrière, dans l'arène, Bassini avec ses 56. j p. 100, — Socin avec ses 62.4 p. 100, — Scheede avec ses 70.7 p. 100, et même Erdmann et Swensson avec leurs 79 succès p. 100.

L'analyse des faits va nous permettre de tirer des conclusions quelque peu différentes et que l'auteur ne pourra pas repousser, puisque c'est des éléments fournis par lui-même que nous les tirerons.

Voyons d'abord ce qui a trait aux hernies infantiles.

Sur les 96 hernies inguinales qui nous restent, M. Lucas-Championnière en relève 18, pratiquées chez des enfants.

5 chez des enfants

âgés

de

15 ans

ij —

Chez tous ces opérés la guérîson est-elle définitive ? Suivant les renseignements très sommaires qui nous sont 'fournis, 'les choses se sont passées avec une

extrême simplicité chez tous, à part chez un, qui laissa, dans l'aventure, son testicule frappé de gangrène.

Le plus jeune opéré de la série avait six ans et demie, qui est, coïncidence heureuse! exactement Tâge au-dessous duquel on ne fait, selon M. Lucas- Championnière, que des opérations sans valeur et sans sécurité.

M. Lucas-Championnière, nous le savons, n'a pas opéré de sujets appartenant à la première enfance.

Moins que personne, nous ne pouvons pas nous étonner des succès qu'il a obtenus après l'âge de six ans et demi. Mais, dans l'espèce, il nous est bien difficile de juger, en connaissance de cause, la valeur réelle de la technique mise en usage, car notre collègue ne nous fait connaître ni les particularités héréditaires, ni les maladies antérieures, ni l'état de santé actuel, ni l'anatomie du trajet, ni la conformation des anneaux de ses opérés. Nous sommes donc obligé d'enregistrer les résultats en bloc^ sans pouvoir analyser les conditions cliniques, dans lesquelles le succès a été obtenu.

Or, ces succès, dont les conditions ne nous sont pas expliquées, sera-t-il indiscret de les étudier avec les simples éléments d'information que les tableaux statistiques nous fournissent ?

Un des enfants (obs. 3 1) est ainsi noté : « Sort au bout de 6 semaines dans létat le plus satisfaisant. » On ne Ta pas revu.

Un autre (obs. 107), non revu, reçoit cette mention: « Sort en bon état. Ceinture RaynaL »

Un autre (obs. 148), « suites irréprochables^ sort au bout d'un mois avec paroi irréprochable ».

Un autre (obs. 162) « sort en bon état^ cicatrice solide au bout d'un mois » .

Un autre (obs. 190), « suites très simples y l'enfant

sort au bout d'un mois. Région solide, douleurs disparues » .

On n a pas revu, pas plus que ceux qui précèdent, Tenfant de Tobservation 204 portant cette mention : « à la sortie la hernie est bien guérie ».

L'enfant de l'observation 260 : hernie avec ectopie testiculaire, a à la sortie^ le testicule a un peu remonté ^u

Pas un mot d'ailleurs de l'état de la hernie.

Voilà donc, sur 18 observations de jeunes sujets, 7 cas pour lesquels l'enfant n'a été ni recherché ni suivi, après sa sortie de l'hôpital.

Nous savons que l'opération a été faite, mais qui nous dit que la cure radicale ait été obtenue }

Si notre collègue avait revu ses opérés, même au sixième mois et s'il nous affirmait qu'il n'a constaté, en les examinant lui-même, ni impulsion, ni saillie, ni baie inguinale inquiétante, nous ne manquerions pas de le croire sur parole.

Mais, en vérité, quelle idée se ferait-on de notre complaisance ou de notre simplicité, si nous acceptions comme guéris des enfants, qui avaient peut-être une de ces fréquentes malformations inguinales com* plexes, qu'on a opérés de la manière insuffisante que vous savez, dont on a renvoyés trois au bout d'un mois, un au bout de six semaines, trois sans mention et qui, Vexeat signé, ont été complètement perdus de vue ?

Non, vraiment, jusqu'au jour où M. Lucas-Championnière aura recherché ces enfants et nous les aura fait voir, il nous est impossible, en conscience, de ranger ces opérés dans la catégorie des guérisons radicales.

Et pourtant de la meilleure foi du monde, notre excellent collègue les considère comme des cas de guérison, puisque c'est seulement à ses opérés adultes que se rapportent les 14 récidives qu'il confesse sur

lés 1 12 Opérés qu'il a revus, à des époques plus ou moins éloignées de l'opération.

A dire vrai, nous sera-t-il permis de l'avouer? ce chiffre de 14 récidives nous avait quelque peu surpris.

Après avoir lu attentivement la description que M. Lucas-Championnière nous donne de son manuel opératoire, sans partager, comme on l'a vu, les illusions qu'il se fait sur la valeur de cette « cicatrice puissante constituée par des sutures profondes », comme il dit, à voir le dédain qu'il affecte* de la suture des piliers, en même temps que l'application exclusive qu'il fait néanmoins des catguts à la suture du trajet, nous avions eu comme l'idée que les guérisons qu'il obtenait avec sa méthode devaient être spécieuses et sans durée, dans un nombre beaucoup plus considérable de cas, que celui des insuccès qu'il reconnaît.

Et pourtant, ne sommes-nous pas sollicités à croire à des guérisons solides et définitives, quand nous lisons cette brillante déclaration (/oc. c//., p.- 508) : cc.On voit que je ne conseille pas uniformément le bandage après l'opération. Mais je fais plus : en principe, je défends d'en porter. »

Puis, quand notre collègue ajoutait que la ceinture spéciale de protection inventée par lui, appareil qui n'est pas, paraît-il, un bandage herniaire, quoique .'sortant de l'atelier d'un bandagiste et appliqué à un-: hernieux, les malades peuvent ne pas être obligés de le porter indéfiniment, n'étions-nous pas invités à penser que la réussite était tellement complète, tellement éclatante, que les précautions recommandées* d'ordinaire contre .les récidives étaient dorénavant superflues.

;: Nous nous sommes demandé st nous n'avions pas mal jugé cette pratique et si, en dépit de toute vrai-

semblance, la méthode de M. Lucas-Championnière ne procurait pas, par des moyens dont, l'action efficace nous avait échappé, la cure radicale, c'est-à-dire la guérison des hernies, avec l'impossibilité absolue de leur reproduction.

Il appartenait aux tableaux d'observations imprimés à la fin du volume que nous citons, de nous éclairer.

Aux 14 récidives que M. Lucas-Championnière mentionne et qui réprésentent une proportion de 12.5 insuccès sur loo. Il ne serait peut-être pas injuste d'ajouter les 8 cas dans lesquels notre collègue prescrit « le bandage à ressort ordinaire », bandage dont la prescription ne semble pas précisément répondre la certitude d'une cure définitive.

Je sais bien que M. Lucas-Championnière, en même temps qu'il se défend de prescrire un bandage à ses opérés, prescrit soit un appareil à ressort d'acier à large pelote, soit une ceinture spéciale qui « a pour but d'éviter à la région opérée les gros chocs et de permettre aux cicatrices qui défendent la région herniaire d'achever en paix leur consolidation ».

Elles achèvent en paix leur consolidation, ces cicatrices, et rien apparemment ne les presse !

Nous voyons en effet les deux premiers opérés (obs. I et 2 des tableaux) porter encore des bandages neuf ans après C opération !

Que porteraient donc ces malades, s'ils n'avaient pas eu la bonne fortune de subir la « cure radicale de leur hernie? ».

Voilà déjà la proportion de 12.5 échecs p. 100 dépassée et portée, si nous comptons bien à 20.5 p. 100.

Maintenant, n'ajouterons-nous pas les sujets des observations 51 et 11 o, jeunes opérés, âgés Tun de vingt-trois ans, l'autre de vingt-quatre ans, chez qui la

36o HERNIES INGUINALES DE L'ENFANCE

récidive commencée, pour Tun au bout de deux moisj pour l'autre au bout de plusieurs (^) mois^ est annoncée par des euphénismes ingénieux :

Chez le premier, « le choc intestinal est moins haut que pour d'autres opérés » ; ce qui signifie, à ce qu'il semble, l'apparition d'une pointe de hernie en bas.

Pour le second, « impulsion très élevée » ; ce qui paraît annoncer, après deux mois, que la réparation .de l'orifice externe commence à craquer.

Tous les deux portent d'ailleurs, l'un « une ceinture à pelote », l'autre « un bandage double à ressort ».

Ces deux récidives commençantes, ajoutées aux ihuit guérisons incomplètes que le « bandage à ressort ordinaire » doit soutenir, renforcent le nombre des 14 récidives annoncées et portent, à bien compter, le total des insuccès, récidives flagrantes et récidives commençantes, à 24, sur les 96 opérés de hernie inguinale, qui ont été revus : proportion des insuccès = 25 p. 100.

Il n'y a pas en effet de beau langage qui tienne : les récidives, une fois qu'elles apparaissent s'accentuent et sont forcément progressives.

Une hernie est guérie ou elle ne l'est pas : vous ne pouvez pas sortir de ce dilemme, une fois que vous nous avez annoncé que la cure est radicale.

Notre collègue le sait bien d'ailleurs et quand il prescrit à un de ses opérés « un bandage à ressort ordinaire », nous lisons dans cette prescription l'aveu qu'il ne considère pas l'infirmité comme guérie, et tout ce qu'il pourra nous dire ne sera qu'un thème subtil de suppositions ingénieuses ou d'illusions.

Passons maintenant aux guérisons proclamées.

En étudiant avec attention les tableaux statistiques

de M. Lucas-Championnière, nous n'en comptons plus en réalité que 49.

La proportion des guérisons serait donc, d'après ces tableaux statistiques, de 5 1 p. 100.

Nous acceptons ce chiffre, bien que, à serrer la discussion de près, il ne serait certainement pas difficile de découvrir sur ces 49 guérisons, quelquesunes, dont on pourrait considérer la proclamation comme prématurée ou téméraire, car il ne s'est pas toujours écoulé, entre l'opération et le dernier examen, un laps de temps suffisant pour affirmer que la hernie ne reviendra pas.

Quant aux malades désignés avec cette mention : « Sort au bout d'un mois en parfait état » ; — « Sort guéri », — ainsi que ceux qui, opérés en aoât^ sont marqués revus en novembre^ — opérés en maij sont repus en juillet^ peut-on, en vérité, nous demander de les considérer comme radicalement guéris ? D'autant mieux que nous savons que la fermeture de la baie herniaire, déjà difficile et aléatoire chez l'adulte, n'est tentée dans le procédé de M. Lucas-Championnière que par des procédés de déligation d'une solidité toute passagère.

Le temps, qui consolide souvent le résultat des opérations portant sur le trajet, ne peut avoir pour action que d'amener des récidives à la faveur de la conservation de ce point faible, que l'on s'est systématiquement refusé soit à soutenir sérieusement, soit à supprimer.

C'est une des raisons qui nous font croire que, parmi les 49 faits que nous avons acceptés comme des guérisons, il y en a bien quelques-uns que M. Lucas-Championnière, quand il les verra dans neuf ans, aura certainement à signaler, comme ses deux premiers opérés (obs. i et 2), avec cette mention : «. Porte un bandage à ressort ordinaire. »

362 HERNIES INGUINALES DE l'ENFANCE

Enfin entre les 49 succès et les 24 échecs relevés sur les 96 opérés revus par notre collègue, il y a 23 opérations, dont les résultais ne peuvent véritablement pas être considérés comme des cures radicales.

C'est au temps, nous ne saurions trop le répéter, qu'il appartiendra de faire une sélection et d'apporter des preuves.

La mention « Nouvelles excellentes » d*un malade qu'on n'a pas revu, arrivant au bout de deux, quatre ou six mois, une telle mention ne comporte ni la précision clinique qui convient à la désignation d'une infirmité aussi portée aux récidives que la hernie, ni la durée nécessaire, pour qu'on puisse affirmer que le travail de réparation a fait ses preuves de résistance et que le succès est définitivement acquis.

En réalité, si la proportion des succès n'est pas plus brillante dans le traitement opératoire des hernies des adultes, la faute en est, sans doute, ainsi que nous l'avons vu, aux propriétés physiologiques des tissus, que l'âge a rendus moins vivaces et par conséquent moins aptes à la réparation d'une région déformée ou malformée.

Tout cela fait partie d'un ensemble de difficultés communes pour tous les chirurgiens.

MaiSy quand dans la série des récidives annoncées par M. Lucas-Championnière lui-même, nous voyons des hernies reparues chez des sujets âgés de 16 ans (obs.i2o) — de 17 ans (obs. 227) — de 24 ans (obs. 1 10) — de 27 ans (obs. 196) — de ji ans (obs. 186), c'est-à-dire à l'âge où les tissus possèdent encore une puissance de vitalité presque' comparable à celle qui appartient à l'enfance,, n'avons-nous pas le droit de nous demander si le procédé employé n'est pas pour

quelque chose dans ces mécomptes et si le malade ne subit pas la peine de l'opérateur, qui ne s'est pas assez attaché à cet acte essentiel de la guérison radicale d'une hernie , la réfection solide de la région?

Cette réfection solide n'est pas notre œuvre, à nous : elle est l'œuvre de la nature et tout le mérite du chirurgien consiste à préparer les choses et surtout à prévenir les accidents, qui pourraient troubler le travail de cette réparation délicate.

Pas plus que le plâtre ne fait le cal des fractures, la suture des piliers ne fait pas la fusion des tissus fibreux ; elle fait l'immobilité, à l'abri de laquelle cette fusion s'opère, et cette immobilité doit être parfaite et durable, étant donnée la nature des tissus qui doivent se transformer et se fondre, pour substituer au point faible une surface d'une résistance à toute épreuve.

Or, ce n'est pas en quelques jours que la nature achève son ouvrage et quand nous renvoyons nos jeunes opérés à leur école et à leur atelier, vingt jours après leur opération, la guérison, nous ne l'ignorons pas, est à peine commencée et demandera encore, pour s'accomplir, un temps, dont nous ne saurions pas préciser la durée.

Ce que nous savons, c'est que nos agrafes sont solides, c'est que l'appareil de fixation que nous avons installé tiendra bon, c'est que, protégée par cette immobilité, la réparation s'accomplira.

Que cette bienfaisante inamovibilité disparaisse prématurément, c'est le cas des sutures faites avec le catgut, et voici le succès mis en question.

Sans doute avec des soins, des précautions, du repos, un bandage spécial, si le sujet est jeune surtout, il n'est pas impossible absolument que le travail de la réparation continue, à la façon d'une fracture dont le cal peut s'achever, alors même que la gout-

tière plâtrée est enlevée prématurément; maïs qui voudrait s'y fier et répondre de la réussite ?

Le procédé opératoire de M. Lucas-Championnière ne tient pas compte de la physiologie pathologique de la guérison des hernies et nous nous étonnons, à vrai dire, que le chiffre de ses récidives ne soit pas supérieur à celui qu'un examen impartial de ces faits mêmes nous a fait relever.

Ce n'est certainement pas une opinion à nous personnelle que nous exprimons : car il n'y a pas un de nos collègues, croyons-nous, qui emploie actuellement dans les hôpitaux de Paris le procédé de M. Lucas-Championnière.

Les observations anatomo-pathologiques, que nous avons eu l'occasion de faire au cours de nos opérations, en nous révélant qu'un grand nombre de hernies inguinales sont dues à une malformation de la région, nous démontrent positivement l'essentielle nécessité de la suture solide et permanente des piliers, dans le traitement opératoire et nous serions tenté de croire que, si beaucoup d'insuccès tiennent à l'âge des malades opérés, il y a beaucoup de récidives qui dépendent de la réapparition de la hernie à travers le point faible d'une malformation, que l'on n'a pas travaillé à guérir de la façon qui convenait.

Aussi, chez les enfants eux-mêmes, en dépit de la puissance réparatrice des tissus, les récidives serontelles fréquentes, si à l'extirpation intégrale et très haute du sac herniaire, on n'ajoute pas la suture du trajet et la restauration des piliers malformés.

Nous croyons cependant que pour les hernies infantiles, indépendantes d'un vice de conformation, le procédé imparfait de M. Lucas-Championnière est, à la rigueur, susceptible de réussir, mais nous le mettons au défi, de pouvoir, même chez un enfant beaucoup plus jeune que ceux qu^il a opérés^ guérir

radicalement une hernie, marquée par la malformation du trajet inguinal et l'absence d'un des piliers.

11 appartient à tous de se tromper; mais on excuse difficilement l'erreur de ceux qui n'ont rien fait pour s'éclairer.

Le fait est que M. Lucas -Championnière n'est jamais troublé par le désir de savoir ce que font les autres, qu'il dédaigne ou dont il feint d'ignorer les travaux. 11 ne considère que lui et c'est à croire en vérité qu'il a fini par se persuader que l'opération radicale des hernies est sa découverte, que son œuvre a naturellement atteint entre ses mains la perfection et qu'en dehors de « ma méthode », il n'y a point de salut !

Que d'autres raillent l'innocent plaisir d'une illusion qui, en définitive, ne trompe que lui seul. Quant à nous, qui ne partageons pas ses idées et qui avons lu avec soin son gros volume, nous lui savons gré, pour notre part, d'avoir publié ces tableaux statistiques, grâce auxquels nous avons pu porter un jugement, avec ses propres documents, sur la valeur réelle de sa pratique et comprendre pourquoi cette pratique ne peut pas donner et ne donne pas, en réalité, une somme de résultats heureux suffisante pour justifier la satisfaction qu'elle lui cause.

Avant d'apprécier ainsi le procédé de M. Lucas- Championnière, nous avons longuement causé avec la plupart de nos collègues, et nous avons appris qu'aucun d'eux ne pratiquait plus les errements qu'il préconise.

Par indifférence ou par camaraderie, ils n'en ont rien dit et leur réserve a sans doute entretenu dans ses illusions, ce chirurgien consciencieux et appliqué.

Il était bon que la critique en fût faite par un de nous, afin que les chirurgiens de l'étranger, interprétant mal notre silence devant le seul ouvrage publié

chez nous sur le traitement opératoire des hernies, ne nous accusent pas de complaisance ou de naïveté et ne soient pas les premiers à nous dire que, dans le procédé de notre compatriote, ce qui est bon — la dissection du sac — n'est pas de lui et ce qui est de lui — la suture en U faite au catgut — n'est décidément pas très bon.

Nous n'avons pas grand'chose à dire des effets définitifs et des résultats éloignés de l'opération radicale chez nos enfants.

Aux 5 1 enfants âgés de 6 ans et demi et au-dessous que nous avons mentionnés plus haut, nous ajouterons 52 opérés moins jeunes, dont on trouvera l'observation résumée ci-après.

En voici la liste par ordre d'âge :

Enfants de 7 ans .... opérés 6

— 7 — et demi — j

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